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Drink to forget [Livre 1 - Terminé]
MessageSujet: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mar 26 Oct - 11:58

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Torben ;; ;; Maryana


- Une vodka tonic.


Comme à son habitude, le ton était sec, sans émotions. Aucune. Elle était un exemple de froideur. Personne ne l’approchait. Personne ne le souhaitait. Elle rebutait les gens et les effrayait. De par ses traits tirés, de par son attitude fermée. Pas un sourire, pas même un léger rictus apparaissant sur ses lèvres pulpeuses. Maryana regardait droit devant elle, les yeux perçants. Comme si elle cherchait à atteindre quelque chose. Mais devant elle, il ne se trouvait rien. Rien de réel du moins. Rien de palpable et qui puisse justifier son attitude. Non, il s’agissait de simples bouteilles. De boissons comme les autres. Exactement comme celles qu’elle consommait régulièrement depuis maintenant presque trois années. Elle avait réussi à sortir de ce gouffre une première fois. Et ce qui l’avait aidé à se reprendre en main était aujourd’hui la cause de sa décadence. Replonger était si facile. Tellement plus facile. Ça lui permettait de se vider l’esprit. Quand elle n’avait rien à faire. Fait extrêmement rare, il fallait l’avouer.

Non ce n’est pas son travail qui l’accaparait autant, loin de là. De ce coté-ci elle était absolument tranquille. Quelques photos de qualités, et deux ou trois séminaires au trimestre à Edimbourg. Voilà à quoi se résumait son implication. Et elle ne cherchait pas à avoir d’avantage de responsabilités. Pour quoi faire de toute manière ? Elle n’avait personne hormis elle-même à nourrir. Personne à qui offrir de présents. Elle n’avait pas besoin d’un grand espace pour vivre. Son matériel lui était fourni par son travail. Non, ce n’était pas son travail qui lui monopolisait tout son temps. Loin de là. Il s’agissait en réalité de ses activités nocturnes.
Non, elle ne passait pas son temps dans les bars et les boîtes. Elle n’était pas de ce genre d’adultes à fumer ou boire pour faire la fête. Bien sûr elle en consommait. Régulièrement même. Mais ça, je vous l’ai déjà dit, c’est quand elle n’avait rien à faire. Donc pas de soirées branchées pour Maryana. Elle avait une toute autre activité bien plus utile et nécessaire. Elle incarnait la justice. Dés qu’elle en avait l’occasion. Parce qu’il le fallait. Débarrasser la terre de ces êtres répugnants. De ceux qui étaient égoïstes, égocentriques. De cette peste vivante. Voilà ce qu’était l’activité de Maryana. Les rayer de la carte et rendre le monde plus sain. Venger sa petite Jessica. Son bébé. Disparu à cause d’eux.

Pourquoi n’était-elle pas en train d’assouvir son désir ? Pourquoi était-elle en train de se saouler dans ce bar d’ambiance ? Détonant dans le décor. Absolument étrangère aux animations. Hermétique à la bonne ambiance qui y régnait. Les réponses étaient simples et variées. Tout d’abord, elle n’avait eu aucun nom. Aucune cible dans les alentours d’Edimbourg. Sa liste s’était considérablement rétrécie depuis le début de sa traque, et son informateur n’avait eu aucun renseignement sur ceux restant. Puis, elle avait perdue son arme. Les deux crocs, qui lui servaient à frapper. Elle les avait égarés lors d’une soirée mondaine ayant particulièrement mal tournée. Dans la cohue, dans la violence, elle les avait lâchés.
Elle releva ses manches. Observant une fois de plus les nombreuses cicatrices qui la parcouraient. La douleur, elle avait eu mal à cet instant. Et quelque part, ça l’avait libérée. Elle y avait vu quelque chose la menant vers un havre de paix. Elle jeta par la suite un coup d’œil à sa main droite. Toujours bandée. De toute manière, elle n’aurait pas pu assouvir sa vengeance dans un tel état. Elle se sentait désarmée face à ce qui lui arrivait. Elle avait quitté la réunion un peu plus tôt dans la soirée. Sans objectifs pour la nuit. C’était très rare. Et sans son arme, elle était comme nue. Sans but, sans rien. Elle avait eu un frisson et sut parfaitement ce qui l’aiderait. L’alcool. La chaleur qu’il prodiguait et l’état de confusion dans lequel il emmenait ses consommateurs. Brouillant absolument tout dans son crâne. Lui faisant oublier qu’elle n’avait aucune raison de vivre en cette soirée. Lui faisant même jusqu’à oublier les raisons pour lesquelles elle s’adonnait à cette pratique. Elle but son premier verre d’une traite. Désirant faire taire toutes les voix qui se bousculaient dans son crâne. Dont celle de sa fille. Jessica. Qui lui implorait vengeance.

Malgré elle, des larmes couleurs le long de sa joue. Glissèrent jusqu’à éclater sur le comptoir. Le barman la regarda d’un air inquiet. Il ne voulait pas d’histoire dans son établissement. Elle lui fit signe de la resservir. Bonne consommatrice, elle saurait lui faire entendre raison. Elle avala une fois de plus son verre d’une traite. L’alcool brûlant tout sur son passage. Rentrant et déchirant sa gorge, enflammant ses sens. Embrumant son esprit. Elle décida de passer à quelque chose de plus violent et commanda un double scotch sans glace. Elle attendit sa commande, détonant dans cette ambiance festive. Dans ce bar rempli d’étudiants et jeunes insouciants. De jeunes égoïstes. Elle était la tâche de lucidité dans ce monde inconscient. Au comptoir. Car lorsque son regard se mit à scruter la salle, elle aperçut un homme dans un coin. Seul et lui aussi alerte, au courant de ce qu’était la vie. De ce que les autres méritaient. Il sortait lui aussi du cadre. Intriguée elle décida de se rapprocher.
Au bout de quelques pas elle le reconnut. Torben Badenov. Elle hésita à faire demi-tour un long moment. Si long qu’il finit par l’apercevoir. Elle ne pouvait plus faire marche arrière. Cette rencontre ne les enchantait guère. Ni l’un ni l’autre. Mais ils n’avaient maintenant plus le choix. Elle s’assit face à lui. Sur une banquette ridicule en forme de tonneaux. Elle posa son sac à coté d’elle et remercia le serveur venu lui apporter sa boisson. S’en saisissant elle regarda l’homme assis face à elle.

- Je suis étonnée de vous rencontrer ici monsieur Badenov. Je ne pensais pas que vous fréquenteriez ce genre de… bar d’ambiance.



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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mer 3 Nov - 21:43

    Je passais mon doigt sur le rebord du verre, produisant un petit son étrange. Pas forcément désagréable, juste un peu haut perché. Le whisky qui se trouvait à l'intérieur ne bougea meme pas. Il m'appelait. Littéralement. Prenais le verre dans la main, et regardais le reflet de la lumière du bar sur le liquide ambré. Un vision me revint à l'esprit, avec la dureté et la douleur d'un flash back. Je me voyais dans cette maison. Pas plus qu'un amoncellement de briques et de mortier dévasté par les bombardements. Mon fusil mitrailleur pointé devant moi. Je vois le jeune. Pas plus de quinze ans. Il me toise avec la haine qu'on réserve à l'envahisseur. Il a son fusil vide en main. Celui qui a servit à tuer Sergeï, un peu plus bas sur la route. Une balle en pleine gorge. Je revois le visage ensanglanté de mon ami. Je revois le regard du gamin. Je sens encore la gâchette sous mon doigt, et je sens l'acier froid que je presse doucement. Le coup part. Je l'ai voulu. Un sifflement qui dure une milli-seconde, pas plus. Et un claquement terrible quand la balle transperce la chair, explose au moins deux côtes, et perfore le coeur. Coup au but. Coup fatal. Le sang gicle derrière l'adolescent, éclaboussant les ruines de ce qui avait dû être sa maison. Son visage se crispe de douleur. Il tombe en arrière. Il est déjà mort. Je pose le verre contre mes lèvres et avale son contenu. Je chasse ces souvenirs, en attendant que d'autres prennent sa place. J'ai commandé la bouteille, je ne tomberais pas à cours de carburant ce soir. Les yeux rougis par l'alcool et la fatigue, je reste seul dans mon coin. Je ne recherche rien, cette nuit. Aucune compagnie, aucune compassion. Les ténèbres et le réconfort précaire que m'offre ma propre solitude.


    Je regarde par la fenêtre couverte de buée. Il fait chaud ici, je me sens bien, décontracté par la cheminée qui réchauffe l'intérieur de cette taverne de pirates. Il y a même des gens déguisés, mais je n'entends meme plus leur musique. Je suis seul dans la nuit, et je regarde la lumière de la lune se refléter sur l'eau du port. Je me vois voyager loin d'ici, loin de toute cette situation. Loin de la félonie des hommes, et de la cruauté des maudits vampires. Je me demande ce qu'il s'est passé, pour que l'on en arrive là. Une mise à pied, ni plus ni moins, et pas habillée de la plus habile des façons de surcroît. L'Eglise ne veut plus de ses soldats pour l'instant, elle les chasse dans la promiscuité et la misère d'une vie dévastée, en attendant un jour meilleur. La tempête médiatique bat toujours son plein. C'est pour ça que je suis dans ce bar. Ici, on ne passe pas en boucle les actualités sur écran plat, et tous ces démagos qui déblatèrent sur le dos des croyants. Je sais que ce n'est qu'une passade, que l'opinion publique est changeante. Mais depuis le coup de l'attentat, tout est parti à volo, sans que quiconque n'aie une idée précise du responsable qui se cachait derrière l'affaire. Je noie mes soucis dans l'alcool. Je me ressers un verre. Une femme approche, et veut s'installer. Je ne la regarde pas, ne lui répond pas. Elle est une prostituée du port, et n'est que tolérée par le patron du débit de boisson. Elle ne fait pas de vagues, et sait que ce n'est pas une nuit où nous ferons affaire ensemble.


    Je reste seul, et me ressert un verre. Cela fait trois bonnes heures que je n'ai qu'une mince conscience de l'environnement qui m'entoure. Je ne perçois plus vraiment le brouhaha, ni le match de rugby qui se passe sur écran plat. Je n'entends plus les rires, je suis dans mon monde. Je revois Jana, son visage me souriant. Je manque de défaillir, et porte un nouveau verre à mes lèvres. Il passe difficilement, douloureusement. Il me réveille, et me donne le coup de fouet dont j'ai besoin. Je le sens brûler mon oesophage. J'ai mal, j'ai les larmes aux yeux. J'approche ma main droite et la tiens au dessus de la table. Elle tremble. Elle tremble depuis l'attentat. Elle tremble depuis que j'ai couché avec Andréa, par pure poussée de désir. Certes, il y avait ce « v », ce jus de vampire. Est ce pour autant une excuse? Non. J'ai trahit Jana, pour la première fois. Pour la première fois, j'ai couché avec une autre non pas pour assouvir de bas besoins physiques, mais parce que je désirais vraiment le faire. J'ai trahit ma femme. Son visage me revient en tête avec force. Je la vois devant moi. Je la vois sur le siège en face du miens. J'ai envie de lui caresser la joue, de lui murmurer que tout ira bien, mais je ne peux pas. Jana est morte, et je l'ai trahie. Mes lèvres tremblent, mes yeux se remplissent de larmes d'amertume. On m'a volé ma vie. On m'a volé la sienne. Je maudis la terre entière. Pourquoi me l'a t'on retirée? Pourquoi ais je trompé son souvenir? Devant moi, son expression devient triste, malheureuse. Je sais que ce n'est que mon esprit et l'ivresse, mais cela me fend le coeur. J'essuie les larmes d'un revers de manche. Je ne défaillirais pas. Il ne faut pas. Je suis déjà sur la sellette.


    Mais je craque. Je pose ma tête sur mes bras déployés sur la table. Tout le monde croit que je comate. Je pleure en silence ma détresse et ma honte. Cela dure plusieurs minutes durant lesquelles je ressens une véritable torture. Mon âme se fend, mon coeur meurt. Je me revois avec elle au parc du lac. Je caresse ses cheveux, sa tête allongée sur mes jambes. Je lui caresse le visage du bout des doigts. Je ressens sa douceur sur ma peau. Elle me sourit et me jette un regard tendre, amoureux. De la passion boue à la périphérie de ce regard. J'imagine ses formes sous sa jolie robe. J'ai envie d'elle. Nous nous aimons. Bercés par le bruit de l'eau et des canards qui s'y baignent, nous nous reposons au grand air, l'un contre l'autre. Elle ferme les yeux. Elle savoure ce contact. Je pense à elle, à notre avenir. Je fais des projets avec elle. Elle me murmure qu'elle m'aime, se redresse et m'embrasse. Je ris. Je suis heureux. Le souvenir s'efface. Je me tiens avachit contre le dossier de mon banc. Je me ressers un verre. Je bois. Je veux oublier ce que j'ai fait. Mais le loisir ne m'en est pas donné. Une femme approche, et je la reconnais.


    Maryana Watheerey. L'énigmatique mère d'une gamine décédée dans un incendie. Elle s'asseoit face à moi, pose son sac et me fixe du regard. Je le soutiens.Elle m'offre une occasion rêvée de penser à autre chose qu'à ce poignant sentiment de culpabilité. Elle commente ma présence ici. Je souris ironiquement, termine mon verre en me crispant sous la chaleur terrible de la boisson, et m'en ressers un. La bouteille est bientôt vide. Je n'en propose pas à mon « invitée ». Ivre mort, je me dirige vers une pente dangereuse...



    | Y'a un début à tout. Je n'aurais jamais imaginé non plus vous voir ici aussi, Maryana. Sans vouloir vous offenser, vous donnez plutôt l'apparence d'une femme qui n'en a rien à taper, d'endroits comme celui ci. |


    Je relève le regard vers elle. Elle est très belle, en particulier sous cet éclairage. Mais je sens que sous ce bien bel emballage se cache quelque chose. Je le sens depuis le début. Je gratte la surface.


    | Alors comme ça, j'ai appris que vous aviez été suspectée pendant l'attentat près de Glasgow? Je suis tombé sur le cul, en apprenant la nouvelle... | dis je d'un air un peu ironique.


    N'importe qui aurait compris que moi, je n'en étais pas étonné. Il y avait quelque chose de malsain, chez cette femme.

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Ven 5 Nov - 17:44

Dans le bar, l’ambiance était à son apogée. Des étudiants soûls chantaient à tue-tête des chansons payardes. Des mains se baladaient sur le corps des femmes. Des cris de protestations et des rires tonitruants se faisaient allègrement entendre. Le bruit emplissait toute la pièce. Une bonne humeur se faisait ressentir, des corps se déhanchaient. La joie de vivre. Voilà ce qu’il s’y reflétait. Et à coté de ça, il y avait une table, ou deux personnes étaient assises. Une table qui était à dix mille lieux d’ici pourtant. Où cette ignorance, cause du bonheur de toutes ces juvéniles personnes n’était pas au rendez-vous. Une table où se trouvaient deux personnes qui avaient vécues. Qui comprenait ce qu’était réellement la vie. Qu’elle n’était qu’une immense farce qui se jouait d’eux. Qui les manipulait et les laissait à leur propre merci. Maryana l’avait compris. Elle avait saisit qu’elle n’était pas la seule à être hermétique à tout ceci. Au regard vitreux de sa compagnie, elle savait qu’il était tout aussi indifférent au lieu dans lequel ils se trouvaient. Qu’il ne venait pas là pour vivre, mais pour oublier ce qu’était de vivre. Et le voir ainsi, perdu dans cet espace qui lui ressemblait si peu la ramenait à sa propre image.

Une femme détruite, qui vivait dans une solitude incomparable. Qui s’enfermait dans cette cage. Tout simplement parce qu’elle avait décidé que c’était bien plus facile de cette manière-ci. Son regard se perdit une nouvelle fois. Tout d’abord dans le liquide qui se trouvait face à elle. Elle s’enfonça de plus en plus dans l’alcool ambré. Perdant toute notion. Elle avait à nouveau la sensation de se noyer, de sombrer. Brisée, fatiguée de lutter. Fatiguée de vivre. Fatiguée de tout. Finalement, il s’agissait peut-être de la solution. Couler. Observer les bulles qui s’échappaient de sa bouche. De sa dernière expiration. De celle qui garantissait son existence. Il lui suffisait d’un simple geste et tout serait fini. Fini les fantômes, fini cette chienne de vie. Fini tout ça. Fini de revivre inlassablement cette même scène.

Fini de se voir serrer sa fille dans ses bras avant de partir hâtivement au boulot. De ne pas l’embrasser, parce qu’elle était en retard. Parce qu’elle n’avait pas le temps. Fini de faire uniquement un geste de la main et d’ignorer cette moue boudeuse qui la caractérisait tant. Fini de se dire que l’on se rattraperait le soir même en lui préparant son plat favori devant un dessin-animé. Fini de s’arrêter chez le marchand de jouet afin de lui acheter la poupée qu’elle réclamait avec tant de ferveur et d’autorité. Fini de sourire en pensant à son caractère déjà bien marqué. Mais surtout finir de sentir cet énorme trou qui la déchirait en se rendant compte qu’elle n’aurait jamais l’occasion de se faire pardonner. Fini de voir le corps inerte, les boucles blondes éparses. Le teint cireux et les lèvres grises. Fini de se sentir abandonnée une nouvelle fois. La troisième fois. Absolument tout finir. Se noyer dans ces sentiments qui emplissent tout son être. Lâcher ce qui la retient ici.

Seulement, les liquides étaient son élément. Ils étaient son point fort, ils faisaient presque partis d’elle. Et il lui était facile de les faire disparaître. Sans lutte. Laissant la hargne prendre le dessus. Du moins normalement cela lui était aisé. Mais cet homme, son regard, son attitude. Il lui renvoyait sa propre image. Torben Badenov ne lui rappelait que trop ce qu’elle avait été, ce qu’elle était, ce qu’elle tentait de garder caché en elle. Peut-être parce qu’il en avait déjà eu un aperçu. Parce que lui avait vu sa fragilité et que le regard qu’il lui avait lancé était différent que tous ceux qu’elle avait l’habitude de côtoyer. Qu’il n’était pas effrayé par elle. Parce qu’il savait désormais que sous cette froideur apparente, était là un être brisé. Le même être qui frappait violemment à la porte de sa conscience pour prendre le dessus. Qui tentait de briser ses barrières. Hors de question. Elle n’était pas prête à subir un nouvel assaut. A ressentir une nouvelle fois.

Mais ces temps-ci, cela lui arrivait bien plus fréquemment qu’auparavant. Parce qu’elle approchait de son but ? Possible. Mais cela lui insupportait. Il y avait divers moyens de cacher cette faiblesse. La fois précédente, il s’agissait de la luxure, cette fois-ci ce serait dans l’alcool. Elle porta le verre à ses lèvres et but une longue gorgée. Une nouvelle qui la brûla. Qui détruisit encore un peu plus de sa raison. Qui envoyait ses pensées morbides au tapis. Et elle n’était pas la seule dans ce cas. Voir quelqu’un partageant d’un certain coté cet état réveillait en elle des choses contradictoires. Une satisfaction. De voir que quelqu’un d’assez lucide pour comprendre la raison même de l’existence était aussi présent sur cette Terre. Une menace. Qu’il ne la comprenne que trop bien et qu’il se rende compte de sa double vie. Du moins c’est ce qu’elle ressentait avant qu’il ne se mette à faire la conversation. Avant qu’elle ne finisse son verre d’une simple traite, et qu’elle n’en commande un nouveau.

Une envie la prit. Une cigarette. Comme à chaque fois qu’elle était prise au dépourvue, elle avait besoin de serrer quelque chose entre ses mains. De le tordre, de le briser. Et le tabac était devenu en quelque sorte le meilleur moyen de cacher la violence qui était toujours en elle. Sous-jacente. Une cigarette. Mais d’une part, elle n’en avait pas. D’autre part, cela était désormais prohibé dans les lieux publics. Elle se contenta de prendre le verre que lui tendait le serveur sans prêter aucune attention à son accoutrement. Elle inspira calmement et avala une nouvelle gorgée. Elle buvait vite. Trop vite. Certes, son cerveau était désormais comme broyé et hors service. Mais cet état la détendait et lui permit de répondre aussi naturellement que possible à son interlocuteur. Elle se mit à caresser distraitement le bord de son verre et se pencha pour qu’il puisse entendre ce qu’elle disait dans le vacarme assourdissant.

- N’ayez aucune crainte Monsieur Badenov. Il en faut d’avantage pour m’offenser.

A dire vrai, plus rien ne pouvait l’offenser. Tout ce qui se disait, se faisait autour d’elle n’étaient que broutilles comparé à la réalité dans laquelle, elle, vivait.

- J’ai effectivement passé la nuit au poste. Je prends votre surprise comme une marque de respect. Et vous qu’en est-il advenu de votre soirée avec cette jeune femme blonde ?

S’il y avait une chose que Maryana avait fortement développée durant ses trois années il s’agissait bien de son sens de l’observation. Et il avait beau être fortement altéré en cette soirée, elle savait qu’elle n’aurait plus guère le temps de replonger dans son passé comme quelques instants auparavant.
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mar 9 Nov - 23:28

    Je n'étais absolument pas dans l'esprit d'entamer une bonne et joyeuse discussion avec qui que ce soit, et encore moins avec Maryana Watheerey. N'y voyez rien de personnel et de belliqueux. Simplement, ce soir ne m'appartenait pas. C'était celui de ma mémoire, de mon âme et de ma conscience. Je n'avais absolument pas le loisir de penser à autre chose, de focaliser mon attention sur autre chose. J'avais envie d'être seul. Comment le dire à une autre personne aussi perdue que moi dans la tourmente. Je savais bien qu'elle ne m'avait pas abordé dans le seul but de me gâcher la soirée, et je n'avais ni le coeur ni la force de la virer de là. Je n'abandonnais pas Jana de mes pensées. Je ne pouvais m'y résoudre. Je reniflais bruyamment, retenant une nouvelle vague de tremblements alors que je revoyais le visage de Jana. Elle me murmurait à l'oreille que je ne devais pas me torturer de la sorte, qu'elle était toujours là, près de moi. Je m'essuyais le nez d'un revers de manche, faisant fi des bonnes manières. Ma main droite, celle qui tenait mon verre, tremblait. Je serrais le verre avec force, manquant de le briser. Je ne me trompais pas; une simple pression supplémentaire aurait brisé le petit récipient. Mais je me forçais en déployant autant de force à ne pas trembler. Je pouvais presque sentir le voile des mots murmurés par Jana. Je frémis à l'idée que ma belle était à mes côtés, mais je me contins. Je ne m'effondrais que dans le cadre de la plus stricte intimité. Et je n'étais pas seul. Maryana Watheerey me confirma qu'elle n'était pas offensée le moins du monde. Je me resservais un verre, et en versais une partie du contenu directement dans mon gosier.


    | Tant mieux, parce que je ne prends jamais de gants. |


    Elle me confirma qu'elle avait passé la nuit au poste. Cela ne m'étonnait guère. Les forces de l'ordre ne pouvaient pas se permettre de laisser échapper un suspect potentiel dans une affaire aussi grosse que celle qui était survenue avec l'attentat de Laghlan. Je savais qu'elle n'avait rien derrière tout ça, au fond de moi. Je savais qu'elle n'était pas du genre à faire équipe avec qui que ce soit. Elle était comme moi, mais en pire. Le monde l'insupportait au moins autant que c'était le cas pour moi. Elle ne se serait pas encombrée de complices. Ni d'explosifs. Non, j'étais persuadé que la bête tapie derrière cette mère éplorée était encore pire que celle qui m'habitait. Elle aurait fait ça salement, mais discrètement. Mais qui aurait pu dire ce que cette femme avait derrière la tête? Je savais qu'elle était capable de tuer. Mais le faisait elle? Non, si... Je n'en savais rien. Je ne la comprenais pas, et mon esprit divaguait. Quelque part cependant, je parvenais à toucher sa folie du bout des doigts. Pareille à la mienne, sa divagation était palpable pour quelqu'un d'aussi sensible que moi à la cruauté de ce monde. Monde pervers, obscénité ambiante. Tout n'est que mort et souffrance, et elle comme moi en avions fait l'expérience. Maryana prit mes paroles comme un compliment, et me parla de la femme blonde. Il me fallut un instant pour comprendre de qui elle parlait. Mon coeur rata une demie douzaine de battements, et je me crispais en imaginant le regard dévasté de Jana, apprenant que je l'avais trompée. Je finissais mon verre pour de bon, faisant disparaître dans les limbes ces images de ma femme disparue qui se pressaient dans ma tête.


    | En fait, nous sommes... Amis. |


    Ce n'était pas le cas, mais que pouvais je dire d'autre? Je n'en avais aucune idée. Mes paroles ne résistaient probablement à la vérité vraie, mais je ne me voyais pas dire autre chose à Maryana. Qu'aurais je pu dire de toutes manières? Que j'avais été drogué au « V » tout comme Andréa, et que nous avions forniqué comme des bêtes sauvages sur les restes encore sanguinolents d'un vampire que nous venions d'abattre? Je revis la mine courroucée et désespérée de Jana, et cela me serra un coeur qui avait décidément du mal à se remettre des ruines de ma vie. Je relevais mon regard vers mon interlocutrice pour être bien certain d'être concentré sur la conversation, et pas sur autre chose. Pourtant, je ne pouvais que me demander... Que faisait Andréa, à cette heure ci? Où était elle? Comment vivait elle ce que nous avions fait?


    | Nous avons découvert des restes de vampires dans le parc. Et nous sommes partis quand les explosions ont eu lieu. Avec mon déguisement, ce ne fut pas facile. Mais pour rien au monde, je ne retournerais là bas. |


    J'essayais de tourner le sujet de la conversation dans une direction plus facilement maitrisable, et qui ne m'amènerait pas face à mes démons.


    | Mais vous Maryana... Qu'êtes vous donc venue faire dans ce bouge, si loin de chez vous? Ne me dites pas que vous êtes venue pour vous confronter avec les alcooliques du secteur... |

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Jeu 11 Nov - 17:32

Elle ne pouvait s’en empêcher. De le détailler, d’observer la moindre de ses réactions. Elle le savait, quelque chose était arrivé dans sa vie, un évènement. Qui faisait qu’il était là à se saouler. Exactement comme elle. Elle pouvait le sentir, mais surtout le voir à travers ses propres yeux vitreux, vision altérée par l’alcool. Mais elle le voyait. Le visage tendu, l’air tout aussi perdu que le sien. En regardant Torben Badenov elle se voyait. Il était son reflet. Etrange miroir qui lui reflétait son propre mal-être. Déséquilibre mental qu’elle cachait au fond de la vodka qui emplissait son verre. Qu’elle cachait sous une apparence d’ivrogne. Mais elle était toujours lucide. Tout était absolument clair en elle, comme de l’eau de roche. Tout se trouvait à sa place bien rangé. En temps normal. Lorsqu’elle était seule. Mais ce regard qui la scrutait chamboulait tout. Parce qu’il était exactement comme le sien. A déshabiller et à essayer de deviner ce que l’autre tenait tant à cacher. Elle but une nouvelle gorgée écoutant sans dire mot ses explications à propos de sa compagnie du soir du bal.

Soirée pitoyable. Soirée qui l’avait une fois de plus confronté à ses démons et qui l’avait amenée à être surveillée. Soirée qui lui avait provoquée la perte de son arme, celle qui ne la quittait plus depuis trois années. Soirée durant laquelle il s’était échappé. Le numéro trois de sa liste. Mauvaise passe. Mauvais moments. Elle était ressortie de ce bal mutilée à cause d’un attentat et avait été accusée d’en avoir été la cause. Heureusement pour elle la personne chargée de son enquête Sasha Oppenheimer avait crue en son innocence. Mais à cause de ce bal, elle ne pouvait plus continuer son acte de vengeance. Certes, il lui restait encore quelques mois avant d’atteindre son but final. Mais elle aurait souhaité quelque chose de grandiose pour l’ultime de sa liste. Le père de Jessica. Cause réelle de sa disparition. Et pour cela elle devait achever les derniers à temps. Programme bousculé. A cause d’une soirée.

Soirée durant laquelle, elle avait croisé Badenov. Où elle avait souhaité tirer des informations sur sa personne. Où il s’était éclipsé rapidement. Et même s’il lui en donnait actuellement les raisons, elle n’en avait que faire. Elle avait parlé parce qu’il était d’usage de le faire lorsque l’on était assis face à une personne. Mais pourquoi s’était-elle assise ? La bienséance. A d’autres. Non elle voulait le scruter. Et même si ses paroles ne l’intéressait pas le moins du monde, il n’en restait pas moins intéressant à observer. Une personnalité forte mais détruite à la fois. Une contradiction. Qu’elle voulait découvrir. Pour assurer sa propre sécurité. Il s’agissait comme d’un jeu dangereux où son adversaire aurait une longueur d’avance. Parce qu’il connaissait son passé et elle non. Parce qu’il pourrait faire un rapprochement entre les meurtres vampiriques et elle. Plus facilement qu’elle ne pourrait jamais découvrir ce qui l’habitait lui.

Bien entendu il y avait une autre solution. Faire confiance. Mais voilà quelque chose à laquelle elle ne pouvait se résoudre. Ça lui était impossible. Parce qu’il ne comprendrait, parce que personne ne pouvait comprendre. Alors elle essayait. De deviner, de gratter la surface de l’homme face à elle. De creuser jusqu’à trouver quelque chose qui puisse faire contrepoids. Parce qu’il devait y avoir quelque chose. Il ne pouvait pas se trouver dans un tel endroit, seul et saoul sans aucune raison. Les pensées de Maryana s’emballèrent alors qu’elle buvait à nouveau de longues gorgées dans son verre. La sensation de brûlure disparue mais une nouvelle sensation l’atteignit. Comme une extrême fatigue. Mais sa soif de connaissance était bien plus puissante. Et malgré elle, elle continuait d’entendre des cris sourds. Ceux de sa fille. Elle reposa sa boisson, presque vidée et écouta sans broncher la question. Apparemment elle n’était pas la seule à vouloir comprendre. Ce qui ne l’étonna guère. Un miroir. En tout point. Une violence était là. Chez cet homme. Et elle le découvrirait elle aussi. Malgré le trouble qui la saisissait quand elle resongeait à cette soirée où elle s’était confiée, au soulagement qu’elle avait pu ressentir. Elle le découvrirait. Mais pour l’instant, seul comptait de maintenir la discussion. Même si elle n’y prenait pas réellement part. Elle devait faire mine de lucidité et de réactivité. Tout passait encore et toujours par l’image donnée. Elle étudierait les messages traduits par son corps. Le langage explicite de son faciès. Comme cette gêne pourtant extrêmement bien dissimulée lorsqu’elle avait évoqué la jeune femme blonde. Son point fort. Elle aurait des confessions, même sans mots. Que lui se débrouille avec ses maigres paroles.

- Je suis à Edimbourg pour des raisons professionnelles. Mon hôtel se trouve non-loin d’ici. J’ai fait quelques pas et me suis décidée à entrer. Celui-ci ou un autre, ça n’a pas réellement d’importance.


Elle termina son verre et se redressa sur sa banquette, se retenant de produire un quelconque geste pouvant trahir un éventuel stress, mal-être qu’elle ressentait à cause de la présence de Badenov.

- J’aurais du mal à croire que vous me contredisiez sur ce point-ci.

Ses yeux se posèrent sur la bouteille désormais vide face à elle. A l’exacte image de son propre verre. Elle leva la main afin d’attirer l’attention du serveur et se tourna vers sa compagnie.

- Voulez-vous que je commande pour vous ?
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mar 16 Nov - 21:57

    En apprendre plus. Toujours plus. Maladie émotionnelle que je comblais comme je le pouvais, enterrant le désespoir par quantité de curiosité. Penser, questionner, cela me permettait de ne plus m'attarder sur ce qui me brisait mentalement, de ce qui me lapidait intérieurement. Et pour m'aider dans ma démarche, je trouvais Maryana Cooper particulièrement intriguante. Je savais que je pouvais découvrir des choses sur elle. Elle avait quelque chose de louche. Ce n'était pas dans ses mots, ni dans son attitude. Discrète, comme le traqueur qui se rapproche de sa proie. C'était dans son regard. Etincelle divine dirons certains, en particulier tous les culs bénis ne s'étant jamais posé la moindre question théologique. Moi, je dirais simplement qu'elle avait un regard que je connaissais, celui que je pouvais observer quand je me levais le matin. Bien sûr, je ne pouvais pas dire qu'elle aussi tuait des gens, humains ou non. Je n'en savais rien. Mais elle avait cette étincelle, cette sauvagerie sous jacente. Je savais bien que je faisais peut être de la parano, mais j'avais appris avec la guerre que le regard ne mentait pas. Vous interrogez un terroriste? Regardez ses yeux. Vous verrez rapidement si l'autre dit la vérité, la cache, ou même s'il vous ment carrément. Elle avait l'étincelle, et je voulais savoir ce qu'elle pouvait bien avoir à cacher. Je ne pensais plus à Jana, plus pour le moment. J'étais concentré, autant que pouvait l'être un homme rendu fou par la solitude et la tragédie dont il ne se sortait pas.


    Je me méfiais. Elle avait quelque chose de dangereux. Je le savais, je le sentais. Je ne pouvais pas dire que je ne faisais pas attention. Je n'avais pas peur pour autant; la peur n'est pourtant pas un poison, mais elle ne pouvait pas me servir en pareille occasion. J'avais depuis longtemps appris à ne pas la refouler, ni à la cacher. La peur est ce qui permet à l'homme de rester en vie. Concentration maximale, sans ambiguité sur les buts à atteindre. Ouïe plus fine, attention visuelle plus forte. Et réactivité énorme. Là, dans ce bar, je ne devais pas avoir peur. Cela ne me servirait en rien. J'étais de toute façon trop ivre pour avoir peur, et encore plus pour savoir la maîtriser et la modeler à mon profit. L'alcool provoquerait ma perte, je le savais depuis longtemps maintenant. Il me semblait clair que je n'avais qu'une seule chose à faire. Continuer cet entretien. Continuer à boire également? La question se posait. Et je revoyais le visage de Jana. Oui, il fallait que je boive. Encore et encore, quitte à me mettre en danger. Je ne craignais pas la mort en elle même; il me tardait même de passer l'arme à gauche. Jana me murmura « viens » à l'oreille, d'une voix sensuelle mais dans laquelle on sentait une irrépressible tristesse. J'arrive, mon amour.


    La jeune femme m'expliqua qu'elle était à Edimbourg pour raisons professionnelles. Travaillait elle encore, suite au drame qu'elle avait vécut? J'avais beau farfouiller dans ma mémoire, je ne trouvais rien de particulier à ce sujet; avions nous aborder ce thème de discussion lors de notre première rencontre? Je ne m'en rappelais pas, mais cela ne voulait pas dire grand chose. Ma mémoire était comme une brume épaisse et moite, et je n'arrivais pas à passer au travers pour y rechercher la vérité. Mais ses paroles éveillèrent un certain écho en moi; cet endroit ci ou un autre... J'étais d'accord. Quand le but n'était plus de vivre, n'importe quel endroit pouvait faire l'affaire.



    | Et vous travaillez dans quoi déjà? Pardonnez ma mémoire, celle ci me fait souvent défaut... |


    Ma main se remit à trembler, transpercé que j'étais du rire ardent de mon épouse disparue, rire qui retentissait à mes oreilles dans le lointain. Non, ma mémoire ne me faisait pas défaut. Elle était juste décidée à ce que je n'oublies pas les choses essentielles, quitte à effacer les ordres de façon purement sélective. Elle me demanda alors si je voulais quelle commande pour moi. Hors de question. Je sortais un billet de l'intérieur de ma veste, et le posais sur la table. Un reliquat de mon pillage d'un bureau de vampires, en janvier dernier. Sacrée collection que l'humain de compagnie du suceur de sang m'avait indiqué. Belle prise, mais ce billet de 100£ était tout ce qu'il restait du pillage. Diantre, ce que j'avais bu... L'alcool me tapait à l'intérieur du crâne. De violents flashs mémoriels me faisaient revivre les derniers instants de ma femme, entrecoupés d'instants de bonheurs partagés. Je serrais le poing de la main qui tremblait, et le claquait violemment contre la table.


    | Foutue Main! Je suis encore capable de commander seul, si ça ne vous dérange pas!. | envoyais je à Maryana d'un regard noir


    Caractère de cochon, envies meurtrières. Qu'il serait doux de traquer et de tuer. Un vampire... de le faire souffrir, puis de l'achever. Mais je n'avais pas ça à disposition. Je devais calmer mon éthylisme croissant autrement. Je desserais le poing et plaquais ma main à plat contre la table, la faisant glisser lentement vers moi pour la cacher sous la table. Je tremblais du genoux gauche, maintenant. Seigneur... Je plaquais une main contre mon visage. L'alcool pervertissait mes sensations; je sentais des picotements sur la parcelle de peau touchée par ma main. Je soupirais, avant de faire signe au serveur arrivant de nous resservir. Je payais du même coup les consommations de Maryana.


    | Excusez moi. De la fatigue, du stress au travail.. Et cette putain d'explosion au bal des vampires. Chierie! Je ne voulais pas gâcher votre soirée, et j'ai bien peur de vous contaminer de mon humeur noir si vous ne trouvez pas compagnie plus engageante. |

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mar 23 Nov - 1:01

On peut attendre énormément de l’étude du langage corporel. Il est bien plus explicite que les mots quand on y réfléchit à deux fois. Des pupilles fuyantes trahissant un mensonge, un tapotement sur la table qui se traduisait par la nervosité. Oui, le langage corporel était plus facile à traduire que les paroles. Paroles qui pouvaient cacher ce que l’on ressentait réellement, qui brouillait les pistes. Après la question était de pouvoir décoder les gestes, de deviner leurs sens cachés. D’ordinaire, Maryana était plutôt douée dans ce domaine. Observatrice et analyste experte. La photographie l’y aidant probablement puisqu’elle cherchait à immortaliser la véritable nature des choses, leur essence même. D’ordinaire elle y arrivait aisément, sans aucune difficulté. Comprendre ce qui se disait à travers le corps de ses interlocuteurs était comme une seconde nature chez elle. D’ordinaire. Puisque là, tout était embrumé, elle n’arrivait qu’à capter certains gestes. Compréhension altérée par l’alcool qu’elle ingurgitait sans fin, sans soif. Surtout sans soif. Compréhension altérée par les cris qui retentissaient dans son crâne, en sourdine, en plainte continue. Les cris de ses victimes lui implorant pardon, les cris de sa fille, ceux qu’elle imaginait.

Les cris de Jessica, coincée sous une table, voyant les flammes grandirent encore et toujours. Tout d’abord très audibles exprimant la peur, le désespoir, l'envie de lutter contre ce qui arrivait. Puis, petit à petit, étouffés. A cause de la suie, à cause des fumées dégagées par l’incendie, parce qu'elle se rendait inconsciemment compte que sa fin était proche. Des cris aigus, des cris stridents qui remplissaient son crâne et lui donnait une migraine impossible. Qui l’empêchaient de réellement comprendre ce qu’il se passait en cet instant précis, dans ce bar du port d’Edimbourg. Voilà pourquoi elle continuait de commander, voilà pourquoi elle s’efforçait de boire sans réelle envie. Le besoin, le besoin de se sentir reposée. Le besoin d’entendre simplement le silence à l’intérieur d’elle-même, le besoin de se sentir en paix. Elle n’arrivait plus à suivre les conversations, la sienne. Elle ne comprenait plus les mots qui sortaient de la bouche de Badenov, elle était presque incapable de se rendre compte qu’il lui parlait. Perdue dans les limbes de son cerveau, dans ce qui lui servait de garde-pensées. Perdue, totalement. Jusqu'à un bruit sourd et claquant qui la sortie de sa torpeur, qui lui fit reprendre son esprit.

Sens de la synthèse totalement anihilés, certes. Déduction fortement réduite, accordée. Pour autant il était difficile d'échapper à la haine qui se lisait dans ce regard. Tout l'alcool et tous les fantômes du monde n'auraient pu y parvenir. Bien trop explicite. Et les mots, pour une fois étaient la parfaite traduction de ce que lui faisaient parvenir ses pupilles figées, ses yeux plissés et ses sourcils froncés par la colère. Mais peu à peu, cette hantise fut trahie pâr d'autres gestes, une toute nouvelle attitude. Troublée et troublante. Attitude qui, ramenait quelque peu Maryana à la lucidité. Elle répondit, sûre d'elle, alors qu'en réalité, cet homme venait bel et bien de l'effrayer.

Soit, payez vos consommations.

Mais, il n'était pas certain qu'il aie capté la moindre de ses paroles. Corps tremblant et gestes saccadés, montrant folie et rage à la fois. Partagée, elle avait du mal à réfléchir, à comprendre ce qui se passait réellement en cet instant précis. Toujours embrouillée par les vapeurs alcoolisées, elle ne comprenait pas la situation, ne la maîtrisait pas. Elle fut comme parcourue par des frissons. Parce qu'elle n'était pas habituée à cette situation. Parce que laisser les ficelles glisser de ses doigts n'était pas dans son habitude. La perte de contrôle la mettait dans une situation de vulnérabilité. C'est ce qui l'effrayait plus que tout. Et face à cet homme ce genre de position lui arrivait fréquemment. Etre en dessous, se sentir faible. Comme inférieure et incapable de lutter. Effrayée, oui, elle l'était. Et il avait beau finalement régler pour eux deux et proférer quelques excuses, cela ne changeait pas grand chose à la donne.
Effrayée. Effrayée de perdre toute influence et de se laisser aller une nouvelle fois. Effrayée de perdre la maîtrise d'elle-même qui la caractérisait tant. Cette froideur et cette impassibilité qui la rendait si forte. Effrayée et finalement prise par d'autres sensations. La colère, contre elle-même mais qu'elle finissait par rejetter sur lui. Cette homme qui l'avait prise au dépourvu. Aigreur accentuée par son manque de lucidité. Elle sentait les traits de son visage se durcir au fil des paroles de son interlocuteursm au fil de leur conversation. Animosité.Humeur noire. Choses qu elle connaissait extremement bien. Sinceres excuses ou jeu, impossible de deviner. Mais elle était loin de dire son dernier mot. Pas de départ précipité, pour Maryana. Non elle ne partirait pas et lutterait contre cette tendace a se sentir dominée jusau au bout. Résolution jouable, car avec l alcool naissait une incroyable tenacité.

Elle se redressa sur son siege et adressa un bref signe de tete au serveur qui apportait leurs nouvelles boissons. Elle tenta de faire preuve de fermeté dans ses gestes, de montrer une assurance qu elle ne possédait plus réellement. Elle leva par la suite sa boisson. Mouvement brouillon, contredit par ses paroles fortes et clairs.

Merci pour l invitation. Mais sachez qu avec moi c est un preté pour un rendu. Ne croyez pas vous en tirer a si bon compte.


Regard appuyé qui se veut scruteur mais qui reste toutefois flou et vitreux. Reste a savoir si lui décode les mots ou bien les attitudes....
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mer 24 Nov - 0:07

    Je me méfiais de la jeune femme, mais je n'avais pourtant pas prémédité ces éclats de voix. J'espèrais qu'elle ne m'en tiendrait pas rigueur et ce, pour plusieurs raisons. La première et la plus évidente était que je ne voulais pas qu'elle soit sur ses gardes, qu'elle change son discours ou son comportement. Si je la braquais, j'en apprendrais forcément beaucoup moins sur elle. Et si j'avais accepté de parler avec Maryana et de l'accueillir à ma table alors que j'avais repoussé toute autre intrusion de la soirée, c'était bien pour accumuler des informations et tenter de démêler le vrai du faux dans tout ce que j'avais pu penser à son propos. La seconde raison qui me faisait regretter mon geste était que j'attirais l'attention sur moi. Ce n'était pas quelque chose que j'appréciais particulièrement en temps normal déjà, et je voulais encore moins attirer les regards et les suspicions dans cet état. Les choses étaient déjà suffisamment compliquées et dangereuses en ce moment pour que je n'ai à en rajouter. J'essayais donc de me reprendre. Penser à Jana me prenait du temps et de l'énergie, et je ne pouvais prétendre me concentrer sur plusieurs choses aussi accaparantes que la « découverte » de Maryana et que la folie résiduelle qui entravait mes pensées. Je devais faire la part des choses, et prendre un peu sur moi.


    J'étais persuadé d'avoir déclenché une réaction chez la jeune femme, l'espace d'un instant. Sans doute de la peur mêlée à de la surprise, je voyais mal ce que cela pouvait être d'autre, à bien y repenser. Je me sentais las et fatigué, et n'avais plus envie que de retrouver mon lit pour dormir et cuver. Mais je devais en savoir plus, et je ne pouvais pas me permettre de rester sur cette impression avec Maryana. Terminer ainsi une occasion d'en savoir plus sur elle serait stupide de ma part et particulièrement contre productif. Je me forçais donc à me reprendre, et serrais le poing pour m'éviter un maximum de trembler à nouveau. Maryana me dit que je pouvais commander mes consommations, et je n'eus en fait qu'un seul geste à faire pour recomplétet mon stock de whsiky. Gaffe à la consommation, sinon j'allais finir par liquider le peu d'argent qu'il me restait pour la soirée. Cependant, mon intérêt s'éveilla à nouveau pour la conversation lorsqu'une petite bouteille fut placée entre la jeune femme et moi. Je souris à ses dernières paroles. Elle avait de la répartie. Mais je voyais dans son regard que je l'avais effrayée, et je m'en voulus un peu, sans doute principalement à cause de l'alcool. En temps normal, brusquer les gens ne me faisait ni chaud ni froid.



    | Un prêté pour un rendu? Ce doit être une philosophie particulièrement intéressante au lit. |


    Je gloussais comme un imbécile, alors que j'engloutissais un nouveau verre de whisky. Je me rendais alors compte que ce que je disais était horriblement déplacé. Elle était célibataire pour ce que j'en savais, et avait perdu sa fille. Bordel, j'avais encore dit une connerie. Je posais rapidement mon verre et pris une attitude peinée. J'essayais de me rattraper tant bien que mal.


    | Je suis vraiment désolé. Quand j'ai bu, j'ai tendance à débiter pas mal de conneries, je ne voulais pas vous blesser ou vous manquer de respect. Quand je suis ivre et en compagnie d'une jeune femme séduisante, j'ai toujours tendance à avoir en tête les bons côtés de la situation, et non la réalité telle qu'elle est. |


    C'était moi, où je m'enfonçais? Il fallait que j'évite de me prendre son poing dans la figure, ça ferait vraiment tâche au milieu de la bonne ambiance du bar. J'essayais de ne pas me laisser démonter pour autant, afin de résister à l'envie irrépressible de m'enfuir alors que j'étais convaincu que j'enchaînais connerie sur connerie. Au temps pour moi, je devais revenir rapidement à des sujets bien plus terre à terre.


    | Je suis vraiment désolé, pour tout à l'heure, je ne voulais vraiment pas vous faire peur. Juste qu'en ce moment... C'est un petit peu difficile pour moi. Depuis l'attentat, tout part à volo, je suis sûr que vous comprenez... |

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Ven 10 Déc - 16:35

Comment cela était-ce possible ? Comme cela était même envisageable ? Jamais elle n’avait été dans cet état. Jamais elle ne s’était senti aussi faible, aussi vulnérable. A la merci de l’autre. Jamais sa confiance en elle n’avait été ébranlée de la sorte. Perdue. Totalement. Son masque d’indifférence se fissurait petit à petit. Des sentiments la saisissaient. Des sentiments ! Alors qu’elle avait jusqu’ici réussit à les éloigner d’elle. Son insensibilité était sa fierté. Elle était tout bonnement orgueilleuse face à la rigueur qu’elle avait de sévir sans ressentir aucun remord. Aucune peur. Aucune faiblesse. Oui, cette capacité la caractérisait toute entière et lui donnait la force de « vivre ». Elle lui permettait de continuer son chemin sans qu’elle ne s’arrête. Mais voilà qu’elle rencontrait Torben Badenov. Voilà qu’il fouinait en elle. Voilà qu’il l’impressionnait. Voilà qu’elle avait peur. Pour la première fois depuis trois années.

Il était incontrôlable. Il était lunatique. Tantôt sympathique, enjoué. Tantôt violent et incontrôlable. Elle ne savait pas réellement de quelle manière réagir face à lui. Peut-être les brumes engendrées par l’alcool qu’ils ingurgitaient sans fin ne l’y aidaient pas. Peut-être. Mais elle n’en était pas certaine. Son corps entier avait réagi face au poing qui s’était abattu sur la table, et elle avait eu peur. Réellement. Malgré une attitude toujours sereine, malgré la violence qu’elle s’infligeait à elle-même, cette terreur restait ancrée là. Au fond d’elle. Cet homme ne suivait aucune règle, n’avait aucun plan. Voilà ce qu’elle craignait. Contrairement à elle qui était méticuleuse, il agissait à son bon vouloir. Pas de méthodes, pas de tactiques. Imprévisible. Comment rester sereine dans cette situation où tout lui échappait des mains ? Impossible. Tout à fait impossible. Tout son corps était agité de légers spasmes. Qu’elle avait dissimulé à travers une phrase anodine. Et à son plus grand soulagement, il n’avait pas semblé remarquer à quel point elle était vulnérable en cet instant précis.

Elle n’était plus en état de relever quoi que ce soit. Presque aucune des paroles proférées ne l’atteignaient. Toute sa concentration était désormais focalisée sur les gestes, le regard, le visage de cet homme face à elle. Parce qu’elle ne voulait pas que cela dégénère. Parce qu’elle ne voulait pas l’éliminer. Pas immédiatement. Pas temps que cela était évitable. Soupçon d’humanité renaissant en elle. Surprenant et incompréhensible. Depuis quand était-elle aussi délicate ? Depuis quand se souciait-elle d’autrui ? Détruire tout obstacle. Voilà sa philosophie. Et pourtant, lui vivait toujours. Miroir de sa propre sa situation. Etait-ce pour cela ? Incompréhensible. Quelle qu’en soit la raison. Et probablement sans s’en rendre compte, voilà qu’il l’enfonçait encore dans cette sensation de faiblesse. Qu’il l’ankylosait dans son impuissance. Qu’il lui rappelait à quel point elle était chétive.

Cette soirée, ce bal. Il l’avait plus ou moins détruite. Il l’avait désarmée. Laissée sans repères. Elle était depuis cette fameuse nuit totalement désorientée. Sans son arme, sans son âme. Car tout résidait en ces crocs qu’elle tenait constamment au creux de sa paume. Tout son être y résidait. Mais ils n’étaient plus. Ils avaient disparus. La laissant désormais seule. Seule face à cet homme. Seule face à cette personne qui savait son passé, sa maladie. Faiblesse contre laquelle elle ne pouvait pas lutter. De nouveaux frissons parcoururent son échine. Elle se contenta de boire une nouvelle gorgée afin de reprendre son calme. De ne pas se laisser dépasser, de ne pas montrer une quelconque ouverture afin d’être attaquée. Seule. Elle était seule. Sa main se resserra comme par réflexe mais n’y rencontra que le vide. Pas d’objet dur et froid à serrer. Pas d’ustensile auquel se raccrocher. Seule. Totalement. Que lui restait-il ? Pas grand-chose. Son être, sa détermination. Pas grand-chose. Elle tenta néanmoins de s’en contenter. Elle sentait un véritable danger face à elle. S’en sortir le plus rapidement possible. Voilà ce qu’elle souhaitait. Il était bien trop tôt pour que tout s’arrête. Elle voulait encore s’accrocher à sa vengeance, s’accrocher à sa double vie. Il était trop tôt pour que tout se compromette. Elle esquissa un sourire maladroit, resserrant ses doigts fins autour de son verre.

- Je vous comprends tout à fait. Cet attentat en aurait déboussolé plus d’un.

Même si cela se passait à des niveaux différents. Les corps déchiquetés, les bouts sanguinolents pendant à divers endroits de la pièce, l’odeur nauséabonde que dégageaient les corps des victimes. Rien de ceci ne l’avait émeut. Non, son seul intérêt était sur ses propres pertes. Celle de sa confiance, celle de sa force et de sa capacité à tout disséquer. Celle de son invulnérabilité en quelques sortes. Voilà tout ce qu’elle arrivait à en retirer. Son arrestation, ses interrogatoires, rien de tout ceci ne l’avait touché. Seule la femme sensible qui en était ressorti était digne de son intérêt. Plus sujette à ses émotions. Elle ne s’accordait plus confiance. Sortir rapidement. Cela était la seule chose qui importait réellement. Mais elle en était incapable. Trop saoul. Probablement. Elle n’arrivait pas à envisager l’action même de se lever. Le faire partir. Tout résidait là. Afin de tout préserver. Son être, son âme, son secret. Le faire partir. Elle tenta dans un élan désespéré de se rappeler de leur conversation. Difficilement. Alcool. Encore. Souvenirs effacés. Effort incommensurable. Mais au bout de quelques réflexions cela lui revint. Remarque sur son activité sexuelle. Facilement attaquable. Il fallait qu’il parte. Qu’il ignore ce qui se déchirait en elle. Tentative désespérée. Regard dur et froid.

- Je vous prierai toutefois de réfléchir à deux fois avant de parler. Si nous devions à nouveau nous rencontrer dans l’avenir cela va s’en dire. Un prêté pour un rendu. Cela peut avoir diverses significations.

Tout l’esprit de Maryana criait. Pars. Pars. Car elle était presque certaine de perdre dans cette lutte qu’elle s’imposait. Parce que désormais sa conscience ne tenait plus qu’à un fil.
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mer 29 Déc - 22:03

    Je continuais de me cacher derrière des mensonges. Bien entendu que ce n'était pas ce foutu attentat qui me touchait à ce point là. Je n'avais jamais été particulièrement émotif, et la misère humaine, si elle me désolait, ne chamboulait pas ma façon d'être à tel point que j'en oublierais toute prudence. Non, la raison de mon laisser aller émotionnel était tout autre. La mort, je la connaissais. Elle m'était aussi familière que la vie. J'étais plus proche d'elle depuis longtemps, peut être même. Depuis une dizaine d'années maintenant. Si loin que ça, déjà? La Tchétchénie, premier passage. Les villages dévastés par les bombes, les obus, les missiles. La nuit éclairée des balles traçantes. Le hurlement des civils, l'aboiement des armes à feu qui les mettaient en pièces. Le crissement des chenilles des véhicules blindés qui coupaient à travers champs pour semer la mort. Grondement lointain d'un tir d'artillerie sur une zone ennemie repérée. Larmes du peuple sur ses martyrs. Indifférence générale devant la mort et la destruction. Des tirs. Des hurlements. L'âme déchirée. Depuis, la mort avait laissée sa marque sur moi. Ma femme tuée sous mes yeux avait eu raison des derniers fragments de ma raison. On pouvait dire ce qu'on voulait; je vivais depuis le 31 décembre 2008 dans un simulacre de raison, dans une parodie d'existence. La mort me tendait les bras, mais refusait pourtant de m'étreindre depuis. Libératrice cruelle, qui se refusait encore et toujours à moi.


    Pourtant, j'avais été touché par l'attentat. Plus insidieux que la douleur et la souffrance, le doute s'était insinué en moi. Obéissais je vraiment aux individus que je pensais connaître? Ne m'étais je pas perdu en route, oblitéré par le deuil? Je n'en avais pas grand chose à faire, d'une certaine façon. Les individus à qui j'obéissais n'étaient pas ceux à qui allait mon allégeance. Toute ma loyauté allait au Seigneur tout puissant, créateur de toute chose. J'avais bien dû me raccrocher à quelque chose, et ce n'était pas quelque chose de particulièrement imbécile que de se raccrocher à la religion. La pensée que là haut, quelqu'un veillait sur moi était réconfortante. Et je n'étais pas de ceux qui rejetaient la faute de leurs malheurs à la puissance divine. Si j'avais perdu Jana, c'était la faute aux vampires et pas celles de notre créateur. C'était également en partie à cause de moi. La seule implication que je voyais en l'action du tout puissant sur ma personne était la graine du meurtrier qu'il avait déposé en moi. Sans le Seigneur, je n'aurais jamais pu disposer d'un tel talent dans le domaine de la destruction. Naturellement, je décelais les points faibles d'une structure, les issues de secours, et les façons les plus rapides et efficaces de tuer quelqu'un. J'étais devenu le gant de fer du Seigneur, et j'assumais depuis ma tâche. Je continuais de dévisager Maryana en réprimant les tremblements qui agitaient mon corps. Et je décelais des choses dissimulées avec plus de facilités que quelques instants auparavant.



    | Oui, je dois bien l'avouer. La peur et le doute. Cocktail explosif dont nous nous passerions bien. Mais je constate également que cela a eu un certain impact sur vous également. Vous me semblez atteinte à votre tour. Ce qu'on a vu ce soir là a changé plus d'un homme, c'est certain. |


    Je buvais à nouveau. Le liquide me brûla de nouveau le gosier, et je fus pris de nausées. Je tanguais sur ma chaise; j'avais l'impression que mon état d'ébriété changeait constamment, allant de l'état proche du coma à celui proche de la sobriété. Peut être était ce le temps qui me jouait des tours, ou bien était ce mon esprit, ce qui me semblait tout aussi probable. Je ne savais plus. Agueubeuh, comme aurait dit mon vieux père. Hymne familial pour caractériser l'état d'ébriété avancé. J'éclatais d'un rire d'ivrogne en m'affalant sur la table à moitié alors que la jeune femme me balançait à la tronche une remarque qui pouvait, comme elle le disait si bien, avoir plusieurs significations. Cela me faisait tellement rire. S'il s'agissait de menaces, je n'en avais strictement rien à faire. S'il s'agissait de propositions peu catholiques, dans l'état où j'étais je serais bel et bine capable de tout. Et si elle voulait dire qu'elle se permettrait elle aussi des libertés de langage, je ne l'en priverais pas; je ne prêtais qu'une oreille semie attentive aux paroles que l'on pouvait me dire.


    | Dites ce que vous avez à dire; ne prenez pas de gants avec moi. Je ne suis pas non plus homme à m'embarasser de phrases aux sens multiples. Les seules choses que je retiens de vos paroles, ce sont avant tout des menaces. Elles peuvent être sérieuses et dans ce cas, je vous souhaite bien du plaisir. Elles peuvent vouloir dire que vous allez vous aussi vous permettre de déconner avec moi comme j'ai déconné avec vous, et dans ce cas je vous donne mon aval. Et là encore, je suis persuadé d'être tombé à côté de ce que vous vouliez dire. C'est comme si vous voulez coucher avec moi. Il suffit de le dire; il ne faut pas avoir peur.. |


    Provocation suprême, que j'avais proféré avec un sourire satisfait, presque mesquin. Un observateur extérieur aurait pu croire que j'étais sérieux. Je poussais mon interlocutrice dans ses ultimes retranchements, la poussant à bout pour la forcer à mieux se révéler. Je vais enfin t'attraper, petit papillon...

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Dim 2 Jan - 22:13

Le rire. Une notion qui était absente de la vie de Maryana depuis bien longtemps. Depuis très longtemps. Le dernier qui avait attiré son intention était produit par une petite fille âgée de trois années. Blagueuse, la joie de vivre. Le tout dernier qu’elle avait entendu, auquel elle avait prêté intention à ce jour. Dents qui se dévoilent, lèvres qui s’étirent. Yeux qui se plissent. Tant d’expressions que son propre visage n’avait plus produites naturellement. Cette action, cette attitude. Elle lui était incompréhensible et en cet instant précis, elle lui faisait froid dans le dos. Son rauque qui s’échappait de la gorge de son interlocuteur, qui la faisait trembler. Attitude désordonnée presque folle. Corps plié sur la table. Plus que jamais, elle sentit que la situation lui échappait. Qu’une fois de plus, loin d’atteindre son but, elle n’avait fait que s’enfoncer d’avantage dans le problème. Remarque cinglante, phrase courte et tranchante afin de clore la discussion devenue une relance imparable. La source d’une joie, d’un rire. Non ça n’était pas son intention. Et pourtant voilà ce qu’elle avait provoqué. Elle avait refermé la porte sur elle-même.

Elle était comme prise au piège. Dans un labyrinthe sans issues. Quelques chemins qu’elle emprunte, elle se retrouvait à nouveau face à un cul-de-sac. Pire, elle s’enfonçait au cœur du dédale et s’éloignait indubitablement de la sortie. Maryana aurait tout donné. Tout pour en sortir. Mais rien n’était à son avantage. Elle était désarmée. Pas de fil d’Ariane pour la conduire et lui indiquer la conduite. Elle était affaiblie. A cause de l’alcool. Tout tournait. En elle, autour d’elle. Les images se floutaient. Elle se cognait encore et encore contre les mêmes parois. Les mêmes murs. Cela se refermait autour d’elle. Sensation d’étouffement. Claustrophobie naissante. Torben Badenov, son interlocuteur la confinait d’avantage. Rapprochait ces murs qui la faisaient suffoquer. Elle était comme en manque d’air. Elle se sentait affaiblie face à lui. Elle ne s’en sortirait pas. Mise à nue dans le passé, cette situation semblait vouloir se renouveler. Elle tendit la main devant elle. Comme à la recherche d’une bouée de secours. Son verre. Ses doigts s’enroulèrent autour alors qu’il était toujours en train de rire. Le liquide trembla sous le toucher. Légèrement. La rassérénant. Elle n’était pas totalement dénudée. Elle inspira un bon coup. Expira. Sa boisson ondula au rythme de sa respiration. Ainsi, elle recommença à prendre confiance en elle. A se sentir à nouveau maîtresse de ses propres actions. Mais elle n’était pas sauvée pour autant. Elle n’avait pas détruite la supériorité qui n’avait de cesse de l’écraser. Non, il lui en faudrait bien plus. L’homme face à elle se redressa. Sa main quitta le verre. Son cœur tambourinait. Oui, elle ressentait toujours de l’appréhension, de la crainte face à ce qui allait lui arriver.

Elle accueillit les mots qui lui étaient adressés. De toute manière elle n’avait pas le choix. Provocation. Rire. Moquerie. Tout y passait. Il lui coupait la simple pousse d’herbe qu’elle avait sous le pied. Lui retira le simple monceau de pouvoir qu’elle pensait posséder. Aucune crainte. Menaces vaines. Il ne la craignait pas. Elle, elle qui de par sa froideur naturelle en repoussait plus d’un. Elle qui faisait glacer le sang des hommes à travers un seul et unique regard. Il n’en avait que faire. Il ne l’avait pas remarqué. Elle trembla une nouvelle fois. Recevant encore critiques et facéties. Elle l’avait un instant sous-estimé. Un faible instant. Et maintenant, lui, lui montrait qu’il avait fait preuve de bien plus de discernements qu’elle. Faiblesse, infériorité. Le brouillard s’insinuait à nouveau dans son esprit. Réflexe stupide, elle se saisit à nouveau de son verre. Le porta à ses lèvres. Gouttes qui restèrent au coin de sa bouche. Elle y promena ses doigts. Les évapora d’un simple geste discret. Elle recouvrait de la lucidité de par ce geste. Ecouta la suite. Il parlait, encore. Provocation qui lui retourna l’estomac. Tempérament sanguin qui refit surface. La violence qui battait à ses tempes. Maryana Watheerey, la serial-killer de Glasgow était à nouveau présente en elle.

Avec difficulté elle se retint de frapper sur la table. Avec difficulté, elle contint sa colère en elle. Avec difficulté elle ne lança aucun regard noir vers son interlocuteur. Mais elle n’était pas non plus en capacité de faire des miracles. Ses mains se posèrent à plat sur la table et elle se redressa afin de gagner de la hauteur. Son ton resta froid, sec. Comme à son habitude. Ses mots en suivirent l’exemple.

- Je constate effectivement monsieur Badenov que vous n’êtes pas de ceux qui prennent des gants pour dire les choses. Il me semble qu’il s’agit là de votre expression. Vous voulez que j’abandonne les miens ? Soit. Je vais vous accorder ce plaisir. Pourquoi nous embarrasser de futilités. Posons cartes sur table. Bien entendu, il faut que ce soit donnant donnant. Un prêté pour un rendu n’est-ce pas ? Il s’agissait là de mon expression.

Elle porta à nouveau le verre à ses lèvres. Liquide. Encore. Pour lui donner du courage. Sa main resta sur le récipient de la boisson. Sentant les pulsations exercées par les diverses molécules d’hydrogènes et d’oxygènes présentes. Elles exerçaient comme une pulsation que la semi-démone ressentait désormais dans tout son corps, tout son être. Son verre se vida. Encore, il lui fallait ressentir à nouveau. Envie, besoin de puissance. De ressource. Sans, elle sombrait déjà. Les méandres de l’alcool l’engloutissaient rapidement. Boisson. Besoin. Elle laissa sa main se promener sur le verre. Dévisagea Torben Badenov. Regard de biais. Pas tout à fait net. Elle s’éclaircit la gorge.

- Puisque nous sommes sur un moment d’honnêteté. Dîtes-moi donc ce que vous attendez de cette conversation. Terminez votre verre et racontez-moi. J’en commanderai de nouveaux et ainsi nous seront quittes.

Esprit embrouillé. Elle lorgnait sur la commande de son interlocuteur. Elle l’appelait. Il n’était plus question de s’enfuir. Il était hors de question de quitter la table laissant des dettes traîner entre eux deux. Ainsi, elle saurait que faire lors de leur prochaine rencontre. Tuer ou épargner.

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mar 4 Jan - 17:08

[HJ; désolé pour la longueur dudunette, je me rattraperais au prochain!]


    J'étudiais du mieux possible les réactions de la jeune femme. Un petit sourire aux lèvres, je ne la détachais pas de mon regard alors que je faisais tout pour la mettre hors d'elle. J'y réussissais plutôt pas mal. Au cours de cette discussion autour d'un verre, j'avais éveillé chez elle plus de réactions humaines que je n'avais pu en voir durant nos deux précédentes rencontres. Je ne savais pas encore si je devais me montrer rassuré par ce que je voyais ou si au contraire, je ne devais que m'inquiéter de déclencher ce genre de réactions chez une personne aussi mystérieuse qu'inquiétante. Elle n'en montra presque aucun signe, mais je le perçus très clairement, malgré mon état d'ébriété avancé. Je l'avais mise en colère. Je touchais au but. Bientôt, je saurais si elle était vraiment dangereuse ou si je m'étais fait des idées. J'accentuais mon sourire, autant par l'excitation de dénouer enfin ce mystère que par simple désir pervers de la pousser un peu plus dans ses retranchements. Je n'avais jamais été bon pour décrypter les émotions des gens; c'est pourquoi j'avais besoin d'avoir recours à de pareils subterfuges. Pour provoquer des émotions, j'avais toujours été éminemment plus doué, et c'était ce qui me permettait d'avancer aussi vite ce soir. Je n'aurais jamais cru être aussi près de faire enfin tomber le masque de Watheerey. Parce que c'était bien d'un masque dont elle se paraît. Je connaissais son attitude. J'avais perdu mon épouse tout comme elle avait perdu sa fille. Et je m'étais vengé. J'avais l'impression d'avoir en face de moi un cruel masque de vengeance, me renvoyant une image de moi même à mes heures les plus sombres.


    Maryana reprit la parole après s'être sans doute un peu calmée. Elle m'accorda le fait qu'elle allait aussi s'arrêter de se cacher sous des faux semblants, et mon âme cria victoire. Bien entendu, j'étais conscient que cela ne durerait pas, et je me demandais si elle s'habillait d'un nouveau mensonge en me faisant miroiter la possibilité de sa reddition. Un prété pour un rendu. Je sentais que comme d'habitude, ce serait à moi de prendre les devants... J'ai raison. Elle fait une pause que je n'interrompt pas. Encore une fois, je sais ce qu'il va se passer avant même que les choses ne se produisent. Elle me demande ce que j'attend de cette conversation. Je pars d'un petit rire. Bien sûr que je sais ce qu'elle veut. Je me ressers un verre et la toise d'un regard flamboyant l'espace d'un instant. Je porte le petit récipient à mes lèvres, et engloutit la boisson. J'ai bien conscience de n'avoir rien fait pour masquer mes intentions ce soir. Je sais que c'est l'instant de vérité. J'accroche son regard, les yeux dans les yeux. Je n'ai pas peur, car je n'ai de toute façon plus rien à perdre. Je soutiens son regard alors que je lui énonce la vérité que je sais depuis un moment, ainsi que celle que je ressens depuis presque aussi longtemps.



    | Vu que nous serons quittes... Ce que j'attends de cette conversation,c 'est de savoir si vous êtes aussi dangereuse que je le pense. |


    Mes paroles s'abattent sur le silence pré-établit comme un coup de tonnerre. Mon sourire s'accentue.


    | Depuis le début, je sais ce que vous êtes, Maryana. Dans votre ivresse, vous m'avez raconté ce que vous avez vécut. Et ce détachement froid, cette solitude désincarnée... Ce regard... Vous cherchez votre vengeance. Je veux donc savoir si vous êtes un danger, que ce soit pour vous même ou pour les autres. Avez vous déjà tué, Maryana? Qu'est ce que ça vous fait, si c'est le cas? |


    Je ne glisse pas la main vers mon arme. Je me fiche bien de rester en vie. Seule compte la vérité, et le plaisir de la savourer après une traque sans pitié.

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mar 4 Jan - 22:52

Pulsations incessante, attirance incontrôlable. Elle pouvait le sentir d’ici, ça l’appelait. Depuis de nombreux jours, elle n’avait plus ressenti cette attraction. Comme si tout avait été mort en elle, comme si sa nature s’était envolée. Mais voilà qu’elle réapparaissait. Comme une renaissance. Ses yeux suivirent les divers mouvements. Regardèrent la main se saisir de la bouteille et verser ce qui avait pour elle l’apparence de l’ambroisie dans le verre. Elle se mit à scruter les lèvres qui le firent disparaître. A grande vitesse. Il s’agissait comme d’un cri. D’une plainte sournoise qui s’élevait en elle. Maryana aurait souhaité arracher le récipient des mains. Sauvegarder un peu de ce miracle et le garder auprès d’elle. Mais il n’en était pas ainsi. Elle ne pouvait pas. Les pulsations mourraient. S’effaçaient complètement. Seul le vacarme ambiant parvenait désormais à ses oreilles. Telle une âme en peine, elle se remit à la recherche d’un autre liquide. D’un autre salvateur qui lui permettrait de garder sa lucidité intacte. Fait extrêmement hardi. Soudain, l’évidence se posa d’elle-même. La pulsation revint. L’attirance, la force. Tout son être était concentré sur ce seul écoulement qui l’attirait. Le liquide, son liquide. Celui qu’elle connaissait dans les moindres détails. Désirs violents naissant en elle. Le sang elle souhaitait le voir couler ce soir. Besoin irrépressible. Sa respiration s’accéléra. Elle se sentait à nouveau toute puissante. Elle releva son regard, vit celui de son interlocuteur s’y accrocher. Défi, assurance. Elle était désormais prête. Qu’elle que soit l’issue de cette soirée. La meurtrière méticuleuse était de retour et pourrait affronter n’importe quelle éventualité. L’heure de vérité avait enfin frappé. Le dénouement approchait. Elle attendit. Qu’il daigne prendre la parole.

Les premiers mots tombèrent. Malgré les rires qui continuaient d’emplir le bar, tout était silence autour d’eux. Les uniques sons qu’elle entendait étaient la voix de Torben Badenov et le doux clapotis du sang qui coulait encore dans ses veines. Oui, elle s’y attendait. Qu’il avait un faible pressentiment sur ce qu’elle était. Parce qu’après tout, elle lisait la même chose en lui. Elle savait qu’il était aussi violent qu’elle pouvait l’être, même s’ils agissaient tous deux de manières différentes. Même s’ils étaient radicalement opposés. Il sourit. Ravi de voir son absence de réactions. Qu’il en profite. Car cela serait probablement la dernière fois que sa bouche exprimerait ce rictus. Le choix commençait à s’imposer de lui-même. Mais elle attendit la suite. Peut-être avait-elle tord, peut-être n’avait-il pas tout saisi. En ce cas elle l’épargnerait. Parce qu’il ne faisait pas parti du plan initial. Mais s’il s’avérait qu’elle avait vu juste, alors il ne serait plus. Parce que rien ne devait la contrecarrer dans son projet. Plus maintenant qu’elle y avait retrouvé foi. Qu’elle était à nouveau prête à se battre.
La seconde suite suivit. Analyse de son attitude, de son comportement. Il était bien plus observateur que ce qu’elle avait voulu lui prêter. Il lui démontrait aussi que cela ne l’affectait pas. Que sa froideur devenue naturelle, la dureté qui la couvrait ne l’impressionnaient aucunement. Qu’il la savait dangereuse, empoisonnée. Et pourtant, il continuait à être là. Discutant. Le mot juste s’infiltra à son tour. Tué. Simple hypothèse ou affirmation ? Elle était incapable de le dire. Mais une chose était certaine. Il l’avait prononcé avec un détachement surprenant. Qui était inhumain. Exactement de la même manière qu’elle l’aurait fait. Existait-il une autre alternative ? Epargner en cas d’ignorance, tuer s’il s’agissait du contraire. Son esprit s’embrouillait à nouveau. Elle avait perdu le doux clapotis qui maintenait son discernement. Son regard balaya la table. Bouteille vide. Elle appela le serveur une nouvelle fois. Méfiant. Ils détonaient donc tant que cela ? La commande fut cependant prise.

Réflexion. Une promesse était une promesse. C’était plus que clair dans la tête de Maryana. Il en avait toujours été ainsi. Elle s’était promis de maîtriser son don et voilà qu’il lui servait à la moindre occasion. Elle avait juré vengeance à Jessica. Elle y mettait tout son corps et toute son âme. Un prêté pour un rendu. Soit. Elle allait s’y tenir. Elle ne montra aucune émotion face aux accusations de son interlocuteur. Pas d’indignation, pas de surprise, pas de fierté, pas d’affirmation. Elle attendit que la commande revienne. Poussa le nouveau verre devant elle et en prit un. Doux bonheur que de sentir le pouvoir l’infiltrer au plus profond d’elle-même. Requinquée, sûre d’elle. Insensibilité à son paroxysme. Prête. A tout.

- Si je suis parfaitement notre… accord… C’est à mon tour de m’exprimer en toute franchise. Le fait est Torben que nos pensées se rejoignent. Je vous pense dangereux aussi.

Bien entendu, il était hors de question qu’elle passe aux « aveux ». Qu’elle aille raconter à quiconque ses activités. Des suspicions n’étaient que des paroles en l’air. Aucune preuve. Et elle ne gâcherait strictement rien. Plus maintenant. Plus en cet instant. Oui, elle avait eu une grosse période de faiblesse. Oui, elle aurait pu tout lâcher. Abandonner. Sa main se sera d’avantage autour du verre. Le liquide frémissait de manière presque visible à son contact. Force et pouvoir.

- J’en viens presque à me poser la même question. Connaissez-vous la mort ? Ce que c’est que de la tenir entre ses mains ?

Maryana avait un regard froid, insensible. Comme à chaque fois qu’il était question de la grande faucheuse. Elle tira encore un peu de force à travers son pouvoir. Regagnant toujours plus de confiance en elle. Elle se mit à regarder Torben Badenov dans les yeux. D’un sérieux qui pouvait glacer d’effroi les plus faibles.

- Nous voilà maintenant dans une situation peu commune.

Il s’agissait d’un simple constat. Elle ne dirait mot de plus. Pas tant qu’il n’en avancerait pas un. Oui le cas qui s’était présenté face à elle était d’une rareté incroyable. Pour la première fois, sa décision n’était pas encore faite. Pour la première fois elle ignorait quel chemin elle emprunterait. Tout dépendrait de la suite. Il se pouvait qu’elle endosse à nouveau son habit de démone.
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mer 5 Jan - 22:12

    Il n'était pas simple de se rendre compte de l'exactitude de la réaction de la jeune femme. Mais un regard, et je savais. Mon âme se figea, ma conscience rit. Je ne pouvais pas dire que j'étais particulièrement surpris; je l'avais toujours su. Maryana Watheerey avait tué. Et pas qu'une seule fois. J'en étais persuadé. Son regard, un puit sans fond, sans âme, sans... pitié. Elle tuait, et elle le faisait bien. Elle était comme moi. Je le voyais à son regard. Tueuse froide, sans merci. Elle était comme moi. Etre en décomposition, vivant de sa seule vengeance. Je me perdais dans ce regard; je ne détournais pas les yeux. Je ne pouvais absolument pas détacher mon regard du sien. J'étais captivé. Enfin, enfin rencontrais je quelqu'un comme moi. Comme moi, elle se réfugiait dans l'alcool des spiritueux pour surmonter sa peine. Comme moi, elle se vengeait, elle vengeait la chair de sa chair, l'esprit de son esprit. Nous étions plus semblables que nous aurions pu le penser de prime abord. Moi, le type a la peau couleur de cadavre, détrempé par l'alcool et la misère de ma folie. Et elle, la jeune et jolie jeune femme, beauté de glace se fermant à tout contact humain. Je ne savais pas encore quel sort je devais lui réserver. Mais devant une de mes semblables, je ne pouvais pas dire que j'avais peur. Je continuais de la regarder. Comme si je la découvrais pour la première fois. Je voulais me perdre dans ce regard; probablement autant pour en apprendre plus sur moi même que sur Maryana. Je ne savais pas trop quoi faire. Mais j'étais sur mes gardes, comme toujours. On ne pouvait pas dire que les habitudes étaient un vain mot chez moi... Maryana me dit qu'elle allait respecter notre « accord », et elle me dit qu'elle me pensait moi aussi dangereux. Je soutins son regard. Un sourire en coin, clairement amusé, se peint sur mes traits.


    | Oh, vous n'imaginez même pas... |


    je pensais aux gens que j'avais tué. L'homme est un loup pour l'homme. Avant même ma vengeance, je m'étais taillé une solide réputation. L'armée. L'homme est un loup pour l'homme. Le compas dans l'oeil, et le tour était joué. Une simple pression sur une détente, et j'enlevais des vie dans un bruit de tonnerre. Après les hommes, je m'étais mis à traquer les immortels. Sang, carnage, combat... Tous ces mots s'entremêlaient alors que je me montrais particulièrement doué à la tâche. Une seule chose restait encore hors de ma portée. Tuer les meilleurs vampires qui soient, leurs grands maîtres... Tuer Krystel. En finir avec cette catin multi séculaire, qui avait fait du monde son frigo personnel. Je ne pouvais plus continuer ainsi, je le savais bien. Pour l'avoir, il me faudrait changer à tout jamais mes habitudes, mes façons de procéder. Il fallait que je trouve un moyen. Maryana éluda ma question. Je souris de plus belle. Croyait elle que nous en étions encore au stade où nous pouvions cacher quoi que ce soit à l'autre. Bien sûr, qu'elle a déjà tué. Je le vois dans ses yeux, dans le noir de ses pupilles. Mon sourire s'efface avec sa nouvelle question. Je bois le nouveau verre qu'elle m'offre. Je ne le bois pas en entier, je le sirote. Sans la quitter des yeux.


    | Je l'ai vue de près, la mort. Elle m'a retiré ce que j'avais de plus cher, sous mes yeux. Et je l'ai administrée à de nombreuses reprises. Mais c'est aussi votre cas. Non, n'éludez plus. Je le lis dans vos yeux. A combien vous en êtes? Pas assez pour faire preuve d'autant de désinvolture que moi, mais suffisamment pour en connaître trop. Trois? Quatre? |


    Petite joueuse, avais je envie d'ajouter, mais je m'en abstins. Quand Maryana me dit que nous étions dans une situation peu commune, j'éclatais d'un petit rire qui me fit trembler. Quand je me calmais, ma main continuait d'osciller. Je la cachais immédiatement sous la table, et reportais mon attention sur Maryana. Je me sentais d'humeur joviale, ce soir.


    | Je l'avoue. Plusieurs choix s'offrent à nous. Vous sortez l'arme avec laquelle vous trainez, et vous essayez de m'avoir pour pas que j'ébruite votre secret. De mon côté, je peux détacher le holster du pistolet se cachant sous ma veste, et essayer d'être plus rapide que vous. Ou alors, on continue de boire un verre. Ou alors, on se confie sur l'oreiller nos petits secrets de marginaux et d'assassins...Que choisissez vous? |

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Jeu 6 Jan - 17:59

Ils étaient quelque part si semblables. Voilà depuis le début de la soirée que Maryana s’en était rendu compte, qu’elle en était persuadée. Elle avait noté chez cet homme une violence sous-jacente. Cachée par son penchant pour la boisson. Mais elle était pourtant omniprésente. Dans ses gestes saccadés, les tremblements qui le saisissaient sans prendre gare, dans son regard. Oui, ils partageaient cette même chose. La brutalité, la férocité, la sauvagerie. Tous deux sans réelle pitié. Elle en avait toujours été assurée. Ceci, et autre chose. La tristesse, la dépression. Le désir de vengeance. Ils étaient bien plus proches qu’ils ne l’auraient pensé aux premiers abords. Mais ils étaient aussi extrêmement différents. Radicalement opposés par l’appréhension qu’ils pouvaient avoir de leurs actions. Il en riait. S’en amusait. Alors qu’il s’agissait de quelque chose de bien plus sérieux la concernant. Même s’ils étaient proches, ils étaient parfaitement éloignés l’un de l’autre. Elle voyait tout ceci comme une obligation, un moyen de faire la justice. Lui paraissait moins attaché à cet aspect. Le sourire qu’il avait affiché alors qu’elle parlait en était la preuve absolue. Alors oui, elle savait désormais qu’il tuait, qu’il avait connu lui aussi une voir des pertes. Mais elle ignorait le reste. Ne le comprenait pas. Ignorait tout de son mode d’agir, de penser. Alors elle était entre deux eaux. Elle se demandait encore ce qu’elle allait faire. Confiance ou non ? Elle n’y parvenait pas réellement. Ne comprenant aucunement l’homme qui était face à elle. La jubilation qu’il pouvait avoir à propos de cette conversation. Et même lorsqu’elle laissa sous-entendre ce qu’elle avait en tête il se mit à rire. Désinvolture, désintérêt. Incompréhensible pour elle qui avait toujours été si méticuleuse, si appliquée. Et ce, même lorsqu’elle avait dépassé la quinzaine de victimes.

Elle se mit à penser qu’il était fou. Réellement. Il avait tout d’abord évoqué sans aucune appréhension, sans aucune discrétion leurs activités. Certes, le bruit dans le bar les tenait presque à l’abri d’être compris ou même entendus. Mais jamais elle n’aurait fait preuve d’autant de franchise. N’aurait prouvé un tel manque de discrétion. Mais au moins les choses étaient posées clairement. Et lui s’en amusait toujours. Ne montrant aucune gêne, aucune peur, aucune inquiétude quand à ce qui pouvait se passer. Il évoquait leur éventuel duel comme s’il ne s’agissait d’une broutille. Peut-être que la mort ne l’impressionnait pas. Qu’il n’en avait que faire. Mais elle devait encore agir, devait encore punir et venger. Elle reprit le verre dans sa main, tâchant de reprendre une respiration, un calme qu’elle ne possédait plus. Calme mis à mal à cause de l’évocation de cette arme perdue, mis à mal à cause de son impertinence. Il était armé, elle ne l’était plus. Les pulsations revinrent. Si elle l’était. Mais elle ne prodiguait la mort qu’en cas de nécessité. Quand un retour n’était pas envisageable. Plusieurs choix, plusieurs pistes. Elle savait qu’elle devait en savoir plus. Elle but une nouvelle gorgée. Se délecta de la brûlure qui lui traversa la gorge. Liquide apparemment inoffensif qui faisait des ravages. Comme elle pouvait avoir l’air d’une simple citoyenne. Mais elle causait mort et désolation. Elle était puissante. Toute-puissante. Et ça, il devait s’en rendre compte. Il devait comprendre qu’il n’avait pas à la sous-estimer. Elle soutint son regard. Celui dans lequel elle lisait provocation et désinvolture. Oui, il devait saisir que contrairement à lui, elle ne voyait pas cela comme un jeu. Pour la première fois de la soirée elle sourit. Elle joua avec son verre, appréciant la force qui y était enfouie. S’en inspira, y puisa encore énergie et détermination.

- Puisque nous nous parlons dorénavant avec franchise, je dois avouer que je songe depuis bien longtemps à vous faire taire de manière radicale. Je craignais que vous découvriez mes activités extra à mon travail de photographe. Mais je suppose que je peux compter sur votre discrétion. Il nous sera donc évitable d’être aussi radicales et de créer un malheureux accident au-cours duquel vous devriez laisser votre vie.

Maryana laissa une pause volontaire dans son récit. Afin de laisser ses paroles pénétrer chacune des cellules grises encore en fonctionnement chez son interlocuteur. Oui, il s’agissait quelque part d’une menace, et elle avait le pressentiment qu’il allait en rire comme il le faisait depuis un moment. Mais qu’importe. Elle aura été claire, concise. Il ne tiendrait qu’à lui d’agir en conséquence.

- Il y a pour ma part quelque chose qui m’intrigue chez vous Torben. De quelle manière pouvez-vous être aussi désinvolte en évoquant tout ceci ? Le nombre n’a je pense rien à voir là-dedans, celui que vous me prêtez étant bien éloigné de la vérité. De quelle manière pouvez-vous en parler de la sorte ? Cela m’intrigue au plus haut point…

Elle se servit un nouveau verre, fit tournoyer quelques instants la boisson, laissant son don éveillé, prêt à n’importe quelle éventualité.

- Comme vous pouvez le constater, j’ai opté pour la discussion et le verre. Vous ne seriez que trop désarmé sur un oreiller.
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Ven 7 Jan - 0:39

    La situation me donnait l'impression d'être sur le fil du rasoir. D'un côté ou de l'autre, la mort. Et moi qui jouait comme un connard l'équilibriste à essayer de tenir au milieu, sur la mince cordelette me sauvant d'une fin de vie misérable. Je me tenais sur le fil, et il me semblait même à moi même que je faisais tout pour me casser la figure. Je provoquais une tueuse, et elle semblait enhardie par mes propos. Comme si c'était tout ce qu'elle avait attendu de cette conversation. Elle ne m'avait pas mentit, loin de là. Et moi non plus. Mais moi, je n'avais pas fait de plan quant à ce qu'elle me dirait. Je n'avais jamais déterminé ma réaction si jamais j'arrivais bel et bien à la pousser dans ses retranchements. Erreur mortelle. Elle avait désormais une longueur d'avance sur moi. La situation n'arrêtait pas d'évoluer. J'étais parvenu à mes fins, certes, mais cette victoire à l'arrachée pouvait me coûter la vie. J'étais tout de même bien mal partit. Jeune chien fou, aurait dit mon ancien chef de section. Et si là je ne courrais pas entre les balles, je savais que la mort avait étreint Maryana, et qu'elle pouvait me la rebalancer à la figure. Je devais faire quelque chose pour reprendre le contrôle, et vite. On ne pouvait pas dire que je sois particulièrement terrifié à l'idée de mourir, loin de là, mais je devais avant tout penser à sauver Hannah. Je ne pouvais pas accepter l'idée de mourir si ma soeur était encore prisonnière des vampires. Je ne pouvais même plus oser repenser à ces images de ma soeur que Raybrandt m'avait montré... Vile catin du diable. Ma pauvre petite Hannah... J'allais prendre soin d'elle, quand je l'aurais tirée de leurs griffes.


    Maryana avait repris toute contenance. Si je lui avais fait peur il y a quelques instants, il ne restait a priori plus aucune trace de tout ce foin que j'avais provoqué. Elle était redevenue égale à elle même. Pire même, dans une certaine mesure. Elle était redevenue plus froide, comme un félin confronté à un de ses comparses; elle hérisse les poils et fait le dos rond. La jeune femme est inquiètante. Mais je ne crains pas la mort. En tous cas pour être honnête, pas ce genre de mort. A moins qu'elle ne soit une psychopathe en puissance, qu'elle me fasse violer et torturer, là je dis pas. Mais me tuer serait une sorte de délivrance. Je ne la craignais pas. L'idée qu'elle me tue non plus. Je savais que je mourrais jeune, mais j'étais convaincu que ce passage de vie à trépas serait plutôt du fait de mes némésis, comme Krystel par exemple. Je ne pouvais concevoir de mourir autrement, et j'espérais ne pas me tromper. Elle reprit la parole et me menaça cette fois ci plus ouvertement. Je me fis plus sérieux, arrêtant de rire. Pourtant, je gardais ce regard si rieur qui me ne me caractérisait nullement, mais que j'arborais pourtant. J'étais de plus en plus intéressé. Je frôlais la mort, mais je trouvais cette discussion vraiment passionnante... Je passais la main sous ma veste, déboutonnais mon holster et ôtais le cran de sûreté de mon arme. Si l'action dégénérait, je serais prêt. Ici et maintenant, devant tout le monde. S'il le fallait. J'avais fait ce mouvement que la jeune femme soit consciente du mouvement.



    | Et moi donc, je ne vous le fais pas dire. D'autant qu'un accident se solderait également par je dirais, même si vous êtes rapide, une demie douzaine de coups au but. Et je suis bon tireur. Vous ne désirez pas en rester là au niveau de votre quête de vengeance, je me trompe? Et moi non plus. Alors ne nous excitons pas l'un l'autre; nous savons tous deux que nous sommes résignés à tuer l'autre ce soir si nécéssaire, tout en sachant au fond de nous que ça ne l'est pas. |


    Je n'avais pas peur, j'énonçais juste une évidence. Il me semblait clair que nous avions tous deux d'autres chats à fouetter que de devoir éliminer un petit intrus dans nos parfaites petites vies bien rangées de tueurs... Je suis intéressé par Maryana, et elle par moi. Je suis convaincu que j'ai beaucoup apprendre sur moi même en la côtoyant. Je ne veux pas que cette discussion ne prenne fin. Pas tout de suite, en tous cas. Je souris de plus belle, nous commandant de nouveaux verres alors que nous avions déjà beaucoup bu. Je commençais à avoir un peu mal à la tête, sans doute m'étais je trop concentré sur ce que je voulais faire et apprendre... Je haussais les épaules, mais étais vivement intéressé par une nouvelle donnée introduite par Maryana.


    | Ohoh! Voyez vous ça... Je suis si loin du compte? Sans doute. Votre regard est sombre. Un puits dans lequel je pourrais tomber facilement. Je réponds à votre question, puis vous répondrez à la mienne. Comment puis je en parler de cette façon? J'ai vu ma femme mourir sous mes yeux, saignée à blanc par un vampire. Je n'ai rien pu faire. J'ai traqué cette bête, voyez vous. J'ai fait des choses horribles quand je l'ai retrouvé. Depuis ce jour, je crois que j'ai vu et fais tellement de choses que cela a sans doute dû altérer mon sens commun... Je n'ai pas de vraie réponse à vous donner. Mais vous... Si je me suis trompé, c'est forcément de beaucoup. Plus d'une dizaine. Comment les trouvez vous? C'est ça, que je veux savoir. Je veux dire, ils le méritent vraiment? De votre réponse dépendra la suite de cette conversation... |


    Tueuse en série face à un meurtrier en puissance. Discussion riche d'enseignements, mais danger omniprésent. Je dois me montrer sous un nouveau jour. Le connaisseur, qui partage ses informations. Ses dernières paroles me font éclater d'un grand rire, alors que l'ivresse est définitivement installée dans mon corps.


    | Je vous aime bien, Maryana. Vous avez de la répartie. Va pour un verre, alors, c'est sans doute mieux comme ça, comme vous le dites si bien. |

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Dim 9 Jan - 0:53

Tout ceci avait prit une tournure bien étrange. Loin de ce qu’elle avait imaginé. La soirée qu’elle passait n’avait strictement rien à voir avec celle qu’elle avait envisagée en rentrant dans ce bar à étudiants où se chantaient des chansons payardes et où l’illusion juvénile vivait pleinement. Non, elle avait pensé oublier, oublier dans l’alcool toutes ces dernières années. Boire déraisonnablement et régresser à un état plus que primitif. Voilà ce à quoi elle avait songé. Et même en croisant Torben –voilà que Torben avait remplacé le Badenov auquel elle l’acculait-, elle n’imaginait pas que son but initial changerait du tout au tout. Qu’elle aurait à nouveau quelque chose auquel s’accrocher, mais surtout, qu’elle se sentirait à nouveau enhardi. Loin d’elle se genre de pensées. Pire que cela, jamais elle n’aurait songé à ce que visage esquisse un sourire. Qu’elle ressente cette excitation fasse au danger qu’elle avait face à elle. Quelques instants plus tôt, elle aurait été bien plus qu’effrayée de voir la main de son interlocuteur passer dans sa veste, ôter la sécurité de son arme à feu. Quelques instants plus tôt. Puisque là, elle commençait à apprécier la conversation. A goûter à un tout nouveau pouvoir. L’assurance. Cela lui aurait paru impossible, et pourtant, elle était là, attaquant, presque provocante. Plus bavarde qu’elle ne l’avait jamais été. Absolument certaine en ses capacités, en son pouvoir. Arme secrète, toute-puissante.

Aussi, elle ne fut nullement touchée par les menaces sous-entendues dans la phrase de son interlocuteur. Menaces qui ne faisaient que répondre aux siennes. Elle était agréablement surprise de cette nouvelle confiance en elle. De retrouver cette force qu’elle possédait avant la perte de son arme. Elle commençait même à… s’amuser. Oui s’amuser malgré la tournure glauque qu’avait prise la conversation. Cela ne lui était pas arrivé depuis de nombreuses années. Etrangement, elle su que Torben Badenov y était pour quelque chose. Parce qu’ils semblaient semblables sur tant de points, elle apprenait de leurs différences. Similarités dans l’assassinat, dans la vengeance, la boisson et quelque part, la folie. Différentes attitudes, expressions. Pour quelle raisons ? Elle avait tout d’abord pensé au passé trop différend. Mais il s’avérait qu’il s’agissait seulement d’une manière d’appréhender la situation. D’observer. Elle lorsqu’elle était en action laissait la femme et la faiblesse derrière elle. Elle n’était plus qu’un bras, plus qu’une arme. Elle était vengeance. Quelque fois elle était bouleversée à cause de la signification de son acte. Mais jamais ô grand jamais elle n’en parlerait comme d’une broutille. D’une simple affaire quotidienne qui ne l’intéressait même plus. Vision tellement opposée qu’elle en était troublée. Etait-elle dans le vrai, l’était-il ? Néanmoins, tous deux étaient humains.

- Je vous présente mes condoléances pour votre femme. Je ne sais que trop ce qu’est de perdre un être cher. Ainsi que de vouloir le venger. Pour le salut de son âme. Quitte à perdre le compte des victimes qui trépassent sous nos coups. Puisque la seule chose qui importe est que justice soit faite. Que la balance de la vie soit à nouveau équilibrée. Que les fautifs paient.

Comme souvent, lorsqu’il s’agissait d’expliquer les raisons de son geste, Maryana s’emballait. Cette fois-ci lui sembla étrange pourtant. Peut-être parce qu’il s’agissait de la première fois qu’elle ne les adressait pas à une victime. Ou alors parce qu’elle commençait sérieusement à forcer sur la boisson.
Elle commençait plus ou moins à se laisser aller. Effet probablement du au verre qui lui avait été resservi. Elle aurait beau utiliser son don autant qu’elle le souhaitait, rien ne pourrait réellement la rendre assez sobre pour ne pas que la conversation dérape.
D’ordinaire, lorsque Maryana buvait, elle était seule. Ou alors elle se régulait, ne dépassait jamais les limites. Celles qu’elle s’imposait de par sa méticulosité maladive. Mais ce soir était décidemment le moment des renouveaux. Elle se rapprochait de plus en plus dangereusement vers un état d’ivresse qui ne présageait rien de bon. Mais elle n’était plus en état de s’arrêter. Parce qu’elle ne savait pas. Elle ne savait plus comment se terminait une nuit d’excès autrement qu’à comater au fond d’un bar. Elle but une nouvelle fois écoutant le rire tonitruant de son interlocuteur. Nouvelle gorgée qui continuait de détruire son bon sens. Elle allait arriver à un point de non-retour. Qu’importe, la crainte, elle, avait totalement disparue. Son apparence froide et distante se liquéfiait elle aussi. Elle répliqua aussitôt sur la toute dernière phrase, sans même y réfléchir.

- Serait-ce là un défi ? Ne pouvant nous affronter sur notre terrain de prédilection vous en sous-entendez un nouveau ?

Prémices de lucidité. Elle n’en revint pas d’avoir laisser fuser de telles paroles. Elle posa sa tête sur sa main. Rien de bon, rien de bon. L’étape de la confiance en soi était bien vite partie laissant place à un manque évident de rationalité. Elle en vint à se demander si cette sensation fugace de force n'était finalement pas uniquement le fruit de l'alcool lui même et non de la boisson qu'elle touchait avec son don. Le doute revint. Et si, lui n’attendait que ça. Qu’elle faiblisse. Elle aurait été bien incapable de se défendre. Etrangement, elle ne souhaitait pas pour autant partir. Souhaitant continuer cette conversation qui l’enrichissait plus qu’aucune ne l’avait fait. Il était en effet rare de rencontrer un « collègue ». Elle releva le visage.

- Veuillez m’excuser. Mes paroles dépassent mes pensées. J’apprécierais grandement que vous utilisez votre franchise naturelle afin de me railler.

Elle tenta de rassembler ses esprits quelques instants et abdiqua.

- Je n’ai pour ma part plus rien qui ne me vient à l’esprit. Auriez-vous de nouvelles interrogations auxquelles me soumettre ? Il est très probable que je ne sois plus jamais disposée comme en ces instants précis.
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Dim 16 Jan - 21:06

    Je n'aimais décidément pas parler de Jana. La simple évocation de son nom me donnait envie de boire. Et le souvenir de son visage, de sa tendresse, de sa passion et de son amour, l'envie de me noyer dedans. Je me sentais seul au monde, terriblement las. Rien ni personne ne parvenait jamais à combler totalement ce manque que je ressentais. Plus qu'un manque, un véritable vide. Quelque chose de vital m'avait été retiré, et je n'existais plus qu'au travers d'une demie vie, une existence de fantôme solitaire. Certaines proximités m'avaient fait du bien, cependant, je ne pouvais absolument pas le nier. Thomas et la camaraderie qu'il y avait entre nous. Ce sentiment que j'avais qu'il était peut être le seul à comprendre. Peut être à cause du fait qu'il avait toujours vécut sans ses parents. Silviano, même si ce n'était pas pareil. Andréa, sans doute, oui... Mary, cette femme que j'avais rencontré qui m'avait offert le réconfort de son corps, sans rien connaître de moi. Pareil pour Cora. J'avais eu tant d'opportunités d'oublier Jana, mais n'en avait saisit aucune. Je ne voulais pas vivre avec le déshonneur d'avoir oublié mon épouse. Même si je l'aurais voulu, je n'aurais de toute façon pas pu. Je restais bien trop attaché à elle. Et mon deuil n'était pas terminé. Je ne savais même pas s'il prendrait fin un jour. Perdre une personne qu'on aime tellement, sans réserve, sans rien, c'était un véritable drame en règle générale, et une mort sociale dans mon cas. Je faisais avec les armes que l'on m'avait donné. Maryana m'adressa ses condoléances. Je n'hochais que la tête en tout signe de réponse, d'un mouvement impatient, comme pour chasser une mouche un peu trop entreprenante. Je finis cependant par sourire. Sa façon de voir les choses me faisait beaucoup rire, d'un certain point de vue. Je caressais du bout des doigts le rebord de mon verre.



    | Intéressant, la façon que vous avez de philosopher tout ça. Autojustification peu courante. Rétablir l'équilibre. Conneries. On ne peut jamais rétablir l'équilibre, pas quand la personne qu'on a perdu était tout pour nous. Si je devais transposer votre logique à mon cas, je me serais déjà tiré une balle dans le cigare. Ca fait déjà bien longtemps que j'ai abattu le principal responsable de ma perte. Et tous ceux qu'il connaissait. Et tellement d'autres. Je me vois plutôt comme une coupe vide, ne pouvant être remplie que par le sang des nocturnes rouges. |


    Combien en avais je tué précisément? Impossible de savoir. On dit souvent qu'on ressasse sans cesse dans sa tête les gens qu'on a tué. Ce qu'on omet encore plus souvent de dire, c'est que je ne me rappelle que des gens VIVANTS que j'ai fait passer de vie à trépas. Ces rebelles, dans les collines tchétchénes. Deux autres depuis la fin de la guerre. Eux tous continuaient de me hanter. Mais les vampires... Rien, quedal. Comme si les tuer ne me faisait ni chaud ni froid. Je ne pouvais pas prétendre le contraire après tout; maintenant que je connaissais bien les vampires je ne les pensais qu'en terme de sauvages et d'animaux; de bêtes impropres à suvivre sur ce monde. Aucun n'était différent. Même les plus gentils ou louables d'entre eux étaient à un moment ou à un autre dangereux pour l'homme. Et ils disposaient de si terribles pouvoirs que les tuer était un service rendu à l'humanité toute entière. Parmi ces pouvoirs... Je frémis dans le souvenir des rêves érotiques que j'avais fait, m'impliquant, moi et Krystel. Comment avais je pu me résoudre à boire son sang? Plutôt finir infirme... Mais je connaissais les risques encourus en absorbant ses fluides vitaux, je savais à quoi je m'exposais. Maryana semblait intéressée par le défi que représentaient mes paroles. Mon bas ventre s'enflamma, comme le reste de mon corps. Pourtant, depuis l'épisode Andréa, je savais mieux réfléchir avec mon alcool plutôt qu'avec mon sang, même si celui ci s'avérait bouillant. Je ne pouvais plus me permettre ce genre d'erreurs, et ferait tout pour ne pas les reproduire.


    | Oh non, n'allez pas vous imaginer que je vous défies de quoi que ce soit... Sur notre terrain de prédilection ou n'importe quel autre, nous finirions toujours à égalité, j'en ai bien l'impression. Et puis, je ne saurais vous satisfaire, vous l'avez dit vous même tout à l'heure. Je ne prendrais donc pas le risque de passer pour un gland, au sens figuré. A votre santé. |


    Je buvais de nouveau un verre. Maryana était très séduisante, et sa dangerosité ne faisait que renforcer l'attraction sexuelle que je pouvais sentir à son égard. Mais les erreurs... Je n'avais pas déjà suffisamment couché avec d'autres femmes, ces derniers temps? Cela en devenait dangereux. Multiplier les partenaires sexuelles était quelque chose qui allait à l'encontre de toute prudence; je trahissais Jana et devenait moins concentré. Je multipliais aussi les risques de me faire découvrir par une de ces amantes, et je n'avais pas besoin qu'on m'inculpe comme trafiquant d'armes ou tueur en série. Je devais faire attention. Je savais que je regretterais sans doute très vite de ne pas entrer dans le jeu qui aurait pu s'installer entre Maryana et moi, mais je reportais mon attention sur mon verre, verre dont j'engloutissais de nouveau une partie de son contenu. Je lui posais l'ultime question qui règlerait son sort pour ce soir. Calme, serein. Moins rieur que tout à l'heure.


    | Vous pensez que vous pourrez vous arrêter un jour? |

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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Dim 23 Jan - 0:37

Pour la première fois depuis trois années, des émotions, des sentiments autres que le désespoir, le désir de vengeance ou la haine avaient percés. Et elle était perdue. Totalement. Parce qu’elle découvrait à nouveau un aspect de la vie. Parce qu’elle se rappelait ce qu’était de tenir une réelle conversation. Elle avait perdu cette habitude pourtant quotidienne chez les personnes normales. Chez les humains normaux. Mais elle, était différente. Elle devenait chaque jour un peu plus différente. Elle s’éloignait de tout ça. De tout ce qui faisait d’elle une femme. Elle ignorait les besoins de son corps. Le martyrisait, le traitait comme une simple enveloppe charnelle. Elle ne le nourrissait plus normalement. Ses courses pourrissaient dans son frigo. Elle lui donnait juste de quoi tenir assez longtemps. Un œuf, une tomate. Suffisant pour la journée. Quelques aliments qui lui conféraient la force de s’accrocher. Quelques mois de plus. Son corps était devenu un simple contenant. Juste rempli de temps à autre afin de le garder fonctionnel. Parce qu’elle le sustentait d’une autre manière. De son pouvoir, de sa rancœur, de sang. Quitte à obtenir des effets indésirables. Quitte à être violente, insensible. Froide. Don démoniaque qui la brisait. Non, elle n’était pas comme les autres. Elle n’était plus humaine. Elle ne ressentait plus. Pas même en pensant à Jessica. Tout ce qui existait était la colère, le désir de vengeance.
Ô, bien entendu, certaines fois il lui arrivait de craquer. De pleurer devant un nouveau corps auquel elle avait ôté la vie. Mais ça ne durait jamais bien longtemps. Simple flash-back sur ce qu’elle avait pu être des années auparavant. L’ancienne Maryana, vibrante, brûlante d’émotions. L’ancienne Maryana, bavarde, souriante, qui s’ouvrait à tous. Elle l’avait pensée morte. Disparue. A trois reprises. Après avoir été renvoyée de chez elle. Avoir perdu contact avec toute sa famille l’avait une première fois blessée. Mais elle avait rencontré un homme, elle avait eu une fille. Puis il était parti. Seconde mort. Elle s’était accrochée pour sa fille. Elle pensait être définitivement morte avec sa petite Jessica. Simple machine à venger. Simple récipient contenant un esprit malsain et sanguinaire. Presque muet. Chair froide. Oui elle le pensait. Mais il s’avérait qu’elle s’était trompée.

Incompréhensible mais vrai. Ce soir son corps vibrait à nouveau pour autre chose que du sang. Sa conversation avait un autre but que celui de tuer. Elle apprenait, elle découvrait, elle parlait. Sans tabous. Sans complexes. Elle n’était pas hors de danger. Loin de là. Mais elle n’y prêtait aucune réelle intention. Elle était comme intriguée. De rencontrer quelqu’un qui lui ressemblait un temps soit peu. Il n’y avait aucun doute, sa méfiance naturelle s’était affaiblie. Tout cela pouvait être amplement dû à l’alcool qu’elle avait bu sans soif. Mais elle, l’ignorait. Elle ignorait bien des choses. L’humaine était de retour. Pour la première fois depuis trois ans. L’humaine, l’adolescente qui était morte bien trop vite. Enterrée par une grossesse précoce. Voilà qu’elle se retrouvait penchée sur la table afin d’écouter les propos de son interlocuteur. Qu’elle mettait en valeur ses attributs. Qu’à travers des regards elle se mit à sous-entendre des choses. Appuyant les paroles qu’elle avait tenté d’effacer auparavant. Ivresse manipulatrice qui prenait le dessus. Qui réveillait la femme qui hibernait. Envie qui s’envola comme elle était venue. Refus net qui créa un soulagement. Sensation qui la rassura. Elle n’était pas totalement sous l’emprise de l’alcool. Même si cela ne saurait réellement tarder, elle était encore un temps soit peu consciente. Pour combien de temps elle n’aurait su le dire.

Oui, elle était dans un état peu… fier. Elle ne se contrôlait plus entièrement. Possédait des moments de fatigues, d’autres où elle réfléchissait. Des derniers où son esprit semblait se vider. Observait ce qu’il se passait sans qu’elle ne saisisse rien. Ainsi, elle regarda Torben boire. Et boire encore. Meilleure résistance, cela ne faisait aucun doute. Meilleur mental. Pas certain. Mais il le cachait de manière admirable. Et lui, semblait avoir des questions. Une question qu’elle ne s’était au grand jamais posée. Une interrogation qui lui redonna lucidité et conscience. Quelques minutes.
Après… que se passerait-il lorsqu’ils auront tous succombés sous ses coups. Bien entendu, elle finirait cette quête. Tôt au tard. Elle priait simplement que ce soit pour le 18 décembre. Comme un dernier hommage. Et après ? Elle n’avait jamais songé à une vie une fois sa vengeance accomplie. Plus simplement, elle n’avait jamais songé à la vie depuis qu’elle avait vu la mort. Elle observa son compagnon de soirée. Deviendrait-elle comme lui ? Tueuse sans âmes. Incapable de s’arrêter ? Parce que c’était devenu un besoin, une habitude. Une drogue. Le sang coulant sur ses doigts était devenu son addiction. La seule chose qui importait. Qui la faisait vibrer. La solution était très évidente. Elle n’avait que deux choix à faire. Impossible de décider. Maintenant. Tant qu’elle n’aurait pas accompli sa mission, elle ne saurait pas ce qu’elle désirait faire. Il était trop tôt. Elle avala une gorgée afin d’éteindre le brasier de sa gorge. De cacher la nouvelle indécision qu’il avait fait naître en elle avec seulement quelques mots. Elle se laissa tomber contre son dossier et posa son verre sur la table ; inspira, expira afin de se lancer.

- Je n’y avais jamais songé et pour tout avouer, je n’ai pas votre réponse. Mais à vous voir, je me demande si elle n’est pas toute tracée. Il serait égoïste de stopper le rétablissement d’un équilibre seulement pour soi. Je me bats ma fille. Mais elle n’est pas la seule. Il apparait donc deux issues à ce parcours selon moi… Continuer, pour les autres ou mettre fin à mes jours, ma mission étant accomplie.

Tout son corps tremblait. Tension. Des nausées la prirent. Elle avait besoin de prendre l’air. Se mit à étouffer dans cette salle. Elle reprenait petit à petit conscience de l’endroit où elle était, des odeurs moites qui flottaient. Mais elle en fit fi. Voulant savoir, comprendre. Comment cet homme-ci fonctionnait. Elle inspira une nouvelle fois. Se remit les idées en place.

- Et vous, pour quelles raisons n’y mettez-vous pas fin ? J’ai cru comprendre que nous ne possédions pas les mêmes motivations. Aimez-vous donc cela ou bien est-ce plus fort que vous ?
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MessageSujet: Re: Drink to forget [Livre 1 - Terminé]   Mar 25 Jan - 14:42

    Je m'efforçais de garder contenance. Entre les tremblements, la présence de Jana qui effleurait ma conscience, la fatigue et la lassitude, je me sentais prêt à tomber. Ce que je n'allais pas tarder à faire de toute façon, car même si les choses dégénéraient tout à fait avec Maryana, je ne serais de toute façon plus capable de temporiser, voire de me protéger en cas de coup dur. Même ivre mort, je me rendais compte que tirer le flingue était dangereux dans ce genre d'environnement. Déjà, il y avait de fortes chances pour que je rate ma cible, ou ne fasse que l'estropier sans la tuer pour de bon. Ensuite, les chances de toucher un tiers dans la lutte étaient non négligeables; que ce soit ici ou dans les environs immédiats du bar, toucher un passant serait probablement la garantie d'un allé simple vers la prison. Je ne pouvais pas me permettre de déraper, et je ne le voulais guère. Je devais donc rentrer chez moi. Ne restait plus que le passage obligé d'une question fatidique, celle de savoir si effectivement, Maryana était dangereuse pour les autres. J'avais déjà eu une partie de la réponse, celle de savoir pourquoi elle tuait. Je n'adhérais pas à ses propos, mais qui étais je pour la juger alors que je tuais moi même par simple désir de vengeance? Personne. Par contre, mon choix quant à elle serait clairement orienté par sa réponse à la deuxième partie de ma question; je ne pouvais pas choisir de l'abattre à la légère. J'attendis donc sa réponse, et je vis à quel point ma question semblait soulever pas mal de problèmes personnels chez la jeune femme; elle semblait réfléchir à ce qu'elle devait me répondre. Je savais en tous cas que je saurais discerner la vérité dans ses propos; je n'ai jusque là jamais été berné par qui que ce soit quand j'étais capable de faire encore un minimum attention aux paroles et aux regards de mes interlocuteurs.


    Sa réponse arriva enfin. Elle était sincère, je le sentis de suite. La nature même de sa réponse garantissait son honnêteté, et je me surpris à sourire, reconnaissant dans sa logique celle qui me guidait en quelque sorte depuis pas mal de temps maintenant. On avait l'impression d'être dans un cercle de sang et de violence sans fin, à tel point que l'on ne pouvait guère parler de cercle vicieux; car il n'avait rien de vicieux dans le fait de savoir dans quoi on était empêtré. En plus, sans être fatalement bloqué dans ce cercle, on n'avait pas forcément l'envie véritable d'en sortir. Il restait clair à mes yeux que ma vie actuelle n'était pas vraiment subie, car je l'avais bel et bien choisie. Il fallait être prudent avec les termes que nous employions. Continuer et mourir. La seule perspective d'avenir que je voyais également dans ma propre lutte. Oui, nous n'avions qu'une seule façon envisageable de tout terminer. La mort, et le repos éternel du combattant accomplit. La satisfaction de la tâche d'honneur accomplie. La compagnie des morts pour seule nourriture de l'éternité. Bientôt, Jana, bientôt je serais avec toi. Maryana semblait nourrir les mêmes desseins, et je ne pouvais que me sentir emprunt d'une certaine compassion à son égard.



    | Je vois ce que vous voulez dire. Moi non plus, je ne sais pas vraiment comment je vais me sortir de là. Et je n'en ai pas réellement envie, tout comme vous j'imagine. |


    Que dire de plus? Tout était dit, je savais que je ne la tuerais pas. Si elle même devenait vraiment dangereuse, je pourrais peut être mettre fin à sa croisade. Mais pour le moment, je ne ferais rien. Elle tuait pour une raison bien précise. La subjectivité dans le choix de ses cibles était apparemment sous son contrôle; elle tuait par besoin tout de même, je ne devais pas me leurrer, mais elle parvenait à discerner encore ses amis de ses ennemis. Elle pouvait se débrouiller seule, et elle n'était un danger que pour ceux que la vie avait placé sur sa route. Elle ne frappait pas au hasard. Elle avait un but. Elle n'était pas une tueuse en série pour une obscure raison; elle savait précisément où elle allait. Et si comme moi il lui arrivait de douter, alors elle avait l'impression de se perdre, ce qui ne la dévierait que provisoirement de sa route. Mais elle avait raison. Pourquoi continuais je à tuer? Alors que je suis vengé, et que Jana l'est aussi. Je me mets à sourire. Je n'ai aucune idée de la réponse que je dois lui apporter. Je ne connais même pas la vérité à ce sujet. Il est temps pour moi de partir, de retrouver mes visions de mon épouse, de me complaire dans la folie qu'est ma vie, avant de m'endormir d'un sommeil plein de songes. Je souris de plus belle et laisse échapper un petit rire. Je laisse un billet sur la table, et j'enfile ma veste. Je me lève de mon siège et lui jette un dernier regard. Non, je ne la tuerais pas ce soir. Discrètement, je remets la sécurité de mon arme en place.


    | C'est ça, Maryana. C'est ça, la bonne question. |


    Je tourne les talons. J'arrive, Jana.

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