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Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]
MessageSujet: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Mar 8 Mar - 10:57

Je l’ai déjà entendu. Je crois. Deux fois. Trois. Peut-être quatre. Je sais pas trop. Et c’est pas comme si ça avait une quelconque importance. Je devrais plus avoir de batteries, quelqu’un a dû le brancher, même si j’ai aucun souvenir d’avoir vu ou entendu quelqu’un. A moins que ce soit moi, qui l’ai branché. Toujours est-il que la musique tourne en boucle sur mon téléphone. Et que c’est la deuxième fois que j’entends cette chanson. Ou troisième. Peut-être quatrième. J’en ai des chansons pourtant. Depuis quand je suis là ? C’est une bonne question. Et j’en ai pas la moindre idée. Et c’est pas comme si ça avait une quelconque importance non plus. Je suis pas sûre que quoi que ce soit en ait encore. Et j’aime autant. Parce que sinon j’aurais encore mal. Et je sais pas si je supporterais. Là, je suis juste… vide. Un peu anesthésiée. Ou beaucoup ouais.

Tout a été si vite. Tout a été si horrible et rapide. Qu’est-ce que j’ai pu être en colère quand personne ne répondait. La colère c’est bien. Mieux que la peur et l’inquiétude qui me rongeait déjà. La soirée avait pas été top, on était rentrées tôt, ou presque, avec Lexie, mais y avait pas eu de drames, c’était déjà ça, pas vrai ? Et maman et papa sont restés les derniers, pour fermer le bar, normal quoi. Et puis, avec Lexie, on l’a entendue. On les a entendues. Des explosions. Comme en février. On est sorties dans le jardin, et je crois qu’on a commencé à paniquer. On a essayé de joindre des gens. Moi, mes parents. Ils m’ont pas répondu. Ouais, normal quand on y pense ouais. Et puis, Malcom qui me spamme en deux minutes chrono, mode panique. Et si vous connaissiez Malcom, ça vous ferait vraiment, mais vraiment flipper de le voir s’inquiéter. Et puis, Lexie a réussi à avoir Roxanne, j’ai pas entendu, mais c’était vraiment moche à voir sa tête. Et vous savez, ce sentiment horrible et indéfinissable qui vous saisit à la gorge et qui fait battre votre cœur bien trop vite, cette sensation que tout vous échappe quoi que vous fassiez, que rien ne va, qu’il vous manque quelque, cette terreur qui vous étreint alors même que vous espérez encore malgré tout ? Il m’a envahi et je me suis efforcée de continuer à respirer. A espérer. Encore. Parce qu’après tout, à quoi bon sinon ? Et puis, je suis douée pour ça. Espérer et voir le positif. Toujours.

Et Malcom qui me disait d’attendre. Attendre quoi ? Qui ? Pourquoi ? L’absence de réponse m’a donné envie de le tuer.
Et c’est Sarah qui est venue. Et j’ai revu dans son regard, dans ses gestes, sur son visage les mêmes sentiments, les mêmes vérités que sur le visage de la mère de ma copine y a 4 ans. Et j’ai nié avant même qu’elle n’ouvre la bouche. Je voulais pas savoir. Je voulais pas entendre. Tant que je sais pas, c’est pas arrivé pas vrai ? Tant que je l’entends pas, tant qu’elle le dit pas, je me trompe et c’est pas arrivé. Pas vrai ? Et elle a cherché à tourner ça bien. A le rendre… plus acceptable. Plus acceptable…
La vérité. J’ai toujours aimé la vérité, j’ai toujours demandé la vérité. A ma mère, à Hayden, à mes amis. Parce que je suis assez forte pour la supporter. Parce que c’est mieux que de vivre dans un mensonge. Enfin. Je croyais. Je me trompais. Je le suis pas. Assez forte. Je l’ai jamais été.

La Lune Bleue a explosé.
Wolfheaven a été soufflé.
Mes parents n’étaient pas partis. Mes parents y étaient à la Lune Bleue. Ils devaient être sur le point de partir. Mes parents sont morts.
Mon frère et ma sœur dormaient. A Wolfheaven. Niahm et Kean n’ont pas dû se rendre compte. Ou peut-être que si. Peut-être qu'ils ont sentis et ont souffert autant que mon père, le vrai. Niahm et Kean sont morts.

Ma famille si belle et si parfaite a disparu en l’espace de quelques minutes. Ma vie a volé en éclat aussi sûrement et facilement que… tout ça. Tous les gens que j’aimais sont morts. Je sais. C’est faux. Du moins, une partie de moi le sait. J’ai encore mes amis. Lexie, Leah, Eilih… et même Malcom, Sarah, Roxane, Lyra… mais vous voulez la vérité ? J’en ai absolument rien à foutre. Vraiment. Je veux pas les voir. J’ai pas envie de les voir. Je devrais pas être là. J’aurais dû être avec les parents à la Lune Bleue ou avec les petits à Wolfheaven. J’ai pas envie d’être avec eux. Avec personne. Ils y sont pour rien. Je sais. Tout comme je sais qu’ils s’inquiètent, tout comme je sais qu’ils m’aiment. Mais je m’en fous. Totalement.

Je me suis écroulée, et j’ai pas entendu. Pas de suite. J’ai fait une crise de panique. Je crois. J’ai manqué d’air et ma vue s’est brouillée. Et… Et blackout. J’ai oblitéré tout le reste. Enfin, j’ai tout oblitéré en vérité.
Comment voulez-vous que j’y arrive ?
Quand j’ai perdu mon père, Anton, Clayton Jr, même Melissa, j’aurais pas tenu si maman n’avait pas été là. Jamais. Je veux dire, toute seule, comment on se remet de ça ? Mais elle était là. Et y a eu Hayden. Et même si ça a pas toujours été facile… et puis les jumeaux. Et tout allait tellement bien. Ou pas. Mais quelle importance maintenant ?
Et comment on se remet de ça ? Ils étaient toute ma vie. Maman, c’était… maman.

Assise au sol, les genoux repliés contre moi, les bras posés dessus, j’ai la tête tournée vers la baie vitrée. Mais je ne vois rien. Il fait beau. Je crois. Le soleil réchauffe ma peau.
J’ai mal au dos. Je devrais bouger. Mais... Je devrais dormir aussi. Mais je fais des cauchemars, alors je veux pas. Je devrais manger, mais j’ai pas faim. Sarah a essayé de me forcer, enfin, forcer… Elle m’a parlé gentiment, elle a essayé pleins de trucs, elle a même haussé un peu le ton aujourd'hui... Mais l’assiette est là, intacte sur la table basse à côté.
Je dois avoir une sale tête, entre la fatigue, les larmes, la peur, et tout le reste… Mais c’est pas comme si ça avait une quelconque importance.

J’ai essayé. J’ai vraiment essayé. De me lever. De bouger. De manger. De parler. De pleurer. De hurler. De dormir. D’être là. Mais ça fait tellement mal. Et faire des crises de panique à ne plus pouvoir respirer, à ne plus parvenir à faire quoique ce soit... Alors j’ai arrêté d’essayer. Je n’ai plus de larmes de toute façon. Et j’ai mal à la gorge d’avoir pleuré et crié ce matin, ou cette nuit, je sais pas. C’est mieux de ne plus rien ressentir. Non ? C’est beaucoup moins douloureux. Peut-être que je finirais par oublier. Par m’oublier. Ou un truc du genre.

Même si je me mens à moi-même et que la douleur lancinante, la terreur restent en permanence en arrière-plan. J’ai pas envie pourtant de faire mon caliméro. Vraiment. Mais j’y arrive pas. J’y arrive plus.

« Savannah ? » Je la sens se rapprocher de moi et remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille. Elle me sourit, mais il y a tellement de tristesse dans ses yeux. « Malcom va passer te voir. Et tu… tu pourras aller avec lui ou rester ici. C’est comme tu veux. D'accord ? »

Choix difficile en perspective. Sarah, douce, protectrice, aimante, amie de maman. Qui me sourit, me parle et me rappelle sans cesse involontairement maman. Ou Malcom, sarcastique, distant, nounou à ses heures perdues. Qui n’avait plus la confiance de mes parents et qui se moque de moi.
Je hoche faiblement la tête pour lui montrer que j’ai entendu. J’essaye de sourire, mais je n’arrive même pas à esquisser quoique ce soit.

Ah tiens. Cinquième fois ?


Dernière édition par Savannah Valentyne le Mer 11 Mai - 21:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Lun 14 Mar - 9:04


J’ai dormi quelques heures, à peine assez pour ne pas manquer de m’écrouler au surlendemain des attentats contre la Meute. Je me suis réveillé avec toujours cette furieuse envie de frapper et d’épancher ma soif de sang. C’est mauvais, vraiment… Mais une autre pensée est venue me rappeler à l’ordre, diffuse mais persistante. Il reste encore une Valentyne en vie, et qui pourrait avoir besoin de moi. Savannah vient de perdre toute sa famille en quelques secondes à peine. Je ne veux même pas imaginer dans quel état elle doit être, même si Sarah doit veiller sur elle. Merde. J’ai été incapable de lui dire ce que j’avais juste sous les yeux, les cadavres encore fumant et calcinés de ses parents… Et les jumeaux ? Morts aussi, dans leur sommeil à Wolfheaven. Je me souviens d’une Savannah bavarde, qui respirait la joie de vivre et me tapait parfois sur les nerfs à être bornée que sa mère. Qu’est-ce qu’il va en rester, de cette Savannah-là ?

Je secoue la tête négativement. 7 heures à peine. Je suis rentré chez moi au milieu de la nuit, même si j’ai changé de planque entre temps. J’ai repris mes vieilles habitudes de tueur à gages, à rester constamment en mouvement pour être intraçable, le flingue toujours rangé sous l’oreille et la fenêtre grande ouverte comme échappatoire. Je suis habitué à l’insécurité dans laquelle la meute vient d’être plongée, et aucun de nous n’est désormais à l’abri. Ils le savent bien, et c’est pour cette raison qu’ils fuient. Ces attentats pourraient autant être la fin que le début… Soit nos ennemis resterons tapis dans l’ombre, soit ils sortiront de leur retraite pour achever les survivants. Dans un cas comme dans l’autre, nous devons les trouver en premier et les empêcher de nuire à nouveau. Vampires, semi-démons ou quoi que ce soit d’autres… Je les traquerais jusqu’au dernier pour leur faire connaître, à leur tour, un enfer.

Je me prépare en moins de dix minutes, mais il m’en faut le double pour vérifier que personne ne m’a pris en filature et que l’appartement tout comme ma voiture restent sûrs. Le trajet me prend autant de temps, et j’en perds à nouveau dans une inspection autour de chez Sarah. J’aurais presque envie d’en rire tellement ma paranoïa monte à des niveaux rarement égalés. Ouais, mais c’est comme ça qu’on reste en vie.

Quand je sonne enfin à la porte, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais pouvoir dire à Savannah. J’avais besoin de la voir, mais elle ? Je pourrais peut-être simplement me contenter d’être présent, et repartir ensuite. Les mots viennent plus naturellement à Sarah, et j’en ai encore la preuve quand nous discutons quelques minutes sur le seuil de la porte. Je suis sceptique quand elle m’avance avoir proposé à Savannah de me suivre, si elle le voulait, ou de rester avec elle. Je peux veiller sur elle, mais m’occuper d’une gamine ? Impossible. J’ai déjà bien assez de mal à m’occuper de moi-même.

Je laisse cette question en suspens pour m’avancer vers Savannah. Elle est assise au sol, à fixer la baie vitrée de ce regard vide. C’est étrange de le voir aussi fermée, aussi… Triste, tout simplement. Je me pose à côté d’elle, le dos calé contre le mur, et j’attends. Je peux attendre des heures durant sans que ça ne me pose le moindre problème. A un détail près… Cette musique qui me tape sérieusement sur le système. Je l’éteins pour écouter le silence. Et maintenant ?

Je finis par allumer la télévision, après un moment d’attente. J’entends à peine le début d’un flash info sur les attentats que… Mauvaise idée. Je la coupe immédiatement. Ok… Je regarde dehors pour voir ce qu’elle fixe avec tant d’attention, pas grand-chose en fait. Je devrais faire quoi ? La prendre dans mes bras ? C’est pas mon truc. Comment les gens normaux font un deuil ? Je ne me suis jamais posé la question avant. J’aurais peut-être dû chercher des idées sur le net avant de me pointer, pour sortir des phrases toutes faites… Putain. Je finis par me lever pour partir, la laissant planter là.

C’est un loup au pelage gris-blanc qui finit par revenir, entourant sa frêle silhouette pour poser sa lourde tête sur les genoux de Savannah, à lui lancer ce regard bleu-glace qui en dit long. Reprendre cette forme animale dans l’état actuel des choses m’est pénible, parce que je ressens d’autant plus la détresse de la perte de la meute ainsi. Pourtant… A cet instant précis, c’est ce qu’il lui faut peut-être, et à moi aussi.
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Mar 22 Mar - 12:06

Prostrée sur le sol, mes bras enserrant fermement mes jambes comme pour m’empêcher de me déliter, je regarde l’extérieur sans voir ce qu’il y a réellement. J’ai mal. J’essaye de me convaincre que… pas que ça va aller, non bien sûr que non. Mais que je ressens rien. Que ça s’effacera peut-être avec du temps. Que je n’ai pas à affronter tout ça, pas tout d’un coup, pas maintenant. Que je n’ai pas à hurler pour évacuer cette douleur.
Je sais pas trop. J’essaie juste de faire le vide. De ne penser à rien. Si je penses pas, je ressens pas. CQFD. Mais des images me reviennent sans cesse. De maman. D’Hayden. Des jumeaux. Des jeux. Des engueulades. Des câlins. De leurs visages, toujours. Et j’ai juste envie de hurler, geindre, sangloter, m’époumoner à en perdre la voix. Mais je n’ai pas la force. Ça me demanderait un effort considérable. Et je n’ai pas cette force. Je suis toute seule. Je ne peux plus être aussi forte. Pas juste pour moi. Etre atone est beaucoup plus facile.
Je sais. J’ai tort. Sur tout. Une infime petite voix essaie de me faire comprendre que non, je ne suis pas seule, que si, je suis assez forte, qu’être amorphe ne m’amènera rien de bon. Mais elle est écrasée par la souffrance qui m’enserre le cœur et rend ma respiration difficile quand je m’y attarde trop.

Et je sens sa présence avant de le voir. Et dans un sens heureusement que c’est lui. Même si Sarah a compris, quelqu’un d’autre m’aurait parlé. Quelqu’un d’autre aurait essayé de me toucher. Quelqu’un d’autre aurait tenté de me remonter le moral, de me dire que ça irait, que je n’étais pas seule, qu’il fallait me bouger. J’aurais pas supporté. D’un autre côté, peut-être que gueuler et envoyer chier la terre entière me ferait du bien. Mais c’était des efforts que de devoir réagir. Et dans le fond, je voulais pas vraiment me mettre à détester toutes les personnes qui cherchaient à m’aider. Quand bien même, elles sont maladroites et stupides parfois.
Mais je n’ai pas à me soucier de tout ça. Parce que c’est Malcom.
Qui se contente de s’assoir non loin de moi. J’aimerais parler, mais je saurais pas quoi dire. Et j’ai pas envie en fait. Il éteint la musique, comme si le silence était préférable. Mais il ne l’est pas. J’entends encore les détonations. Et j’imagine mes parents. Les petits. Les autres. Le feu, les explosions, les disparitions… Inspire, expire. Mes mains serrent mes jambes à m’en blanchir les doigts. Alors je me concentre sur lui. Calquant ma respiration à la sienne. Essayant de puiser… je sais pas quoi dans sa présence. De la force, une sécurité, une sureté.
Je ne bouge pas alors qu’il allume la télé, pour l’éteindre dès qu’ils mentionnent les attentats. Ca ravive même pas vraiment d’en entendre parler, ils ont parlé que de ça tout le temps de toute façon. Mais c’est quand même mieux sans.

Et je l’entends bouger, sortir. Merde, moi qui pensais le saouler et le faire fuir un jour en parlant sans cesse et en le gonflant, au final, j’aurais réussi sans un mot. Et si je pensais pas pouvoir encore avoir mal, c’est loupé. Non, il me doit rien, et je le connais même pas depuis longtemps… mais si lui s’en va, les autres feront quoi ?... Et est-ce que ça a vraiment une importance ?
Les larmes aux yeux malgré mes bonnes (ou mauvaises) résolutions, je sursaute en le sentant contre moi. Je tourne la tête pour le voir poser la sienne sur mes genoux. Enfin, la sienne… son loup.

Mes lèvres tremblent alors que je le fixe enfin, alors que je croise enfin son regard. Oui, je suis égoïste. Je suis injuste. Ils ont pas besoin de ça. Moi qui avais promis de plus être un poids… Oui, mais… J’ai perdu tout le monde. Tout le monde. Oui, mais ça doit être dur pour lui, tout comme pour moi. Je suis pas la seule à avoir perdu quelqu’un. Oui, mais moi, c’est maman et papa et Niahm et Kean. C’est… Je tente encore d’étouffer la douleur. Oui, mais il a perdu des gens qu’il aimait aussi. Oui, il fait partie de la famille. Mais est-ce que j’en fais encore partie moi, de la famille ? Sans eux ? Qu’est-ce qu’il ferait là sinon ? Mais plus rien ne me rattache à eux. Plus rien. Moi, toute seule, je ne suis rien, je ne suis personne.
Pourtant, il est là. Tout comme Sarah. Tout comme les autres.
Ma main vole d’elle-même sur sa tête, s’emmêlant dans ses poils, et j’essuie une larme.

« Pardon. » Je me mords la lèvre, quittant son regard que je ne peux soutenir. « Je suis désolée. J’avais dit que je serais… plus forte… Tellement désolée... Je veux pas être… un poids… Je… Vous… »

Sanglotant, sans même être certaine d’avoir parlé distinctement, j’abandonne l’idée de retenir ou d’essuyer mes larmes, mes bras passent autour de lui et j’enfouie mon visage dans son cou. Et une partie de moi est désolée, parce que je sais qu’il doit sans doute pas être super à l’aise, mais sincèrement, je m’en fous, je reste contre lui, le serrant contre moi, pleurant comme une enfant, oubliant tout le reste. Je sais pas combien de temps je reste comme ça, à moitié écroulée sur lui, me lamentant en pleurant dans ses poils. La douleur ne s’en va pas, elle ne s’en va jamais, mais j’arrive, un peu, à reprendre ma respiration et à ne plus geindre. Et ce n’est qu’un murmure qui m’échappe, entre deux pleurs.

« C’est un cheval blanc que tu m’avais promis… mais j’aime bien le loup aussi… »


Dernière édition par Savannah Valentyne le Mer 11 Mai - 21:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Lun 28 Mar - 22:47


Je sens ses mains qui parcourent ma fourrure. J'ai l'impression de ressembler à une grosse peluche, et non à ce loup arctique qui pourrait la briser en deux. J'ai besoin de l'appui du loup pour ressentir cette tristesse qui l'étreint, comme une véritable béquille sociale. C'est risible, de se réfugier en la bête pour se sentir plus humain. J'en suis à ce stade, car on a toujours cherché à briser en moi ce qui pouvait s'apparenter à de la faiblesse. Les émotions n'en sont pas une. J'ai fini par apprendre que l'attachement n'en était pas une non plus, grâce à eux. Mais la tristesse, si, toujours. Il suffit de regarder dans quel état catatonique elle vient de plonger Savannah. Se relèvera-t-elle jamais de pareil revers ? Je me sens perdu, égaré. J'ai l'impression d'avoir perdu ce qui avait réussi à me sauver. Mais elle, c'est encore pire. Elle vient de perdre la vie en même temps qu'eux. Qu'est-ce qu'il lui reste maintenant ? Nous, peut-être. Ca cadavre ambulant qu'est la Meute.

Elle m'extirpe de mes pensées noires en prenant enfin la parole. Je gronde doucement quand elle s'excuse, parce que je n'apprécie pas qu'elle en ressente le besoin, surtout maintenant, et envers moi. Combien de fois a-t-elle dû répéter ces paroles à ses parents ? Ne pas être un poids... Et pour qui, puisqu'ils sont tous morts ? Pour moi ? Pour Sarah ? Pour ses amis ? Quelle idiote.

Je vais pour me relever quand ses bras m'enserrent subitement. Je sens de l'humidité dans mon cou quand elle enfouit son visage dans mon pelage. Les animaux sont beaucoup trop empathiques, et je ressens bien vite la limite de cette forme alors que le loup partage sa peine, sans même réussir à la comprendre. Je souffre, parce qu'elle souffre et qu'elle est de ma meute, c'est aussi simple que ça. Je me perds un temps dans ces sentiments empruntés, de cette conscience aigüe en toile de fond qui m'incite à lui apporter du confort. J'attends que les larmes se tarissent, qu'elle retrouve le contrôle d'elle-même. J'attends en silence, jusqu'à ce qu'elle se recule un peu... Suffisamment pour que je vienne les lécher sur sa joue pour en chasser les derniers relents. Elle arrive à lâcher une note d'humour, ce qui est plutôt positif. J'avais presque oublié cette idée étrange de cheval blanc... Je lui rends un sourire parfaitement canin, à dévoiler mes crocs avec la langue pendante. Ok... Ca manque un peu de classe. Je dois pouvoir trouver mieux pour la faire sourire que de continuer mon rôle de peluche géante, qui est pourtant terminé. D'autant que ça m'est encore pénible de reprendre cette forme qui m'était pourtant si familière ces dernières années, et quelque chose me dit que ça ne va pas s'arranger...

Je n'arriverais pas à la faire sourire aussi aisément, mais... Je change sous ses yeux, pour prendre l'apparence de ma forme favorite, malgré les surnoms idiots qu'elle me donne en rapport avec le papillon. Je m'envole pour lui tourner autour avant de me poser sur son nez, puis dans ses mains. Les ailes du morpho reflètent la lumière dans des nuances de bleu et de cyan électriques qui égayent la décoration de Sarah. Les petites filles ont toujours adoré les papillons, non ? A défaut de pouvoir lui donner du cheval... Ca m'hérisserait bien davantage. Je finis par m'envoler dans la pièce d'à côté, là où j'ai délaissé mes vêtements. Il me faut à peine quelques secondes pour les enfiler et ressortir présentable, à force d'habitude.

Je me laisse retomber à côté d'elle, à même le sol. Je pose ma main sur sa tête pour l'attirer contre mon épaule dans un soupir retentissant. J'ai pas la moindre idée de ce qu'il convient de dire dans ce genre de situation. Je laisse filtrer, sur le ton de l'humour, une énigme dont elle seule pourra saisir le sens :

- Je te ferais le cheval une autre fois. Le papillon, c'est déjà bien non ? Tu peux te moquer de moi maintenant que tu connais ma forme favorite. Mais fais attention à ce que tu dis... Parce que les choses qui te paraissent les plus inoffensives sont souvent trompeuses, et se révèlent les plus fortes qui soient.
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Jeu 31 Mar - 17:35

Je ne sais pas trop comment réagir. Rester immobile et inerte demande bien moins d’efforts que de pleurer, et sont bien moins douloureux que de regarder à nouveau tout ça en face. Et je ne fais de mal à personne ainsi, pas vrai ? Je me protège juste un peu, moi. Pourtant, sa présence me fait du bien. Peut-être même plus que Sarah, parce que lui ne sent pas obligé d’être doux, de me caresser les cheveux, d’essayer de me forcer à manger, dormir, parler. Quoiqu’elle a arrêté bien vite, elle n’est pas idiote non plus. Mais ça n’aide pas, en fait, qu’elle soit… qu’elle ait été la meilleure amie de maman. Trop de souvenirs, trop d’images reviennent. Elle la connaissait trop bien. Elle me connait peut-être trop.
Et peut-être qu’avec son incapacité à faire face à tout ça, sa façon maladroite de se comporter avec moi d’ordinaire si ce n’est en me lançant des piques, peut-être que Malcom m’aide davantage. Juste par sa présence.

Et c’est même certain lorsque je le vois revenir en loup, même si j’ai du mal à affronter son regard et la peine que j’y lis. Parce que non, je ne suis pas la seule à avoir perdu sa famille. Même si une partie de moi, majoritaire oui je l’avoue, soutient que ce n’est pas pareil et que j’ai perdu bien plus. Et je serais incapable de dire si c’est le cas ou pas. Parce que la Meute représentait la famille de beaucoup de Loups et de métas. Mais je… J’aimerais dire que je m’en fous, parce que c’est le cas, je m’en fous. Vraiment. La partie égoïste de moi n’en a absolument rien à faire. En partie du moins. Mais je me sens coupable de le penser. Que c’est moins grave pour eux. Et comment je peux faire pour leur parler, pour leur dire tout ça ? Je ne peux pas. Surtout que j’ai du mal à vraiment savoir. Et je ne veux pas. Ce sont mes amis… Et si je sais pas trop où me placer dans tout ça, parce que la Meute n’existe plus… c’était ma famille non ?
Je me perds en divagation. Mais c’est toujours mieux que la douleur qui me broie le cœur. C’est toujours mieux que de se sentir abandonnée. C’est toujours mieux que de se sentir encore une fois inutile et insignifiante. Je le caresse sans même m’en rendre réellement compte, comme s’il s’agissait d’un gros chien et non d’un loup sanguinaire. Qui me grogne dessus quand je m’excuse. Pourtant, je sais que j’ai raison. Ils ont autre chose à faire que de s’inquiéter pour moi.

Et une nouvelle fois, je perds le contrôle. Les larmes me submergent et je me réfugie contre lui, l’obligeant à subir ma peine et mes pleurs. Et il ne bouge pas, se contentant de rester dans mes bras, alors que je le noie en même temps que moi dans mon chagrin. Mais doucement, lentement, je finis par retourner un peu dans mon état léthargique, calmant ma respiration, me reculant juste un peu. Je ferme les yeux quand je sens sa langue sur mes joues. Ce qui en temps normal pourrait me faire sourire. Là… ça m’apaise étrangement un peu. Et je parviens même à lui rappeler sa promesse pour le cheval blanc. Et il parvient à m’arracher un mini sourire en imitant à la perfection le chien heureux.
Et en quelques secondes, ma main se retrouve dans le vide quand il change à nouveau. C’est vrai qu’il l’avait dit, la première fois qu’il nous a entraîné Lexie et moi, mais vu qu’ils parlaient bêbêtes à deux, j’avais pas vraiment fait gaffe. Mon mini sourire de tout à l’heure réapparait légèrement, peut-être même un peu plus grand, quand il se pose dans mes mains.

« Il est magnifique... »

Je le suis des yeux alors qu’il disparait à nouveau dans la pièce à côté. Mais il va revenir pas vrai ? Idiote, il va pas s’enfuir maintenant. Quoique peut-être vu qu’il vient d’enfin te montrer sa forme favorite et que tu pourrais le chambrer à mort dessus. Je sais que c’est stupide, pourtant la peur demeure. Celle de perdre encore, toujours, continuellement des gens que j’aime. Et j’ai encore plus mal en m’en rendant compte. C’est presque pire que le reste en fait. De me rendre compte que oui, j’ai encore des gens à perdre. Encore des gens qui peuvent disparaitre et me laisser seule. Et oui, c’est profondément égoïste comme pensée. Mais à nouveau, la douleur et le chagrin montent et me bloquent la gorge. Comment je peux supporter ça ? Comment je pourrais…
Mais déjà, il revient, se laissant tomber à côté de moi. Tu vois, il est pas parti. Sa main se pose sur ma tête, et je me laisse aller volontiers contre lui, profitant de sa chaleur et de sa douceur surprenante. Oui, je suis mauvaise langue, il l’est souvent, gentil, avec moi. Mais je hoche faiblement la tête.

« T’aurais pourtant été mignon en Winnie l’ourson. Mais oui, le papillon… C’est quoi comme papillon ? Il est magnifique. »

Oui, je me rends compte que je me répète et que ça a pas vraiment de sens. Enfin si, ça a du sens, l’ours, par rapport au miel. Mais bref.
Je secoue la tête.

« Je le suis pas moi. Je suis juste inoffensive. Je suis pas forte. J’ai plus rien pour être forte.»

Je laisse filer un silence, avant de me redresser et de le regarder.

« Quand maman s’est fait mordre, il y a… 9 ans, elle a perdu ma garde, tu savais ? J’ai été avec mon père et sa nouvelle femme. Ils ont eu de gamins. Mes adorables petits frères. Et il y a eu un incendie il y a 4 ans. Maman t’avait dit ?
J’ai déjà perdue ma famille Malcom. Je me suis déjà relevée une fois. C’est maman qui m’avait relevé quand… Je sais même pas comment. Et c’est pas juste. De perdre encore… Et maman… »


Et les larmes réapparaissent au fur et à mesure que je parle, je les essuie du revers de la main, alors que je n’arrive plus à faire refluer la douleur. Finalement, c’était pas une bonne idée qu’il vienne. J’arrivais mieux à tout repousser en étant seule.

« Je sais pas comment faire. J’y arrive pas. J’y arrive pas. »

Et je me laisse retomber contre lui, serrant son pull à m’en blanchir les phalanges.


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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Lun 11 Avr - 10:04


Je suis certain qu’elle s’imagine pouvoir me charrier pour le reste de mon existence maintenant qu’elle a pu voir de ses propres yeux ma forme favorite. Sauf qu’à voir son regard émerveillé devant les ailes iridescentes du morpho, je tiens aussi une bonne raison de le faire en la traitant de petite fille. Quoique… J’ai bien vu récemment une vampire vieille de plusieurs siècles les observer avec autant de fascination, même si cette fascination-là était bien plus malsaine que candide. Ces couleurs changeantes sont faites pour captiver et tromper l’ennemi, la nature ne laisse jamais rien au hasard. Moi non plus, quand cette forme m’est venue à l’esprit comme une évidence.

Je prends à peine une poignée de secondes pour revenir auprès d’elle, le temps de reprendre forme humaine et de me rhabiller, mais à voir son expression, c’est suffisant pour qu’elle penche dangereusement du côté du gouffre. Je ne suis vraiment pas habitué à ce qu’on se raccroche ainsi à moi, comme à une bouée de secours, alors que j’ai toujours été qu’un souffle, un éphémère. L’air est vital, et pour autant invisible. Il va bien falloir que je m’y fasse, parce qu’elle n’est ni la première ni la dernière à se tourner vers moi en ces temps troubles. Au moins, je me rends compte que ma présence lui suffit pour se sentir un peu mieux. Je réprime un rire à cette pensée. Depuis quand ma présence arrive à rassurer quelqu’un ? J’ai décidément bien changé, et je me le prouve encore à la ramener contre moi pour la réconforter. Savannah m’a changé, peut-être encore plus que ses parents l’ont fait de leur vivant. Je me demande qui se raccroche à l’autre finalement, et si je vais vraiment pouvoir continuer sur cette lancée. L’envie me prend de tout lâcher, parce que ce serait plus simple que de poursuivre sans eux. La tâche me paraît démesurée, impossible, même pour moi.

Je baisse légèrement la tête pour la regarder quand elle m’extirpe de mes pensées, souhaitant subitement s’épancher un peu plus. J’aurais pu attendre des heures qu’elle se décide à parler, sans que cela ne me gêne. J’ai bien des défauts, mais l’impatience n’en fait pas partie. En tant que tueur à gages, on peut attendre longtemps que l’instant propice se révèle. J’ai un bref sourire en sa direction, teinté d’une tristesse voilée.

- J’aurais surtout été un métamorphe d’une grande puissance, à même de rivaliser avec les lycanthropes, sous la forme d’un ours. Ça m’a déjà tenté mais… Je préfère les formes plus rapides et furtives, dans mon métier. Ce papillon ? C’est un morpho. Ses ailes sont translucides et ne reflètent que le bleu, c’est pour ça que selon l’inclinaison de la lumière, le rendu est différent. C’est pour tromper l’ennemi et qu’il ne sache pas où viser, d’autant plus qu’il fait partie des papillons les plus rapides. Seul le monarque l’est encore plus, mais lui, il est tellement imposant qu’il ne passerait pas sous les portes.

Je me perds dans des explications sur le choix de cette forme, ce que je ne fais jamais en temps normal. C’est toujours mieux de garder l’effet de surprise, et c’est là la plus grande force des métamorphes. Trop changeants pour être cernables, donc dangereux à leur façon. J’ai l’impression de retrouver mes habitudes de prof de combat avec elle, mais je suis sûr que, l’espace d’un instant, elle a vraiment pensé à autre chose que les morts qu’elle traîne dans son sillage.

- Tu es comme nous, forte à ta façon. Tu as pu te relever une fois, tu sauras encore le faire. Tu es une battante, Savannah.

J’ouvre la bouche, et la referme bien vite. J’aurais envie de lui dire que, si elle n’a plus personne à qui elle est attachée, elle ne pourra plus craindre de perdre quelqu’un. Ce ne sont pas les bons mots pour éviter qu’elle glisse sur cette pente, mais c’est pourtant le chemin que j’avais décidé d’emprunter il y a bien longtemps, quand j’ai fui le foyer familial avant qu’il n’ait raison de moi. Pas de chaînes. Nolan avait fait de moi une arme, au métal froid, pour que je n’ai aucun scrupule. Parfois je sens son amertume à me savoir autant m’attarder parmi la meute. Peut-être pour la première fois de sa vie, le vieux hibou doit être satisfait de l’un de mes échecs. Parce que j’avais fini par m’attacher à plus qu’une cause, mais aussi des personnes.

- Je sais, oui. Elle m’en avait parlé.

Elle va se remettre à pleurer. Je ne bouge pas pour autant, ce qui lui ferait plus de mal que de bien. Je souffle sur un ton bas, mais léger :

- Laisse-toi le temps, Savannah. Ça ne sert à rien de ressasser le passé. Tu devrais te changer les idées, voir tes amis par exemple. Ça me gêne pas de continuer à jouer les chauffeurs. Si tu veux éviter d’y penser constamment, tu peux venir chez moi le temps que tu voudras. Tu seras la bienvenue… Même si je te garantis pas un service trois étoiles. Je ferais l’effort d’acheter autre chose que de la bière et des pizzas si ça te tente, et tu pourras même mettre tes Disney pourris à l’écran si tu veux, histoire que Lexie arrête de me regarder comme un parfait inculte.
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Jeu 21 Avr - 15:01

J’ai mal. Douleur tellement indescriptible que si j’y songe de trop elle va me submerger et me broyer. Et je ne sais pas s’il m’est facile de ne pas y penser ou si je m’y appesantis malgré moi. En vérité, tout est trop confus et compliqué pour que je parvienne à faire le point ou même à y réfléchir. Et je ne veux pas y réfléchir. Je ne veux pas accepter. Je ne veux pas me dire que plus jamais je ne les verrais, ne leur parlerais, ne me ferais engueuler, ne recevrais de baiser, ne les ferais sourire, ne les rendrais fiers. J’ai l’impression de me contredire à chaque fois que mon cerveau se remet en route, mais pourtant, je suis tout à fait logique et cohérente. Non ? Comme si ça avait une importance.
Et je sais pas ce qu’il en pense lui. Il doit aussi souffrir non ? Comme Sarah. Pourtant, ils sont là, à essayer de… d’être juste là. Autant Sarah, je comprends, je la connais depuis longtemps, c’était une amie à maman, sa meilleure amie même. Mais Malcom ? Ça fait pas si longtemps qu’on se connait. Ni même qu’il est dans la Meute. Ah, c’est pas que je l’aime pas. Au contraire même, je l’adore, mais moi, c’est moi, j’ai tendance à pas me poser de questions si j’apprécie quelqu’un. Mais lui, il… Non. Je sais qu’il m’aime bien. Enfin, qu’il m’aimait bien déjà avant tout ça.
Et on s’en fout au final non ? Il est là. Pour moi. C’est tout ce qui compte non ?

Et il parvient à m’arracher quelques infimes sourires, alors que je m’émerveille devant sa transformation, oblitérant momentanément le reste. Voulant juste… et pourtant, tout revient si vite, si fort, alors qu’il s’éloigne, que je pourrais croire que ce n’est pas arrivé. Mais comment pourrais-je ne pas avoir peur, alors que je viens de perdre les personnes que j’aimais le plus. Alors que je sais que j’ai malgré tout encore des personnes à perdre. Mais il revient et montre d’une prévenance étonnante et bienvenue. Et je me dis que peut-être… peut-être a-t-il besoin aussi de ça… de ne pas être seul, de me rassurer, de me consoler, ce serait réconfortant en quelque sorte, même si c’est compliqué à expliquer.

Je commence à parler sans bouger, blottie contre lui. Et je l’écoute, me concentrant sur ses paroles, voulant à nouveau retrouver cette absence de souffrance.

« Tu rivalises déjà avec sous ta forme de loup… Non ? T’es moins puissant qu’un vrai ? Enfin qu’un lycanthrope ? Parce que t’as le même gabarit quand même… et tu peux changer de forme, c’est vachement avantageux…
Mais oui… je suppose que la discrétion et la rapidité sont plus efficaces pour euh… enfin… dans ce que tu faisais… que tu fais encore ? Tu as encore des… euh… contrats ? C’est ça qu’on dit, des contrats ? Parce qu’avec le temps que tu passes à la… que tu passais avec la Meute, avec nous… ça te laisse pas tant de temps que ça. T’arrive à concilier les deux ?
Tu devais être seul avant non ? Ça te manque ? C’est pas trop avec nous... ? Avec moi…. ? Parce que je veux pas que tu te sentes obligé. Que tu sois… mal. Enfin, tu vois. »
Pourtant, je ne bouge pas, et je ne bougerais pas. Et tout ça sans respirer ou presque oui. On perd pas les bonnes habitudes…
« Et sinon ouais, ton papillon est chouette. Vraiment. J’en avais jamais vu des comme ça. Et tu crois qu’un monarque est plus grand ? Parce qu’il est quand même… » J’écarte mes mains et esquisse un petit sourire. « Super grand quoi. Et pas vraiment discret en vérité, il est trop bleu et trop beau pour passer inaperçu. »

C’est presque facile de parler d’autres choses. Même du fait que oui, il devait tuer des gens. Ou qu’il le fait encore, je sais pas trop. Et bizarrement, je m’en fous. J’ai pensé à un moment, quand j’y ai réfléchi la première fois, après qu’il nous en ait parlé, que c’était quand même un peu chaud, et peut-être pas si cool d’être pote avec un tueur à gage. Et puis je me suis rappelée de la sortie en boite, et de sa patience avec moi. Et puis, dans le fond, Niahm et Kean sont aussi dangereux que lui… étaient… ils étaient… J’inspire profondément. Tout ça pour dire, qu’au final, ça m’importe pas, ce qu’il faisait. Ce qu’il fait même encore maintenant à côté. Il est là. Pour les autres. Pour moi. Et ça me rassérène sans doute plus que ça ne devrait. Mais je l’aime bien. Alors le reste, à partir de là…
Je fronce les sourcils et les lancinements insupportables reviennent.

« Je n’étais pas seule. » Et à la seconde où les mots sortent de ma bouche, je me rends compte que je suis non seulement injuste, mais peut-être blessante. Parce que comme dit, il est là. Ils sont là. « Enfin, je… Je sais pas comment j’ai fait. J’arrive à être forte… pour les autres. Pas pour moi. Sauf que là… J’ai trop mal. J’ai trop… »

Je me redresse et lui parle. Un peu. De maman. Et de ce qui est arrivé. Mais évidemment qu’il savait. Enfin, évidemment, c’était pas évident non, mais de ce que j’avais compris, maman et lui avaient beaucoup parlé, donc… il me laisse me servir de lui comme d’un doudou géant, essayant même d’apaiser ou du moins d’adoucir ma peine. Le temps… Je secoue la tête et me redresse. Mes lèvres tremblent encore, alors je serre les dents, même si je ne m’occupe plus des larmes, qui coulent encore ou non, je sais même plus.

« J’ai peur de les voir. D’être trop… faible, d’être trop lourde à porter. Je sais. Les amis sont là pour ça, blablabla… mais… je… enfin… J’ai pas envie de paraître encore plus fragile que d’habitude. D’être encore plus…
Et puis surtout je… J’ai pas envie d’être… qu’on me traite comme une chose à protéger, comme si… c’est encore plus dur. Je sais, ça a pas vraiment de sens, mais être sans cesse entourée et choyée et protégée et… ça rend presque le reste encore plus difficile. Je sais, je te dis ça alors que je pleure dans tes bras depuis tout à l’heure, mais c’est pas pareil. Toi, tu… enfin… Tu m’as grogné dessus. Les autres le feront pas, même si je me conduis comme la pire des garces à un moment.
… Tu comprends ? »


Je suis pas certaine que personne puisse comprendre. Je suis pas certaine de comprendre moi-même.
Je le fixe.

« T’es sérieux sinon ? Tu supporterais de… vivre, même un peu, avec moi ?… De pas te nourrir uniquement de bières et de pizzas ? Même si les pizzas, ça me va.
Et les Disney sont pas pourris ! Je te montrerais Mulan ! Tu pourras dire à Lexie que Mushu est vraiment trop cool. Et Raiponce ! Et Vice-Versa ! Et Nemo ! ET Wall-E !... Et Totoro, et Chihiro, et Mononoké, et les enfants Loups, et le château ambulant, même si c’est pas des Disney ! »


Je me tais une seconde, les larmes revenant de plus belle.

« … Pas parce que je fais pitié hein ?... Pas juste parce que…
De devoir… supporter… tout ça… souvent ? T’es pas obligé je veux dire. Je… sais pas si je… j’ai tellement mal. Je sais pas comment faire Malcom. Je sais pas… je sais pas. Je sais pas. »


Et à nouveau, je retombe contre lui, sans réellement geindre ou me lamenter, les larmes coulant sans que je puisse les en empêcher, sans que je ne cherche plus pour le moment à le faire.


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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Dim 8 Mai - 16:56


Le deuil des autres a la fâcheuse tendance à me mettre mal à l’aise, quand il ne m’indiffère pas totalement. A force d’évoluer dans le sillage de la mort, j’ai pris l’habitude qu’elle puisse frapper n’importe quand, n’importe où et surtout n’importe qui. Personne n’est à l’abri de la faucheuse… Mais j’étais persuadé que les Valentyne me survivraient, simplement parce que j’étais prêt à donner ma vie pour les protéger de toutes menaces. J’ai cette amertume en bouche qui me fait prendre conscience de ma propre impuissance. Je n’ai rien pu faire pour les sauver. Et maintenant ? Reste-t-il encore quelque chose à sauver ? Quand j’observe la petite brune qui s’agrippe à mon haut, j’ai presque envie d’y croire. Qu’est-ce que je vais faire, moi, avec une gamine ? Je serais infoutu de m’en occuper, alors pourquoi je lui propose de venir chez moi au juste ? Avec la vie que je mène, c’est dangereux. Mais quelque part… Savannah est danger partout, désormais. Au moins, j’aurais moins de difficultés à la surveiller si elle rôde autour de moi.

Je cille, quand elle se décide enfin à parler. J’incline la tête avec un mince sourire. Elle sort doucement de son état catatonique. Il faut croire que, quand c’est moi qui m’épanche sur de l’inutile, c’est comme un appel subliminal à cette Savannah que j’avais appris à connaître. Plus besoin de passer un morceau de musique en boucle pour briser le silence…

- Je suis moins puissant qu’un lycanthrope, oui, et je ne régénère pas aussi vite. Mais en effet, on a l’avantage de l’effet de surprise et de la rapidité d’action. Chacun ses forces et ses faiblesses, n’est-ce pas ?

Parler de mon métier de tueur à gages avec Savannah est quand même des plus étranges. Je devrais remercier Lexie pour m’avoir fait lâcher autant d’informations, entre mes activités réelles et ma forme favorite… Mais c’est souvent ce qui arrive quand on combat ensemble, et c’est pour moi bien souvent la meilleure façon d’apprendre à se connaître. Mes amitiés les plus solides sont nées dans le sang et la confrontation après tout, John en est la preuve.

- Ouais, des contrats. J’en prenais beaucoup moins, depuis la Meute. Elle m’occupait une bonne partie de mon temps… Tu veux vraiment qu’on parle de ça ?

Je ne pouvais pas décemment lui parler de ce contrat, celui de protection envers son père, que j’avais lamentablement échoué à remplir. C’était bien trop récent, autant pour elle que pour moi… Et à vrai dire, je n’étais pas sûr d’être un jour en mesure de lui en parler, ni à qui que ce soit.

Je penche la tête avec un air vaguement interrogateur quand elle me demande si ça me manque. De jouer les tueurs ? D’être seul ?

- C’est différent, c’est tout. J’ai pris un moment à m’intégrer, toujours un peu en marge de la Meute, à force d’habitudes prises. Je peux encore m’isoler… Je n’habitais pas à Wolfheaven, tu sais. Et puis, je suis pas toujours seul. Je te rassure… Je ramènerais pas de filles chez moi si t’es dans les parages.

J’ai un sourire en coin, amusé, même si elle est exaspérante des fois… Elle craignait déjà d’être un boulet pour ses parents, elle ne va pas quand même pas me refaire la même en couleur ?

- Je t’ai invité. C’est à prendre ou à laisser.


Je suis vraiment à parler des spécificités de papillons avec elle, là ? Au moins, ça a l’air de la détendre, et je suis ses mouvements de main pour illustrer ses propos presque avec intérêt.

- Le monarque est immense, mais il est aussi capable de voler à la vitesse d’un cheval lancé au galop. Le Morpho peut faire une belle taille, ouais, et tu le verrais en mouvement, tu dirais pas la même chose. Il est très difficile à situer avec précision dans la lumière, à l’aube et au crépuscule, quand elle faiblit, il est presque invisible.

Je crois avoir encore touché un point sensible, et il était peut-être plus intelligent de continuer de parler de papillons, de licornes et autres conneries qui plaisent aux gamines, même si je suis un peu limité sur le sujet. Je préférais qu’elle évite de me pleurer dessus, même si je l’ai ramené contre mon épaule en un geste qui m’est assez peu spontané.

- Un deuil se partage, Savannah. Enfin, il paraît. Un truc de loups, ou peut-être aussi d’humains.

Je lâche un souffle ironique, alors qu’elle me sert tout un laïus pour conclure par… Quoi ? Que c’est bien si je lui ai grogné dessus alors qu’elle se sent pas bien ?

- Je m’en suis même pas rendu compte, tiens. Les réactions du loup m’échappent pas mal ces derniers temps. Il va falloir que je m’en méfie. Mais ouais… Je comprends. T’aimerais qu’on fasse simplement comme d’habitude, qu’on évite de te prendre en pitié. T’as qu’à leur expliquer, que je suis le parfait exemple tout ça…

J’ai un bref sourire, que je perds bien vite quand elle commence à m’assommer sous une série de noms de film Disney. Je lève les mains en signe de reddition. Elle s’emballe, et aussi vite… Ca retombe. J’ai l’impression qu’elle va se remettre à pleurer. Elle est encore tellement à fleur de peau que c’est compliqué à gérer, enfin… Si on a un tant soit peu d’empathie, ce qui n’est pas tellement mon cas.

- Je supporterais de vivre avec toi, mais pas sûr de me remettre de ton régime alimentaire et cinématographique. Au pire, ça me changera.

Je pose une main sur sa tête, alors qu’elle s’effondre à nouveau, lâchant une série de propos incohérents, mais qui me paraissent étrangement plus compréhensible que de l’entendre parler de Disney. Je lâche après un temps, alors que le flot de larmes reprend, doucement, plus paisible.

- Tu feras avec. T’as pas le choix. Vivre, c’est douloureux.

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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Jeu 12 Mai - 17:30

Je me perds en palabres, comme si tout allait bien. J’ai l’impression de repousser le reste en parlant autant. Sauf qu’avant je riais, et souriais en parlant. Là, j’ai l’impression d’être un automate sans vie. Les paroles et les mots viennent bien de moi, mais ma voix me parait si… neutre. Ou peut-être que je l’imagine. Je sais pas. Et je m’en fiche. Je parle, c’est déjà bien. C’est même énorme en vérité. Mais je sais que j’y arrive parce ça n’a aucune importance. Parce que ça n’a aucune conséquence de parler de son papillon, de son loup, de la force, de la vitesse. Ça ne me demande d’analyser à quel point j’ai la sensation d’avoir un couteau planté dans le cœur, ça ne me demande pas les efforts pour boire trois gorgées de lait chaud, ni rien de ce genre.
Je l’écoute, me concentrant plus que de raison sur ses paroles. J’ai pas le choix, sinon ça ne fait qu’un bruit de fond derrière des vagues de douleurs et autres joyeusetés. Sauf que la force et la régénération ne leur ont servi à rien. Mais ça, je vais pas le dire, parce que sinon je…
Je déglutis et hoche faiblement la tête.

« Plus rapide, ça c’est cool. Et changer de formes aussi… c’est trop classe… Tu peux te changer en quoi d’autres ? Lexie m’a dit qu’elle devait apprendre les animaux, pour pouvoir le faire. Toi aussi ou c’est juste parce qu’elle est jeune ? »

Et puis, je continue. Si on parle de lui, c’est bien. Et en vérité, je me posais tellement de questions. Peut-être que je finirais par avoir quelques réponses. Même si maintenant, ça n’a plus grande importance. Enfin si. Pour le connaître. Mais d’un autre côté, j’ai pas besoin d’en savoir plus sur lui. Pas vraiment. ça change rien quoi.

« Tu veux pas ? ça t’embête ? Moi j’aime bien. C’est toi. Je veux dire c’est ce que tu es. Etais. Si c’est important pour toi alors… ouais, je veux.
Et du coup, t’en avais plus, ou presque ? Parce que papa et maman… Parce qu’ils te prenaient tout ton temps ? »


Aie. Même ça, ça fait mal. Mais c’est pas grave. Ça… Je…. Je respire, lentement. Et ferme les yeux, toujours contre lui. C’est vraiment con hein. Mais je me sens en sécurité avec lui. Enfin, non, c’est pas con. Mais quand tu penses que c’est un mec qui en tuait d’autres pour de la tune… ça devrait me faire flipper. Enfin, y a un tas de choses qui devraient me faire peur et qui ne le font pas. Donc bon…
Je souffle un rire sans m’en apercevoir.

« Oui, c’est lourd parfois d’être au milieu de la Meute. Ils sont super gentils, et c’est pas volontaire, mais ils sont si… étouffants. » Et je bloque. « Etait. C’était. » Je secoue la tête. Change de sujet, hop. « J’irais chez Sarah. Ou Lexie, jsuis sûre qu’elle sera contente… Histoire que tu puisses passer des nuits sans dormir… »

Ouais, bon, je me fous un peu de lui. Mais c’est lui qui m’avait sorti ça, la première fois qu’on s’était vraiment parlé. Un truc genre… « La nuit... Quand je dors pas, je baise. » ou à peu près… Super classe ouais.
Ma main se resserre sur son pull.

« Je prends. »

Tant pis pour lui s’il regrette après, ce sera pas faute de l’avoir prévenu… En même temps, vu mon état, je sais pas trop comment ça va se passer non plus. Et puis, si on arrive à parler de trucs superficiels, comme genre là, les papillons, c’est déjà ça, non ?

« Ah. Il faudra que tu me montres. Au crépuscule. Ce que ça donne.
Mais j’ai quand même l’impression qu’il est plus grand… y en avait beaucoup, là où je vivais avec mon père… Pas Hayden, mon vrai… Enfin, mon père biologique, Clayton… Bref. Des monarques, y en avait. On les voyait passer tous les ans, quand ils allaient au nord… »


C’est con les trucs dont on se souvient quand même. Je me souviens même qu’un coup, j’en ai eu peur tellement y en avait et j’avais été me réfugier dans les bras de…
Quel que soit le sujet, quelle que soit la manière, forcément que ça reste et ne s’en va pas. Et si durant une demi-seconde, je n’y pense plus, j’ai l’impression que ça revient plus fort, comme pour m’interdire de penser à autre chose. Enfin, ce n’est pas non plus comme si je pouvais réellement, penser à autre chose…
Je relève un peu la tête et le regarde.

« Il parait ? Je sais pas. C’est tellement… trop.
Et toi ? Il parait, ça veut dire que toi, tu gardes tout pour toi ? Je sais que tu tenais à eux aussi. Je devrais pas… Enfin tu… vous… »


Et puis tant pis. Si je le faisais chier ou si c’était de trop, il me le dirait non ? Pourtant… pourtant, je m’en veux malgré tout, au milieu de tout ça, d’en rajouter. Enfin, vaguement quoi.
Je hoche la tête pour confirmer quand il parle du loup. Oui, il m’a grogné dessus.

« Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Et leur dire de faire comme toi, c’est pas une bonne idée. T’es pas forcément un super exemple. » J’esquisse un sourire, sans bouger.
« C’est encore plus dur. Quand les gens sont trop gentils. Parce que tu te sens coupable. Parce que tu voudrais, mais tu peux pas. Parce qu’ils veulent juste prendre soin de toi, mais que c’est juste insupportable. J’ai détesté Hayden pour ça au début tu sais. Quand je suis revenue avec maman, il était tellement… adorable. J’ai été une vraie peste avec lui. Avec eux. Mais il a toujours été là quand même… Et je lui ai jamais dit. Même quand il m’a adopté. Que pour moi c’était devenu papa. C’est nul hein ? De s’en vouloir pour ça. Je sais bien qu’il le savait. Comme maman, même si on s’engueulait. Elle sait bien… elle savait bien… »

Je ferme les yeux et inspire, avant de me redresser pour le regarder, changeant de sujet. Parce que les dessins animés, c’est cool. Et je crois que je le saoule à parler de ça, enfin, pas méchamment, mais…

« Mon régime alimentaire consiste en des chips, m&m’s, pizzas et glaces si je m’écoute… c’est pas si dur à suivre… Et on fera des poses avec des trucs genre Terminator, ou Jurassic World, ou Deadpool. Ce sera cool. »

Et ça dure pas assez longtemps, parce que j’arrive pas, j’arrive plus, à contenir. Les larmes reviennent, encore et toujours. Je me laisse à nouveau aller. Et je sais pas si ce que je dis à un sens. Mais je m’en fous pas mal en vrai. J’arrive pas à arrêter de pleurer. Et il me garde contre lui, c’est que je peux pas vrai ? J’ai le droit hein ?
Je m’accroche encore plus à lui alors qu’il reprend la parole. Et si je veux pas ? Si c’est trop dur ? Si j’y arrive pas ? Mais je sais qu’il a raison. Je ferais avec. Je crois. Peut-être.

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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Sam 21 Mai - 23:14


Je marque un silence, à peine de quelques secondes. Je me rends compte qu'elle essaie vraiment de se changer les idées, de se focaliser sur autre chose en me questionnant de la sorte sur tout et rien. Je n'ai pas la moindre idée de comment faire pour qu'elle se sente mieux, et je ne comprends pas tellement pourquoi ça me préoccupe vraiment. J'essaie peut-être simplement de me raccrocher à quelque chose, à un semblant de Valentyne comme pour défendre ce qu'ils ont chéris jusqu'à leur dernier souffle. Leur fille. Je ne sais pas. Ce n'est qu'une gamine perdue qui a déjà bien trop vécu, qui s'attache pour tout perdre, qui se brise... Mais pour mieux se relever. Je crois en elle, d'une certaine façon. Je sais qu'elle arrivera encore à surmonter cette douleur, parce qu'elle l'a déjà fait. Je ne sais pas si elle a réellement besoin de moi, et si j'en serais heureux ou accablé. J'ai du mal à comprendre où j'en suis, après que tout se soit ébranlé. L'envie me prend, violente, de repartir à Londres pour ne plus me retourner, de retrouver cette autre famille qui m'importait, moins idéale, moins sauvage aussi. Mon père m'accueillerait avec soulagement à me voir revenir au bercail, lui qui n'appréciait pas tellement que je m'attache autant aux chiens galeux, comme il les appelait. Pour autant, ce n'est pas lui qui aurait cherché à les tuer pour me faire revenir. Parce qu'il le sait très bien. Moi aussi, je peux encore me briser. Alors ma propre existence ne m'intéresserait plus. Il n'y a que cet esprit de vengeance qui annihile tout. Mais Savannah ? Elle est encore là, et me force à rebrousser chemin avant d'atteindre ce point de non-retour. C'est peut-être moi qui ai le plus besoin d'elle.

Je parle d'une voix basse, presque douce, alors qu'on se sort l'un l'autre de notre torpeur, en parlant de choses si insignifiantes... Comme au premier jour où je l'ai rencontré.

- Ma première forme fut celle du papillon. Tu sais... Pendant très longtemps, j'ai cru qu'il n'en existait aucune autre, et que j'étais unique en mon genre. Ca m'a fait drôle quand on m'a ri au nez en m'apprenant l'inverse, quand mon père m'a trouvé et élevé. Il m'a appris à revêtir d'autres formes, plus violentes, pour servir dans ma profession. Le loup... Je le tiens d'un vieil ami, de combats dans l'arène. Au début, je me transformais en chien, un mastiff noir, pour remporter mes combats. On cherchait plus, et j'ai vu ce loup dans une réserve. Je cherchais l'alpha, le plus fort, le meilleur, pour le prendre comme modèle... Le plus féroce aussi. Les formes sont parfois difficiles à maîtriser, et ça m'a pris du temps. Vingt ans, et ça m'arrive encore de me faire surprendre. D'autres ? Oui. J'ai appris la forme du puma. Rapide, vif, silencieux... Il fait des bons prodigieux, et tue d'un coup sec pour briser la nuque. La tenue parfaite de l'assassin en somme. Et ensuite, le serpent, pour entraver des adversaires sans les tuer directement. Je la maîtrise difficilement, mais pas autant que le cheval, celle-là, j'ai jamais vraiment réussi.

J'hausse les épaules, et lâche un bref rire.

- T'as le listing de tout ce que j'ai testé en bien trente années ! Et ouais, ça ne change pas, tous les métamorphes doivent passer par cette phase d'analyse de l'animal... On "copie" des apparences. On n'invente rien. On est un peu comme des voleurs, finalement, parce qu'une partie de l'animal vient avec nous, son instinct, ou un semblant de subconscient, pour ce que j'en sais... Quelque chose qui arrive à survivre, après cet emprunt, de l'original. Avec les années, on apprend seulement à multiplier les formes et mieux les maîtriser, à condition de se donner à fond dans la métamorphose. T'aurais pu être louve, Savannah, à changer de forme aussi, mais là c'est de la cohabitation permanente homme et loup, quand nous, on est parfaitement humain.

Je ne sais pas pourquoi je lui en parle. C'est une mauvaise idée à lui mettre en tête, mais ce pourrait être aussi une béquille pour elle, à condition qu'elle survive à la morsure. Elle pourrait être une louve d'exception, et ce que ses parents ne lui auraient jamais permis m'indiffèrent quelque peu. C'est son choix, sa vie. Elle est toute seule pour décider de ce qu'elle compte en faire maintenant. Chercher à rester elle-même malgré les épreuves... Ou partir en quête d'autre chose, de semblable et différent d'eux.

Je l'observe un temps, alors qu'elle me confie apprécier quand je parle de moi, même si ça signifie parler de mes activités de tueur à gages. Elle est étrange, cette fille... Et pourtant, ça me fait quelque chose, de l'entendre le dire. Une acceptation totale. Je ne l'ai vécu que rarement, habitué au rejet. Tout ce qui l'importe, c'est ce qui m'importe. Je reste coi à l'écouter. Merde, cette fille est un véritable trésor caché.

- Ca m'embête seulement pour toi. La meute... me prenait du temps, oui.

J'ai cette expression de douleur au visage. Je crois que c'est de la culpabilité, bien un sentiment que je n'ai pas l'habitude de ressentir. Je n'ai pas envie de lui parler de mes raisons, à quoi j'occupais tout ce temps si ce n'était à mes contrats. Je porte une main à mes tempes et ferme les yeux pour m'inciter au calme. Je les ai laissé crever, merde. J'ai échoué à ma mission, celle que je suis désormais le seul à connaître. C'est un poids dur à porter, mais ce n'est certainement pas elle dont je dois l'en infliger. Pourquoi me parlent-elles de ses parents en plus, après tout ce qu'il vient de se passer... Revenir sur le sujet est une très mauvaise idée.

Elle change de sujet. Peut-être qu'elle a remarqué quelque chose, finalement. Je lui rends un bref sourire, à sa boutade. Je sais très bien à quoi elle fait allusion.

- T'en fais pas, je fais ça dehors en général. Tu risques plus de voir revenir un tas au petit matin.

Et malgré tout, elle accepte l'invitation. Je pose ma main sur sa tête et lui ébouriffe les cheveux dans un geste fraternel. Putain que ça va être compliqué à gérer... Mais pourtant, ça me fait plaisir. On verra combien de temps elle aura envie de rester avant de se barrer en courant chez Sarah.

- Le morpho est bien plus petit qu'un monarque. Je te montrerais, c'est pas pour rien que le symbole de l'illusion est bien souvent un papillon... Bleu.

Pourquoi elle me parle de son père biologique maintenant ? On dirait qu'elle aime bien retourner le couteau dans la plaie. Je ne préfère pas faire de commentaires à ce propos, et parler seulement de la couleur des papillons comme de la pluie et du beau temps. Ca va lui passer, même si ça prend du temps. Il faut qu'elle arrête de tourner comme un vieux disque rayé, sur les mêmes tourments.

J'hausse les épaules, quand on aborde un sujet plus personnel, à savoir comment gérer un deuil.

- J'en sais rien. Je le gères pas vraiment. Je suppose... Ca doit dépendre de chacun.

Oui. Je devais aussi tenir à eux, à ma manière. J'ai eu l'occasion de connaître Isadora bien plus personnellement qu'Hayden, mais les deux manquent cruellement, comme un équilibre qui s'écroule, à peine après qu'on l'ait trouvé. Je préfère penser à la cause perdue, plutôt qu'aux personnes, parce que c'est encore pire. Je n'aime pas m'apitoyer. Les regrets vous rendent faibles, et je ne peux pas me permettre des élans de faiblesse, surtout pas maintenant, ou pas comme ça.

J'ai un sourire en coin quand elle me sort sans ambages que je suis loin d'être un exemple. Au moins, elle reste lucide. Je le perds quand elle me parle plus personnellement de ses parents, encore, de ses regrets envers Hayden.

- Savannah... Il le savait déjà. Ce n'est pas quelqu'un qui avait besoin qu'on lui dise les choses pour les savoir. Il ne t'aurait pas adopté s'il en avait douté.

J'ai du mal à la suivre des fois. On dirait qu'elle fait des rechutes, se plonge dans sa peine avant de s'en extraire violemment pour parler de sujets plus superficiels.

- Voilà un régime alimentaire qui n'est pas très éloigné du mien, les bières en plus. On va bien s'entendre.

Je souffle, un rien amusé.

- J'ai une tête à me taper du Terminator et du Deadpool, c'est ça que tu veux dire ?

Je ne m'attends pas à une réponse, et quand elle se remet à pleurer, sans plus rien dire... Je me contente de me murer à nouveau dans le silence en lui prêtant mon épaule. Il y a rien de plus à faire. Elle ne me répond plus, et après de longues minutes ainsi, je finis par passer un bras sous ses jambes pour la porter, sans changer sa position. Je crois qu'elle a vraiment besoin de changer d'air, et mon appartement à cet avantage sur Sarah et sa maison : Elle entre en terrain inconnu, où rien ne sera là pour lui rappeler sa perte, sauf peut-être moi-même. Ca lui fera du bien, le temps qu'il faudra, et il me sera plus aisé de la protéger depuis une de mes caches. Indéniablement.
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Mar 24 Mai - 15:06

Je l’écoute. Je me concentre et me focalise sur sa voix et ses paroles. C’est toujours présent en arrière-plan, ça le sera toujours, lancinant, douloureux, intolérable et écrasant. Et si j’y réfléchis de trop, ça me submergera encore. Sauf qu’à un moment, je pourrais plus me relever. Je sais bien qu’il faudra y faire face totalement à un moment où à un autre. Mais je suis pas certaine d’y arriver. Alors pour le moment, je me contente de l’écouter tandis qu’il me répond doucement.
Je souris légèrement en l’écoutant, même si dans un sens, je le plains. Mais ça, même en temps normal, je lui dirais pas, je crois. Parce qu’après tout, il s’en est sorti, et il est plutôt cool malgré tout ça. Mais ça a dû être tellement dur. Il a dû se sentir tellement seul parfois. Ou alors c’est juste parce que moi j’ai pas l’habitude d’être vraiment seule et que j’ai eu une enfance heureuse… enfin, je me comprends.

« Mais… normalement tes parents devaient être des métas aussi non ? Enfin, c’est comme ça que ça marche… Ils… enfin, comment tu pouvais pas savoir ? Que t’étais pas le seul ?
Ça doit être difficile de passer du papillon, si petit et léger, à un chien, non ? C’est pas vraiment le même genre et le même but… Tu faisais des combats de chiens ?? Sans déconner ?? »
Je fronce légèrement les sourcils. Comment il a pu… Enfin, il était jeune non ? Comment on peut faire faire ça ? Pourquoi il a accepté ?… Ma main se resserre un peu sur lui. Je secoue légèrement la tête et reprends. « J’aimerais bien voir le puma, c’est classe aussi. Plus rapide que le loup ? Le serpent je m’en passerais, j’aime pas.
Papillon. Chien. Loup. Puma. Serpent… »
Je me redresse légèrement pour le regarder, les yeux étonnés, une esquisse de sourire aux lèvres. « Cheval ? Je croyais que tu savais pas faire du tout ? »

Je me réinstalle, en hochant la tête. Oui, copier, il m’avait déjà dit. Pas de licorne du coup. C’est con, j’aurais bien aimé. Et c’est pour ça que Lexie a peur de manger quelqu’un ? Parce qu’ils copient aussi un bout du caractère, de l’instinct ? ça doit être… lourd. S’il faut des années, elle est pas prête à en sortir…
Je me fige légèrement quand il parle de louve. J’aurais pu… J’y ai pensé. Souvent. Que ce serait plus facile. Que je me sentirais moins mise à l’écart. Moins protégée, moins inutile, moins différente de ceux que j’aimais. Mais j’en ai jamais vraiment parlé, maman, et Hayden, étaient déjà suffisamment sur les nerfs quand on en parlait même vaguement. Et puis… y a toujours un risque que je ne survive pas. Et je… j’avais pas envie de mourir. Et maintenant ? Je sais pas. Le doute revient, s’installe et à nouveau, je me demande. Je sais pas. Est-ce que j’aurais moins mal à terme ? Moins peur ? Si je meurs pas…

« J’avais oublié que t’étais aussi vieux…
Donc vous copiez, vous volez, pas de licorne ou de dragon j’ai pigé. Et la partie de l’animal… l’instinct ou le subconscient comme tu dis… que vous copiez, c’est celui de l’animal en question ? Je veux dire si tu copies un loup pas net, tu le deviens aussi ? Non, je dis pas ça pour toi… »


Je souris un peu et poursuis un ton plus bas sans m’en rendre compte.

« Je peux toujours. Etre louve. Enfin… si je survis, blablabla… J'y ai pensé, souvent. Mais… ils voulaient pas. Et… j’ai jamais… » Je hausse doucement les épaules. « C’était pour être avec eux. Que j’y pensais. Pour être plus forte. Pour qu’ils arrêtent de s’inquiéter. Pour ne pas être… différente… Maintenant… Je… »

Maintenant, c’est plus vraiment utile, pas vrai ? Pourtant il n’y aurait personne pour vraiment pouvoir me l’interdire maintenant… Et je me suis déjà posée toutes les questions possibles et inimaginables à ce sujet. Et j’ai pas trop envie de réfléchir là. Pas aux loups.
Je préfère parler des métas, de Lexie, de lui. Même si ça a l’air de le surprendre. C’est pas non plus comme si genre il comptait pas pour moi. Ou alors il est un peu con de pas s’en être rendu compte. Je souris un peu quand il répond, et la réponse sort toute seule.

« T’es un peu con alors oui… Si je voulais pas savoir, je demanderais pas. Si ça me faisait chier, pareil. » Je me redresse et le regarde, et mon sourire s’évanouit. Je fronce les sourcils en le voyant, et ma main frôle sa joue. « Malcom ? J’ai dit quelque chose qui fallait pas ? »

Oui, je m’inquiète. Non, j’ai pas envie de faire de conneries. Et c’est toujours mieux que m’appesantir sur moi. Je cligne des yeux, parce que bon, là, pleurer pour ça, faut quand même pas pousser hein.
J’ai pas demander un truc incroyable pourtant ? Si ? Je sais pas. Mais j’aime bien quand il parle de lui. Ça m’évite de penser à moi. A papa, à maman, aux jumeaux, à la Meute, à tout. Et puis, il a eu une vie plutôt euh… atypique. C’est ça qu’on dit hein ? Enfin, il m’en a déjà dit pas mal là en vérité.

Je déglutis, et enchaine, revenant à un truc plus léger, plus idiot. Je retrouve un léger sourire à sa réponse. Ça me dérange moins ça. Même si au final, je suis pas certaine de savoir passer une nuit seule. Enfin, pas à dormir du moins. Mais c’est pas grave ça. Ça me va bien quand même. Et à lui aussi on dirait, même si j’ai pas la force de râler quand il me décoiffe. Et je suis contente de revenir sur les papillons, c’est chouette les papillons. Je hoche la tête.

« Oui, tu me montreras… Ce soir ? »

Oui, ce serait bien. Ça m’occuperait. Enfin si je vais avec lui, ça m’occupera déjà de changer d’endroits non ? On verra bien. Je serais pas chiante. Pas trop. J’essayerais. Essayer c’est difficile déjà. Je le regarde, comme s’il pouvait m’apporter une réponse, alors qu’objectivement, il doit pas être super bien placé pour ça. Faudrait plus que j’en parle avec Sarah. Mais Sarah me rappelle trop maman… Je me blottis à nouveau contre lui.

« Oui chacun doit avoir sa manière… ça m’aide pas ça tu sais ? »

J’essaie de sourire, même si j’ai plus de mal là, sur le moment. Mais il le voit pas, donc c’est pas grave. Pis c’est pas comme si je faisais vraiment attention à mes réactions ou à mes paroles avec lui… La preuve, je repars dans un monologue, accès autour de moi et des parents. Youpi. Je le fais pas exprès pourtant. Mais c’est juste… J’inspire. Je hoche la tête, plus par réflexe que par conviction. Il a raison malgré tout, et je le sais bien. Mais je m’en veux quand même. Tout en sachant que c’est une mauvaise idée, parce que ça va me faire plus de mal qu’autre chose. Mais j’aurais dû lui dire. Leur dire. J’aurais dû…

« Je sais. Je crois. Mais je… »


Non rien. Ça fait trop mal. Je respire pour ne pas suffoquer. Les sujets idiots sont plus faciles, j’arrête pas de le dire, ça touche rien, c’est sans conséquences.
Je parviens à sourire un peu en le regardant.

« Evidemment qu’on va bien s’entendre. C’est déjà le cas. Non ? »
Sisi, c’est une question rhétorique. Je crois. J’acquiesce. « Oui, enfin t’as plus une tête à apprécier ça que les Disneys. Après, à part les films historiques, je suis pas difficile moi. »

Non même pas peur de penser aux soirées plateau télé avec Hayden. Tout va bien. Tout… non. Ça va pas. Du tout. La douleur m’écrase. Et les quelques minutes de répit gagnées sont noyées dans les larmes. Je m’accroche à lui comme si j’allais vraiment couler. Et c’est peut-être le cas. Mais il est là lui. Je sais pas vraiment combien de temps je reste contre lui. Les larmes ralentissent, même si la souffrance elle ne s’amoindrit pas le moins du monde. Et je ne réagis pas quand il bouge, me contentant de rester contre lui.
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Dim 5 Juin - 2:43


Je sais qu'elle essaie, autant qu'elle le peut, d'oublier ne serait-ce qu'un instant sa peine et sa douleur. Savannah ne le voit pas, qu'elle fait déjà preuve d'une force considérable pour surmonter cette épreuve... Certains auraient déjà été terrassés par leurs émotions, incapable de dévier la trajectoire de leur pensée, irrécupérable. Je n'ai pas besoin de m'inquiéter pour elle, parce qu'elle se relèvera, encore une fois. Mes seules craintes sont qu'une adolescente se mette en fâcheuse position, en prenant moins conscience du danger, aveuglée comme elle l'est. Je parlerais de cette offre d'hébergement à Sarah. Ca ne durera qu'un temps, mais suffisant pour que je garde un œil sur elle en permanence, comme je le faisais auparavant pour son père. Pour le moment, mon planning ne risque pas d'être beaucoup affecté par ce changement. On verra plus tard si le reste de la Meute m'accapare plus que prévu, ou si on a enfin des pistes solides pour que je me mette en chasse et cesse de tourner comme un fauve en cage.

Je ne sais pas pourquoi je lui parle subitement autant de moi. Bien sûr, pour éviter qu'elle ne s'apitoie sur elle-même et se concentre sur ses propres souvenirs, mais je n'en ai pas beaucoup d'heureux pour farcir sa petite tête de gamine... Enfin, d'heureux dans son langage à elle. Je devrais éviter de lui parler d'assassinats.

- Ma mère était une métamorphe, mais elle ne m'a rien appris sur eux. Je ne l'ai jamais vu se transformer, même quand elle prenait des coups. Alors quand j'ai pris mon envol dès que des ailes m'ont poussées dans le dos...

J'hausse les épaules.

- Je ne me suis pas retourné. J'ai simplement compris pourquoi mon géniteur nous traitait constamment de monstres, mais ça ne m'a pas donné envie d'en savoir davantage, bien au contraire.


Cette longue période d'errance m'a aidé à relativiser. Il ne m'est jamais venu à l'esprit de revenir dans le foyer familial pour le tuer, alors même que la mort était mon métier. Je me prouve sans arrêt qu'il ne mérite pas mon attention simplement parce que je le laisse vivre, tout comme ma mère, que je ne cherche pas à délivrer de son tourment. Je crois que, depuis toutes ces années, elle est encore là-bas. Je me demande si elle prend encore son envol pour de nouveaux horizons, comme avec les Blaszak, pour toujours mieux revenir...

Je cille, et m'extirpe de mes pensées quand elle commence à me poser des questions plus techniques. Je lui rends un mince sourire en retour. Pourquoi s'interroge-t-elle autant sur ma vie et mes compétences plutôt que de prendre ses jambes à son cou ? Elle ne cherche même pas à se détacher de mon épaule, à me renvoyer cette expression d'horreur qui me donne envie de me mettre en chasse. C'est presque dérangeant pour moi de me sentir aussi apaisé en sa présence, aussi vulnérable.

- Je ne sais pas. Le papillon, c'est intuitif. Les autres formes... Je me suis donné de la peine pour les acquérir. Le seul point qui m'a pris beaucoup de temps, c'est d'apprendre de passer de l'une à l'autre, mais ça a toujours été plus simple vers le papillon.

Je baisse le regard quand sa main se resserre sur moi, trahissant son inquiétude presque touchante en apprenant cette vieille histoire de combat dans une arène.

- C'est du passé. J'ai arrêté... Les clébards, ça va un temps.

J'évite de lui dire que les combats de chiens ont fini par me lasser, et que ma dernière expérience dans l'arène a mis un point final à cette comédie. Je n'avais plus envie de retourner là-dedans après pareille trahison, et puis... J'ai trouvé quelque chose qui m'intéressait plus : La traque, le meurtre. Au final, ma nouvelle proie était l'humain. Comme tout animal, dès que l'instinct est biaisé, tout devient nettement plus aisé. J'ai commencé à tuer. J'en ai redemandé.

- Le loup est incroyablement endurant. Le puma a l'agilité pour lui, disons...


J'ai un sourire en coin quand elle relève cette histoire de cheval.

- J'ai essayé, mais ça n'a pas été très concluant. Je suis pas un carnivore dans l'âme. C'est difficile à expliquer. Certains de la Meute se basaient sur les lycanthropes pour revêtir une forme lupine, afin d'avoir quelque chose de plus proche de l'humain, plus contrôlable. Si on se base sur un alpha, d'une meute sauvage, le rendu est différent. Mais si tu te poses la question, ce n'est pas mon loup qui est malsain, ça, c'est juste moi.

Je ne sais pas si c'était pertinent de lui parler de ce changement en louve, et je doute en effet que ses parents approuveraient. Ils ne sont plus là, et c'est un choix qui lui appartient pleinement.

- T'as le temps de réfléchir, la Meute doit déjà se reformer. C'est toi qui voit, Savannah. Ca ne changera rien pour moi, mais uniquement pour toi.

Mieux vaut éviter d'en parler dans l'immédiat, car elle n'est pas prête à le devenir, ni la Meute à la recevoir si elle survit à cette transformation. Je ne peux pas m'empêcher de songer à nouveau à ses parents, à ce contrat de protection, quand elle me demande si la Meute me prenait du temps. Elle m'extirpe de mes pensées de cette main qui frôle ma joue, me forçant à revenir à elle. Je ne suis même pas rendu compte... J'ai dû tirer une de ces têtes, subitement. Je me force à sourire en attrapant sa main pour la retirer.

- C'est rien, oublie. J'étais simplement perdu dans mes pensées, ça n'a rien à voir avec toi. La Meute reste ma priorité, d'accord ? Et tu en fais toujours partie à mes yeux.

C'est plus évident de revenir vers des sujets légers, même si ça ne dure jamais. Je me contente d'hocher la tête, quand elle me demande de lui montrer le papillon dans la pénombre. Tout ce qu'elle voudra... Mais j'aurais mieux valu m'en contenter, plutôt que de lui parler de ce que je ne connais pas. J'ai une légère grimace quand elle me signale que ça ne l'aide pas, ce que je lui dis. En effet, mieux vaut éviter de parler de deuil, des regrets, d'autant de choses qui parasitent la pensée dans l'immédiat.

- Laisse-toi le temps. On regarde ce que tu veux à la télé, et oui... On s'entend bien. Je serais là, t'en fais pas.

J'ai l'impression que mes paroles sonnent creuses, tellement il m'est peu habituel de chercher à réconforter quelqu'un. Savannah réussit toujours des miracles, mais elle reste humaine... Et la douleur l'assaille à nouveau, l'accable si bien qu'elle la terrasse de fatigue. J'attends qu'elle se calme, sans bouger, une main portée à sa nuque qui plaque sa chevelure d'ébène dans son dos. J'attends, jusqu'à ce que ses épaules cessent de s'agiter et qu'elle ferme les yeux, et encore au-delà. J'ai le visage fermé, l'expression sombre, quand je passe une main sous ses genoux pour la porter jusqu'à son lit à l'étage. Je prends le temps de lui retirer ses chaussures et de lui passer la couverture, autant de gestes que je n'ai pas l'habitude de faire, et qui incomberaient certainement à ses parents en temps normal. Je m'assois à même le sol pour l'observer dormir un temps, jusqu'à ce que j'aperçoive Sarah dans l'embrasure de la porte qui nous regarde tous les deux. Elle me rend un sourire triste avant de s'éclipser, bienveillante mais en retrait. Je la suis, après un temps, refermant la porte derrière moi. Il est nécessaire que nous ayons une courte conversation à voix basse. Sarah comprend et l'accepte.

Demain, Savannah partira avec moi.
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MessageSujet: Re: Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]   Lun 27 Juin - 11:24

Une partie de moi sait en l’écoutant que j’ai eu de la chance. J’ai eu des parents aimants, des gens sur qui compter, sur qui m’appuyer, des personnes à aimer et avec qui j’ai pu me sentir en sécurité, à ma place. Même si, en toute honnêteté, je risque pas de l’écouter de sitôt cette voix-là, parce qu’il faut pas se leurrer, j’ai bien trop mal pour réussir à me convaincre d’un truc positif. Le manque, la peine, l’incompréhension, la colère, trop de choses qui se superposent et m’empêchent d’être lucide, même si je le voulais. Et je le veux pas, j’ai le droit d’être égoïste là non ? De m’apitoyer un peu sur moi. Même si en réalité, c’est une mauvaise idée je sais. C’est sans doute pour ça que je lui demande de me parler de lui. Si je me focalise sur autre chose, sur lui, c’est plus facile. Et puis, autant en profiter tant qu’il me parle pas vrai ?
Je fronce les sourcils. Oh. Merde. Je vais éviter de poser toutes les questions qui viennent ou de dire tout ce que je pense, ce serait pas top, ni approprié.

« Je suis désolée… pour tes parents… pour toi.
Et tu le sais maintenant ? Que t’es pas un monstre je veux dire ? »
Je reste contre lui. « Il avait tort. Moi, je vous adore, Lexie et toi. Vraiment. »

Faut avouer que j’ai jamais cherché à comprendre ou à réfléchir au pourquoi du comment. Je m’en fous. Ils sont cools, ils sont adorables, point. Ce qu’il fait à côté, honnêtement, ça n’a pas vraiment d’importance. Il a fait ce qu’il devait pour survivre non ? Et puis, même si… même s’il est doué pour ça… pour tuer… avec moi, il a toujours été gentil. Alors que je suis chiante parfois. Ça veut bien dire que c’est pas quelqu’un de… mauvais. Non ? Et puis ouais, je m’en fous. Il est là. C’est tout.
Je hoche la tête, esquissant un sourire, comme si je comprenais. Enfin, dans un sens je comprends oui que sa forme d’origine soit la plus facile et que ce soit compliqué de passer d’une forme à l’autre. Mais… bah, ça reste difficile à imaginer. De pouvoir faire ça. Même si ça doit être trop cool. Et je ne relève pas plus quand il dit qu’il a arrêté les combats de chiens. Parce que le ‘ça va un temps’, ça veut bien dire ce que ça veut dire. Et je sais que je devrais être choquée, horrifiée, que sais-je encore, de tout ça. Mais la vérité est que ça ne m’importe pas.
Je lui souris, sincèrement, vraiment, quand il parle du cheval. Il a essayé. Pour moi ? Vous savez quoi ? Je pense que ouais. Quand je disais qu’il était gentil avec moi.

« Non, je me pose pas la question. C’est pas le genre de chose que je me demande. Et puis, je le sais déjà. Et tu l’es pas. »

Après tout, je sais que maman et papa étaient tout aussi extrême que lui lorsque c’était nécessaire non ? Pour protéger la Meute. Les petits. Moi. Merde. Pleure pas. L’angoisse me serre la gorge, m’empêchant de parler sans avoir l’air pathétique, alors je me contente de hocher la tête. Etre louve… Quel intérêt maintenant ? Si, y en aurait pas mal, mais… ouais, j’ai le temps…
Je fronce les sourcils alors qu’il retire ma main, devant ce sourire factice. Mais à me complaire dans ma douleur et mon malheur, je pourrais oublier que je ne suis pas la seule à avoir subi… à avoir perdu… Alors je fais la seule chose que je peux, là maintenant de suite, je me redresse un peu, et dépose un bisou sur sa joue, avant de me réinstaller contre lui.

« C’est bien que tu sois là. Pour la Meute. Et pour moi… »

Il s’en rend compte, pas vrai ? Qu’il est important ? Pour eux. Et pour moi… Peut-être que je lui en demande trop. Peut-être que je me rattache trop à lui, essayant de ne pas être balayée par tout ça. Non, il serait pas venu me voir sinon. Il me parlerait pas autant de lui. Il me parlerait pas autant tout court et me sortirait que je suis trop pipelette ou un truc du genre. Il essayerait pas de me faire aller mieux, parce que c’est ce qu’il cherche à faire non ? Enfin, il essaie de m’aider à ne pas sombrer je crois. A ne pas me laisser étouffer. Et même avec lui. Même avec Lexie. Sarah. Eilih. Même avec eux, je sais pas si je pourrais y arriver. Parce que j’y songe plus de 10 secondes, j’ai tellement mal que je ne parviens plus à respirer ou à être cohérente. Si je ferme les yeux, je revoie leur visage, et la seconde qui suit, je me rappelle que je ne les verrais plus jamais. Aucun. Et c’est trop. Beaucoup trop. Comment je pourrais me relever ? M’en sortir indemne ? Ou même si je l’étais pas, indemne, même en étant altérée, mutilée, dans le genre, comment je pourrais ? Et je leur dis pas, mais leur présence m’aide. Ils doivent le savoir non ? Et comment je pourrais leur dire que je m’en sens pas capable ? Comment je pourrais lui dire à lui qui est là pour moi malgré tout ça que j’ai trop mal pour parvenir à songer réellement que je pourrais à nouveau être bien, à défaut d’être heureuse ? Que malgré sa présence…

Pourtant… Pourtant, ses paroles me font du bien. Et je le crois sur parole quand il me dit qu’il sera là, je songe même pas à remettre en question ce qu’il dit. J’ai jamais su si c’était bien ou mal de faire autant confiance. Mais le fait est que je me blottis contre lui, serrant son pull entre mes doigts, oubliant momentanément ce qui nous entoure. Parce qu’il est là. Et c’est bien parce qu’il est là que je me laisse autant aller. Parce qu’il ne me jugera pas. Parce qu’il me protégera. Parce qu’il se contentera de rester avec moi. Un mélange de tout ça. Et les larmes coulent sans que je veuille ou cherche à les stopper cette fois-ci. Amenant avec elles la fatigue et la lassitude. Je voulais pas dormir. Je veux toujours pas d’ailleurs. J’ai pas le droit. Si je dors, je… Je sais pas trop. Mais j’ai trop mal, j’ai trop choses qui tournent, trop d’angoisses, trop de….
Malgré tout, je ne bouge pas. Et sa présence me rassure. Et les dernières heures me rattrapent et je finis par fermer les yeux, harassée.

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Notre salut et notre perte sont en nous-mêmes. [Livre III - Terminé]
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