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Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]
MessageSujet: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Ven 9 Mar - 17:41

Je balayais mon appartement d’un regard. Je le trouvais vide, moche et triste. En fait je l’avais toujours trouvé vide, moche et triste. Sauf que je n’avais pas guère eu d’autre choix que m’y accommoder. A mon arrivée à Edimbourg, lorsque j’ai signé pour la location de mon petit studio je me souviens encore à quel point j’étais excitée, j’allais avoir mon propre appartement à la grande ville, la liberté par excellence. J’avais bien vite changé d’avis, espérant qu’un jour je pourrais me payer mieux, puis j’avais même fini par cesser d’espérer quitter ce trou. Ces derniers temps, ma vie avait tellement changé, avec une telle brutalité que je n’avais même plus la force de supporter mon quotidien. J’avais presque envie de mettre le feu à ce stupide appartement, à ce quartier mal famé tout entier. C’était tellement tentant, je n’avais cas tendre la main … et au moins je serais obligée de le quitter, définitivement. Et Torben ne m’avait-il pas dit que j’allais vivre avec lui ? Mais pour combien de temps ? Et j’allais surement avoir besoin d’un chez moi… Non je ne pouvais pas tout balancer sur un coup de tête. Et puis je n’étais pas suicidaire au point de provoquer un incendie, je ne serais même pas capable de faire ça correctement. J’avais toujours eu peur du feu de toute façon. J’étais une véritable trouillarde, un défaut de plus dans la liste interminable de ceux-ci. Mais c’était paradoxal, j’avais peur du feu, des insectes ou de toutes ces petites choses sans importance mais je ne craignais pas les morsures des vampires, de me retrouver seule avec un inconnu ou alors j’avais peur mais une sorte de transe imbécile me pousser à commettre des actes dangereux.

Je portais mes mains à ma tête, manquant de m’arracher les cheveux. J’étais prise d’une soudaine migraine. Je pensais à beaucoup trop de choses en même temps et ma tête risquait d’exploser. J’attrapais un oreiller et le balançais sauvagement contre le mur. J’étais réellement sur les nerfs et le manque n’était pas étranger à cet état. J’attrapais mon sac à main en cuir bon marché, le retournai de façon à ce que son contenu puisse se vider sur le sol. Je trouvais ce que je cherchais, mon porte-monnaie, un peu trop léger à mon gout. Je l’ouvris et découvris deux billets de cent dollars, le résultat d’une horrible nuit avec un client généreux. Je me saisis de l’argent avant de quitter précipitamment mon appartement.

Le soleil n’était pas au rendez-vous et la grisaille avait envahit la ville, une légère brise caressait ma peau alors que je m’engouffrais dans la ruelle voisine d’un pas pressé. Je tournais dans une autre rue, dangereuse étroite et délabrée avant de frapper violemment contre une porte en bois usée. Pas de réponse. Je m’acharnais encore, plus violemment jusqu’à blesser ma peau. Je criais de rage devant l’absence de mon fournisseur. Je retournais chez moi, le poing serré et les larmes aux yeux. Je m’étalais sur mon lit et laissais toute ma rage et ma tristesse s’exprimer à travers des larmes chaudes, tâchant mes draps blancs avec mon maquillage mais aussi avec le sang qui coulait toujours le long de ma main.

Une fois calmée j’entrepris de soigner ma petite blessure, désinfectant la plaie et la recouvrant d’un pansement. J’étais résignée à ne pas avoir ce que je désirais, une bonne dose de coc’ pour m’apaiser. C’était bien ma veine, j’allais devoir supporter mon état encore toute la journée. Ce débile qui me fournissait régulièrement devait être tellement déchiré qu’il ne pouvait plus faire correctement sont boulot. C’était sa faute si j’étais dans un tel état. Sa faute et celle de tous les hommes sur cette terre.
A nouveau je perdais les pédales. J’ouvris le robinet d’eau de la salle de bain et m’aspergeais le visage pour me rafraichir les idées. Je compris que la seule solution pour moi était de prendre l’air, de m’aérer l’esprit dans la mesure du possible. J’enfilais un jean slim, une paire de ballerines et un petit pull avant d’abandonner mon pitoyable lieu de vie. J’inspirais une bonne bouffée d’air frais avant de me diriger vers Royal Mile, un coin sympa pour admirer les boutiques et se promener. Je ne m’y rendais rarement, n’ayant aucune copine à accompagner pour faire les magasins ni le moindre argent à dépenser.

Je marchais d’un pas lent sur la rue pavée, admirant dans les boutiques tout ces merveilleux vêtements que je ne pouvais pas m’offrir. Je passais devant un couple qui se tenait la main ce qui eu pour réaction de me serrer le cœur. Je baissais la tête sentant les larmes revenir. Je ne voulais plus voir tout ces gens heureux, ça me fichait la nausée. Je n’avais qu’à m’imaginer seule, rien de plus simple. Je prenais une cigarette et essayait de m’imaginer Royal Mile sans toute cette vie. Un sourire débile se dessina sur mon visage, je me sentais un peu mieux. Seulement j’étais distraite, à tel point que je venais de rentrer dans quelqu’un brulant son vêtement avec ma cigarette me ramenant durement à la réalité.

    « Oh mon dieu, pardonnez moi je suis désolée, j’étais … ailleurs. »


La réalité finissait toujours par me rattraper.
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Sam 10 Mar - 13:39

L'insomnie l'encerclait pour mieux le rendre captif de son étau. Les premières lueurs du Soleil déchiraient déjà l'horizon, baignant la pièce d'une douce chaleur. Même si cela ne dura qu'un court instant, cette sensation fut agréable. L'aube s'enroulait rapidement dans les nuages opaques n'offrant aux habitants d'Edimbourg qu'une gamme de teintes grisonnantes. Camille avait la journée devant lui pour réussir à trouver le sommeil mais il doutait que cela finisse par l'atteindre. Aussi, il préféra se redresser contre ses oreillers avant de s'asseoir sur le rebord de son matelas. Dix milles pensées se fracassaient dans son crâne, tout ce qu'il avait cherché à fuir revenait le hanter. Rien d'étonnant. On avait beau mettre une distance abrutissante entre ses problèmes et sa réalité, les uns finissaient toujours par s’enchevêtrer aux autres à un moment donné. Retarder les échéances ne pouvait plus être décemment possible, la preuve, tout ça finissait par briser les bras de Morphée. Il n'y avait que deux prénoms pour abîmer ses songes et il n'aimait pas qu'ils soient reliés d'une quelconque façon. La situation ne lui permettait plus de jouer en terrain neutre surtout que sa décision avait déjà été prise et scellée. La suite semblait tomber sous le sens mais la trouille l'avait empêché d'agir jusque là. Se confronter au jugement sévère de la métamorphe l'angoissait plus que ce qu'il voulait s'avouer. A vrai dire, si il n'avait pas laissé les choses dégénérées lors de leur dernière rencontre, il aurait pour sûr éprouvé un peu moins de difficulté. Se lier à elle d'une quelconque manière n'était pas une bonne chose, il le savait. Il lui devait la vérité dans tous les cas, elle devait au moins savoir ce qui l'attendait. C'était le minimum requis. Car il savait ce qu'il se passerait le jour où il serait amené à revoir sa maîtresse. Cette seule idée fit naître un poids qui se logea au creux de sa poitrine. Au moins, cette situation lui rappelait à quel point il devait rester prudent avec la gente féminine. Il ne devait pas s'attacher. D'un mouvement fluide, il se leva et trouva refuge dans sa cuisine. Il se prépara un café qu'il engloutit aussi sec dans un espoir vain de défroisser ses traits à l'aide de caféine - la fatigue creusait sa peau rendant ses cernes bien trop visibles. Il s'orienta ensuite vers la salle de bain. L'eau brûlante apaisa un peu sa nervosité. Une fois qu'il fut habillé, il se décida à sortir de cet appartement. Le silence avait le don de l'étouffer, de l'emmurer dans ses réflexions. Il ne supportait pas ça. Il suffoquait intérieurement entre ses cloisons. Il lui semblait qu'elles ne faisaient que lui renvoyer ses torts.

Le jeune homme gagna le parking sous terrain et pénétra dans sa voiture. Il mit le contact puis actionna la radio avant de régler le volume à son maximum. Tous les moyens étaient bons pour ne plus avoir à penser. Sa Porsche glissait sur l'asphalte et il ne faisait pas vraiment attention à la direction qu'il empruntait. Tant qu'il trouvait un lieu où se compressait la foule. Peut être irait-il boire un autre café quelque part. En tout cas, il voulait se confronter aux bruits, à l'agitation. Royal Mile convenait tout à fait à ses attentes et il se gara dans les alentours. Après avoir pris soin de verrouiller son véhicule, il s'enfonça dans la nuée de piétons et se laissa porter par le mouvement commun. Les rires avoisinants le détournaient suffisamment de ses tracas pour qu'il se sente un peu plus léger. La fuite semblait toujours la plus douce alternative, sa lâcheté ne pouvait être éternelle cependant. Les vitrines se multipliaient mais il n'en avait cure, le shopping ne faisait pas parti de ses passe temps favoris que du contraire. Le corbeau s'empara de son paquet en réalisant qu'il n'avait même pas pris le temps de répondre à son besoin oppressant de nicotine. Il ralentit son pas afin d'en tirer une des tréfonds de l'emballage mais ses doigts n'eurent le temps d'entrer en collision avec l'un ou l'autre filtre que quelques braises se répandaient déjà sur sa chemise. Quelqu'un venait malencontreusement de le heurter. Il se dépêcha de tapoter le tissu à l'endroit où les cendres l'avaient percuter. A la suite de la surprise, le riche héritier avait senti ses cigarettes lui échappaient et elles gisaient déjà à ses pieds. Toutes fichues. Les intonations de son interlocutrice l'atteignirent alors qu'il s'abaissait pour ramasser le grabuge. Il ne prit pas le temps de relever la nuque dans un premier temps, se dépêchant pour rassembler les clopes avant que les gens ne marchent dessus. L'écologie était un thème qui le préoccupait ? Disons qu'il n'aimait pas vraiment salir les rues.

« Ce n'est rien. »

Il se releva rapidement et fit face à la jeune femme. Le métamorphe parvint de justesse à masquer son étonnement quand il prit conscience de l'identité de l'inconnue. Le hasard se révélait parfois bien troublant et ce cas précis n'y faisait pas exception. Cora se tenait devant lui, confuse et de toute évidence embarrassée. Comment réagir en présence de quelqu'un qui ignore tout de vous alors que vous connaissez ses secrets les plus noirs, ses peines les plus profondes ? Le français ne savait pas vraiment quoi faire, ni quoi dire. Il manqua de prendre de ses nouvelles happé par cette surprise mais se rembrunit à temps. Si il avait l'impression d'être proche d'elle, elle ignorait jusqu'à son nom. Chaque faux pas pouvait être fatal, elle ne devait pas savoir qu'il savait. Le mieux était de mettre un terme à cette entrevue le plus vite possible. Seulement, son regard avait déjà capturé celui de l'humaine et il ne pouvait détourner ses yeux de sa détresse. En effet, elle ne semblait pas spécialement aller bien mais en même temps, ça n'était pas comme si il fallait s'attendre à autre chose. Pour pénétrer régulièrement dans son appartement afin de glisser de l'argent, il savait qu'elle n'avait pas arrêter sa consommation massive de drogue. Parfois, il réalisait qu'il devait financer sans le vouloir sa déchéance. Le but avait été qu'elle arrête ou diminue « ses activés professionnelles », qu'elle puisse se nourrir et se chauffer sans craintes. Mais de toute évidence, son idéalisme prenait trop souvent le pas sur la réalité. Elle ne stopperait pas sa chute car elle n'avait plus de passerelles auxquelles s'agripper, surtout depuis la mort de son vampire. L'argent ne solutionnait pas tout, le voleur aurait dû le savoir. Mais que pouvait-il faire d'autres pour palier à son impuissance ? Peut être que cette rencontre lui apporterait une réponse.

« Vous auriez une cigarette ? J'ai bien peur que les miennes ne soient bonnes qu'à être jetées. »

Il lui offrit un sourire à peine esquissé avant de mettre les restants de son paquet dans une des poubelles proches. Il revint face à la brunette et prit le temps d'analyser sommairement les dégâts causés par sa clope. Une petite tâche foncée se détachait de l'ivoire de sa chemise, pas vraiment réparable mais il s'en fichait complètement. Un moindre mal comparé à ce qu'il pouvait discerner dans les prunelles voisines.
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Mer 4 Avr - 18:26

Ma maladresse était incroyable. J’avais déjà énormément de défaut, j’avais des problèmes de relationnel j’en étais consciente. Mais même avec les inconnus je faisais tout de travers. L’homme me dit que c’était rien. Pour ma part j’étais morte de honte et rouge comme une pivoine. Je n’arrêtais pas de répéter à quel point j’étais maladroite, à quel point j’étais désolée. J’étais ridicule. Je baissais la tête gênée. J’aurais voulu me faire toute petite et partir dans une ruelle. Mais je ressentais ce besoin de m’excuser. Un sourire béat sur les lèvres je regardais le jeune homme que j’avais attaqué avec cigarette. Il était très séduisant et son visage exprimait la gentillesse. J’étais rassurée, il n’avait pas l’air remontée. On ne sait jamais sur quel fou on peut tomber dans les rues et il suffirait d’un minuscule incident comme celui là pour se faire tabasser. Il me fixa un instant alors que je gardais un sourire gêné. L’avantage c’est que cet incident m’avait fait sortir de ma torpeur. J’essuyais une larme qui avait coulé sur ma joue mais je ne ressentais plus l’envie de pleurer. Ma bourde aurait pu me faire fondre en larme. Ces derniers temps je me noyais dans un verre d’eau et le moindre petit truc pouvait faire basculer le peu de stabilité que j’essayais d’installer dans mon esprit. Pourtant cet homme avait su me redonner directement le sourire. Je me sentais soudainement plutôt joyeuse bien que confuse.

    « Vraiment je suis désolée, si j’ai abimé votre vêtement je vous dédommagerais… »


L’homme me demanda une cigarette. En effet en plus d’avoir cramer ses beaux vêtements j’étais la cause de la perte de ses cigarettes. Quand on sait le prix que ça coute … Néanmoins le jeune homme semblait manquer de rien, il portait de belle chose, le genre de vêtement que je ne pourrais jamais me payer. Mais c’était pas une raison pour me décharge de toute culpabilité.

    « Oui avec plaisir, vous pouvez prendre le paquet entier même, tenez ! Ce serait un juste retour des choses ».


Je lui avais tendu une cigarette puis réfléchissant je lui proposais mon paquet. Tant pis pour moi, c’était ma faute et j’avais encore un peu d’argent pour m’en acheter un autre. La nuit dernière quand j’étais revenue de mes escapades nocturnes j’avais trouvé quelques billets devant porte. C’était étonnant parce que je ne voyais absolument pas qui pourrait faire quelque chose de si gentil pour moi. J’en avais déduis que c’était peut être une erreur ou alors que ça venait d’un client généreux qui avait passé du bon temps avec moi. Mais j’étais bien trop bouleversée ces derniers et je manquais beaucoup trop d’argent pour me poser des questions alors j’avais eu aucuns scrupules à utiliser cet argent, peut importait sa source. J’avais pu payé une partie de mon loyer et je m’étais acheter quelques clopes. Cela suffisait à me soulager un peu, je savais pertinemment ne pas pouvoir m’offrir bien plus. Peut être que ça changerait grâce à Torben mais pour l’instant l’espoir n’était pas au rendez-vous, je souffrais trop et l’espoir était un luxe que je ne me permettais plus.
Je rendais son sourire au bel inconnu avant de lui tendre timidement la main.

    « Je m’appelle Cora. J’aimerai me faire pardonner, surtout que j’ai sacrément amoché votre chemise… Je peux vous offrir un verre ou n’importe quoi, je me sentirai mieux. »

Je me sentais un peu bête de demander ça. Pourquoi un homme d’une telle élégance accepterait quoi que ce soit d’une pauvre fille comme moi ? Rien que de me présenter je me sentais honteuse, comme si j’avais l’étiquette prostituée colée sur le font. C’était idiot et sans fondement, bien évident cet homme ne savait rien de moi et il ne saurait sans doute jamais rien…

HJ : pardonne moi pour le retard camillou !
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Jeu 5 Avr - 20:05

Son embarras le gêna démesurément. Cet accrochage semblait bien trop futile pour qu’elle s’abîme dans des scrupules trop profonds. Il était inutile qu’elle s’engouffre dans d’autres terriers pour si peu, la lumière du jour n’arrivait déjà plus à percer les murs de terre qui la séparait des mortels. Le jeune homme hocha de la tête en signe de négation quand elle parla de dédommagement. Il n’était pas question qu’elle rembourse quoique ce soit. C’était comme s’il s’offrait lui-même cette somme d’argent. Absurde et dénudé de sens. De toute façon, il s’en fichait de ses fringues, ce n’était que des biens matériels, pas une existence humaine. Il ne loupa aucunement la larme roulant sur sa pommette ce qui lui crispa soudainement l’aorte. Il n’aimait pas voir les gens pleurer, il ne le supportait tout simplement pas. Dans ce genre de cas, il finissait toujours par être maladroit et mal à l’aise. Observer la fragilité de son interlocutrice restait douloureux. Peut-être s’identifiait-il à elle ? Peut-être que lui aussi aurait pu finir au crochet d’un vampire et dériver de façon violente, brutale, radicale. Il préférait se croire trop intouchable pour ça, trop fort pour tomber si bas. Ca le rassurait de s’inventer des mensonges. Toujours était-il que sa détresse l’interpellait et plus que jamais il aurait voulu y remédier. Le corbeau accepta la cigarette qu’elle lui avait tendue mais refusa le paquet. Si elle pouvait atténuer un peu ses soucis avec ça plutôt qu’autre chose de plus destructeur. C’était tellement plus facile de penser ça que de regarder les choses en face.

« Merci, une seule suffira. »

Camille posa aussi sec la clope sur ses lèvres avant de l’allumer. La nicotine grattait sa nervosité à grandes bouffées mais bien qu’il fût salvateur, le goudron alimentait également ses soucis de santé. Il songerait à arrêter cette saleté une fois qu’il le pourrait. Pour l’heure, il grignotait quasiment le filtre tout en détaillant le visage de Cora. Il s’attarda sur chaque trait qui rendait son expression générale si tourmentée. Comment pouvait-elle encore tenir debout ? Il ignorait sûrement plus de la moitié de ce qu’il lui était arrivé mais ce qu’elle lui avait déjà laissé entrevoir l’avait terrifié. Alors qu’il songeait à tout ça, sa main s’avança vers lui. Il lui rendit un autre sourire en s’en emparant. Sa paume semblait si froide comparé à la sienne. Ou peut-être n’était-ce qu’une impression ? Il noircissait tellement le tableau intérieurement qu’il finissait par en perdre les réalités. Tout ce qu’il savait c’est qu’il se devait de refuser ce café. Une conversation au hasard d’une rue passait mais de là à réellement nouer autour d’une tasse. Il finirait par flancher, par laisser passer une erreur.

« Camille. Vous ne devez pas vous sentir forcée de quoique ce soit, je ne regardais pas non plus devant moi. Nous sommes tous deux fautifs. »

Alors qu’ils observaient ce rite de salutation, le voleur ne put s’empêcher de planter son regard dans le sien pour y déchiffrer d’autres teintes, d’autres nuances, d’autres démons. Ce bête contact physique rendait un peu plus palpable la situation, il s’imagina à nouveau tout ce qu’elle avait pu lui dire ce soir-là. Maintenant qu’il l’avait approché sous sa forme humaine, elle lui semblait bien plus frêle, bien plus menue et plus vulnérable que dans ses souvenirs. Elle portait un Monde en lambeaux au creux de ses prunelles. Elle semblait avoir déjà trop vécu malgré sa peau lisse et son jeune âge. Personne ne méritait d’affronter tout ça seul. Le riche héritier finit par lâcher ses doigts en étant happé par des sensations déroutantes. Pour tout dire, il avait eu envie de l’étreindre l’espace d’un instant. Rien à voir avec l’attirance, la séduction ou un sentiment amoureux. Ce qu’il ressentait transcender bien ces concepts. C’était une forme d’humanité primaire, elle lui avait presque arraché les tripes. Toute cette histoire vous semblera absurde et pourtant. Il fallait peut être cherché plus loin que cette identification personnelle mais nous n’en parlerons pas. Cette drôle d’expérience amena finalement la suite, il ne pouvait plus la rejeter, pas après ça.

« J’accepte le café à une seule condition. Je paye au moins ma part. »

Le français reprit alors la marche en invitant la brunette à le suivre d’un signe de tête. La foule se compactait toujours autour d’eux. Il n’était pas rare de se faire marcher sur le pied de façon inopportune. Le métamorphe ne s’en formalisait pas pour sa part, il était bien trop occupé à réfléchir sur sa conduite future. Elle devait ignorer jusqu’au bout qu’il savait. Aussi, il lança d’une voix neutre la première interrogation de la journée.

« Vous êtes du coin ? »

Il savait déjà la réponse bien entendu. Mais feindre l’ignorance fut sa seule tactique plus ou moins ingénieuse. Devait-il la vouvoyer d’ailleurs ? La tutoyer amènerait un peu d’intimité, ça le ferait sûrement partir dans le mauvais sens. Avait-il si peu confiance en ses capacités de conservation ? En temps normal, non. Mais là, ça restait nettement différent de ce qu’il avait déjà connu. Il avait cherché à sauver des gens avec du fric depuis un petit moment mais jamais il ne les avait personnellement côtoyé. Il aimait « protéger », à sa façon bien sûr, les gens à distance. La trouille de s’attacher ne devait pas être étrangère à ce choix. S’il pouvait éviter de s’impliquer émotionnellement dans ses situations, il le faisait. Il était assez con pour croire qu’il ne mettait jamais en jeu ses sentiments. Dans le cas de Cora, il se rendait compte de l’impact que son infortune avait sur lui. Et ça ne lui plaisait pas.

[HJ: y a pas de soucis Corachou ]
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Sam 7 Avr - 12:42

Quand le jeune homme me dit qu’une seule cigarette suffirait je devais bien avouer que j’étais un peu soulagée. La nicotine était un luxe bien trop grand que je ne pouvais plus trop me permettre. Pourtant je ne pouvais pas résister, puisant toujours plus profond dans le peu d’argent que j’avais, le dépensant en priorité pour ce genre de futilités plutôt que pour le nécessaire : la nourriture et le loyer. J’étais d’ailleurs bien maigrichonne, je n’avais que la peau sur les os ce qui me donnait un air malade. Depuis quand n’avais-je pas manger un vrai repas ? J’avais du mal à m’en rappeler… J’avais beau réfléchir c’était le trou noir, comme si la douleur avait pris le dessus sur tout le reste. En réalité la nourriture était le cadet de mes soucis, je m’étais habituée au fur et à mesure à supporter la sensation de faim jusqu’à l’oublier. Ca n’avait pas été si compliqué que ça en réalité, ce qui me tiraillait c’était le manque prenant le dessus sur mon estomac. Ce manque de drogue qui me bouffait sans arrêt me poussant à commettre les plus folles actions pour me procurer ma dose.
Je lui tendis la cigarette avec un sourire, c’était tout de même la moindre des choses. J’en attrapais également une dans mon paquet et sortie un vieux briquet de mon sac à main. Les mains tremblantes je due m’y reprendre à trois fois avant de réussir à en faillir jaillir la flamme. Je fixais la danse du feu quelques instants trouvant la flamme terriblement belle avant de la porter contre la clope pour en bruler le bout. Je portais le petit cylindre de nicotine à mes lèvres et aspirais une pleine bouffée, sentant la fumée s’insinuer à l’intérieur de moi avant dans souffler une partie, polluant l’air.

Je n’osais pas dévisager l’étranger, consciente de l’écart entre nos deux mondes. Indéniablement il faisait parti de la haute société alors que moi j’étais plus bas que terre. Je faisais partie de la gangrène que certains auraient voulu éliminer, un fardeau pour la société, inutile à ce monde, polluant les bas quartiers.
Le contact humain de sa main me fit plaisir, un frôlement avec la normalité, avec un homme basique. Rares étaient les occasions de m’adresser à quelqu’un de si normal. Ma vie était peuplée de dealers, de vampires et d’hommes et femmes rongés par la pénibilité de leur vie.
Ainsi il se prénommait Camille. Je trouvais le prénom joli. Un prénom mixte, porté par des personnes particulières.

    « Enchantée. J’ai la fâcheuse tendance à rencontrer les personnes dans des situations originales. »

Je souriais timidement. J’étais persuadée qu’il n’accepterait pas de boire un coup avec une personne comme moi. Quel intérêt ? Et c’était peut être bizarre d’accepter de rencontrer une pure inconnue comme ça. Décidemment j’avais trop de mal avec la vie en société. Je faisais toujours tout de travers, me taisant au mauvais moment et parlant trop quand je devrais me taire.
Camille sembla hésiter, je me sentis rougir de ma proposition, prête à me rétracter quand il accepta. J’étais soulagée, au fond j’espérais qu’il accepterait, j’avais diablement besoin de me changer les idées, je voulais fuir le plus loin possible la réalité. Fuir… c’était devenu une habitude mais le courage d’affronter la dureté de ses problèmes n’était pas donné à tout le monde.
Je riais quand Camille ajouta qu’il acceptait que s’il payait sa part.

    « Marché conclu ! Marchons un peu, il me semble qu’il y a un café sympa au coin de la rue. »

Nous marchâmes cote à cote, nous mêlant dans la populace. La foule me semblait soudainement moins hostile maintenant que j’étais accompagnée. Je répondis avec franchise à sa question contente que l’on s’intéresse à ma vie.

    « Oui j’habite Edimbourg depuis plus d’un an maintenant. Je suis originaire d’un petit village au Nord du pays. Je suis venue à la conquête de la grande ville pour tenter ma chance. Et vous ? »

Tenter ma chance… peut-être que je m’en serais mieux sortie sans partir finalement. Seulement je n’avais pas le courage de retourner dans ma famille ni la volonté suffisante pour renoncer aux peu de choses que j’avais ici, Hannah, Torben. Au lieu de mon enfance personne ne m’attendait, ma famille m’avait rejetée et ce serait pire si elle découvrait ce que je suis devenue, je ne serais plus qu’un fardeau de plus pour eux, comme je l’avais toujours été. Aussi, je ne voulais pas m’éloigner des souvenirs de Nikos, pas encore.

Nous arrivâmes à l’entrée d’un café. J’entrais dans le petit local et désignais d’un signe de tête une table pour deux. S’il avait fait beau on aurait pu se mettre dehors mais dame nature en avait décidé autrement.
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Dim 8 Avr - 13:37

« Rencontrer des gens des situations originales », elle ne croyait pas si bien dire, si seulement elle savait la vérité. Le jeune homme l’observait toujours silencieusement en marchant. La maigreur creusait sa silhouette de sorte qu’elle semblait plus faite d’angles que de courbes. Sa beauté en était peut-être un peu alternée mais on ne pouvait pas non plus dire qu’elle n’était pas jolie. Si son existence n’avait pas emprunté la route du Chaos et de l’autodestruction, il était certain qu’elle aurait attiré tous les regards. Pas des regardes lubriques évidemment, mais elle aurait attiré l’attention autrement que par la perversité. Peut-être qu’elle s’en fichait et elle aurait bien raison. Pourquoi alors parler de son physique ? Car il reflétait sa précarité et que Camille pouvait réellement le jauger en étant humain. Il s’obstinait à penser qu’il devrait peut-être lui amener plus souvent du fric. Il était sur un gros coup de toute façon, le butin a récolté était prometteur alors il en profiterait pour en donner une bonne partie à sa voisine. Le restant irait à un refuge pour SDF comme prévu. Ne pas mêler personnel et professionnel ? Tant pis, elle ferait l’exception. Il restait son propre patron de toute manière –enfin, Krystel mise à part. Il cessa brusquement ses songes pour se concentrer attentivement sur ce qu’elle lui disait. Saisir ses chances ? Qu’avait-elle envisagé comme carrière ? Et comment son chemin l’avait-elle amené à ça ? Il en avait entrevu une petite partie mais ça ne l’empêchait pas de vouloir comprendre. Sa curiosité était maladive, il fallait l’avouer et il ne pouvait en faire l’étalage sans paraître suspicieux. Tant pis pour lui, il devrait se contraindre au silence. Sa patience n’était pas une valeur fiable cependant. Il verrait où tout ça le mènerait. Les bancs compacts de personnes s’amoindrissaient à mesure qu’ils évoluaient vers le café. Le temps se couvrait il fallait dire. Le métamorphe se tourna vers son interlocutrice afin de lui répondre tout en glissant au passage un autre sourire. Il lui fût presque douloureux de ne pas lui demander ce qu’elle entendait par saisir ses chances. Cela semblait déplacé de lui demander ça, trop tôt peut être.

« Je viens de France. J’ai emménagé à Edimbourg, il y a un petit moment déjà. »

Il ne détailla pas les raisons de sa venue car elles n'étaient pas franchement glorieuses. Tout le monde pouvait deviner d’où il provenait grâce à son accent. Il avait eu beau s’entraîner et y travailler d’arrache-pied, il restait toujours une trace de sa langue maternelle dans sa façon de s’exprimer en anglais. Rien d’handicapant pour la compréhension mais on devinait aisément qu’il n’était pas du coin. Ils arrivèrent finalement à l’endroit convoité ce qu’ils les forcèrent à terminer leur clope. Il tira les dernières bouffées de nicotine avant d’écraser le mégot. Le jeune homme laissa la jeune femme passer devant lui et choisir leur emplacement. Ils s’installèrent à la table qu’elle avait désignée. Le corbeau plaça sa veste sur le dossier de sa chaise et releva à la suite les manches de sa chemise. Il faisait plutôt chaud dans l’établissement, la différence de température entre l’extérieur et l’intérieur était bien marquée. Le voleur analysa sommairement pour la seconde fois l’état de son vêtement. Il devrait sûrement la jeter, la brûlure se détachait nettement du tissu uni. Ca n’était pas la première fois qu’il devait virer une de ses fringues pour cette raison. Il pouvait être très maladroit lui aussi. D’un revers de main, il attrapa une carte reposant sur une des tables voisines. Décidemment, il occupait souvent son temps à aller de café en café et toujours accompagné de filles. Frivole ? Ca l’arrangeait bien si les gens le prenaient pour quelqu’un d’oisif. C’était là l’image qu’il voulait renvoyer pour masquer le reste. D’un autre rictus, il invita l’humaine à consulter le menu. Il aurait aimé qu’elle mange quelque chose. Devait-il sous-entendre quoique ce soit afin qu’ils aillent dans ce sens ? Elle ne pourrait peut-être pas payer un plat. Et s’il lui offrait ? Comment réagirait-elle ? Que croirait-elle ? Le français se mordit l’intérieur de sa joue afin de rassembler un peu ses pensées sur l’instant présent.

« Ils ont l’air de faire dans la restauration également. »

Il n’avait rien trouvé de mieux pour amorcer le sujet. On verrait les retombées de toute façon. A vrai dire, il avait un peu faim. Rien de bien méchant mais l’appétit finirait bien par le gagner totalement. Seulement, il se voyait mal commander quelque chose si elle ne prenait rien. Il se prenait la tête pour peu de choses et ça n’était que le début de cette entrevue. Ca promettait. Les serveurs étant occupés de part et d’autres leur position, ils avaient pleinement le temps de détailler les tarifs et les éléments s’y rattachant. Tant mieux, il avait peut être le moyen de trouver une solution sur comment faire avaler quelque chose à Cora sans que cela ne la pénalise ou ne le pénalise à ses yeux. Stratège, oui mais fin stratège? Ah, ça c'était une autre histoire.

« Vous venez souvent ici ? Quelque chose à conseiller ? »

Oui, il tentait d’en apprendre plus de façon détournée et oui, il espérait qu’elle prenne cela pour de la simple politesse. Avec un peu de chance, elle parlerait d'un plat qu'elle aime. Si tel était le cas, il y avait peut être trouvé une astuce. En espèrant qu'il soit bon comédien pour la suite.
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Mer 25 Avr - 19:23

D’instinct je me vautrais au fond de ma chaise, le dos courbé, adoptant une posture qui trahissait horriblement mon manque de confiance en moi. Je laissais mes longs cheveux bruns pendre le long de mon visage, comme pour me protéger des regards et des visages hostiles. Je me méfiais de chaque personne présente dans le lieu public, de peur qu’à tout moment l’un des hommes présent me reconnaissance, dévoilant mon identité aux yeux de tous. Cette crainte était plutôt stupide dans le sens où un homme ne se venterait pas de ses escapades nocturnes illégales dans le lit d’une prostituée. Ce n’était pas un exploit, pour certains hommes, d’autre le vivaient sûrement comme une histoire de domination mais ils ne s’en ventaient pas pour autant. La vraie honte restait sans aucun doutes celle que je ressentais. Néanmoins cette appréhension que je ressentais était bien réelle. Si un homme venait à me stigmatiser Camille prendrait ses jambes à son cou. Je ne pourrai pas lui en vouloir, qui aurait envie de boire un café avec une put* ? Mais je ne pourrai pas encaisser un choc de plus, c’était au-dessus de mes forces. Je soutenais ma tête de mon bras tout en jetant un coup d’œil à la carte des boissons. Je parcourais les boissons sans alcool, les cocktails et m’arrêtait finalement sur les boissons chaudes. Intérieurement j’optais pour un thé. Ca me réchaufferait, me détendrait peut être et c’était plutôt bon marché. Un peu ailleurs je réalisais qu’il m’avait dit venir de France. Une image de la tour Effel s’insinua dans mon esprit alors que j’entendais le nom de notre illustre voisin français. C’est vrai que cet homme avait un accent particulier. Sans doute que s’il m’avait demandé de deviner j’aurai vu juste. Néanmoins je n’aurai pas été sûre de moi. Je n’avais jamais eu l’occasion de voyager en dehors du Royaume-Uni. Mon seul dépaysement se résumait à un voyage scolaire d’une semaine à Londres. J’en gardais un fabuleux souvenir, l’air de la grande ville m’avait immédiatement attirée. Si je n’avais pas craint de ne pas m’habituer aux habitudes et à l’esprit londonien sans doute aurais-je choisis cette ville là pour m’émanciper. Peut-être que ma vie aurait pris un autre chemin si j’avais osé faire ce choix là ? Sans doute que non. Je restais une pauvre fille sans qualifications ou que j’aille.
Voyager semblait un rêve improbable, et je voyais toujours les étrangers d’un œil admiratif. Ainsi je m’exclamais face aux origines de Camille.

    « La France ! Quelle chance, on dit que ce pays est magnifique mais je n’ai jamais eu l’occasion de traverser la Manche pour admirer Paris… Qu’est ce qui vous a fait migrer en Ecosse ? »


Je ne mesurais certainement pas l’indiscrétion de ma question et reportais mon regard sur la carte des boissons, fixant mon choix sur un thé earl gray. J’avais du mal à regarder mon interlocuteur dans les yeux ni même directement. La différence d’allure entre nous deux me mettait mal à l’aise, la situation semblait beaucoup trop surréaliste. Les seules personnes aisées qui avaient pu croiser mon chemin ce n’était que pour me solliciter sexuellement. Je n’avais rien à offrir à cet homme et je ne me sentais pas digne d’une telle compagnie, c’était le seul constat à faire, bien qu’il soit terriblement triste.
Il me désigna le menu d’une main je promenais mon regard dessus constatant qu’il avait vu juste sur la restauration avant de me détourner de la carte sans même lire la liste des plats proposés.

    « Ha oui.. »


Mon choix était définitivement arrêté sur le thé, une des boissons les moins chères de toute la carte. Je devais garder mon argent pour le loyer tant que j’avais encore la volonté de ne pas le dépenser pour avoir ma dose. Je devais me forcer, sinon je serais à la rue et je me retrouverai à vivre sous les ponts finissant par me laisser mourir. Ce serait une perte pour personne seulement comme tout être humain j’étais guidée par l’instinct de survie, je ne faisais pas exception à cette règle. Malgré toutes ces bonnes pensées je savais d’avance que j’allais craquer. Je n’avais donc aucune volonté ?
Camille me sortit de mes pensées quand il me demanda si j’avais un plat à lui conseiller. En réalité je n’avais jamais mangé ici et je ne venais que rarement, mes fréquentations se résumaient plus à des bars de nuit et des bars à vampire. Histoire de donner le change je jetais un coup d’œil au menu.

    « On dit que leur pain à la viande est délicieux. »


En réalité je ne l'avais pas gouté moi même et la tournure de ma phrase le laissait entendre. Le nom de ce plat traditionnel écossais était appétissant mais je n’avais pas tellement faim. J’avais conscience qu’un véritable repas me ferait du bien mais ma perpétuelle dépression m’avait ôtée toute envie de manger. Je ne prendrai tout simplement pas gout à un repas. Aussi le prix suffisait à me dissuadait, dix livres le menu. Pour la plupart des ménages c’était un prix très avantageux mais pour moi c’était déjà trop.

    « Je vais prendre un thé seulement, vous prendrez quoi ? Si vous avez faim ne vous gênez pas pour moi surtout. Ca ne me dérangera pas de vous regardez manger surtout si vous me parlez de votre beau pays. »


J’essayais de donner le change bien que ma voix trahissait ma faiblesse. Un serveur se dirigea vers nous près à prendre notre commande. Je le fixai un instant alors que celui-ci fit de même. Voyant que je le connaissais je fus submergée par la panique. A cet instant j’aurai voulu courir aux toilettes mais bien évidemment c’était impossible. Il ne s’agissait pas d’un ancien client mais du frère d’un ancien client. Un homme ivre mort qui refusait de quitter mon appartement, préférant décuver son vin tout en me harcelant pour des faveurs sexuelles. Devant le dégout qu’il m’inspirait j’avais pris son portable appelant au hasard le dernier numéro que j’y avais trouvé. Ce serveur, son frère était venu le récupérer. L’autre ivrogne ne cessait de me traiter de catin. J’avais lu la compassion dans le regard du frère et je m’étais enfuie chez moi sans demander mon reste. Mal à l’aise je tournais la tête priant pour que Camille commande vite et le laissant commander pour moi, incapable de dire le moindre le mot. Pour sûr j’allais devoir m’expliquer sur mon étrange comportement.


Dernière édition par Cora McLensfield le Lun 7 Mai - 12:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Mer 25 Avr - 21:38

Son enthousiasme quand il lui avoua ses origines le fit davantage sourire. Elle était plutôt mignonne, à être aussi impressionnée pour si peu. Après tout, la France n’était pas si éloignée et elle n’avait rien d’exotique. Peut-être que c’était parce qu’il en venait qu’il ne pouvait percevoir sa particularité. Toujours était-il qu’il fût heureux quand elle lui évoqua le nom d’un plat. Il ne savait pas dans quoi il allait se lancer avec ça mais le but n’était pas de déguster avec appétit son assiette.

« Alors nous verrons si ce pain de viande vaut les louanges qu’on lui prête. »

Il abusait encore de syntaxe pompeuse car il percevait la fragilité craquelée de sa voix. Ca le déstabilisait et il se cachait derrière de jolis mots. Il était plutôt pathétique n’est-ce pas ? Evidemment, il s’était attendu à ce qu’elle se cantonne à une boisson tout ce qu’il y avait de plus basique. Elle préservait son argent pour son logis ou pour sa déchéance. Cela, il n’aurait su le dire et ça l’embarrassait d’ailleurs outre mesure de ne savoir dans quoi partait ce qu’il lui offrait. Peut-être que cela finirait par l’empêcher de dormir si il apprenait la vérité. A moins qu’il ne la connaisse mais n’ose la regarder en face ? Il chassa cela rapidement de sa tête par nécessité. Il était plutôt doué pour refouleur les choses déplaisantes. Son attention fût soudainement portée sur la frêle silhouette de sa voisine. Cora blêmit à vue d’œil et sa nervosité atteignait des sommets. Ce qui la mettait dans cet état ? Le serveur, de toute évidence car lui aussi sembla perdre quelques couleurs. Le corbeau finit par lui-même se sentir mal à l’aise au milieu de toute cette tension. Il ignorait la cause de ce chaos silencieux. A moins que ce gars ait été un ancien « client » de la brunette ? Camille détailla l’homme rigoureusement, écœuré que ce type ose encore se pointer sous leur nez. Il allait le renvoyer le plus vite possible, inutile de faire traîner les choses en longueur. La présence de ce gars mettait son amie dans une sale position et elle n’avait pas besoin d’autres souffrances en ce moment. Il ne semblait être du genre à payer pour coucher mais il était bien placé pour savoir que les apparences étaient trompeuses. Peut-être qu’il avait bafoué sa morale en pactisant avec Krystel mais il n’aurait jamais abusé de la faiblesse d’une jeune femme pour son unique plaisir… D’un ton un peu sec, le voleur passa commande.

« Ça sera un verre d’eau & un pain de viande pour moi. »

D’un regard peu amène, il congédia le garçon. Celui-ci sembla lui renvoyer la pareille. Peut-être croyait-il que lui aussi faisait partie des habitués de l’humaine. De la jalousie ? Peut-être pas mais du mépris certainement. Il pouvait penser ce qu’il voulait, le riche héritier n’en avait que faire. Les prunelles du métamorphe vinrent se replacer sur le visage de sa compagne et il jaugea son état. Recroquevillée comme elle était sur sa chaise, avec sa cascade de boucles chocolat lui barrant le champ de vision, elle adoptait une sorte d’attitude défensive. Craignait-elle la présence des hommes ? Enfin la sienne d’abord ou/et celle du serveur ? Le fumeur n’aurait su le dire. Beaucoup de choses concernant la psychologie féminine lui échappaient et pour quelqu’un d’aussi complexe que Cora, il ne pouvait pas décrypter chacune de ses pensées. Loin de là. Il pouvait tout juste s’hasarder à des théories, parfois farfelues il fallait le reconnaître. Pour le dîner, nous verrons s’il confirmerait les rumeurs ou non. Tout ce qu’il espérait, c’est que son plan soit efficace. Dans tous les cas, il n’avait pas plus rusé sous la main. Si malgré ses tentatives, elle finissait par ne rien avaler, il lui glisserait quelques billets dans l’une de ses poches. Il était aussi doué pour ça aussi, elle ne verrait et ne sentirait rien du tout. Le fait qu’elle semble confuse la plupart du temps était un atout pour ses tours mais il fallait avouer qu’il aurait préféré qu’elle soit plus lucide. Après cette rencontre infortuné avec cet espèce de livreur en tablier, elle semblait plus renfermée et mal en point que jamais. Ce qu’il pouvait faire ? Eh bien, elle lui avait tendu des perches pour la conversation, il allait toutes les saisir. Avec un peu de chance, il parviendrait à l’extirper de ses sombres songes avec ses paroles et ses images. Le français plaça ses bras sur la table et entremêla ses doigts. Il sourit un peu avant d’entamer la discussion.

« Donc vous vous demandez ce que je viens faire par ici ? Eh bien, j’ai un peu honte des raisons. C’est la curiosité qui m’a poussé jusqu’ici. Avec tout le remue-ménage médiatique qu’a subit cette partie du Monde, j’ai voulu m’y intéresser de plus près.»

Il lui en avouait plus que ce qu’il n’osait dire en temps normal. Il n’aurait pas dû être honnête et franc mais il ne parvenait pas à lui mentir. Comment lui balancer des mots creux et dénudés de vérité alors qu’il savait tout d’elle et que son regard n’avait rien à cacher ? Il ne devait pas continuer sur cette voie, il finirait par en révéler trop. Se lier à elle restait une mauvaise chose et il ne devait pas le perdre de vue un seul instant. Entre deux songes du même gabarit, il trouva une excuse acceptable pour endormir ses inquiétudes. Après tout, elle allait travailler pour Krystel, elle finirait peut être par le croiser. Que dirait-elle si elle comprenait qu’il lui avait menti ? Cette explication – issue d’un raisonnement tardif bien sûr- lui suffit à combler les brèches de ses cheminements. Il offrit un autre rictus à sa voisine de table.

« Il n’y a rien grand-chose à dire sur la France. Il pleut peut-être un peu moins surtout dans la région où j’avais l’habitude de vivre. Mais à part ça… »

Il haussa les épaules à la suite.

« Paris est sûrement une des capitales à visiter une fois dans sa vie. Les parisiens ne sont pas les personnes les plus charmantes cependant. »

Le volatile se rappela de quelques épisodes plutôt volcanique et grimaça rien qu’en y pensant. Son verre d’eau et le thé de Cora arrivèrent alors. Le jeune homme ne daigna même pas jeter un regard en direction du serveur, trop occupé à scruter l’expression générale de son interlocutrice. Il devait peut-être arrêter de la fixer, elle finirait par se poser des questions sur ses motivations. Aussi, il détourna les yeux à cette pensée et plaça son attention sur le comptoir. Il aurait aimé renvoyer ce garçon, qu’il ne s’occupe plus de leur table mais il ne pouvait pas faire ça sans relever quelques questions houleuses qui pourrait poindre dans l’esprit voisin. Cela devenait compliqué.

« Vous m’avez dit que c’est la conquête de la grande ville qui vous ont poussés à emménager ici. Vous ne regrettez pas ce choix ? »

Ses yeux fixaient toujours un point imaginaire par-dessus l’épaule de la jeune femme. Il mit quelques secondes avant de réaliser ce qu’il venait de lui demander. Ça lui avait échappé et il s’insulta mentalement. Il ne savait pas si la mortelle avait encore de la famille, des connaissances quelque part, là d’où elle venait. L’idée qu’elle ait un foyer apportait un certain réconfort à Camille. Elle pourrait peut-être sortir de son gouffre si elle était entourée des siens. Il ne pouvait pas lui demander de but en blanc si elle avait de la famille mais avec sa question douteuse, il parviendrait à peut-être saisir quelques composantes. En attendant sa réponse, il but une gorgée de son eau et revint placer prudemment ses prunelles dans celles de Cora.

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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Lun 7 Mai - 23:06

Je souris timidement à Camille. J’espérais que ce pain de viande serait bon en effet ou du moins qu’il ne serait pas infâme... Je craignais de passer une fois de plus pour une idiote. Néanmoins je ne m’en souciais plus vraiment, seule la présence de ce serveur occupait mon esprit. Le regard baissé j’avais toujours du mal à reprendre un minimum d’assurance, j’avais honte de moi même, c’était la triste vérité. J’avais été stupide de penser que pendant quelques instant j’aurais pu être quelqu’un d’autre ou du moins oublier qui j’étais et les activités horribles que je pratiquais. La présence de cet homme m’avait percutée de plein fouet, comme si c’était un signe du destin, me narguant en me rappelant qui j’étais, une vile prostituée. J’avais reçu le message, aussi terrible soit-il, je ne pouvais pas fuir ni mon identité ni ma vie. Elle me rattraperait toujours où que je sois qui que je vois. Je ne pourrai jamais être une personne normale, la prostitution était gravée dans mon corps et dans le plus profond de mon être. Il suffisait de me regarder pour s’en apercevoir. Traduisant mes pensées par un geste je tournais la tête sur la droite face à la vitre tombant nez à nez avec mon reflet. Je l’étudiais quelques secondes. Il me renvoyait une femme jeune, vautrée, sans réelle confiance en elle. Je détournais le regard en tentant tant bien que mal de m’imaginer autrement.
Tentant de me ressaisir je songeais que j’aurai pu prier Camille de sortir d’ici, j’aurai pu trouver une excuse même stupide, seulement il avait commandé son repas maintenant, il serait mal venu de ma part de lui faire perdre de l’argent.

Je rougis alors que Camille expédiait le serveur d’un ton sec, visiblement mon étrange comportement n’était pas passé inaperçu. La réaction de Camille me mit du baume au cœur, mon embarra l’avait touché. Cet agréable constat me permit de me ressaisir. Je passais ma main dans mes cheveux pour me donner une constance avant de regarder Camille dans les yeux. Je me rendais compte que je ne lui avais pas fait directement face depuis que nous étions entrés dans le bar-restaurant, je ne l’avais pas regardé une seule fois passant pour une personne terriblement grossière comme si ça n'avait pas suffit que je crame ma clope sur lui.
Le serveur revint un verre d’eau et un thé sur son plateau avant de les déposer sur la table en bois. Je fis un effort pour ne pas détourner le visage. Afin d’y parvenir j’attardais mon regard sur l’extérieur, suivant des yeux par la vitre les passants. J’enviais une famille heureuse qui passait par là, mari et femme profitant de la vie avec leurs enfants et même une jeune fille qui portait fièrement des sachets de diverses boutiques à son bras. Une fois que l’homme de mes craintes parti je redirigeais mon regard vers Camille avant de me décider à lui parler, un petit sourire sur les lèvres. Finalement je n’étais pas la seule à avoir rejoint la grande ville seulement dans le futile but d’apercevoir les nocturnes rouges.

    « Oh ! Vous n’avez pas à avoir honte… Il faut le voir pour le croire je suppose. On nous annonce l’existence des vampires comment ne pas sauter dans le premier train pour vérifier l’information ? C’est tellement fou, tellement excitant de se dire que tout ce en quoi l’on croyait jusqu’à présent n’est peut être qu’un mirage. »


L'air rêveur je songeais à cette fameuse soirée de 2007 qui avait révélé les vampires à la planète entière. J’étais avec un client ivre mort à cette époque là, dans mon minable studio du moment. Cette révélation m’avait faite tout simplement rêver, elle m’avait montrée que les choses pouvaient être autrement. Naïvement j’avais immédiatement espéré attirer l’attention de l’un d’eux. Sur un coup de tête je m’étais envolée pour Edimbourg à la poursuite d’un rêve vain.
Camille enchaina, me parlant de Paris, la ville des amoureux, la ville de la mode, c’était idyllique.

    « Alors l’Ecosse ne doit pas vous changer de votre ville natale. Pour la pluie je veux dire. »


Je soupirais.

    « Paris, avec la façon dont les gens en parlent, semble être une ville merveilleuse, un vrai conte de fée. »


J’étais repartie dans mes délires de rêves de petites filles, j’étais décidément incorrigible. Moi même je ne croyais plus à l’idée d’être heureuse, de vivre, de voyager. Mais rêver, ça je ne pouvais parfois pas m’en empêcher bien que ce soit une sorte d’autodestruction. Mais j'étais une professionnel dans l'art de se détruire.
Je sortis de ma rêverie alors que Camille me demandait si je ne regrettais pas mon choix de vivre en métropole. Mon visage se voila. Difficile de répondre à cette question, regretter non comment pourrais-je ? Ma vie n’était finalement pas si différente ici qu’ailleurs. J’étais toujours une prostituée sans diplôme et incapable de veiller sur elle même.

    « Je… non je ne regrette pas. J’ai fait des rencontres incroyables ici. Et pour tout vous dire moi aussi j’étais curieuse vis à vis des vampires et j’imagine que je le suis toujours un peu. La vie ici n’est pas ce que je m’imaginais, les problèmes ne se règlent pas avec un simple déménagement mais Edimbourg me plait et je ne veux vraiment pas retourner d’où je viens. Ma famille n’a jamais réellement déniée se soucier de moi… »


J’avais pensé à voix haute. Résultat je venais de m’apitoyer sur mon sort devant un inconnu.

    « Je suis désolée je ne voulais pas étaler ma vie comme ça. Vous n’avez pas que ça à faire écouter les délires d’une pauvre fille. »
Une larme coula de ma joue, la traduction physique d'un mélange de tristesse et de honte peut-être.
    « Vous vouliez juste être poli pour que je ne culpabilise pas d’avoir abimé votre chemise et moi j’abuse et maintenant vous allez vous sentir obligé de m’écouter. Je parle trop pardonnez moi. »


Totalement embarrassée j’enfouis ma tête dans ma tasse de thé avant de le boire à pleine gorgée quitte à me bruler. Résultat des courses je laissais tomber ma tasse qui se brisa au sol. Prostrée et incapable de bouger j’assistais à l’arrivée de ce maudit serveur et de son balais éclatant en sanglot.

    « Pardonnez-moi Camille je suis une très mauvaise rencontre. »


Mon destin me rattrapait, à nouveau.
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Mar 8 Mai - 20:25

Comme prévu, il aurait mieux fait de se mordre la langue avant de parler. Ses mots avaient dépassés le cheminement de ses songes et ce qu’il avait craint, se produit à la suite. L’idée nébuleuse mais néanmoins idyllique s’écroula d’une seule phrase. Une Utopie inenvisageable qui fractionna un peu plus la retenue de son interlocutrice. A l’instant où il regrettait d’avoir lancé la question, une larme s’allongea sur la joue de son amie. Pétrifié sous l’effet de la surprise et embarrassé d’en avoir été en partie la cause, il ne trouva rien à dire dans l’immédiat. Quand il s’agissait de consoler les gens, sa maladresse se manifestait avec toujours trop d’empressement. Pourtant, il ne voulait pas rester là à la regarder pleurer et à se confondre en excuses. Plus ensilée que jamais, Cora se laissait capturer par ses démons. Captive de cette vie faite de lambeaux, elle ne parvenait plus à discerner les réalités, elle n’avait fait que les fuir. Avoir les ténèbres à ses talons est une chose mais si elle savait encore courir pour les semer… Ce qui n’était pas le cas, elle trébuchait sur chaque obstacle. Camille aurait tellement voulu l’aider autrement que par le fric. Mais à nouveau, il dû faire face à cette impuissance écrasante. Ça le révoltait et il n’y pouvait rien. Il ne supportait pas ça. Pourtant, il l’observait toujours depuis sa chaise, se décomposer et s’enterrer. Pourquoi s’excusait-elle ? Etre triste était encore son droit, se plaindre aussi. Cette situation le dépassait de par les circonstances. Le riche héritier se sentait étrangement proche d’elle, il avait l’impression de la connaître ce qui était faux. Savoir ses déboires et ses secrets ne faisaient pas de lui son confident, ni même un ami. C’était tellement prétentieux de croire qu’elle lui était familière pour si peu de choses finalement. Mais c’était comme ça, il ne cherchait plus à lutter contre ce sentiment, il s’était déjà imposé pleinement. Malgré tout, il ne pourrait prétendre à ce titre sous son nez, cela la titillerait et elle ne comprendrait pas. Il était un inconnu, accidentellement rencontré. Il devait se cantonner à ce rôle au lieu de vouloir essayer de colmater des brèches chez sa voisine. Il l’effleura du regard et voulu la rassurer mais avant de pouvoir ouvrir la bouche, elle fut sujette à une mauvaise coordination. Enfin, elle s’était brûlée le palais plutôt. La tasse percuta le sol dans un fracas de tintement qui attira automatiquement les regards des clients présents. Mais le français n’en avait rien à faire, pas plus que du serveur qui s’employait déjà à nettoyer les dégâts. Cela arrivait plus souvent qu’il ne fallait le croire, ce n’était rien qu’un peu de vaisselle brisée. Seulement, dans sa perte de contrôle, cet objet fracassé devenait source d’un nouveau chaos intérieur et sa détresse raisonna avec plus d’intensité. Ses derniers mots achevèrent tout le reste de rationalité que s’était imposé le corbeau. De toute manière, il s’était avancé au-delà d’une limite en érigeant entre eux une question trop personnelle et il allait devoir faire un pas de plus dans cette direction. S’il finissait par se trahir alors qu’il en soit ainsi. Tenir une minute de plus face à sa peine lui serait trop douloureux à endurer.

Prudemment, il avança sa main vers le poignet de la jeune femme, traversant la table de son bras. Avant d’oser franchement la toucher, il ne finit que poser le bout de ses doigts sur sa peau.

« Cora, tu n’as pas à t’excuser. »

Ah oui, maintenant, il abandonnait carrément les formules bien polies. Bravo. En plus de briser les barrières physiques, il brisait les autres règles. N’avons-nous pas établi plutôt les codes à respecter pour cette entrevue ? A quoi jouait-il ? Il suivait son instinct comme un crétin, annihilant les restants de distance nécessaire pour conserver le secret. La sécurité franchie, il ne restait plus qu’à gérer la suite pour limiter la casse. Mais nous n’en étions même pas encore là, c’était ça le problème. Craignant qu’elle ne percute pas le sens de ses mots, tant ses sanglots l’animaient, Camille posa doucement sa main sur la sienne. Les doigts de la jeune femme semblaient glacés contre les siens. Ce qui l’inquiéta un peu plus sur son état de santé.

« Ce n’est qu’un peu de vaisselle et quelques souvenirs. Tu n’as pas à te sentir coupable pour ça. »

L’endroit était toxique en lui-même avec toutes ses personnes qui les scrutaient de manière indécente, ce fichu serveur sorti d’un sombre passé. Le métamorphe ne supportait plus ses pleurs, il ne pouvait plus encaisser la peine que cela lui causait. Il jeta un regard sur l’assemblée, lançant quelques regards meurtriers ci et là sur les personnes chuchotant désagréablement. Puis il resserra sa prise sur ses doigts et ramena ses yeux sur elle. Conscient qu’il ne se serait jamais autoriser un tel contact avec une parfaite inconnue. Allait-elle le prendre pour un fou ? Ou croirait-elle que ce geste revêtait une autre signification ? Il espérait ne pas l’effrayer, ça n’était pas l’intention loin de là. Sa voix d’ailleurs s’était faite un peu plus douce et plus posée que jusque-là. Il cherchait à rassembler toute sa contenance dispersée.

« Prends ton manteau. Je vais payer l’addition. On sait acheter du café à emporter plus loin, un peu d’air te fera du bien. »

Il ne lui laissa pas le temps de trancher ou de décliner. Pas question de rester ici alors que tout la mettait mal à l’aise et pas question non plus de la laisser seule alors qu’elle avait plus que jamais besoin d’une présence humaine. Le changelin retira sa paume de la sienne et recula sa chaise d’un mouvement sec. Il fonça droit sur le comptoir et y déposa quelques billets sans même prendre la peine de toucher un mot au gérant. Aussi rapidement, il s’empara de sa veste et l’enfila. Durant toutes les opérations, il ne perdit pas de vue sa compagne. Il avait trop peur qu’elle cherche à s’enfuir ou à l’éviter. Par peur, par panique et pour d’autres raisons encore plus stupide que ça. Il la talonnait de près alors qu’ils s’avançaient vers la sortie. Camille veillait à maintenir une certaine distance entre leurs deux corps. Assez proche pour savoir la retenir si l’envie de filer lui prenait ou si elle finissait par trébucher – si elle nécessitait son aide et assez imposante pour ne pas qu’il ne passe pour un pervers voulant profiter de sa fragilité. Compliqué ? Tout était question d’équilibre. Elle ignorait qui il était, ce qu’il savait. Si pour lui leur drôle de relation avait débuté il y a quelques temps déjà, pour elle cela restait la première rencontre. Il en avait déjà trop fait en bousculant ainsi la suite des événements. Il désigna d’un signe de tête l’échoppe mentionnée en lui offrant un sourire. Il ne savait pas quoi ajouter. L’idée de recommencer à agir comme un parfait imbécile le terrifiait trop pour qu’il parvienne à réengager la conversation. De toute façon, il valait mieux attendre qu’elle soit plus calme pour discuter.

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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Lun 12 Nov - 13:52



Je ne comprenais même pas pourquoi je me mettais dans un tel état. Ce n’était qu’un accident, un simple liquide chaud qui se renverse, un élément de vaisselle qui se brise. Certes dans un lieu public mais ça arrive à tout le monde. Le fond du problème restait cette vie de prostitution qui me poursuivait. Je me cachais des hommes. J’avais l’impression que le mot « prostituée » était marqué, non gravé, sur mon front. Que tout Edimbourg savait que j’étais Cora la prostituée. Alors je me planquais, je vivais la nuit, au contact des clients que je servais et au contact des vampires que j’admirais, un peu trop peut être. Je n’osais pas croiser le regard de Camille. Je me sentais tremblante et rouge comme une pivoine. Je ne voulais pas voir cette pitié dans le regard de cet homme. Je ne supportais plus d’inspirer cela. Egalement j’aurai voulu qu’il m’apprécie, comme on apprécie une personne normale. Là je passais pour une jeune femme instable, perturbée. Mais n’était-ce pas ce que j’étais ? Une pauvre fille dont le cerveau est atrophié par la drogue, le corps souillé par les hommes, et l’esprit torturé par une hygiène de vie indécente…

Je sursautai alors que Camille posait sa main sur mon poignet. Je ne m’y attendais pas. Comme si j’avais pensé que me toucher aurait pu le dégouter. Le son de sa voix m’apaisa et je revenais peu à peu à moi. Je sortais de ma torpeur, de cette détresse et de ces souvenirs qui m’avaient envahis. J’osai enfin un regard vers Camille. Je souris timidement, un sourire navré.

    « Si je suis confuse, je.. »


Je ne parvins pas à terminer ma phrase. « Je » quoi ? Je suis maladroite, certes mais Camille avait dû remarquer que quelque chose m’avait perturbé. Heureusement il avait la délicatesse de ne faire aucun commentaire. Je tentais d’accrocher mon regard au sien et de faire abstraction de tous ces visages qui me regardaient avec un air que je pensais accusateur. Je portais mes mains à ma tête, cet endroit me rendait à présent folle. Je voulais juste partir en courant. Camille sembla s’en rendre compte puisqu’il m’ordonna de prendre mon manteau. Je ne m’en fis pas prier et attrapai ce dernier avant de le serrer tout contre moi comme un doudou. Il alla payer, si vite que je n’eus pas le temps de protester. Au fond j’étais bien contente car mes moyens étaient encore limités. Pour ma part je fonçais vers la sortie sans me retourner. Dehors l’air froid me frappa de plein fouet. Je pris une bonne inspiration et me répétai de me calmer. Je baissais légèrement la tête pour tenter de cacher mes yeux légèrement bouffis par les larmes que j’avais laissé couler. Quelques secondes après seulement Camille était près de moi sur le grand boulevard de Royal Mile.
Camille désigna d’un geste la petite échoppe où l’on pouvait se restaurer et boire des boissons chaudes. Je l’y suivis sans dire un mot et commandai un grand crème. Une fois servie je m’amusais à me réchauffer les mains contre le gobelet en carton. On aurait dit une enfant.

    « Encore une fois je suis confuse. Rien n’est simple pour moi en ce moment mais vous n’avez pas que ça à faire. Ecouter les délires d’une imbécile. Je vous remercie pour tout et je crois que je vais vous laisser avant de ne gâcher un peu plus votre journée. »


Je tentais de sourire avant de me retourner bien décidée à partir.


HJ : j'espère qu'on pourra faire un autre rp ou je serai obligée d'apprendre que tu travailles pour Kry x) hihi. Et encore une fois désolée pour le retard. Ma réponse est pourrie en plus --' . Difficile de se remettre dans un rp qui date mais c'est ma faute !
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MessageSujet: Re: Impression de déjà vu [Livre 1 - Terminé]   Lun 19 Nov - 21:16

Le stand trouva sa place toute indiquée au milieu de leur silence. La gêne de Camille faisait échos à celle de son interlocutrice mais pas pour les raisons qu’elle devait sûrement envisagé. Il craignait d’en révéler trop, de se montrer trop amitieux avec elle. N’était-il pas un simple étranger qui l’avait heurté ? Et puis offert un café… Oui, bon, il fallait parier sur sa crédulité pour ne pas qu’elle comprenne ou qu’elle s’imagine … des choses ? Quel mec du XXI siècle s’arrêterait sur une jeune femme inconnue qui vient de lui griller la chemise et l’invite à prendre un verre, lui paie le tout sans rien consommer – tout cela sans arrières pensées ? Apparemment, le riche héritier était ce type-là à ceci près qu’elle ne lui était pas du tout étrangère. Jouer sur deux tableaux n’était pas chose aisée et il préférait encore qu’elle pense qu’il avait cherché à la draguer plutôt qu’elle effleure la vérité. Il lui sourit nerveusement alors qu’il extirpait ses billets de son portefeuille. Le français prit alors son gobelet et paya le vendeur. Son amie avait les doigts fixés sur son breuvage et une mine triste flottant sur ses traits. Le corbeau se mordit l’intérieur de la joue, impuissant face à ce spectacle. Il pouvait bien tenter de lui offrir toute la nourriture dont elle aurait besoin, ça ne comblerait pas tout, ça non. Il en avait bien conscience mais il n’avait pas d’emprise sur la vie de cette demoiselle. Elle ignorait son implication dans son quotidien, elle ignorait qui il était et quel rôle il essayait de jouer auprès d’elle. Le bon rôle ? Il n’avait jamais été question de déterminer dans quelle mesure il était impliqué dans un camp ou l’autre. Pour la bonne raison que tout n’était pas aussi tranché et qu’il ne se trouvait pas dans un mauvais film où les méchants tuent et les gentils sont parfaits. Peu importait, il préférait agir dans l’ombre de toute façon. Elle rejetterait surement toute aide extérieure. Le changelin répondit à son sourire avant de boire une longue gorgée de caféine sans la perdre véritablement des yeux. Des aurevoirs plutôt précoces mais salutaires, il savait qu’il finirait par définitivement se planter en beauté et qu’elle viendrait à se méfier. Autant éviter ça.

« Ce fut un plaisir de faire votre connaissance, ne croyez pas que vous avez gâché ma journée. J’espère juste que tout finira par s’arranger pour vous. »

Il allait avancer sa main vers elle mais il trouvait étrangement le geste … malvenu, improbable. De plus, elle avait les paumes prises. L’oiseau fit un pas en avant et plaça sa paume sur l’épaule de la brunette. Il ne pouvait pas lui dire ça sans éveiller des soupçons car ils ne se connaissaient pas officiellement. Alors à mi-chemin entre plusieurs raisonnements, il s’exprima dans sa langue maternelle en espérant qu’elle ne le comprenne évidemment pas.


« Prends soin de toi, d’accord ? »


Il la lâcha alors et réalisa qu’il l’avait vouvoyé juste avant cet épisode et qu’un peu avant encore, il l’avait tutoyé. Ouais, il était complètement largué, c’était le moment de déclarer forfait. Il ne pouvait rien faire d’autres et sa présence semblait davantage l’embarrasser, autant mettre fin à ce cauchemar pour Cora.


«Passez une bonne journée, au revoir. »


Il tourna les talons en essayant de ne pas s’attarder sur les paupières bouffies de l’humaine. Le fumeur mit le plus distance possible entre lui et sa comparse avant d’analyser un peu ce qu’il venait de se produire. Il ne devrait plus la revoir à l’avenir. Ça n’était pas bon pour ses affaires et sa manière de bosser. Cela pouvait tout compromettre si par miracle, elle parvenait à faire le lien. De toute manière, à part une boisson chaude et de la nervosité supplémentaire, que lui avait-il concrètement amené ? Rien du tout. Il gagna sa voiture et soupira lourdement une fois derrière le volant. Il essayait de se convaincre que sa façon de faire était la bonne, il essayait vraiment puis ses songes s’égaraient sur ce qu’il s’était passé. Voilà aussi pourquoi il ne devait jamais côtoyer les personnes qui bénéficiaient de ses services. Jamais, il ne devait déroger à cette règle. Plus jamais.
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