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La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]
MessageSujet: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Lun 10 Sep - 21:27

Un jeune homme courait contre le vent qui fouettait sans états d'âmes son visage concentré. Sa foulée était plutôt rapide, à vrai dire, il n'y prêtait pas attention. Un vent violent s'était levé et tentait de le repousser, de l'empêcher de courir. Il luttait contre l'élément, avec plaisir, car il gagnait doucement, peu à peu, quelques centimètres. Ses cheveux courts n'étaient même pas gênés par les bourrasques. Pourquoi donc était-il sorti alors qu'une tempête se préparait ? Il courait car il aimait ça. Il aimait repousser ses limites, se dépenser quand les sentiments en lui se faisaient trop violents. Il avait besoin d'expulser toutes les mauvaises choses en lui, même les bonnes d'ailleurs. De temps en temps, il éprouvait presque de la pitié pour Mary qui devait gérer la meute toute seule, une bande de loups déracinée qui n'avait plus de foyer. Alors dans ces moments-là, il allait courir pour retrouver une paix de l'âme. Il ne voulait pas penser à elle. Ne voulait pas tenter de la comprendre. S'il le faisait, peut-être qu'eux deux pourraient enfin se parler, et s'apprivoiser. Mais quelque chose en lui le freinait. Il détestait l'autorité en général. Alors s'il se permettait de nouer un lien positif avec elle, il se soumettrait définitivement et deviendrait malléable.

Plus le vent se calmait, plus Irving ralentissait le pas. Il devait garder des forces. De plus, le gros de ces pensées se dénouait dans sa tête. Il avait eu besoin de se transformer, mais impossible. Il avait croisé des vélos, des marcheurs, des chiens qui gémissaient en s'écartant sur son passage. Il se demandait ce qu'ils faisaient là. Non, lui avait raison de courir sous un ciel couvert car il ne craignait pas d'être trempé ou d'avoir froid. Il lui suffisait de quitter le chemin, de s'enfoncer dans les fourrés et de "revêtir sa fourrure". Mais eux, pourquoi se trouvaient-ils sur sa route ? Il était contraint d'accuser leurs regards étonnés, leurs yeux glissant sur son masque hanté par des sentiments contradictoires. Il n'avait qu'une envie : se battre, mais on lui avait recommandé d'arrêter de chercher la bagarre - on, Mary - il voulait s'insurger contre les humains - ses presque congénères - qui adulaient les vampires ou sur le gouvernement qui ne comprenait que ces êtres se nourrissaient de leur population. Il en avait assez que leur peuple reste dans l'ombre alors que les vampires se promenaient sur la ville comme en plein jour.

Bientôt, quand il eut croisé quelques vélos, il se retrouva à une bifurcation. Il ne se rappelait pas cette sente, alors il huma l'air, faisant du surplace pour ne pas perdre le rythme. Il trouva rapidement son chemin, d'ailleurs quelqu'un était passé il y a peu de temps avant lui. Il pourrait le ou la rattraper rapidement s'il forçait un peu. Irving piqua un sprint et arriva en vue d'un homme qui courait avec son chien. Il eut beaucoup de mal à parvenir à sa hauteur. Curieusement. Il s'agissait d'un vrai sportif, lui. Et son chien courait en liberté près de lui. Le vent tourna, et partit vers eux. Son odeur de loup dut parvenir au mufle du chien car ce dernier s'arrêta soudain et regarda Irving. Ce dernier continua à la même vitesse ; l'homme lui aussi freina pour regarder ce qui arrivait à son chien.

"Ne vous arrêtez pas pour moi !"
Parvenant à leur hauteur, Irving s'adressa directement au chien, le fixant dans les yeux. Le chien s'écarta de lui en gémissant. Irving ne fit aucun commentaire sur le comportement de l'animal ; son maître devait déjà avoir honte de cette réaction.
"Ca vous dit de courir avec moi ? Je vous assure que je ne vous ralentirai pas."
*Ah bon ? Pourquoi as-tu demandé ça Irving ?*Aucune idée, peut-être aimait-il l'effet qu'il avait sur le chien et sur le maître. Peut-être l'envie de courir avec quelqu'un, il paraît que c'est plus sympa à deux.


Dernière édition par Irving Anderson le Mar 11 Sep - 20:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Mar 11 Sep - 10:25

    Le vent soufflait, fort. La pluie menaçait de tomber. Les bourrasques voulaient le faire chanceler, tomber, ralentir. Les nuages s’amoncelaient à l’horizon. Et je considérai cela avec calme. Je ne voyais pas pourquoi ça risquait de m’arrêter. Il fallait que je cours, et plus encore, que je prenne un peu de temps avec Piotr qui ne s’habituait pas vraiment à mon nouveau travail. Sa réaction fasse aux vampires avait été négative au plus haut point, et ca ne m’étonnait guère puisqu’il n’avait pas l’habitude de trouver des prédateurs. J’avais donc besoin de courir. Un besoin oppressant, continuellement présent dans ma tête. J’avais besoin de me détendre les muscles, d’avaler des kilomètres sans me soucier de ma destination. Je doutais rencontrer le gars du parc, vu le temps, mais ça ne me préoccupait pas. C’était ainsi. Piotr somnolait dans un coin de l’appartement. Je jetai un dernier regard à la fenêtre, et je l’appelai calmement. Aussitôt, le berger allemand se mit sur ses quatre pattes, tous ses sens en alerte. Ce n’était pas le plus beau, le mieux portant, lorsque je l’avais choisi à la naissance. C’était le plus robuste, et celui qui se battait pour vivre. Comme moi. Je l’avais dressé en déployant toute la patience dont je me savais capable, et dieu seul savait à quel point elle était grande !, et le résultat était là. Il comprenait la plupart de mes ordres, que je les prononce en russe, en arabe ou en anglais. Il m’obéissait au moindre geste, et m’était plus fidèle que ce que je pouvais concevoir de la fidélité. En m’accroupissant pour me mettre à son niveau, je l’observai m’apporter son collier et sa laisse. Il n’aimait pas toutes ces entraves que j’étais obligé de lui imposer en société. Oh, je n’étais pas homme à faire beaucoup cas des règles et de ce dont je ne voyais pas l’intérêt, mais on m’avait fait vite comprendre qu’un animal de cette force, et qui pouvait se révéler meurtrier, n’avait en aucun cas le droit d’être en liberté et sans collier en plus ! Et je ne voulais pas, et c’était quelque chose dont j’étais certain !, qu’on me prive de Piotr. Qu’il meurt naturellement, okay, je l’acceptais. Mais qu’on me le retire sans que j’ai pu voir son déclin… Je n’étais pas homme à être sentimental, ce serait plutôt le contraire, mais Piotr était un sujet sur lequel j’étais intraitable. Tout en attachant le collier, je dialoguai silencieusement avec mon chien. J’essayai depuis quelque temps de lui apprendre à réagir à mes froncements de sourcil et autres expressions du visage. Jusque là, mes expressions n’étaient pas suffisamment marquées pour qu’il les relève.

    Une demi heure plus tard, nous sortions du centre ville en trottinant. Piotr sentait que les chemins se dégageaient petit à petit du béton des villes. Nous rencontrions de moins en moins de personnes, de regards étonnés, inquiets, méfiants et moqueurs. Je sifflai un air doux et Piotr vint aussitôt à mes pieds. Et je le libérai totalement. Le collier et la laisse trouvèrent leur place dans une de mes poches, celle située juste au dessus du poignard que je conservais accroché à la cuisse. Etrangement, je n’avais pas ressenti le besoin de mettre mon holster pour y insérer mon 9mm qui ne me quittait habituellement pas. Oh, ne vous méprenez pas ! Le revolver était bien sur moi, mais au côté et non sur la poitrine. Ainsi, il m’était plus facile de respirer. Et de me sentir libre. Courir… c’était ce qui me faisait me sentir libre de toute attache. Je ne considérais pas qu’avoir des employeurs, c’était en être esclave. Non. J’étais indépendant contrairement à ce qu’on pouvait croire. Parce que j’étais riche. Plus que ce que je pensais être concevable lorsque j’étais parti de l’orphelinat, à seize ans. J’étais extrêmement riche, et je ne dépensais pas. Hormis pour le bien être de Piotr, mes armes, et les affaires que m’étaient utiles, comme des cartes de la région de plus en plus détaillées et des jumelles de vision de nuit. Nous reprîmes notre course à un rythme de croisière qui était loin du rythme pépère des quelques autres amoureux du footing que je croisais et qui donnaient l’impression de courir à reculons tant il était lent. A une bifurcation, je ne me posais pas de question. Piotr partit devant et n’hésita pas une seule seconde, m’ouvrant la voix. Je le suivais, la plupart du temps. Soudain, quelqu’un se porta à ma hauteur, et Piotr s’arrêta sur place en sortant les dents. Je lui jetai un regard plus qu’étonné. Le berger allemand semblait encore plus troublé qu’en présence des vampires. Le jeune homme qui lui avait fait tant d’effet dit quelque chose qui se perdit dans les bourrasques de vent. Moi, je revins en arrière, et je m’accroupis aux côtés de mon chien qui gémit. Piotr ne gémissait jamais, sauf lorsque je le réprimandais. D’une voix douce, tout en le caressant, je le forçais à me regarder, ignorant totalement le jeune homme.

      « Calme, calme toi Piotr. Regarde moi. Calme. Regarde moi. Calme. »


    Piotr avait confiance en moi, je le vis dans son attitude. Il était plus calme. Parce que lorsque je lui demandais ainsi de se calmer et de me regarder, il devait se souvenir, si possible qu’un chien ait des souvenirs comme celui là, que j’étais bien plus que apte à le protéger. Et que j’étais de nous deux, sans aucun conteste, le mâle dominant. Piotr semblait être redevenu un jeune chiot qui avait peur de la neige. Il se collait à mes jambes, et je le caressai encore un peu avant de me relever. Le jeune homme me proposa de courir à mes côtés. Je considérai rapidement Piotr. Ce n’était pas une question de me ralentir, c’était plutôt de l’effet qu’il pouvait avoir sur le berger allemand. Mes yeux gris inexpressifs se posèrent sur l’autre une nouvelle fois.

      « Pourquoi pas. Je ne vous attendrai pas. »


    D’un sifflement modulé, je signalais à Piotr qu’il pouvait aller où il voulait et qu’il n’était pas obligé de rester à mes côtés. Généralement, je lui demandai de courir dans un cercle de cinq mètres de diamètre environ autour de moi, pour qu’il n’effraye pas d’éventuels cyclistes ou passants. Mais là, je ne pouvais pas le contraindre de rester à côté d’une personne qu’il ne supportait pas et qui l’effrayait. C’était étrange comme Piotr était bien plus réceptif que moi aux personnalités des coureurs que nous rencontrions. Le gars du parc, il l’appréciait suffisamment pour outrepasser mes ordres. Celui là lui faisait suffisamment peur pour qu’il ait besoin que je lui rappelle qui j’étais. Je me remis à courir, lentement d’abord, surveillant l’autre du coin de l’œil, puis j’accélérai. Il m’avait rattrapé lorsque j’étais à mon rythme de croisière, ce qui sous entendait qu’il était aussi sportif que moi. Me demandant s’il allait m’entendre, je lui fis la remarque :

      « Vous courrez vite, pourtant, je ne vous ai jamais vu dans le parc. »


    Je n’étais pas un partenaire de footing des plus loquaces. Généralement, les rares personnes qui courraient avec moi faisaient la conversation pendant quelques minutes avant que je ne les largue totalement, les laissant cracher leur poumon et reprendre leur souffle.

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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Mar 11 Sep - 22:27

Irving regardait longuement le sportif, étudiait son comportement, mais il ne décela pas une envie de lui poser des questions. De toute façon, qu'aurait-il pu lui dire ? "Comment avez-vous fait pour faire peur à un berger allemand ?" Et Irving de répondre : "Je sais pas, j'ai une odeur bizarre qui fait fuir tous les animaux de cette planète, sauf les grizzlis, les jaguars, et bien sûr les loups dominants."

L'homme avait l'air taciturne, le genre qui parle peu mais pense beaucoup. Cela rassurait Irving, d'avoir en face de lui quelqu'un qui lui ressemblait. Enfin... Irving avait tendance à garder au fond de lui un bon paquet d'émotions, et de tout sortir plus tard violemment, en général en éclaboussant l'autre en face de lui d'une ribambelle de sentiments, contradictoires, et surtout intenses. Irving avait beaucoup de rancoeur au fond de lui. C'était pesant. Irving pensait beaucoup aussi, mais avait la langue trop agile : il avait du mal à se dompter et s'astreindre à ne pas trop parler. Cela pouvait occasionner des problèmes : l'exemple le plus flagrant était bien sûr sa rencontre avec Julien Guillemaud, le vampire contre lequel il s'était finalement battu car il n'en pouvait plus de ces remarques blessantes envers la mémoire de son père. Irving n'avait pu le remettre à sa place comme il se devait car il était tombé sur un vampire résistant. Ils avaient tous deux la même force. Le problème, c'est que Guillemaud s'était interrogé de la raison de cette puissance miraculeuse pour un humain lambda. Irving s'était trouvé bien embêté : obligé de nier, de contourner la question. Il n'aurait pas pu tenir longtemps à un interrogatoire fait de mots ; et la torture n'aurait pas été une option envisageable. Irving refusait de se transformer devant les humains, et encore moins les vampires. Une leçon de feu son père qu'il appliquait à la lettre. Un de ses seuls conseils qu'il se plaisait à suivre.

Après avoir calmé son chien, l'homme repartit et Irving le suivit. Au bout d'un moment, le sportif regarda à droite : Irving était toujours près de lui, suivant sa foulée assez facilement. Irving en était fier d'ailleurs : il voyait bien que l'homme était un vrai athlète. Cela lui faisait plaisir de savoir le suivre sans trop de problèmes pour sa respiration et ses muscles. Le sportif alors lui demanda s'il courrait souvent, car il ne l'avait jamais vu auparavant.

"J'allais plutôt courir dans les bois autour de Glasgow. Mais un incendie a détruit les plus beaux sentiers il n'y a pas longtemps et j'ai du changer d'itinéraire."
Irving pensa, le chagrin en plein coeur, à sa belle forêt réduite en cendres à cause d'un démon que Mary n'avait pas eu le courage de rembarrer correctement lors de la mission de charité. Mais il essaya de ne pas montrer sa tristesse.

"Et vous, vous venez souvent ici ? Vous avez un rythme très impressionnant. Vous êtes sportif professionnel?"
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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Mer 12 Sep - 12:26

      "J'allais plutôt courir dans les bois autour de Glasgow. Mais un incendie a détruit les plus beaux sentiers il n'y a pas longtemps et j'ai du changer d'itinéraire."


    Je regardai à nouveau le jeune homme. Il n’était pas franchement plus jeune que moi en réalité, mais je me sentais vieux dans ma tête, malgré mes vingt quatre ans. J’essayai de donner un âge à mon camarade de footing, mais je n’arrivai pas à trancher entre dix huit et vingt ans. Dans tous les cas, ce devait être quelque chose d’approchant. Mais bon. Il m’avait donc entendu, et qui plus est, répondu ! Il courrait donc dans les bois de Glasgow… Je compris assez facilement qu’il avait du être attaché au domaine qui avait pris feu, il y a peu. A dire vrai, je n’avais fait qu’une très brève apparition aux côtés de Anton. Je n’avais été à cette… fête, que pour obéir à l’HCV, et je n’avais d’ailleurs pas tout compris le pourquoi de cet ordre. Peut être voulaient il s’assurer que j’étais sain d’esprit, et encore capable de leur obéir, ou quelque chose de cet ordre. Je n’en savais trop rien. Je m’étais vite éclipsé, la présence de mes armes me manquant un peu trop, et Anton m’en donnant la permission. Il n’était visiblement pas du tout à l’aise en ma présence, et ça ne m’étonnait pas. Donc, il courrait à Glasgow. Comme moi parfois. Je ne courrais pas tous les jours aux mêmes endroits, bien que certains parcs m’attiraient plus que d’autres. Le jeune homme reprit :

      "Et vous, vous venez souvent ici ? Vous avez un rythme très impressionnant. Vous êtes sportif professionnel?"


    Un sportif professionnel ? C’était une bonne question. Techniquement parlant, j’en étais un, puisque j’étais payé et entraîné par l’un des membres de l’HCV, en tant que sportif professionnel. C’était ma couverture, si on pouvait appeler ça comme ça, mais je n’avais pas encore participé à de vraies compétitions. Juste quelques initiations au tir au fusil, au ski de fond et d’autres sports que le biathlon m’amenait à maîtriser. Donc oui, on pouvait dire que j’avais fait du sport ma profession. C’était d’ailleurs l’une des rares choses que je savais potentiellement aimer. Ou peut être aimais-je réellement le sport. Je n’avais aucune idée de la signification du verbe aimer. Pouvait on décomposer ce sentiment en petits phénomènes biochimiques comme la peur, l’anxiété, la colère ? Pouvait on recréer ce sentiment, ou une illusion, que par la force psychique. Je ne le savais pas. C’était trop abstrait pour mon cerveau rationnel.

      « Je ne cours pas toujours ici, mais j’y viens fréquemment, lorsque mes pas m’amènent à quitter Glasgow. Je suis… oui, je suis un sportif. J’attends la nationalité anglaise pour participer à des compétitions mondiales à dire vrai »


    Je ne savais pas ce qui me poussait à parler comme ça de moi. En même temps, je ne disais rien de secret défense, rien qui n’ait trait à mon Maître Vampire, l’HCV ou quoique ce soit. Je jaugeai celui qui était à côté de moi, me demandant s’il attendait que je lui fasse des compliments de nouveau, et s’il fallait qu’à mon tour je lui pose une question sur ce qu’il faisait dans la vie. Ce pouvait être intéressant à savoir, si jamais on se retrouvait face à face. J’étais un peu paranoïaque m’avait dit le psychologue que j’avais rencontré, toujours sur l’initiative de l’HCV. Paranoïaque et trop… comment avait il formulé cela ? Neutre ? Indifférent ? Oui, peut être. Il avait employé les deux termes. Selon lui, j’étais sensé juger positivement ou négativement toutes les personnes que j’étais amené à rencontrer lorsque je me promenais en ville. Il n’était pas possible que je ne présuppose absolument rien. Il ne comprenait pas. Je me résolus à demander, mimant une voix intéressée, je l’étais même un peu :

      « Vu votre condition physique, je suppose que vous êtes vous aussi un sportif. Professionnel ? Je m’appelle Alexei. »


    Qu’est ce qui m’avait poussé à donner mon nom ? Pas grand-chose. L’instinct. Cette chose dont j’étais normalement totalement dépourvu. Peut être qu’elle se réveillait, maintenant. Ou peut être ne faisais-je que l’imaginer. En tout cas, habituellement, j’étais capable de justifier chacun de mes actes, et cette fois ci, je ne voyais aucune raison valable au fait de me présenter ainsi. Etais-je comme Piotr ? Sentais-je lorsqu’une personne était digne de confiance, ou plutôt étais-je sensible aux autres tout simplement ? Je n’avais aucune réponse à ces questions. Et ça me gênait d’ailleurs. Trop de changements dans un trop court laps de temps. Nous arrivâmes à un croisement un peu fréquenté, et nous dûmes nous arrêter quelques temps. Je restais à trottiner sur place, pour ne pas perdre mon rythme et ne pas laisser l’acide lactique engourdit mes muscles et provoquer des douleurs musculaires.
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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Mer 31 Oct - 23:10

Le vent redoublait de violence ; pourtant, Irving n'avait pas à lutter pour rester aux côtés de l'autre coureur. Leurs rythmes s'accordaient progressivement : lui aussi manifestait des signes d'effort pour contrer les éléments qui paraissaient vouloir se liguer contre eux. La sueur, la chaleur de l'énergie irradiant son corps empêchaient Irving de ressentir le froid, mais il se trouva bien content d'avoir emporté un sweat à capuche. S'il se mettait à pleuvoir, au moins n'aurait-il pas la tête mouillée. Un tantinet douillet, le loupiot ? Disons qu'il faisait quand même attention à son look, au cas où, en rentrant de sa course, il tombe sur une jolie fille, pas effarouchée par un grand dadais... euh loup euh enfin... Irving a bien le droit de rêver non ?

Un autre genre de froid s'insinuait en lui : chaque fois qu'il se rappelait que Wolfheaven avait été détruit par les débordements de la fête de charité, fête organisée par cette inconsciente de Mary, il éprouvait comme une difficulté à respirer. Sa rage était entièrement concentrée sur l'attitude irresponsable de la Lupa, qui n'avait pas su voir le danger que représentait Caïm pour leur communauté. Son expression s'était durcie sans qu'il le veuille. Irving espéra que le coureur la prenne pour une manifestation de son amour inconditionnel pour la nature et les forêts.

Pour faire la conversation, et aussi parce qu'il rencontrait rarement de bons "adversaires" comme ce gars avec son chien, Irving lui demanda son métier. Il était persuadé que cet homme - dans la trentaine peut-être, Irving avait du mal à déterminer les âges - exerçait un métier physique. Comme il y en avait des tas, Irving espérait qu'il lui donnerait directement la bonne réponse. Il n'aimait pas jouer à pile ou face avec les inconnus - ni même avec les amis.

« Je ne cours pas toujours ici, mais j’y viens fréquemment, lorsque mes pas m’amènent à quitter Glasgow. Je suis… oui, je suis un sportif. J’attends la nationalité anglaise pour participer à des compétitions mondiales à dire vrai »

Irving nota la légère hésitation du ton mais ne releva pas. Il se concentra sur sa course. Il devait rester à la hauteur de l'homme, question de fierté. Il avait mis en déroute le chien ; il était en quelque sorte le mâle dominant, et il entendait le rester. Une histoire d'amour propre. Une histoire d'ascendant lupin sur canin. Il se contenta d'hocher la tête et continua de courir. Il voulait aussi savoir sa nationalité actuelle, mais s'efforça de patienter. Cela lui était plus facile quand il occupait son corps par une activité grande consommatrice d'énergie. Quand il n'avait rien de mieux à faire qu'attendre, il perdait plus facilement ses moyens.

Irving fut surpris que l'homme le prenne pour un sportif professionnel. Que répondre ? Irving n'avait pas envie d'acquiescer. Il ne voulait pas entrer dans un cercle de mensonges dont il ne saurait pas se dépêtrer. La dernière fois, il avait accepté, laissant Julien le vampire le prendre pour un "métamorphe" alors qu'il ignorait totalement ce que c'était et si seulement ça existait. Il n'avait pas envie de se sentir mal à l'aise. Mais comme l'homme enchaîna en lui donnant son prénom, sans lui laisser le temps de répondre, Irving ne se vit pas dans l'obligation de répliquer de suite. Ils coururent côte à côté un certain moment, jusqu'à ce qu'Irving ralentisse le pas. Petit à petit, il fit comprendre à l'homme qu'il souhaitait s'arrêter. Il se disait qu'une pause "boisson énergisante ou eau" ne leur ferait pas de mal.

"Je fais beaucoup de sport depuis que je suis tout petit, mais non, je ne suis pas sportif pro. Je m'appelle Irving. Alexei, c'est de quelle origine ?"
Là il avait le droit de lui demander, l'homme lui avait fourni un début de réponse. Irving avait sorti sa gourde et buvait un peu, puis il étira ses jambes pour les garder "prêtes à l'emploi". Le chien rôdait autour d'eux mais n'osait pas se montrer.
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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Dim 4 Nov - 20:13

      "Je fais beaucoup de sport depuis que je suis tout petit, mais non, je ne suis pas sportif pro. Je m'appelle Irving. Alexei, c'est de quelle origine ?"


    Je regardai le jeune garçon boire et s’étirer les jambes pendant que je m’étirai moi aussi de mon côté, soufflant un peu. Sans m’en rendre compte, nous avions accéléré le rythme de course, sûrement pour chercher à dépasser l’autre, volonté inconsciente cela allait sans dire. Toujours était il que j’étais un peu essoufflé, comme si je terminais mon jogging journalier, ce qui n’était pas franchement le cas à l’instant présent. Piotr s’agitait un peu plus loin, se roulant dans l’herbe comme lorsqu’il n’était qu’un jeune chiot. Il n’avait jamais été très joueur, mais parfois de telles folies le prenaient, me faisant même sourire. J’avais d’ailleurs l’impression de sourire de plus en plus ces derniers temps, et je ne savais pas si c’était un bon ou un mauvais signe. En tout cas, je ne savais pas quel allait être mon avenir, et je ne m’en souciais pas.

      « C’est bien de faire du sport. C’est le premier domaine dans lequel je me suis investi lorsque je suis arrivé à l’orphelinat. Vous… tu… vous pourriez… tu pourrais aller dans le professionnel vu ta condition physique. »


    Je m’agenouillai pour rappeler Piotr qui vint à moi en trottinant. Il était visiblement effrayé par le jeune garçon, ce que je ne comprenais pas. C’était un chien, et les chien avaient le don de sentir la nervosité des gens et de devenir agressifs lorsqu’ils sentaient que l’autre était stressé ou nerveux. Enfin, pour être exact, si vous étiez effrayé par un chien, il le sentait et risquait de vouloir plus facilement vous attaquer que si vous étiez passé calmement. Je me demandai un court instant si mon interlocuteur était d’une quelconque manière effrayé ou menaçant par / pour mon chien qui ne m’avait pas donné l’habitude de craindre les autres. C’étaient plutôt ceux qui le croisaient qui le craignaient. Je remis donc un collier à Piotr, sachant que la route sur laquelle nous étions arrivés était plus fréquentée que celle que nous venions de parcourir. Lentement, je me relevai tandis que Piotr s’agitait comme pour enlever le collier. D’une voix implacable mais pas forcément méchante, je lui intimai en arabe de se calmer, ce qu’il ne fit que quelques secondes plus tard, avant de répondre à la question du coureur :

      « تهدئة! Alexei est un prénom russe, plutôt sibérien. Comme le nom de mon chien, Piotr. »


    Je ne savais pas ce qu’il me prenait de raconter ainsi tant d’épisode de ma vie à une personne que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam. Même si les informations que je lâchais sur mon passé ne pouvait pas lui servir, parler ainsi pour ne rien dire n’était pas dans mes habitudes. Tout comme sourire. Je changeais. C’était inévitable puisque le changement était inhérent à la vie, mais je changeais extrêmement rapidement. En quelques mois en Ecosse, j’avais plus changé qu’en vingt quatre ans en Russie (je ne comptais pas les quelques missions à l’étranger). C’était troublant. Mais je ne perdis pas le Nord pour autant, jugeant que si j’avais donné des indications sur moi, c’était au tour de l’autre d’en faire autant.

      « Et vous donc ? Irving, c'est anglais ? J’imagine que si Piotr réagit d’une telle manière en votre présence, c’est que vous devez côtoyer un animal plus dangereux que lui assez régulièrement. Un loup ? un ours ? ce ne serait pas commun comme familier… »


    Je ne savais plus ce que je disais. Etait-ce ce que les humains normaux appelaient ‘humour’ que je venais de faire à l’instant ? Non. Peut être. Il était peu probable qu’un être humain normal ait comme compagnon un loup, un ours ou un puma, mais c’étaient aussi ce genre d’animaux qui pouvaient effrayer mon berger allemand. Peut être qu’il travaillait dans un cirque… je n’en avais pas la moindre idée, mais c’étaient des possibilités qu’il ne me fallait pas écarter si je voulais rester logique.

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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Ven 7 Déc - 22:16

La sueur lui dégoulinait le long du dos. Non mais, il avait accéléré pour se maintenir à la hauteur de l'autre, et cela lui coûtait son souffle ! Irving se sentait plus fatigué qu'il n'avait cru de prime abord. Il frissonna et souleva son tee-shirt pour s'éponger le visage. En face de lui, l'autre faisait de même. Irving n'en revenait toujours pas d'avoir joggé comme cela avec un inconnu, comme si c'était normal, et surtout que le gars en question ait pu le suivre, comme un sportif bien entraîné ... ou un chasseur de vampires. Irving avait regardé des séries télé avec des chasseurs et il se demandait si l'existence des vampires avait donné envie à certains de faire pareil, de sortir les arbalètes et les pieux, d'apprendre à se battre et tout ça. Lui en tout cas, s'il n'avait été qu'un simple humain, sans l'obligation de se conformer aux règles de la meute, il aurait tout arrêté pour s'investir à fond dans la lutte contre les vampires. Mais il était pieds et poings liés face à la Lupa, sans aucune possibilité pour se venger une bonne fois pour toutes. Cette situation le frustrait constamment, obligé de réfréner son loup qui ne voulait que déchiqueter la chair d'un vampire.

Après lui avoir donné son prénom, Irving se sentit courroucé quand il entendit que l'autre voulait le tutoyer. Oui, il bafouillait pour finalement se rabattre sur le "tu" et bien justement cela voulait dire qu'il ne valait mieux pas tutoyer Irving sans le connaître ! *Il s'imagine qu'il a le droit parce que je lui ai donné mon prénom... Bahh, il va bien finir par me donner le sien, et je pourrais moi aussi l'humilier* pensa t-il en souriant intérieurement. Le jeune homme se rappela soudain que le gars avait dit qu'il était allé dans un orphelinat. Lui aussi avait du perdre ses parents. D'un coup, Irving cessa d'être irrité envers le gars.

Mais manque de bol, son chien profita de leur arrêt pour s'approcher d'eux. Irving ne le voyait pas d'un très bon oeil. Il venait sûrement se réconforter auprès de son maître, pauvre petite chose ! Irving se sentait supérieur à ce chien, il se disait "sans maître pour le contrôler" mais en fait, il y avait Mary. Sinon, il aurait été libre comme l'air, libre de choisir, il aurait pu rester auprès de sa mère et son père dès le départ, et il n'aurait pas choisi de vivre ici, et alors peut-être que ses parents ne seraient pas morts... *Ca n'avance à rien de penser ça. C'est le destin qui l'a voulu. Maintenant je suis seul et je dois me dém*rder seul, point ! * Irving resta un moment stupéfait quand le gars calma son chien en lui parlant dans une langue étrangère, puis enchaîna en lui donnant son prénom. Alors, là il lui avait cloué le bec !

Il resta donc silencieux à l'annonce du nom du gars, Alexei, et le nom du chien, bien qu'il s'en fiche totalement du nom du chien ! Alexei le sibérien en profita pour continuer sur sa lancée, et il se mit d'un coup à lui parler de manière plus fluide. Irving sentit qu'il avait déverrouillé quelque chose chez ce gars, mais quoi... Pas moyen de dire. Ces paroles ne lui parurent pas de très bonne augure. L'homme avait compris que quelque chose ne tournait pas rond entre son chien et lui. Et bien sûr, il voulait savoir de quoi il retournait !

Mal à l'aise, Irving lui balança le premier truc qui lui vint à l'esprit :

"Je vis avec mes cinq chiens, c'est pour ça."
*Cinq c'est baléze Irv' quand même, où t'es allé chercher ça ?*
En plus, plus le mensonge est gros, moins il tient debout. Ou un truc dans le genre.
En plus, sa phrase impliquait qu'il vivait SEUL avec ces cinq chiens. Génial.
"Irving c'est écossais. Je suis né ici."
Il avait fortement appuyé sur son prénom, et sur le "ici". Non mais, il est du pur jus d'Ecosse, du vrai ! Si le sibérien le trouvait présomptueux, il s'en fichait pas mal.
Mais comment revenir sur cette histoire d'orphelinat ? Ce n'était pas le moment. Et puis il commençait à faire froid.

"On peut repartir ?"
*Elle vient d'où cette politesse à deux balles ? Tu te mets courir et il te suit, s'il veut, point barre ! On est pas devenus amis en deux échanges quand même ?*
Et voilà, ça ratait pas. Il s'énervait trop facilement.
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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Ven 28 Déc - 23:33

      "Je vis avec mes cinq chiens, c'est pour ça. Irving c'est écossais. Je suis né ici."


    J’haussai un sourcil. Cinq chiens ? Assurément, c’était une possibilité, même si je me doutais bien que Piotr ne pouvait pas réagir à l’unique odeur de cinq animaux de petit gabarit. Ce devaient être cinq bergers allemands, ou cinq dobermans. Pas des caniches. Mais je ne comprenais pas pourquoi Irving conservait donc une attitude… distante et désintéressée envers mon chien. Habituellement, et je n’étais pas de reste, les cynophiles et autres possesseurs de chien étaient attentifs aux chiens des autres, même si ce n’étaient pas les leurs. Je voulais dire que lorsque je croisais une personne avec un chien, l’attitude que j’allais avoir avec l’animal était clairement marquée de mon côté journalier avec Piotr. Or, Irving, considérait Piotr d’un air… désintéressé. Ou condescendant. Enfin, ce dernier terme convenait au jeune homme à tout moment, n’était ce que par sa manière de prononcer le « ici » de sa dernière phrase. Avait-il quelques préjugés sur les étrangers ? Y-avait-il un sous entendu à comprendre, quelques rancunes et autres sources d’antipathie à mon encontre ? Je n’en savais rien et pour être franc, je n’en avais que faire. Quelque chose dans sa réponse sonnait comme une excuse. Comme s’il ressentait le besoin de se justifier de faire peur à mon berger allemand. Comme s’il cachait quelque chose. Non. Pire en réalité. Ou pas. Je n’en savais rien et je m’embrouillais. Il fallait que je mette les choses au clair, avec Irving, et avec moi-même, parce que j’avais l’impression qu’il essayait de noyer l’ours polaire. Ou le poisson… je mélangeais les expressions, parfois, en les rattachant à ce qui me semblait plus familier.

      "On peut repartir ?"


    Je fixai mes yeux gris dans ceux du jeune garçon impétueux. J’étais plutôt d’un naturel tranquille dans le sens où se presser n’était pas souvent la meilleure chose à faire. Lenteur égalait précision. Précision égalait vitesse. Telle était ce que l’on pouvait nommer ma devise. Et jusqu’à présent, elle ne s’était jamais trompée. A vouloir tout faire rapidement, on commettait des impairs, et cela nous ralentissait. Alors que si on prenait le temps de se poser, nous n’avions pas besoin de revenir en arrière, et la régularisation de l’acte amenait de la vitesse, tout en restant précis. En quelques mots : prendre le temps d’être lent nous permettait d’accélérer. J’haussai les épaules sans dire un mot. Et sans quitter Irving du regard. Mon calme imperturbable et ma tranquillité pouvaient déranger comme rassurer. Pour être précis, la précision était quelque chose d’indispensable selon moi, les bagarreurs et ceux qui cherchaient la provocation étaient dérangés de voir que je n’étais en aucun cas influençable et impulsif, tandis que les autres se sentaient rassurer par mon apparence de vieil ours polaire lent et dangereusement maître de ses gestes. Je sifflai Piotr pour vérifier l’emplacement de son collier et sa laisse avant de fixer à nouveau l’écossais dans les yeux.

      « Si tu le souhaites, nous pouvons reprendre notre course. Ce n’était cependant pas moi qui avais demandé une pause… »


    Je n’étais pas réellement naturellement provocateur, non. Je voulais seulement lui faire la remarque que c’était lui qui avait demandé une pause, et qu’il n’avait donc pas à s’impatienter. L’impatience était l’un des faits humains que je percevais le plus souvent chez les autres de mon espèce. Et chez Piotr, aussi. C’était aussi un des faits humains que j’arrivais à appréhender, presque à comprendre, sans pour autant le ressentir. Je sifflai une nouvelle fois mon chien, en modulant le son pour qu’il comprenne que l’on repartait et que, malgré sa peur d’Irving, il devait rester à mes côtés.

      « De quelles races sont vos chiens ? Je dois vous dire, pour être franc, qu’un, deux voire cinq chiens ne font jamais un tel effet pour Piotr qui me ressemble assez sur ce plan là. Il me semblait jusqu’à aujourd’hui que la peur lui était autant étrangère qu’à moi-même et si j’ai bien décrypté les signaux qu’il m’a envoyé en vous… te croisant, il a peur de toi. Tes chiens ont-ils déjà eu de telles réactions ? »


    Ce devait être l’une des premières fois depuis que j’avais Piotr que je parlais à un cynophile, et je comptais en profiter un peu pour en apprendre davantage sur le sujet. Piotr était souvent bien plus humain que moi, tout en restant à ma portée niveau compréhension des réactions. Contrairement à mes pairs, les chiens avaient des réactions physiques telles que la position des oreilles, de ma queue, l’attention portée à l’environnement, qui étaient simples à observer.

      « Je dois vous avouer que je comprends bien souvent plus mon chien que les humains… êtes-vous… es-tu dans le même cas ?»


    Je n’arrivais pas à parler des autres êtres humains comme s’ils étaient de la même espèce que moi tant j’avais du mal à me considérer comme tel. Je les trouvais aussi différents de moi que le jour de la nuit, dans le sens où toutes leurs réactions me paressaient le plus souvent disproportionnées.
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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Jeu 10 Jan - 21:07

Les questions insidieuses du sibérien le mettaient mal à l'aise. Au départ, confiant, sûr de sa force, il s'était amusé à rattraper le coureur et à le distancer. Il avait aimé voir le berger allemand prendre la fuite, la queue entre les jambes. Ce sentiment de supériorité lui plaisait et il en avait joué, à l'excès. Sûrement son côté "chien fou". Et maintenant il ne se sentait plus si sûr. En témoignait sa première réponse sèche sur son origine, puis l'excuse bidon concernant le comportement étranger du berger allemand, et enfin le clou du spectacle : sa question débile, démontrant bien qu'il se sentait gêné en la présence du sibérien !

Ce qui le mettait le plus mal à l'aise, c'était l'attitude du coureur. Il n'avait rien répondu, sauf pour l'humilier un peu plus, en ajoutant que ce n'était pas lui qui avait demandé de pause. Le chien répondit à son sifflement et se rangea près de lui. Irving avait soutenu tant bien que mal le regard perçant du sportif. On aurait dit qu'aucune des réponses du loup ne le dérangaient ; qu'il n'avait pas envie de rebondir sur ces déclarations... *Ah si il a paru étonné quand je lui ai parlé des cinq chiens. Mais qui ne l'aurait pas été à sa place ?*

Il repensait à cette excuse disconvenue en reprenant la course, soulagé. Au moins quand il courait, il faisait ce qu'il aimait. Rester debout près d'un inconnu - intéressant et mystérieux convenons-en - ne faisait pas partie de ses loisirs préférés.
Irving partit sans attendre Alexei, parce qu'il ne souhaitait pas montrer un peu plus son côté faible.

« De quelles races sont vos chiens ? Je dois vous dire, pour être franc, qu’un, deux voire cinq chiens ne font jamais un tel effet pour Piotr qui me ressemble assez sur ce plan là. Il me semblait jusqu’à aujourd’hui que la peur lui était autant étrangère qu’à moi-même et si j’ai bien décrypté les signaux qu’il m’a envoyé en vous… te croisant, il a peur de toi. Tes chiens ont-ils déjà eu de telles réactions ? »

Irving réfléchissait à toute vitesse pour cette fois-ci trouver une réponse plausible. Contrairement à ce qu'Alexei paraissait démontrer, il n'était pas satisfait du silence entre eux deux et souhaitait savoir la vérité. Irving eut une idée soudaine. Et c'était le meilleur moyen de ne pas perdre les pédales et montrer clairement qu'il mentait. Irving n'était pas doué pour le mensonge car en général il côtoyait peu de personnes, pas assez proches pour s'en faire des amis. Il ne releva même pas le tutoiement ; il cherchait comment faire passer le message sans trop passer pour un fou. Comme il n'y arrivait pas, il se lança :

"En fait, ce sont des chiens loups. Ils sont plus sauvages que dressés. Je vis avec eux depuis que je suis tout petit. Au départ, ils me dominaient mais maintenant que j'ai grandi, c'est moi qui suis devenu dominant"

C'était presque ça. Sauf qu'il était dominé dans la meute. Et il ne voyait pas comment cette situation changerait.
La deuxième question d'Alexei lui plut. Parce qu'il connaissait la réponse.

"Je me sens beaucoup plus à l'aise en leur présence qu'en présence d'autres personnes oui. Ils sont comme ma famille. J'ai du mal avec les humains, comme tu dis. Ca se voit non ?"

Ses réponses allaient soulever d'autres questions de la part d'Alexei mais sur ce sujet au moins Irving pouvait broder sans trop de problèmes. Il était en train de passer pour un enfant sauvage. Chien fou !
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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Sam 2 Fév - 16:58

    Je sentis le jeune garçon réfléchir comme s’il essayait de donner une réponse complète, ou plausible dans le cas où il m’avait menti précédemment. J’envisageais naturellement presque toutes les possibilités (je ne négligeais pas la possibilité de me tromper) mais ce n’était pas pour autant que je remettais en doute toutes les paroles d’Irving. Je restai silencieux en attendant qu’il termine de choisir ses mots et lorsqu’il reprit, répondant à mes questions, j’étais aussi attentif que lorsque je traquais une cible et que je guettais son arrivée dans mon champ de tir.

      « En fait, ce sont des chiens loups. Ils sont plus sauvages que dressés. Je vis avec eux depuis que je suis tout petit. Au départ, ils me dominaient mais maintenant que j'ai grandi, c'est moi qui suis devenu dominant. Je me sens beaucoup plus à l'aise en leur présence qu'en présence d'autres personnes oui. Ils sont comme ma famille. J'ai du mal avec les humains, comme tu dis. Ca se voit non ? »

      « Je ne sais pas si ça se voit. J’ai du mal avec les humains aussi et donc ton attitude n’a rien de surprenant ou de plus étrange que d'autres personnes à mes yeux. »


    Je pris le temps de réfléchir à ce qu’il venait de me dire sur ses chiens loups. J’avais comme l’impression qu’il faisait une métaphore. Dans tous les cas, même si je n’étais pas né au cœur de la civilisation occidentale ou dans une grande métropole tout simplement, même si j’avais vécu seize ans au fin fond de la Sibérie, avant de ne connaître de la société moderne que l’armée après deux ans à travailler dans un bar miteux, je n’avais pas une grande connaissance des mœurs et coutumes des gens « normaux », je me doutais bien que vivre, seul, grandir même et être élevé (plutôt dressé dans ce cas là), par des canidés, quand bien même ce fut des chiens loups, était tout à fait inhabituel voire improbable. Les enfants perdus élevés par des bêtes, de réels animaux pour être précis, il n’y en avait à ma connaissance que dans les livres pour enfants. Oh, il y avait bien Kaspar Hauser, mais… puisqu’à sa découverte il savait écrire, était propre et se tenir correctement, l’appellation enfant sauvage était quelque peu démesurée. Irving semblait même plus civilisé que Hauser. Donc, oui, il devait faire une métaphore. Je me reconnus un peu dans la description des faits qu’il venait de faire. J’avais grandi à la dure, parmi des hommes se rapprochant pour la plupart plus des bêtes que des êtres humains, se battant sans morale pour survivre. J’avais grandi dans cet univers et ça m’avait totalement convenu puisque je n’étais moi-même pas tout à fait humain. Mais si Irving utilisait une métaphore… pourquoi Piotr réagissait-il ainsi ? Non. Il devait y avoir une part de vérité dans ce que disait Irving.

      « Si ma question était gênante vous peux… pouviez le dire directement. Enfin, je veux dire que je ne t’oblige pas à me répondre. J’ai moi-même grandi au milieu des loups, et de la violence. Enfin… des loups… des coyotes plutôt. »


    Je m’interrompis. Pourquoi parlais-je autant pour dire des choses aussi… futiles ? Ce n’était pas dans mes habitudes et ce n’était pas non plus dans mes habitudes de me remettre autant en question. A partir du moment où les émotions n’interféraient jamais dans mes prises de décisions, je n’avais aucune raison de regretter ou faire quelque chose d’aussi… humain, à propos de ce que j’avais déjà fait. Bref. J’arrêtai brusquement de courir. Je fronçai les sourcils. Etais-je un loup ou un coyote ? Dans l’orphelinat où j’avais grandi, les enfants étaient classés en trois catégories. Les forts, les faibles, et ceux qui ne se mêlaient pas des conflits. Sans le vouloir avidement, j’étais vite passé chez les forts, alors que mon frère le plus proche, Steban, était un faible qui se faisait battre, voler, frapper, et insulter et qui ne savait pas riposter. Mes sœurs étaient le plus souvent neutres évitant les conflits avec la même dextérité que moi, je les résolvais. J’étais un loup, qui chassait et ne tuait que ceux qui le provoquaient. J’étais un de ces ours polaires pacifiques qui devenaient la mort en marche lorsqu’on leur portait atteinte, à la différence près que pour me provoquer il suffisait de passer à mes yeux du rang d’être quelconque à danger à éliminer ou tout simplement proie. Piotr trottinait à mes côtés, tandis que j’observais Irving avec une attention accrue. Etait-ce un loup ou un chacal ? Etait-ce un prédateur ou un charognard ? Je réfléchissais à voix haute.

      « Être un loup… je dois être plus proche du loup que de l’humain, moi…, avant de m’adresser à Irving, tu disais courir du côté de Glasgow et du domaine qui a pris feu. J’imagine que les loups ou chiens loups dont tu me parles sont ceux du domaine. Tu dois y être très attachés. »


    J’essayai de faire le lien entre tout ce qu’il me disait. S’il avait été élevé au contact de chiens loups, ou de loups, j’hésitais entre les deux, et qu’il courrait auparavant, avant l’incendie, du côté de Wolfheaven, ce n’était pas très compliqué d’additionner a plus b. Même de les multiplier. Il devait être de la famille des propriétaires ou des voisins, pour être en contact avec les animaux depuis longtemps. Et pour avoir vu un loup apprivoisé lors de la fête où j’avais fait une brève apparition, je comprenais mieux pourquoi Piotr avait du avoir un mouvement de recul. Oui, il devait être de la famille du domaine, ou s’occuper des animaux. Ou les deux en même temps. Alors pourquoi me dire qu’il avait été élevé par les loups ? Sûrement parce que grandir aux côtés de telles bêtes, que je devais plus respecter et apprécier que les humains, était une expérience unique.

      « Ce doit être une chance d’être aux contacts des loups de cette manière. Même si je trouve dommage de les apprivoiser. Un loup, même avec un collier et une laisse, reste un loup. Il ne peut pas être dompté et même s’il vit en meute et que, seul, il meurt, c’est un indépendant dans l’âme. »


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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Dim 24 Fév - 15:47

Les deux hommes courraient toujours l'un à côté de l'autre ; la conscience d'Irving portée seulement sur son échange avec Alexei et plus du tout sur sa course, sur son souci d'épater le sportif, ou de faire fuir son chien. Il ne faisait plus attention au canidé insignifiant à ses yeux ; le demi-mensonge qu'il inventait au fur et à mesure lui prenait toute son attention.

« Je ne sais pas si ça se voit. J’ai du mal avec les humains aussi et donc ton attitude n’a rien de surprenant ou de plus étrange que d'autres personnes à mes yeux. »
La réponse énigmatique de l'humain à son côté amena Irving à réfléchir sur ce qu'était vraiment Alexei. Se pouvait-il que l'odeur pauvre de son chien ait masqué la propre odeur de l'humain ? Irving se demanda si son odorat ne lui jouait pas des tours. Ou est-ce que sa déclaration n'avait-elle pas un double sens caché - mais qu'Irving n'était pas prêt à percevoir ?

La nouvelle prise de parole d'Alexei dégagea de nouvelles interrogations ; Irving ne savait plus lequel des deux se confiait à l'autre. Au départ, il s'agissait pour lui d'expliquer la réaction de rejet du chien d'Alexei - impossible de se rappeler son prénom, faut dire qu'Irving s'en fichait pas mal - et maintenant, on aurait dit qu'ils avaient des points communs, mais Alexei parlait sûrement d'une autre dimension que celle d'une meute parce que... *Non je l'aurai senti s'il était un loup lui aussi, quand même !*

« Si ma question était gênante vous peux… pouviez le dire directement. Enfin, je veux dire que je ne t’oblige pas à me répondre. J’ai moi-même grandi au milieu des loups, et de la violence. Enfin… des loups… des coyotes plutôt. »
"J'ai... j'ai l'impression que si. Que je dois expliquer ce qui se passe entre votre chien et moi." ajouta t-il sur un ton hésitant. *Quoi ? Tais-toi abruti !* Pourquoi se confiait-il ainsi ? Pourquoi l'autre lui répondait qu'il avait vécu parmi des coyotes ? Que voulait-il dire ? Cela allait trop loin pour Irving ; il ne se contrôlait plus.

« Être un loup… je dois être plus proche du loup que de l’humain, moi…"
La réfléxion aérienne d'Alexei parvint aux oreilles d'Irving mais on aurait dit que cette phrase s'était échappée de sa bouche sans le vouloir. On aurait dit qu'Alexei non plus ne se contrôlait plus. On aurait dit un échange sans limites, sans jugement. Irving voulait s'arrêter pour se concentrer, renifler Alexei et déterminer s'il s'agissait d'un loup lui aussi, d'un cabot, d'un ... quoi ? Alexei ne lui avouait-il pas être un loup ? Pouvait-il exister plus clair aveu que celui-là ? Perplexe, il ralentit, incapable de se concentrer sur son souffle.

"Tu disais courir du côté de Glasgow et du domaine qui a pris feu. J’imagine que les loups ou chiens loups dont tu me parles sont ceux du domaine. Tu dois y être très attachés. »
"Ils ne sont pas tous morts ; ils se sont sauvés." affirma Irving avec force.

« Ce doit être une chance d’être aux contacts des loups de cette manière. Même si je trouve dommage de les apprivoiser. Un loup, même avec un collier et une laisse, reste un loup. Il ne peut pas être dompté et même s’il vit en meute et que, seul, il meurt, c’est un indépendant dans l’âme. »
Irving répondit du tac au tac d'une voix ferme et brutale :
"Ils ne sont pas apprivoisés ! Ils sont indomptables ; si on se bat pas pour garder sa place, on restera faible et rejetté !"
Cela lui permettait d'étouffer ce sentiment d'étrangeté en la présence d'Alexei. L'énervement, une arme contre les mots troublants que le sportif avait prononcés. Mais la portée de sa dernière phrase lui rappela une parole énigmatique d'Alexei qu'il voulait éclaircir :
"Tout à l'heure, tu disais avoir vécu parmi les coyotes. Que voulais-tu dire ? Tu disais aussi avoir été élevé dans un orphelinat ; on t'avait parqué avec ceux de ton espèce ?"
Se trouvait-il face à une autre race de loups-garous, indétectables pour lui ?

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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Jeu 14 Mar - 23:38

      "Ils ne sont pas apprivoisés ! Ils sont indomptables ; si on se bat pas pour garder sa place, on restera faible et rejeté ! Tout à l'heure, tu disais avoir vécu parmi les coyotes. Que voulais-tu dire ? Tu disais aussi avoir été élevé dans un orphelinat ; on t'avait parqué avec ceux de ton espèce ?"


    Il me semblait que si j’avais été humain, j’aurai du commencer à m’étonner, m’énerver, m’agacer de ces questions. Ou quelque chose dans le genre. En fait, on pouvait presque dire que ça m’amusait. Si j’avais été humain… la spontanéité de cette pensée me perturba. J’étais humain, pourtant ! je parlais, marchais, respirais, je ne buvais pas le sang des autres… Si je n’étais pas un vampire, ni un animal, j’étais humain. Pourquoi mettais-je en doute ce simple fait, qui aurait du être le plus évident ? Peut être parce qu’il ne semblait pas si évident que cela… Je me mordillai la lèvre en laissant mon regard dériver sur la campagne écossaise. « On t’avait parqué avec ceux de ton espèce ? » C’était étrange comme formulation, comme s’il pensait vraiment le terme d’espèce. Doutait-il lui aussi de mon appartenance au genre humain ? Peut être… très certainement à dire vrai. Je fronçais les sourcils.Ca ne me ressemblait pas de douter ainsi de ce que je pensais, que ce soit en pensée ou en action. Généralement mes actes étaient tous aussi posés et précis que ceux d’un automate, et rares étaient les automates à se remettre en question, ce n’était pas intégré à leur programmation à ce que j’avais lu. L’apprentissage par les fautes, oui, le doute et la remise en question, assurément que non. Un robot ne doutait pas, et j’étais plus proche du robot que de l’humain sur ce plan là. Habituellement. Je me grattai pensivement le menton avant de commencer à parler, ralentissant la course. Parler en courant, ce n’était pas très efficace. Nos mots étaient hachés, et notre souffle s’amenuisait. A l’arrêt, je me passais une main nerveuse dans le cou, pour masser mes muscles crispés.

      « Et bien… en quelque sorte, oui. »


    Je me tus. Je ne savais pas vraiment quoi dire. Intérieurement, je fermai les yeux un instant, tandis qu’ils couvaient encore la campagne et Irving sans les regarder. Mon espèce… les ‘non-humains-mais-pas-vampires’ ? Je ne connaissais qu’une autre personne qui était comme moi selon mes souvenirs : Sergeï mon grand frère. Mais tous les orphelins ou presque étaient comme moi dans le sens où l’argent était notre porte de sortie, la violence notre quotidien. Je me souvins des combats de lutte qui étaient l’attraction de l’orphelinat le soir. Ceux qui nous « surveillaient » nous laissaient faire, et pariaient même si l’un ou l’autre des combattants. Je m’étais vite démarqué, parce que j’analysais froidement la situation, et je n’avais aucune pitié envers l’autre. Mon détachement avait toujours fait parti de moi, aussi loin que mes souvenirs pouvaient remonter. Ou presque… quelques flashs de mon enfance avant la mort de notre mère me semblaient appartenir à un étranger parfois… Je me mordillai de nouveau la lèvre, conscient qu’Irving devait attendre une réponse plus complète.

      « Il ne m’est pas… обычный hum… régulier ? Non, ce n’est pas le terme. Ha… Habituel. Il ne m’est pas habituel, donc, de parler de moi-même. Mais pour ainsi dire, oui, les orphelinats de Sibérie sont assez particuliers. Nombreux sont les coyotes qui ne voyaient en nous que des hyènes, alors que nous étions des loups en meute. »


    Je me demandais pourquoi user d’autant de noms d’animaux en parlant de l’orphelinat de Iaboutsk. Assurément j’étais dans la vague de métaphores étranges qui semblaient convenir à l’adolescent… c’était lui qui avait commencé avec les loups, non ? Même si je me demandais depuis qu’il avait évoqué Wolfheaven, ou que je l’avais fait, si c’était réellement une métaphore. D’autant plus qu’il semblait avoir une tendresse particulière pour les animaux du domaine, qu’il avait défendu avec virulence ! Je revins d’ailleurs sur ce qu’il avait dit, de cette voix égale qui me caractérisait si bien :

      « Tu as raison lorsque tu dis que les loups sont indomptables. Il faut avoir leur confiance et encore, ils ne l’accordent qu’à leur meute. Marchons, si nous continuons de parler. Cela vaut mieux. Courir est inutile lorsqu’on communique avec quelqu’un d’autre. Il vaut mieux faire une chose correctement, que deux choses à moitié. Tu as donc grandi à Wolfheaven ? »


    Je cherchais à détourner la conversation de moi et de la Sibérie, n’étant pas habitué à parler de moi, et craignant peut être un peu, craindre, sérieux ?, moi ?, ce que je pourrais être amené à me souvenir. Les souvenirs, je les rangeais rapidement dans ma mémoire s’ils ne concernaient pas un savoir intéressant pour l’avenir et pour le moment présent. Seuls les souvenirs concernant Sergeï m’étaient actuellement utiles, et c’étaient donc les seuls auxquels j’accordais de l’importance. Evoquer l’orphelinat, Iaboutsk, les loups et les coyotes, ne renseignaient personne sur ce que j’étais, qui j’étais. Nous arrivâmes bientôt à un nouveau croisement et je regardais rapidement les panneaux pour me renseigner sur notre localisation. J’avais gardé un œil sur la direction que nous avions prise, mais je n’avais pas calculé exactement les kilomètres parcourus.

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MessageSujet: Re: La balade des gens heureux [Livre 1 - Terminé]   Mer 3 Avr - 21:54

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Depuis combien de temps couraient-ils ? Impossible à dire. Irving avait perdu la notion du temps. Il était plus concentré sur leur discussion que sur la course en elle-même. Sans s'en rendre compte, lui et le sibérien avaient de plus en plus ralenti. Jusqu'à ce que son "voisin" ne s'arrête et n'étire son cou. Irving en profita pour agir de même ; il prit aussi quelques gorgées d'eau de sa bouteille. Peut-être que le sibérien voulait réfléchir sur la dernière question du loup. *C'est vrai que ma formulation a dû lui mettre la puce à l'oreille !*

Et s'il était allé trop loin ? Et si l'autre devenait suspicieux et exigeait d'en savoir plus ? Si c'était le cas, Irving n'avait pas vraiment le choix sur la conduite à adopter. Fuir ! Courir et distancer le sibérien et son chien. Au moins, il savait qu'il pourrait le faire. Quoique... Là il se sentait fatigué. En plus, la réponse très courte de l'autre l'empêcha de respirer calmement pendant trente secondes, qui lui parurent interminablement longues. Le sibérien ferma les yeux brièvement, parut hésiter. Les battements de coeur du loup s'accélèrent. *Tiens-toi prêt à déguerpir. Où est passé son foutu chien ? Bon ça va. A trois... Un... deux...*

C'est alors que le russe répondit enfin, et la lumière se fit dans l'esprit d'Irving. Depuis tout ce temps, il parlait... de sa vie dans l'orphelinat ! Le fameux orphelinat du début ! Et dire qu'Irving avait eu envie de revenir sur ce sujet depuis le début mais qu'il n'avait pas osé ! En effet, il s'était senti proche du sibérien car tous deux avaient perdu leurs parents. Mais il n'avait pas trouvé l'opportunité pour l'interroger car il se demandait si l'autre accepterait de se dévoiler. Et visiblement, Irving avait raison : il ne lui était pas habituel de se livrer, tellement que le sibérien ne connaissait pas le mot en anglais pour "habituel" !

Sauf qu'Irving ne comprenait pas grand chose à la dernière phrase du sibérien. Mais il n'avait pas envie de passer pour un abruti, donc il se contenta d'hocher la tête, comme si cela coulait de source.
"Oui oui je vois."
Dans son for intérieur, il se demandait qui d'eux deux parlait le plus par énigmes ! Un observateur extérieur aurait fort à faire pour comprendre leur conversation !

Comme le sibérien reprenait la parole et lui expliquait qu'ils pouvaient marcher plutôt que courir, que c'était plus pratique pour parler, Irving hocha encore la tête, tout en songeant que continuer à parler avec ce gars allait finir par lui causer des problèmes !

"Euh... d'accord, comme tu veux. Sauf qu'il ne m'est pas non plus habituel de raconter ma vie. Je n'aime pas le faire en fait."
Direct. En même temps, c'était ainsi qu'était Irving. Il pouvait dire ce qu'il pensait, être entier, et en même temps, quand il voulait arrêter, il le disait aussi.

Ils arrivèrent à un croisement et Irving profita de cette diversion pour se taire brutalement et faire mine d'examiner les panneaux, tout en regardant sa montre.

"Ah, il va falloir que je rentre chez moi. Pas à Wolfheaven hein. J'habite aussi dans la ville. Enfin bref, il est tard et euh... c'était sympa de discuter, le sib... Euh... Alexei."
*Nul.*
Irving tendit la main pour serrer celle du russe, jeta un oeil au chien comme pour ré-asseoir sa domination sur lui, puis suivit un des panneaux sans faire attention où il allait. Il avait juste profité de l'opportunité pour lui fausser compagnie avant que ça devienne gênant.

FIN
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