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Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Mer 22 Jan - 21:32

La première partie du sujet, c'est par là.

Elle le fusilla du regard, en l’entendant rire, reflet de sa contenance qui se faisait la voile, de sa patience qui s’effilochait. Trouvait-il que le situation prêtait à rire ? A rire d’elle et de ses propos ? Ca n’avait rien d’un rire franc, mais le ton amusé qui en ressortait ne plaisait pas à la vampire, pas le moins du monde. Qu’il y ait autre chose de dissimulé derrière ce rire qui n’était pas entièrement sincère ou non. Ca aurait été à son tour de rire, alors qu’elle s’approchait et qu’il fronçait les sourcils, si elle n’avait pas été occupée à se nourrir de son sang. Peu, mais de façon suffisamment carnassière et désagréable pour déplaire à Alexei, à l’opposé de la première fois où elle n’avait cherché qu’à remplacer la marque d’un vampire par la sienne, en douceur. A l’opposé de cette fois où elle avait soigné sa blessure.

Elle ne le lâcha pas des yeux, et vit parfaitement le sang qui s’égouttait de la plaie non cicatrisée. Tout en elle lui disait de se servir davantage à même le cou de l’humain, mais elle ne pouvait prendre ce risque. Elle s’était limitée afin de ne lui en prendre que peu, ou pas suffisamment pour qu’il en soit affecté, mais le voir goutter ainsi de la marque de ses crocs encore fraîche rendait difficile le contrôle pour la vampire. Elle s’approchait pour la refermer, jusqu’à ce qu’il ne recule – il s’obstinait à l’éloigner, à la repousser ? Qu’est-ce qu’il voulait ? Qu’elle finisse par le tuer ? Ou pire, par le transformer dans un acte de rage, pour lui faire avaler ses paroles ?

Après tout, il affirmait qu’elle n’avait pas le droit d’essayer de le comprendre… Elle sourit, de manière narquoise. Oh, si c’était ce qu’il voulait… Elle ne s’approcha pas davantage, se contenant de le dévisager. Son sang coulait, il en perdait encore ? Eh bien, tant pis pour lui. « Oh, je chercherais à essayer de comprendre les humains ? Ou à me faire passer pour telle ? Voyons, Alexei, ai-je besoin de te prouver à nouveau que je suis tout sauf une humaine et parfaitement consciente de cet état de fait ? »

Oh, que ça l’amusait, d’envisager le transformer. Après tout, il ne pourrait pas se défendre. Elle aurait vite fait de faire tout ce qu’il fallait pour ça. Elle se rapprocha, subtilement mais en s’assurant qu’il ne fuirait pas. « Ou alors tu dis ça uniquement pour me prouver que nous sommes trop différents ? Oh mais tu sais, il y a une simple façon de remédier à ça… Tu veux nous comprendre ? Eh bien, Alexei, ton souhait sera exaucé, un jour. Tu seras l’un des nôtres. Au moment où tu t’y attendras le moins… Et alors, tu reviendras peut-être sur ta position que je ne te comprendrais plus jamais. »

La vampire était on ne peut plus sérieuse. Impassible. Tout sourire avait quitté son visage. Elle ne pensait pas un mot de ce qu’elle avait dit, mais l’idée qu’Alexei ne sache pas ce qu’il en était la ravissait, intérieurement. Pour peu, cette idée lui occuperait l’esprit de nombreuses journées et nuits. Il avait voulu jouer ? Être impertinent ? Lui manquer de respect ? Il avait affaire à une vampire qui avait des moyens bien plus pernicieux de punir un humain que de lui voler son sang. Etait-ce réellement parce qu’elle était une vampire, ou était-ce des réminiscences de l’humaine aigrie, manipulatrice et revancharde qu’elle avait été après la mort de son mari ? Probablement un peu des deux.

Elle ne dit plus rien, attendant une réaction. Se contentant de le dévisager avec une acuité certaine. Elle ne manqua pas des signes étranges, venant du jeune homme, exacerbés par ses propos. Se rendre chez lui ? Faire froid ? Depuis quand l’humain souffrait-il du froid ? Le climat était pourtant bien moins rigoureux en Ecosse que chez lui. Etait-il en mauvaise forme, avant que Freyja ne s’abreuve sur lui ? Elle n’avait pas tant bu. Elle savait se contrôler depuis bien longtemps. Elle fronça les sourcils, toujours en dévisageant Alexei. Ca n’était clairement pas normal.

« Merde ! »

Pour Freyja qui ne jurait jamais, ou très rarement et certainement pas avec des insultes modernes à la sonorité aussi odieuse, entendre ce son sortir des ses lèvres parut très étrange. Mais elle ne s’attarda pas dessus, rattrapant Alexei et le remettant debout avant qu’il ne se blesse encore plus. L’odeur du sang qui sortait simultanément de ses mains et de son cou l’assaillait, bien trop forte. Elle jura à nouveau, toujours en français. Elle était certaine de ne pas avoir abusé, et ne comprenait réellement pas sa faiblesse soudaine.

« T’étais pas en forme ? »

Elle secoua la tête – était-ce réellement le moment de poser de telles questions ? Elle était repassée instinctivement à l’anglais, mais lui demanda en russe les directions pour aller chez lui. Elle s’apprêtait à le porter, mais un regard noir lui fit comprendre qu’il n’était pas d’accord. Il se rebellait, alors qu’il venait de tomber lamentablement ?

« Tu peux peut-être leurrer les gens autour de nous, mais je ne suis pas idiote. Je sens que t’es pas bien. Alors soit je te porte, soit tu bois de mon sang pour te requinquer suffisamment. Et ‘aucun’ n’est pas une option valable, j’ai la force de t’imposer l’un et l’autre, alors choisis, et vite. »

Il marcherait… Il lui avait répondu qu’il marcherait… Dans son état. Il la prenait pour une idiote, qui allait se laisser leurrer aussi facilement ? Un peu plus, et elle l’aurait étranglé. Si le porter n’avait pas risqué de trop attirer l’attention sur elle, et potentiellement de la mettre en danger, des fois qu’un imbécile s’imagine qu’elle l’ait attaqué et l’emportait pour le tuer dans une ruelle sordide, elle n’aurait pas hésité un instant à le faire. Malgré la frustration de satisfaire sa requête, elle passa un bras dans son dos, pour le soutenir et l’aider à avancer. Et si cela l’énervait, elle n’en avait cure. Il refusait peut-être par fierté – et par idiotie – de se laisser porter, mais il n’était clairement pas en mesure de marcher seul.

Elle prenait son mal en patience, résistant en grinçant des crocs à le soulever légèrement du sol pour avancer plus vite. Il ne fallut que trop de temps, à son goût, pour arriver à l’endroit indiqué. Arrivés dans le hall de l’immeuble, elle ne lui laissa plus le choix, et le souleva. Ils n’allaient pas prendre un temps infini à monter des étages. En moins de temps qu’il ne lui aurait fallu pour le dire, elle fut en haut, et le déposa devant sa porte.

« Bon, et maintenant ? »

Et maintenant, allait-il ouvrir, et la laisser entrer ? Allait-il, encore, se rebiffer et l’envoyer paître ? Ou bien se contenteraient-ils d’avoir une aimable discussion, là, sur le pallier peu engageant de cet immeuble ?

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Dernière édition par Freyja Swayne le Mar 28 Jan - 20:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Lun 27 Jan - 15:45




« Un humain, ça se mange ! »




Je compris au moment où mes pieds trébuchèrent sur le bord du trottoir, et quand mes mains s'esquintèrent sur le sol, qu'il y avait quelque chose qui ne tournait vraiment pas rond chez moi, là. Trop de sang prélevé, trop de fatigue, trop de faiblesses : un mélange de tout cela. Je me connaissais suffisamment pour savoir que la quantité de sang prise par Freya n'était pas censée me mettre out à ce point. J'avais été mordu il y a déjà plusieurs jours, voire plusieurs semaines, par Bellanger, ça ne pouvait pas être une conséquence directe de ces deux morsures rapprochées. Si ? Peut être ? J'entendis Freyja jurer, alors que je me relevai péniblement. Ses mots arrivèrent comme en retard à mes oreilles, sa réponse à ma provocation non voulue sur le fait qu'elle n'avait plus le droit de se targuer de me comprendre. Comme Sergeï, elle n'appartenait plus à la même espèce que moi. Comme Sergeï, elle n'avait pas à tenter d'imaginer ce que je pouvais être en train de penser. Et comme Sergeï, elle parlait de me transformer. De me tuer, donc. Je fermai les yeux, alors qu'elle me remettait debout. Ce n'était pas utile de lui demander de me lâcher immédiatement, mais tout mon corps tendu le lui demandait. Me transformer en vampire ? Alors avec tous les vampires, c'était cela la règle ? Ce que je ne comprends pas doit devenir mon reflet ou crever. Freyja jura à nouveau – c'était du moins ainsi que j'interprétai les sons brefs et brutes que je l'entendais dire, avant de me questionner. « T’étais pas en forme ? ». Je pris le temps de retrouver une certaine stabilité avant de répondre. Ou d'oublier de répondre. Que cachait cette question ? Un véritable intérêt pour ma santé ? De l'hypocrisie ? Une inquiétude pour sa tranquillité vampirique, puisqu'elle n'était pas censée mordre les humains aux dernières nouvelles ? Je n'avais pas envie d'y réfléchir pour le moment. D'autres questions arrivèrent avant que je n'aie à répondre à la première, et je répondis sans trop y penser, lui indiquant le chemin de mon appartement. En russe, bien sûr. C'était ma langue maternelle, et malgré mes facilités évidentes pour les langues humaines, c'était celle qui m'était le plus naturel dans des situations comme celles là. En revanche, lorsqu'elle voulut me porter, mon regard noir l'arrêta. Je ne lui faisais pas confiance, c'était un fait, et même si j'admettais aussi qu'elle allait m'apporter l'aide dont j'avais besoin pour rentrer chez moi, il n'était pas question que je sois aussi vulnérable. « Tu peux peut-être leurrer les gens autour de nous, mais je ne suis pas idiote. Je sens que t’es pas bien. Alors soit je te porte, soit tu bois de mon sang pour te requinquer suffisamment. Et ‘aucun’ n’est pas une option valable, j’ai la force de t’imposer l’un et l’autre, alors choisis, et vite. » J'arquai un sourcil, en la fixant sans ciller : « Je prends la troisième option : marcher. » Je n'étais pas non plus un cadavre ambulant – pas comme elle – et j'avais encore suffisamment d'autonomie pour marcher. Je remis bien en place mon manteau et mon écharpe, jetant au passage un coup d'oeil à mes mains esquintées. Le sang avait déjà commencé à coaguler, et je rayai donc ces égratignures de ma mémoire. Lentement, nous nous mîmes en route dans la direction du quartier où se trouvait mon immeuble, et je repoussai avec fermeté son aide lorsqu'elle voulut me soutenir, dans un claquement de langue agacé.

Arrivés au pied de l'immeuble, je sortis mes clés pour nous ouvrir, et je compris un peu tard que l'exaspération de Freyja allait se cristalliser devant les escaliers. Cinq étages à monter, sans ascenseur, elle n'allait pas le supporter. Je commençai un « C'est au cinquiè... » qui mourut sans être achevé. Lorsqu'elle me déposa devant ma porte, je fis plusieurs pas en arrière pour placer le plus de distance entre elle et moi, malgré l'exiguïté de la cage d'escalier. « Bon, et maintenant ? » Maintenant ? Ma réponse ne se fit pas attendre alors que je tournai la clé dans la serrure et entrai en sécurité dans mon appartement. « Maintenant, tu ne m'approches plus. » Ma voix était sèche. Je laissai la porte ouverte, parfaitement conscient qu'elle n'allait pas pouvoir entrer tant que je ne l'aurais pas invitée, pour aller chercher un verre que je remplis de Whisky après avoir posé ma veste sur le canapé le plus proche, je revins à la porte d'entrée, en buvant mon verre à petites gorgées. « Qu'est ce que tu veux de moi, exactement ? Comme Sergeï, tu veux que je deviens ton jouet ? Ou une créature comme toi ? Qu'est ce que tu attends ? » Ma voix douce, presque atone, se répandait peu dans la cage d'escalier. L'immeuble devait être endormi à cette heure là, et je n'étais pas non plus du genre à faire du bruit. La discrétion était aussi importante que le physique pour atteindre sa majorité lorsqu'on vivait dans un orphelinat comme celui qui m'avait recueillis à la mort de ma mère. Je me sentais suffisamment en sécurité derrière la porte, pour fixer Freyja dans les yeux. « N'espère pas que nous aurons la même relation qu'il y a quatorze ans. Il y a quelqu'un d'autre. Et les vampires ont trop voulu m'éliminer ces derniers temps pour que je leur concède une once de confiance, surtout lorsqu'ils ont déjà joué avec mon cerveau. » Ce n'était ni agressif, ni accusateur. Je vidai mon verre en quelques gorgées, hésitant à aller en chercher un autre.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Mer 29 Jan - 10:38

Il les ralentissait par son entêtement à se montrer fier et sans aucune faiblesse, et cela n’améliorait nullement l’humeur de la vampire. En un clin d’œil, ils auraient pu être chez lui, tranquillement assis pour discuter – cela s’il la laissait entrer, de toute évidence. Se réfrénant, elle fit le trajet à ses côtés, silencieuse. Il avait superbement ignoré ses propos, comme pour lui stipuler qu’il était au-dessus de tout ça. Les humains n’étaient-ils pas censés être plus dociles que cela ? Alexei et sa fierté trop omniprésente, et très exaspérante.

Qu’est-ce qui pouvait bien lui passer par la tête, en ce moment même ? Freyja n’en savait strictement rien, mais elle n’allait pas chercher à savoir. Il ne voulait pas lui dire, il se renfermait et la repoussait, bien. Il ne se débarrasserait pas d’elle pour autant. Mais il n’était pas idiot, il devait le savoir. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Elle soupira, évacuant tout son agacement devant ce trajet interminable, ce silence qui ne laissait que trop transparaître tous les sentiments qui se bousculaient en Alexei et qui n’était pas favorables. Et elle sentait encore l’odeur du sang, qui exacerbait l’envie qu’elle en avait. Stupides humains, qui étaient incapables de cicatriser rapidement et proprement.

Le trajet ayant mis à mal ses ressources de patience pourtant infinies, elle le saisit sans lui laisser de choix, pour monter les étages à sa vitesse. Fini, la tolérance. Il lui affirmait qu’elle ne pouvait pas se comporter en humaine et les comprendre, alors elle allait agir comme bon lui semblait. Sur certains aspects. Bien que le charmer la démangeait, elle n’agirait pas sur cet aspect là. Pas pour le moment. Cela lui demanderait un grand contrôle, mais n’était-ce pas ce qu’elle devait faire au quotidien depuis la fin des Années Sanglantes et leurs lois stupides ?

« Tu souhaites que je ne t’approche plus ? En es-tu réellement sûr ? Es-tu seulement sûr de la moindre chose en ce qui me concerne ? J’en doute. Tu sais que tu aurais mis longtemps et sûrement attiré l’attention, mais tu aurais fini par arriver tout seul chez toi, si tu l’avais voulu. Je ne t’aurai probablement pas laissé faire – je ne t’abandonnerai pas à te vider de ton sang dans la rue, de toute évidence -, mais tu t’es résigné bien facilement. »

Elle ne le provoquait pas, pas réellement. Elle se contentait de dire les choses telles qu’elles étaient. Ou telles qu’elle voulait le persuader qu’elles étaient. Ce qu’elle disait n’était que partiellement vrai. Il aurait pu rentrer seul, mais cela aurait été risqué. Pour lui, tout comme pour elle. Elle n’était que partiellement altruiste, dans le fait de le ramener chez lui, quand bien même elle l’était. Que cela cache une faille dans son souhait qu’elle ne l’approche plus ? Rien n’était moins sûr.

Ses yeux flamboyaient de rage, alors qu’il entrait, et se mouvait dans son appartement, la laissant dehors sachant parfaitement qu’elle ne pouvait pas entrer. Voulant l’empêcher d’entrer, en toute âme et conscience. « Tu pourrais au moins me donner un verre, que je célèbre le fait que tu sois en sécurité derrière la porte avec toi. » Un sourire, sarcastique. Il n’était pas en sécurité. En moins de temps qu’il ne lui aurait fallu pour le réaliser, elle aurait pu le charmer, et le faire l’inviter. Mais pas encore. Elle ne désespérait pas de le ramener à de meilleurs sentiments. Qu’il essaye de se rendre fort était un fait, qu’il résiste à son charme naturel et à son attractivité ne durerait pas éternellement.

Elle soupira à nouveau, entendant ses propos. « Penses-tu réellement que je veuille te transformer en vampire ? Ne l’aurais-je pas déjà fait, si tel était le cas ? Ca n’est pas mon but, et ne le sera pas. Je ne te transformerais pas contre ton gré, Alexei. Pas tant que tu es en pleine santé et que cela ne le justifie pas. Mais à quoi bon te le dire ? Tu ne me croiras pas. »

Elle avait beau être une vampire, et avoir bon nombre des caractéristiques de leur espèce, dont l’égoïsme, cela ne concernait pas le fait de transformer quelqu’un qui avait une importance pour elle – peu importance la raison de cette importance, que ce soit de l’attachement par nostalgie des souvenirs, la sensation de le posséder d’une certaine façon… Charles lui avait appris à ne pas transformer d’humains en vampires contre leur gré – ce qui était surprenant compte tenu le manque de morale de son créateur.. Elle ne l’avait fait que pendant les Années Sanglantes, sur les ordres de ce dernier.

« Et quant au fait d’être mon jouet… Réfléchis par toi même. Es-tu sous mon contrôle ? T’ais-je charmé ? Suis-je, actuellement, en train de te charmer pour te pousser à me faire entrer ? Tu te refuses à réfléchir à tout cela, préférant voir en moi une garce manipulatrice. »

Ces deux derniers mots, elle les avait prononcés en anglais. Elle n’était pas très portée sur les vulgarités, et elle n’aurait pas su évoquer cela en russe. Elle le savait en anglais parce qu’il était impossible d’échapper à ce genre de connaissances en vivant depuis de longues années dans un pays. Elle l’avait probablement entendu pour la dernière fois dans la bouche de Spencer…

« Tu l’as dit toi-même, je ne suis pas humaine. Que veux-tu que je fasse du fait qu’il y ait quelqu’un dans ta vie ? Je n’en ai cure. Et si tu ne veux pas me concéder la même relation qu’il y a quatorze ans – dont je ne veux pas non plus, au demeurant -, tu es dans ton subconscient prêt à l’idée que nous ayons une relation. Tu ne fais que retarder l’inéluctable en t’y opposant ainsi, tu t’en rendras compte tôt ou tard. Et je ne suis pas coupable des actes des autres vampires. C’est comme si je te blâmais pour un meurtre qui aurait eu lieu, mettons, en France, la semaine dernière. »

Elle leva les yeux au ciel. Avait-il conscience de l’absurdité de ses propos ? Elle ne pouvait, en revanche, laisser passer sa référence à la manipulation que Freyja avait exercée sur lui. Elle ne ressentait pas la moindre once de colère, elle était simplement lasse de se répéter. « Et cesse donc de proférer des idées faussées : si tu craignais que je te manipule à nouveau, tu ne serais pas sur le pas de cette porte, à me fixer droit dans les yeux. Mais je ne vais pas te dire à nouveau ce que je t’ai déjà dit sur une relation d’égalité. »

Il cédait du terrain, même inconsciemment, c’était flagrant pour la vampire. Il voulait camper sur ses positions, ne laisser aucun espace à Freyja dans sa vie, mais des ouvertures étaient présentes, qu’il s’en rende compte ou non. La vampire avait rouvert un pan de sa mémoire envolé, et elle retrouverait une place dans la vie de l’humain. Différente de celle qu’elle avait il y a quatorze ans, de toute évidence – mais lui comme elle avaient évolués, et elle ne désirait pas une copie conforme et bien pâle de leur relation d’antan.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Sam 1 Fév - 0:03




« Un humain, ça se mange ! »




« Tu souhaites que je ne t’approche plus ? En es-tu réellement sûr ? Es-tu seulement sûr de la moindre chose en ce qui me concerne ?... » Elle n’avait pas fini de parler que j’étais déjà loin dans l’appartement, à poser mes affaires, à me servir un verre d’alcool. Qu’elle parle si elle en avait envie, je n’étais en aucun cas obligé de l’écouter. Et je comptais bien aussi lui prouver que je ne lui appartenais pas. A chaque instant, dans chacun de mes mouvements. Mais pourquoi était-ce si important pour moi maintenant ? Ce n’était ni logique, ni rationnel, ni acceptable. Je fronçai les sourcils en versant le liquide ambré dans mon verre. Elle me changeait par sa simple présence, et je n’aimais pas ça. Je pris le temps de me détendre, et d’apaiser mon esprit, pour retrouver le calme et l’organisation dans lesquels il baigne en temps normal. « Tu pourrais au moins me donner un verre, que je célèbre le fait que tu sois en sécurité derrière la porte avec toi. » Un simple sourire, et encore ça n’en était que l’ombre, se posa sur mes lèvres. Elle s’énervait ? Bien. Moi, je restais calme. Tant mieux. C’était ainsi que cela devait se dérouler. Je pris enfin le temps de lui poser une flopée de question d’une voix atone. Neutre. Douce aussi mais sans la moindre chaleur. Je reprenais peu à peu contenance, vraiment. Mes questions ciblaient avec justesse celles que la partie rationnelle de mon cerveau parvenait à se poser. Qu’attendait elle de moi ? Je n’étais pas stupide. Les gens attendaient toujours de moi que je leur serve à quelque chose. La Mafia avait besoin d’un exécuteur sans la moindre morale, doué et discret. Ils avaient aussi besoin d’un petit chien fidèle pour accomplir leur volonté, et dans mon cas, ils tenaient la laisse serrée autour de ma gorge, m’empêchant dans une moindre mesure de me retourner contre eux. Philipp aussi était venu vers moi parce qu’il avait besoin de ce dont j’étais capable. Alors, que voulait-elle de moi ? Me transformer ? Comme Sergeï me l’avait lui aussi proposé il y a quelques années ? Comme Julien avant lui ? « Penses-tu réellement que je veuille te transformer en vampire ? Ne l’aurais-je pas déjà fait, si tel était le cas ? Ca n’est pas mon but, et ne le sera pas. Je ne te transformerais pas contre ton gré, Alexei. Pas tant que tu es en pleine santé et que cela ne le justifie pas. Mais à quoi bon te le dire ? Tu ne me croiras pas. » « En effet, je ne te crois pas. Je ne vais pas croire une personne qui se contredit à ce point, Frey. » Le surnom me semblait naturel. Comme s’il n’y avait que ce nom qui soit logique pour s’adresser à elle, en russe. Comme si je la connaissais sous ce surnom mieux que sous son nom complet. « Et quant au fait d’être mon jouet… Réfléchis par toi même. Es-tu sous mon contrôle ? T’ais-je charmé ? Suis-je, actuellement, en train de te charmer pour te pousser à me faire entrer ? Tu te refuses à réfléchir à tout cela, préférant voir en moi une garce manipulatrice. » J’arquai un sourcil. garce manipulatrice. Ce n’était un vocabulaire auquel j’étais très souvent confronté, mais j’en percevais totalement le sens. Et ça lui collait bien. Je restai silencieux. Parce qu’elle n’avait pas terminé de parler, non ? Et que je ne coupais pas la parole, ou très rarement. J’étais patient, j’étais adossé au mur le plus proche, débarrassé de mon manteau, débarrassé de mes affaires pour n’être qu’en chemise légèrement tachée et pantalon. J’avais tout mon temps parce qu’elle ne pouvait pas entrer. Et qu’elle ne me manipulait pas directement, visiblement, bridée par un ego et un sentiment que je ne reconnaissais pas chez elle. Ou que je ne voulais pas reconnaître : le principal était que ça me semblait stupide de sa part. Si j’avais été un vampire, nul doute que je serais devenu comme Sergeï. Je ne pouvais pas lui reprocher son sentiment d’omnipotence, parce qu’il était dans un sens justifié. Je ne pouvais que lui en vouloir de se laisser aveugler par la futilité de son humanité résiduelle, qu’il avait longtemps chassée avec brio. Dans un sens, je méprisais mon frère parce que je l’admirais. Il avait été mon modèle, il avait été la figure paternelle qui m’avait manqué. Et il était à présent ce que je rêvais d’être tout en craignant de le devenir. Intriguant. Et elle continuait de parler. De se ridiculiser. D’afficher clairement que j’étais sa faiblesse, et que malgré tout ce qu’elle pouvait dire sur son absence d’humanité, elle éprouvait pour moi ce que je venais de réaliser que j’éprouvais pour une autre. « […] tu es dans ton subconscient prêt à l’idée que nous ayons une relation. Tu ne fais que retarder l’inéluctable en t’y opposant ainsi, tu t’en rendras compte tôt ou tard. Et je ne suis pas coupable des actes des autres vampires. C’est comme si je te blâmais pour un meurtre qui aurait eu lieu, mettons, en France, la semaine dernière. » Mon regard se teinta pour devenir plus dur à ces mots. Retarder l’inéluctable ? Quelle était cette certitude dans sa voix, ses mots et son attitude ? Je n’étais pas un jouet, dans le sens où les chaînes qui pendaient à mes poignets actuellement – et j’en avais conscience d’en avoir un certain nombre –, je les contrôlais. Là… « Et cesse donc de proférer des idées faussées : si tu craignais que je te manipule à nouveau, tu ne serais pas sur le pas de cette porte, à me fixer droit dans les yeux. Mais je ne vais pas te dire à nouveau ce que je t’ai déjà dit sur une relation d’égalité. » Je la fixai une dernière fois. Mes yeux gris orage, identiques à peu de choses près à ceux de Sergeï, se posèrent dans les siens. « Et bien, tu as raison. Et je ne vais pas te dire encore une fois sur ce que je t’ai déjà dit sur la confiance que je peux avoir en d’autres personnes. »
Je claquai la porte
Pendant un instant, je m’y appuyai sentant le bois contre mon dos et imaginant son regard de l’autre côté de la paroi. Je fermai les yeux, inspirant posément. Avant de me décaler. Mon choix était clair et simple : les vampires étaient imprévisibles, arrogants, et surtout : dangereux. Je n’étais que de bétail à leurs yeux, et ils avaient tant conscience de cette différence hiérarchique que tous leurs propos étaient biaisés. Traiter avec Julien, traiter avec Constance : oui. J’y avais été contraint dans un sens, alors… Mais frayer avec elle… Non. J’avais conscience que c’était encore plus dangereux que la visite nocturne que j’avais rendue à la gérante du Laurentia. Je retournai dans le salon, pour me servir un nouveau verre, et allumai au passage mon ordinateur portable. Je tentai d’ignorer la présence – ou l’absence – de Freyja. Etait-elle encore dehors, à attendre ? Ou sa patience avait elle fini d’égrener ses grains pour achever le sablier ? Je me retins à plusieurs reprises d’aller voir. Une heure s’écoula, la nuit était bien avancée à présent. Soudain, mon ordinateur émit un bip pour notifier l’arrivée d’un nouveau mail dans ma boite de messagerie sécurisée. Mafia. Je fronçai les sourcils, en me laissant glisser sur le siège, et en ouvrant le message d’un mouvement de souris. Du russe, bien évidemment. Je devais rencontrer un passeur, au port sur la Clyde. Colis pour moi. Je fronçai un peu plus les sourcils. Ca ne sentait pas bon. J’attrapai mon holster, et ouvris la porte de mon dépôt d’arme personnel pour prévoir chargeurs à balles en argent et balles normales. Ca ne sentait pas bon du tout. Tout en prenant au passage un fin poignard que j’accrochai à mon avant bras grâce à un fourreau adapté, j’effaçai le message en répondant un bref j’y serai. Finalement je passai mon ample manteau et enroulai mon écharpe, avant de glisser téléphone et clés dans ma poche, et d’ouvrir la porte.

Erreur
Mes yeux gris croisèrent ceux de Freyja au moment où je passai le pas de la porte.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Lun 3 Fév - 22:28

Il prenait un malin plaisir à vaquer à ses occupations, à m’ignorer, et à agir comme si je n’étais pas à la porte, incapable d’entrer. La satisfaction qu’il ressentait se sentait dans son attitude, dans son cœur plus calme que lorsqu’il avait retrouvé tous ses souvenirs, dans ce rejet de ma personne. Il ne faisait aucun doute qu’il tentait par là de se rebeller. Ne voyait-il pas que la cause était perdue d’avance ?

Mais j’attendais. A la porte, comme une moins que rien. Tentant de contenir ma colère. Qu’espérait-il se prouver ? Son indépendance ? Le fait que notre passé commun n’avait plus aucune importance ? Fadaises. Il le réaliserait bien assez tôt. Je ne quittais pas son manège un seul instant, le suivant grâce à mon ouïe bien plus développée que celle d’un humain normal.

Il prit son temps, bien trop à mon goût, avant de revenir vers moi. Pour prononcer des absurdités. Tenter, encore une fois, de me déstabiliser par le rejet. Ne vois-tu donc pas que c’est peine perdue, petit humain ? Et pour proférer, aussi, des évidences. Avais-je seulement envisagé un seul instant qu’il me ferait confiance, sitôt que je reposerai les yeux sur lui, et inversement ? Non, bien évidemment. Si tel avait été le cas, je n’aurai eu nul besoin de le charmer.

Je parlais, alors, pendant qu’il faisait son manège. Se taisait. M’observait. Et m’écoutait. M’agitant sous le nez l’odeur de son sang, alors que je n’étais pas en mesure d’y gouter encore. Me narguant, d’une certaine façon. Plus volontairement qu’involontairement, bien qu’il y ait un peu des deux.

Son silence était pesant. Je parlais seule. Indéniablement, j’aurai pu m’adresser à une porte close que ça n’aurait rien changé. Et ce fut ce qui arriva. La parole en moins. Je n’avais aucun intérêt à continuer à m’adresser à lui, en sachant qu’il ne me répondrait pas davantage.

Une heure passa. L’équivalent d’une minute, pouvait-on supposer, pour des vampires. Et pourtant… Attendre sans savoir le point de fin était exaspérant, d’autant plus en n’ayant rien à faire. Je l’écoutais s’appuyer contre le bois, bouger, boire encore. J’entendais le son d’un ordinateur qu’on allume, de messages reçus… Des mouvements, pour effectuer une action qui me restait inconnue. Une réponse à des messages.

Un mouvement imperceptible vers la porte contre laquelle je m’étais adossée. Je me levais peu avant qu’elle s’ouvre. Je le fixais, peu décidée à partir, à rebrousser chemin. Je vis sans difficulté qu’il était armé. Ça n’était pas une sortie pour se divertir, visiblement. Je m’écartais, pour le laisser s’avancer, tout en fixant ses yeux.

« Tu ne me repousseras pas et ne me feras pas abandonner, Alexei. J’ai tout mon temps. »

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Mar 4 Fév - 15:01




« Un humain, ça se mange ! »




Je comprends mon erreur alors que je viens de passer le pas de la porte. Parce que pendant quelques minutes, j’ai oublié Freyja. Je l’ai oubliée, et il me semble que ce simple fait ne risque plus jamais de m’arriver alors que je croise son regard. Je m’immobilise une fraction de secondes, le temps de choisir la meilleure option. Elle ne m’a pas sauté à la gorge, ce que j’aurai fais dans son cas, aussi je choisis de poursuivre mon mouvement : me tourner, verrouiller la porte de mon appartement avant de ranger les clés dans la poche de ma veste. Mes yeux gris se posent sur son visage sans s’attarder sur ses pupilles, alors qu’elle s’écarte pour me laisser passer. A quoi joue-t-elle ? « Tu ne me repousseras pas et ne me feras pas abandonner, Alexei. J’ai tout mon temps. » Tout son temps ? Logique, pour une immortelle que le temps ne marque plus de ses griffes. Moi, je n’ai pas tout mon temps contrairement à elle. Déjà, je suis humain. Et mortel. Ensuite, j’ai du travail. « Je te repousse, Freyja : essaye de comprendre ça. » Oui, je la repousse. Même si je suis attiré par elle d’une manière que je ne comprends pas. J’ajuste ma veste, et commence à descendre les escaliers. « J’ai du travail, il faut que j’y aille. » J’ai juste oublié que quelques heures ne me suffisent pas pour récupérer, si plus d’une semaine n’a pas suffi. Je m’arrête deux marches plus tard, devant les étoiles qui dansent dans mon champ de vision. L’alcool ne résout pas tous les problèmes, même pour quelqu’un qui n’est pas alcoolique. J’inspire. Lentement. En considérant toutes les possibilités qui me sont offertes. Je ne peux pas visiblement aller au point de rendez vous actuellement. Tout comme je ne peux pas refuser ou décliner l’ordre de la Mafia. Je marche sur des œufs avec eux, tout comme je marche sur des braises avec la PES. Et ne parlons pas de Freyja. J’hésite, et mon indécision doit se lire sur mon visage. Mes doigts agrippent mon téléphone professionnel et demandent à mon contact le délai qu’ils peuvent m’offrir pour que j’aille chercher le colis, dont j’ignore tout. La réponse ne se fait pas attendre. Ils doutent de ma loyauté, et il faut que j’y aille si je ne veux pas qu’ils doutent encore plus et ressentent le besoin de mettre l’une de leurs menaces à exécution sans plus tarder. Mon inspiration se mue en expiration, et je me tourne vers Freyja. C’est une solution comme une autre. Après tout. Il faut utiliser tous les outils à sa disposition. Si je dois me vendre pour obtenir ce que je veux après, est-ce un tort ? Oui. Pourquoi me chuchoter un oui au creux de l’oreille ? Ma conscience me fait comprendre que je ne peux jouer avec mon âme et mon corps aussi librement que je le voudrais. Que veut Freyja de moi ? Je l’ignore. Que je cède, c’est une certitude. Mais je ne comprends les termes d’un marché que lorsqu’ils sont clairement exprimés, avec leurs limites et ce qu’ils impliquent. Et là, je ne sais pas ce qu’elle attend de moi. Au moins, je perçois quelque chose que je peux attendre d’elle, et mes yeux soupirent lorsqu’ils se reposent sur ses épaules, se refusant à croiser ses pupilles. « Bon. Ecoute. Visiblement, là, je me suis légèrement surestimé. » Pas d’accusation explicite, certes, mais sous-entendue. Car oui, il y a bien de l’accusation sans mes propos. Elle m’a mordu. Je puise une nouvelle fois dans mes souvenirs avant de lui demander sur un ton péremptoire : « J’ai un rendez vous important, donc donne moi un peu de ton sang que je puisse y aller. » Et j’accepte de te l’échanger contre ce que tu demanderas. Marchander ? Je sais faire. Commercer ? Je suis vénal : je sais faire.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Sam 8 Fév - 20:22

Je le laissais faire, bien décidée à ne pas lui faciliter la tâche. Je sentais sa piètre forme, alors que lui-même ne s’en rendait pas compte. Je sentais qu’il n’était pas en état, et qu’il allait être pris de faiblesse comme ce fut le cas dans la rue quelques heures auparavant. Il n’était pas tout puissant, il n’était pas invincible, et aussi longtemps qu’il resterait humain – peut-être à jamais -, il en serait ainsi. Mais les humains étaient doués pour ignorer ce genre de choses, pour ne pas prendre garder à ce qui pourrait leur arriver. Je ne dis rien non plus quand il reprit son ton impertinent pour se libérer de moi. Peu importait. Il comprendrait dans peu de temps que ça ne serait pas si simple.

Je ne pus retenir un sourire sarcastique, quand je le sentis chanceler, alors qu’il commençait à descendre les marches. Es-tu sûr que tu vas encore me repousser, Alexei ? Je me gardais bien d’émettre cette pensée à haute voix, évidemment. Cela n’aurait servi à rien, sinon à jubiler, et ça n’était pas le moment. Cela viendrait, mais je me gardais de faire quoi que ce soit. Il allait venir vers moi, je n’en avais aucun doute. Il n’aurait pas pris le risque de partir si tôt après son malaise, s’il n’avait rien d’important et qui ne pouvait être délayé à accomplir.

1, 2… Je n’eus même pas le temps de compter mentalement jusqu’à trois, qu’il se retourna vers moi. Qu’avais-je dit ? Il ne pourrait me résister. Quelque soit la façon dont il aurait besoin de moi, ce serait tout de même le cas. Je ne pus retenir l’apparition du sarcasme dans le sourire qui naissait à nouveau sur mes lèvres. Il s’était légèrement surestimé ? Les humains, et leur égo… Ca n’était, de toute évidence, pas léger. Si ça avait été le cas, il n’en aurait pas été réduit à ses extrémités.

Le ton accusatoire qu’il avait adopté ne fit que me faire sourire encore davantage. Oh, il me blâmait encore ? Bien. Il n’avait encore rien vu. Je n’allais pas lui faciliter la tâche aussi aisément. Clairement pas. Il avait voulu me donner du fil à retordre, mais il était en position de faiblesse actuellement. Il était demandeur, et il n’était pas en position de négocier. Il n’avait rien à me proposer, que je ne pouvais déjà avoir. L’avoir en marchandant revenait exactement au même qu’à le charmer pour cela. Avec un peu de bonne volonté de la part d’Alexei, mais pas suffisamment.

Je n’allais pas le laisser s’en tirer à si bon compte. Accepter, et établir les conditions après n’aurait pas été intelligent. Tout établir de suite… pas plus. Je devais négocier habilement, et rapidement, tout en me donnant la possibilité de revenir sur les termes du contrat à l’avenir. Et en me permettant de cultiver un lien de lui à moi, qu’il accepterait de son plein gré. Je laissais le silence s’installer, le regardant, le retardant volontairement. Ajouterait-il quelque chose ? Je l’ignorai. Après une attente que j’estimais convenable, je pris enfin la parole.

« Et pourquoi le ferais-je, Alexei ? Tu m’as bien fait comprendre que tu ne voulais pas de mon sang, tout à l’heure. Je ne me sens aucunement obligée de le faire, d’autant moins que tu l’as refusé une fois. Alors dis moi pourquoi je le devrais, ici, et maintenant. »

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Sam 8 Fév - 23:00




« Un humain, ça se mange ! »




Marchander. Commercer. Echanger. Me vendre, aussi, au plus offrant. Ca, je sais faire. Et je compte bien obtenir de Freyja ce que je veux, quoiqu’elle demande. De toute manière, elle a déjà tout eu de moi. Mais il y a une différence entre revenir vers elle volontairement – ce qu’elle croit envisageable – et revenir vers elle attiré par l’appel d’un gain que je ne peux pas trouver ailleurs. Pour le moment. Son sourire, sous mon ordre, durcit davantage les traits de mon visage. A quoi pense-t-elle, pour sourire ainsi ? Qu’elle est désormais en position de force ? Que je n’ai pas de point sur lequel faire pression pour obtenir ce que je veux sans perdre au cours de l’échange ? Elle fait durer le temps, cherchant à user ma patience avec mes propres armes. Mais elle doit avoir oublié que je suis tireur d’élite, mais surtout sniper, de formation. Le temps, je le plie à ma volonté. Il m’obéit, se froisse lorsque je veux l’accélérer, s’étire lorsque je veux au contraire percevoir les moindres vibrations de son déroulement. Je n’ai pas de super pouvoir, j’ai simplement une capacité de concentration qui me permet d’envisager l’écoulement du temps d’une manière différente. Et je n’ai l’impression qu’une seule respiration s’est écoulée, lorsque la voix de Freyja résonne dans la cage d’escalier. « Et pourquoi le ferais-je, Alexei ? Tu m’as bien fait comprendre que tu ne voulais pas de mon sang, tout à l’heure. Je ne me sens aucunement obligée de le faire, d’autant moins que tu l’as refusé une fois. Alors dis moi pourquoi je le devrais, ici, et maintenant. » Sa question est pertinente, je ne peux que lui concéder cela. Ma réponse le sera-t-elle tout autant ? Je l’ignore. Parce que je viens de me rendre compte que si je peux plier mentalement le temps à la volonté, il continue de s’écouler pour mon corps déjà malmené et affaiblit. Je cherche mes mots, je cherche à clarifier au maximum mes pensées. Je n’ai pas l’habitude de ne pas être à mon maximum. Et cela me dérange. Un peu. J’inspire. « Tu le feras parce que tu cherches à me faire comprendre que tu n’es pas comme les autres vampires depuis tout à l’heure. Et tu le feras aussi parce que je te le demande, et que je n’ai strictement aucun orgueil s’il s’agit de devoir te supplier pour le faire. » Mon orgueil n’a éclos que sous son influence, il me semble logique qu’il soit donc totalement illogique. Il s’éveille lorsqu’elle tente de m’attirer vers elle, lorsque je la provoque en lui disant que je ne suis pas son jouet, il s’affirme lorsque je me vexe d’avoir vu mes souvenirs manipulés par ses pouvoirs vampiriques, mais il s’éteint aussitôt que je vois un but à atteindre, et une nécessité qui supplante tout l’honneur et l’orgueil que pourrait avoir un être humain que l’on qualifierait de normal. Oui, je suis un jouet, parfois. Quand je l’accepte, quand je l’admets, quand je sais que le fait d’accepter de n’être qu’un jouet dans les mains de créatures surnaturelles allègera les chaînes que l’on souhaite me passer au poignet. J’ai besoin de son sang, parce que je sais qu’il me donnera suffisamment d’énergie pour aller réceptionner le colis envoyé par la Mafia, parce qu’il me permettra de ne pas perdre le peu de crédit qu’ils ont accepté d’avoir en moi, parce que tout simplement, je n’accepte pas cette faiblesse à laquelle je ne suis pas habitué. Je n’ai pas ses dons en manipulation, je le sais. Je pense aussi ne pas me tromper en sachant qu’elle va vouloir obtenir que je vienne volontairement vers elle, et pas juste par appât du gain. C’est pour cela que dans ma main droite, alors que la gauche s’appuie à la rambarde des escaliers, jaillit mon neuf millimètre, avec l’adresse du tueur plus qu’expérimenté que je suis. Balles en argent. Elle doit le sentir. « Ne m’oblige pas à te tirer dessus pour obtenir ce que je veux, Frey. Je n’ai pas hésité à tirer sur mon frère, je ne vois pas ce qui m’empêcherait de te tirer dessus. » A peine ces mots s’envolent dans les airs que je me rends compte que mon cerveau engourdit a fait une erreur. Parce que Sergeï n’était pas aussi vieux que Freyja, vampiriquement parlant.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 9 Fév - 0:49

Je ne cherchais pas à cacher le contentement que je ressentais. A quoi bon ? Il ne méritait pas que je fasse cet effort pour lui, quand lui-même persistait à m’offenser, encore et encore. Je n’aurai pas été dans la position dans laquelle je me trouvais, que je l’aurai indéniablement tué avant qu’il n’ait eu le temps de faire moitié moins. Mais mon but était de diminuer son hostilité, pas de l’exacerber en le menaçant de mettre fin à ses jours – menace que je n’aurai de toute façon guère accomplie. Mais je n’allais plus l’épargner de ce que je savais vrai : qu’il succomberait, à nouveau. Et en redemanderait. Qu’il m’appartiendrait, comme avant, mais de son plein gré. Les circonstances dans lequel il serait amené à m’appartenir ? Je voulais bien évidemment que cela ait lieu d’une certaine façon, mais elle découlera de l’autre. Si ça n’était que parce qu’il avait dans l’immédiat besoin de moi, ça serait plus tard parce qu’il en avait envie. C’était indéniable.

Je vis son visage se durcir, se crisper, en réponse à mon sourire, à ma réussite guère masquée. Que croyait-il donc ? Que j’étais une bonne samaritaine ? Que j’allais déprécier de le voir acculé ainsi ? C’était bien trop plaisant pour cela. Et si j’avais cherché à ne pas le froisser jusqu’à présent, il était hors de question que je continue. Au delà du fait de me rejeter inlassablement, il m’avait enfermée hors de chez lui pour bien trop de temps – que ma patience ait ou non des limites, cela n’en était pas moins intolérable.

Lui non plus, n’est pas réellement sensible à l’impatience. Je ne m’en souviens que trop bien. Même si, je n’en ai aucun doute, cela a été exacerbé chez lui, depuis les années durant lesquelles nous avons été séparés. Mais cela ne me fait ni chaud ni froid. Attendre davantage ? Cela ne sera jamais aussi long que celle que j’ai eu à subir jusqu’à ce qu’il daigne sortir. Il n’a pas ce temps : s’il l’avait, jamais il ne m’aurait demandé du sang, avec un tel empressement. Mais il est hors de questions que j’obéisse à sa requête dans l’instant. Il sera en retard, c’est ainsi. Son urgence ? Elle m’indiffère et m’ennuie. Ses problèmes. Il se débrouillera avec. Avec un peu de chance, s’il s’agit de quelque chose de grave et qu’il finit grièvement blessé, je pourrai ne le sauver qu’en le transformant en vampire. Je souris, d’un sourire satisfait et presque machiavélique, à cette idée. Pour peu, j’aurai souhaité qu’il lui arrive quelque chose.

« Oh mais tu t’es si bien attelé à la tâche de me convaincre que je n’étais plus une humaine et que je n’étais rien d’autre qu’une vampire sanguinaire que je serais déçue de devoir te décevoir, et de t’ôter tes idées préconçues de la tête. Et puis, je dois avouer que te voir me supplier serait un spectacle hautement divertissant… »

Un brin d’ironie dans ma voix, tout de même très sérieuse. Je pense chaque mot de ce que j’ai dit, et j’affirme être ce vampire sanguinaire qu’il m’accuse d’être. Il a refusé de goûter à la facette plus douce et plaisante que je lui ai proposée ? Fort bien, passons aux choses sérieuses, et à ma nature profonde. Il n’avait pas voulu être épargné, je n’étais plus coupable de rien. Mais qu’il supplie donc. Sa supplication serait aussi son supplice. Ma patience serait ma plus fidèle alliée, dans cette tâche. Qu’il le veuille ou non, quelles qu’en soient les circonstances, il serait à moi de son plein gré à l’issue de cela. C’était certain, il n’y avait pas de place au doute dans cette affirmation. Dus-je l’avoir à l’usure, que je l’aurai.

La situation changea en moins d’une minute, mais mon œil saisit aussitôt ce qui me menaçait. Ce avec quoi il me menaçait. Je ris légèrement. Allons donc… Croyait-il réellement me faire peur avec un flingue, qu’il soit ou non chargé de balles d’argent ? Mon rire reprit de plus belle, lorsqu’il m’affirma n’avoir pas hésité à tirer sur son frère. Son frère. Ce misérable, cet incapable. Croyait-il vraiment pouvoir nous comparer ? Si oui, il était finalement aussi stupide que tous les autres humains. « Allons, Alexei, vraiment ? Me crois-tu aussi faible que ton frère ? Il a quoi, maintenant, une trentaine d’années vampiriques à tout casser ? Pas plus. Et une instabilité qui en fait de lui une cible facile. Maintenant encore, alors durons ses premières années vampiriques… Je n’ai aucun doute quant au fait que tu l’aies tenu en joue, et probablement blessé – pas plus, sinon je ne l’aurai pas vu à mes côtés pendant les années sanglantes, je ne l’aurai pas vu récemment. Devrais-je te féliciter, de l’avoir blessé ? La seule chose que tu as probablement causée, c’est ton arrêt de mort dans sa tête, rien de plus. »

Je me moquais ouvertement. Pensait-il réellement que j’allais me sentir menacée ? Je n’hésitais pas une seconde de plus, et me fondais sur lui, envoyant l’arme au sol, en ne mettant pas de casser son poignet dans un crac sinistre, un doux son à mes oreilles. Bien plus doux que le son du coup partant, et se logeant dans mon bras. Il allait me le payer. Pas maintenant, mais il me le paierait. Je ne pourrais pas boire encore, sans l’amener trop près de la mort. Mais ça ne resterait pas impuni. Le sang coulait du haut de mon épaule droite, bien trop près de sa bouche à mon goût. Ma colère supplanta toute satisfaction passée, et je l’attrapais par la gorge, alors qu’il réussissait à me prendre un peu de sang. Assez pour être en meilleure forme, pas assez pour mener à bien la tâche qu’il avait à faire. Il se tenait en équilibre au delà des escaliers, ne devant sa survie qu’à moi.

Je n’entendais pas le tuer, évidemment, juste l’éloigner de ma plaie béante. Plaie béante que je devais refermer. Difficilement, avec mon autre main, je m’efforçais de retirer la balle en argent logée dans mon épaule, au prix d’une douleur intense qui devait se voir sur mon visage. Une fois ceci fait, la plaie se referma, ne laissant à sa vue que le sang qui avait coulé et lui était inaccessible. J’aurai pu lui en donner, peut-être. Maintenant ? Rien n’était moins sûr. La balle en main, je réfléchissais à l’endroit où je pourrais la loger dans son corps, de manière à faire le minimum de dégâts, mais à lui fournir le maximum de douleur.

« Ne me force pas à te casser l’autre poignet. Et maintenant, redis moi pourquoi je devrais te donner mon sang, au lieu de ficher cette balle dans une partie de ton corps où la douleur sera si atroce que tu ne pourras penser à rien d’autres ? Au lieu de te briser d’autres parties du corps, qui feront de ta vie durant ton rétablissement un enfer ? »

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 9 Fév - 10:58




« Un humain, ça se mange ! »




Une seconde passe. Je lui demande de son sang. Parce que j’en connais les propriétés, parce que je sais que c’est la solution la plus rapide pour que je voie pour être suffisamment en forme. Une autre seconde passe. Nos mots et nos phrases s’entrechoquent pour convaincre l’autre. J’ai besoin de son sang. Parce que sinon je ne vais pas honorer mon rendez vous avec la Mafia. Et parce que j’en ai besoin. Cette fois c’est plus d’une minute qui s’écoule, que je plie à ma volonté et que je laisse couler autour de moi sans qu’elle m’effleure. « Oh mais tu t’es si bien attelé à la tâche de me convaincre que je n’étais plus une humaine et que je n’étais rien d’autre qu’une vampire sanguinaire que je serais déçue de devoir te décevoir, et de t’ôter tes idées préconçues de la tête. Et puis, je dois avouer que te voir me supplier serait un spectacle hautement divertissant… » Peut être. Que je la supplie ne changera rien. J’ai besoin de son sang. C’est un manque qui se réveille. Un manque enfoui depuis plus de quatorze ans. Un manque dont je n’avais pas conscience, mais que je viens de toucher du doigt. Un manque qui grandit de plus en plus. Un manque qui me fait sortir mon 9 millimètres et mettre Freyja en joue. Réaction impulsive qui ne me ressemble pas ? Je ne dirais pas ça. Mon bras ne tremble pas, mon doigt caresse la gâchette comme une vieille amie qu’il retrouve. Balle en argent. Je n’ai pas hésité à mettre Sergeï en joue, et à l’abattre lorsqu’il est devenu dangereux pour moi. Comprend-elle que j’ai besoin de son sang ? Je l’ignore. Elle rit. Et moi je comprends que j’ai omis pendant une fraction de seconde qu’elle n’a pas l’âge de Sergeï. Loin, très loin de là. « Allons, Alexei, vraiment ? Me crois-tu aussi faible que ton frère ? Il a quoi, maintenant, une trentaine d’années vampiriques à tout casser ? Pas plus. Et une instabilité qui en fait de lui une cible facile. Maintenant encore, alors durons ses premières années vampiriques… Je n’ai aucun doute quant au fait que tu l’aies tenu en joue, et probablement blessé – pas plus, sinon je ne l’aurai pas vu à mes côtés pendant les années sanglantes, je ne l’aurai pas vu récemment. Devrais-je te féliciter, de l’avoir blessé ? La seule chose que tu as probablement causée, c’est ton arrêt de mort dans sa tête, rien de plus. » Elle l’a revu ? Il me hait ? Tant mieux. Je n’en ai que faire. J’exerce une petite pression sur la gâchette, que ma main achève par réflexe lorsqu’elle fond sur moi pour ôter mon arme des mains dans un craquement sonore qui se confond avec l’explosion du tir. Comment ? Que s’est il passé ? La douleur est telle que je ne l’assimile pas tout de suite avec le craquement, alors qu’elle m’attrape à la gorge, me tenant loin de son sang qui coule de son bras. Mes yeux gris sont attirés par le liquide carmin qui pulse sous mon regard. Et mon manque. Et mon envie. Ce qui me fait comprendre un peu tard que j’ai énervé Freyja. Vraiment énervée. La douleur déforme ses traits sous mon regard impassible, qui ne quitte pas la plaie du regard. Balle en argent. Elle doit bien souffrir, et la plaie va être douloureuse plusieurs heures. Je le sais, j’ai déjà blessé plus d’un vampire depuis mon arrivée en Ecosse. Mes réflexes surprennent la plupart du temps. D’autant plus que j’étais près à tirer lorsqu’elle a entamé son mouvement fulgurant. La balle se trouve dans sa main maintenant. J’attends des représailles. Mais je ne suis pas aussi démuni que ce qu’elle peut penser. Je sens la lame du poignard sur mon avant bras, et j’estime à deux secondes le temps qu’il me faut pour le dégainer. Une lame avec un fil en argent pour que les vampires ne soient pas de reste s’il s’agit de leur faire faire connaissance. « Ne me force pas à te casser l’autre poignet. Et maintenant, redis moi pourquoi je devrais te donner mon sang, au lieu de ficher cette balle dans une partie de ton corps où la douleur sera si atroce que tu ne pourras penser à rien d’autres ? Au lieu de te briser d’autres parties du corps, qui feront de ta vie durant ton rétablissement un enfer ? » Seulement, je ne vais pas faire deux fois la même erreur : la sous-estimer. J’envisage à nouveau toutes les possibilités qui s’ouvrent à moi. Mon poignet diffuse une chaude douleur dans tout mon avant bras, mais je l’ignore. Parce que j’ai déjà eu bien plus mal, et ça ne remonte pas à si longtemps, la cicatrice qui marque ma paume en est le souvenir. Ne pas la sous-estimer. Règle numéro un, maintenant. La surprendre Evidence numéro deux. Mes yeux se posent dans les siens, pour y chercher la moindre faiblesse, mais surtout pour l’immobiliser. Pourquoi l’immobiliser ? Pour me rapprocher d’elle. Pourquoi me rapprocher d’elle ? J’ignore le sang qui coule en vestige de sa blessure, le long de son bras. Je ne romps pas le contact visuel. C’est le plus important. J’inspire profondément. Et je passe brusquement un bras derrière sa nuque pour l’attirer vers moi et l’embrasser. Comme si c’est ce que je voulais depuis le début. Est-ce le cas ? Je n’en ai aucune idée.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 9 Fév - 16:02

Je ne cherche pas à savoir ce qu’il pense, ce qu’il ressent. Ce qu’il espère obtenir. Il n’aurait pas la satisfaction de me voir me plier à ses exigences. Trop tard pour lui. Plus ou moins. Je n’abandonne pas l’idée de le faire céder, je sais que j’y parviendrais, mais ça ne sera pas pour le moment. Je n’ai en tête que de le punir, actuellement. Et cette perspective a un goût agréable à mes yeux. Très agréable. Il n’en réchappera pas indemne. Pas mort, mais pas indemne. Juste assez mal en point pour être à ma merci. L’idée me plait, indéniablement. Ma victoire ne se lit pas sur mon visage – inutile de partager cela avec lui. Mon dédain, le fait que je me gausse de lui, en revanche…

Je ne peux toutefois m’empêcher de me demander s’il est inconscient, ou simplement prêt à tout. Le mouvement de sa main sur l’arme ne m’échappe pas. Je ne m’attelle pas à éviter la balle, qui ne pourra guère toucher mon cœur, et me concentre sur son poignet. Le briser, et lui faire ressentir la douleur. Le faire payer de son impertinence ainsi. Ce n’est qu’un début. Qu’il continue, et rien ne se passera comme il le souhaite. La torture ne me fait pas peur, qu’il soit meurtri pas davantage. Que cela attise sa haine et m’éloigne encore un peu plus de mon but ? Peu importe. J’en suis déjà bien éloignée, je ne me leurre pas, et il cèdera tôt ou tard. Que la tâche soit amenée à être plus ardue, eh bien, ma foi, je n’y peux rien.

Je ne quitte pas son regard des yeux, alors même que j’ignore la douleur qui provient à la fois de ma blessure et de la balle que j’ai entre les mains, quoi que celle-ci soit dérisoire. Je ne suis pas au summum de ma force, mais je reste bien moins faible que lui. Petit humain pathétique. Il m’a sous-estimée, autant qu’il s’est surestimé. Quand bien même je n’aurai pas réagi aussi rapidement pour le priver de son arme, il n’aurait jamais atteint mon cœur. Pas dans de telles circonstances. Il est à ma portée, là, au-dessus de cette cage d’escalier. Petit oiseau enfermé dans la cage de mon bras, incapable de s’en extirper.

Je ne brise pas le silence qu’il garde. A quoi bon ? Il réfléchit à un moyen de se sortir de cette situation ? Il n’y en a aucun. Il s’y est mis, indéniablement, lui-même. Pourquoi lui ferais-je la faveur de lui faciliter les choses ? Ses yeux ne trahissent, pas plus que les miens. Je ne suis pas surprise de son contrôle, malgré la douleur. Mais celui-ci ne durera pas. Qu’il croit encore un peu se maitriser. Bientôt, je le maitriserai. Je sais, je sens, qu’il ne fait pas abstraction du sang qui coule. De ce Graal, dont il veut bénéficier. Même s’il ne le regarde pas, il ne l’ignore pas. Que manigance-t-il ?

Différentes choses se succèdent dans ses yeux, mais rien qui ne puisse me préparer à ce qu’il allait faire. S’il ne m’avait pas prise au dépourvu en sortant son arme – je ne le prenais pas pour un innocent humain qui n’osait pas appuyer sur la gâchette, après tout -, ce fut indéniablement le cas quand il me rapprocha de lui, et m’embrassa. Qu’espérait-il ? Endormir ma colère ? Me faire céder à ses demandes, attirée par le plaisir charnel potentiel ? J’aurai pu. Eventuellement. Mais ça n’allait pas être le cas. Je ne rompais pas le baiser de suite malgré tout, le lui rendant même – pourquoi m’en priver, même si cela ne changeait rien à ce qui allait venir ?

Il avait malgré tout oublié un détail, en m’attirant ainsi à lui – son équilibre, et le mien. Oh, j’aurai parfaitement pu empêcher notre chute, si je l’avais voulu. Mais il en était hors de question. Je le faisais toutefois basculer, alors que nous tombions dans les escaliers – je résisterai, lui pas nécessairement. Il atterrit sur moi, à mi chemin entre les deux étages. J’avais lâché la balle, dans une tentative de le stabiliser et d’éviter de trop gros dégâts. Ne pas le soigner, oui, le blesser encore plus, certainement pas. Je sentais son sang, envoutant, à proximité. Nos bouches étaient toujours proches, mes canines égratignèrent ses lèvres, sans faire tant de mal. Juste attiser mon envie, à voir le sang qui perlait en petite quantité. Mais je n’y succomberai guère.

Je me relevais, le faisant ainsi basculer sur le côté – sans grande délicatesse. Qu’il ne croit pas qu’il avait gagné la partie, uniquement parce que je n’avais pas mis fin à ce baiser, ou parce que mes crocs trahissaient mon envie de son sang, et de lui. Mon contrôle était intact, quoi qu’il en soit. « Allons, Alexei, tu croyais réellement qu’il en faudrait si peu ? Je me suis nourrie sur toi pas plus tard qu’il y a quelques heures, ma faim n’est pas réveillée. Et je peux très bien combattre les pulsions que tu fais naître en moi. Ça n’est pas de cette façon que tu me convaincras. »

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 9 Fév - 17:02




« Un humain, ça se mange ! »




Je sens sa surprise lorsque je plaque mes lèvres contre les siennes. Je sais exactement ce que je fais, j’ai seulement un doute quant à la réaction de la vampire. Un léger flottement, et je la sens me rendre le baiser. Ce qui me surprend. Bien plus que tout le reste. Bien plus que notre équilibre qui s’effiloche, qui se rompt. Je nous sens partir en arrière, mais je suis encore si surpris par le retour de Freyja que rien ne me permet de me détacher d’elle et de chercher à accuser le coup de notre chute entremêlée. Le temps sembla se dilater et je sentis son corps à elle amortir le choc à plusieurs reprises, m’épargnant des bleus et des fractures. Mais pas le coup violent de mon coude contre le coin d’une des marches, qui rend invisible la douleur de mon poignet brisé. Je n’ai plus aucune sensation dans tout mon bras et mon air surpris s’amplifie quand notre chute s’arrête. Je me rends compte de notre position. Et de sa présence si proche de moi. Nos visages se regardent, ses canines égratignent mes lèvres. Je sens une goutte de sang qui s’échappe de ma petite blessure, et je fixe Freyja. Ne pense-t-elle pas m’avoir déjà pris suffisamment de sang ? Visiblement c’est son avis, puisque sans ménagement, elle me repousse sur le côté, et mon coude percute le mur, m’arrachant un hurlement vite bâillonné. Et m#rde. Je reste à taire, appuyant ma tête contre le mur et fermant les yeux, lorsque Freyja fait son intéressante. « Allons, Alexei, tu croyais réellement qu’il en faudrait si peu ? Je me suis nourrie sur toi pas plus tard qu’il y a quelques heures, ma faim n’est pas réveillée. Et je peux très bien combattre les pulsions que tu fais naître en moi. Ça n’est pas de cette façon que tu me convaincras. » J’ai le souffle court à cause de la douleur. Je n’ai pas les idées claires. Et ma situation dégénère sans cesse depuis la sortie du cinéma. Je refuse de regarder mon bras, et mon coude inutilisable pour le moment. Ma main encore fonctionnelle va chercher mon portable dans ma poche qui, fort heureusement, n’a rien. Je sers les dents parce que bien évidemment, c’est la main dont le poignet est brisé. Mon mouvement est horriblement lent, mais je prends tout le temps nécessaire, pour essayer d’envoyer un message à mon contact Mafieux. Je n’ai pas d’autre choix que de ne pas y aller, maintenant. J’essaye de me relever, en maugréant un « Va au diable » bien humain et qui ne me ressemble pas le moins du monde. Mais se relever lorsqu’on a un bras inutilisable, et de l’autre côté un poignet brisé, ce n’est pas tache facile. Je ferme les yeux, sers les dents et retiens la douleur en m’appuyant sur le mur et en poussant sur mes jambes. C’est essoufflé que je m’adosse, debout, au mur le plus proche. Ma main veut faire tourner le téléphone dans le creux de ma paume, pour que j’achève le message, et voilà qu’il m’échappe, et tombe hors de ma portée. Une flopée de jurons russes appris pendant mon enfance – et pas vraiment poli – m’échappent. Je commence à vraiment fatiguer, nerveusement parlant. Ma situation dégénère sans que je ne puisse rien y faire, et Freyja refuse, dans une volonté d’être têtue, de m’en sortir par quelques gorgées de son sang aux vertus que je connais très bien. Ma situation dégénère. Vraiment. Parce que le besoin que je ressens d’absorber de son sang n’est pas uniquement du à la douleur qui me vrille la concentration et affole mon rythme cardiaque. Je regarde la porte fermée, en haut. Mon portable, par terre. Et mon poignet et mon coude qui refusent de se plier à ma volonté. Un soupir m’échappe, alors qu’une seule solution m’apparait comme envisageable. « Tu as gagné, Freyja. » Je fais un pas dans l’escalier pour remonter vers mon palier. Indépendant, certes, mais lucide. Et pour ouvrir la porte, je vais avoir besoin de ses poignets à elle. Et de son sang. Vraiment. Le besoin, réveillé, s’impose à moi à chaque minute un peu plus. « Je t’invite dans mon appart. Les clés sont dans ma poche. » Et ramasse mon flingue, s’il te plait. Et mon téléphone. Et donne moi de ton sang, s’il te plait. Être faible, être réduit, voilà qui me fait plus mal que la douleur qui pulse et de mon coude, et de mon poignet.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 9 Fév - 20:59

Je vois bien la surprise envahir le visage d’Alexei – tant lorsque je lui rends son baiser, que lorsqu’il constate notre position. Serait-il donc prude ? L’idée m’amuse, tant elle me semble invraisemblable. Mais qu’il croit que je n’allais pas lui rendre son baiser l’est presque autant – allons bon, il se targue de connaître les vampires, et ne sait pas que notre appétit n’est pas que pour le sang ? Cet aspect là de notre relation passée ne lui est donc pas revenu ? C’est bien dommageable, car je me souviens très bien de ses réactions qui parlaient pour lui quand au plaisir qu’il prenait lors de nos échanges charnels. L’effet de mes mains expertes, surement… Je ne voyais qu’une raison pour qu’il ne s’en souvienne pas : il devenait sénile. Mais je l’aiderai à se rappeler, ça n’était pas un problème. Même s’il continuait à oublier.

J’observe ses blessures, d’au dessus de lui. J’ai beau avoir essayé de le protéger, il est tout de même mal en point. Je ne vais plus pouvoir lui refuser mon sang bien longtemps – pas sans compromettre réellement et sa santé, et sa capacité à se soigner. Je le vois se relever, tenter d’écrire un message de son poignet brisé. Même salement amoché, il continue à être aussi borné. Je l’entends jurer, et ne relève pas. Il veut utiliser ça comme exutoire à la douleur ? Me blâmer, encore ? Bien. Cela m’indiffère purement et simplement.

Il n’y arrive pas, évidemment. A quoi s’attendait-il ? Réussir, comme ça, alors qu’il ne tient même pas debout ? Qu’il a les deux mains endommagées ? Quelle belle preuve d’optimisme… et de naïveté. M’approcher, et l’aider ? Je ne suis pas stupide, et je sais qu’il ne ferait que me repousser. Tant pis. Qu’il lutte, souffre, jusqu’à ce qu’il n’ait nul autre choix que se résigner. Les bras croisés, je le dévisage. Compte-t-il porter sa fierté en écharpe longtemps encore ?

Je suis les mouvements de ses yeux du regard. La porte, le téléphone. Il ne peut rester ici, blessé comme ça, évidemment. Le plus sage serait de l’amener à l’hôpital. Ou de lui donner de mon sang. La première option n’est clairement pas envisageable. Pas avec la marque de mes crocs sur lui. Pas si je veux ne pas être inquiétée pour des blessures que je ne lui ai pas infligées. Ou presque pas. Je me laisse le temps de la réflexion, alors qu’il prend la parole, daigne ponctuer le silence de sa voix. J’ai gagné, vraiment ? Oui, j’ai gagné. Il cède. Pas pour moi, mais pour son propre intérêt. Il doit aussi peu que moi vouloir se retrouver à l’hôpital.

Pas de sourire suffisant sur mon visage, cette fois, un hochement de tête tout au plus. Avec le raffut, je dois être rapide, et discrète. Pas un problème, pour une vampire. Je le prends dans mes bras, prends ses clefs, et le pose sur son canapé. Son téléphone est toujours sur le sol. Je doute qu’il soit encore en état de marche, après sa chute. Il verrait bien, cela dit. Ca ne me concernait pas. Je ressors donc, pour le récupérer, ainsi que le flingue – et nettoyer le sang. Il y en a, peu, mais il y en a. Inutile d’alarmer qui que ce soit. Les voisins doivent avoir entendu le coup de feu, et qui sait s’ils n’ont pas appelés les flics.

Je referme la porte, sans bruit, et m’approche d’Alexei présent sur le canapé. Je pourrais résister encore, lui refuser mon sang, mais il doit aussi bien savoir que moi que je n’ai plus trop le choix, maintenant. Je m’ouvre le bras avec mes canines, et fait goutter le sens de ce dernier, au dessus de sa bouche. Qu’il en tombe sur le canapé ou ses vêtements le temps qu’il l’absorbe m’importe peu. Je m’assois à ses côtés, sur l’accoudoir. Il saura me dire d’arrêter, il saura quand il sera suffisamment rétabli pour ne pas en prendre davantage. Et s’il n’y arrive pas, attiré par ses vertus dont je sais qu’il les apprécie, je l’arrêterai moi-même.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Lun 10 Fév - 0:10




« Un humain, ça se mange ! »




« Rubens ! Qu’est ce que tu fais ? Y’a le gros Mikhaïl qui t’attend, tu lui as promis un combat et j’ai parié sur toi ! » Je lève mes grands yeux gris vers Steban. « Je fais pas de promesse, Steban. Tu le sais. » Je ne fais pas de promesse, parce que je les tiens pas si je n’en ai pas envie. J’ai regardé Mikhaïl, j’ai remarqué que je n’avais aucune chance de le battre. Alors je ne vais pas faire ce combat. J’ai un instinct de préservation qui supplante, et de loin, mon honneur et les promesses que l’on peut m’attribuer.

Je ne comprends pas en quoi cette fille m’attire. Pourquoi. Elle m’a abordé dans la rue violemment, m’appelant Sergeï, comme mon grand frère. Et là revoilà qui tourne autour de moi. Qui vient au bar où je travaille. Qui me regarde. Et moi, qui la regarde aussi. De plus en plus. Souvent. Je ne comprends pas ce que je pense ressentir, parce que je ne ressens rien. Normalement. Mais je la désire. C’est un fait.

Je ressens un grand vide. Un vide que je ne peux combler seul. J’ai besoin de quelque chose mais j’ignore de quoi. J’ai l’impression que ces derniers mois n’ont été qu’un brouillard. Seul le tir de précision éclairci mes pensées et les affine tant et ci-bien que ma concentration n’a plus de limite. Je suis en manque. La violence, le travail, ma recherche de la perfection : voilà qui me permet de combler temporairement ce manque qui me vrille les tympans et qui déclenche des maux de tête si puissants que je m’écroule. Je suis en manque. Mon organisme est en manque, et j’en ignore la cause. Rien dans ma mémoire ne me permet de savoir ce que je n’ai pas. Argent ? Alcool ? Fille ? Je peux avoir ce que je veux. Je me noie dans le travail. Pour devenir le meilleur, parce qu’il n’y a que sur le champ de tir que le manque disparait et s’évapore.


Je suis sur mon canapé. Mon coude a commencé à gonfler de manière inquiétant, et j’ai du mal à rester lucide. Des souvenirs débarquent en moi comme des chevaux devenus fous et hors de contrôle. Des souvenirs de Freyja, mais même postérieur. Des souvenirs de mensonge, de déloyauté, de manque. Freyja m’a porté jusque là, mais je n’ai rien dit. Pourquoi ? Parce que j’ai perdu, et je sais accepter la défaite. Parce que je sais que derrière cette défaite, se cache une victoire que je n’attendais plus. Alors que j’ignorais tout d’elle quelques heures plus tôt, mon corps se souvient de nos quatorze ans de séparation comme s’il n’avait jamais pu les oublier. J’ai les yeux fermés mais je l’entends s’asseoir à mes côtés et m’offrir son bras blessé, que ses capacités vampiriques réparent rapidement. Mais avant ça, mes lèvres se sont teintées de son sang carmin, et j’avale en me détendant imperceptiblement. J’étais en manque. Un manque oublié pendant quatorze ans, par la force des choses. Je sens des picotements dans mon bras, dans mon poignet, et même dans le creux de ma main égratignée un peu plus tôt dans la soirée. Ma respiration s’approfondit au fur et à mesure que la douleur explose et s’évapore. Je tousse une fois. Deux, même. Je n’ai eu que quelques gouttes avant que sa plaie ne se referme, mais cela me suffit pour que lorsque mes yeux gris se rouvrent, ils se posent instinctivement sur elle. Mon rythme cardiaque, sous mon contrôle, s’apaise et se stabilise. Et soudain il s’emballe. Alors qu’une douleur violente me prend à la poitrine, et que je me plie en deux sur le canapé. On ne comble pas un manque de quatorze ans comme ça. Et bien j’ai compris la leçon. « Qu’est ce que tu as fait de moi ? » Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, et mon bras à peine rétablit se plie vers lui comme pour l’arracher et faire en sorte que la douleur s’apaise. Je suis empêtré dans mon manteau, mais je me recroqueville sur moi-même comme si on m’ensevelissait sous des coups pour me protéger le plus possible de tout ce qui m’entoure. Moi qui étais revenu de plus en plus à l’anglais, je crache dans ma langue maternelle un « J’en veux encore » qui est plus semblable à un couinement qu’autre chose. Le manque. Mon corps m’en a fait part pendant tant d’années que je m’y suis habitué. Vraiment. Et mon organisme ne supporte pas ce brusque changement. Je m’emmêle dans mon manteau et ma veste alors que j’essaye de les enlever, en veillant à garder Freyja loin de moi. Mes bras s’enserrent autour de mon torse alors que je ramène au maximum mes genoux contre ma poitrine. Plus de fierté mal placée, plus d’humanité – ou peut être trop – je refuse de regarder Freyja, alors que j’attends que mon cœur se remette de cette affluence soudaine de la drogue qui lui manquait. « Qu’est ce que tu as fait ? Pendant tout ce temps… » La réalité des quatorze ans s’abat pleinement sur moi. Je n’ai plus trente et un ans, j’en ai dix huit. Et je suis seul pour la première fois depuis des mois. Sauf que cette fois : je sais pourquoi. « Tu m’as abandonné. » Et mon cœur me fait mal. Physiquement. A défaut de pouvoir me faire souffrir psychologiquement. Pas de sentiments, ou alors je l’ignore. Mais c’est mon organe qui menace de me lâcher.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Mer 12 Fév - 23:30

Un silence. Un long silence. Un peu plus, et je croirais qu’il boude. Si je ne le sentais pas si songeur, si loin du moment actuel, je le croirais réellement. Ça n’aurait pas semblé déplacé : il venait de renoncer à tout ce pourquoi il se butait depuis que nous nous étions revus dans le cinéma, après tout. Mais c’était Alexei, ça n’était pas le genre de choses qu’il faisait. Se résigner et plonger dans le mutisme ? Oui. Bouder comme un enfant ? Pas réellement. Ses pensées me sont interdites, mais je sens sa décontraction, ce retour soudain à la réalité, alors qu’il boit mon sang. Je le vois faire son effet, réparer ce qui a été blessé – par moi, mais pas que. Et surtout, je sens sa satisfaction alors qu’il boit le peu de sang que je lui donne. Et je me remémore. Je me remémore toutes ces années qui, si elles existent, sont floues. Son addiction, surtout. Je ne m’en souciais que peu, voire pas du tout, à l’époque. Mais elle était bel et bien là. En profiter ? Lui laisser un peu de répit ? Lui faire comprendre que c’est trop tard, pour qu’il me repousse encore ?

Je le dévisage, et attends. Attends l’explosion. Les reproches à venir – qui me lassent d’avance. Je ne réponds rien. C’est inutile, purement inutile. Quoi que je dise, il restera persuadé que je suis la source de tous ses malheurs. La source de tout ce qu’il ressent et qui m’échappe. Qui m’échappe, et m’indiffère, à vrai dire. Je le regarde effectuer son manège, perplexe. Qu’espère-t-il faire à part, peut-être, se blesser dans un geste maladroit ? Mes sourcils se froncent, à le voir se recroqueviller, se lever, tenter de se dévêtir, parler pour tenter de comprendre une réalité qui lui échappe, parler pour ne rien dire, parler pour chasser la confusion en lui, et la force du déferlement du à mon sang.

Car oui, c’est bien ça, qui a causé tout ça. Ce breuvage dont il a été privé pendant quatorze longues années, ce breuvage qu’il a aimé à chaque seconde, qui était addictif pour lui. Ce breuvage qui a, en quelques secondes, en quelques gorgées, affermit son emprise sur lui, comme si rien ne s’était passé. Et pourtant… Quatorze ans ont passé. Ce n’est, pour l’instant, qu’une dépendance psychique, qui se présente à lui, j’en suis persuadée. Il n’a pas pu ne pas être sevré en quatorze ans. Il imagine cette dépendance physique, il ne peut en être autrement.

Je souris, imperceptiblement, quand je l’entends. Je l’ai abandonné ? Devrais-je perdre mon temps, lui expliquer que je n’avais guère le choix ? Que j’aurai tout aussi bien pu lui laisser ses souvenirs, et le laisser réellement ressentir le manque, le laisser être misérable ? Qu’en effaçant mon souvenir de sa mémoire, je me protégeais autant que je le protégeais lui-même ? Qui aurait cru ce qu’il aurait pu dire, si je lui avais laissé ses souvenirs ? Qui ne l’aurait pas pris pour un fou ? Qui n’aurait pas rit, et ne l’aurait pas méprisé, de son addiction que tous auraient jugé fictive ? Je n’avais, évidemment, pas pensé cela alors que je partais, mais c’était un fait. Une vérité, indéniable. Que je l’ai envisagé ou non, que je m’en sois soucié ou non. Alors non, je ne répondais pas. Je n’allais pas perdre mon temps. J’avais bien mieux à faire.

Je m’entaille la lèvre avec mes crocs, pour l’obliger à y venir chercher le sang. Je sais qu’il n’y résistera pas. Ou avec difficulté. Il ne peut nier la détente que mon sang lui a apportée, le soulagement, le calme en lui. Même si temporaire. Je laisse le sang couler sur mon menton, et m’approche de lui, le regarde dans les yeux. L’embrasse. Qu’il veuille ou non résister, je ne lui laissais pas le choix.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Ven 14 Fév - 21:16




« Un humain, ça se mange ! »




J’ai l’impression qu’à chaque respiration, quelqu’un me plante un couteau dans le cœur. J’ai l’impression qu’à chaque respiration, une main me broie le cœur avec la minutie d’un bourreau. Et il ne s’agit bien évidemment pas du tout de sentiment. La douleur est physiologique selon toute apparence, comme le reflet de ce que je n’éprouve pas.
A moins que ce ne soit le contraire
Ma voix me semble étrangère quand j’entends ce gémissement que je ne peux que trouver pitoyable, et qui se plaint d’elle m’ait abandonné. Est-ce réellement une plainte ? Je ne sais pas. Un reproche ? Peut être. Il y a des choses que le cerveau d’un humain peut encaisser, mais il a aussi des limites. Douleur, manipulation mentale, douleur – encore – et manque soudain assouvi partiellement, et surtout réveillé, voilà qui est trop pour le mien. Mon cerveau si méthodique, si rationnel, si insensible, si étranger aux émotions… il ne comprend plus rien et refuse de fonctionner. Ma volonté et ma raison, les voilà en ruine. Ce ne sont plus que des lambeaux soulevés par la force de l’incompréhension, alors même que mon corps accélère le processus de guérison. Comment, alors, puis-je dans ces conditions espérer résister à son sang qu’elle dépose sur mes lèvres, en m’embrassant de force. De force ? Comment puis-je ne pas répondre à ce baiser, alors qu’elle m’offre sur un plateau la drogue que je désire, et le désir tout simplement ? Je perçois son sang circuler dans mes veines pour réparer tout ce qui a été malmené ces dernières heures. Je perçois son sang qui me procure une force insoupçonnée, et un désir que j’avais oublié. La douleur n’est plus qu’un vague souvenir, alors que je l’embrasse de manière toujours plus appuyée. J’ai l’impression d’être lucide tout en sachant qu’il n’en est rien, que c’est loin d’être le cas. Et comme avec Sasha, je me sens plus humain que jamais, alors que mes mains s’agrippent à son haut. Sasha. Sasha. Ce nom est une douche froide qui traverse un court, très court, instant le rideau de brume déposé sur mes pensées. Court instant, mais l’important c’est qu’il est là. Et je la repousse, malgré tout ce que me dit mon corps et son sang dans mes veines. Ma volonté tente de se reconstruire dans une fragile construction de papier que le vent peut faire disparaitre à tout instant. Je me lève du canapé pour m’éloigner de Freyja. Avec difficulté. Mon poignet me lance dans une douleur fantôme qui me rappelle son absence. Je prends le temps de considérer Freyja le plus objectivement possible, mais j’ai du mal. Trop de mal. J’axe ma concentration sur un seul point : ma respiration. « Ta victoire est totale. Je suis à nouveau ton jouet. » Ma voix est rauque, légèrement désabusée. Pas de vexation, pas de déception. Juste un constat. Teinté d’amertume. Les quatorze ans n’existent plus. Plus vraiment, non… Il n’y a qu’elle devant moi. Et… « Et maintenant ? » Je ferme les yeux un instant, en serrant les poings pour dissimuler – à qui ? Elle, moi ? – les tremblements qui les animent. Et pour me forcer à paraître détendu, alors qu’elle doit bien savoir que c’est loin, très loin, d’être le cas. Je m’approche de mon bureau ou se trouve mon ordinateur en veille, mais ne m’y arrête pas pour autant. Je contourne le plan de travail, pour sortir deux verres et une bouteille d’alcool. Ma voix se teinte d’un cynisme que je ne me connais pas mais que j’ai bien souvent entendu chez Sergeï, lorsque je lui propose : « J’imagine qu’on peut fêter ça autour d’un verre… » avant de remplir d’office les deux verres du liquide ambré typiquement écossais, loin de ma vodka natale. Je pose un peu durement la bouteille sur le plan de travail, avant de m’y appuyer. Tête baissée en direction des verres, pour éviter le regard de Freyja, dans un premier temps, qui ne dure pas longtemps, puisque je relève vite mes yeux gris pour les placer dans ceux de la vampire. Je me contiens pour ne pas la rejoindre. Je déteste imaginer sur mes poignets des chaînes dont je ne veux pas, et dont je ne peux pas m’accommoder.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Sam 15 Fév - 19:12

Je ne dis rien, je n’esquisse aucun geste, je le laisse faire. J’ai peut-être eu l’initiative de l’embrasser, mais il saisit mes lèvres, me rend le baiser, empressé, buvant le sang qui sort de ma lèvre avant qu’elle ne cicatrise. Empressé, aussi, quand il agrippe mon haut, me rapprochant un peu plus de lui. Je ne fais plus rien, tout vient de lui. En a-t-il seulement conscience, et serait-il prêt à le reconnaître – mieux, à l’accepter ? Probablement pas. Aucune importance. Il a déjà abandonné, il est déjà sur le chemin de l’abandon de soi, de l’acceptation.

Je ne suis pas le cheminement de ses pensées, mais je le sens se raidir, je le sens tout remettre en cause. Que peut-il donc avoir en tête, pour y puiser la force de me repousser comme il le fait, et pour s’éloigner ? Je souris. Comme si ça allait m’arrêter. Comme si ça allait l’arrêter, lui. Oh que non, s’il réussissait à me repousser, il ne pourrait contrecarrer l’appel du sang si longtemps. Définitivement pas. Je le vois me dévisager, comme s’il cherchait à cerner celle que j’étais. Celle que je suis. Comme si, peut-être, il mettait ses idées préconçues de côté pour un instant.

Un court instant, bien vite avorté. Il ne cessera pas de me voir comme une vampire cruelle et manipulatrice – quand bien même il apprendrait à apprécier m’avoir à ses côtés, à apprécier réellement mon sang au delà du manque, à apprécier tout ce que l’on pourrait partager. Il n’a de toute façon pas tort. Je savoure la victoire, parcourant tout son corps des yeux, sans me restreindre par une fausse pudeur ou la possibilité de le mettre mal à l’aise. Aucune importance – réellement aucune. Il a baissé les bras, et ne fuira plus, plus vraiment, alors je n’ai plus aucun gant à prendre. Simplement à savourer.

Et j’y compte bien. J’ignore sa voix, qui le trahit tout autant que les tremblements qui agitent son corps – en adéquation avec les battements de son cœur, avec l’agitation qui le parcoure. Il reconnaît sa défaite, mais n’accepte pas. Je suis persuadée qu’il voudrait combattre la chaleur apportée par le sang dans son corps, le bien-être qui en découle, l’envie lancinante qui se forge une place en lui. Similaire à celle que je tais en permanence concernant mon envie de sang humain, et pourtant différente à bien des niveaux.

« Et maintenant, que veux-tu faire, Alexei ? »

Oh, pas que ça n’ait grande importance. J’ai des projets, et des envies, et il n’y coupera pas… Mais feindre l’intérêt quant à ses réelles envies n’est ma foi pas un grand sacrifice. Je le laisse décider, continuer ses mouvements, ne le quitte pas du regard alors qu’il parcoure une partie de son appartement. Qu’il s’éloigne de moi, met probablement involontairement une barrière entre nous, avec le plan de travail qui nous sépare. Barrière qu’il brise métaphoriquement en nous servant à chacun un verre, sa voix prenant un ton que je n’aurai pas cru entendre.

« Faisons donc ça. » Je contrôle sans soucis ma voix, ne trahissant pas l’idée que j’ai derrière la tête. Il le saurait bien assez tôt. Je m’approche toutefois, doucement, à vitesse humaine, et prend le verre dans lequel je trempe mes lèvres. Je n’en bois qu’une petite gorgée – j’ai toute la soirée pour le finir. Et des envies bien différentes…

Je contourne bien rapidement le comptoir, alors qu’il fixe ses yeux dans les miens. Je souris, alors que je m’approche. Je le plaque contre un des meubles, m’empare à nouveau de ses lèvres, avant de le mordre à nouveau à l’endroit où je l’avais marqué auparavant. Contrevenant à toutes les lois qui nous sont imposées. A toutes les mesures que l’on doit adopter. Peu importe. Il sera suffisamment intelligent pour ne pas me trahir – et ne pas se trahir. Il ne le fera pas tant qu’il y trouvera un intérêt. Et son attrait sur mon sang est bien suffisant, pour le moment.

Je passe mes mains sous sa chemise, ne laissant aucun mystère sur mes intentions, alors que je l’embrasse à nouveau – sans y mêler mon sang, cette fois. Il en a bien assez eu pour le moment. « Ou bien, on peut passer à des activités autres, tout aussi intéressantes… » Lui donner l’impression d’avoir le choix, quand il n’en est rien. Je ne le laisserai pas agir autrement, et son désir non plus. Il n’y résistera pas, j’en suis certaine.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 16 Fév - 1:19




« Un humain, ça se mange ! »




Appuyé sur le plan de travail qui me sépare de Freyja, j’essaye de faire le point. A grand peine. Je suis immanquablement attiré par sa présence, par ses mouvements qui la rapprochent de moi alors qu’elle vient chercher son verre sans masquer le regard qu’elle pose sur moi. Moi. Dans ma totalité. Pas juste mes yeux qui intriguent habituellement mon interlocuteur par leur couleur assez rare et surtout particulière. Moi. En me mettant à nu d’un simple regard qui ne masque pas un seul instant l’étincelle victorieuse qui l’anime. Et étrangement, ça ne me surprend pas. Ce regard, je le connais. Ce n’est pas le première fois que je le rencontre, et quelque chose me dit que ce ne sera pas non plus la dernière, aussi je l’accepte sans sourciller. « Faisons donc ça. » Voilà donc sa réponse à mon cynisme. J’avale une gorgée du liquide ambré, qui est vite masqué par le feu qui consume mes veines à cet instant. L’alcool n’est rien par rapport au sang de vampire. L’alcool est étouffé par la force conférée par le sang de Freyja. Je n’ai pas pu boire une seconde gorgée que je m’aperçois qu’elle n’est plus en face de moi, mais à côté. La barrière immatérielle représentée par le plan de travail est dissoute. Et j’esquisse un mouvement en arrière. Esquisse, seulement, puisqu’elle me prend au dépourvu. Me plaque contre l’un des meubles dans un mouvement brusque je n’avais pas vu venir. Que j’oublie dès qu’elle s’empare de mes lèvres pour les abandonner tout aussi rapidement et me mordre à nouveau dans le cou. « Lâche moi… » Ordre désespéré ? Peut être. Spontané du moins. Oui, voilà, spontané est le mot. Parce que je n’ai pas pu le retenir, quand bien même je le sais inutile. Elle, me lâcher maintenant ? Alors que je suis totalement à sa merci ? Ce serait mal la connaître. Elle a autant de considération pour moi que j’en ai pour mes semblables. Autant que nous pourrions en avoir pour des insectes. Ses mains se frayent un passage sous ma chemise, alors que je cherche à capturer ses lèvres à nouveau. Je ne pense plus. Comment penser, à cet instant ? « Ou bien, on peut passer à des activités autres, tout aussi intéressantes… » Je ne suis plus le seul à avoir rendu les armes, ma raison et ma réflexion ont-elles aussi déserté le navire. Pour ne laisser plus que l’humain agir. Je ne cherche même pas à lui résister, son sang parle pour elle et moi en guidant mes mains qui se faufilent dans son dos, connaissant le chemin à parcourir avec l’expertise de mes souvenirs rendus.

Mes yeux fixent le plafond de ma chambre, sans s’y arrêter. Ils ne regardent que le ciel, invisible, qu’ils imaginent au dessus de nous. Comment en sommes nous arrivés là ? Je n’en ai aucune idée. C’était logique, dans un sens, à partir du moment où j’ai cédé. Où elle m’a tendu un piège, où elle m’a conduit par ses manœuvres à ne pouvoir que quémander de cette drogue dont j’étais si dépendant. Accro. Adepte de ce qui peut passer pour un simulacre de ces passions qui animent les hommes et qui me fuient. Je me concentre sur ma respiration, refusant de considérer ce qui m’entoure. Et maintenant ? Et maintenant… et bien, je n’en sais rien. Je vais agir comme un Ivanov, très certainement. J’ai la traîtrise dans le sang, mais pas seulement. Une certaine débrouillardise. Je me mets dans des situations compliquées, mais je vois toujours un moyen d’en tirer parti à mon avantage. Il ne reste qu’à espérer que cette fois ne fera pas exception. Parce que j’ai beau penser, je sais que je suis ferré. Prisonnier de cette dépendance à son sang, à ses morsures, à ses manipulations. Enchaîné à son contact qui me brûle. Qui m’anime. Qui me fait vivre et qui réveille l’humain amorphe réfugié au creux de mon être. Une vampire qui me fait me sentir humain ? Nous aurions tout vu. Je préfère penser que Sasha et Valentina ont, elle, le don de faire resurgir cet humain qui éclot au fond de moi. Mais la vérité est que Freyja aussi l’a, ce don. Un don sauvage, un don qui me met à son service, qui m’enchaîne à elle avec des liens plus solides que toutes les loyautés que j’ai pu piétiner sans sourciller. Une solution évidente m’apparaît sous la forme d’un pieu qui transperce le corps de celle qui me tient d’une poigne de fer sous son emprise. « Фрейя, ты сука. » Freyja, tu n’es qu’une garce. Les mots ont franchi mes lèvres avant que je ne les retienne. Tant pis pour elle, ce n’est que la vérité. Pas de notion de bien, pas de notion de mal chez moi : cette dichotomie m’est étrangère puisqu’à mes yeux couleur perle, tout le monde n’est que du gris uniforme de la prévisibilité. Je me lève pour enfiler un jogging quelconque, me rendant en quelques pas dans la salle de bain où de l’eau gelée essaye de chasser la brume qui éloigne toute réflexion posée de moi. Devant la glace, je m’observe. Les marques de ses crocs dans ma nuque sont bien visibles sur mon torse nu. Vais-je devoir m’habituer à leur présence ? Est-ce que ça me dérange ? J’ai peur que la réponse à cette dernière question ne soit pas la même qu’à celle qui la précède.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 16 Fév - 18:21

Lâche moi. Ces deux mots, je les entends parfaitement. Je me serai moquée, si je n’avais pas été occupée, si je n’avais pas eu mieux à faire. Car oui, j’avais mieux à faire. Et tout en Alexei corroborait avec cet état de fait. Son désir était évident, et rien n’aurait pu me faire reculer. Rien ne l’aurait fait reculé non plus. Sa mémoire retrouvée ranime l’expérience passée. Oui, il veut s’unir à moi autant que je veux m’unir à lui, et ses gestes assurés me le prouvent.

Je ne bouge pas, alors que, dans sa chambre, il se lève – aurait-il besoin de quoi que ce soit que ça m’indiffèrerait. Le jour ne va pas tarder à se lever, je le sais, et il est temps pour moi de me terrer en prévision. Mais j’ai une dernière chose à faire, avant cela. Lui laisser mon numéro. Un numéro, en tout cas. Et prendre le sien. Des fois que… Envoyer un message est toujours plus civilisé que lui tendre une embuscade à s’attendre alors qu’il ne s’y attend pas. Nue et sans aucune pudeur, je me lève et cherche son portable – rapide, avec les dons que me confère ma condition de vampire.

Inscrire mon numéro dans le sien, m’envoyer un message à partir de ce dernier, rien de plus simple. A-t-il plusieurs téléphones ? Vu la nature de l’humain, cela ne serait guère une surprise pour moi… Peu importe. Je n’ai aucune envie de chercher, et peu m’importe celui que j’ai le droit ou non d’utiliser.

Le verre qu’il m’a servi est toujours sur le plan de travail et je m’empresse de le boire. Hors de question de prendre à nouveau de son sang – j’en ai bien assez eu, même plus que nécessaire, et que je l’ai ou non soigné entre temps, je n’allais pas compromettre sa santé. Je m’attarde un instant, avant de le rejoindre, un sourire toujours plus charmeur, et assuré sur les lèvres – quoi que je dise ou fasse, il me contacterait.

« Tu m’apprécies comme ça. » Je reprends le russe qu’il a employé quelques instants plus tôt, pour me dire que je suis une garce. Je ne l’ai jamais nié, je n’émets aucune opinion contraire. Ais-je jamais affirmé être plaisante et innocente ? Certainement pas. Tenir à l’ascendant que j’avais sur lui, tenir à l’être humain qu’il était d’une curieuse manière, de toute évidence. Être pour autant respectable et gentille ? Cela n’était pas en adéquation avec la nature des vampires, et peut-être même pas avec elle que j’ai été humaine.

Aucune importance. Plus je passais de temps ici, plus je risquais de me faire surprendre par le soleil. Je me rhabillais, ne remettant que ma robe… Le reste importait peu, et pouvait rester chez Alexei en souvenir. « Je vais y aller. Tu as mon numéro dans ton téléphone. Passe une bonne journée, Alexei. A la hauteur de ta nuit, j’espère. » Oh, ce genre de remarque n’allait pas lui plaire. J’aurai aimé voir sa réaction. Je fermais malgré tout la porte, la claquais plutôt, pour m’empresser de rentrer tant qu’il était encore tant.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   Dim 16 Fév - 22:28




« Un humain, ça se mange ! »




Mon reflet m’observe, et je prends le temps de le considérer dans sa globalité. Suis-je bel homme ? Je n’en ai aucune idée. Ce n’est pas ça que je vois lorsque je me regarde dans le miroir – ce qui arrive d’ailleurs peu souvent – mais plutôt d’infimes détails sur ce que je suis. Ce nez, droit. Ce menton. Ces rides sur mon front aussi. Tout cela me fait penser à Sergeï. J’ai les mêmes yeux que lui, ce même regard impassible, exempt d’émotions. La seule différence avec lui est dans ces deux petites marques dans ma nuque. Dans la respiration tranquille qui soulève mon torse, et ces cicatrices qui le marquent par endroit. J’imagine qu’un corps de vampire doit être parfait, puisqu’aucune blessure ne subsiste. Les miennes sont bien trop anciennes, ou assimilées par mon organisme, pour avoir été réparées par le sang de la vampire, et cela me convient. Mes doigts courent le long d’une cicatrice sur mon torse lorsque que j’entends se déplacer jusqu’ici. « Tu m’apprécies comme ça. » Comment ça ? Mes yeux gris contemplent le spectacle de sa nudité, glissant sur ses courbes pour remonter vers son visage. Le russe qu’elle emploie ne me dérange plus. Nous sommes dans la continuité de notre relation d’il y a quatorze ans, et je sais que je n’en pense pas spécialement du bien, tout en sachant que je n’aurais pas pu faire autrement. Elle ressort de la salle de bain, je prends le temps de me mouiller à nouveau le visage avant de la rejoindre dans ma chambre où elle est en train de passer sa robe. « Je vais y aller. Tu as mon numéro dans ton téléphone. Passe une bonne journée, Alexei. A la hauteur de ta nuit, j’espère. » J’arque un sourcil en tressaillant. Bonne journée ? Je n’ai pas de notion de bien, bon, mal dans mon esprit, et elle le sait, il me semble. Je sais à peu près ce que peuvent penser les humains de mon comportement, et le jugement qu’ils peuvent aussi y apporter, mais ce n’est pas mon genre de faire de même. Tuer, voler, mentir, ça ne me pose aucun problème. Vraiment. J’entends la porte claquer juste avant que je réagisse, et à ce bruit, j’esquisse un sourire. Claquer la porte, voilà qui montre l’empressement. Et aussi, peut être, une crainte de faire demi-tour ? Je vais terminer le verre que nous n’avons pas pris le temps de finir, qu’elle ne m’a pas laissé le temps de finir, plutôt, et je bois à petite gorgée le whisky ambré, avant d’aller prendre mon téléphone professionnel durement malmené la veille. Je consulte rapidement mes contacts, et ne trouvant pas de nouveau numéro, je déduis qu’elle a utilisé mon téléphone personnel qui se trouve dans la chambre. Logique. Un nouveau point de rendez vous et une nouvelle date pour le colis que j’avais à aller chercher. Bien. Je verrai cela plus tard. Il est encore tôt puisque le soleil n’est pas encore là, mais je sais d’expérience que je ne me dormirai pas. J’attrape les clés de mon armurerie, préférant passer les heures qu’il me reste à réviser mes armes, vérifier les calibres et les réglages. Pour me sortir Freyja de l’esprit.

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MessageSujet: Re: Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]   

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Un humain, ça se mange ! (2/2) [Livre II - Terminé]
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