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Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Jeu 2 Jan - 22:52

    Un rayon de soleil tentait une percée pour chatouiller mon visage. Il devait être 8 heures du matin et je n'étais pas encore levée. C'était un jour de semaine, mais j'avais prévu de ne pas me rendre à mon cabinet de consultation. J'avais annulé toutes mes consultations de la journée lorsqu'Isa m'avait contacté afin de je puisse recevoir Savannah en consultation. Au son de la voix de mon amie sur son message vocale, j'avais compris qu'il y avait quelque chose qui clochait avec sa fille.


    C'était donc tout naturellement que j'avais laissé de côté mes obligations et répondu présente pour aider une amie. La louve m'avait aidé lorsque j'avais intégré (malgré moi) la meute lors des années sanglantes. Elle avait été mon soutien, mon mentor. Elle donne image d'elle complètement faussée dans la meute, pour sa sécurité, elle en était l'exécutrice, donc son image de femme forte, dure, était toute trouvée. J'avais appris à la connaître et à recueillir ses confidences, tout comme j'avais pu trouver une oreille attentive et une amie sincère.

    Je me levais, et me rendis dans mon espace cuisine. Je préparais une petit déjeune gargantuesque, fait d'oeufs, de toasts, de salade de fruits et d'une bonne tasse de café. La veille j'avais été courir avec d'autres sœurs lupines au Wolfheaven. J'avais mangé un bon repas fruit de notre chasse, sauf que j'avais encore faim. Une fois mon repas terminé, je pris le temps de me doucher et de m'habiller d'un simple jean et d'un chemisier blanc, j'enfilais par dessus une veste de tailleur. Je me chaussais de bottes à talons, mit mon manteau d'hiver pris mon sac et sorti de mon havre de solitude.

    Je marchais en direction de la maison, car même si nos logements étaient relativement éloignés, j'aimais marcher. Surtout en cette fin d'automne, je n'avais pas froid, mais les températures baissaient et il n'aurait pas été prudent de me balader en chemisier à la vue de tous. Sur le chemin, je pris le temps de m'arrêter à une boulangerie française, j'aimais les petits pains venant de ce pays et je me disais que d'offrir ces viennoiseries à ma future patiente allait nous permettre de détendre l'atmosphère. Le petit en-cas payé, je pris la peine d'envoyer un texto à Isa pour savoir si nous allions bien être seules sa fille et moi.

    Il était important que la jeune femme puisse me parler en toute confiance, sans avoir quelqu'un derrière elle. Un tête à tête dans un lieu où elle avait ses repères, voilà ce qui allait lui permettre de se livrer, si elle en avait envie. Car oui, tout la complexité de mon travail résidait en ce simple paramètre, l'envie, la volonté de se livrer. Et parfois, l'esprit n'est pas prêt.

    Je venais d'arriver au pied des grandes haies bordant la maison où résidaient Isa, Hayden et les enfants. Je sonnais à l'interphone du portail afin de signifier mon arrivée. La porte de l'immeuble s'ouvrit sans que quelqu'un me demande qui était là. On avait connaissance de mon arrivée. Je montais les marches de la cage d'escalier pour arriver devant la porte du logement où l'on m'attendait. Je sonnais et attendit que l'on m'invite à entrer.


Dernière édition par Sarah Hargreve le Ven 3 Jan - 11:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Ven 3 Jan - 0:11

    Piégée... C’était le mot ! Ma mère, ma propre mère m’avait piégée de façon totalement insidieuse et j’avais la rage ! Elle avait même été jusqu’à convaincre le médecin que j’avais besoin de repos. Résultat des courses, j’étais sous certificat pour une semaine ! Une fichue semaine. En temps normale, j’me serais pas plainte mais là... oui. D’accord, je dormais très mal et à présent, non seulement ma mère savait pourquoi mais en plus, elle surveillait même mon sommeil. Vrai que je dormais mieux la journée que la nuit mais ça allait pas arranger mes affaires, j’avais cours la journée moi !
    Le pompon dans cette histoire, c’était qu’elle avait appelé Sarah, sa pote psy. M’envoyer chez un psy... genre... c’était la solution. Ce mec me foutait les jetons, c’était pas comme si elles pouvaient toutes les deux y faire grand chose. J’dormirai pas mieux parce que j’avais étalé mes états d’âme. En plus... j’pouvais même pas parler de tout parce que si je parlais de certaines choses, ça risquait d’être répété à ma mère. J’étais pas sûre mais fallait quand même pas me prendre pour une cloche, maman et Hayden laissaient pas rentrer n’importe qui à la maison. Ces gens qui venaient, ils devaient en savoir au minimum autant que moi surtout pour être potes. Sarah faisait partie de la meute, j’en étais quasi sûre. J’étais cernée par les loups.

    À pester comme ça intérieurement, je me mordis la lèvre. J’étais en train de me monter tout ça en épingle et d’en faire une maladie. J’avais qu’à dire que j’avais aucune envie de parler à Sarah et ce serait bon. Ou pas... Je me levais en ronchonnant, de mauvaise humeur en plus d’avoir mal dormi.
    Je filais sous la douche alors que mon estomac réclamait son du. Je l’ignorais. Si j’allais le remplir maintenant, je verrais ma mère et Hayden et je leur tirais la tronche, sans distinction. Ils avaient muté en mère poule et ça devenait insupportable. Au moins quand je descendrai, j’aurais plus de chance d’être seule, autant que faire se peut. Je descendais, habillée d’un simple pantalon de sport et d’un sweatshirt au moins trois fois trop large pour moi, les pieds dans des chaussettes antidérapantes. Personne, pas âme qui vive dans la maison, je poussais un soupire de soulagement malgré moi. J’avais de l’air, la maison rien qu’à moi !
    J’investis donc la cuisine, sortant mon jus d’orange industriel, du pain et de la confiture. J’étalais généreusement avant de savourer mon petit déj en solitaire. Jusqu’à ce que la sonnette retentisse en tout cas. J’appuyais sur le bouton sans même m’inquiéter de qui se pointait... je savais. Je n’étais pas emballée mais toute tentative de fuite était vaine, on finirait par me coincer, alors autant capituler tout de suite.

    D’un pas traînant, j’allais ouvrir la porte pour laisser entrer Sarah. Je n’avais rien contre elle mais par principe, elle avait droit à la même tête que je servais à Hayden et maman. Je fermais la porte derrière elle en marmonnant un vague bonjour et en lui faisant signe de s’installer où bon lui semblait dans le salon. Y avait plus personne à part nous de toute façon.

    « J’suppose que c’est à vous que je dois d’avoir la maison pour moi toute seule ce matin ? » Je ronchonnais. « Vous voulez un truc à boire ? » Être de mauvais poil ne me dispensait pas d’être un minimum polie et ça, même si je n’avais aucune envie de parler de quoi que ce soit. Cela dit, grâce à cet entretient, j’avais de l’air ! J’étais sûre que les jumeaux ne savaient rien mais j’aurais mis ma main à couper qu’ils sentaient les tensions et ne pouvaient pas s’empêcher de tenter de me venir en aide. Je n’avais jamais eu autant de câlins matins, midis et soirs...
    Une chose que Sarah ne raterait sûrement pas, c'était mes cernes de trois kilomètres de long et mes cheveux en bataille. J'avais pas vraiment pensé à ça, fallait bien le reconnaître.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Ven 3 Jan - 12:08

    J'attendais tranquillement devant (ou derrière tout dépends de l'endroit où l'on se trouve), la porte. Celle-ci s'était ouverte sur l'adolescente, qui n'avait pas estimé nécessaire de faire des efforts vestimentaires. Je souriais en la voyant et décidais d'ignorer sa tenue. Je me revois adolescente et voulant ne pas faire attention à moi quand les choses n'allaient pas, quand on me saoûlait pour que je fasse quelque chose dont je n'avais pas envie. C'était une forme de protestation ou de replis sur soit. Un vague grommellement avait émergé de la bouche de Savannah, ce qui devait être un équivalent d'un bonjour. Je lui souriais en retour en lui adressant un bonjour plus distinct. Je décidais de montrer mon sachet rempli de pas moins de 6 croissants et pains au chocolat, afin de détendre l'atmosphère.

    Je suis passée acheter quelques bricoles à manger ! Peut être as-tu déjà déjeuner, c'est quand tu auras un petit creux, pendant notre … discussion !

    Je déposais le paquet sur la table du salon et je m'installais confortablement dans le canapé. Sav' me demandait si c'était grâce (ou à cause) de moi, si elle avait le luxe d'avoir la maison pour elle toute seule. Je rigolais, avant même que je ne puisse lui répondre, elle me proposait quelque chose à boire.

    S'il y a du café, j'en veux bien une grande tasse. Sinon, je prendrais de l'eau. Et oui, j'ai viré ta mère, Hayden et les jumeaux pour toute la journée. C'est un pouvoir que nous pouvons avoir de temps en temps, nous les psys.

    Je ne faisais pas cas de son humeur qui allait de pair avec ma présence, assurément. J'étais l'amie d'Isa, mais là j'étais présence en qualité de psychologue. Et disons le, ma profession fait peur à la moitié de la population et l'autre moitié ignore ou fait semblant d'ignorer que l'on existe. A croire que consulter un psychologue fait de vous quelqu'un de dérangé psychologiquement et que par la suite, vous aurez droit à une entrée gratuite pour l'asile de fous.

    J'attendais que l'adolescente revienne avec ma boisson pour que l'on commence à discuter. J'avais réfléchis à la manière dont on aurait pu aborder les choses. J'aimais, avec mes patients, attendre que la confidence viennent d'eux, je ne souhaitais pas leur tirer les informations à l'aide d'un interrogatoire. Avec une adolescente l’œuvre allait être encore plus ardue. Je me retins de prendre un pain au chocolat, histoire que Savannah n'ait encore davantage de soupçon sur ma possible condition de louve.

    J'étais persuadée qu'elle n'était pas idiote, même si Isa ne lui avait pas dit que j'étais également une louve, elle devait me soupçonner … Nous faisions rarement confiance à autrui, mis à part aux nôtres, à nos frères et sœurs de meute.


    Bon, je vais rentrer dans le vif du sujet Savannah. Tu n'es pas idiote, tu sais pourquoi je suis là. On va mettre les choses au clair. Tu n'as sûrement pas envie de me parler et je te comprends. Sauf que … Ta mère pense que cela te sera bénéfique. Je n'en doute pas le moindre instant, mais es-tu en accord avec ça ? On peut discuter de tout et de rien … Sois en sûre qu'à partir de cet instant précis je ne suis plus Sarah, l'amie d'Isadora et Hadyen, mais bien Sarah la psychologue, soumise au secret professionnel. Je n'irais pas répéter tout ce qui se dit ici à ta mère ou bien à ton père … J'ai bien conscience qu'on a tous nos petits secrets. Par contre, je veux que tu sois franche avec moi, que tu essais de te laisser aller. Tu n'es pas folle, si ta mère estime que tu as besoin de discuter avec toi, c'est pour ton bien. Mais nous irons à ton rythme … Si tu es d'accord avec ça, cela sera notre contrat moral, auquel on se tiendra toutes les deux. Si l'une de nous le rompt, nous n'aurons plus d'intérêt à nous revoir dans le cadre de discussion en duo. Nous redeviendrons Sarah l'amie de ta mère et ton beau-père et toi tu seras l'adolescente en pleine crise, que j'essais de comprendre avec mon amie.

    Je laissais le silence s'installer, le temps que la jeune femme prenne sa décision. En effet, il était important qu'elle prenne conscience du fait que je n'irais pas divulguer l'objet de nos échanges. Tout comme elle devra être consciente du fait que je ne suis pas là pour la juger, mais qu'elle devra être entière avec moi. J'avais laissé ma veste d'amie de la famille sur le palier, pour adopter mon rôle de professionnelle.

    Bien, si tout est ok pour toi, nous allons pouvoir commencer … Je dois être dans l'obligation de te poser quelques questions pour commencer. Si elles sont trop indiscrètes, trop dérangeantes, si tu n'as pas envie de répondre. Dis le moi tout simplement et je n'insisterais pas. Je vais commencer par quelque chose que je ne t'ai pas demandé en rentrant, comment vas tu ? Mis à part, bien sûr, le fait que tu ne dormes pas, au regard de tes cernes énormes sous tes yeux !
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Ven 3 Jan - 14:56

    J’étais anxieuse, légèrement parano mais je n’avais pas pensé une seule seconde que mes fringue pourraient être une piste à suivre. Dans le fond, je m’en fichais un peu. J’allais pas faire gaffe à mes fringues alors que de toute façon, je pouvais pas bouger d’ici jusqu’à ce que ma mère décide de me relâcher et c’était pas gagné. J’rechignais même plus à faire mes devoirs, c’était dire à quel point j’étais ravie d’être coincée.
    Je faisais un peu payer à Sarah le comportement de ma mère et d’Hayden mais c’était logique, pour moi en tout cas. Le fait qu’elle ait ramené de la nourriture jouait pourtant en sa faveur. J’avais déjà grignoté un peu mais ça, c’était sorti du four y a pas longtemps. Hum... Je choisis de ne pas confirmer le coup du petit déj. Je voulais tenir encore un peu, j’embrayais donc de suite et partis à la cuisine. Il restait du café chaud, signe que ça ne faisait pas super longtemps qu’ils avaient déserté tous autant qu’ils étaient. Malgré moi, je souris quand elle dit qu’elle avait ce pouvoir en tant que psy. Rien que pour ça, j’aurais adoré l’avoir plus souvent à la maison, sans le côté triturage de cerveau et décorticage de gestes. Je revins finalement avec une grande tasse de café, genre big size à l’image de celles que buvaient ma mère et Hayden, un pur réflexe, je n’avais pas réfléchi. Je me posais avec mon verre de jus d’orange et j’attrapais un croissant. Moelleux, encore chaud à l’intérieur, parfait ! J’étais pas une louve mais j’avais de qui tenir en matière de bouffe.

    Je m’installais mieux, pieds sur le fauteuil à décortiquer mon croissant pour manger le cœur d’abord, le meilleur, mais en faisant attention de ne pas mettre de la mie partout. J’attendais, tête de bois comme je l’étais, ça n’était certainement pas moi qui allait commencer la discussion, même pas en rêve. J’appréciais qu’elle ne tourne pas autour du pot et qu’elle mette les pieds dans le plat, je levais donc les yeux vers elle et je fronçais le nez tout en l’écoutant. Ça pouvait se tenir, j’aurais du mal à parler librement en sachant qu’elle était une amie de maman mais j’pouvais toujours essayer même s’il y avait des trucs dont je ne parlerai pas parce que je n’en avais pas envie. « J’crois que ça peut se tenter même si j’en ai pas très envie. De toute façon, maman lâchera pas l’affaire pas vrai ? Alors si j’veux retrouver l’air libre, j’ai plutôt intérêt à marcher. »
    Je ne savais pas trop si j’arriverai vraiment à parler de tout parce que c’était compliqué de faire la distinction entre l’amie de ma mère et la psy mais plus vite ça irait, plus vite je serai débarrassée nan ? Je soupirais... Comment j’allais ? La bonne blague. Je mâchais avec acharnement un bout de croissant en réfléchissant. « J’crois que je vire parano. J’sais pas... C’est trop bizarre d’en parler comme ça avec toi. J’sais même pas si j’peux te parler vraiment, de tout... enfin... j’veux dire, concernant certaines choses. Comment j’peux être sûre que tu lui en parleras pas après ou à Hayden. J'peux même pas écrire dans un foutu journal ! » Jusqu’où j’pouvais aller, qu’est-ce que je pouvais lui dire ? J’arrivais pas à me faire à l’idée qu’elle n’irait pas en parler à ma mère juste après. J’étais méfiante, trop peut-être, mais j’avais quand même de sacrées bonnes raisons non ?

    C’était vraiment bizarre comme situation...
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Sam 4 Jan - 22:10

    Sav' me rapportait une tasse de café, enfin c'était plutôt une piscine, mais cela ne me dérangeait pas. Sauf que je devais faire très attention à mon comportement en la présence de l'adolescente. En effet, elle n'était pas au courant de ma condition de louve et je ne voulais pas l'accabler d'autres nouvelles et elle ne devait pas savoir que je faisais, moi aussi, partie de la meute. Pour son bien, sa sécurité.

    Je pris un pain au chocolat, je pris le soin de le découper en plusieurs morceaux que je disposais devant moi. Je pris un que je trempais dans le café et j'engloutis le morceau avec délectation. Je fermais les yeux quelques instants pour apprécier la saveur sucré mêlée au goût amer du café. Je rouvris les yeux au moment où Savannah m'expliquait qu'elle n'avait pas très envie de se confier et que seul la perspective que sa mère lui lâche les baskets la motivait. Je secouais la tête, puis fixais mon regard dans le sien.


    Nous sommes dans de sales draps si tu n'as pas envie ! Et non Isa ne laissera pas tomber, elle voudra que l'on se voit régulièrement, jusqu'à ce que j'estime et qu'elle estime que cela va mieux pour toi. Mais il ne tient qu'à toi d'être plus disposée à discuter avec moi.

    Je n'étais pas encore convaincue que Savannah allait être investie dans nos séances. Oui nos entrevues sont le fruit de l'inquiétude d'Isa, mais j'avais, d'expérience, la certitude qu'une mère savait prendre les bonnes décisions pour leur enfant. Mon amie s'inquiétait pour sa fille, d'autant qu'elle pouvait se sentir isolée dans sa propre famille. Les secrets que sa mère, son beau-père, son demi-frère et sa demie-soeur pouvaient partagés sans qu'elle soit mis dans la confidence. J'étais de l'autre côté, j'avais coupée tout contact avec mes parents, me faisant passé pour morte, pour les protéger. J'essayais de ne pas penser à la douleur qu'ils pouvaient éprouver à savoir que mon corps était introuvable … Mais aujourd'hui, je ne pouvais pas penser à mon propre cas.

    Je reportais mon attention sur la jeune fille qui commençait à évoquer ses problèmes, voir ses interrogations. Elle ne pouvait pas tout dire, sans être totalement à côté, je pense qu'elle évoquait le côté poilu de sa famille. Ma position était délicate, je n'étais pas sensée être au courant, mais je le savais car moi aussi j'avais ce côté poilu.


    Nous irons à ton rythme, si tu pense que certains éléments se doivent être passé sous silence, pour … ton bien. Tu as parfaitement le droit. Pour ce que je pourrais répéter à ta mère ou à Hayden. Tu ne peux que me croire sur parole, mais ta mère est d'accord avec moi. Ce qui se dit entre toi et moi, reste entre toi et moi. Je connais mon métier, je ne peux pas divulguer ce que mes patients me disent, c'est le secret professionnel. Et ce même si la fille d'une de mes plus proches amies est une patiente. Je n'ai pas le droit de divulguer tes confidences. Je peux être ton journal intime …

    Je lui souris et pris un petit morceau de mon pain au chocolat, puis bu une gorgée du café. Soudain une idée émergea de mon esprit. Je reposais la tasse, me levais et allai chercher mon sac à main. Je retirais un cahier neuf. Et oui, j'emportais toujours avec moi quelques objets qui me seraient utiles. Il y avait aussi des crayons de couleurs, des feutres, un jeu de carte, quelques planches du test des tâches. Je revins avec le cahier que je posais sur la table basse face à Savannah.

    Savannah, que dis tu que l'on convienne d'un déroulé de la séance. Il ne sera pas facile pour toi de te confier à moi pour certaines choses, je le sens. Tu as peur d'avoir un journal intime ici et je comprends que c'est parfois dangereux. Les mères sont des êtres irrémédiablement curieux. J'ai le souvenir de la mienne qui avait fourré le nez dans mon journal intime pour découvrir mes plus profonds secrets, notamment mes premiers émois amoureux … Enfin sans te parler de ma vie, il est important que tu puisse te libérer, avoir ton jardin secret. Alors je t'offre cette possibilité, on discute toutes les deux, mais je peux te laisser un moment qui aura un temps à ta convenance et tu pourras écrire tout ce que tu veux dans ce cahier. Bien sûr il ne restera pas ici, il repartira avec moi. Bien évidemment il faut que tu me fasse confiance, je ne le lirais jamais. Je me tiens à cela, si tu acceptes bien sûr. Je pourrais le sceller dans une enveloppe, que toi seule pour fermer et ouvrir …

    Je lui laissais le temps de réfléchir à ma proposition. Je cherchais le moyen pour elle de se livrer, de se délester de ce qu'elle avait sur le cœur, en ayant la certitude de ne mettre personne en danger. C'était pour le moment la seule solution que j'avais. Je repris la conversation, pour rebondir sur ce qu'elle m'avait dit.

    Tu es parano, dis-tu … Pourquoi dis tu cela ?
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Sam 4 Jan - 23:26

    J’avais tellement l’habitude de verser des tasses de dingues et des verres tout aussi dingues. À tel point que parfois, même pour moi, je faisais dans l’excessif. Je m’en rendis compte bien trop tard je fis semblant de ne rien avoir vu. Je ferais semblant de rien de toute manière... je ne voulais plus rien savoir, ne pas en apprendre plus pour ne pas qu’ils risquent quoi que ce soit, que je les connaisse ou pas. Pourtant, j’me voyais mal lui raconter pourquoi tout allait de travers, pourquoi j’me sentais mal et tout ce qui s’était passé. Comment j’étais censée faire si j’devais contourner chaque truc dont je ne devais pas parler... Voilà, j’étais encore énervée. J’émiettais plus mon croissant que je ne le mangeais à présent. C’était vraiment n’importe quoi. Je soupirais fortement. C’était complètement débile. « Ouais... J’men doute un peu de ça. » J’avais juste la trouille... j’allais bien sinon. Bon, pas vraiment mais ça, j’le cachais bien jusqu’à maintenant, alors où est-ce que ça avait merdé ? Je posais ma tête su mes genoux en mâchonnant mon croissant sans conviction.
    Sarah pouvait bien me dire tout ce qu’elle voulait, je n’étais pas convaincue. Allait-elle vraiment tout garder pour elle ? Je n’avais qu’un seul moyen de le savoir dans le fond mais je ne savais pas si... C’était vraiment du grand n’importe quoi. Ça me gonflait. J’étais censée parler, me confier et j’devais la boucler sur un tas de trucs. C’était un non-sens monstrueux.

    Je la regardais se lever pour chercher un cahier, il semblait neuf, sans rien dedans... Je grommelais en l’entendant. Ça n’était pas ma mère ou Hayden ou Niamh ou Kean le problème... c’était l’extérieur, les autres. Je balançais ça tout d’un coup d’ailleurs. « C’est le cadet de mes soucis que maman lise mon journal. Ou même les jumeaux... pire, Hayden... J’m’en fous. C’est pas eux le problème, ça le sera jamais. C’est moi le souci. On en revient au fait que j’suis complètement parano. En plus, tout ça est débile. C’est pas contre toi mais j’suis censée te parler de ce que je ressens ou j’sais pas quoi alors que j’peux même pas parler de tout sans savoir un truc que j’peux même pas demander. On tourne en rond. Ça m’avancera à rien d’écrire dans un cahier, ça soulage pas puisque n’importe qui et j’insiste bien là-dessus, peut foutre son nez dedans. J’peux même pas parler à quelqu’un puisque... bref. On en revient à tout ce que j’peux pas dire. Alors voilà... sérieusement, à quoi ça sert de parler si j’dois taire la moitié de ce que je ressens ou de ce que j’éprouve, si j’peux même pas parler de pourquoi je flippe, de pourquoi j’veux juste disparaître et me cacher jusqu’à la fin des temps. Comment tu comptes faire pour m’aider alors qu’au final, j’sais même pas si j’peux te parler de tout ça. » Ça faisait beaucoup de sous-entendu, de non-dits mais si elle faisait partie des leurs, elle devait comprendre.
    Je ne pouvais pas me confier si elle n’était pas l’une des leurs de peur de les mettre encore en danger et je ne pouvais pas demander si elle était comme eux parce que ça me mettait en danger moi et elle. Fallait m’expliquer comment j’étais censée faire parce que là, j’voyais vraiment pas comment c’était jouable. Sur ce, agacée, énervée, furieuse contre la terre entière, je me levais en attrapant un coussin que je serais contre moi. J’étais complètement frustrée par la situation. Je reposais le coussin ou plutôt... je le jetais rageusement sur le canapé. Ce monde était ridicule. J’avais envie de hurler à l’univers d’aller se faire foutre. Et pour couronner le tout, j’étais complètement impuissante face à tut ça. C’était le bouquet.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Dim 5 Jan - 11:30

    Je m'étais sûrement fourvoyer en lui offrant un cahier. Il fallait que je me rende à l'évidence je n'avais pas réussis à interpréter ses mots, j'étais à côté de la plaque, mais ce n'était pas un soucis, cela faisait réagir l'adolescente. L'extérieur lui faisait peur, nous en avions tous peur, mais ayant connaissance de sa situation, tout cela ne devait pas être évident pour elle. De savoir que sa famille proche était composée de loups garous, qu'elle ne pouvait ne savoir que quelques petites choses sur la meute, pour ne pas la mettre en danger.

    La colère qui émanait d'elle venait de réveiller ma louve. Elle s'avançait doucement pour humer l'air ambiant. La frustration, l'impuissance, tout cela émanait de la jeune femme et appelait l'animal en moi. Je pris un morceau de pain que je mangeais. Je calmais ma louve, lui ordonnant de repartir dans les zones d'ombre de mon esprit.

    Je laissais le silence retomber. Les mots d'Isa résonnait en moi, si je ressentais le besoin de me mettre à nu devant sa fille, je pouvais le faire. Dans la mesure de sa sécurité. Juste lui dévoiler ce qu'il faut pour qu'elle me fasse confiance, pour qu'elle n'y ait plus ce mur entre elle et moi.


    Je suis désolée de m'être trompée Savannah, je vais donc ranger mon idée de journal intime.

    Un murmure. Je me levais et fis les cent pas. Je réfléchissais à comment lui dire tout cela. Je m'arrêtais dans l'encadrement de la porte qui menait à la cuisine. Je respirais tranquillement, les mots allaient venir, tout simplement. Je ne pouvais pas lui demander de me dire ce qu'il en était pour elle, alors qu'elle ne savait pas à qui elle s'adressait.

    Et si … Je te dis que tu peux me faire confiance, cela n'aura aucun impact sur toi, si … Je ne suis pas un tant soit peu honnête avec toi. Et … Je le sais tu n'es pas idiote. Tu connais tes parents et tu sais qu'ils ne peuvent pas s'entourer de n'importe qui. Tu es capable de comprendre que ce que je vais te dire.

    Je m'approchais de l'adolescente, je m'assis par terre et regardais Savannah. Elle était jeune et portais déjà un lourd secret qu'elle ne pouvait partager avec personne, pas même ses amies. Je me rappelais que quand j'avais son âge, je racontais toutes mes embrouilles avec mes parents, mes déboires amoureux à mes amies. Ma dispute avec Angus … Discuter avec elles, était comme un exutoire, je me libérais de tout le poids de la culpabilité et je rigolais, je redevenais une adolescent une fois mes illusions d'adulte envolées. Je pris une grande inspiration et je tournais la tête pour fixer un point imaginaire.

    Si je te dis que … Je peux manger tout les croissants et les petits pains que j'ai emmené avec moi … Si, la tasse de café que tu m'as apporté, je pouvais l'avaler sans soucis, car je ressens en permanence la faim. Tu comprends sûrement de quoi je parle …

    Je poursuivais en lui parlant de mon histoire personnelle.

    Mes parents pensent que je suis morte, en même temps que mon frère. Pendant les années sanglantes. J'étais partie faire une randonnée avec mon frère, pour sceller notre réconciliation. Nous avions été brouillés durant des années, à cause de ma première histoire d'amour. Enfin, sans rentrer dans les détails, on m'a intégré de force dans une nouvelle famille. Celle de ta mère, de Hayden … Je ne peux pas t'en dire plus, mais juste que tu peux me parler de tout ce qui traite de notre autre vie. Je ne peux pas te dire que je comprends, mais je peux essayer de comprendre qu'il n'est pas évident d'avoir tout ce poids à porter, ce secret à garder et supporter d'être mis à l'écart d'une vie que l'on ne connaît pas. Maintenant, tu peux, si tu le souhaite encore, ben sûr me parler de ce qui te met tant en colère pour réveiller la louve qui sommeille en moi.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Dim 5 Jan - 14:51

    Je ne voulais pas m’énerver et je m’étais énervée... Je soupirais de frustration. J’avais envie de parler sans en avoir envie. Je ressentais le besoin de me confier mais je ne le pouvais pas à n’importe qui et même si Sarah était une amie de maman, je la voyais comme la psy... une sorte de punition. Personne n’aimait vraiment les psys et encore moins moi. Ça faisait dérangé, malade ou un truc du style. L’image était pas top.
    Je ne savais pas comment agir, comment réagir, ce que je pouvais dire ou non. J’étais totalement perdue. Pour couronner le tout, je luttais contre moi parce que j’avais besoin de parler, très clairement mais je n’arrivais pas à me faire à l’idée que j’allais en parler à Sarah. Elle avait juré qu’elle garderait tout ça rivé mais... c’était difficile à croire, surtout si elle était comme eux, ce que je soupçonnais fortement.

    Je soupirais à nouveau. « C’est pas ça... J’ai rien contre le journal. J’ai peur que quelqu’un d’inconnu mette son nez dedans et découvre des choses que personne n’a à savoir sur... ma famille. » Et la famille de ma famille. J’avais menti, ça soulageait quand même un peu d’écrire parfois mais j’étais en colère alors... ce que je disais dépassait largement ma pensée.
    Je regardais finalement Sarah faire les cents pas devant moi. Elle semblait réfléchir. À quoi, je n’en savais rien mais ça semblait être important. Je me réinstallais dans le fauteuil en passant par dessus le dossier. Je finis par comprendre où Sarah voulait en venir quand elle se mit à parler de l’entourage d’Hayden et ma mère. J’avais eu raison mais je ne dis rien, je ne souris pas non plus. J’attendais, je regardais Sarah assise par terre devant moi qui se mit à m’expliquer, à me prouver. Je me doutais de tout ça, c’était une facette de ce qu’ils étaient qui ne me trompait pas. Voilà pourquoi j’étais presque sûre qu’Irving aussi était l’un d’entre eux. Mais je ne dis rien, je continuais d’écouter.
    Je fus très surprise d’apprendre qu’elle avait fait partie de ceux qui avait été obligé. J’avais entendu parler de ces gens transformé malgré eux et j’eus de la peine pour Sarah. Elle n’avait pas choisi, ça lui était tombé dessus. Je bus une gorgée de jus d’orange, me décidant à jouer franc jeu. Au final... j’en avais besoin, j’étais au bord de l’explosion, j’étais aussi insupportable que maman et ça n’arrangeait rien à la maison.

    « Je sais que maman t’as dit que j’allais mal. Ça m’énerve parce qu’elle sait toujours tout. Vous devez avoir un radar intégré... franchement, j’m’en fous d’aller mal. C’est pas important. Ce qui me rend furieuse, c’est que je vous ai mis en danger en essayant de ne rien dire. Je suis une faiblesse alors qu’ils... vous n’avez pas besoin de ça. Et j’en ai marre parce que quoi que je sache, ce sera toujours trop alors que tout ce que je veux, c’est comprendre, faire un tout petit peu partie de tout ça. » Je me relevais pour regarder dehors, je n’avais pas envie que Sarah me regarde. « J’ai rien à faire dans leur vie. J’suis pas débile... j’ai peut-être que quinze mais j’vois bien que je cause plus de problèmes qu’autre chose. Que maman s’inquiète toujours pour moi, tout le temps, pour rien souvent. Quand j’suis malade, c’est comme si j’allais mourir. Ils ont l’air tellement inquiet pour une simple toux que ça en devient ridicule. J’fais pas partie de votre monde, j’pourrais jamais partager tout ça, comprendre mon frère et ma sœur, être complice avec eux. Avant... j’étais juste anxieuse et maintenant j’ai peur. Je crève de trouille parce qu’un type a menacé de venir ici pour s’assurer de ce qu’ils étaient, tout ça parce que j’ai traîné en ville après les cours pour des stupides cadeaux, tout ça parce que je vis avec eux. J’suis une menace malgré moi, j’suis impuissante et ça m’énerve. J’peux pas aider, j’peux rien faire, juste m’inquiéter tout seule dans mon coin. J’ai peur que ce type débarque un jour pour leur faire du mal, faire du mal à Niamh et Kean. J’ai peur que maman veuille m’éloigner pour leur sécurité alors que c’est ce qu’elle devrait faire pour eux, pour vous. J’ai peur de les perdre, de perdre encore une fois ma famille. » J’étais en colère, j’avais peur aussi mais avant tout, j’me sentais perdue, seule, complètement à la masse. Ils auraient tous été bien mieux sans moi mais ça, je ne le dirais pas.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Dim 26 Jan - 14:40

    Il n'était jamais évident de se confier à quelqu'un, qu'il soit digne de confiance, que l'on connaisse depuis des années, qu'il soit là pour nous dans toutes les épreuves. Il en va parfois de petit secret, qui sont bien trop énorme pour en parler, le danger qui accompagne la confidence est bien trop important pour se laisser aller au partage. Je l'avais appris depuis que j'avais été mordue, je n'avais jamais cherché à retrouver mes parents, pour ne pas les mettre en danger, je ne savais même pas s'ils étaient encore vivants, s'ils me considéraient comme encore en vie, s'ils me cherchaient … Je ne savais pas du tout. Peut être qu'en reprenant mon travail j'avais laissé de gros indices ? La famille avait quelque chose de très précieux pour moi, j'avais retrouvé pour quelques instants ce cadeau que la vie m'avait offert, quelques instants de bonheur réduit à néant par l'attaque meurtrière des loups. J'étais morte, l'ancienne Sarah était morte ce jour là, avec mon frère, tout du moins c'est ce que j'espérais me faire croire.

    J'imaginais à quel point il était difficile pour Savannah de se confier à moi. Et cela, même si j'étais une amie d'Isa, même si elle me voyait souvent ici, même si elle savait que sa mère avait confiance en moi. Il y avait un aspect de ma vie qui rebutait bon nombre de personnes, j'étais psychologue. Et qui dit psy, dit folie ! Il n'est pas rare de voir les personnes qui se rendent à mon cabinet dans l'espoir de résoudre leurs problèmes ne pas avoir le cran d'ouvrir la bouche pour parler, ils restaient muet sous la pression de mon statut.

    Je comprenais Savannah qui ne souhaitait pas écrire ses états d'âme dans un cahier. Il pouvait tomber entre de mauvaises mains, et j'appréciais la maturité de la jeune fille. Elle n'était pas idiote, elle avait un sens de l'observation bien plus aiguisé que l'on aurait pu croire, bien plus important qu'elle ne pouvait le croire elle même. Mais elle restait une ados, avec ses forces qui pouvaient être tout autant des faiblesses. Je balayais donc cette idée de cahier d'un revers de main.


    Très bien, oublions cet outil. Ne mettons pas en danger quiconque ne souhaitant pas l'être.

    J'avais jugé nécessaire de lui raconter un peu de mon histoire. Juste ce qu'il fallait, pour qu'elle puisse se laisser aller à la confidence sur ce qui la travaillait. C'était un peut être un élément déclencheur dans notre rencontre, notre échange. Je la laissais se livrer, parler sans trop en dire, mais suffisamment pour délester de ce qui pesait sur ses frêles épaules d'adolescente.

    Je laissais Sav s'éloigner de moi, tandis que je me levais pour marcher un peu. Je n'aimais pas trop rester assise, j'aimais courir, me dépenser. Cela devait interpeller mes patients quand je ne restais pas assise durant leur entretien mais que je préférais les écouter en arpentant mon bureau de consultation, il en était de même aujourd'hui. Je pesais les mots qui allaient sortir de ma bouche, car là, nous évoquions la meute. Je ne pouvais en dire davantage sur notre famille pour le bien de la jeune femme, mais aussi pour le mien. Nous avions nos codes, nos règles, nos lois, que nous ne devions pas transgresser …


    Ta mère sait que tu ne vas pas bien, tout simplement parce que c'est ta mère, qu'elle t'a mise au monde. Humaine ou non, c'est le propre de toutes les mères aimant leur enfant. Là encore, ça serait superflus de te dire que je comprends ce que tu ressens, je te dirais que toute cette colère est légitime. Tu sais, mais sans savoir et en plus de cela si tu le répète, ce n'est pas bon pour nous. Toutefois … As-tu envie de faire partie, même un tout petit peu, de cette famille auxquels nous appartenons, pour comprendre ce qui t'entoure ou tout simplement être aussi proche d'Isadora que ton frère et ta sœur ?
    Le danger est réel Savannah, je ne te le cache pas, sauf que nous savons faire face. Tu vois tout comme une faiblesse, parce que tu ne te sens peut être pas aussi forte que nous. Mais tu as une toute autre force, que tu ne soupçonne pas encore. Tu as une force de caractère énorme, tu arrive à porter ce secret, seule. Tu n'es pas faible, tu ne sais pas encore comment te dé-pâtir de cette situation qui n'est pas évidente. Tu ne fais pas partie de ce monde là, mais tu fais partie de leur monde à eux, leur famille et je connais Isa, tu es tout pour elle. Si elle s'inquiète, c'est parce qu'elle est protectrice, je suis sûre que si elle avait été humaine à 100% elle se serait inquiété encore plus, sauf que là … Nous avons une résistance supérieur à la normale alors la maladie, nous oublions un peu qu'un simple rhume ne peut pas faire grand chose.


    Je m'arrêtais et me concentrais sur cette histoire d'un homme … Je relevais la petite indication, sauf que je prenais le temps que la jeune fille m'en parle davantage.

    Tu ne peux pas tous nous protéger Savannah, non pas que tu n'es pas assez forte. Mais comme n'importe quel adolescent, tu ne peux pas porter un tel poids sur ta conscience et ton cœur. Tu veux les protéger, c'est normal, nous ne pouvons te blâmer, mais tu ne peux pas le faire toute seule. Tu as parlé de cet homme à ta mère, c'est déjà bien, ne t'inquiète pas toute seule, cela te rongeras, tu ne vivras plus alors et ce n'est pas que ce que veulent Isa et Hayden, loin de là.

    Je m'arrêtais de parler et de marcher, je fixais l'adolescente.

    S'il t'éloigne un jour, c'est pour ton bien. C'est une idée qui a du traverser l'esprit de ta mère, car elle veut ta sécurité avant tout. Mais tu ne perdras pas ta famille, ils seront toujours présents pour toi. Mais au delà de ce que veux ta mère pour ta sécurité. Que veux-tu réellement, au plus profond de toi, que souhaites-tu pour te sentir davantage proche d'eux, te sentir moins une menace permanente, car je le perçois comme cela, dis moi si je me trompe, c'est possible. Qu'as-tu envie pour ton futur Savannah ?
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Dim 26 Jan - 21:31

J’avais du mal à parler, à me confier. Parce qu’au final, si la journée ne s’était pas terminée aussi mal que je l’avais cru avec maman. Maintenant, je ne pouvais pas m’empêcher de m’énerver. C’était idiot mais c’était comme si j’avais quand même besoin qu’on entende mon point de vue, mon vrai point de vue ou du moins, sa globalité. J’avais été sincère avec maman mais j’avais besoin qu’on comprenne que je voulais bien faire. Mais ça n’avait rien d’évident étant donné la nature de Sarah. J’avais peur que ma mère finisse par le savoir et je ne voulais pas. Pourtant, j’avais quand même envie d’essayer, de faire confiance, pour voir même si c’était dans le cadre de son boulot, après tout, elle venait de laisser tomber cette idée de cahier, comprenant mes craintes sur le sujet. Je ne savais pas si c’était sincère mais au moins, ce sujet-là ne reviendrait pas. J’avais vraiment bien trop peur qu’on apprenne que ce truc existe et qu’on l’utilise.

Alors que je m’expliquais, tournant en rond, de long en large, Sarah se leva aussi pour marcher alors que moi, je m’arrêtais. J’avais fini de m’agacer, pour l’instant en tout cas. Je savais que Sarah avait raison, même si j’étais aussi sûre qu’Hayden et les jumeaux étaient parfaitement capables de faire la même chose. Je ne savais pas comment, ni pourquoi mais c’était comme ça. J’avais d’ailleurs expliqué à maman que les jumeaux choisissaient toujours très bien leur nuit quand ils venaient squatter mon lit. Mais la question que me posa ensuite Sarah me pris au dépourvu. Je n’avais jamais voulu y penser. Est-ce que c’était juste par jalousie ou bien voulais-je comprendre ? Je secouais la tête. Oui, j’étais jalouse, un peu, mais je m’étais intéressée à tout ça avant de les savoir en vie. J’avais voulu comprendre avant. « C’était avant Niamh et Kean, je ne savais même pas qu’ils étaient vivants quand j’ai appris pour maman et pour Hayden... » Je me rappelais encore de la façon dont Hayden avait dû me convaincre. Forcé de se transformer dans le salon pour appuyer les dire de ma mère. Je m’étais enfermée ensuite avant de finalement réapparaître pour les assommer de questions.
Je me rassis, sachant parfaitement que c’était réellement dangereux. Mes cauchemars me le rappelaient sans cesse. J’avais pu laisser tomber ma rencontre avec le gars de la PES mais pas ma rencontre avec le servant de la Reine des vampires. Je dormais mal presque chaque nuit, ne dormant que quelques heures l’après-midi. J’étais complètement déphasée. Je n’arrivais pas à croire que je n’étais pas une faiblesse, que je n’étais pas faible tout court. C’était pas une question d’estime... juste de bon sens. Je soupirais en posant mon menton sur mes genoux. « Je sais tout ça... enfin presque mais c’est pas toujours facile de s’en rappeler. Maman est géniale, vraiment. Elle me tape sur les nerfs mais je l’échangerai pour rien au monde. Elle a toujours été là. Mais j’ai l’impression d’étouffer des fois. »
Elle enchaîna pour me dire que je ne pouvais pas les protéger tous, que je n’étais pas assez forte. J’avais remarqué, y avait qu’à voir l’état dans lequel j’étais uniquement à cause de la discussion de quelques minutes que j’avais eu avec ce type. Je râlais. On me demandait d’avancer, d’oublier cette rencontre mais je ne pouvais pas. J’avais peur, point. Il avait menacé ma mère, Hayden, mon frère et ma sœur. Il avait menacé de venir à la maison vérifier lui-même. Il m’avait foutu les jetons à tel point que je n’osais plus foutre un pied dehors toute seule à moins de regarder derrière moi toutes les dix minutes et encore, je comptais large. « Maman m’a dit la même chose concernant cet homme mais c’est facile à dire. J’ai peur. Je crève de trouille ! Ils sont ma seule famille. » Et j’insistais bien sur le seul. « Les gens chez qui elle pourrait m’envoyer ne sont rien, personne. Ils n’étaient pas là quand mon père, sa femme et mes frères sont morts. Ils n’étaient pas là quand j’allais mal. C’est pas sur eux que j’ai déchargé ma colère. C’est maman qui est venue me chercher, c’est Hayden qui a subit, c’est eux qui m’ont veillé. Personne d’autres. » Je n’accepterai personne d’autres, sauf les jumeaux, évidement, auxquels je tenais énormément, je me fichais qu’on ait en commun que maman. C’était mon frère et ma sœur, point barre.
En revanche, la question sur mon avenir, ce que je voulais pour mon futur... Je ne l’avais pas vue venir. Encore moins celle concernant ce que je voulais faire pour ne pas me sentir une menace pour eux. « Je... Je ne sais pas. J’peux rien faire... pas vraiment. À part leur dire ce qui m’arrive si ça se reproduit, j’vois pas quoi faire. » Mais mon futur... là, j’étais bien incapable de répondre.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Sam 1 Fév - 18:57

    Il était difficile pour Savannah de parler, d'évoquer ce qu'elle ressentait. Je le comprenais, être adolescente n'est pas toujours facile. On se referme comme une huître extrêmement facilement, on rejette les autres pour des futilités que l'on croit très importante. Je me souvient encore de cette dispute avec mon frère, comment de nombreux détails avaient eu raison de notre lien que je croyais indéfectible. Etre adolescent s'est être si vulnérable et si fort … On ne sait pas comment prendre les choses qui nous arrive en pleine tronche, alors on réagit, pas toujours de la meilleure manière qui soit. L'impulsivité est ce qui caractérise ce passage charnière dans la vie d'un être humain. On rejette cette vulnérabilité que nous confère l'enfance pour revêtir l'habit d'un adulte. Mais on joue sur les deux tableaux, on veut rester vulnérable mais être adulte.

    Toutefois, ce que vivais Sav' personne ne souhaitait le vivre et pourtant elle devait composer avec. Avec une famille de loups alors qu'elle était humaine à 100%. Je pouvais essayer de comprendre ce que cela voulait dire, être tenue à l'écart de tout un pan de la vie de sa mère, de son beau-père et de son frère et sa sœur. Et surtout, assurer leur sécurité en n'en parlant à personne.


    Je sais que ça va faire psy, mais je le suis, donc je dois être obligée de te poser ce genre de questions, mais tu as ressenti quoi en apprenant pour ta mère et Hayden ?Quelles ont été tes réactions face à cette nouvelle ? Car ce n'est jamais facile, surtout après le conflit que nous avons tous traversés …

    L'adolescente repris place sur le canapé, je restais debout, cette position m'allant mieux pour réfléchir, pour avoir les idées claires. Cela me faisait penser aux soirées et aux nuits que je passais à courir dans les bois entourant le wolfheaven. C'étaient ces moments qui me permettait d'avoir les idées bien organisées.
    Je souriais quand elle me disait qu'elle étouffait parfois avec sa mère. Je ne rajoutais rien à ça, il était normale qu'elle étouffe, je n'allais pas minimiser son état d'esprit en lui disant que n'importe quel adolescent étouffe avec ses parents, qu'ils ont parfois envie de tout envoyer valser...

    Je m'approchais un peu d'elle et m'assis sur la table basse. Je plongeais mon regard dans le sien. La peur, c'était le sentiment qui pouvait motiver tous ce qui traversait Savannah. Peur de perdre ses proches, de se retrouver seule, de ne pas être à la hauteur … La peur était un sentiment paralysant, extrêmement complexe et seule sa maîtrise pouvait permettre à quiconque de croire qu'elle disparaît.


    Rien qu'à l'évoquer tu as peur, que t'as-t-il dit pour que cela te fasse cet effet ? Alors dis leur, que tu ne veux pas partir, dis leur que tu veux rester ici. Et je te soutiendrais, je serais là pour dire à ta mère que t'éloigner ne résoudra pas le problème mais ne fera que le déplacer. Si tu ne te sens à ta place qu'ici, avec eux, alors je serais là pour t'aider à rester avec eux. Ils veulent ton bien, donc on va leur dire, toutes les deux que ton bien être c'est avec eux. Par contre, il va falloir que tu maîtrise ce sentiment de peur que tu ressens, pour que tu puisse vivre un tant soit peu normalement. Même si, ta vie ne sera jamais totalement normale, désolé de te le dire Savannah. Mais si tu veux on peut essayer de travailler sur ça, sur ce que tu as envie de faire, sur ton envie de vivre ta vie …

    Ma question sur l'avenir était peut être trop rapide pour elle, on ne sait jamais de quoi demain est fait. Et je le comprenais très bien, c'était surtout une manière détournée de savoir comment elle voulait être plus proche de sa famille, d'Isadora, d'Hayden, de Kean et Niamh. Je lui adressais un sourire bienveillant.

    Tu as l'obligation de leur dire ce qu'il t'arrive si cela vous met tous dans une situation délicate. Mais est-ce qu'à l'avenir, veux-tu en savoir plus sur notre monde ou tu te sens bien comme ça, dans une ignorance partielle ? Je ne te dis pas que l'on va tout te dire, et il est préférable pour toi que tu en sache le moins possible, crois moi. Mais il est parfois compréhensible de vouloir toujours en savoir plus, pour te sentir proche d'eux.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Sam 1 Fév - 20:13

Au final, parler avec Sarah n’était pas si difficile que ça et ça me surprenait. Elle m’écoutait, elle essayait de me comprendre, de savoir pourquoi j’avais fait ce que j’avais fait. Elle essayait vraiment de m’aider et c’était... ça faisait du bien. C’était peut-être aussi pour ça que j’étais moins en colère, moins énervée. Elle tentait de se mettre un peu à ma place. Pourtant, j’avais déjà du mal à me comprendre moi-même, à être à ma place. Je soupirais... c’était dur de parler. J’avais peur de ce que je disais, de ce que je ressentais même si ça devenait plus facile. Il y avait quand même des choses que je ne voulais pas dire.
Heureusement, ce que me demandait Sarah n’avait rien de compliqué. « J’étais en colère qu’on ne m’ait rien dit. J’ai appris ça parce que je suis tombée sur une photo de Niamh, Kean, Johan et maman en cherchant des fringues... C’est seulement après que maman me l’a dit. J’ai pas voulu y croire même si je savais que c’était vrai. Maman était différente d’avant, je l’avais bien vu. Hayden a dû se transformer dans le salon pour me prouver que c’était vrai. J’étais... impressionnée je crois et j’ai eu un peu peur. J’me suis enfermée dans ma chambre longtemps. J’avais l’impression qu’on m’avait menti depuis le début. » La trahison, c’était comme ça que je l’avais vécu dans un premier temps. Du moins avant d’admettre qu’ils avaient fait ça pour mon bien. « Quand j’ai compris qu’ils n’avaient rien dit pour se protéger et que ça ne changeait rien du tout, j’ai posé des questions. J’étais curieuse, fascinée aussi. Mais... depuis, je sais qu’on me cache des choses, je vois quand il y a un problème, quand ils s’arrêtent de parler ou change de sujet d’un coup. C’est... difficile. »
Alors oui... tout ça plus la surprotection et tout le reste, j’avais parfois du mal à gérer sauf que je ne savais pas comment péter les plombs, je n’y arrivais tout simplement pas. Par contre, pleurer de frustration, ça, je faisais comme personne.

Je levais les yeux pour regarder Sarah qui ne bougea pas d’un pouce en s’asseyant sur la table. Je ne baissais pas les yeux. Du moins jusqu’à ce qu’on parle de ma peur, mes peurs. « Je me fiche que ma famille ne soit pas normale... ou que ma vie ne le soit pas. Je veux rester avec eux, c’est tout... Je ne veux pas les perdre. »
Je n’avais pas tellement envie de parler de lui... mais je devais lui dire, du moins, je voulais. « Il a dit que je devais faire attention à moi et qu’il viendrait ici pour moi, pour avoir ses réponses. Que si ma mère lui tombait dessus alors qu’elle était en colère et lui armé, ça se passerait mal. Il l’a pas vraiment dit, mais c’est ce que j’ai compris. » Il me fallut un moment après pour me calmer. Je tremblais rien que d’y repenser et j’avais du mal à respirer. Parler de l’avenir m’aida à passer par dessus ou au moins me distraire.
« J’ai envie d’en savoir plus... ça m’intéresse. C’est... eux. Ça fait partie d’eux, pas de moi. Je veux juste les comprendre. Mais quand c’est grave, on ne me dit rien. J’ai parfois l’impression que c’est une excuse pour ne pas me parler de quelque chose qui est arrivé parce que c’est douloureux ou gênant. J’ai pas envie de me mêler de ce qui me regarde pas. Mais... quand il arrive quelque chose, je peux pas le savoir, même si c’est rien. Tout ça parce que ça concerne la meute. Même mon frère et ma sœur doivent me mentir ou me cacher des choses. » Alors que dans le fond, je voulais aussi apprendre à connaître cette part d’eux. Je voulais rattraper le temps perdu.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Dim 2 Fév - 11:49

    Je me retrouvais parfois en l'adolescente que j'avais en face de moi, et pourtant j'avais quasiment le double de son âge. Nous devions porter le poids d'un secret, protéger notre famille. Sauf que sa situation était plus délicate, car elle ne pouvait pas se laissé aller à la confidence avec n'importe qui. Seule sa mère, son beau père pouvait tenter de la comprendre. Le début de notre rencontre n'avait pas été ce que j'espérais, c'était pour cela que j'avais jugé nécessaire de lui raconter ce que j'avais vécu. Elle avait besoin de quelqu'un sur qui compter en dehors de son cercle familiale et qui pouvait autant la comprendre que comprendre sa famille.

    J'avais de l'affection pour elle, autant Isa était une amie, autant je pouvais considérer la jeune femme comme une petite sœur que je me devais de protéger de ce monde cruel, de ce monde de fou. Ce monde dans lequel elle se retrouvait plongée malgré elle, je ne jetais pas la pierre à Isa, qui, je le sais, aurait tout donné pour ne pas être mordue et éviter les dommages collatéraux qui éclaboussaient sur sa fille. Savannah me racontait comment elle avait découvert ce secret, comment elle avait du l'accepter ou tout du moins le comprendre.


    Ce n'est pas évident de se retrouver devant le fait accomplis, du jour au lendemain d'apprendre que les personnes les plus proches de nous ont un secret. Celui d'être un être surnaturel, faisant partie de ces personnes dont on a entendu parler tant et tant au journal télévisé. Maintenant que tu as pu encaisser la nouvelle, tu as compris que c'était surtout pour ton bien que ta mère t'avait caché tout ça ? Pour te protéger, même si tu n'es pas en sucre, bien évidemment. Isa fait comme elle peut et selon ce qu'elle considère être le mieux pour toi.

    Il était important pour moi de redire cela. Isa avait peur pour sa fille, pour diverses raisons. Toutefois, elle avait en face d'elle une adolescente, avec tout ce que cela implique. Les difficultés, la rébellion (et ce même si Savannah ne semblait pas vouloir se rebeller outre mesure), les incompréhensions … Je pris les mains de la jeune fille et d'une voix calme je lui répondis simplement.

    Et tu ne perdras pas ta famille, je te promet que tu resteras ici ! Je vais tout faire pour faire entendre ta voix auprès de ta mère. Promis.

    Puis vint le tour de me parler de cet homme qui avait été le motif de l'appel de mon amie. Cette rencontre avait bouleverser Sav', et je comprenais pourquoi. Il avait été menaçant et cristallisait cette crainte de la perte de sa famille. Il les avait menacé et cela me faisait froid dans le dos. Je me mettais à la place de la jeune fille, il lui avait dit qu'il s'occuperait de sa mère … Je ne pouvais pas lui dire que dans notre organisation nous avions les moyens de nous occuper de ce genre de vermine, cela aurait pu la réconforter ou sinon la culpabiliser encore plus. Je devais juste me concentrer sur le fait qu'elle devait accepter cela, essayer de faire confiance à sa mère pour gérer cette situation. Je voyais que cela provoquait une réaction d'angoisse, cette situation l'avait traumatisé à un point qu'elle ne savait pas comment se défaire de ce poids. J'avais mal pour elle, car à part lui offrir une épaule réconfortante, j'étais impuissante. J'étais en colère contre cet inconnu qui osait menacer une adolescente, un lâche voilà ce qu'il était. Ma louve se réveilla soudainement, je devais me calmer, je respirais doucement, puis me levais à nouveau pour faire les cents pas. Je repris peu à peu mes esprits et continuais ma conversation.

    Tu as bien fait de tout dire à ta mère. Aies confiance en elle, elle ne veut pas que tu sois en danger et elle ne se mettrait pas en danger. Elle tient trop à toi, ta sœur et ton frère … Nous avons un petit problème de poil, nous avons été contraints de nous battre en des temps plus sombres, mais nous aspirons à la tranquillité. Et Isadora et Hayden ne font pas exception.

    Je ne pouvais décemment pas lui dire que sa mère et son beau-père avaient un rôle d'exécuteur au sein de la meute. Que le sang, la mort et la punition ne leur étaient pas inconnus. Il n'était pas utile qu'elle le sache. C'était presque un mensonge, mais le fait que l'on aspirait à la tranquillité était la pure vérité. J'en avais personnellement assez de ces vendettas, de cette situation explosive que nous connaissions encore aujourd'hui … Mais là encore, ce n'était pas une situation que devait connaître Savannah. Je regardais l'adolescente, tout ce qu'elle pouvait savoir et qui lui était caché. Elle en savait trop et pas assez, je pouvais comprendre ce qu'elle pouvait ressentir, ne jamais savoir où est réellement sa place, ne pas pouvoir avancer correctement dans la vie sans avoir à regarder autour d'elle pour s'assurer qu'elle ne trahisse pas leur secret …

    Savoir ce qu'il se passe dans la meute, je suis sûre que ce n'était pas l'envie qui manquait à Isadora d'en dire plus, mais c'était se mettre en danger de mort. Je soupirais de dépit, je marchais encore un peu dans le salon
    .

    Disons que nous n'avons pas envie d'en dire plus. C'est juste que … Nous nous protégeons, nous protégeons la meute et nous nous protégeons personnellement. Nous avons nos codes, nos règles qui sont ancestrales. Seuls les membres de la meute peuvent en savoir plus, et même moi je ne sais pas tout et je ne m'en porte pas plus mal comme ça. C'est autant difficile pour toi que pour Hayden, Isadora, Kean et Naihm. Si nous étions certains que nous serions pas en danger permanent, soit certaine que tu en saurais davantage. Nous avons une double nature, nous sommes à moitié humain et moitié animale. Est-ce que cela ne te ferais pas peur de savoir ce qu'il se passe quand nous nous transformons ? Quand nous sommes entre nous ?
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Dim 2 Fév - 15:16

En m’expliquant, en parlant, j’avais parfois l’impression de patauger même si c’était moins difficile qu’au début. Mais j’avais du mal à faire la part des choses, à me comprendre moi-même. Y avait des trucs que j’avais pas vraiment envie de savoir alors que d’autres oui et je savais pas pourquoi. Ce que je savais au final, c’était que parler me faisait du bien et que j’avais confiance en Sarah. De plus en plus, j’avais l’impression qu’elle ne parlerait avec maman que de ce qu’il fallait et pas du reste. Elle n’irait pas parler de tout, juste de ce qu’il fallait. Je voulais y croire, j’en avais besoin.

Raconter à Sarah comment j’avais découvert le secret de maman et d’Hayden, comment je l’avais pris... c’était la première fois que ça m’arrivait. Je n’avais pas eu à y repenser depuis que c’était arrivé, je n’avais de toute façon pu en parler à personne. « Oui, je sais que c’était pour mon bien et puis c’était dur pour elle. Ils devaient aussi se protéger tous les deux, surtout avec les années sanglantes... Elle fait tout ce qu’elle peut, je sais bien. » J’hésitais à dire à Sarah que j’étais désolée pour elle, je ne savais pas si elle le prendrait bien ou mal mais... j’avais envie de le lui dire. Ça n’était pas juste ce qui lui était arrivé. À maman non plus évidement mais c’était particulier. « Je... C’est injuste ce qu’il t’est arrivé. » C’était maladroit mais je le pensais. Je ne savais juste pas comment le dire. En plus... si ça le lui était pas arrivé... à qui j’aurais parlé ? Parfois, j’étais vraiment égoïste.
Je serrais un peu ses mains quand elle prit les miennes. « Merci... Je n’ai pas envie de partir. Je ne veux plus la quitter. Je ne veux pas les perdre. » Si elle m’éloignait, je ferais un truc stupide et en toute connaissance de cause. Parce que je ne voulais pas partir. J’avais un plan tout prêt depuis qu’elle en avait parlé mais ça, je ne le dirai pas à Sarah, au cas où...

Parler de ma rencontre dans la ruelle, de ce qu’il avait dit, je n’en avais pas envie. J’en faisais des cauchemars et ça me suffisait comme piqûre de rappel. Je n’aimais pas en reparler. Elle tenta de me rassurer mais je ne voyais pas comment ils seraient tranquilles si ce type traînait dehors. Je ne pus que hocher la tête. Je savais que tout ce qu’il voulait, c’était du calme. Pas évident dans les faits vu les mentalités mais j’espérais qu’un jour, ils auraient vraiment la paix.
Tout ce que je savais, c’était qu’ils ne l’avaient pas vraiment. Ils partaient parfois en voyage et ne revenait pas toujours en pleine forme même s’ils s’en remettaient vite. Je n’avais jamais cherché à savoir de ce côté-là et que si un jour j’avais des ennuis avec un loup, j’avais quelque chose de très précis à dire. Maman c’était assurée que je retienne bien cette phrase. Je ne savais pas ce que ça voulait dire mais je savais ce que je devais dire.

J’étais loin de tout savoir, très loin et sans doute ne voulais-je pas savoir tout ce qui se passait. Je me serais sans doute monté le bourrichon pour rien. C’était bizarre, contradictoire. Je voulais savoir tout en ne voulant pas. J’étais à la fois fascinée et apeurée. J’avais un bon exemple de force avec les jumeaux qui jouaient parfois sans faire attention et je m’étais déjà pris un coup perdu pendant une de leur dispute et j’en avais eu un bleu assez magistrale. Ils s’étaient sentis mal mais j’avais eu un parfait exemple de ce que je ne voulais pas savoir. « Je... je ne suis parfois pas très à l’aise, avec tout ça. J’ai déjà vu les jumeaux à l’œuvre quand ils ne font pas attention. Pas... en loup hein. Mais... Enfin... parfois, ils me font un peu peur. Et je m’en veux parce qu’ils n’y sont pour rien. J’essaie de ne pas montrer ce que je ressens quand je les surprends en train de jouer sans faire attention mais c’est parfois dur. » J’étais tout à fait consciente de ce qu’ils étaient. Je n’idéalisais pas leur vie à tous, loin de là. Je voyais les contraintes, les imaginer très bien. Je n’avais pas besoin qu’on me fasse un dessin sur les dangers. Mais j’étais curieuse... c’était plus fort que moi.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Lun 3 Fév - 20:12

    Il n'était clairement pas évident pour l'adolescente de faire avec tout ce qu'elle avait pour elle. Sa mère lui avait caché son nouveau statut de louve pour son bien, mais aussi parce que nous étions encore une race inconnue pour les humains. Sauf que les Années Sanglantes ont apporté leur lot de révélation. A côté de cela, la Grande Révélation des vampires ce n'était rien. Sav' avoua qu'elle savait que sa mère faisait ce qu'elle pouvait, pour le bien de tous et j'en était contente. Il est toujours important de reconnaître à l'autre son rôle auprès de nous. Même si cela nous fait mal et je suis la première à parfois le nier.

    Savannah changea de sujet pour me dire que c'était injuste ce qu'il m'était arrivé. En fait, je ne sais pas si c'était injuste, oui peut être, je m'étais juste fait à l'idée que j'étais comme cela et puis, c'était tout. J'avais éprouvé de la colère, de la tristesse, de la haine … j'étais passée par tous les états possibles et finalement j'avais accepté de faire partie de cette nouvelle famille, de cette nouvelle vie, pour laisser l'autre derrière moi. Tenter de ne plus y penser, voilà ce qui était le plus difficile. J'adressais à ma 'patiente' un sourire.


    Ce n'est rien, la vie est faite d'événements que l'on ne maîtrise pas. Il faut accepter, faire avec. Ce n'est pas se résigner, mais combattre tout en acceptant une part que l'on aurait pas soupçonner. Je n'aurais pas pu rencontrer des personnes formidables comme ta mère, comme de nombreuses autres personnes. Et puis, nous ne serions pas là aujourd'hui toi et moi. Qui aurait été là pour t'écouter ? Peut être que tu serais encore avec tes angoisses à ne pas savoir comment t'en défaire. Ho, je sais que tout n'es pas réglé en quelques minutes. Mais, il faut trouver du positif même lorsque la situation semble être mal engagée, tu ne crois pas ?

    Elle réaffirma qu'elle ne voulait pas les perdre, pas maintenant. Alors je resserrais mon étreinte autour de ses mains, puis les retirais.

    Alors cette partie de la conversation est close. Je serais ton soutien si ta mère essais de t'éloigner d'eux.

    J'assurais cela, même si je savais qu'une fois une idée en tête, Isa avait quelques difficultés à changer d'avis, mais j'étais aussi très têtue et je pouvais lui tenir tête. Et puis au pire, je prendrais Savannah sous mon aile et l'accueillerais à bras ouvert chez moi. Je ne voulais pas qu'elle soit coupé de sa famille, il n'en était pas question. Je sentais qu'il en allait de sa santé psychique. Il était plus favorable qu'elle reste avec Isa, avec ses repères plutôt que d'en changer. Et même si l'on pouvait croire qu'elle était en danger. Celui-ci serait sûrement le même, si elle s'éloignait.

    Nous ne revenions pas sur l'affaire de l'homme mystérieux. Je n'insistais pas, car même s'il était la source de son mal être en ce moment, je préférais me concentrer sur ce qu'elle ressentait au sein de sa famille, quelle place elle pensait avoir parmi eux, comment elle se sentait. Elle m'expliquait la peur qu'elle pouvait ressentir face à cet étalage de force que l'on pouvait avoir. C'était encore plus vrai quand il s'agissait d'enfants nés loups. Nous, les loups par morsure avions cette vague idée de notre vie d'avant, mais eux non.

    En as tu parlé à ta mère ? As tu parlé de tout ce que tu pouvais ressentir comme différences avec eux, avec nous. Sans, bien sûr les accusé d'un quelconque mal, ce que tu ne feras pas j'en suis certaine ! Il ne faut pas le cacher aux jumeaux je pense, leur montrer ce que c'est de vivre avec quelqu'un qui n'a pas les mêmes capacités qu'eux. Ce n'est pas non plus leur montrer tes faiblesses, mais juste leur dire ce qui est différents et sur quel point ils peuvent s'inquiéter et sur quoi tu peux maîtriser. Vous êtes différents, il ne faut pas le nier et le montrer, tout comme vous êtes complémentaires. Tu ne pourras pas tous savoir sur nous, mais toi tu peux leur en apprendre beaucoup sur la vie des humains. Cela pourrait vous rapprocher, avec ton frère et ta sœur. Tu peux ré-apprendre à ta mère ce que cela signifie être humaine, elle doit s'en rappeler vaguement comme moi. Mais parfois une bonne piqûre de rappel c'est aussi très agréable !
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Mar 4 Fév - 16:31

C’était plutôt compliqué pour moi de parler de ce que j’avais ressenti en apprenant ce qu’étaient Hayden et maman parce qu’au fond, mettre des mots sur des sentiments, c’était dur, parfois dangereux même. Du moins, c’était l’impression que j’avais. C’était toujours risqué de parler en fait puis qu’on ne savait jamais comment la personne en face allait réagir et comprendre ce qu’on voulait dire. Chacun pouvait trouver un sens différent dans un mot et c’était aussi pour ça que je faisais attention à ne pas parler à n’importe qui. J’avais toujours trouvé débile de dire que les mots étaient des armes, jusqu’à ce que je comprenne que c’était vrai et que c’était parfois beaucoup plus meurtrier que les actes. Les mots, on les tournait comme on voulait au final.

En disant à Sarah que j’étais désolée pour elle, j’espérais qu’elle ne le prendrait pas mal. J’étais sincèrement désolée de ce qui lui était arrivé, ça n’était pas juste. Mais c’était arrivé et c’est tout, pareil pour maman. Ça n’était pas que je ne les appréciais pas comme ça mais elles n’avaient pas choisi, c’était arrivé.
Elle m’expliqua justement que c’était arrivé et qu’elle faisait avec parce que c’était la meilleure chose à faire. Et que sans ça, elle n’aurait pas connu no ma mère ni les autres... ni moi. « Je sais. C’est ce que je me suis dit mais c’est égoïste non ? De se dire que le malheur de quelqu’un est bon pour nous. Je veux dire... Que ce qui t’es arrivé, fait que tu es là, à me parler. » C’était mal exprimé mais c’était bien ce que je ressentais. Ce qui était arrivé à Sarah m’aidait moi, d’une certaine façon et j’étais contente que ça lui soit arrivé justement parce qu’elle pouvait m’aider. « Je sais pas. Parfois, c’est pas possible. Se dire que c’est arrivé pour une bonne raison ou je sais pas quoi. Ou se dire que ça a du bon. » Je ressentais toujours la mort de mon père comme une injustice même si je n’en souffrais plus du tout autant qu’avant. Il m’arrivait encore parfois, souvent ces temps-ci en fait, de me dire que j’aurais dû être avec eux même si je m’en voulais tout de suite, pour maman, pour les jumeaux, pour Hayden, pour d’autres aussi sûrement.
C’était aussi pour ça que je ne voulais pas partir, être éloignée. Sarah savait en grande partie pourquoi et je savais maintenant qu’elle m’aiderait à faire face à maman si ça devait arriver. Plus tard, peut-être, ou même jamais, je parlerai de mon père. Mais le sujet était délicat, encore aujourd’hui. Je n’aimais pas en parler et je n’en parlais pas.

Concernant leur nature, c’était compliqué. Je me sentais toujours en décalage ou du moins souvent. Les jumeaux par exemple, que j’avais surpris plus d’une fois en grands échanges ou encore le seul coup hasardeux que j’avais pris. Ils n’y étaient pour rien et c’était senti très mal mais j’avais vite mesuré qu’à côté d’eux j’étais vraiment en sucre. J’étais surprotégée entre autre pour ça mais ça ne rendait pas la chose plus facile. Je n’étais pas si fragile... d’humain à humain en tout cas. À côté d’eux, c’est sûr, je ne faisais pas le poids.
Je ne voyais pas trop comment faire ce que Sarah me conseillait. Je me voyais mal leur rappeler ça, apprendre aux jumeaux ce que c’était d’être comme moi. Ça me semblait presque impossible. « Comment ? J’vois pas ce que je pourrais dire ou faire pour ça. J’aurai l’impression de m’exposer encore plus, de leur donner encore plus de raisons de me couver ou de me protéger. Ça vire déjà parfois au ridicule. Maman me tanne à chaque fois pour que je me sèche les cheveux. Quand il fait froid, j’aurais l’air ridicule si je l’écoutais, même s’il fait vachement froid en ce moment. J’ai vraiment pas envie qu’ils me voient que de la porcelaine... » J’avais vraiment beaucoup de mal à comprendre comment leur faire comprendre, leur montrer ce que c’était d’être... une humaine de quinze ans dans ce monde de fou.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Lun 10 Fév - 15:36

    Savannah était mature pour son âge, elle ne s'en rendait pas toujours compte je pense. Ho bien sûr, il avait toujours ces sursauts d'humeurs de l'adolescente qu'elle était, mais il y avait beaucoup de maturité en elle. La conséquence des événements qui ont jalonné son existence et surtout qui ont permis la construction de sa personnalité.
    J'étais contente de la connaître et de connaître sa mère, il y a des événements comme ceux là, qui nous amène à des rencontres bénéfiques, qui se transforment en liens indispensables dans notre vie. Je souriais à l'adolescente quand elle m'expliquait que c'était égoïste de penser qu'un événement malheureux puisse avoir un effet positif sur d'autres.


    Tu as le droit d'être égoïste, parfois. Tu as le droit de penser que ce qui m'est arrivé t'es bénéfique aujourd'hui. Je me suis demandée ce qu'aurait pu être ma vie si, avec mon frère nous n'étions pas parti faire cette randonnée, ce jour là, si nous n'avions pas ignoré les conseils des autorités. J'aurais encore des contacts avec mes parents, Angus serait en vie, j'habiterais Edinbourg, ou peut être que je me serais installée à Londres … Tout est possible, sauf que … J'ai eu une rencontre fortuite avec une espèce à laquelle j'appartiens désormais et sans cela je n'aurais pas fait la connaissance de ta mère et par conséquent je n'aurais pas eu le bonheur de te connaître Sav'. C'est égoïste que tu pense ça, parce que cela t'apporte une certaine satisfaction, alors accueil ce sentiment, ne te sens pas coupable pour quelques choses dont tu n'as aucune responsabilité.

    Mon sourire s'étira. J'étais sincère, la seule personne coupable de mon état été Jonathan, car il avait ordonné un recrutement massif de loups. Et il l'avait fait dans l'intérêt des meutes réunies. Je ne l'aimais pas, je l'en tenais responsable d'un acte qui avait transformé ma vie.

    Mais, je comprends que parfois il n'est pas évident de se dire que ce qui nous arrive peut avoir du bon. Ce n'est qu'après coup, quand on a le temps de la réflexion et que l'on peut prendre du recul sur les événements. Parfois cela prend du temps pour apercevoir un aspect positif, parfois pas du tout … A quoi tu penses quand tu dis ça Savannah ? Ce n'est pas de moi dont tu parles, n'est-ce pas ?

    Je savais que la jeune fille était passée par des moments extrêmement difficiles, comme la perte de son père. Isadora m'en avait parlé très brièvement, elle avait surtout évoqué sa vie avec lui, comment ils s'étaient rencontrés, et comment Sav' avait comblée leur vie. Mais surtout quelles avaient été les étapes de la vie de la petite fille qui était devenue une adolescente. La perte de son père, le retrouvailles avec sa mère, la découverte de l'existence des jumeaux, leur rencontre et surtout savoir que sa mère et son beau père étaient des loups.

    Tant de bouleversements, autant pour elle que pour eux. Surtout, ils ne savaient pas ou plus ce qu'être un humain. Ils n'y voyaient plus que le danger et pas ce qui était sympa de vivre. La peur de l'inconnu, peur de la perdre .. Il y avait tant de raisons pour qu'ils la surprotègent. Et cela agaçait Sav', ce qui était tout à fait normal.

    Rappel lui comment était sa vie avant. Discute avec elle de ses souvenirs d'enfants, même si certains ne sont pas des plus joyeux, elle doit se rappeler qu'être un humain n'est pas une maladie. Que beaucoup survivent dans cette jungle qu'est le monde et que toi, tu vas y parvenir également et surtout, tu vas y arriver mieux que d'autres personnes de ton âge, car tu as la chance d'avoir une famille qui te met en garde contre les dangers. Ce n'est pas évident, cela ne se fera pas du jour au lendemain, c'est long travail, mais … Il faut qu'ils comprennent que tu n'es pas en sucre, que tu as le droit de faire certaines choses et que tu ne te mets pas en danger inconsciemment.

    Ce n'était pas évident pour nous de nous souvenir notre vie d'avant. Des sensations que l'on pouvait ressentir quand on les a perdu. Mais c'était le rôle de Savannah de leur enseigner ce qu'était un être humain.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Mar 11 Fév - 16:05

J’avais toujours l’impression d’être une gamine. Que, quoi que je dise, ce que je voulais n’était pas important. J’avais eu cette impression malgré toute la confiance que m’avait accordé maman jusque là. Bien sûr, je pouvais faire les études que je voulais, même si je n’y pensais pas mais pour le reste... Peut-être que c’était juste ma vision d’ado après tout... Et puis, je n’arrivais pas vraiment à comprendre en quoi on pouvait positiver certaines tuiles. J’étais parfois jalouse, parfois égoïste et j’avais l’impression que ça faisait de moi un espèce de monstre. Je ne voulais pas qu’on sache. C’était mon secret honteux.
Sarah m’expliquait en quoi je ne devais pas me sentir coupable pour cet égoïsme, que je n’avais pas à m’en vouloir d’être contente qu’elle soit ainsi, puisque ça me faisait du bien. J’avais du mal à saisir mais c’était vrai. J’étais quand même contente qu’elle soit là pour m’aider même si au début, je ne voulais pas du tout parler. Là par exemple, je n’avais pas vraiment envie de lui expliquer de quoi je parlais mais si elle pouvait m’aider à y voir autre chose que du négatif, je voulais bien essayer.
« Non... Pas de toi. Tu dis qu’il y a du bon dans tout ce qui nous arrive mais... Mon père, mes frères et leur mère sont morts. J’vois pas en quoi ça peut amener du bon. J’veux dire. J’ai vi avec maman et Hayden mais c’est trop cher payé ! » C’était dit. J’aurais pu, plus tard, demandé à vivre avec maman et je n’aurai pas aussi bien connu Hayden... mais j’aurais encore eu mon père. Pas que je n’avais pas accepté sa mort mais j’avais toujours beaucoup de mal à aborder le sujet. Parfois, je me surprenais même à leur en vouloir de ne pas s’en être sorti pour voir certaines choses. C’était encore difficile de temps en temps.

Ce qui était aussi assez dur à gérer, c’était les différences qu’il y avait entre eux et moi. Ils s’inquiétaient facilement, oubliant parfois que les humains survivaient très bien sans surprotection... Bon, je pouvais reconnaître que c’était un peu plus particulier dans mon cas vu qu’ils étaient tous des loups autour de moi. « J’essaierai. De toute façon, j’ai rien à perdre. Je pense pas qu’elle se rende compte qu’elle en fait parfois trop. J’lui ai donné des raisons de s’inquiéter, c’est vrai. J’aurais dû lui parler plus tôt. J’aime pas la décevoir... mais... Je voulais vraiment les aider, pas me mettre en danger. Je sais que c’est stupide, que j’aurais pas dû le faire. J’arrive juste pas à comprendre pourquoi elle le prend si mal. J’ai essayé. Sauf que je comprends vraiment pas. »
Je déviais quand même pas mal du sujet. Je savais que je devais montrer à maman tout ça. Je ne savais pas encore trop comment mais je le ferai. Mais là, j’avais besoin de comprendre pourquoi ce que j’avais fait avait été si mal pris. Sarah pourrait peut-être m’expliquer. Ce n’était pas à moi de protéger, j’avais saisi, mais pas compris en quoi c’était si dramatique.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Mar 4 Mar - 15:23

    Je me disais que j'étais parfois difficile à suivre … J'avais envie de me venger de la mort de mon frère, mais en même temps je prenais désormais cette événement malheureux de ma vie comme une leçon qui m'a fait grandir. Je maudissais Jonathan d'avoir ordonné un recrutement massif de jeunes loups pour grossir les rangs de la meute, et pourtant je pouvais le comprendre, j'essayais, parfois. Cet aspect négatif de ma vie était éclipsé par les aspects positifs, les rencontres qui m'avaient construites, ma vie différente qui rompait avec la monotonie que j'aurais pu vivre en étant une simple humaine. Mais tout cela n'était rien en comparaison avec ce que Sav' avait vécu en étant si jeune.

    Oui je comprends, il est vrai que le bon est plus difficile à trouver dans certaine situation. Ils te manquent n'est-ce pas ? Même si tu dois être heureuse de vivre avec ta mère, tu porte ces pertes dans ton cœur. Je comprends à quel point cela peut être perturbant.

    Je la comprenais car aujourd'hui ma vie était ainsi, j'avais perdu mon frère, il était mort. Et mes parents, nous les avions laissé derrière nous pour leur sécurité. Je m'étais jurée de ne jamais les revoir, pour les protéger. J'ignorais où ils étaient, sûrement dans notre ancienne maison. J'ignorais même s'ils étaient encore en vie et cela me faisais mal. En effet, j'avais mal de les savoirs sans nouvelles, peut être nous pensaient-ils morts tout les deux. Je tentais de ne pas y penser, de laisser cela dans un coin de ma tête, pour ne pas être malheureuse, pour garder les aspects positifs en ligne de mire, pour essayer de vivre le plus sereinement possible.

    Si je n'avais pas été une louve, je n'aurais pas pu discuter avec la jeune fille devant moi. Je ne saurais ce qu'est être humaine et être une louve … Même si parfois j'avais tendance à oublier ce qu'était être humaine, ce que tout cela impliquait. J'essayais de me remettre tout cela en tête, pour mon travail, pour travailler au mieux avec mes patients. Et là, je m'appliquer à remonter dans mes plus anciens souvenirs pour ne pas avoir l'air complètement à côté de la plaque. Je souriais à Savannah.


    Oui essaies d'expliquer ou plutôt de ré-expliquer tout cela à ta mère, essaies de la faire puiser dans ses souvenirs. Qui ne tente rien n'a rien. Mais ne tourne pas cela comme si tu étais une bête fragile, montre leur toutes les possibilités que tu as, tout ce que tu peux faire, même si tu n'es pas comme nous. Et pour les jumeaux, je pense, enfin j'espère qu'ils seront ravis de comprendre ce que signifie être humain. Ils sont si curieux, que cela leur fait plaisir.

    Je voulais qu'elle prenne confiance en elle, confiance dans le fait qu'être humaine n'était pas un défaut, mais qu'il y avait certaines choses que nous autres loups ne pouvions faire, tandis qu'elle en avait tout le loisir. Comme ne pas avoir à se faire rescencer auprès de le PES, être libre tout simplement. Ne pas être guidé par des pulsions animales qui parfois ne sont pas évidentes à gérer. En repensant à cela, je pourrais presque regretter ma vie d'avant et pourtant … Les regrets ne mènent à rien …Je me levais, ramassais mes affaires. Il était temps que la séance se termine. Nous avions déjà bien avancé et tout ce qui avait été dit était suffisant, je devais me reposer ou plutôt aller me dégourdir les pattes dans la forêt du Wolfheaven.

    Bien Savannah, qu'en pense tu si nous arrêtons là ? Je pense que tu as besoin de faire le point sur tout ce que nous avons dit, nous allons bien sûr nous revoir pour re-discuter. Mais ne nous éternisons pas pour une première fois. Si tu as envie de continuer, je suis à ta disposition. Ici, chez moi, dans mon cabinet. Je te donne mon numéro de téléphone personnel. Envois moi un texto quand tu seras prête.

    Je lui tendais ma carte de visite, sur laquelle j'avais écrit mon numéro de portable. Elle aurait pu le demander à sa mère, mais je trouvais nécessaire que cela vienne de moi. Puis que l'initiative de notre prochain rendez vous vienne d'elle. J'attendais sa réponse avant de prendre congés et d'envoyer un texto à Isa pour lui dire que la séance avait pris fin.
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MessageSujet: Re: Vous n'êtes pas folle, vous savez ! [Livre II - Terminé]   Mar 4 Mar - 16:14

Ça n’était pas facile de me dire qu’il y avait du positif dans le négatif, surtout concernant la mort de mon père. Oui, je vivais avec maman et Hayden maintenant mais comme je venais de le dire, c’était vraiment trop cher payé. Ça faisait mal... mal de me dire que j’étais de nouveau avec ma mère parce que mon père était mort. Je n’aimais pas particulièrement ma belle-mère mais elle était gentille malgré tout. Je baissais la tête en soupirant. « Oui, ils me manquent. Je pouvais rarement voir maman mais je la voyais. Lui, c’est fini, je ne pourrais plus jamais le voir. Il n’y a rien, pas de retour en arrière possible. Il est juste... mort, il a disparu. » Et je n’avais aucune envie d’entendre les conneries sur style qu’il serait toujours dans mon cœur avec mes frères et ma belle-mère. Je savais que Sarah ne dirait pas ça mais on me l’avait déjà faite. Tout ce que j’aurai jamais le concernant, c’était les vieilles photos que maman avait gardées, point.

Je savais que Sarah comprenait et ça ne me mettait pas en colère qu’elle dise comprendre. Je savais que c’était vrai. Qu’elle ne mentait juste pour que je me sente mieux. Dans le fond, je n’avais pas trop à me plaindre, j’avais toujours ma mère, j’avais mon frère et ma sœur et j’avais Hayden. Il en avait pris plein la figure quand j’étais arrivée pour finalement réussir à m’approcher. Je le considérais un peu comme un père même si je ne lui avais jamais dit. Un jour peut-être.

Ça ne serait pas facile de faire comprendre à maman ce que j’avais ressenti et pourquoi j’avais fait ça. Je savais que ça ne serait pas facile mais je devais essayer tout en essayant de lui faire se souvenir de ce que c’était d’être comme moi, à son âge. Peut-être... que ça marcherait comme ça. « J’essaierai. J’essaierai vraiment. Je dis pas juste ça comme ça pour faire plaisir. » Avec Hayden, ce serait plus tendu, pareil avec les jumeaux. Ils n’avaient jamais été des humains et je ne pourrai pas faire appel à leurs souvenirs. Il faudrait que j’explique et ça ne serait pas simple sans passer pour une chose fragile. Je pourrai peut-être demander à Sarah plus tard comment leur parler. Là, je ne voyais pas trop comment faire mais j’étais fatiguée de ma mauvaise nuit, j’étais fatiguée de m’être énervée et mise en colère mais aussi nerveusement, tout court.
Je relevais la tête, Sarah avait dû le sentir... Elle me proposait qu’on s’arrête là et ça n’était pas pour me déplaire. « Oui, faut que j’réfléchisse. » Même si là, j’avais surtout envie de dormir. Je pris la carte de visite et la posais sur la table. Je n’avais plus de téléphone donc je la mettrai plus tard dans mon portefeuille en attendant de le récupérer. « J’hésiterai pas. C’est promis. » Je me mordis la lèvre quand même avant de me relever. « Si... maman demande des trucs. Tu peux lui dire. J’aime pas lui cacher des choses, lui mentir. » C’était parce que je me sentais coupable, mais pas seulement. Si ça pouvait rassurer maman, ce serait bien.

Une fois que Sarah fut partie, je m’étalais dans le divan et m’enroulais dans une couverture que j’avais prise dans ma chambre. Je mis un film débile dont je me fichais complètement et tombait comme une masse. Dormir en plein jour était beaucoup plus facile, moins effrayant.
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