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Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Dim 12 Jan - 22:56

Elle était née, à une décennie près, en même temps que les prémices du cinéma. Elle se souvenait parfaitement de l’engouement des gens pour ces projections, aussi archaïques aient-elles été, tant en Amérique que lors de son arrivée en Angleterre, où les commères n’avaient que ça à la bouche – ça, et les faux pas des autres femmes, évidemment. Aussi étrange que cela puisse paraître, malgré sa curiosité envers cela quand elle était humaine, elle n’avait jamais mis les pieds dans un cinéma. Bon, quand elle était vampire, ça avait été plus compliqué… S’il y avait maintenant des séances de nuit, ça n’était pas réellement le cas, auparavant. Et elle avait eu d’autres humains à fouetter, bien sûr. Et quand elle était humaine… Elle gérait l’entreprise pour mon mari, elle n’avait pas le temps d’être frivole comme les autres femmes, en dehors des apparitions nécessaires (et appréciées), au sein des événements de la société de l’époque. Guère de cinéma pour elle, donc.

Ainsi, après avoir enterré avec diligence un certain nombre de corps froids et qui n’avaient soit ni identité, ni famille et ne nécessitaient donc nulle cérémonie, elle avait pris la direction du cinéma. Elle n’avait rien à faire d’autre de la nuit, et elle n’avait aucun doute quant au fait qu’on ne lui amènerait aucun autre corps durant la nuit. C’était bien connu, ils ne seraient trouvés qu’au matin… Sauf si le ciel tombait sur la tête des vampires, et qu’ils s’en mêlaient. Mais ça n’était pas réellement leur crédo, de profiter de leur nuit ainsi. Et puis, elle n’en avait strictement rien à faire. Elle pouvait être sûre que ses collègues humains lui refileraient le sale boulot. Elle en aurait bien mordu un ou deux, pour leur en faire passer l’envie, mais même si elle continuait à se nourrir sur des humains, elle n’était pas stupide à ce point. Même si elle les avait charmés, quelqu’un aurait pu voir les morsures, et remonter jusqu’à elle. Aisément.

Ainsi donc, devant les locaux, elle regardait. Des noms qui ne lui parlaient nullement. Des affiches hideuses. Mais peut-être pourrait-elle au moins se distraire en riant du ridicule de la chose… Elle prit un billet pour Justice League, qui lui semblait avoir l’affiche la moins criarde et la moins rebutante. Si elle avait entendu parler du scénario et de son absurdité, elle n’aurait probablement jamais envisagé de mettre un pied dans une telle salle. Avec un peu de chance, dans la noirceur de cette dernière et dans la discrétion du film, elle pourrait se faire un casse-croute… Et elle ne pensait bien évidemment pas à ce popcorn immonde que les humains de compagnie des vampires mangeaient bruyamment, et avec lequel elle avait envie qu’ils s’étouffent. Ni de ce Tru Blood à l’odeur si désagréable qu’il lui donnait envie de faire subir la mort véritable à ses congénères. Non, rien de tout ça. Attendant le début du film, et l’extinction des lumières – car ils n’allaient pas garder cette lumière, si ? -, elle sondait la salle du regard, repérant les humains isolés. Si bien qu’elle ne remarqua pas celui qui entrait…

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Dernière édition par Freyja Swayne le Mer 22 Jan - 9:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mar 14 Jan - 23:09




Un film, ça se mange !




« Valentina ? Tina ? … Mais qu’est ce que tu fais, où est ce que tu es très exactement ? … Comment ? Mais nous sommes mardi… Comment ? Des amis ? » Ma voix se teinta de reproches. Comment cela, elle sortait avec des amis ce soir. Mais nous étions mardi… Je lui en voulais, et cela m’intriguait. Pourquoi être affecté par ce simple fait, ce n’était pas la première fois qu’une de nos soirées entre frère et sœur était annulée. Mais c’était la première fois que c’était Valentina qui décommandait, voilà où se situait la différence. Pourquoi ? Pourquoi quoi ? Pourquoi me sentais-je vexé de m’être vu poser un lapin, puisque telle était l’expression la plus adéquate que j’avais à mon répertoire. Voilà. Je me retrouvais donc devant le cinéma, avec deux places ne sachant trop qu’en faire. J’étais riche, j’avais plus d’argent qu’il ne m’en fallait pour vivre et ce n’était donc pas le fait de les avoir payés qui m’agaçait. C’était plutôt le fait d’avoir une place et de ne pas en savoir quoi faire. Et de se sentir rejeté. Je n’avais pas à me sentir rejeté, parce que je m’estimais au dessus de cette émotion et impression humaine. Je n’avais pas à me sentir rejeté par une petite sœur que je ne connaissais que depuis quelques mois, par une petite sœur que je n’avais pas vue pendant plus de vingt cinq ans, par une petite sœur que je n’avais pas vue grandir. Non ? Non. Je levais les yeux au ciel. Qu’il était agaçant parfois de ressentir des émotions que l’on ne comprenait pas faute de les voir s’épanouir en nous que depuis peu de temps. Je m’évertuais à refermer la vanne que la mort de mon meilleur ami avait ouverte en Afrique. Il était étrange que la mort d’un chien, d’un simple chien, soit venue à bout d’un mur d’indifférence présent depuis plus de vingt ans. Finalement, j’haussai les épaules. Le film allait commencer, et même si le cinéma m’intriguait plus qu’il ne me plaisait – je n’arrivais pas à saisir ce que les gens appréciaient devant des scènes plus qu’irréalistes et surjouées – je finis par me décider à entrer dans la salle indiqué sur le petit bout de papier remis par la caissière. Voilà une chose que Valentina m’avait fait découvrir. Le cinéma. L’orphelin d’une putain n’a pas vraiment l’occasion d’aller dans ce genre d’établissement, et le tueur à gages encore moins. Le traducteur, en revanche… le traducteur, le grand frère d’une russe adoptée par des Ecossais sympathiques… j’esquissai un sourire, en prenant place sur l’un des fauteuils du cinéma. Je m’y enfonçais légèrement, dans un froncement de sourcil agacé. Je n’étais pas à l’aise, contrairement à ce qui était escompté par les architectes. Le bruit ambiant me mettait sur les nerfs, la présence de spectateurs aussi. Par réflexe, je pris le temps d’inspecter les lieux, alors que des personnes entraient toujours. Mon cœur fit un raté, et, fait exceptionnel, mon cerveau aussi, alors que je croisais le regard d’une personne. Un souvenir diffus essaya de se tracer un chemin dans ma mémoire vers la partie consciente de mon cerveau, mais il semblait englué dans quelque chose de plus sombre… noir… Je penchai légèrement la tête sur le côté, comme interpellé par un bruit lointain, en essayant de détacher mon regard de la femme. Je plissai les yeux, pour tenter de me concentrer davantage. Inutile de préciser combien mes tentatives étaient un échec. Sans savoir pourquoi, je pensai à Sasha. Oppenheimer. Je clignai des yeux, mais peine perdue, rien n’y faisait. Mon regard restait accroché à la silhouette de la vampire. Pardon ? Qu’avais-je pensé ? Que venais-je de penser à l’instant ? Rien, à nouveau mes pensées s’effilochèrent comme de la brume, et je me rendis compte que le film était commencé. Comment avais-je pu ne pas avoir conscience de la réalité à ce point pendant… j’observais les spectateurs et estimais la durée du film déjà passé à dix minutes. Autant de temps. Mes sourcils se froncèrent à nouveau, dans une moue interloquée. Souplement, je passai par-dessus les rangées de siège, sans tenir compte des personnes qui me faisaient part de leur mécontentement devant mon déplacement. Je les ignorai, et en quelques mouvements je me laissai glisser aux côtés de la jeune femme. Je ne savais pas vraiment pourquoi, j’avais l’impression de la connaître alors que ma mémoire rejetait fermement cette option. Pour l’une des premières fois de ma vie, je devais choisir entre mon instinct, qui ne s’était que très rarement fourvoyé, et ma mémoire qui avait toujours été là lorsque je la réclamais. Elle me faisait défaut au moment où je m’y attendais le moins. Et je refusais de croire que c’était du au hasard. Je m’humectai les lèvres et sans tenir compte de la projection face à nous, je lui demandai : « Excusez moi… nous nous connaissons ? » J’entends la voix de Valentina s’élever dans ma tête. Et bien, Lexei, on pourrait presque croire à une technique de drague si ta voix n’était pas aussi chaude que le Pôle Nord…


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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mer 15 Jan - 0:18

C’était donc ça, un film ? Un ramassis d’idiots qui croyaient avoir des super pouvoirs, et affrontaient des super vilains ? Une vision bien manichéenne, et hautement stupide, de l’avis de Freyja. Ça ne faisait que peu de temps qu’il avait commencé, après ces interminables publicités pour tous ces rebutants produits humains, et Freyja s’ennuyait déjà ferme. Et elle avait de l’expérience dans l’ennui, après plus de cent ans d’existence. Pour peu, elle aurait presque explosé de rire. Mais au lieu de ça, elle se concentra sur un spectacle bien plus divertissant… Elle avait cru voir Sergeï, un instant, dans la salle. Mais elle savait qu’il n’était pas en Ecosse. Et elle avait senti son humanité, qui était indéniable. Alexeï. Elle ne l’avait pas vu depuis quelques années déjà. Il l’avait oubliée, bien sûr. Depuis quatorze ans, en même temps… Un long temps, pour un humain. Ça, et le fait qu’elle ait effacé de sa mémoire son image, tout en l’hypnotisant pour qu’elle lui revienne en la voyant.

Elle regarda son manège, amusée. Il commençait à se souvenir, un peu. Le noir de la salle devait entraver l’ordre insidieux en lui, résidu de leur rencontre. Le plus innocent, en soit. La reconnaître n’engageait à rien. Lui donner son sang si elle le demandait, en revanche… Allait-il sauter le pas ? Lui demander qui elle était ? Si ça n’était pas le cas, elle lui ferait signe de venir. Probablement. Au bout de combien de temps ? Une heure, ou deux, ou à la fin du film, peut-être. Qui sait. Elle appréciait ce manège, le voir se questionner sans se souvenir. Rien de sadique ou de cruel, dans cela, pour une fois. C’était un amusement on ne peut plus sincère, presque enfantin. Elle ne réalisait même pas à quel point les quelques semaines, irrégulières, passées à ses côtés l’avaient impactée. Pas tant que ça, mais assez pour qu’elle fasse preuve d’indulgence pour la lenteur de sa mémoire. Et Freyja ne faisait jamais preuve d’indulgence.

Un sourire franc vint orner ses lèvres, alors qu’il se mettait à escalader les sièges, pour venir vers elle. Avait-il compris, s’était-il souvenu ? Ou bien la curiosité dépassait tout le reste ? L’un ou l’autre serait distrayant. Elle n’avait aucun doute de son attitude s’il ne s’était pas encore rappelé : elle ne lui dirait pas la vérité tout de go. Il devrait la mériter. Ou s’efforcer de la gagner. Ce serait nettement plus enthousiasmant et amusant. Gêner les humains, en agissant ainsi ? Elle n’en avait cure. Et c’était leur rendre service, que de les empêcher de se lobotomiser avec un tel film.

Elle ne se tourna pas une seconde, alors qu’il s’asseyait à côté d’elle. Elle n’avait pas besoin de ça pour le sentir troublé, perplexe. Agité aussi – mais c’était le cas avant qu’il ne la rejoigne, avant qu’il ne la repère, même. Que faisait-il donc dans ce cinéma, s’il n’y était pas à l’aise ? Elle ne se posa guère davantage la question, toutefois, détournée du cheminement de ses pensées par l’interrogation d’Alexeï.

« Tu ressembles beaucoup à ton frère. Encore plus que quand nous nous sommes vus en 2003. »

Première indice. Le rattacherait-il au fait qu’elle l’ait pris pour lui, et l’ait gentiment meurtri du fait de cette méprise ? Elle ne s’en souvenait pas comme d’un humain stupide – pas non plus particulièrement brillant, comme tous ceux de cette espèce, mais plus que la moyenne. Elle se pencha vers lui, charmeuse tout en sachant ne pas avoir besoin de le convaincre qu’elle ne lui voulait aucun mal, et huma son cou.

« Ton sang n’a pas changé… L’odeur est toujours aussi délicieuse. »

Elle se recula, peu désireuse malgré tout de se faire repérer ainsi dans une salle de cinéma. Elle était certaine que des caméras les observait, et si ses paroles ne seraient pas filmées, s’abreuver sur un humain comme ça probablement. Et cela lui couterait de nombreux ennuis. Faire profil bas était conseillé. Si elle devait s’abreuver de son sang… Cela attendrait un endroit plus discret. Bien plus discret.

« Vas-tu te souvenir, Alexeï ? »

Elle lui avait parlé en russe tout du long. Cela le surprendrait surement, mais contribuerait aussi peut-être à rafraîchir sa mémoire. Et parler une langue peu voire pas parlée en Ecosse avait un avantage indéniable : personne ne les comprendrait.

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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mer 15 Jan - 11:33




Un film, ça se mange !




J’avais l’impression d’être englué comme une mouche sur une toile d’araignée. Plus je tirais pour m’en dépêtrer, moins c’était possible. J’avais l’impression que quoi que je fasse, j’étais attiré par cette femme comme un vulgaire insecte par la lumière d’une bougie, et malheureusement pour moi j’avais aussi conscience que je n’allais pas subir un meilleur sort que ledit insecte. Et pourtant, voilà que je me glissais par-dessus les sièges, pour m’asseoir à côté d’elle et lui parler. Comme si je ne pouvais pas m’en empêcher. Elle souriait, alors que je lui demandais si nous nous connaissions, m’apportant un élément de réponse. Bon sang, que je n’appréciais pas voir ma mémoire me faire défaut. Je n’étais pas stupide, bien au contraire, je me savais suffisamment intelligent pour apprendre quatre langues couramment en moins de huit ans, et pour analyser froidement les situations qui s’offraient à moi. Et là, pourtant, je ne voyais rien. Les bruits du film, que je ne comptais pas du tout regarder au final, me paraissaient lointain, alors que je l’auscultais du regard, cherchant à décortiquer ses traits pour les comparer avec ceux que recensait ma mémoire visuelle. « Tu ressembles beaucoup à ton frère. Encore plus que quand nous nous sommes vus en 2003. » Mon frère ? Sergeï, bien sûr. « Vous êtes une vampire. ». Première observation. Premier constat. Ce n’était en rien une question, c’était une affirmation, et un premier élément de réponse. Je ressemblais à mon frère ? Ce n’était pas étonnant, je devais avoir son âge maintenant, et si j’allais continuer à vieillir, lui allait être figé dans la trentaine pour l’éternité. Figé dans la trentaine, et retenu je ne savais où par Interpol. Elle se pencha vers moi, et je ne retins pas un mouvement de recul, me souvenant de ma dernière rencontre avec une vampire. « Ton sang n’a pas changé… L’odeur est toujours aussi délicieuse. » Nouvel élément. L’ultime, peut être. Une vanne se brisa dans ma mémoire, et j’hoquetai. De douleur, de compréhension. J’hoquetai, je me noyais dans une vague de souvenirs qui me faisais suffoquer, qui compressaient mon cœur dans une douleur pointue qui marqua tous les traits de mon visage pendant une poignée de secondes alors qu’elle posait une question désormais inutile. « Vas-tu te souvenir, Alexeï ? » Je m’aperçus à cet instant qu’elle parlait russe depuis le début. Je papillonnai des yeux, alors que je reprenais un certain contrôle sur mon corps et sur ma respiration. Quelques mots russes, peut être incompréhensibles puisque fortement teintés de mon accent sibérien et de l’argot des rues, furent les seuls que je fus capable de prononcer à cet instant. « Sortons. ». Je me levai. « Freyja. »

En quelques pas de brume, je fus près de la porte, sans savoir si elle m’avait suivi, si elle comptait me suivre, ou si j’allais me retrouver seul devant la porte de la salle. Dans tous les cas, mon cœur battait à toute vitesse à mes oreilles, mon sang affluant à un rythme régulier que je percevais avec l’acuité d’une ancienne pomme de sang. Parce que c’était de cela dont il était question. Parce qu’il n’y avait aucun doute à avoir. Elle m’avait volé mon sang pendant des mois, elle avait charmé le sosie de Sergeï. Elle connaissait mon frère. Elle m’avait volé une part de ma mémoire, et je ne savais pas ce qu’elle m’avait volé de plus. Je m’étais adossé au mur le plus proche, cherchant à comprendre le cours des événements. Mes souvenirs de Freyja n’étaient qu’éparses dans ma mémoire, me permettant de comprendre qu’il en manquait encore. Mais le principal était là. Sasha. Je tendis le bras devant moi, pour me rendre compte que ma main tremblait. J’expirai dans le but de me calmer, sans vraiment de succès. Que j’étais pas homme à paniquer, normalement. J’étais un homme qui analysait froidement toutes les situations, sans s’embarrasser d’émotions humaines. J’étais ainsi, du moins, lorsqu’elle m’avait rencontré la première fois, et qu’elle m’avait appelé Sergeï. Que j’avais compris à quel point nous nous ressemblions. Mais les années avaient passé et j’avais changé. Beaucoup changé. Qu’allait-elle penser de ce que j’étais devenu ? Je secouai la tête. Pourquoi cette question ? Depuis quand m’intéressais-je à ce que l’on pouvait penser de moi ? Sasha… « Pourquoi maintenant ? » Parce qu’il ne faisait nul doute pour moi qu’elle avait choisi l’endroit, le lieu, la date. Elle avait eu un contrôle plein et entier sur moi, à Moscou. Voilà ce qui apparaissait clairement de ses souvenirs qui ne me paraissaient pas miens.


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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mer 15 Jan - 17:44

Il était subjugué par Freyja, qui aimait le voir ainsi. C’était du fait de ce qu’elle avait imprimé dans sa mémoire, de toute évidence, mais aussi de ce qu’ils avaient partagé, elle en était sûre. Elle sourit à nouveau, quand il lui affirma qu’elle était une vampire. Il commençait à se rappeler réellement. Il n’en faudrait que peu, pour que ce soit réellement le cas. Elle était encore très proche de lui, malgré le geste de recul qu’il avait effectué, comme pour le perturber un peu plus par les sensations qu’il devait ressentir et ne pas comprendre. Aussi bien des résidus du temps passé ensemble que des réflexes dus aux actes passés de Freyja.

Plusieurs personnes à proximité se retournèrent en entendant les hoquets qui le secouaient, regardant Freyja comme elle lui faisait du mal. Elle était à deux doigts de le charmer pour qu’il se calme, mais il le fit de lui-même, tout en jurant suffisamment fort pour que les regards qui se tournent sur eux soient non plus inquiets, mais incendiaires. Elle hésita à les corriger, après qu’Alexeï soit parti… Mais là encore, c’eut été imprudent, et même franchement dangereux pour elle. Organiser des carnages en étant masquée était une chose, en réaliser un seule, probablement filmée par des caméras de surveillance… Elle n’était pas si stupide.

Elle sortit donc, d’un pas léger et passant presque inaperçu. Elle ne se pressa pas, toutefois, préférant sonder Alexeï. Comment prenait-il le retour de ses souvenirs ? Il était troublé, de toute évidence. Énervé ? Elle n’aurait réellement su le dire. Cela aurait été la réaction d’un humain normal. Serait-ce la sienne ? Pourquoi voulait-elle tant savoir s’il allait la repousser ? Il suffirait d’un regard, de quelques mots, et il lui obéirait, comme il l’avait fait avant. Mais c’était toujours mieux si cela venait de lui, et n’était pas forcé. Cela avait pris du temps, à Moscou, de parvenir à créer cette envie et ce besoin chez lui, de partager avec elle ce qu’elle voulait de lui, mais elle y était arrivée. Y parviendrait-elle à nouveau ?

Elle éluda sa question – pensait-il réellement qu’elle avait anticipé leur rencontre ? Elle ne savait guère qu’il était revenu en Ecosse, encore moins qu’il se trouvait à Glasgow.

« Je ne m’attendais pas à te trouver ici. Depuis combien de temps es-tu en Ecosse ? Et depuis quand parles-tu anglais ? »

Elle s’exprimait toujours en Russe – besoin de s’exprimer en toute discrétion ? De raviver le lien qui s’était créé entre eux, par le biais d’un environnement plus ou moins similaire ? Peut-être les deux. Elle ne s’approchait pas plus que de raison – chaque chose en son temps. Le laisser assimiler, se souvenir pleinement. Savoir qu’il avait été à elle. Et ne pas passer pour menaçante – auquel cas il aurait pu lui attirer des ennuis.

« Te souviens-tu réellement de Moscou ? Qu’as-tu fait, pendant ces quatorze années, Alexeï ? »

Quiconque connaissait superficiellement Freyja et aurait assisté à la scène se serait dit qu’elle cherchait à endormir sa méfiance, avec ses questions. Quiconque la connaissait réellement aurait contemplé avec surprise son attitude – depuis quand la vampire s’embarrassait-elle de s’intéresser à ses interlocuteurs humains, qu’elle méprisait plus que tout ? Depuis quand ne leur susurrait-elle pas de doux mots tout en maintenant le contact visuel, pour les convaincre de boire un verre en sa compagnie… d’être son verre, plutôt. Etait-ce en souvenir du bon vieux temps, ou d’un passe temps destiné à enrager Sergeï, l’Ivanov humain était devenu son humain, et presque le seul sur lequel elle se nourrissait ? Elle-même n’aurait su le dire. Mais elle attendait, réfrénant ses envies d’agir comme au bon vieux temps, réellement désireuse d’avoir des réponses à ses questions.

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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mer 15 Jan - 19:26




Un film, ça se mange !




Pourquoi maintenant ? Je n’arrivai pas à comprendre pourquoi ma question me semblait stupide et pourtant si pertinente en même temps. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’elle avait provoqué notre précédente rencontre tout comme elle avait provoqué celle là. Mes souvenirs me montraient une image d’elle que je n’arrivais pas à contredire malgré tout ce que je savais de la manipulation dont j’étais clairement la victime. Qu’il était dur de passer du statut de prédateur à celui de proie acculée… Pourtant, ce n’était pas la première fois que ça m’arrivait. Je resongeai à Constance, je songeai à Julien. A chaque fois, j’avais cette impression en côtoyant un vampire. Et je n’estimais pas ça particulièrement déplacé. Comme je l’avais fait remarquer à la gérante du Laurentia, les vampires étaient les prédateurs naturels des humains, tout comme les humains étaient ceux des vaches. A leurs yeux, il était évident que nous n’étions que du bétail, et je ne m’en offusquais pas, tant qu’ils gardaient en mémoire que nous n’étions pas aussi inoffensif que les vulgaires vaches dont nous faisions nos repas. Mais là… face à Freyja, j’avais la désagréable impression d’être impuissant. De ne rien pouvoir faire qui aille contre elle. Mes souvenirs ne me rappelaient pas d’instant où ça n’avait pas été le cas. Manipulation ? Oui, bien évidemment. Mais ça ne changeait rien au fait que j’étais inquiet. Perdu. Pourquoi maintenant ? « Je ne m’attendais pas à te trouver ici. Depuis combien de temps es-tu en Ecosse ? Et depuis quand parles-tu anglais ? » Réponds à ma question si tu souhaites que je réponde aux tiennes. Les mots se formèrent sur mes lèvres, pour mourir dans leur insolence. Comment ? Depuis combien de temps… depuis quand… Mais… tu ne me cherchais pas ? Je fermai les yeux. Pourquoi donc ces questions ? Ce n’était pas… moi que de questionner les gens avec ce ton geignard qui n’avait aucun sens pour moi. J’inspirai lentement. Calmement. Il fallait que je retrouve la maîtrise de mes mouvements, de ma respiration, de mes pensées, le plus tôt possible. Les émotions ne m’étaient pas familières, et lorsqu’elles affluaient ainsi, je me noyais, me perdais, et il n’était pas question que ce soit le cas actuellement. Je la sentis rester à distance de moi – tant mieux – et l’entendis me poser de nouvelles questions. « Te souviens-tu réellement de Moscou ? Qu’as-tu fait, pendant ces quatorze années, Alexeï ? » Me souvenir de Moscou ? Oui. De nous ? Non. Je n’avais pas encore eu le temps de faire le tri dans tous les souvenirs qu’elle avait libéré en moi. Lorsque je rouvris les yeux, ce fut pour les poser dans les siens. Se souvenait-elle de mes longs silences ? Ces silences exaspérants qui montraient le plus souvent ma conception singulière du temps qui s’écoulait sans moi ? J’avais une maîtrise sur mon Temps, qui me permettait de le plier mentalement à ma volonté. Je pouvais rester immobile des heures, concentrer sur un unique point avec le fusil comme extension de mon bras, en ayant l’impression de n’avoir attendu qu’une poignée de secondes. Et à contrario, je pouvais décomposer un mouvement rapide en une infinité de fraction de temps, réagissant à l’instinct et avec calcul à un mouvement humain rapide. Et c’était pour cela qu’à cet instant que le temps filait étrangement entre mes doigts, alors qu’elle m’avait posé des questions qui n’attendaient de sa part que des réponses brèves et claires.

D’une voix atone, en fixant un point derrière elle, je formulais ma pensée le plus distinctement, me maintenant à l’anglais comme pour m’ancrer en Ecosse et ne pas partir dans le passé, au cœur de ma Russie natale. « Tu ne me cherchais pas… Tu ne me cherchais pas ? Je... » Je secouai la tête pour me sortir du brouillard dans lequel s’empêtraient mes pensées. « Je suis en Ecosse depuis la trêve. Depuis mai. Et je parle anglais depuis bientôt sept ans maintenant. » Réponses claires, nettes, précises, sans fioritures. Je voulais garder un certain contrôle sur moi-même, et pour cela, je marquais clairement mon libre arbitre en ne m’étendant pas sur le sujet. De toute manière, en quoi cela l’aurait elle intéressée de savoir que je m’étais découvert un don et un attrait pour les langues ? Que j’en parlais désormais couramment cinq ? J’haussai mentalement les épaules, en resongeant à sa deuxième question. Ma voix se teinta d’amertume alors que je mettais un peu plus de distance entre nous, allant même jusqu’à lui tourner le dos pour m’engager vers la sortir du cinéma. « Comment veux tu que je m’en souvienne clairement, alors que tu m’as volé cette partie de ma vie ? » Si Sasha et Valentina avaient le don de me faire ressentir la joie qu’il y avait à sortir et rencontrer des amis, Freyja m’apprenait l’amertume et la rancune avec un talent sans pareil. Rancœur aussi. Et vexation. Devais-je la remercier ? Je n’en avais aucune idée. Tout ce que je savais, c’était que je n’avais plus dix sept ans, et que quatorze années avaient passé. « Et je ne vois pas en quoi ma vie t’intéresserait. » Sec. Froid. Atone. Légèrement perturbé par un peu de fierté que j’ignorais avoir.


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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mer 15 Jan - 21:39

Etait-ce de la colère ? De l’incompréhension ? Etait-il encore perdu dans le flot de souvenirs qui avait du refaire surface ? Là où Freyja aurait compris rapidement les sentiments de n’importe quel humain, elle se retrouvait désemparée face à Alexeï. Qu’est-ce qui pouvait donc le travailler ainsi, et le perturber à ce point ? Et, par corrélation, désorienter Freyja. Elle ne s’était pas attendue à le revoir, et certainement pas en Ecosse, mais il ne lui serait jamais venu à l’esprit qu’il serait si méfiant, s’ils se revoyaient. Pourquoi était-il autant sur ses gardes ? Elle ne l’avait pourtant guère maltraité… Au delà de la méprise de leur première rencontre. D’autant qu’elle en avait eu le pouvoir, de maintes fois. Elle aurait pu le briser, si tel avait été son souhait.

Elle commençait à cerner ce que lui renvoyait Alexeï – ce n’était ni colère ni incompréhension, mais de l’hostilité. Ou du moins le prenait-elle comme cela. Et ça lui déplaisait grandement. Le ton de sa voix, son attitude, le fait qu’il ne se rapproche pas alors qu’elle restait éloignée par… respect, le silence qu’il maintenait. Qu’il maintenait délibérément, elle en était certaine. C’était déjà le cas auparavant, mais ça n’avait jamais été déplaisant comme ça l’était actuellement. Tout au plus un peu irritant.

Etait-ce un moyen pour lui de regagner le contrôle qu’il semblait avoir perdu ? Voire l’esprit qu’il avait perdu. La vampire savait que les humains étaient par moment étranges, et si cela l’indifférait la plupart du temps, ici ça l’exaspérait. Elle était confrontée à une chose qu’elle ne pouvait guère comprendre, et qui lui échappait par conséquent totalement. Non, vraiment, elle ne comprenait pas.

Pour peu, elle aurait tourné les talons. Il ne s’était passé que peu de temps, mais elle ne sentait clairement pas Alexeï disposé à l’accueillir comme il se devait. Et elle aurait tôt fait d’agir impulsivement, étant donné l’incompréhension qui la berçait à cause de cela. Elle aurait tôt fait de blesser gravement, et plus que de raison, l’humain. Car il n’était malgré tout que ça. Un humain. Un humain dont elle avait apprécié la compagnie, mais qui n’avait guère de réel intérêt à ses yeux. La colère commençait un peu à monter. Freyja était rarement en colère, encore moins parce que l’on menaçait ses plans – elle ne l’avait réellement été qu’une fois. Quand son créateur l’avait défiée sur son terrain de chasse, une Cour de nobles quelconques dans laquelle elle essayait de piéger un riche homme pour avoir une liaison avec lui, et être entretenue pendant quelques temps. Il s’était présenté comme son mari, faisant tout échouer.

Le rejet d’Alexeï la mettait dans une même fureur. Qui savait ce qui en résulterait ? Charles l’avait transformée, la liant à lui pour l’éternité, suite à cela. Oh, bien évidemment, il était impensable que Freyja transforme Alexeï. Elle ne le supporterait pas. Jamais. Mais elle lui ferait comprendre, d’une façon ou d’une autre, qu’il n’avait aucune raison de se comporter ainsi. Qu’il était bien malpoli. Ce n’était plus un petit garçon, et il devait cesser de se comporter comme tel, voilà tout. Le ton de sa voix raviva la fureur de la bête à crocs. Un ton si froid, si… dépourvu de quoi que ce soit. Dépourvu de sentiments, de passion. Elle répondit bien malgré d’un ton aussi froid – opposé à celui intéressé et vif qu’elle avait eu quelques minutes auparavant.

« Pourquoi t’aurais-je recherché ? Comment aurais-je su que tu étais là ? Je ne traque pas tes moindres faits et gestes. Je te croyais encore de l’autre côté de la mer. Elle marqua une pause, un instant, cherchant à se contenir – tant au niveau de la colère, qu’au niveau de la félicité qu’elle ressentait bien malgré elle. Qu’est-ce qui t’a amené ici ? Et pourquoi avoir souhaité apprendre l’anglais, si tu n’étais pas sur un territoire anglophone ? »

Elle n’avait pas abandonné le russe, quand bien même il se bornerait à parler anglais. Davantage que sa colère, le fait qu’elle était têtue la dominer. Elle l’amènerait à se souvenir et à reconnaître les bons moments passés ensemble. Son éloignement, en revanche, attisa sa fureur. Et ses propos encore davantage. Se jouait-il d’elle ? Etait-il réellement convaincu de ce qu’il avançait ? Ne comprenait-il pas la démarche partiellement altruiste qu’il y avait eu, derrière ce qu’elle avait fait ? Elle avait certes agi ainsi parce qu’elle savait inconsciemment qu’elle était attachée à lui, d’une façon ou d’une autre, et que cela lui nuirait si on le découvrait.

Mais ça n’était pas l’unique raison : Alexei n’était qu’un humain. Un humain auprès duquel elle avait été plus présente qu’auprès de n’importe qui excepté son créateur. Un humain qui, en quelques occasions, avait bu de son sang. De même qu’elle avait bu du sien. Comment prévoir sa réaction, alors qu’elle allait disparaître soudainement ? Peut-être aurait-il perdu la raison. Peut-être aurait-il, d’une manière ou d’une autre et pas exacerbé étant donné sa façon, été en manque de sa présence ? Elle n’en savait strictement rien, mais elle n’avait pas voulu prendre de risque. Elle ne le reconnaissait pas, mais elle ne voulait pas précipiter l’humain à sa perte.

Plutôt que de répondre directement à sa question, sachant pertinemment qu’elle manquerait de patience, elle s’approcha doucement de lui. Rien en elle n’était menaçant, ses crocs n’étaient pas prêts de sortir, et elle essayait de faire passer la sensation qu’elle ne voulait aucun mal. Elle le fixa, plantant ses yeux dans les siens. Essayant de dissiper sa colère, suffisamment pour libérer intégralement sa mémoire, pour dissiper ce qu’elle avait mis en place en totalité. Qu’il comprenne que leur relation n’avait pas été telle qu’il semblait la concevoir. Qu’ils avaient partagé, et échangé. Elle l’avait peut-être charmé au début ; mais ça avait été bien au delà de ça.

« Si tu ne comprends pas que c’était dans ton intérêt aussi bien que dans le mien, c’est que tu es plus stupide que je ne le pensais. Mais si tu es bien mieux sans t’en souvenir, il ne faut qu’un mot de toi, et ça ne fera définitivement plus partie de ta vie. »

Elle ne le pensait pas. Pas une seule minute, pas une seule seconde. Seule son orgueil parlait, de se voir ainsi repoussée. Sa fierté était piétinée. Elle avait laissé sa colère parler. Et sa dernière phrase, provocante, désagréable, exacerba tout ce que Freyja ressentait. Un vampire, qui ressentait déjà les choses de manière décuplée par rapport aux humains, à qui on en rajoutait une couche… Il ne lui fallut pas plus d’une seconde pour être à ses côtés, pour lui murmurer à l’oreille, en étant proche mais sans le toucher, au summum de sa force et de sa colère mais sans être menaçante ou attenter à sa vie. « Tu nies toi-même ton importance. Tu peux être plus intelligent que ça. Tu devrais réfléchir, avant de prononcer de tels propos. Si je me désintéressais réellement de toi, ne t’aurais-je pas laissé mort, lors de notre rencontre, plutôt que de t’épargner ? Lors de notre rencontre, et encore un nombre incalculable de fois après cela. »

Elle n’avait pas su, qu’il serait important, lors de leurs rencontres. Ni même après. Elle ne l’avait jamais réellement compris. Le comprenait-elle maintenant ? Partiellement. Très peu. Elle ne voulait pas le reconnaître. Ce n’était qu’un misérable et insignifiant humain, voilà tout.

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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mer 15 Jan - 23:10




Un film, ça se mange !




Ce n’était pas la première fois que je côtoyai un vampire. On pouvait même presque dire que j’étais un habitué. Julien. Sergeï. Constance. J’avais eu à négocier, discuter avec des vampires, et j’avais rarement eu besoin d’être autrement que franc. Oui. Mon franc parler doublé d’une voix indifférente était ce qui me caractérisait le plus. Le mieux, pouvait-on dire. Pendant des années, je n’avais rien, strictement rien ressenti. Pendant des années, je m’étais demandé si j’étais réellement un être humain, avec l’analyse et le calcul d’une machine face à cette question. Pas d’émotions. Pas de ressenti. Des souvenirs, une mémoire hautement performante, des capacités d’apprentissage tenues en sommeil par des années d’illettrisme. Mais pas d’émotions. Et là, c’était tout le contraire. Je perdais contenance, je perdais mon calme, j’étais vexé, j’étais paniqué. Je ne me reconnaissais pas moi-même et mon seul moyen de reprendre contenance était de m’accrocher à cette voix sans ton, sans émotion, sans marque quelconque de mes pensées, qui m’avait permis de discuter calmement avec Julien pour négocier mes honoraires. Qui m’avait permis de parler longuement avec mon frère et de lui faire comprendre que je le méprisais. Qui m’avait permis de distraire, d’intriguer Constance dans un échange intéressant et, je m’en rendais compte à présent, surréaliste. Pourtant, cette voix, ce n’était visiblement pas ce qui pouvait convenir à Freyja. Je lisais sans difficulté la colère tapie dans son regard. Comment ça, Freyja, ma voix ne te plait pas ? Ou mes questions ? Mes réponses, peut être. Et bien soit, fais avec. Tu m’as volé ma mémoire, je te vole ton plaisir. Je fermai les yeux. « Pourquoi t’aurais-je recherché ? Comment aurais-je su que tu étais là ? Je ne traque pas tes moindres faits et gestes. Je te croyais encore de l’autre côté de la mer. Qu’est-ce qui t’a amené ici ? Et pourquoi avoir souhaité apprendre l’anglais, si tu n’étais pas sur un territoire anglophone ? » Et en quoi ma vie pouvait-elle m’intéresser ? Je comprenais à présent ce profond sentiment de solitude qui m’avait étreint à l’aube de ma majorité. Cette oppression qui m’avait fait me refermer bien davantage sur moi-même et sur mon indifférence à mon humanité. Je ne comprenais que trop bien les mois qui avaient précédé et suivi mon entrée dans l’armée russe. Ces heures passées à apprendre le tir à distance. Ces heures passées à me perfectionner pour être le meilleur. Je lui tournai le dos pour me rapprocher de la sortie, lui faisant remarquer qu’elle avait perdu le droit de me poser les questions lorsqu’elle avait choisi de jouer avec moi et ma mémoire. Je ralentis le pas en la sentant s’approcher de moi. Instinct de survie qui me proposer de fuir au loin ? Sûrement. Je ne l’écoutais pas, curieux de savoir ce qu’elle avait à me dire. Et aussi parce que je savais pertinemment que je ne pouvais pas espérer aller plus vite qu’un vampire. Elle se posa devant moi, me forçant à m’arrêter, et je la toisai d’un regard voulu indifférent. Quoi ? semblaient dire mes yeux gris, alors qu’elle plongeait les siens dans les miens. Danger, danger, détourne le regard Alexei… Echec. Trop tard. Le petit insecte était à nouveau pris au piège dans la toile d’araignée. D’autres souvenirs me revinrent. Se frayèrent un chemin jusqu’à ma conscience, alors que je n’en voulais pas, pas pour le moment. « Arrête. Arrête ça tout de suite. Freyja, arrête. » Oui, ça sonnait comme un ordre, mais je n’y accordais aucune importance. Il fallait qu’elle arrête de jouer avec ma mémoire. « Si tu ne comprends pas que c’était dans ton intérêt aussi bien que dans le mien, c’est que tu es plus stupide que je ne le pensais. Mais si tu es bien mieux sans t’en souvenir, il ne faut qu’un mot de toi, et ça ne fera définitivement plus partie de ta vie. »J’arquai un sourcil. « Vraiment ? Tu as raison sur Freyja, je ne suis pas un imbécile. Et je sais reconnaître un mensonge quand j’en vois un. » J’avais conscience de la provoquer, j’avais conscience que je marchais sur des œufs sans prendre la moindre précaution, mais j’avais toujours agi ainsi. Direct, franc, sans réellement m’embarrasser de gants, lorsque je m’adressais aux vampires. Et que Freyja soit ce qu’elle était ne changeait rien à ce fait. Ma dernière phrase semblait être la goutte de trop dans le flacon de sang, et elle s’approcha de moi, me faisant légèrement blêmir. « Tu nies toi-même ton importance. Tu peux être plus intelligent que ça. Tu devrais réfléchir, avant de prononcer de tels propos. Si je me désintéressais réellement de toi, ne t’aurais-je pas laissé mort, lors de notre rencontre, plutôt que de t’épargner ? Lors de notre rencontre, et encore un nombre incalculable de fois après cela. » Je m’écartai de quelques pas, la regardant différemment. Un nombre incalculable de fois après ? Bon sang… Je fermai les yeux. Encore. Ma logique comprenait ses raisons sans que j’aie besoin de réfléchir, mais en même temps, je ne pouvais accepter le fait qu’elle ait joué librement avec mes souvenirs. Avec moi. Avec… Je fronçai les sourcils, avant de lâcher d’un ton accusateur : « Quatorze ans. Quatorze. » Ne se rendait elle pas bien compte de ce que cela représentait pour l’humain que j’étais ? « Quatorze ans. Près de la moitié de ma vie. A quoi t’attendais-tu au juste comme réaction de ma part ? » Ma bouche se fendit en un rictus. Quatorze ans. « J’ai vécu, vois tu. Je t’ai oublié, oui, la faute à qui. Et bien je suis désolé de te le dire, mais je n’ai plus dix sept ans. J’ai une vie. Tu veux savoir ce qui m’a amené en Ecosse ? » Je m’énervais. Oui, Alexei s’énervait. Parce que comme Sasha, elle était capable de réveiller l’humain que j’étais indubitablement. Sauf que, je le comprenais maintenant à la vue des souvenirs qu’elle venait de m’offrir, Sasha, je l’aimais. Freyja, elle, je lui en voulais. « L’argent. Le meurtre. La violence. Tuer ceux de ton espèce aussi. Maintenant je comprends mieux ce qui m’a fait accepter ce boulot. » Je sautais des étapes, j’extrapolais, je mentais en occultant des parties de vérité. Etait-ce important ? Ce qui l’était, c’était qu’elle comprenne ce que je venais de comprendre : si j’étais venu en Ecosse il y avait de cela plus de sept ans à présent, ce n’était pas que attiré par l’argent. Ce n’était pas que attiré par le profit que je pourrais y trouver. C’était parce que je venais d’apprendre, de réapprendre, l’existence des vampires. Parce que mon cerveau se dépêtrait dans un souvenir qu’on lui interdisait. « Je n’ai plus dix sept ans, Freyja. J’en ai trente et un. »


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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Jeu 16 Jan - 14:45

Elle était bien plus calme que lui, mais ne l’était pas pour autant. Elle se contrôlait, elle savait le faire, et apprenait chaque année qui passait à conserver encore davantage ce contrôle. Alexeï ne menaçait pas cette capacité à se contenir, pas pour l’instant. C’était l’adage d’un vampire, de refreiner sans cesse ses pulsions, et Freyja avait plus de cent ans d’entrainement. Elle ne devait pas se laisser trop atteindre par Alexeï. Par orgueil et par principe, évidemment, mais aussi pour anticiper les éventuelles conséquences indésirables si elle se laissait aller. Elle le fixait, malgré tout, ne disant plus mot avant qu’il ne réagisse à nouveau. Où voulait-il en venir, et que cherchait-il à obtenir de Freyja ? Il lui avait indiqué ne pas avoir apprécié qu’elle lui ait volé ses souvenirs, mais il s’offusquait contre ses mêmes souvenirs. Tout son corps criait qu’il n’en voulait pas. Ne savait-il pas lui-même où il en était ? C’était probable. Freyja le pensait, du moins, tirant cette conclusion des messages contradictoires qu’il renvoyait, de l’incohérence de ce qui transparaissait dans son attitude.

Malgré son indécision, il semblait malgré tout bien déterminé à ne pas se laisser intimider ou manipuler. Cela agaçait Freyja, bien évidemment, mais elle était impressionnée par les capacités de résistance de son esprit. S’il devenait un vampire un jour, et Freyja espérait que son espèce en serait préservée car il serait redoutable pour tous, il serait doté d’une force incroyable. Il avait un grand potentiel, qui pourrait être un présage d’extinction pour les vampires.

Mais en attendant, il n’était qu’humain, et son impertinence exaspérait la jeune femme qui luttait contre sa colère. Elle avait envie de se laisser aller, de le blesser et de le faire oublier à nouveau. Mais quelque chose l’en empêchait. Elle ne reconnaissait pas le fait qu’elle ne supporterait pas de renoncer complètement à lui, car ce serait irrévocable si elle lui voulait à nouveau ses souvenirs. Mais comment aurait-il pu en être différent, alors qu’elle avait tout orchestré pour qu’il lui revienne s’ils se revoyaient, qu’il soit attiré par elle ? Elle ne comprenait pas ses propres motivations, mais elles étaient là, c’était indéniable.

Le détachement partiellement présent dans ses yeux ne contribuait qu’à exacerber l’exaspération de Freyja, dont le visage arbora une légère satisfaction alors qu’il rendait les armes, obéissait à son injonction. Il avait une volonté très forte, mais elle aussi. Et elle était une vampire. Elle s’arrêta toutefois lorsqu’il le lui demanda, ressentant la détresse derrière l’effronterie. Le vivait-il si mal ? Leurs natures différentes étaient un frein dans la relation que Freyja cherchait à recréer…

« Je ne manipulerai plus ta mémoire, Alexeï. Ce n’est pas une promesse, mais un engagement. Que tu le crois ou non, c’était réellement pour te préserver autant que je me préservais. Crois-moi, je n’apprécie guère d’avoir à te dévoiler ce que je vais te dire, ma fierté en sera malmenée, mais tu m’y forces. Tu ne le reconnais peut-être pas, mais tu étais attaché à moi, Alexei. Attaché à mon sang, même si tu n’en avais bu que rarement. Et attaché à ma présence. Et un tel attachement ne se rompt pas sans conséquences. Qui sait comment tu aurais réagi ? Tu as une force d’esprit incroyable, mais qui me garantissait que tu ne perdrais pas la raison, ou ne ressentirait pas le manque de façon bien trop grande ? Tu es dans le déni, mais je tenais à toi, je tiens à toi, et mon but n’était pas de te laisser sombrer lentement. Pas de te laisser sombrer du tout, pour ce que cela vaut. »

Freyja se targuait d’être indépendante, alors qu’elle ne l’était pas autant qu’elle feignait l’être, et elle venait de le reconnaître contre son gré. Pourquoi, sinon, s’être approprié Alexeï ? Pour avoir tenté – avec un succès très mitigé – de s’approprier Spencer ? Elle haïssait exposer cette faiblesse certaine, le fait de ne pas l’être autant qu’elle le souhaitait.

« Alors convaincs toi, dans ta rancœur, que je mens. Crois donc que je cherche à nouveau à te manipuler. Ca t’explosera à la figure. Tu reconnaîtras tôt ou tard que ça n’était pas le cas. La raison te reviendra. Si réellement je cherchais à te manipuler, crois-tu que je ne l’aurai pas fait grâce à mes capacités vampiriques ? Je n’ai plus quatre-vingt dix sept de vie vampirique, Alexeï. J’en ai cent onze. J’ai dépassé le centenaire, je suis plus douée, plus rapide, plus efficace. Il ne m’aurait fallu qu’un instant pour te charmer afin que tu agisses comme je le souhaite. Je ne le fais pas, alors arrête de te sentir agressé, et de me repousser en retour. »

Le ton commençait à monter, de façon relative, entre eux deux. Il n’essayait pas d’assimiler et de comprendre les choses, il préférait la blâmer. C’était plus facile, que d’affronter des souvenirs qui le prenaient de court. Et elle était insupportée par cette attitude.

« Tu mens, et tu le sais. Je ne t’ai pas poussé au meurtre et à la violence. Tu n’as subi de violence de ma part que quand je te prenais pour Sergeï. Jamais après. Alors oui je t’ai charmé, au début, pour de mauvaises raisons. Ça n’a pas duré, et tu le sais. Ne sois pas si buté, ne sois pas si humain ! Je ne sais pas ce qui t’a poussé à vouloir du mal à mes semblables, mais je n’en suis pas la cause. Joue franc jeu. Tu me reproches de ne pas le faire, et pourtant, tu ne le fais pas non plus. Elle prit un ton légèrement railleur. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ? »

Elle soupira, presque lassée d’essayer de le convaincre, alors qu’elle était encore une seconde auparavant en train de se laisser gouverner par la fureur. On aurait dit des gosses, autant lui qu’elle. Ils avaient l’air stupides. Ils l’étaient, surement. Un vigile commençait à s’approcher d’eux, probablement pour les empêcher de faire du grabuge. Alors Freyja se décida à sortir réellement. Tant pis si elle s’exposait dans la rue. Elle ne comptait rien faire d’interdit, après tout.

« Suis moi. Elle avait adopté un ton sec et impérieux. Elle se radoucit, toutefois, sachant qu’il n’était pas disposé à agir comme elle le souhaitait – même si l’idée de prendre des gants, après ses propos, la faisait grincer des canines. Si tu le veux. »

Elle traversa le hall assez vite, trop pour qu’Alexei tienne le rythme, et se retrouva à l’attendre dans la rue. Allait-il revenir vers elle, ou fuir et rentrer chez lui ?

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Dernière édition par Freyja Swayne le Mer 22 Jan - 23:42, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Jeu 16 Jan - 18:01




Un film, ça se mange !




Arrête. Je lui avais ordonné qu’elle cesse dès à présent de jouer avec ma mémoire. Etait-ce un concept trop compliqué pour elle, pour qu’elle soit ainsi énervée ? Car c’était clair qu’elle l’était : ses yeux ne mentaient pas. Ni les petits plis de son visage. Tout comme sa satisfaction était visible. Pour moi. Je lui ordonnai donc d’arrêter, et l’étau qui m’enserrait la poitrine, qui la compressait en l’irradiant de douleur sous une flopée de souvenirs qui cherchaient à s’installer dans ma mémoire, s’apaisa légèrement. J’en profitai pour répondre à ses mensonges. Parce qu’il était clair qu’elle me mentait : le contraire ne pouvait pas être. Elle était une vampire, et j’avais rencontré suffisamment de ses pairs pour savoir comment ils fonctionnaient. A ces yeux, je n’étais qu’un humain, que du bétail, un bétail plus intelligent que les autres, certes, mais je n’étais qu’un réservoir de nourriture. Ce qu’elle s’empressa de confirmer en faisant référence à Moscou. Moscou. Un frisson monta le long de ma colonne vertébrale sans que je ne puisse l’en empêcher. Moscou. Elle me promettait de ne plus manipuler la mémoire, mais je ne considérai pas cela comme une promesse digne d’intérêt. Il était clair qu’elle allait la trahir, je ne lui faisais pas confiance. La confiance n’était qu’un poignard prêt à être planté plus profondément dans un cœur naïf, et les échos de notre relation en Russie ne faisait que me le confirmer. Avais-je à ce point été humain pendant quelques mois ? Avais-je été à ce point vulnérable ? Naturellement ? Elle pouvait parler de fierté, elle avait écrasé celle qu’elle avait réveillée par ses pouvoirs et ses charmes de vampire. Elle avait massacré le peu d’humanité que l’Alexei de dix sept ans avait encore au fond de lui. C’était à cause d’elle – où grâce à elle ? – que je n’avais été qu’un être calculateur, un robot dans un corps organique, pendant plus de dix ans suite à cela. L’orphelinat avait étouffé mon humanité, mais ne l’avait pas éteinte. Elle, en revanche, avait ravivé la flamme avant de la moucher sans la moindre once de scrupule. « Tu es dans le déni, mais je tenais à toi, je tiens à toi, et mon but n’était pas de te laisser sombrer lentement. Pas de te laisser sombrer du tout, pour ce que cela vaut. » Le russe m’échappa sans que je le retienne : « Дерьмо. » Foutaises. Sottises. Mensonge, encore. Elle n’avait plus quatre-vingt dix sept ans de vie vampirique mais plus de cent ? Et alors ? J’avais croisé des vampires beaucoup plus âgés qu’elle. Quatorze ans. Quatorze ans, se rendait elle compte de ce que cela représentait pour l’humain que j’étais ? Le ton montait, et je m’énervais. Ce devait être la première fois que j’expérimentais aussi pleinement la colère. Et étrangement, je ne la rejetais pas, mais l’acceptais pleinement. Comme Sergeï avant moi. Je tentais de lui faire mal, je tentais de lui mentir, en lui expliquant les raisons de ma venue en Ecosse. En tentant de les justifier. En comprenant en moi-même ce qui m’avait poussé loin de la Russie. Elle sembla lassée, lorsqu’elle me répondit. « Tu mens, et tu le sais. Je ne t’ai pas poussé au meurtre et à la violence. Tu n’as subi de violence de ma part que quand je te prenais pour Sergeï. Jamais après. Alors oui je t’ai charmé, au début, pour de mauvaises raisons. Ça n’a pas duré, et tu le sais. Ne sois pas si buté, ne sois pas si humain ! Je ne sais pas ce qui t’a poussé à vouloir du mal à mes semblables, mais je n’en suis pas la cause. Joue franc jeu. Tu me reproches de ne pas le faire, et pourtant, tu ne le fais pas non plus. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ? » J’haussai les épaules. « Exactement. Je ne suis de ceux qui ont la pathétique habitude d’exiger d’eux ce qu’ils exigent des autres. Tu ne m’as pas poussé au meurtre et à la violence, tu as bien raison : j’avais ça dans le sang bien avant de te rencontrer. Tu m’as juste donné des cibles et tu as enlevé les obstacles que j’aurai pu trouver dans ma conscience. » Pourquoi lui mentais-je à moitié, en mêlant le vrai au faux dans un solide amalgame ? Je l’ignorai. Un vigile s’approcha de nous, sûrement alerté par le bruit et cette aura de menace qui devait émaner de nos deux corps – et plus particulièrement de celui de la Vampire, tout naturellement. Freyja prit les devants dans un ton sec. Et un ordre. « Suis moi. » Qu’elle nuança aussitôt. « Si tu le veux. » Elle traversa le hall, alors que je restais sur place. Et que mon « Non » résonnait à sa suite. Non, je n’allais pas la suivre. Parce que mon instinct me l’interdisait alors que mon corps ne souhaitait que se plier à son ordre affaibli par la politesse rajoutée en dernière minute. Je bandai les muscles pour rester sur place, mais peine perdue, j’esquissai quelques pas dans sa direction. Attiré par un aimant. C’était la meilleure description que je pouvais faire de l’attraction qu’elle exerçait sur mon corps. Inexorablement, je me rapprochai de la sortie du cinéma, ne m’arrêtant que sur le perron, en me mordillant la lèvre. Je passai lentement mon long manteau, et une écharpe, pour que le froid écossais ne m’atteigne pas, sans la quitter une seule seconde du regard, comme par défi. Je fis un nouveau pas en avant, mais sans pour autant accepter de me rapprocher d’elle. « Je ne t’appartiens pas. Du moins, je ne t’appartiens plus. Tu n’as plus aucun droit sur moi. » Je sentis la morsure de Julien dans mon cou comme s’il était là, à vouloir me marquer comme sa créature et son employé. C’était il y a sept ans. Je sentis de suite après celle de Constance, bien plus agressive. Et mes doigts allèrent chercher la cicatrice sur ma main, résultat de ma discussion avec la propriétaire du Laurentia. « Et si jamais tu croyais encore en avoir, j’ai le regret de te dire que tu n’es pas la seule vampire en Ecosse. Et s’ils ne connaissent pas tous Sergeï, certains ont eu besoin d’un tueur à gages. » Comment ça, je venais de lui dire que j’étais venu en Ecosse pour tuer les vampires ? Comment ça, mes propos étaient contradictoires ? Non. Toute ma vie depuis son départ pour être résumée en un mot : trahison. J’en étais le spécialiste. Et elle aussi, visiblement. Je soutins son regard, sans faire mine de vouloir combler les mètres qui nous séparaient encore dans la rue déserte. « J'imagine que je ne lui ai jamais autant ressemblé que maintenant. » Etais-je en train de la provoquer ? Oui. Pour qu'elle agisse comme une vampire, et que je retrouve mes marques.

Je m'aperçus que depuis que nous étions sortis du cinéma, je parlais russe.


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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Ven 17 Jan - 22:46

Foutaises. Un mot, un seul mot qui acheva d’attiser la colère de Freyja. Elle recula, ne sachant que trop bien ce dont elle était capable, et que ça n’arrangerait pas les choses. Son instinct lui dictait de le mettre au pas, et aussi difficile que cela s’avérait pour elle, elle s’efforçait à grand peine de ne pas y céder, de le combattre… Pour le moment. Il n’était certes pas stupide, mais il ne faisait aucun effort pour se contrôler, n’agissait pas de manière à s’épargner. Il ne cherchait peut-être même que ça, à être blessé. En sachant que ça ne serait pas irréversible, car Freyja lui donnerait son sang pour le soigner sans hésiter, mais pour se prouver qu’il avait raison. Que la vampire n’était rien de plus que l’être sanguinaire qui voulait le posséder dans une relation de domination.

Elle ne lui donnerait pas cette satisfaction. Outre le désir de le préserver et de le faire revenir à de meilleurs sentiments à son égard de lui même, la fierté de le contredire était omniprésente. Elle énonçait la vérité depuis qu’il s’était approché d’elle, et elle le lui prouverait. Rien que pour ça, il lui fallait garder son contrôle. Elle le devait. Rien n’était plus essentiel. Elle fut tentée, un instant de se diriger vers un bar, pour y consommer un Tru Blood, pour s’astreindre à garder son calme, et à ne pas blesser l’humain – par colère, ou pour son sang. L’idée la rebutait comme jamais, imaginer le goût à partir de l’odeur lui faisant froncer les narines, et pourtant, elle y songeait sérieusement. Une trace de plus de l’attachement déraisonné qu’elle ressentait envers Alexeï, malgré la lutte qui se jouait en elle pour ne pas le reconnaître. Malgré les œillères disproportionnées qui lui cachaient cela.

Elle sortit les crocs, bien malgré elle, quand il la blâma à nouveau de son attitude. Quand il sous-entendit, avec guère de subtilité, qu’elle l’avait maltraitée, au point de l’encourager à mettre les siens à terre. Elle n’était pas la plus délicate des vampires, encore moins lorsqu’elle se désintéressait de sa cible, mais elle l’avait été avec Alexeï. Et qu’il tente de se convaincre du contraire n’était pas pour lui plaire. Elle recula d’un pas de plus. Une dizaine de pas devait les séparer, maintenant. Elle parla assez fort, toutefois, pour qu’il l’entende – en espérant que personne ne prêterait attention à ses propos. On ne pouvait pas qualifier le lieu des plus discrets – preuve en était du vigile qui s’approchait.

« A ton tour d’arrêter. Tu ne me crois pas – et tu fais erreur –, bien. Ne crois pas m’embobiner avec tes mensonges. J’ai vu ton frère, Alexeï. Et je te connais. Ton manque de limites, tu ne me les dois pas. Tu as grandi à ses côtés. Cela ne peut qu’avoir eu un impact. J’ignore si tu l’as revu après sa transformation, mais il a lui aussi goût de toutes ces choses qui t’animent, et il n’a aucune limite. N’ose pas me dire qu’il ne t’a pas inculqué cela, qu’il ne t’y a pas poussé. Tu es plus stable et moins vindicatif que lui, mais tout en toi porte sa trace. De ton physique, à certaines façons d’agir que tu as. Alors oui, tu m’as perdue de vue pendant quatorze ans. Mais je te connais. Et tu me mens. Je le sais. N’essaye pas de te jouer de moi. »

Elle s’arrêta un instant pour lui laisser le temps de comprendre qu’elle n’allait pas se laisser berner ainsi. Qu’elle n’allait pas avaler ses mensonges. Lui retirer la mémoire était peut-être une erreur – quoi qu’elle reste persuadée qu’elle avait agi comme il le fallait -, mais elle n’était pas coupable de tout ce dont il voulait la blâmer, de tout ce qu’il voulait lui faire porter sur le dos. Cela, elle le savait. Elle partit dans la rue, avant de continuer, attendant qu’il arrive. Elle avait entendu distinctement son refus de la suivre, avait senti avec plus d’intensité que jamais auparavant son propre croc qui perçait sa lèvre violemment, faisant gouter le sang. Elle ne le retira pas de la plaie, pour s’empêcher de cicatriser. Peu importait que le sang coule, cela lui permettait de garder la tête froide, un minimum. La douleur était bénigne, et elle ne risquait pas de dommage conséquent, à ne pas laisser sa blessure se réparer d’elle-même.

Elle ne bougea pas, quand il se rapprocha, campant sur sa position. Fierté, orgueil, refus de céder une seconde fois. Si elle se laissait dépasser, il l’aurait cherché. Elle darda sur lui ses yeux, habités d’une intense vivacité. Elle ne fléchit pas, quand il lui dit ne pas lui appartenir. Bientôt, il voudrait être à elle. De son plein gré. Il ne pouvait en être autrement. Son regard suivit le mouvement de ses doigts, imperceptible, sur sa main. Une blessure. D'où provenait-elle ? Elle saisit sa main, et avec douceur mais force, pour regarder la cicatrice. Se faisant, elle s'était rapprochée de lui malgré elle. Et en relevant les yeux, elle ne put manquer la morsure visible sur son cou, quoi que masquée par l'écharpe. Elle écarta cette dernière, pour vérifier qu'elle ne se trompait guère. Il ne lui en fallut pas plus, pour céder. Partiellement. Elle sentit bien malgré elle le sang qui pulsait, et s'approcha, le mordant sans agressivité, avec contrôle. Elle s’appropriait son sang, et ne fit aucun commentaire, alors qu’elle s’arrêtait. Elle se contenta de refermer la morsure à l’aide de son propre sang, avant de rouvrir légèrement la plaie de ses lèvres, sans quoi elle ne pourrait se contrôler. Une marque de jalousie, que de boire son sang à l’endroit exact où une autre vampire l’avait fait ? Elle ne tolèrerait pas qu’on lui signale une telle absurdité. Elle recula à nouveau. Attendant qu’il reprenne la parole. Qu’il l’offense, à nouveau, surement.

« Votre ressemblance physique importe peu. Et votre ressemblance caractérielle est faible. Tu te compares à lui en permanence, pas moi. Tu sais que je hais ton frère. Tu le sais pertinemment. Je ne me soucierai pas de toi pour cela. Cesse d’ériger cette barrière entre nous, pour te donner la force de me repousser, alors que tu la sais fausse. Ne rejette pas sur moi le complexe que tu ressens à l’idée d’être similaire à ton frère. Je le hais, et je tiens à toi, il n’y a rien de plus simple à prendre en compte pour comprendre que tu es bien différent de lui, et une personne à part entière. Tu veux t’engoncer dans cette spirale de haine qui veut que tu sois comme lui ? Fais à ta guise. Je sais ce qu’il en est. »

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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Dim 19 Jan - 23:20




Un film, ça se mange !




« A ton tour d’arrêter. Tu ne me crois pas – et tu fais erreur –, bien. Ne crois pas m’embobiner avec tes mensonges. J’ai vu ton frère, Alexeï. Et je te connais. Ton manque de limites, tu ne me les dois pas. Tu as grandi à ses côtés. Cela ne peut qu’avoir eu un impact. J’ignore si tu l’as revu après sa transformation, mais il a lui aussi goût de toutes ces choses qui t’animent, et il n’a aucune limite. N’ose pas me dire qu’il ne t’a pas inculqué cela, qu’il ne t’y a pas poussé. Tu es plus stable et moins vindicatif que lui, mais tout en toi porte sa trace. De ton physique, à certaines façons d’agir que tu as. Alors oui, tu m’as perdue de vue pendant quatorze ans. Mais je te connais. Et tu me mens. Je le sais. N’essaye pas de te jouer de moi. »

Se moquait-elle de moi ? Oui, assurément, il ne pouvait en être autrement. Sergeï et moi avions toujours été semblables, malgré nos quinze ans d’écart. Lui si froid, si hautain, si impitoyable avec nous, et moi qui m’évertuais à lui ressembler chaque jour un peu plus. Je copiais ses mimiques, je m’appliquais à considérer le monde de la même manière que lui. Alors, oui, il était évident que je lui ressemblais. J’étais Sergeï. Ce fait était inscrit dans mon cerveau depuis si longtemps que je ne pouvais l’en ôter. Comme elle le disait si bien, j’avais grandi à ses côtés. Mon physique n’était que la partie émergée de l’iceberg. La partie immergée était immensément plus complexe, pour la simple raison que je n’avais jamais réussi à atteindre le niveau de Sergeï sur le plan de la violence et de la cruauté. J’étais une machine : et une machine ne concevait pas d’émotions. Lorsque je me battais contre quelqu’un, je ne me contentais pas de me débrouiller pour gagner, je l’écrasais pour qu’il ne m’attaque jamais en retour. Sergeï, lui, allait jusqu’à prendre le contrôle de la situation et s’en amuser. Faire durer le massacre. J’inspirai pour me calmer. Je n’étais pas exactement comme Sergeï mais nous étions si proches que notre fraternité était évidente. Et si elle connaissait Sergeï, elle me connaissait. Et si elle avait vu Sergeï il y a peu, il était évident qu’elle me connaissait mieux que je ne pouvais me connaître moi-même. Et qu’elle savait que je mentais.

Je me retrouvai donc dehors, à lui dire que je ne lui appartenais plus, à affirmer mon indépendance et ma liberté. A lui dire, sans vraiment savoir pour quelle raison, qu’elle n’avait plus aucun droit sur moi, et que même si elle avait voulu en avoir, d’autres vampires étaient passés par là, et m’avaient marqué comme étant leur proie, plus ou moins récemment. Ma main glissa sur la cicatrice laissée par le coupe papier de Bellanger, avant que je ne termine ma provocation gratuite. En même temps, à quoi s’attendait-elle donc ? Je n’étais pas du genre à être impertinent ni provoquant, c’était vrai, mais elle ravivait mon humanité avec un acharnement étonnant. Elle ne recevait que le juste retour de flamme, maintenant. Son regard suivit mes doigts, et je sentis son interrogation. Et son mouvement. Immobile, incapable d’esquisser le moindre mouvement, je la laissai prendre ma main et observer ma cicatrice. Une telle proximité avec elle alors que j’avais à présent tous mes souvenirs me mettait mal à l’aise. Vraiment. Pleinement. C’était peut être pour cela que je n’étais plus qu’une statut qui se laissait faire, lorsqu’elle écarta mon écharpe. Je me mordis la lèvre, penchant légèrement la tête sur le côté. Inconsciemment. Lorsqu’elle mordit à l’endroit exact où Constance m’avait mordu des semaines plus tôt, je me rendis compte que c’était ce que j’espérais depuis le début. « Frey… » La douleur physique n’était rien à cet instant. Parce que je venais de comprendre que tous les souvenirs qu’elle m’avait rendus étaient réels et avaient bien été miens. Je ne sus, alors qu’elle s’arrêtait, si je la détestais davantage encore ou si c’était le contraire. Je restai plongé dans un mutisme songeur, et avant que j’en sorte, elle prit la parole, répondant à ma question posée un peu plus tôt. Je l’écoutai se contredire, resserrant mon écharpe pour avoir un prétexte pour passer un doigt curieux sur mon cou et la plaie réparée. Elle se contredisait, c’était clair, mais dans quel but, voilà qui était bien plus flou. Etait-ce conscient ? Voulu ? Ou juste une manœuvre de plus pour m’attirer dans ses bonnes grâces et me faire revenir à elle. Ne comprenait-elle pas que les années avaient passé ? Ne voyait-elle pas qu’elle n’avait plus devant elle le garçon marqué par huit ans dans un orphelinat et la vie dure des bas quartiers ? Ne voyait-elle pas que j’avais trente et un ans à présent, et que j’étais bien moins naïf et influençable? Enfin, pourquoi se leurrait elle à croire que je n’étais pas mon frère ? Voilà la question qui était la plus importante à mes yeux. Oui, je haïssais mon frère. Plus qu’elle ne pouvait se l’imaginer, parce qu’entre temps, Sergeï avait tenté de boire mon sang par la violence, parce qu’entre temps je l’avais livré à Interpol sans le moindre scrupule. Tu veux t’engoncer dans cette spirale de haine qui veut que tu sois comme lui ? Pardon ? Je pris mal, à nouveau, sa remarque. D’un pas, je remis de la distance entre nous. Que voulait-elle dire, que voulait-elle faire, par ces mots ? Me manipuler, me pousser à céder à la tentation qu’elle était ? Le sourire de Sasha et notre relation plus qu’obscure, fut ma défense contre les mots de Freyja. « Tu te trompes, tu te fourvoies à un point tel que tu me fais pitié. » Un nouveau pas creusa la distance qui nous séparait. « Tu avais raison, tout à l’heure, dans le cinéma. Je suis Sergeï. Avoir grandi sous son aile pendant huit longues années m’a modelé. Je suis sa réplique, plus que tu ne peux le croire. Les différences, s’il y en a entre lui et moi, sont minimes. Infiniment minimes. Je ne te hais pas, Freyja. » Mes yeux gris se posèrent dans les siens, sans nulle peur qu’elle ne me manipule. J’avais besoin de la fixer, comme je fixais toute personne avec qui je parlais. Et puis, si elle souhaitait me manipuler, je ne pourrais rien y faire, j’en étais conscient. Je ne cillai pas une seule fois, en reprenant. « Je ne te hais pas, je te méprise. Tu t’abaisses à essayer de me convaincre que tu tiens à moi, alors qu’il est clair que ce n’est pas réciproque. Si c’est vrai : tu es pathétique. Si tu tentes de me manipuler : tu es pitoyable. »


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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Lun 20 Jan - 15:38

Elle le voyait bien, essayer de digérer ses paroles. Y réfléchir. Elle aurait donné beaucoup pour savoir ce qui lui passait par la tête. Elle aurait pu le savoir. Il lui suffisait pour ça de le charmer, et de le lui demander. Il le lui dirait, il n’aurait pas le choix. Elle soupira. Ca n’était pas la façon de faire… Lui extorquer ce qu’il pensait réellement ne ferait que compliquer la chose, et les éloigner encore davantage.

Qu’est-ce que les humains sont compliqués, à se protéger derrière des faux-semblants et à ne pas reconnaître la réalité des choses ! Elle ne prononça pas cette pensée, mais elle n’en pensait guère moins. Elle agissait de la même façon ? Impossible. Elle le regardait, attendant. Freyja était assez patiente, surtout pour une vampire. Heureusement, auquel cas elle n’aurait pas laissé à Alexei le temps d’assimiler et de réfléchir à ses propos. Y était-il si hermétique ?

Comment pouvait-il renier tout ce qu’ils avaient vécu, que ça date d’il y a quatorze ans ou non ? Elle ne lui demandait pas de l’accueillir à bras ouvert, mais il y avait un gouffre entre cela, et la repousser de manière si virulente. Et voilà qu’il se laissait faire, docile, alors qu’elle prenait sa main, constatait la morsure, le mordait à l’endroit exact de cette dernière… Il ne tournait pas rond. Avait-il perdu la tête, durant ces quatorze dernières années ? Seul son surnom prononcé empêcha Freyja de lui effacer à nouveau la mémoire, et de tourner les talons. Elle avait beau être attachée, elle n’était pas stupide au point de tenter d’entretenir une étincelle du passé qui ne serait que destructrice parce qu’à sens unique.

Mais il se leurrait. Ce surnom, cette façon de le prononcer, et même le rejet dont il faisait usage, tout prouvait que ça n’était pas à sens unique. Cela prendrait du temps, de l’amener à reconsidérer les choses ? Elle avait tout son temps. Comme il l’avait si bien dit, si une décennie était énorme pour un humain, ça ne l’était pas autant pour un vampire. Se consacrer entièrement à ça ? Elle ne le pourrait pas, elle avait d’autres obligations, mais elle n’abandonnerait pas, même devant l’ampleur de la tâche.

La fureur prit place à nouveau sur son visage, alors qu’il se reculait. Elle restait immobile, car cela ne changeait rien. Proches ou non, si ce n’est un trouble qu’elle faisait naître en lui et qu’elle sentait, la distance était présente quand même. Croyait-il vraiment que se reculer avait une quelconque importance symbolique ? Peut-être était-ce le cas. Ne réalisait-il pas pour autant qu’en bien moins de temps que n’avait duré leur tête-à-tête, elle pourrait abolir cette distance – physique aussi bien que mentale ? Mais n’avait-elle pas dit se refuser à manipuler sa mémoire à nouveau, et s’être dit en son fort intérieur qu’elle ne le manipulerait pas du tout ?

Elle n’aimait définitivement pas ces complications. Pourquoi ne cédait-elle pas à la facilité ? Pour la même raison qu’elle ne se contentait pas de charmer vampiriquement parlant ses proies, mais le faisait sans aucune aide surnaturelle. Le défi. Et cela la changeait des habitudes – bien qu’elle n’aurait jamais évoqué ou reconnu cela. Il y avait plus, derrière ce défi qu’elle s’imposait vis-à-vis d’Alexei, de toute évidence – mais cela était profondément dissimulé dans son subconscient, et n’en sortirait pas de sitôt.

Elle sourit, d’un sourire légèrement sarcastique, en l’entendant. Elle lui faisait pitié ? Mais que croyait-il qu’il renvoyait, à se crisper lorsqu’elle soulignait les ressemblances entre Sergeï et lui, à s’insurger presque de cet état de fait, pour finalement le revendiquer ? N’était-il pas aussi pathétique qu’elle, à agir de façon aussi contradictoire ? Elle amorça une gifle, pour lui faire comprendre qu’elle ne se ferait pas impunément dénigrer ainsi, mais l’arrêta quasiment instantanément, de manière à ce qu’Alexei ne perçoive rien. Si elle s’était laissée aller, elle l’aurait réellement blessé, sans rien en contrôler. Oh, elle lui ferait payer son impertinence. Mais de manière parfaitement lucide, pas en se laissant aller à la colère. Pas en réaction directe à ses insultes.

« Te crois-tu meilleur que moi, Alexeï ? A t’identifier à une vision biaisée que tu as de ton frère ? Depuis quand ne l’as-tu pas vu ? As-tu la moindre idée de celui qu’il est devenu, et de vos différences ? Je ne pense pas. Tu veux te convaincre de votre ressemblance ? Bien. Fais à ta guise. Mais tu es tout aussi pathétique que moi. Tant dans l’ignorance dont tu fais preuve vis-à-vis de Sergeï, que vis-à-vis de ce qui nous lie toi et moi. Tu ne tiens pas à moi ? Alors essaye un instant de réfléchir à tous ces sentiments qui se sont bousculés en toi, depuis que tu m’as vue assise dans cette salle de cinéma. J’ai au moins l’honnêteté de reconnaître ce qu’il en est. »

Elle s’arrêta un instant, soutenant son regard d’acier de ses propres yeux, ne dévoilant aucune des ses émotions. Elle avait repris un parfait contrôle d’elle-même. « Et cesse donc de croire que tu es à l’abri de tout danger. Une humaine n’aurait pas laissé passer un tel affront. Moi non plus. » Elle ne le gifla pas, comme elle avait eu l’intention de le faire au préalable. Elle se rapprocha à nouveau de lui, le mordant à nouveau, à l’endroit même où elle l’avait fait auparavant. Bien moins doucement, pour lui faire comprendre qu’elle ne tolérerait pas d’être ainsi traitée. Il ne s’agissait pas de jalousie ou d’imposer sa marque à la place de celle d’un autre vampire, non. Il s’agissait réellement de le punir. « Et je sais que tu vas te dire que je ne suis qu’une vampire sanguinaire, qui ne cherche qu’à te traiter comme un animal domestique. Réfléchis un instant – si une humaine avait cultivé un tel lien avec toi, et si tu l’avais insultée comme ça, n’aurais-tu pas eu une correction de sa part ? Oh, elle ne t’aurait certes pas mordu, mais le résultat aurait été le même. Et je ne suis pas moins redoutable avec mes mains qu’avec mes crocs. »

Elle n’ajouta rien. Il n’y avait rien à dire de plus. Qu’il comprenne ou pas n’y changerait rien. Elle n’agissait réellement pas ainsi pour asseoir son autorité sur lui – ça n’était pas ce qu’elle cherchait actuellement, et ça n’était pas non plus ce qu’elle avait cherché depuis le début de cette conversation. Elle le remettait uniquement à sa place, aussi sûrement qu’un humain l’aurait fait contre quelqu’un qui avait cherché à le voler, ou qui aurait eu des gestes ou des paroles déplacés à son encontre. Elle le faisait simplement avec les armes dont elle disposait et dont les humains ne disposaient pas.

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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mar 21 Jan - 22:59




Un film, ça se mange !




J’avais parfaitement conscience de repousser de plus en plus loin les limites de Freyja. De la provoquer. De chercher à la faire réagir. Elle ne se comportait pas comme un vampire normal, et ça me perturbait. Pas tant d’arrogance que cela, pas tant de violence, ni de possessivité. Non, là, je me leurrai. Elle était possessive : tout en elle le clamait depuis qu’elle m’avait demandé si je me souvenais d’elle. Tout en elle le clamait lorsqu’elle avait mordu dans ma chair à l’endroit où un autre vampire s’était approprié mon sang. Tout en elle le clamait, alors qu’elle s’agaçait sans se mettre réellement en colère de mon impertinence et de mes provocations qui n’allaient qu’en s’accentuant, comme la distance que je mettais entre nous deux. Distance illusoire, certes, mais réelle. « Te crois-tu meilleur que moi, Alexeï ? A t’identifier à une vision biaisée que tu as de ton frère ? Depuis quand ne l’as-tu pas vu ? As-tu la moindre idée de celui qu’il est devenu, et de vos différences ? Je ne pense pas. Tu veux te convaincre de votre ressemblance ? Bien. Fais à ta guise. Mais tu es tout aussi pathétique que moi. Tant dans l’ignorance dont tu fais preuve vis-à-vis de Sergeï, que vis-à-vis de ce qui nous lie toi et moi. Tu ne tiens pas à moi ? Alors essaye un instant de réfléchir à tous ces sentiments qui se sont bousculés en toi, depuis que tu m’as vue assise dans cette salle de cinéma. J’ai au moins l’honnêteté de reconnaître ce qu’il en est. » Un rire jaune s’échappa de mes lèvres. Un vrai rire. Amusé, narquois, moqueur mais surtout rempli d’amertume. Et discret, bien sûr, alors qu’elle reprenait. « Et cesse donc de croire que tu es à l’abri de tout danger. Une humaine n’aurait pas laissé passer un tel affront. Moi non plus. » Une humaine ? La dernière humaine à qui j’avais fait confiance m’avait mis à terre d’un enchaînement d’arts martiaux et pointé en joue avec mon propre flingue. Avant que la situation ne s’inverse, bien évidemment. Mais de quel affront parlait-elle ? Ma franchise ? Si elle la considérait comme un affront, et bien, elle allait devoir s’y habituer. Ma comparaison avec Sergeï ? Elle se rapprocha, me coupant dans mes pensées. Je fronçai les sourcils. Là, il y avait encore une différence avec son comportement précédent. Elle était plus prédatrice, et sa façon de me mordre sans que je ne puisse rien faire, encore une fois, me fit comprendre qu’elle me punissait en m’ôtant encore une fois plusieurs gorgées de sang. Des étoiles commencèrent d’ailleurs à apparaître dans mon champ de vision. Je n’étais pas du tout un réservoir infini, elle devait en avoir conscience. Et mon organisme n’était pas habitué à partager ses globules rouges, de ça aussi elle devait être consciente. Cette fois, elle ne referma pas la plaie, et je sentis une goutte perler dans mon coup pour venir tacher ma chemise. « Et je sais que tu vas te dire que je ne suis qu’une vampire sanguinaire, qui ne cherche qu’à te traiter comme un animal domestique. Réfléchis un instant – si une humaine avait cultivé un tel lien avec toi, et si tu l’avais insultée comme ça, n’aurais-tu pas eu une correction de sa part ? Oh, elle ne t’aurait certes pas mordu, mais le résultat aurait été le même. Et je ne suis pas moins redoutable avec mes mains qu’avec mes crocs. » Une vampire sanguinaire ? Ce n’était qu’une définition redondante de la nature de nocturne. Rien de plus. Je voulus rétorquer quelque chose, mais mes jambes me trahirent en flageolant légèrement. Je tentai de masquer cet excès de faiblesse, due à ses deux morsures si rapprochées, en avançant de quelques pas dans la rue. Et en formulant mes pensées, aussi. « Je n’en ai que faire de la réaction de l’autre, tu devrais le savoir. Tu es une vampire sanguinaire, et je ne suis pour quoi qu’un garde manger qui parle. Je ne t’en veux pas, c’est ta nature. Tout comme c’est la mienne d’agir comme un humain. Ne te compare pas une humaine, tu es morte. Si tu en as été une, ce passé est derrière toi. Point. Comme Sergeï, tu n’as pas le droit d’essayer de deviner comment un humain pense. Comme Sergeï, tu ne me comprendras plus jamais, mets-toi ça dans la tête, Freyja ! » Je resserrai mon manteau et mon écharpe autour de moi. Je n’étais pas frileux, habituellement, mais ce n’était pas étonnant que je sente de manière si aigüe la température ambiante. C’était de sa faute. Je m’entendis dire « Allons chez moi. Il fait froid » qui sonna faux. Le russe ne se prêtait pas à de telles déclarations. J’avais grandi dans la rue, j’avais grandi en Sibérie, je n’avais pas l’habitude de me plaindre du froid. Mes doigts glissèrent dans mon cou, juste avant que je trébuche sur le bord du trottoir et que je m’étale au sol, dans un juron croate, m'esquintant au passage les mains en tentant de me réceptionner.

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MessageSujet: Re: Un film, ça se mange ? [Livre II - Terminé]   Mer 22 Jan - 21:33

Par là pour la suite du RP.

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