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On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]
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MessageSujet: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 9 Juil - 16:43

    Arrivé devant sa demeure, je marquais un temps d'arrêt, levant le regard. J'avais l'impression que finalement, tout m'avait conduit à ce moment précis. Toutes ces décennies, ces siècles, à la fuir... Pour mieux revenir entre ses griffes. Il s'était écoulé une paire de semaines avant que je ne me décide à la retrouver. Il s'était passé pas mal de choses... Si elle avait tout bouleversé du point de vue personnel, il y avait eu beaucoup de changements du point de vue professionnel également. Julien était tombé en disgrâce et je m'étais vu confier l'honneur de le remplacer à la tête des soldats de la reine. Une sacrée charge. Je n'avais eu que peu de temps pour mes propres états d'âme et pourtant, quand je me retrouvais seul, Scylla hantait mes pensées... Aussi fortement que quand j'étais humain, ignorant de ce qu'elle était et totalement hypnotisé par son charisme et sa beauté.

    Désormais, je savais à qui j'avais à faire. Et cela ne m'empêchait pourtant pas de foncer t^te baissée dans les ennuis. Je tentais de me convaincre que de toutes façons, Scylla ne renoncerait pas à moi. Elle avait le pouvoir de me plier à sa volonté. Elle n'en avait jamais sué et j'avais toujours compté sur le fait qu'elle me perdrait si elle le faisait, mais elle avait ébranlé mes certitude en me menaçant ouvertement. J'avais de grosses responsabilités envers Krystel désormais et je ne pouvais pas négliger le rôle que pouvait jouer Scylla dans ma vie. Que je le veuille ou non, elle était revenue. Lui tourner le dos maintenant, revenait à la rendre incontrôlable. Revenir auprès d'elle ou du moins la garder à l’œil était plus sûr.

    Mais si je voulais être vraiment honnête avec moi-même, je m'avouerais qu'elle m'avait... touché. Malgré ses menaces, j'avais perçu une certaine fragilité chez elle. Elle se sentait sombrer. Le personnage qu'elle s'était créée pour je ne savais quelle raison était en train de la dévorer toute entière, de lui ôter les lambeaux d'humanité qu'il pouvait lui rester... Voilà qu'elle remettait entre mes mains son âme et voulait que je la sauve. Je ne savais pas si j'en étais capable, je ne savais pas si j'en avais envie. Scylla avait tué Gabrielle pour m'avoir. Jalouse du soleil qu'elle représentait. J'avais été fasciné par Scylla, j'avais brûlé de désir pour elle, jusqu'à en éprouver des remords vis à vis de mon épouse et pourtant, je n'avais jamais cessé d'aimer cet ange qui avait su me sortir de la noirceur dans laquelle je m'étais englué. Même ébloui par Scylla, elle n'avait pas réussi à prendre la place laissée vacante par Gabrielle, une fois décédée. Scylla avait eu mon désir, ma passion, ma fascination... Mon affection. Au début, avant que je ne découvre le pot aux roses, j'avais éprouvé de la tendresse pour elle. Je l'avais presque oublié, ce souvenir étant noirci par ma rancœur.

    Je ne pouvais lui pardonner ce meurtre.

    Et en ce qui concernait celui de Marie... C'était tellement compliqué. J'avais tourné et retourné cette histoire dans ma tête, j'y avais pensé jusqu'à me taper la tête contre les murs. J'avais tenté de démêler l'écheveau de mes sentiments. En vain. Devais-je lui être reconnaissant de lui avoir épargné la souffrance ? Si elle ne regrettait pas la mort de sa rivale, il n'en allait pas de même pour ma fille. Elle avait été outrée que j'insinue qu'elle ai pu se servir de cette maladie pour se déculpabiliser, l'occasion faisant le larron. Elle s'était montrée glaciale en me souhaitant de ne jamais connaître ce sentiment.

    Depuis que j'étais vampire, jamais je n'avais ôté la vie d'un enfant. Je n'en étais pas capable.

    Je me secouais, revenant au présent, et arrivais devant l'entrée, sonnant à la porte afin de retrouver ma créatrice. Un jeune homme ouvrit. Un humain. Un de ses servants sans doute. Beau specimen... Je ressentis une pointe de jalousie tout à fait irrationnelle à l'idée qu'il puisse être l'amant de Scylla. Il me regarda avec méfiance.

    « Je suis venu voir Scylla. Elle m'attend. »

    Je n'ajoutais rien. Je me doutais que Scylla avait déjà du prévenir son petit personnel que je finirais par venir, trop certaine de sa victoire. Et elle avait raison. Pour l'occasion, j'étais vêtu comme tous les jours. Je n'étais plus humain, mais je savais encore me fondre parmi eux. Je portais un jean, une chemise et une veste en cuir. Le serviteur me fit signe de le suivre, me conduisant à travers la demeure, sublime, mais je n'en attendais pas moins de Scylla. Il me fit attendre, prenant les devants et m'annonçant à sa maîtresse, avant de me laisser entrer. Voilà, j'étais dans l'antre de Scylla et elle avait clairement l'avantage.

    « Et bien, ma chère Scylla, me voilà, mais je suppose que ce n'est pas une surprise pour toi. »

    Je marquais une page, avant d'ajouter, un brin ironique :

    « Tu as un serviteur zélé. »
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 9 Juil - 16:46

-Pourquoi lui ?

Le Cavalier s’incline doucement, les doigts qui l’enserre se crispent un peu puis se détendent avant qu’il ne s’élève pour traquer une Reine Sombre. L’iris bleuté s’étirent lentement avant que je ne me saisisse d’un simple Pion. Il est si faible, si délicat. Qui devinerait qu’il est pourtant le plus important ?

« Parce que je l’ai décidé ainsi. »

Le Pion s’abat sur une Tour découverte. Je le devine, il serre les mâchoires. Il n’aime pas ma réponse. Il ne l’aimera jamais, les ténèbres qui animent ses yeux mortels, je les connais, je les ai aimés…

-Tu m’as moi.

L’azur s’enivre tendrement et se relève affrontant sans peur ni honte les ténèbres qui lui sont opposées. Cruauté abjecte telle sera ma réponse. La Reine meurt, sacrifiée.

« Tu n’es pas lui. »

Il incline son Roi. Il le sait. Il ne gagne jamais. Puis un frémissement emplit l’air, abaissant mes paupières sur les feux de mes iris…Un étrange sourire danse un instant, comme un félin qui s’étend langoureusement.

« Il est là. »

Jeremiah souffre. Il souffrira encore. Il ne comprend pas et l'amer envahit peu à peu ce qu'il est. Un jour peut être, il trouvera lui même ses réponses, car je n'en ai aucune pour lui. Et puis, malgré tout son corps qui lui hurle de ne rien en faire, il se lève et permet ce qu’il hait d’entrer. Mes doigts fins redressent une à une les pièces. Blanches et noires. Lumières, ténèbres. Contraires. Je souris doucement à ces premiers mots et lève l’azur sur sa silhouette.

« A vrai dire…Je ne suis jamais totalement sûre de rien, alors…Toi encore moins. Assied toi. »

Mon attention se reporte sur ce jeu millénaire maintenant. Il revêt la forme de la modernité mais ces règles sont ancestrales. Le geste né pour relever un roi se suspend dans l’air. Se fige. Comme une statue qui s’anime avant de mourir dans une posture étrange et improbable.

« Tu es en dessous de la vérité, Nicolas. Et je te demanderais d’être….Prudent avec lui. Ce n’est qu’un homme mais il connait toutes nos faiblesses, tu es puissant certes…Mais Jeremiah me ressemble plus qu’il n’y parait. »

J’ai tué pour lui. Je ne peux avoir de regrets pour cela, c’est vrai, en cela, je suis un monstre. Peut on regretter d’avoir éliminé ce qui vous fait le plus souffrir ? Il n’en sait rien, n’en saura peut-être jamais rien. Enfermé dans un monde qu’il a construit autour d’une haine qu’il nourrit aveuglément.

Jeremiah fera-t-il la même erreur que moi ?
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 9 Juil - 17:21

    Mes yeux tombèrent sur ces pièces blanches et noires qu'elle relève de ses doigts fins. Un jeu d'échec. Avec qui ? Le jeune homme qui m'a ouvert et lancé un regard qui n'avait rien d'amène ? Il aurait pu se montrer simplement poli et courtois, avec de l'indifférence dans les yeux, voir de la peur de recevoir un autre prédateur, mais non. Dans le regard du serviteur, je devinais quelque chose de bien plus personnel alors même que je n'avais jamais croisé sa route. Intrigant. Mais je m'étais gardé de tout commentaire devant lui, saluant d'abord Scylla. Je pensais qu'elle était certaine que je viendrais. Elle m'apprit, qu'en réalité, elle n'avait eu aucune certitude quant à ma venue ou ma décision. Je demeurais debout, observant cette femme que j'avais connu engoncée dans des corset qui mettaient en valeur sa poitrine et sa taille et qui se tenait aujourd'hui dans une tenue des plus simples et fonctionnelles, résolument moderne, un simple legging recouvrant ses jambes fines et un pull à large encolure laissant voir la rondeur d'une épaule d'albâtre. Loin du look, sophistiqué que je lui avais connu et qui lui allait pourtant tout aussi bien. Scylla avait toujours incarné le charisme et la sophistication à mes yeux. Et je me rendais compte que cela n'était pas dû à ses toilettes, mais bel et bien à sa personne.

    Je lâchais un commentaire d'apparence anodine concernant son serviteur, et fus surpris d'obtenir une réaction de sa part. Elle se figea, avant de me mettre en garde contre lui. Pendant qu'elle parlait, je m'étais rapproché, jusqu'à ce que mes doigts épousent les siens et récupèrent le roi qu'elle n'avait pas fini de relever, le tournant pensivement.

    « Prudent avec un serviteur ? »

    Je marquais une pause, perplexe, avant de laisser mon esprit vagabonder et ma langue traduire ce qui pouvait me venir à l'esprit.

    « Pourquoi devrais-je me méfier d'un humain à ton service, dis-moi ? »

    Je souris en coin.

    « J'ai l'impression qu'il ne m'apprécie guère. Et pas à cause de ma nature. Que sait-il de moi ? »

    Je reposais la pièce d’échiquier à côté de sa reine, regardant Scylla de nouveau. J'avais apprit à bien imprimer ses paroles, à interpréter ce qu'elle pouvait dire. Elle ne m'aurait pas mise en garde pour rien. Jeremiah, puisque c'était son nom, ne m'aimait pas. Pourquoi ? Le jeune homme serait-il sous le charme de la vampire ? Je ne pouvais pas l'en blâmer, j'avais été dans le même cas... mais les paroles de Scylla résonnaient encore dans ma tête... Il lui ressemblait davantage qu'il n'y paraissait.

    « Serait-il prêt à éliminer un obstacle entre lui et l'objet de sa convoitise ? »

    En d'autres termes... A éliminer un rival, comme Scylla avait éliminé Gabrielle, il y a bien longtemps de cela. J'y revenais souvent, je le lui reprochais encore et sans doute lui reprocherais-je encore maintes fois à l'avenir. Pour ne plus en parler, il aurait fallu que je pardonne et j'avais été clair à ce sujet avec elle : elle n'aurait pas ce droit. Ma voix aurait pu être froide et cassante, elle était simplement curieuse et douce... peut-être lasse.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 9 Juil - 18:05

Oui, pourquoi craindre ce qui demeure si faible face a nous ? La question est légitime. Qu’ a-t-il a craindre ? Guerrier aguerri remarqué par la Reine elle-même, élevé dans ses rangs. Qu’a-t-il a craindre ? Le sourire s’éveille lentement d’un sommeil rêveur. Même l’homme le plus puissant craint le serpent qu’il ne peut voir. Les paupières s’abaissent avec langeur alors qu’il imprime la caresse de ses doigts sur les miens…

« Rien et tout en même temps. Qu’a-t-il réellement besoin de savoir…Ton existence seule lui suffit. Il me sert depuis longtemps maintenant, peut être trop longtemps… »

Un soupir délicat qui lui répond suavement. Jeremiah ne vit que par moi, pathétique a mes yeux assombrit d’horreur. Pourtant, je ne suis pas celle qui brisera ses chaines. J’aime comme je hais sa dévotion, sentiment ambivalent, destructeurs car s’il touche ma chair, il ne deviendra qu’un éclat de poussière a mes yeux. Il le sait sans doute, quelque part au creux de son âme, il le devine sans jamais oser le dire réellement. Les mots sont si forts lorsqu’ils sont prononcés. Et un rire délicat s’échappe de la prison douce qu’est ma gorge, le corps ploie en une danse irréelle alors qu’il s’étend sur la rondeur d’un canapé ouvragé.

« Qui sait jusqu’où pourrait-il aller pour que je daigne le regarder. C’est un être bien étrange parfois. »

Qui pouvait échapper a mes iris tout en en désirant ardemment le feu. Il rêve d’éternité enlacé dans mes bras, présent que je ne pourrais jamais lui offrir, qu’importe ces suppliques et ses prières.

« Mais tu n’as pas venu jusqu’ici pour parler de lui alors que la Reine t’a semble-t-il honoré qu’un grade particulièrement prisé. Te sens tu fier ? »

Il n’y a nulle malice dans mes paroles, ni même dans les prunelles qui s’évadent un instant dans les ténèbres de la nuit offerte par la grâce d’une fenêtre. La cour et ses complots….Vampire ou humain, rien n’a réellement changé. Les moyens ont sans doute évolués mais l’arme la plus efficace sera toujours les mots jetés avec art. Je n’ai que faire de cette cour éternelle qui se complaît dans l’espoir d’une suprématie de toute façon éphémère. Je saurais y plonger avec le sourire d’un ange si le choix ne m’est offert, cela est certain mais pour l’heure, mon rang me convient. Je n’ai cure de la reconnaissance des miens. Seul lui compte.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 9 Juil - 20:08

    Je ne commettais pas l'erreur de sous estimer les humains. Ils avaient prouvé qu'ils étaient capables de nous blesser, voire de nous tuer. La véritable question était pourquoi je devais avoir peur de CET humain en particulier. Pourquoi m'en voudrait-il alors que je ne le connaissais pas et ne lui avais fait aucun tort. Il n'avait pas l'air de détester sa condition. Il n'était pas un esclave. Scylla dut comprendre le vrai sens de ma question alors que je lui demandais ce que savait cet humain de notre relation ou de nos rapports. Ainsi, seule mon existence le dérangeait.

    « Je vois. »

    De la simple jalousie. C'était pathétique. Pouvait-il espérer qu'une femme comme Scylla n'hésite ne serait-ce qu'une seconde entre lui et moi ? Ce n'était pas de l'arrogance ou de l'insupportable vanité. Simplement, Scylla me voulait depuis plus de 400 ans. Si elle était revenue maintenant, c'était bien pour avoir ce qu'elle voulait. Et cela ne plaisait pas à son serviteur. Je plissais les yeux quand elle indiqua que cela faisait sûrement trop longtemps qu'il était à son serviteur. On ne fréquentait sûrement pas Scylla longtemps sans en être profondément affecté. Je le savais. En tant que vampire, j'avais sans doute les armes pour ne pas me laisser dévoré par elle. En tant qu'humain... J'avais été consumé. Et sans doute que ce Jeremiah n'en était pas loin. Je pouvais concevoir ce qu'il éprouvait pour elle.

    « Et je suppose qu'il ne reprendrait pas sa liberté, même si tu la lui offrais. »

    Sans doute pas. Humain fasciné par la créature divine qui se mouvait chaque nuit en sa compagnie. Je demandais alors jusqu'à quel point il pouvait lui ressembler et cela la fit rire alors qu'elle se laissait tomber sur le canapé.

    « Il ne saurait sans doute être autrement en te côtoyant de si près. Mais commettre un acte dicté par la jalousie aveugle pourrait lui coûter cher. »

    Jamais Scylla ne lui pardonnerait de tenter quoique ce soit sur ma personne. Attention, je n'avais pas peur de ce gamin. Il pouvait être dangereux, mais j'avais ma fierté et je ne me cachais pas derrière les représailles de Scylla, ni même ses menaces. Ah, je trouvais la situation comique dans cet écho à ce qui était déjà arrivé, bien que cela ai été tragique. Scylla me surprit pourtant en balayant le sujet pour me parler de ma promotion.

    « Fier ? »

    Je pris le temps de réfléchir à cette question et surtout à la réponse. Oui, je ressentais une certaine fierté de me voir confier ce genre de responsabilités, que l'on puisse reconnaître ma valeur et récompenser ma fidélité. Je m'assis sur le même divan que Scylla, me tournant à moitié vers elle. C'était étrange cette distance polie, quand nos corps s'étaient entremêlés si passionnément. C'était de ma faute d'ailleurs. Et Scylla demeurait prudente. Elle avait raison.

    « Je suppose oui. Après tout, j'ai toujours évolué dans cet univers. Ce n'est que la suite logique de ce que je suis je suppose. Mais je dois te remercier. Humain, je n'aurais jamais atteint ce genre de distinction. »

    Je me permis un léger sourire, oscillant entre amusement et ironie.

    « Je suis flatté que tu suives de si près ma carrière. »
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 9 Juil - 20:34

« Oui. Il le sait. C’est cela qui est étrange. Il le sait mais parfois, je ne peux lire les reflets de ses iris. »

Pensée jetée, absente tandis que l’esprit se perd dans le passé. Pas si lointain d’un enfant qui supplie à genoux, couvert de crasse et le corps si maintes fois profané qu’il n’en reste rien que les os. Mes cils battent, chassent ses songes, chassent l’image floue d’une ressemblance bien trop flagrante qui sut me faire fléchir, la bouche maculée du sang des siens.

Et la nuit attire mes regards. Il s’y danse tant et tant. Je le sais dans les murmures dévorants d’un peuple qui désire survivre. Encore et toujours. Je suis la base, une pierre fondamentale et pourtant déniée. Je suis celle que l’on jettera en avant-garde d’une guerre qui couve. Que sais je vraiment ? Sa réponse engendre mon rire.

« Distinction…En as-tu réellement besoin ? Ce mot est…pathétique d’une certaine façon. Ta fonction ne repose que sur le bon vouloir de la Reine, est-ce réellement une distinction en vérité ? »

Je pose les lueurs irréelles de mes iris sur son visage, m’en gave intensément sous couvert d’ironie. Le monde dont il parle fut le mien durant des siècles. Humain oui, mais les règles changent elles réellement ? Non. La soumission du pouvoir, savoir en tirer les ficelles, dévorer dans l’ombre les ambitions les plus avides…

« Ton prédécesseur était imprudent, je te l’accorde. Fiancé à une princesse, de quoi le couronner d’arrogance je suppose.»

Les chuchotements du pouvoir me sont parvenus, qu’il n’en doute pas. Je sais apprendre ce dont j’ai besoin. Je n’ai cure de ces luttes intestines mais j’apprends pour ne pas m’y retrouvée engloutie sans le désirer. Pourtant…Qui se pencherait sur moi ? Anonyme, parmi les plus âgées mais perdue dans les couloirs du temps. Un Garde que l’on oublie facilement et là est ma volonté.

« Flatté ? Vraiment ? »

L’ombre se tord lentement, révèle durant quelques instants cette faim qui me tenaille lorsque je le regarde avant de s’apaiser presque trop subitement.

« Je suis une ombre qui marche sur les limites de cette cour. Mon nom ne dit rien, ne chuchote rien. Je suis un Garde….Mais le seul Garde que tu ne pourras faire plier si je ne le veux pas. Je n’ignore pas ce que les puissants pourraient faire d’une telle...Information. Alors oui, je regarde et j’observe. Après tout, cette cour pathétique n’est qu’un échiquier géant d’ambition dévorante. »

Et le pouvoir, CE pouvoir qu’ils désirent tous…Le lit de la Reine, son Oreille sans doute, son Regard, moi je n’en veux guère. Cela fait étrangement de moi, ce qu’il y a de plus sûr pour lui dans ce panier affamé. Mais cela, il ne l’admettra jamais n’est ce pas ?
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 6 Aoû - 19:51

    Je pouvais presque comprendre l'attachement de ce Joshua pour Scylla. J'avais été pareil au départ, totalement fasciné, subjugué. Avant de découvrir sa vraie nature. Cependant, je n'avais jamais été en adoration devant elle. Et je n'aurais probablement pas pu me complaire dans le rôle de l'esclave servile. Et je savais que ce n'était pas ce que Scylla voulait de moi. Pauvre Joshua... Quand bien même était-il jaloux de moi, il n'aurait jamais l'attention de la divine vampire. Cela dit, je n'étais pas là pour parler de son petit esclave insignifiant. Elle m'avait donné un choix. Quoique... un choix était sûrement un bien grand mot. Scylla ne laissait jamais vraiment le choix. Ma liberté de ces derniers siècles, elle me l'avait accordée, j'en avais conscience. Et maintenant qu'elle me confiait son salut, encore une fois, je n'avais pas d'autre choix que d'accepter. Refuser ? Impossible... Elle était mon Sire, elle avait du pouvoir sur moi et moi, j'avais des responsabilités, incompatibles avec des ordres de sa part. Sans parler du fait qu'une Scylla totalement décrochée de la réalité, sans limite, n'était pas une chose que je voulais voir dans la nature.

    Et au fond, j'avais envie de la sauver. Malgré les atrocités commises, elle exerçait toujours son charme sur moi. Nous avions vécu des choses fortes ensemble. Qu'importe que je l'ai haï... Ce n'était plus vraiment le cas désormais. De l'eau avait coulé sous les ponts. Et ses explications m'avaient ébranlé. J'avais envie de découvrir Ada derrière Scylla. Peut-être de me prouver que je ne m'étais pas totalement trompé à son sujet.

    Scylla me félicita alors pour ma nouvelle fonction et son avis sur la question m'arracha un sourire en coin. Scylla n'avait que faire des hautes sphères. Elle vivait en électron libre, se montrant juste assez servile pour ne pas paraître dangereuse, mais elle n'avait nul maître. Ce n'était pas mon cas. J'avais toujours gravité autour des puissants et y trouvais mon utilité, un but. Une sorte de reconnaissance. Le comprenait-elle seulement, quand elle n'affichait que mépris ?

    « L'exemple de la déchéance de mon prédécesseur ne me permet pas d'oublier que je suis soumis à son bon vouloir. Il suffit de demeurer dans ses grâces. »

    Je haussais les épaules. Je savais exactement quoi faire pour ne pas subir un sort peu enviable. J'avais toujours gardé la même ligne de conduite. Mais je savais également que ce n'était pas en se montrant honnête et franc que l'on parvenait à ses fins dans ce milieu de complots et de trahisons. Je savais naviguer en eaux troubles sans en avoir l'air. Elle ajouta alors que mon prédécesseur était imprudent, à cause de son arrogance.

    « Étonnant comme il est facile de perdre pied dés lors qu'on se retrouve avec un semblant de pouvoir entre les doigts. »

    Je pensais également qu'il aurait été facile de me couronner moi-même d'arrogance d'avoir été choisi et transformé par une femme comme Scylla. Je ne le lui aurais bien sûr, jamais avoué mais... Je me sentais privilégié, malgré toute l'horreur qui avait suivi son choix. Parfois, j'aurais voulu remonter le temps et ne jamais croiser son chemin. D'autres fois, j'étais reconnaissant de ce don qu'elle m'avait fait. Paradoxe étrange et terrifiant qui me plongeait dans de sombres réflexions quant à mes propres sentiments. Et ma nature. Elle me rappela alors combien elle était insignifiante pour les autres... Mais combien était grand son pouvoir par mon biais.

    « Un échiquier géant avec lequel tu n'aurais sans doute aucun mal à jouer. »

    Je posais mon coude sur le dossier du fauteuil, ma paume sur ma joue et mes doigts fouaillant dans mon épaisse chevelure brune alors qu'ils mourraient d'envie de s'entremêler dans celle de Scylla.

    « Je doute que quiconque ai croisé ton chemin puisse te trouver insignifiante. Tu as choisi d'être une ombre pour conserver une certaine liberté, mais ceux qui connaissent ton nom, qui ont vu ton visage, ne peuvent ignorer combien tu pourrais être dangereuse. »

    Peut-être étais-je aveuglé par les sentiments que j'éprouvais pour elle, par ce que nous avions partagé, mais j'avais l'impression qu'il fallait être totalement aveugle ou stupide pour ne pas déceler sa dangerosité potentielle... Ne pas voir en elle une araignée patiente.

    « C'est ainsi que tu comptes t'assurer de ma loyauté, de ma coopération ? En agitant sans cesse l'épouvantail de ton pouvoir sur moi ? »

    Scylla... n'as-tu donc aucun autre moyen de t'assurer mon concours ? Mon affection ?
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Lun 11 Aoû - 21:31

"La soumission n'a jamais été ta qualité première, Nicolas."

Un rire lové dans un murmure. Cynisme oui, étrange venin. Je ne suis de celle qui gravite dans l'attente d'un sourire, un baiser empoisonné. Je n'ai que faire de ces luttes stériles. Mais lui. Il y erre sans cesse, y serais je attirée malgré moi ? Peut être. Et alors ? Que ferais je ? Seul l'étincelle sinueuse de mes iris répondra a cette question. Je ferais, ce qui doit être fait n'est ce pas ? Eviemment. C'est ainsi.

"Etonnant ? Non, prévisible. La souffrance ou l'humiliation reste seul bouclier. Courber la nuque lorsque cela est nécessaire, montrer les crocs au bon instant. Un jeu subtil qui m'a souvent lassé."

L'esquisse d'un sourire nait. La lueur complice d'horreur indescriptible. Je sais . oui, je ne sais que trop ce qu'est ce jeu immortel. Il n'y a nul besoin de réponse. Oui, j'ai erré au coeur des cours corrompues, défaites d'ambition. Jouant des avidités avec pour partenaire une étrange ombre aussi âgée que moi. C'était des heures savoureuses, subtiles de carnages annoncés. De non dit, de murmures et de chuchotements. Oui, si je devais encore, si je devais encore m'enivrer de ses langues absurdes et menteuses, je le ferais. Il le savait aussi bien que moi.

"Crois tu ? Tu te leurres sans doute, l'ombre connait son chemin et n'en dévie pas. Je ne suis dangerosité que pour toi. Je ne sais si je dois m'en réjouir."

Parce que les voiles jetés sur mon existence sont tellement réels, tellement opaque qu'il est impossible de savoir réellement quel est le monstre qui se cache au creux de mes songes. Le jugement se fait, biaisé par les mensonges jetés. Prévisible. Innocente. Voilà les adjectifs dont on me pare. Tel est le danger sans doute et lui mieux que quiconque le sait. Chaque mot qu'il échange avec moi est réfléchit. Il a apprit de ses erreurs ou des miennes. Aimais je ou non ? Je ne le sais encore. Mais échanger. Juste un peu. Son parfum encore...L'éclat de ses yeux. Des plaisirs dont je me suis privée et dont je me découvre avide, égoïste. il est des mots qui voguent et percutent l'air. Qui provoque l'émoi et l'amusement. La surprise aussi, car telle n'était pas mon intention. La flamme surprise s'allume le temps d'un souffle et meurt. L'azur se fait tranchant de douceur, de voracité. La dualité latente qui me hante éternellement.

Le mouvement est lent, calculé mais terriblement lent. L'issue est offerte car nulle obligation ne s'impose. La froideur qui émane de lui me parvient. Par vagues savoureuses, je suis si proche. Le corps tendu, vibrant presque d'attente et de répulsion. Car parfois je hais ce qui m'attire si fort en lui. Ce que je redoute de découvrir au coeur de ses prunelles. Malgré cela, je glisse, inexorablement. Maîtresse languissante d'un amant royal ou reine avide d'un esclave qui lui échappe. Je peux être tellement de chose alors que j'oppose l'azur aux ténèbres... Les tourments tourbillonnants, abyssaux, au roc. L'offrande trompeuse d'un fruit mûr qui laisse échapper un chuchotement étrange :

"Espères tu que ce soit le cas ?"
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 13 Aoû - 21:32

    Je ne pus empêcher un mince sourire de se dessiner sur mes lèvres quand Scylla me fit remarquer que la soumission n'était pas ma qualité première. Elle n'avait pas tort. Mais je savais quand il valait mieux faire profil bas. Le terme de soumission n'était sans doute pas approprié dans ce cas de figure. J'avais donne mon allégeance à Krystel, de mon plein gré. Pas à Scylla. Pas ainsi. Mais il était vrai que le terme soumission n'était pas des plus adéquats. Étrangement, je retrouvais une certaine complicité avec elle. Quand je ne l'acculais pas, ne l'accusais pas de tous les maux, nos rapports étaient amicaux, détendus... intimes. La distance entre nous était entièrement de mon fait et elle s'y pliait, prudemment. Je découvrais avec stupeur, et une pointe d'agacement également, que je prisais la compagnie de Scylla. Que j'étais prêt à tout oublier... A lui donner une seconde chance. Et j'en étais le premier surpris. Mais je refusais de la laisser gagner si facilement. Je m'accrochais à ma rancœur, comme à une bouée, mais au fond, je ne l'éprouvais presque plus, ou du moins, elle était étouffée par autre chose.

    Elle parla de la soif de pouvoir, qui faisait perdre la tête de bien des hommes... Et pas seulement des mortels. Je lui fis part de ma réflexion à ce sujet. Je ne pensais pas entrer dans la catégorie de ceux qui se laissaient ainsi enivrer et perdaient pied. J'avais trop la tête sur les épaules pour cela et je savais d'où je venais et à qui je devais ma place. Je ne commettrais pas les erreurs de mes pairs. J'observais et j'apprenais. Sans compter que je n'avais pas un goût immodéré pour le pouvoir. J'étais fier de ma place, que Krystel reconnaisse ma valeur, mais je ne briguais pas à tout prix cette place. C'était peut-être cela qui l'avait décidée à me la confier.

    « Certes, je conçois, que ce jeu de dupe puisse être fatiguant. »

    Pourtant, j'étais certain qu'elle devait y exceller. Au jeu des masques, Scylla était une reine, elle me l'avait prouvé. Elle aimait penser qu'elle n'était qu'une ombre vivant en marge de notre société, mais je ne concevais pas qu'on puisse la penser insignifiante. Même quand j'étais mortel, j'avais perçu sa dangerosité. Elle me contredit pourtant, en me dévoilant qu'elle n'était finalement dangereuse que pour moi. Vraiment ? Seulement pour moi ? Elle avoua ne pas savoir si elle devait s'en réjouir et j'eus un sourire un peu désabusé.

    « Et moi donc... »

    Alors j'étais le seul à avoir cet honneur. Quelle chance... Peut-être avait-elle raison. Peut-être la connaissais-je trop bien et sous un jour que nul autre n'avait vu jusqu'à maintenant. Que mon jugement était faussé par ce que nous avions vécu.

    « Mais je te pense tout de même dangereuse. Tu es intelligente et patiente. Tu sais tirer les bonnes ficelles, tisser ta toile et piéger ceux qui s'y égareraient... »

    Je lui posais alors une question concernant ce qu'elle attendait de moi... l'aider à ne pas totalement perdre pied. Une question à double tranchant et je me retrouvais fasciné par ce qui agitait ses magnifiques yeux clairs. Des yeux qui s'approchèrent alors lentement, inéluctablement. Je pouvais reculer, je pouvais me lever, couper court à ce rapprochement, mais je n'en fis rien, la regardant approcher, avec une pointe d'impatience. Si j'avais été encore humain, j'aurais pu dire que mon cœur cognait dans ma poitrine, trop fort, trop vite, mais en étant vampire, rien de cela ne se passait. Rien ne trahissait ce qui couvait en moi. Son chuchotement me troubla et je me retrouvais à poser ma main sur sa cuisse, avançant légèrement à mon tour jusqu'à ce que nos visages ne soient plus qu'à quelques centimètres à peine. Si proches.

    « Honnêtement, je n'en sais rien... Une part de moi l'espère, ce serait plus facile... »

    Ma main remonta le long de sa cuisse, très lentement.

    « Et une autre espère autre chose de ta part... Tu m'as demandé de sauver ton âme Scylla. Par la menace tu auras ma coopération. Par une autre voie, tu obtiendrais peut-être ce que tu désires tant depuis des siècles et n'as jamais pu obtenir. »

    Ma main quitta sa cuisse, pour glisser sur sa joue, l'attirant à moi pour embrasser ses lèvres qui appelaient un baiser depuis que nous nous étions retrouvés. Son baiser léger m'avait figé, je m'étais raidis sous ce contact, parce que je ne voulais pas lui accorder cela. Et voilà que c'était moi qui le prenais désormais. Je me séparais d'elle, avant de chuchoter, avec un petit sourire en coin :

    « Les souvenirs ne suffiront pas. Tu devras m'offrir autre chose... »

    Je me reculais alors, remettant une certaine distance entre nous, sans qu'il n'y ai de froideur pour autant.

    « Tu sais tout de moi, et moi rien de toi. Je ne te l'ai jamais demandé. Qui étais-tu ? Qui était Ada ? »

    Ma voix était velours alors que je prononçais son prénom, comme une caresse.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Ven 15 Aoû - 19:18

Comédie. Mensonges. Faux semblants. Il n’existe que cela dans ce monde, rien d’autre. Une valse de voiles étrangers, relents d’illusion étendue au bon moment, à l’instant d’un soupir ou d’un rire. Une partition délicate, sulfureuse et dangereuse. Je m’y suis vautrée, trompant l’ennui, trompant la colère et la rage. Cherchant sans jamais trouver les secrets d’une existence devenue rouge de sang sans lui. Un aveu qui ne passera aucunement la barrière pulpeuse de mes lèvres. Il est des flancs qu’il ne faut en aucun cas découvrir. Juste le tango ombragé d’un sourire voguant entre rire et amer.

« On ne vit autant que moi sans savoir y plonger, c’est exact. Las, ce n’est pas quelque chose que j’affectionne particulièrement…Cela ne restera qu’un moyen parmi bien d’autre d’obtenir ce que je désire. »

La tranquillité. Une liberté chérie loin des venins, des murmures des miens. Parfois rejoint mais plus souvent tu au milieu de mes ambitions. Ambitions chimériques, si lointaines des désirs matériels et avides. Si différente des miens et pourtant…Reflet d’un miroir brisé parfois. J’aime le son de sa voix, hantise et rêve durant tant de siècles. Une lumière parfois, un gouffre trop souvent. Une spirale sombre et vorace. Juste la musique de sa voix. Hypnotisante, envoutante pour celle que je suis. Pathétique en vérité n’est ce pas ? Les ongles s’enfoncent doucement dans le cuir, juste un crissement léger qui s’éteint avant même d’être né. Torrent d’acide mâtiné de sucre…un plaisir. Un tourment…Une vérité atroce qui n’est peut-être que mensonge…Comme ses lèvres.

La douceur de la glace, les braises qui consument sans cesse jusqu’à la folie. L’amer d’un regret terrifiant, la sève d’une douleur atroce jusqu’au profondeur abyssale de mon âme. Enchâssé, rieur. Une boite qui s’ouvre, enfant de Pandore dévoilant les images d’un passé languissant et cruel…Les délices avides d’effleurement si souvent refusé. Et la souffrance sans limite qui déchire la chair de plaisirs dévorants. L’azur s’agite si fort qu’il en devient opaque de noirceur, prémices de colère étouffée dans un sifflement tandis qu’il m’échappe encore.

Et c’est un ricanement aérien qui lui répond en premier lieu. Cette question…Pourquoi maintenant ? Suis-je affaiblie par ces mots ? La sensation encore si vivante déchirant mes lèvres ? La glace s’affine lentement dans mes iris voilés de sombre. La voix claque, rauque et intemporelle :

« Cette question…Je l’ai attendu il y a longtemps. Qui sait s’il n’est pas trop tard dorénavant ? »

Le mouvement est un vent délicat mais en même temps d’une violence étrange alors que je me lève. L’agitation qui m’étreint me dévore, aspirant lentement les lambeaux d’un instant suspendu. L’éclat de la nuit au travers du verre de la fenêtre sera mon refuge, perdu dans ces limbes avant que mes paupières ne se ferment un instant. Le souffle d’un ange qui s’éveille.

« Ada est morte bien avant que je n’embrasse la nuit…Le savais tu ? Parfois les souvenirs se brouillent, se mélangent, un puzzle sans ordre et étrange qui s’efface lentement si je n’y prends garde. Mais il résonne toujours clairement les prières qu’elle éructait à la face d’un Dieu qui n’a jamais existé…Une partie de moi espère qu’elle a trouvé sa place à cette Droite si convoitée. J’ai oublié son nom.»
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 31 Aoû - 14:44

    Un petit sourire amusé se dessina sur mes lèvres à la réponse de Scylla sur son immersion dans les jeux de la Cour et ses faux semblants.

    « Tu crois que j'aime ça ? »

    Non. Je vivais là dedans, j'y baignais depuis toujours, j'avais apprit les règles et j'en jouais, mais je ne pouvais pas affirmer que je m'épanouissais en me méfiant de tout le monde et en devant faire le jeu des alliances. Je n'étais pas le maître dans ce genre de jeu. Mais si j'avais vécu si longtemps dans l'arène, c'était sûrement parce que je n'étais pas si mauvais que cela et que je savais faire preuve de circonspection au lieu de me jeter tête première dans les nombreux pièges qui émaillaient ce parcours en eaux troubles. Je me demandais pourtant quel jeu j'étais en train de jouer avec Scylla alors que je me rapprochais d'elle, que je me faisais caressant, ma main sur sa cuisse, puis sur sa jour, tandis que je ravissais ses lèvres avec douceur. Donner mon cœur à cette femme après tout ce qu'elle avait fait ? Ce n'était pas envisageable... Il n'en sortirait rien de bon. Je brûlais de désir pour elle, c'était ce désir qui nous avait lié. Ce désir qui l'avait poussée à commettre l'irréparable. Mais je n'éprouvais pas qu'un élan charnel pour elle... Je l'appréciais. Malgré toutes ces horreurs, j'appréciais cette femme discrète et intelligente. Je connaissais sans doute des pans de sa personnalité que personne n'avait entrevu. D'autres devaient m'être cachés. Scylla était un mystère que j'avais envie de percer. Comptait-elle là dessus pour me garder ? Jusqu'à quel point était-elle retorse ? Jusqu'à quel point faisais-je exactement ce qu'elle désirait ? Et si elle n'avait rien prévu ? Si le jeu lui échappait autant qu'à moi, tous les deux dépassés par quelque chose de plus grand que nous ne contrôlions pas ?

    Je m'arrachais à regret de ce baiser, tout en lui demandant de me livrer son passé d'une voix caressante. Cela lui arracha un rire alors qu'elle se remettait sans doute de la surprise de ce baiser qu'elle n'attendait pas de ma part. Je lui donnais déjà trop. J'aimais penser que je maîtrisais totalement la partie, que ce n'était là qu'un atout de plus pour conserver ce contrôle, mais je le savais pourtant bien fragile. Sa réponse ne m'étonna pas vraiment, mais je refusais de me laisser éconduire ainsi.

    « S'il est trop tard pour cela, il est trop tard pour d'autres choses. »

    Ma voix était restée égale à elle-même. Scylla se leva alors, ajoutant de la distance entre nous. Signe d'un passé tumultueux qui la dérangeait encore ? C'était bien possible. Je devinais le drame dans sa vie. Je regardais son reflet par le truchement de la vitre alors qu'elle commençait à répondre, m'avouant qu'Ada était morte avant qu'elle ne devienne vampire. Je fronçais les sourcils alors qu'elle parlait d'une femme trop pieuse. J'hésitais un instant. Elle me semblait soudain bien fragile et vulnérable... Et j'avais terriblement envie de lui apporter une part de force, de la... protéger. C'était complètement ridicule. Elle me désarmait. Finalement, je perdis la bataille de ma raison sur ma conscience et me levais à mon tour, la rejoignant, et repoussant ses beaux cheveux sombre de sa nuque tout en l'observant dans la vitre.

    « Raconte-moi. »

    Une injonction douce qui n'avait rien d'un ordre. Mais je voulais savoir, trouver la clé de cette âme qu'elle craignait tant de perdre. Connaître l'enfant qu'elle avait été avant d'être impitoyablement malmenée par une vie qui s'acharnait parfois sur les anges.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 31 Aoû - 18:17

« Elle était heureuse parfois. Les genoux baignés dans un sang qui n’était pas sien. Tremblante et fébrile, accrochant son regard à un Ciel illusoire. Ses mains dégoulinaient de rouge, elle souriait…Jamais elle n’avait été aussi heureuse. »

Un chuchotement acide, voguant entre nostalgie et haine. Quelque chose qui n’appartient qu’à moi. Une musique étrange et dérangeante. Et puis je ris. L’éclat choquant les murs, éclat qui virevolte, erre tel un empereur dans cette pièce. La reine s’échappe de l’échiquier construit par son propre roi. Elle n’est qu’une étoile d’horreur qui fuit la lueur qu’il est. Quelle belle image ! Mes pieds voguent sur le sol, comme si ils n’étaient qu’un nuage les surplombant, menant une danse étrange et sulfureuse.

« Regarde-toi… »

Le venin s’écoule, délicieux, arrogant, rongeant et dévorant…Mon index dessinant un rang carmin sur sa joue, l’atroce désir de lui faire mal contre celui, dévorant, d’être, par lui.

« Aimé des femmes, né auréolé de la richesse, d’un nom…Parfois je ne sais si je t’aime ou si je te hais, le sais-tu ? La douce pensée de te voir mourir et d’en sourire m’a plus d’une fois torturée. Ecraser sous mon talon ce qui ne serait qu’une faiblesse, un rappel constant, juste en sentir l’agonie et en rire…Lui donner raison, a elle. Que ces mots, que ce sang qui a giclé jour après jour sur les murs étaient justifié. Bien sûr, je suis ce qu’elle voulait tant que je sois. Le démon. L’horreur. Né de ses entrailles dans la douleur. Une boule de chair immonde et vagissante qu’elle a haïe dès le premier souffle. Cette chose née d’elle, comme un cancer que l’on extrait, qu’on arrache… »

Ma main vole et s’arrête. Elle montre l’éclat d’onyx. Ces perles qui dorment sous le verre, exhibées comme autant de trophée, couronnées d’une croix d’albâtre. Si l’on hume l’air, si l’on sait…La puanteur fascinante et horrible de la mort, du sang.

« Vois…Le premier fer qui me fut mis. Il est beau n’est-ce pas ? Mais il était bien plus beau autour de son cou. Elle souriait. Le visage éclaboussé de sang. Du mien. La pierre fut mon berceau. Le fer mes langes. Le cuir ? L’amour qu’elle me portait. Elle souriait quand j’agonisais. Pathétique non ? Dis-moi, qu’en penses-tu toi ? Quand tu m’abreuve de mes propres fautes en te posant vengeur de vies que tu n’as pas sût protéger. Je ne suis qu’un monstre à tes yeux. Je l’ai toujours été aux siens, mais jamais aucun de vous n’a épanché les plaies…Elles suintent encore, elles dégoulinent…Pourquoi toi alors que je pouvais les prendre tous ?…Parfois cette question me hante sans jamais trouver réponse….Qu’ai-je cherché et trouvé dans tes yeux ? »

De nouveau la cascade acide d’un rire, écorchant mes propres lèvres encore empreintes de lui. La folie sanguinaire qui fut mienne un jour dansante en ombre lascive dans le sein de mes iris.

« Dis moi Nicolas…M’as-tu jamais aimée ? »
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 31 Aoû - 21:50

    Je fronçais les sourcils alors que Scylla commençait à parler. Elle semblait comme perdue dans ses souvenirs et j'avais quelques difficultés à la suivre dans les méandres de son esprit. Dans ces moments là, je me disais qu'un don de télépathie serait bien utile, tout en me corrigeant : ce serait un enfer que de lire dans les pensées des autres et en particulier les siennes. Je devinais un drame mais ignorais toujours qui était ce personnage féminin qui semblait quelque peu... dérangé. A un moment, je me demandais si elle ne parlait pas d'elle de cette façon, avant de me raviser. Et puis Scylla éclata d'un rire qui me fit froid dans le dos et m'échappa. La fragilité que j'avais perçu sembla disparaître brusquement alors qu'elle se retranchait derrière autre chose. Comme pour se protéger, elle s'en prit à moi et je lui jetais un regard interrogatoire dans un visage impassible. J'attendais la suite.

    Et je ne fus pas déçu ? J'avais déchaîné quelque chose en elle. M'aimer, me haïr... je retins un léger sourire. Ah, c'était un sentiment que je pouvais comprendre. Je ne savais moi-même pas où j'en étais concernant ce que je ressentais pour elle. Je m'étais accroché à ma haine, mais elle avait vite faibli face à ce qu'elle éveillait en moi. C'était facile de la détester de loin... Et puéril de m'y accrocher quand j'étais en sa présence. Puéril et obtus. Je ne fis guère attention à ses paroles acerbes me concernant. Finalement, il n'y avait là rien qui m'étonnait. Je l'avais toujours obsédé et il aurait été plus aisé de se débarrasser de cette obsession. Elle en aurait souffert, puis aurait guéri. Et là, cela lui était refusé. Cet aveu n'était pas une menace. Si elle avait désiré me supprimer, elle l'aurait fait depuis longtemps. Cela dit, je gardais cette confession dans un coin de mon esprit.

    Maintenant, il me fallait comprendre l'histoire en rassemblant les miettes qu'elle me jetait. Et je fus saisi d'horreur en comprenant qu'elle parlait ainsi de sa génitrice, apparemment, le mot mère n'était pas approprié étant donné la nature de celle-ci... Sa mère ne l'avait jamais aimé, l'avait vu là qu'un rejeton abominable. Et j'imaginais qu'elle le lui avait fait payer. Chèrement. Scylla me présenta un objet... un chapelet ? Je comprenais un peu mieux ce qu'elle avait vécu... Bébé détesté, enfant martyrisée. Jamais aimée. Jamais flattée. Je pinçais les lèvres sous le coup d'une colère sourde. Irraisonnée, car sa génitrice était poussière depuis bien longtemps. Mais qu'aurait été sa vie si elle avait été aimée ? En tous les cas, cela expliquait bien des choses sur son comportement et ses quelques petits soucis d'ordre psychologique.

    Mais quand elle me renvoya mes fautes alors que je l'accusais d'être un monstre sans rien savoir d'elle je lui lançais un regard noir. Ce que je savais d'elle, était tiré de ses actes. Et même si son enfance malheureuse pouvait expliquer son comportement, cela n'excusait pas tout. Même si je me posais la même question qu'elle : pourquoi moi et pas un autre qui aurait été ravi de succomber. Il suffisait de voir son Jeremiah par exemple. Mais sa dernière question, elle, méritait une réponse. J'étais resté silencieux tout le long de sa confession... Et je ressentais de la compassion pour cette enfant bafouée.

    Mais l'avais-je aimée ?

    Je n'en savais rien. Je soupirais.

    « Tu ne m'as jamais laissé indifférent. Dés le premier regard, tu m'as fasciné, hypnotisé. Une véritable obsession dont je ne pouvais me défaire. Mais à l'époque, il y avait Gabrielle. Et ensuite... Je me suis perdu dans tes bras, je me suis enivré de ton parfum, gorgé de tes caresses. Mais il y avait cette culpabilités de succomber si rapidement, sans honorer comme il se devait celle qui avait partagé tant d'années de ma vie et m'avait donné une fille... Sans compter le deuil de Marie. Je ne sais pas si tu peux comprendre qu'à ce moment là, il n'y avait pas de place pour un autre amour. pas aussi rapidement. Et pourtant, avec le recul, si je me montre honnête avec moi-même, dire que je n'éprouvais que du désir serait trop facile. Il n'y avait pas que cela Scylla. Durant les premiers temps, outre le plaisir charnel, j'avais plaisir à me retrouver en ta compagnie, à discuter, échangé nos points de vue. Je t'ai toujours trouvé intelligente, intéressante. Et quand j'ai apprit ce que tu avais fait... C'était si facile de te haïr pendant tout ce temps, quand tu étais loin de moi. Je craignais de te revoir un jour. Je m'étais préparé à ne t'opposer que le dédain de mon indifférence. Et il a suffi de quelques minutes en ta compagnie pour que cette belle résolution vole en éclat. Je suis bien faible face à toi en vérité... Nous sommes liés toi et moi, nous l'avons toujours été. Pourquoi moi ? Je me suis souvent posé cette question, sans en trouver la réponse. Comme toi. J'ai tout autant rêver de te faire à jamais disparaître... Qu'importe la distance, je n'ai jamais réussi à m'affranchir de toi. Tu m'as marqué. Maintenant... Scylla, si je suis là, ce n'est pas parce que tu m'as menacé. Je voudrais vraiment découvrir celle qui tu as été, que tu pourrais être. Je t'empêcherais de sombrer dans l’abîme. Mais pour t'aimer, Scylla, il faudra tout me donner. Tout de toi. Le pourras-tu ? »

    Je m'interrompis. Je n'avais pas bougé. J'avais soigneusement choisi mes mots, mais malgré cela, il n'y avait plus de faux semblants. Je lui livrais mes sentiments sur un plateau. Bruts. Tourmentés. Ambigus.

    Tout s'est passé au mauvais moment. Est-il meilleur aujourd'hui ? Je n'en ai aucune idée. Mais j'ai au moins le recul nécessaire et de nouvelles cartes en main. »
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 3 Sep - 20:28

« C’est vrai. J’ai provoqué ta fascination, fais naitre ta haine, titiller ton intelligence… »

Juste un murmure qui se perd dans les brumes du temps passé. Ais je vu en lui ce qui peut être ? J’ai joué ma vie, mon existence sur un coup d’échec, plaçant ma reine a nue, priant presque pour que personne ne l’arrache tout en souhaitant le contraire. L’azur ondoie doucement, comme alanguie mais il serait erreur de s’y fier et il le sait. La pureté s’est retranchée derrière sa sœur, l’Horreur, qui elle-même est devenue un reflet bisqué. Biaisé. Impossible a définir. Sera-t-elle une bête qui attaque ou juste une amoureuse désespérée. Je sers le mord et la monstruosité baisse la tête. Parce que c’est ainsi que je le veux…

« Tu m’as rappelé la vie. Le gout sur la langue, infime saveur que l’on ne peut détecter, que l’on ne peut définir mais qui obsède. Voilà ta malédiction. Risible n’est-ce pas ?»

Un soupir déchire l’air et mon regard s’évade, le quitte pour découvrir ce qui se cache au-delà du béton, des tuiles. Ce que je vois, ce que j’espère. Le sais-je encore ? C’est étrange. J’ai prié l’atroce de m’offrir ce moment, comme un couteau qui se plante dans une plaie, qui la fouille encore et encore. Je hais et j’aime cette douleur, un contraste qui prend naissance dans ce que je suis. Mes doigts enferment un cavalier sombre d’ébène, mes iris le caressent et mes doigts le brisent, presque langoureusement, presque amoureusement…

« Je n’étais qu’un jouet brisé, abandonnée de son maitre à ce moment-là. Lorsque l’aiguille a embrasé minuit. Lui aussi louait mon intellect, mon gout…Pour quoi faire ? Pour planter petit à petit ses dards empoisonnés au cœur même de ce que je tentais de reconstruire. L’ais je aimé ? Peut-être. Je ne sais pas. Je n’étais qu’une enfant. Il riait, lui aussi, lorsqu’il a tiré brusquement les chaines reliées aux dards, détruisant les fondements même de ce que j’étais…Il rit toujours quelque part en moi. »

J’ouvre lentement mes phalanges, laissant échapper une poussière d’ébène sombre. Poussière qui s’étale dans un souffle comme un voile sur l’ivoire du tapis. Cette image fait naitre un rire étouffé, muet.

« Tu te trompes de question Nicolas…De destinataire ...Laisse-moi te la retourner autrement. Supporteras-tu ce que je suis ? »

La glace glisse le long des paupières et se fige, épingle, presque statufiée, presque amoureuse, presque folle. Elle s'arrête sur l’ébène, s’en gorge…Dieu j’aimerais le détruire, mais je ne le pourrais jamais. Alors je lui souris, une courbe volage qui n’a pas d’âge ni de raison.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Sam 6 Sep - 17:24

    Songeuse, Scylla reprit mes propres mots concernant les sentiments qu'elle avait pu éveiller en moi. Trop nombreux à mon humble avis. Et trop contradictoires également pour que cette relation soit sereine. Mais elle ne le serait jamais... Nous pouvions connaître des moments d'accalmie bienvenue, mais cela ne durait pas. Nous étions sans doute trop différents pour nous comprendre. Pourtant, elle qui se demandait pourquoi elle m'avait choisi, apporta un début de réponse en m'apprenant que je lui avait rappelé ce qu'était la vie. Cela était révélateur finalement. Mais ne me donnait absolument pas envie de rire. Scylla était-elle tout simplement amoureuse ? Un sentiment jamais connu et donc forcément ignoré et avili ? C'était bien possible... Je n'étais pas une simple obsession, un simple caprice... Sa façon de m'arracher ceux qui m’étaient chers pour m'attacher à elle, de m'ouvrir à son monde... Ce n'était pas le fruit d'un caprice. D'un coup de tête, ou plutôt du cœur, plus sûrement. Et je ne savais si je devais m'en réjouir ou m'en affliger. Si cela me réconfortait ou m'horrifiait. Plus tard. Plus tard, je pourrais analyser tout cela froidement et avec détachement. Mais c'était impossible avec Scylla si proche. Sa présence m'avait toujours empêché de penser correctement. D'être détaché. Elle envahissait l'espace et mon cerveau.

    Elle joua avec une pièce d'échec, la brisant sans effort. Devais-je y voir là un sinistre présage ? Une menace inconsciente ? Je demeurais muet, écoutant ses confessions concernant son créateur... Après sa mère, son créateur ? N'y avait-il eu personne pour prendre soin d'elle, une fois ? Je réfléchissais, essayant de me souvenir de nos propres rapports... Je ne m'étais montré brutal avec elle qu'une fois, en apprenant le rôle qu'elle avait joué dans mon veuvage. Sinon, sans l'abreuver d'amour, j'avais fait preuve de respect, voire de tendresse... C'était ironique, quand son créateur s'était servi d'elle... C'était elle qui s'était servie de moi.

    « Alors, une fois libérée de lui, la victime est devenue bourreau... »

    Je l'épinglais du regard. Quand je repris la parole, ma voix était douce, un brin attristée et résignée.

    « En as-tu seulement conscience Scylla ? Il s'est servi de toi. Tu t'es jouée de moi. »

    En m'enveloppant de mensonges. Même si elle claironnait qu'elle n'avait pas menti. Elle n'avait juste pas dit la vérité, tissant sa toile, méticuleusement, me poussant dans ses bras quand d'autres me manquaient cruellement. Elle ne voyait sans doute pas les choses sous cet angle. Elle reproduisait ce qu'elle avait connu. Parce qu'elle ne savait pas comment agir autrement. Et je doutais de pouvoir lui apprendre une autre façon de faire, d'effacer 600 ans de vices. Elle ne répondit pas à ma question. Quand y répondait-elle de toutes façons, pensais-je, un brin désabusé. Sa question m'ébranla. Sincèrement, je n'en avais aucune idée, mais elle n'avait pas le monopole des réponses évasives.

    « Il me semble qu'il nous appartient de le découvrir au cours des prochains mois. »

    Je ne pourrais le savoir sans essayer. Mais essayer, c'était risquer ma propre âme. Pourquoi risquerais-je la mienne pour sauver la sienne ? Ah, je rageais d'être trop tendre et trop attaché à elle, de me laisser attendrir par son histoire et de vouloir ressortir le bien enfoui en elle. Trop profondément. Peut-être me leurrais-je même à ce sujet.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 7 Sep - 1:35

"C'est un raisonnement simpliste, Nicolas. Moi, je ne t'ai jamais abandonné."

L'azur tranche dans les ténèbres, découpe en quelques mots aiguisés. Je ne sais si je n'ai été qu'une pâle copie. je devine ses pensées sans même les entendre, lisant au travers des voiles qu'il jette sur son propre regard.

"Je suis condamnable à tes yeux, je le serais toujours de toute manière. Il y a longtemps que j'ai abandonné l'idée de ton pardon, mais crois moi, je ne lui ressemble pas."

Le mensonge entre en scène avant que la vérité ne s'exprime. De pas vouloir de son pardon...L'abandon ne fut jamais et ne sera jamais. Les failles immenses qui s'abiment entre nos pieds demeurent. Le passé ne peut être réécrit, combien enlacions nous l'éternité, comme un pied de nez au réel, il y a une chose qui ne sera jamais maitrisée, jamais domptée...La course du temps. Une torture unique et délicieuse qui inflige et ne guérit jamais. J'observe un instant la poussière d'ivoire, elle disparaitra comme beaucoup de choses. C'est un cycle qui ne connait aucun répit, aucun temps mort, j'y vogue, absente, les regards tournés juste sur lui. Sa réponse est digne des miennes et elle provoque un rire. Langueur et danger mêlés en une danse intime.

"Tu pourrais refuser. Tu prends un risque que tu ne sais contrôler...Je suis étonnée et admirative."

un soupir m'échappe, étrange souffle dont je n'ai cure. Quelque pas à peine pour réduire le fossé que j'ai moi-même creusé. Affronter avec un plaisir atroce la lueur d'ébène qui me nargue depuis si longtemps maintenant. Oui, j'ai rêvé de sa mort, mais bien plus encore de son sourire. Sourire mort pour moi...Une plaie purulente abreuvée de haine.

"Pourquoi accepter ?"

Un lent murmure. Des mots qui s'échouent et éclatent avec une douceur étrange, une lame tranchante couverte de miel, l'esquisse d'un sourire naviguant entre hésitation et assurance. Je danse sans cesse au coeur des frontières, aux limites des contraires. Essence insaisissable. Il a toujours deviné le danger qui errait au creux de mes prunelles, ne l'a jamais nié. La paix n'aura duré qu'une poignée de siècle, une goutte d'éternité dans l'immensité de nos vies. Un battement de cils alors que la fragile reine que je suis s'affiche sans vergogne face au roi. La fragilité d'un monstre n'est qu'une illusion, qu'une chimère, il le sait aussi bien que moi. Le sourire s'affiné, devient mystère.

"Pourquoi ?"
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 7 Sep - 21:05

    Apparemment, elle n'appréciait pas de se voir comparer à son créateur. Alors certes, elle s'était sans doute montrée moins cruelle que lui, bien que je ne sache pas exactement ce qu'elle avait vécu à ses côtés. Scylla ne faisait qu'effleurer ses souvenirs, sans plonger directement dedans au risque de s'y perdre. Je devinais une vie de misère, sans amour, d'abord par sa mère, puis par son créateur, qui devenait son mentor, prenait la place de sa mère et s'acharnait de nouveau sur elle. Raisonnement simpliste sans doute, mais je faisais avec les renseignements qu'elle me donnait et autant dire qu'elle était plutôt avare de ce côté là.

    « Je suppose que je ne peux que te croire sur parole, en effet. »

    Étant donné qu'elle demeurait nébuleuse et que je ne savais pas qui était son créateur, ni même de quoi il avait été capable et ce qu'il lui avait infligé. Mais elle resterait à jamais condamnable, effectivement. Qu'importent ses explications, elle avait tué pour que je me précipite dans ses bras. Et moi, j'avais cédé, bien trop facilement à mon goût. Cela me laissait un goût amer d'ailleurs. De la culpabilité. Il aurait été facile de dire qu'il était impossible de résister à une telle créature et qu'elle m'avait hypnotisé, mais cela serait me mentir à moi-même. Elle n'avait rien fait. Je n'avais fait que tomber sous son charme, aussi vénéneux soit-il. Faible homme que j'étais alors. L'ironie de la chose étant que même plusieurs siècles après, j'étais prêt à tomber de nouveau dans le piège. En sachant ce qu'elle avait fait. En connaissant sa nature.

    « Il n'y a aucune raison de l'être. »

    Juste un murmure, un peu pensif. Je tendais le dos, et je ne fus pas surpris de la question que cela engendra chez elle. C'était assez prévisible et légitime. Et elle était de nouveau proche de moi, son parfum m'embrouillant l'esprit. Pourquoi accepter ? Je soupirai.

    « Voilà une question légitime. Et délicate. »

    Je réfléchis, pesant le pour et le contre de lui dire la vérité. Je devais toujours soigneusement choisir mes mots en sa présence. Je craignais de trop me dévoiler et lui donner des armes contre moi. Mais s'en servirait-elle réellement ? Malgré tout ce qu'il s'était passé, jamais elle ne m'avait fait le moindre mal alors qu'elle en avait le pouvoir. Mais elle pouvait se venger sur mon entourage, je ne pouvais pas l'oublier.

    « Peut-être parce que je n'ai pas perdu mon âme de St Bernard et que j'aime m'atteler aux causes perdues. »

    J'esquissais un sourire désabusé.

    « Je pourrais te donner plusieurs raisons : parce que tu m'as donné cette vie par exemple. Sans toi, je serais mort depuis longtemps. Je n'ai jamais couru après l'immortalité, mais je serais un menteur si je disais ne pas la savourer. Alors cela pourrait être une façon de t'être redevable. »

    Je réduisis l'espace entre nous, me penchant à son oreille pour lui glisser suavement :

    « Je pourrais aussi te dire que je n'ai pas envie que tu détruises ce qui m'entoure et que j'ai cédé à tes menaces. »

    Je m'écartais alors et cette fois, toute trace de légèreté disparut pour ne laisser qu'un brin de mélancolie :

    « Ou bien ai-je envie de me prouver que je ne me suis pas totalement trompé à ton sujet. Que je ne me suis pas perdu dans les bras d'un monstre... Tu te demandes pourquoi moi parmi tous les autres. Peut-être y as-tu vu ton salut... une étincelle dans des ténèbres toujours plus épaisses. Quelqu'un de bien différent de ta mère ou de ton créateur... L'une ne voulait pas de toi et te l'a fait payer. L'autre s'est servi de toi. Et tu sais pertinemment que je ne suis ni l'un ni l'autre. »
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 28 Sep - 10:31

"Rociel naviguait sans cesse au fond d'une folie bien étrange."

Ma voix se teinte amèrement du voile du passé. Est il mort ? Je n'aurais jamais de réponses, je le sais. Son visage se voile dorénavant, je peine a me rappeler la couleur de ses yeux, mais une chose reste gravée, sa voix. Féerique. Quelque chose qui navigue entre réel et cauchemar. Un écho presque effacé de la naissance du monde. J'ai aimé cette voix, bien trop sans doute pour ne pas vouloir l'égaler. La bête grogne un instant dans la caverne sombre qu'est ma psychée. Oubli. Je devrais oublier jusqu'a ce souvenir. Hilarant. Et lui. Lui qui ne cesse de clamer son mépris pour ensuite la couvrir de douceur. Je ne suis dupe des raisons et pourtant je les lui demande, les exige même. M'enivrant un instant des senteurs qu'il dégage, comme une affamée bien trop dangereuse pour paraitre innocente. Je ne peux le leurer des mes voiles chimériques et je le sais.

J'écoute la musique de ses mots, la dissèque pour en connaitre toute les notes, même celles qui ricanent en toile de fond. Mon regard change sans cesse au rythme de cette mélodie, un caleïdoscope d'azur qui se plait de ténèbres pour mieux s'en défaire. Les frissons délicats, renaissance oubliée du souffle sur ma peau, les étreintes folles, tachées de sang. Rien n'a jamais disparu de ma mémoire, comme une malédiction dévorante qui ne cesse de ronger ce qu'il reste de raison, nourrissant la douleur.

"Différent ?"

Je ris. Doucement, quelque chose de presque trop tendre pour n'être dangereux.

"Oh non Nicolas, tu n'es pas si différent..."

Je sens encore la douleur, bête acharnée qui se repaît des lambeaux d'un espoir fou.

"Toi non plus tu n'as pas voulu de moi, enfermé dans ta colère, mais je ne peux guère t'en vouloir me diras tu. Aussi cruel que pouvait l'être Rociel sans même t'en rendre compte, alors non, tu n'es différent que dans l'ignorance."

J'esquisse un sourire cruel alors même que l'azur s'assombrit à l'horizon d'un ciel torturé. Parfois, je le hais autant que je peux l'aimer, je ne sais pas. Des crocs invisibles sans cesse fouillant dans les chairs absentes de ma propre existence. Et pourtant, l'apaisement incongru qui naît, timide et caché au coeur de l'ouragan qui s'agite sans cesse, sans répit, épuisante torture.

L'orbe bleuté s'affine, brûle étrangement, comme une promesse cruelle.

"Je ne te laisserais pas disparaître de nouveau Nicolas, sois en bien conscient quoique tu fasse."
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Ven 17 Oct - 15:17

    Et toi Scylla ? Ne navigues-tu pas dans ta propre folie ? Je me gardais d'exposer à haute voix mes doutes la concernant. Mais son créateur avait laissé une empreinte sur elle. Il s'était servi d'elle, avait usé de quelques sévices dont j'ignorais la nature. Personne ne l'avait jamais aimé, jamais estimé. Je ne devais plus m'étonner de sa façon d'agir en sachant cela. Mais pouvait-on encore rectifier le tir ? Pouvait-elle apprendre autre chose ? Je me défendais de son jugement trop dur à mon égard. Et pourtant, je me fige quand elle me lance en plein visage que je ne suis pas si différent de ses tourmenteurs. Me voilà piqué au vif. Je méprise ceux qui l'ont ainsi anéanti. Comment pourrais-je accepter une comparaison avec eux ?

    Et son explication tombe comme une sentence. Comme les autres, je l'ai rejetée. Par ignorance comme elle le souligne si bien. Cruel sans le vouloir. Enfermé dans ma douleur. Trop pour comprendre la sienne, pour comprendre sa solitude. Je soupirais.

    « Si les choses s'étaient passées autrement... »

    Je ne finissais pas ma phrase. Si elle n'avait pas prit ce qu'elle pensait lui revenir de droit, si elle s'était montrée moins brutale... En réalité, si je l'avais rencontrée elle, avant Gabrielle, avant de fonder une famille, elle n'aurait pas eu à se battre pour m'avoir. J'aurais été tout à elle. Elle exerçait une fascination terrible sur ma personne. Et je ressentais des émotions qui n'étaient pas que désir... Je n'aurais peut-être jamais su quel monstre elle pouvait être pour obtenir ce qu'elle convoitait. D'un autre côté, je pensais aussi que c'était parce que je lui opposais cette résistance qu'elle me voulait tant. Si je cédais, si je devenais un Jeremiah, ne se lasserait-elle pas ?

    « Oui, j'ai été cruel avec toi. Comme tu l'as été avec moi. Mais je peux t'apporter ce que les autres ne t'ont jamais offert. J'espère que je me suis trompé à ton sujet, il y a 400 ans Scylla. »

    Je ne pus empêcher un rire de m'échapper quand elle m'avoua qu'elle ne me laisserait pas disparaître de nouveau.

    « Je sais. Et je ne suis plus ce jeune vampire perdu et guidé par ses émotions que tu as quitté. »

    J'approchais d'elle. Il était difficile de résister à l'envie de la toucher, de l'embrasser... De la sentir de nouveau frémir sous mes caresses. Ces souvenirs là... Ils ne s'effaceraient jamais. J'avais connu l'extase et l'accomplissement dans ses bras.

    « La fuite n'est plus une option. Et je sais que tu n'es restée éloignée que parce que tu le désirais... je ne me suis jamais libéré de ton emprise. Mais je ne te laisserais pas me détruire. »

    Ma main caressa du bout des doigts sa joue veloutée, avant que mon pouce ne suive le tracé délicat de ses lèvres qui appelaient les baisers.

    « J'ai envie de croire en Ada. »

    Elle existait, quelque part. Il suffisait de la trouver et de la laisser émerger. Tâche colossale. E ne ferais pas de cette araignée un mouton, c'était une évidence. Mais si je pouvais être un garde-fou...

    « Moi qui pensais te haïr... C'était tellement plus simple quand tu n'étais pas là... »

    Un aveu. Un regret.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Ven 17 Oct - 23:09

M’offrir ce que j’ai toujours voulu…

« Dis-moi Nicolas, que penses-tu être pour moi ? »

C’est une question bien dérangeante et la réponse sera, que je sois d’accord ou non. De mer immuable, je deviens océan torturé. La bête s’échine, m’exhorte a la colère, elle ne veut pas mourir, elle ne veut pas être étouffée par lui. Elle veut le détruire et être libre…Je souris doucement, parce que ces mots je les ai tellement voulus qu’ils demeurent presque étrangers soudainement.

Quatre siècles sans sa présence, sans le souffle de sa voix…Je ne suis qu’une faible victime de ce qu’il est, pathétique lorsque l’on connait ma puissance, ce que je peux être, ce que je suis. Je serais une bête affamée, un monstre déchainée si je le décide, si je le veux mais alors ? Comment revenir, comment être ce que je devine, ce que je pressens. Est il trop tard ? Non. La tempête s’apaise sous son parfum malgré elle, malgré tout. Il est le roi sur mon échiquier, rôle cruel mais tellement nécessaire. Je ne serais plus si l’abime continu de m’attirer et par-dessus tout, je l’aurais perdu à jamais si je glissais vers sa gueule d’enfer.

L’azur s’envenime de sa caresse et la force brute qui m’habite ne sera employée qu’a résister durant un instant à cette attraction folle. En vérité, je ne sais pourquoi jamais je n’ai cessé de le regarder, une obsession, une fascination qui m’a conduite aux plus folles décisions, a la plus folle destruction. Effleure-t-il seulement ce qu’il peut faire de moi ? Sans doute que non…

« Te détruire serais facile…Et je n’ai pas choisis la facilité, bien au contraire. »

L’azur se noie, ondule à la surface de mon regard. Il dévore ces traits, s’en abreuve, plonge au plus profond des ténèbres savoureuses qu’il m’offre. Il est si proche, saoulée de lui jusqu’à l’overdose, jusqu’à la folie, hantée de souvenirs, les plaies qui s’ouvrent de nouveau, les unes après les autres et ce baume qu’il m’offre en une caresse. Les rênes dorment entre ses doigts et cette musique qui m’attire, la soie de ses cheveux sous mes doigts et ce manque qui n’a plus de nom…Ce désir douloureux, relent de soif intense et d’atroces besoins. Il y a tant en lui qu’il m’est impossible d’y mettre un mot, d’en donner un sens ou même une saveur. Pourquoi toujours lui ? J’ai peur de cette réponse, l’hydre tremble comme une enfant sur le point de mourir.

La tempête violente et vorace qui s’empare de mes iris, intransigeante, déterminée, mortelle…Elle se déchaine tandis que j’abdique soudainement, dévoilant sans le vouloir cette faiblesse qui m’anime, une faiblesse qui s’enivre de ses lèvres. Une faiblesse imposée, presque désespérée…

« Je te voudrais toujours mien… »
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mer 22 Oct - 13:46

    Question délicate... Ce que j'étais pour elle ? Je n'en étais pas certain. Longtemps, j'avais pensé être une obsession, née d'un caprice, mais depuis qu'elle m'avait retrouvé, j'avais l'impression de m'être totalement fourvoyé à son sujet. Scylla était une créature mystérieuse et insaisissable qui dissimulait la moindre de ses pensées dans des brumes qui s'évaporaient sous mes doigts quand je tentais de la saisir.

    « Ce que tu n'as jamais pu avoir. Ce que l'on t'a toujours refusé. »

    Une planche de salut. Un amant. Mais pas seulement. A travers ses vices, ses maladresses, je devinais son attachement à moi. Pas seulement de la possessivité malsaine. Il y avait autre chose, soigneusement dissimulé derrière le vernis, derrière cette image de monstre séduisant. Je me souvenais de ces quelques temps passés ensemble, avant que je n'apprenne la vérité la concernant. J'avais trouvé refuge dans ses bras, je m'étais plu à m'abreuver de ses discussions pendant de longues heures. Femme fascinante, intelligente... Torturée également. Et c'était cette âme tourmentée qui me faisait baisser ma garde désormais. Je ressentais sa détresse et je désirais l'aider à en sortir. Mais pas au prix de mon âme. Sa réponse à ce sujet m'apaisa quelque peu. Elle avait raison, il aurait sans doute été plus facile de me détruire, pour se débarrasser définitivement de ce que je pouvais lui inspirer, de cette faiblesse lancinante, insupportable. Couper le fil de notre attachement... Mais à quel prix ?

    « C'est vrai. Et je suppose que je devrais m'en réjouir. Détruire ce qui t'empoisonne a du être une perspective séduisante... »

    Elle n'avait pas hésité à le faire pour m'avoir après tout, même si en l'occurrence, ma voix n'était chargée de nul reproche. C'était une simple constatation. Nous aurions tous songé à cette solution.

    « Pourquoi ne pas l'avoir fait ? »

    Peur de l'après ? De regretter ? De perdre définitivement toute chance de salut ? Sans doute un peu de tout cela. Et également le fait de ne pouvoir se résoudre à tuer un homme dont elle était sans doute éprise. Ces mots là n'avaient jamais franchi ses lèvres, mais j'avais suffisamment vécu et fréquenté de femmes pour deviner les intentions sans les mots. Et si je n'avais jamais été objectif avec Scylla, je m'efforçais de me montrer plus lucide envers elle. L'abcès avait été percé entre nous et il aurait été totalement puéril et particulièrement opiniâtre de continuer à lui en vouloir pour ce qu'il s'était passé. Car je m'étais rendu compte que piocher dans les souvenirs pour alimenter ma haine et ma colère me demandait bien trop d'efforts... Le temps avait passé, les cicatrices étaient fermées et ne se rouvriraient plus. Peut-être que, quelque part, Gabrielle m'observait. Que pouvait bien penser cet ange du démon que j'étais devenu ? Vivait-elle comme une trahison que je sois prêt à tendre la main à son bourreau, qui avait ainsi fauché sa vie et notre bonheur ? Qui avait assassiné notre fille ? Même si c'était là geste miséricordieux ? J'aimais penser que l'ange que j'avais connu avait le cœur assez bon pour ne pas me juger. Mais elle était aussi femme... Quoiqu'il arrive et quoiqu'il existe après notre mort, je savais que je ne la reverrais jamais. Je ne les reverrais jamais. Ni ma sœur, ni mon épouse, ni ma fille. Elles étaient à jamais inaccessibles. Les limbes, l'enfer, quel que soit cet endroit, m'attendaient. Comme ils attendaient Scylla et tous ces vampires qui faisaient désormais partie de ma vie.

    Je renonçais à la colère. A la haine. A la rancœur. Je faisais table rase du passé. Ces femmes qui avaient illuminé ma vie humaine reposaient en paix. Et se devaient de rester avec l'homme que j'étais. Oui, il aurait été plus facile de haïr Scylla, mais je n'en avais même plus l'envie. En me dévoilant sa fragilité, elle avait obtenu de moi bien davantage qu'en me menaçant ou en revenant en terrain conquis... l'avait-elle compris ? Avait-elle fait ce savant calcul pour me manipuler ? Peut-être. Mais toute considération s'évanouit quand ses lèvres réclamèrent les miennes, les prenant sans une demande, avec une avidité presque désespérée. Ma fierté me commandait de ne pas y répondre, de la repousser doucement. Cela ne pouvait être aussi facile. Je ne pouvais lui accorder ce qu'elle voulait aussi facilement... Et pourtant, une autre part de moi, plus impérieuse et primitive répondait à ce baiser, de façon passionnelle et ardente, comme un assoiffé qui se délecte de l'eau pure et miraculeuse d'une oasis. Elle me murmura alors qu'elle me voudrait sien. Je ne répondis pas. Cela n'était peut-être pas utopique finalement. Ma langue se glissa dans sa bouche entrouverte alors que mon corps s'embrasait, anticipant déjà la suite, se souvenant sans doute mieux que moi-même de notre étreintes passées. Au diable ma fierté, il serait toujours temps d'en ramasser les lambeaux plus tard. Je la voulais elle. Elle me voulait sien... Je la voulais mienne. Je lâchais ses lèvres pour parcourir l'albâtre de sa peau.. Jamais damnation ne sera aussi délicieuse.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 9 Nov - 21:32

La digue lâche. Boite de Pandore aux souvenirs trop forts. Un assaut qui m'envahit, qui navigue au coeur de ma chair. Une langueur brûlante et dévorante qui s'infiltre sans faiblir. Un poison délicieux qui erre désormais au creux de ma chair morte, ravivée au breuvage de ses lèvres. Une douleur intense qui se pare d'addiction, qui pousse à l'aimer, qui pousse à la vénérer. Une souffrance qui renaît et s’exalte au diapason de ses lèvres. A la musique de sa voracité, si égale à la mienne. Un désespoir, une reddition, que sais je lorsque le feu nourrit la mort d'une vie qu'elle exècre. Le manque et le puits sans fin d'un oubli refusé, une violence savoureuse. L'avidité ballotte l'âme avec des crocs nés de l'enfer, pénétrant le coeur mort qui est le mien.

Redessiner d'ongles voraces la musique de ses épaules, la douceur terrifiante des boucles éparses. Oui je l'aurais tué, je l'ai rêvé, des cauchemars sans fin qui s'abreuve de plaisir presque malsain, prenant pour compagne une douleur si horrible qu'elle force le hurlement déchirant d'une bête. Maîtresse damnée pour l'amant maudit qu'il est. Une tempête déchaînée de passion et de haine. Une étrange haine, un sentiment dérangeant, dérisoire, terriblement torturé. C'est douloureux, tellement mais si intense, une explosion qui n'a de cesse de vibrer.. Les paumes tremblent, réapprennent ce qu'il est, quelque chose frémit, une fragrance qui ondule et effleure la surface pour la crever avec force. Le sulfure qui se répand dans les veines et les dents déchirantes du piège qui se referme sur la bête hurlante.

L'avidité s'étend, devient maîtresse et esclave, un mélange contraire qui s'éveille dans mes iris, qui le nargue...

"Fais le"

un ordre donné, presque supplié, je sens la cruelle douceur de ses lèvres sur ma gorge. Je connais ce désir, il m'a torturé chaque nuit sans lui. Des siècles de torpeur trompée de sauvagerie. Dévorer, encore et encore ce qu'il est pour le faire mien. Dangerosité matinée d'adoration. Une violente tempête ambivalente, création, destruction, amour, haine. Des contraires, poussés a leur paroxysme, qui éveillent la bête qui sommeille. Elle darde ses prunelles vipérines mais l'éclat n'est pas carnage, il est...si étrange. Il dévore autant qu'il adore. Cette chair immortelle qui accouche d'un gémissement oublié dans le temps. Une prière muette, un ordre possédant la force du tonnerre déclaré...

"Tu ne pourras jamais revenir en arrière..."

Juste un murmure torturé, dévoyé de son parfum, de cette senteur qui éveillait ma haine, mon adoration, l'envie irraisonnable de le détruire comme celui de le protéger à jamais. Qu'as tu fais de moi en vérité ?
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Mar 11 Nov - 18:59

    Sa propre impatience enflamma la mienne. Cela faisait si longtemps... j'avais connu d'autres femmes depuis qu'elle m'avait offert la vie éternelle. Des amantes, toutes plus différentes les unes que les autres, toutes plus douées, inventives, fougueuses... Et pourtant, alors qu'elle dévorait mes lèvres, alors que je sentais l'intimité se renforcer entre nous, je sus que je n'avais jamais trouvé ce que je cherchais dans leurs bras. Des pâles copies de Scylla. C'était bien réducteur pour elles, quand bien même se soient-elles montrées des expertes, mais Scylla avait sur moi un pouvoir qu'aucune n'avait détenu. Au delà d'être ma créatrice, elle était la seule à pouvoir me bouleverser de cette façon. De par notre histoire commune, de par nos sentiments... Même si j'étais jeune à l'époque, même si j'étais un jeune vampire guidé par ses sens et ses émotions, ce que j'avais pu éprouver était vrai. Terriblement réel, bien que j'ai été dupé.

    Mais aujourd'hui... Les choses avaient changé. Je n'étais plus un vampire qui se raccrochait à son seul repère. Je n'étais plus en adoration devant elle... Et surtout, je savais désormais à qui j'avais affaire. Je savais ce qu'elle avait fait. J'en savais davantage sur son passé. J'effleurais son âme du bout des doigts. Il aura fallu plus de 400 ans pour en arriver là. Par ma faute. Elle avait raison, je n'avais pas cherché à comprendre. Je ne lui avais posé aucune question. Je m'étais jeté à corps perdu dans ses bras. J'avais éprouvé, trop fort. J'avais été déçu, trompé. Trop violemment.

    L'homme qui l'embrassait cette nuit était bien différent de celui qu'elle avait connu.

    Son ordre me donna envie de lâcher totalement la bride à mon désir. Violent, terrassant. Mais pas encore... Je conservais ma retenue. En réalité, si je m'étais écouté, je ne lui aurais rien demandé, me contentant de satisfaire ce désir impérieux. Aucune délicatesse. Aucun respect. Un désir animal. Mais il n'était pas question de cela. Et quelque part, ma raison me soufflait également qu'il ne serait que justice que je l'abandonne ainsi, pantelante de désir. Ma raison ou la vengeance ? Qu'adviendrait-il alors si je la plantait là ? Je craignais la réponse. Et avouons-le... Quand bien même j'aurais adoré avoir assez de volonté pour résister à cette sirène... je n'en étais pas capable.

    Son murmure me fit stopper net. Lentement, je me détachais d'elle pour planter mon regard dans le sien. Non, aucun retour possible. Je le savais. C'était une dernière chance. Avait-elle conscience de cet échappatoire qu'elle m'offrait ? Je me permis un léger sourire en coin, répondant avec une voix qui trahissait trop la tension de mon corps et le contrôle que j'exerçais encore... bien fragile :

    « Une mise en garde ? Veux-tu que je parte ? »

    Bien sûr que non.

    « A partir du moment où tu es revenue, ou tu m'as sollicité, j'ai su que je ne pourrais plus revenir en arrière. Crois-tu que je sois venu ici sans savoir ce que je mettais dans la balance ? »

    Je soupirais, mon visage approchant du sien, mes lèvres caressant son oreille alors que mon souffle se perdait sur sa peau.

    « Oh Scylla... Je n'ai aucune idée de la voie que j'emprunte, mais je sais que je m'y engage avec toi. Ce que je t'offre, je le fais en toute connaissance de cause... A toi de faire en sorte que je n'en éprouve jamais de regrets. »

    Un aveu de la confiance que je désirais placer en elle... Nos rapports venaient de changer. Je titillais le lobe de son oreille de la langue, avant de me saisir d'elle, la soulevant sans effort pour la ramener jusqu'au canapé, l'y allongeant pour l'admirer. Lentement, je défis son corsage, dévoilant cette peau qui m'appelait. Et j'embrassais chaque millimètre avec quelque chose de religieux.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Dim 16 Nov - 0:29

Menteuse. Abjecte. Traîtresse ou venimeuse. Je suis tout cela mais plus encore. Un dessin bien plus entrelacé, bien plus sulfureux et délicat. Le flanc est offert, victime consentante d'une lance qui restera muette. Eclat d'argent qui fondra, abattue avant même de naître parce que je n'ai nul désir de la voir apparaître. L'azur flamboie, envoûtée d'ombre, de brouillard si dense qu'en on perd la vue et l'esprit. Une brume enflammée, vacillante encore comme un oeuf fragile bien étrange, naviguant au coeur même d'une cruauté depuis longtemps avérée. Il m'offre la clé d'un trésor empoisonné et savoureux. Elle est là, placée sur le velours de sa voix, distillée par le souffle léger qui effleure, caressant. Une clé couronnée de crocs assoiffés, relent de carnage.

"Ou de remords..."

Un chant délicat qui vogue sur une note cruelle et pourtant bien trop vulnérable. Que mes doigts caresse ce talisman ou le brise, qu'il en soit ainsi puisqu'il le veut. Que j'y referme des griffes avides ou des lèvres ensorcelées. Existe-t-il des désirs a jamais inassouvi de lui ? Sans doute que non. Que placerais je sur l'autel de l'autodestruction pour ne serait ce qu'un regard aussi chaud qu'un ciel d'été. Parfois, la réponse fait naître une peur par trop primale.Las, les murmures des regrets s’effacent, s'oublient, reprennent leur place au coeur d'une ombre qu'ils n'auraient jamais dût quitter. La douleur atroce d'une dépendance reniée, déniée, acceptée mais haïe. Quel bien étrange mélange qui celui qui effleure ma conscience, étouffée dans l'oeuf d'un désir par trop dévastateur, déchirant sur son passage les crocs venimeux de ma haine, les brisant si nettement qu'un chant assourdit filtre d'entre mes lèvres. Comme une acceptation et une souffrance soufflée.Il ne fera pas de moi l'ange qu'il désire tant, je ne ferais de lui aucun démon. Un étrange pacte scellé dans un soupir, par un silence menteur. Ainsi soit il. Le monstre s'endort, maté sous ses lèvres qui scellent lentement le collier qui l'enfermera. Elle sera toujours rampante en moi, avide de carnage et de douleur. Mais chaque monstre n'accepte jamais qu'un maître. Quel dompteur acceptera la sirène qu'il dessine, qu'il provoque ? Il a changé. Je le sens, dans chacune de ses caresses dans l'assurance de mon dévoilement. Une fragrance subtile qui n'a pas de nom mais qui séduit, qui enflamme et qui déchaîne...A-t-il seulement conscience des tempêtes qu'il déclenche ? Je n'aurais sans doute qu'une seule réponse et elle sera à sa hauteur, aussi brûlante qu'un volcan béni d'arrogance. Un lent sourire étire mes lèvres, naviguant entre envie dévorante et moquerie envoûtée :

"Tu as changé. C'est écrit dans chaque souffle qui m'effleure..."

Malédiction ou bénédiction ? Cela n'aurait jamais vraiment d'importance en vérité, tout ce que je suis c'est l'écrin d'une clés inestimable.
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MessageSujet: Re: On n'échappe pas à son destin | Scylla [Livre II - Terminé]   Ven 21 Nov - 14:54

    « Vraiment ? »

    Je souris légèrement contre sa peau alors qu'elle me souffle que j'ai changé. Oui, sans doute. Des siècles ont passé. Je ne suis plus le jeune vampire accroché à elle, qui a besoin d'elle pour apprendre, qui est hypnotisé par sa beauté, par son pouvoir. Un vampire déboussolé par des sentiments plus puissants qu'en étant humain, plus chaotiques. Si je devais comparer, je dirais qu'elle a connu un adolescent empressé et qu'elle a retrouvé un homme assuré. Même si, à l'époque, j'étais déjà un homme, mais pas totalement en possession de tous ses moyens. Je m'étais donné à elle, ravagé par le chagrin... je m'étais perdu, enivré.

    Aujourd'hui... Mon deuil est fait. La faute, sans être pardonnée, est comprise. Aujourd'hui, je la veux, pas parce qu'elle m'a ensorcelé, pas parce que j'ai besoin de réconfort, pas parce que je suis perdu. Juste parce que je la désire. Parce que je la désire assez pour envoyer valser mes principes, pour ne plus me raccrocher à mes griefs, à ma rancœur... Durant tout ce temps, elle n'a jamais été loin de mon esprit. Le fil invisible qui nous reliait était tendu, sans m'étrangler. Je pouvais vivre ma vie, m'étourdir, mûrir, son ombre n'était jamais bien loin... Et je ne l'avais jamais oublié. Comment l'aurais-je pu ? Ce qui unit un infant à son créateur est puissant... Alors quand le désir et le sexe s'en mêlent...

    N'y avait-il pourtant que cela ? Derrière son obsession à mon égard, se cachaient des sentiments plus complexes et plus nobles, bien que terriblement mal exprimés. Quant à moi... Si je la voulais, si j'acceptais tout cela, c'était bien parce qu'elle ne m'inspirait pas que du désir. Il y avait davantage. Une petite étincelle que sa fragilité pouvait transformer en brasier. C'était cette humanité qui m'attirait chez elle. Cette humanité perdue, griffée par les ténèbres, menaçant d'être à tout jamais engloutie. Elle était venue en me disant de la sauver.

    C'était ce que j'allais faire...

    « Et que disent mes lèvres ? »

    Je pris la pointe d'un sein entre mes dents, jouant délicatement avec, satisfait de la sentir s'animer sous mes jeux. J'ôtais ma chemise d'un geste rapide et fluide, ne me séparant d'elle que le temps d'un souffle pour mieux la dévorer de nouveau. Oui, l'incendie n'était pas loin. Ma main glissa sous l'élastique de son legging, de ses dessous, mes doigts s'infiltrant dans l'écrin de sa féminité.

    « Et mes doigts... Te disent-ils quel homme je suis aujourd'hui ? »

    Doux murmure contre sa peau, souffle brûlant d'un désir longtemps contenu.
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