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Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Mer 18 Sep - 20:59

« Oui, je vais prendre un taxi, t'en fait pas pour moi. »

Depuis son arrivée à Glasgow, les seules sorties de Jaina avaient été en compagnie de son frère et des amis de ce dernier. Ces jeunes citadins étaient pour la plupart sympathiques, tout comme les bars qu'ils fréquentaient, mais il existait hélas quelques exceptions. Cette soirée là en faisait partie : l'un des amis de William, que Jaina n'avait jamais vu, avant proposé à la joyeuse bande de se retrouver dans un bar peu connu du port dont il avait entendu parler par un cousin marin. Le genre d'endroit sale et répugnant où la bière au goût d'urine se vendait à un prix dérisoire. Leur but était probablement de se rendre ivre pour pas cher avant de se rendre en discothèque.
Mais au bout d'une heure entière passé dans ce trou à rat, la demoiselle en eut assez. Non seulement elle était la seule femme à l'apparence... de femme, mais en plus quelques individus mal élevés ne se gênaient pas pour la regarder comme un bout de viande. Et pour couronner le tout, l'ami de son frère qui avait recommandé ce fameux bistrot était un abruti fini. Des flots d'asticots auraient tout aussi bien pu se déverser de sa bouche que les mots. Et la vision en image, Jaina l'avait réellement en tête, autant que l'envie de lui clouer la langue à la table crasseuse à laquelle ils étaient assis.
Il était vraiment temps pour elle de se faire ses propres amis, bien que son métier ne lui en offre pas vraiment l'occasion. Bref, ça suffisait pour ce soir et, avant d'être trop imbibée de l'infâme boisson qui lui avait été servie à de multiples reprises sans qu'elle ne débourse la moindre pièce, elle s'était levée en prétextant une dure journée et une lourde fatigue. William avait proposé sur un ton agacé de la raccompagner, mais elle avait bien compris qu'il souhaitait rester avec ses amis et que de toutes façons, ils se seraient disputé sur le chemin du retour. Alors elle avait promis de prendre un taxi avant de laisser la joyeuse bande sans plus de cérémonie.

Si la journée avait été agréable, la nuit, elle, se faisait fraîche. Encore sur le palier du bar, Jaina enfila son perfecto. Elle regarda autour d'elle : les lieux semblaient déserts, pas un taxi ne circulait par ici et de toutes façons, marcher lui ferait passer cet état dans lequel la bière l'avait mise. Ce breuvage était traître : tant qu'on restait assis, aucun effet ne se faisait ressentir, si ce n'est une certaine joie (ou énervement ce soir-là), mais dès qu'on se levait il devenait plus compliqué de conserver une attitude normale, le sens de l'équilibre s'altérant. Heureusement Jaina n'était pas non plus ivre morte mais juste pompette. A force de marcher elle récupérerait rapidement l'intégralité de ses fonctions motrices.
Alors elle traversa pour s'aventurer dans un dédale de rues qui semblait être un raccourci vers le centre ville. Seulement, dans la pénombre, tout se ressemblait. Il était compliqué de retrouver sa route comme en début de soirée, aussi la demoiselle marquait-elle des pauses pour tenter de reconnaître quelques détails, un nom de rue, une enseigne. Et c'était lors de l'une de ces pauses qu'un individu l'avait remarquée et s'était mis à la suivre alors qu'elle s'engouffrait dans une ruelle plus étroite que les précédentes. Elle avait -suite à un bref retour de conscience- sorti son téléphone pour tenter de se repérer tout en marchant, mais la cartographie n'était pas son truc. Elle s'arrêta de nouveau pour prendre le temps d'étudier un itinéraire, mais...

« Qu'est ce que tu fais toute seule ici à cette heure-ci, tu cherches le bonheur ? »

La voix provenait de derrière... Juste derrière. Jaina fit volte face en sursautant pour se retrouver nez à nez avec un individu donc la tête peu attrayant était couverte d'une capuche. L'alcool l’empêcha d'avoir le moindre réflexe alors que l'homme s'emparait du téléphone qu'elle tenait dans sa main gauche.

« Heyyyyyy! »

Elle tenta de reprendre ce qui lui appartenait, mais l'homme fit un bond en arrière en éclatant de rire. Ce crétin ne savait décidément pas à qui il avait affaire. Malgré l'alcool, Jaina était suffisamment alerte pour lui coller une bonne déculottée, quitte à le faire voler jusque dans la poubelle qui se trouvait deux mètres derrière lui. Elle s'immobilisa un instant, le temps de se concentrer comme elle le pouvait, alors que le malfrat écartait les bras en se moquant d'elle pour la provoquer. Il avait même jeté son téléphone dans un carton qui traînait plus loin. Alors la jeune hybride passa à l'action, laissant Dame colère prendre les rênes. D'un bond en avant, elle élança son poing droit dans la figure de son opposant, pourvu qu'elle ne lui troue pas la tête.
Malheureusement, le type détourna la tête et ne se prit le poing qu'en bout de course, sans que cela ne lui fasse grand mal, alors que Jaina se trouvait déséquilibrée par l'élan de son geste. Il profita de ce moment de faiblesse pour la pousser en direction du mur le plus près, tandis qu'elle s'étonnait encore du non-fonctionnement de son pouvoir. Se pouvait-il que la consommation d'alcool provoque l'impuissance ? Peut-être, mais de toutes façons elle ne maîtrisait pas non plus son don à la perfection. Encore moins quand elle en avait besoin d'urgence, comme maintenant, alors que son dos heurtait douloureusement un mur. Et son agresseur ne perdait pas de temps, agrippant ses poignets sans qu'elle n'arrive à se défaire de son emprise. Alors elle plongea machinalement ses dents sur le menton du malfrat, lui arrachant un cri suivi d'une gerbe d'insultes pendant qu'il la poussait à terre en lui faisant un croche-pied afin d'avoir le temps de sortir un couteau de sa poche.

Là, la situation commençait à craindre pour de vrai. Encore dos à terre, Jaina commençait à reculer en rampant, les yeux écarquillés. Ce type comptait-il vraiment lui faire du mal ? Dans quel but exactement ? Il pouvait fuir avec son sac à main et s'il avait des pulsions à assouvir, il y avait un endroit louche aux allures de maison close à deux pas d'ici. Alors pourquoi s'acharner ainsi ? C'était plus fort qu'elle, la jeune hybride se devait de lui faire une remarque. Peut-être que ça n'arrangerait rien, mais de toutes façons le type semblait déterminé à l'agresser quoi qu'elle fasse.

« Saleté d'humain... »

On se sait jamais, des fois qu'il prenne peur en se disant que s'il se faisait insulter d'humain, c'est qu'il avait affaire à un prédateur. D'ailleurs, pour appuyer le ton méprisant utilisé, Jaina (encore à terre) balança son pied de le genou de l'agresseur, ne faisait qu'attiser sa colère.
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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Jeu 19 Sep - 14:35




 Au détour d'une ruelle...




Les mains dans les poches, je me promenais dans les bas quarties de Glasgow. Juste pour marcher, me détendre, ne penser à strictement rien. J’en étais plus que capable, parce que j’en avais l’habitude. Lorsque je servais dans l’armée russe, il m’était arrivé à plusieurs reprises de rester plus de quatre heures sur un perchoir, à attendre, à guetter des cibles qui n’arrivaient pas. J’y avais appris la patience et le moyen d’accélérer, ralentir mentalement le temps. Ce n’était pas une action concrète, c’était plutôt un procédé mental qui ne concernait que moi. Je partais dans un autre consortium espace-temps, dans lequel les minutes passaient dans des soupirs, et les heures n’étaient qu’un clignement de l’œil. Vlad trottinait à mes côtés, partant devant, derrière, quêtant des odeurs et revenant dans mes pattes lorsqu’elles devenaient trop menaçantes pour lui. Une laisse était rangée dans ma poche, et je ne comptais pas la sortir de sitôt. Après tout, j’avais moi-même dressé Vlad et même si je n’étais pas un dresseur professionnel, j’avais une certaine fermeté avec les chiens. Ils m’obéissaient non par crainte ou autre, mais parce que j’étais le mâle dominant de la meute et qu’ils n’avaient pas le choix. Ils me respectaient, tout simplement. Mes pas me menèrent sur les quais et je m’arrêtai quelques instants pour observer les clapotis de l’eau contre le béton. L’eau… je la connaissais sous forme de neige, sous forme de glace, depuis l’enfance. En revanche… j’avais appris tard à nager, et je n’avais pas l’habitude de voir la mer. Ou plutôt de considérer la mer comme un environnement sûr. Je n’en avais pas peur, non, mais il était certain que j’étais bien plus à mon aise à cinq cents mètres de hauteur que sur un bateau – raison pour laquelle je n’étais jamais venu par ce moyen de locomotion au Royaume-Uni, mais toujours en avion. Je passai mes mains dans mes poches, un petit vent frais faisant hérisser mes poils. Je n’étais pas frileux non plus, les négatifs sibériens n’étaient pas un mythe, mais j’étais en tee-shirt et ça se ressentait. Je repris mon déplacement en direction des ruelles labyrinthiques. Je n’étais pas menaçant à première vue, mais lorsqu’un homme vint me chercher noise, je le mis K.O. prestement. Même si je n’étais pas puissant musculairement, je savais où frapper pour faire mal, et ma souplesse et ma rapidité étaient mes meilleurs atouts. Je me dégageai de l’embrouille, et continuai tranquillement ma petite promenade nocturne.

« Heyyyyyy! »

Un rire. Un cri. Du mouvement rapide non loin de là. Je fronçai les sourcils. Dans un mouvement, je m’apprêtai à reprendre ma route, laissant les personnes bruyantes se débrouiller seules – je n’avais pas besoin d’ennuis supplémentaires – mais quelque chose me retint. Je consultai mes messages d’un geste précipité. Valentina ? Ma petite sœur ? Non, ça ne pouvait pas être elle. Plus silencieux qu’un chat, je me glissai dans la ruelle en longeant les murs. Un homme embêtait une jeune fille, comme je m’y attendais. Elle avait la silhouette de Valentina, et pour se promener dans de tels endroits le soir, elle en avait aussi la témérité. Elle tenta d’asséner un coup à l’homme, je restai immobile, ne sachant pas ce que j’étais sensé faire. Je m’appuyai au mur, bras croisés pour observer. Vlad était assis, calme, à mes côtés. Il savait que lorsque je me déplaçais plus silencieusement que lui, il avait intérêt à être calme. La situation commença à dégénérer. La tentative de coup avait échoué, et la jeune fille était à terre.  « Saleté d'humain... » J’arquai un sourcil. Elle tenta encore de lui asséner un coup, un fin sourire naquit sur mes lèvres. Elle n’était pas très douée pour se défendre. Je penchai ma tête sur le côté et fis quelques pas en avant, ombre parmi les ombres. Ce n’était pas ma petite sœur, j’en avais la certitude, mais elle méritait que je lui donne un coup de main. De telles pensées me firent froncer à nouveau les sourcils. Quelques mois plus tôt, il aurait été impossible que mon cerveau en vienne à cette conclusion et là…

« Dégage et laisse la jeune fille tranquille. »

L’homme me jeta un coup d’œil, me dévisagea, et du penser comme beaucoup d’autres que je n’étais pas menaçant avec mon chien et ma posture détendue. Je fis craquer mes articulations et lui tapotai l’épaule. L’homme, agacé, se tourna à nouveau étonné aussi de me voir juste à côté de lui. Il ne le fut pas longtemps, mon poing rencontra violemment sa pommette, et j’enchaînai par une prise d’art martial qui lui fit craquer étrangement le poignet. Sans lui laisser le temps de respirer, j’esquivai d’un mouvement d’épaule une attaque, encaissant un coup dans l’estomac et l’envoyai une nouvelle fois au tapis. Je me tournai vers la jeune femme, tendant une main secourable pour l’aider à se relever.

« Vous allez bien ? Il vous a fait quelque chose, pris quelque chose ? »

On se sait jamais, des fois qu'il prenne peur en se disant que s'il se faisait insulter d'humain, c'est qu'il avait affaire à un prédateur. D'ailleurs, pour appuyer le ton méprisant utilisé, Jaina (encore à terre) balança son pied de le genou de l'agresseur, ne faisait qu'attiser sa colère.


Dernière édition par Alexei R. Ivanov le Mar 24 Sep - 22:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Jeu 19 Sep - 19:18

Jaina comprenait maintenant que son agresseur n'avait pas l'intention de fuir et ne se laisserait pas intimider par ses propos. Même son coup de pied avait été vain et le vilain, encore plus agacé, allait lui faire passer un sale quart d'heure. On était bien loin du petit village perdu où la plus violente des agressions s'apparentait à un groupe de femmes d'age divergeant vous fixant en chuchotant et en gloussant bêtement. Voici que la jeune hybride découvrait enfin les aspects négatifs de la ville. Certes, elle avait déjà assisté à une agression, mais cette fois-là elle était bien cachée dans un coin, et c'était une vampire qui malmenait un « humain ». Alors qu'ici, elle était directement menacée par une espèce censée être vulnérable face à ceux de son genre.
Pourtant, la flamme qui brûlait en elle ne réduisait pas. La peur ne se manifestait pas de la même manière que chez la plupart des individus : Jaina ne ressentait pas le besoin de hurler de terreur, ni de pleurer. Au contraire, ce qui pouvait s'apparenter à de la peur se manifestait par une sensation de haine croissante : encore à terre elle gardait ses yeux métalliques rivés sur ceux du malfrat, comme si elle avait pu les faire éclater d'un simple regard. Elle ne savait pas se battre ? Bien, cela ne l’empêcherait pas de se débattre jusqu'à ce que ce satané pouvoir se manifeste enfin... S'il venait à se manifester.

Si la situation avait semblé sans issue, c'était sans compter sur l'apparition d'un homme semble-t-il suffisamment courageux pour venir en aide à la demoiselle en détresse. Et c'était sans même utiliser de formule de politesse qu'il ordonnait à l'agresseur de ficher la paix à Jaina. Le regard de cette dernière se posa donc sur le nouvel arrivant pour observer sa manière de négocier. Elle remarqua également le chien que se tenait non loin de là. Mais l'animal ne fut pas envoyé au front, son maître semblait se débrouiller parfaitement tout seul. Il venait de coucher l'agresseur en trois coups de cuillère à pot, sous le regard ébahit de la jeune hybride. On peut dire qu'il savait bien se battre celui-là, Jaina se demanda d'ailleurs l'espace d'une minute ce qui se serait produit si elle avait eu une telle maîtrise des arts martiaux associée au contrôle total de ses pouvoirs. Le malfrat aurait certainement été démembré en un clin d'oeil et c'est bien ce qu'elle détestait à propos de sa « différence » : le potentiel de destruction dont elle disposait.
Elle eut vite fait d'effacer cette drôle de pensée de sa tête lorsqu'elle vit une main se tendre sous son nez. Elle n'avait rien de ces monstres dont les médias avaient parlé sinon elle ne se serait pas retrouvée à terre à accepter l'aide d'un homme pour se relever, ce qu'elle fit volontiers et sans soucis d'ego. Une fois de retour sur ses deux pieds, elle adressa même un sourire à l'homme.

« Merci. »

Jaina ne put s'empêcher de lancer un regard plein de dédain en direction du pauvre type qui l'avait agressée. Elle éprouvait comme un certain plaisir à le voir ainsi à terre et le sourire qui ornait ses lèvres ne se dissipait pas. Au contraire, il s'agrandit lorsqu'elle se mit à imaginer la manière dont elle pourrait se venger lorsque son sauveur aurait quitté les lieux. Mais pourquoi se venger ? C'était une sorte de besoin naturel inexpliqué, comme celui de passer ses nerf sur quelque chose ou quelqu'un lorsqu'on l'avait agacée.
Enfin, pour le moment elle n'était pas seule et celui à qui elle devait déjà une fière chandelle avait en plus la délicatesse de lui demander si son agresseur l'avait blessée ou volée. Rien de cela, mais... Remise de ses émotions, elle se souvint que son téléphone avait été jeté dans un carton.

« Il a juste jeté mon téléphone, par ici je crois. »

Elle désigna le carton d'un signe de tête et s'en approcha aussitôt. Le téléphone était bien dans le carton, mais celui-ci n'avait pas de fond. A moins d'un miracle, vu l'état de l'objet -ou plutôt des morceaux- il ne pourrait plus être utilisé. Jaina collecta la dépouille de l'appareil qui coûtait plus de la moitié d'un salaire et plaça le tout dans son sac à main en arborant une moue désemparée.

« Peut-être qu'un magicien pourra le réparer... Euh, vous avez déjà fait beaucoup pour moi et je vous remercie encore, mais je peux vous demander un dernier service ? »

Son frère avait eu raison, elle aurait du prendre un taxi, mais pour en appeler un -et accessoirement la police- encore fallait-il qu'on lui prête un téléphone en état de marche. Jaina s'apprêtait donc à demander à son sauveur si elle pouvait emprunter le sien lorsque...
Cette saleté d'agresseur venait de réussir à se relever discrètement pour tenter de prendre la fuite à vive allure. Et ça, il en était hors de question : Jaina n'en avait pas fini avec lui, car soit elle se vengeait, soit elle portait plainte pour qu'il lui rembourse son téléphone. Et pour porter plainte il lui fallait son identité, qu'elle n'avait pas encore relevé. Alors, même si elle n'avait ni les chaussures, ni l'état physique, pour poursuivre ce type, elle s'élança quand même. Elle espérait que le chien et son maître fassent de même : ainsi le malfrat n'aurait aucune chance.
Et, ironie quand tu nous tiens, ce fut la jeune hybride qui en croyant n'avoir fait que quelques maladroites foulées, fit violemment valser le fuyard tant la vitesse à laquelle elle s'était élancé vers lui était élevée. Oups. Les pouvoirs n'étaient pas au rendez-vous quand on avait vraiment besoin d'eux, en revanche ils n'hésitaient pas à se manifester lorsque leur utilité était secondaire. Et sous l'oeil d'un témoin en plus. Enfin, elle n'avait fait qu'aller très vite, elle ne se rendait pas bien compte de la pointe qu'elle avait atteint. Tout ce qu'elle pouvait constater, c'est que le malfrat avait le nez ensanglanté et plus vraiment dans l'axe du tout. Et qu'il avait laissé une traînée de sang par terre pendant sa glissade a sol. Et qu'il avait été assommé. Et que même si elle n'avait pas fait exprès, elle ne regrettait pas du tout. Elle lança même un regard perplexe à celui qui l'avait sauvée précédemment, se demandant s'il allait la soupçonner d'être un monstre.
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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Mar 24 Sep - 22:24




 Au détour d'une ruelle...




Depuis mes huit ans, j’étais familier du combat au corps à corps. Grandir dans un orphelinat dans un coin pour le moins reculé de Sibérie, et géré principalement par la Mafia et par diverses de ses branches n’aidaient pas à favoriser le calme et la non-violence surtout dans des endroits délabrés où il n’y avait aucune structure pour les enfants désœuvrés et pupilles d’une nation qui ne savait pas quoi en faire. Nous étions pour la plupart enfants de parents inconnus, sans éducations, sans repère, avec pour seuls maîtres mots Domination et Argent. Je n’avais pas dépareillé dans l’orphelinat lorsque Sergeï nous y avait emmenés avant de partir dans nous accorder un seul regard. Je ne m’estimais pas, près de 23 ans plus tard, pire ou mieux que les autres gamins qui avaient grandi avec moi pendant les huit années que j’avais passé dans l’orphelinat. Et c’était pour cela que je m’étais vite prêté au jeu de violence et d’appas du gain qui nous motivait tous. Les combats et la violence avaient été toute mon enfance, et ne m’avaient jamais quitté. Encore maintenant, je me plaçai sans y penser dans des situations où il fallait frapper, même si, depuis longtemps déjà, j’avais fait des tirs à distance mon domaine d’excellence.

En quelques mouvements, encaissant sans mal la tentative de riposte de l’homme, je le mis à terre et sans m’en soucier davantage, je tendis une main secourable à la jeune fille qui était tombée à terre. Son sourire me désarçonna presque : qu’attendait-elle ? Attendait-elle, surtout, quelque chose ?

« Merci. »

J’haussai les épaules et lui demandai plutôt si l’homme lui avait volé quelque chose. Je notai le regard un peu dédaigneux qu’elle lança à l’homme à terre, et je fronçai les sourcils : ce n’était pas intelligent de provoquer un homme qui était visiblement en mesure de vous mettre facilement hors jeu. « Il a juste jeté mon téléphone, par ici je crois. » Elle récupéra rapidement l’objet, alors que je glissai tranquillement mes mains dans mes poches, m’adossant à un mur et remontant le pied pour observer la scène. « Peut-être qu'un magicien pourra le réparer... Euh, vous avez déjà fait beaucoup pour moi et je vous remercie encore, mais je peux vous demander un dernier service ? » Je laissai un silence éclore, le temps de réfléchir, comme toujours. Remercie encore ? Pourquoi donc ? J’aurai très bien pu la laisser se faire malmener, j’aurai très bien pu passer mon chemin… je ne considérai pas du tout mon action comme quelque chose de bien ou de remerciable. J’avais juste… agi. La jeune fille s’apprêta à rajouter quelque chose, je n’avais même pas accepté, lorsqu’un mouvement me fit reposer mon pied à terre. Avant d’avoir pu faire un geste pour replaquer l’homme à terre – j’avais prévu un bon coup de pied dans le visage pour lui ôter toute velléité de mouvement – j’observai la jeune femme… faire un pas. Non. Elle n’avait pas fait qu’un seul pas, là. Ce n’était pas possible… L’homme voltigea et son nez fit un craquement étrange. Je clignai des yeux. Instinctivement, mon corps avait réagi bien avant ma réflexion, et j’étais prêt à bloquer une attaque voire m’esquiver rapidement. Ma respiration que j’avais bloquée sans m’en rendre compte reprit tout naturellement son rythme régulier. Je fis rapidement les constats qui s’imposèrent : elle était particulière. Ce n’était pas une vampire. Ce n’était pas une humaine. Ce ne devait pas non plus être un loup garou. La déduction fut rapide : j’avais enlevé de la liste des possibles toutes les espèces sauf une : les semi-démons dont les médias avaient temps parlé. Elle m’avait demandé de lui rendre un service, la logique allait me faire accepter, pour éviter de terminer comme le pauvre homme à terre. Seulement, il y avait une claire différence entre lui et moi : je savais me battre, et je n’allais pas être pris au dépourvu. J’avais d’excellents réflexes, même s’ils n’étaient pas au niveau de ceux nécessaire pour survivre face à des vampires, et je me savais capable d’esquiver au moins un peu un coup si elle venait à vouloir m’attaquer de cette manière. Je ne baissai pas ma garde, lorsque je la fixai de mes yeux gris inquisiteurs.

« Vous êtes rapide, et maladroite. Ce n’est pas une bonne combinaison. »

Les années ne m’avaient pas ôté cette capacité à énoncer des vérités sans y instiller de critiques, de reproches, ou quoique ce soit de négatif. Je rajoutai sur le même ton, un peu traînant, pas vraiment agressif, mais absolument pas chaleureux.

« Quel était ce service que je pouvais vous rendre ? Je vous aurai bien proposé des cours de combat, puisque vous semblez avoir un potentiel inexploité ce qui est regrettable, mais j’imagine que ce n’était pas le sujet. »

Je fronçai les sourcils une fraction de seconde, avant d’ajouter en lui tendant à nouveau la main, comme j’avais appris à le faire pour me présenter.

« Alexei Ivanov. Humain. »


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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Lun 7 Oct - 15:14

Au premier abord, le type qui venait de sauver Jaina n'avait pas l'air d'être un grand bavard. Il s'était contenté de s'adosser au mur alors qu'elle récupérait les miettes de son téléphone. Au moins, c'était sympa de ne pas être reparti aussi vite qu'il était arrivé : elle ne se retrouvait pas seule avec son agresseur et des chaussures non optimisées pour la fuite. Bref, si l'autre artiste n'avait pas tenté une évasion, elle n'aurait pas volé trop de temps au combattant talentueux et lui aurait simplement demandé un coup de fil après quoi il aurait été libre de partir.
Mais les choses s'étaient passées autrement et Jaina avait bien évidemment remarqué que lui aussi avait entamé un mouvement vers le fuyard. Au fond, c'était un peu honteux de passer du statut de demoiselle en détresse à celui de plus rapide de l'ouest. Mais c'était comme ça, un jour elle contrôlerait ses pouvoirs. Hélas, si tel était son souhait, c'est qu'elle n'en savait pas assez sur sa propre espèce. Elle se croyait bien au dessus de ces histoires d'âme corrompue, elle pouvait simplement avoir sale caractère, comme n'importe qui durant une mauvaise journée. Mais de là prétendre qu'une moitié de démon puisse se comporter en monstre en contrepartie d'une excellente maîtrise de ses pouvoirs, c'était absurde, de son point de vue. Ce n'était pas demain la veille qu'elle prendrait conscience des risques qu'elle encourrait, qu'ils viennent d'elle-même ou de son environnement : elle s'en était toujours bien sorti.
Seulement, là, un supposé humain (ou peu importe ce qu'il était, Jaina avait lu que Glasgow hébergeait nombre de personnes « différentes ») venait de voir de quoi elle était capable. Il semblait d'ailleurs méfiant et ses yeux ne lançaient pas un regard des plus sympathiques. Bref, l'homme critiquait la technique de combat de la jeune hybride. Non mais vraiment, il le faisait exprès ? Si elle avait été adroite, il 'aurait pas eu à la secourir et pour dire vrai, l'agresseur n'aurait pas eu que le nez de cassé. Mais il avait raison alors Jaina se contenta de pondre une moue boudeuse en hochant la tête.

L'homme enchaînait ensuite en lui demandant quel service elle voulait lui demander. Elle haussa un sourcil lorsqu'il lui parlait de cours de combat. Au fond, c'était vraiment pas bête, peut-être que cela lui permettrai de canaliser son énergie pour pouvoir l'utiliser de manière pondérée, efficace, et surtout, sur commande. Mais là, tout de suite, avec ses chaussures à talons et un léger mal d'estomac, ce n'était pas le moment. Elle notait cependant le compliment qui effaçait la critique précédente.
Elle lui serra ensuite la main malgré son étonnement : il avait toujours une mine aussi dure. D'habitude, les gens faisaient au moins un faux sourire lorsqu'ils se présentaient, mais pas lui. En même temps, il avait un accent de l'est, peut-être était-ce leur façon de faire là bas. En revanche, spécifier sa race, ce n'était probablement pas une coutume, mais plutôt une réflexion à l'égard de la jeune hybride. Comment était-elle censée le prendre ? Elle avait cessé brusquement la poignée de main puis avait laissé retomber sèchement son bras, presque choquée.
Jaina fronça les sourcils et entrouvrit la bouche : elle ne trouvait pas vraiment les mots pour répondre à ça. Elle prit donc une profonde inspiration et tenta de garder son calme malgré la petite voix qui lui disait de gifler le dénommé Ivanov.

« Jaina Long. Née dans la maternité d'un hôpital et personne ne m'a jamais mordue. Vous en déduisez ce que vous voulez, mais je ne suis pas un monstre. »

Et toc. Elle avait parlé d'une traite et sur un ton aussi peu sympathique que celui d'Ivanov. Elle soupira de nouveau et baissa les yeux. Elle ne lui avait toujours pas demandé si elle pouvait passer un coup de fil ou non. Et ce n'est pas en l'embrouillant qu'elle ferait avancer le shmilblique. Elle se calma donc pour adopter un ton plus conciliant. Elle avait envie de montrer que malgré ce qu'elle venait de faire à l'agresseur, elle n'avait rien d'un monstre.

« Ecoutez, Alexei, je sais pas comment j'ai fait, enfin bref, j'ai rien voulu faire de mal et je suis encore assez secouée après ce qui vient de se passer. Je voulais juste vous demander si je pouvais utiliser votre téléphone pour appeler un taxi. »

Oui, elle l'avait appelé par son prénom en pensant que cela calmerait l'ambiance et qu'il arrêterai de faire sa tête d'inquisiteur. Elle osa même rajouter une petite mention sur un ton presque plaisantin, après avoir laissé échapper un léger bâillement.

« Et des cours de combat. »

Après avoir esquissé un bref sourire, elle sortit un paquet de cigarettes de la poche arrière de son jean, puis s'en alluma une.
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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Sam 12 Oct - 23:45




 Au détour d'une ruelle...




Je lui avais tendu la main, me présentant en précisant mon prénom, mon nom et mon espèce. Comme quoi, il fallait que ça rentre dans les mœurs, surtout si la personne en face venait de mettre un bulldozer hors jeu alors qu’elle ne payait pas de mine deux minutes avant. Je n’avais pas trop de doute quant à ce qu’elle pouvait être. Un loup garou, une vampire, une semi-démone, certes sur ce point là je n’étais pas vraiment fixé même si j’avais ma petite idée, mais dans tous les cas, elle n’appartenait pas à la même espèce que moi. Elle entrouvrit la bouche, la referma. Etait-elle mise mal à l’aise par ma présentation ? Au moins, ça confirmait mes certitudes : elle n’était donc pas clairement humaine. Je me demandais si elle allait se présenter comme je l’avais fait ou si elle allait se limiter au nom et prénom, ce qui était plus… sécurisé pour elle. Je repensai à ma discussion avec Philipp, à la PES qui chassait les semi-démons et je classai rapidement cette pensée dans la liste des choses à ne considérer que plus tard.

« Jaina Long. Née dans la maternité d'un hôpital et personne ne m'a jamais mordue. Vous en déduisez ce que vous voulez, mais je ne suis pas un monstre. »

Elle était donc vexée par ma remarque. Je restai silencieux, me demandant si elle avait autre chose à rajouter ou juste se taire, me mettre un coup de poing, partir à la vitesse d’un fusil ou juste me demander ce service au lieu de me faire patienter. Heureusement, j’étais du genre patient. Et méfiant. Je ne relâchai pas ma vigilance quand elle reprit.

« Ecoutez, Alexei, je sais pas comment j'ai fait, enfin bref, j'ai rien voulu faire de mal et je suis encore assez secouée après ce qui vient de se passer. Je voulais juste vous demander si je pouvais utiliser votre téléphone pour appeler un taxi. Et des cours de combat. »

J’arquai un sourcil, et je fis une petite moue, cherchant à comprendre ce qu’elle disait. Je sortis mon téléphone habituel, pas mon téléphone professionnel, que Valentina m’avait emmené acheter dans un magasin approprié. C’était elle qui avait choisi l’objet, un téléphone haut de gamme, complexe, tactile, un smartphone dont j’apprenais les subtilités petit à petit sans avoir réellement conscience de sa valeur. Dans un sens, c’était assez ironique : j’étais vénal, je me décrivais comme tel et personne ne pouvait dire le contraire sans passer pour un idiot, mais je ne sourcillais pas pour dépenser mon argent si illégalement accumulé lorsque je devais acheter quelque chose d’onéreux. J’étais vénal, sans être radin. J’étais attiré par l’argent sans vouloir absolument le garder pour moi. Je tendis à la jeune fille mon téléphone dernière génération sans la moindre hésitation.

« Tenez, appelez votre taxi. Je vous aurai bien proposé de vous escorter, Vlad et moi n’avons rien à faire, mais si vous habitez loin mieux vaut effectivement demander une voiture. »

Je fis une pause, avant de reprendre :

« Si je peux me permettre… si vous ne savez pas comment vous avez fait, pour… tout à l’heure… c’est assez inquiétant. Autant pour vous que pour les autres. »

Pour moi qui avais un contrôle parfait de la moindre de mes réactions, contrôle exagéré à l’extrême même, quelqu’un qui ne savait pas comment il avait fait me choquait pas mal. Ca me perturbait, ça me dérangeait, ça outrepassait même ce que je pouvais envisager. Lorsque je fais un mouvement, tout ou presque était calculé : la force, la direction, l’objectif à atteindre. Si je voulais assommer un homme, je ne m’y prenais pas de la même manière que lorsque je voulais salement l’amocher sans le rendre inconscient. Là, elle avait très certainement foutu le mec dans les vapes pour une bonne demi-heure, si son nez cassé ne lui offrait pas le repos éternel. Un tel potentiel de destruction laissé en friche de cette manière était triste. J’avais un don pour la précision, l’armée russe s’en était aperçue et m’avait formé pour que je développe ce don à l’extrême. La Mafia avait vite compris que j’étais fait pour l’assassin et m’avait poussé à son tour à développer ce talent pour me faire devenir l’assassin idéal. Je considérai la jeune femme, Jaina, comme un terrain au potentiel exceptionnel mais qui n’était pas exploité. Un terrain vague qui laissait par moment percevoir ce pour quoi il était fait mais très rarement.

« Vous n’êtes pas un monstre, vous êtes un potentiel de destruction qui refuse d’être dompté, et c’est ça qui est inquiétant. Vous devriez sincèrement à penser à prendre des cours de karaté, ou de judo dans un premier temps pour apprendre à maîtriser votre corps et vos émotions. Puis des cours de boxe pour vous apprendre à attaquer au bon moment. J’imagine que si vous parvenez à extraire de ces sports ce qu’il vous faut, plus rien ne vous résistera. »

J’étais sincère. Pas envieux de son potentiel, la seule perfection qui m’intéressait était celle que je pouvais atteindre, pas celle qui m’était inaccessible du fait de mon potentiel humain, pas jaloux, pas méfiant, craintif, pas intéressé. J’étais juste convaincu qu’il ne fallait pas ignorer ce pour quoi on était fait. J’avais un don pour le meurtre, pour le tir de précision et pour les différentes langues qu’il me fallait apprendre. J’étais devenu tireur d’élite, assassin et traducteur. Elle, elle avait un don pour détruire : elle n’avait qu’à devenir une tornade de destruction pour s’accomplir, c’était aussi simple que cela à mes yeux.

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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Mer 16 Oct - 22:20

Alexei acceptait de prêter son téléphone à Jaina qui ne put s'empêcher de poser un regard nostalgique sur l'appareil : elle en connaissait le prix puisqu'elle avait hésité entre celui-ci et celui que le malfrat venait de lui détruire. Il devait être relativement confiant pour le tendre ainsi à une inconnue plutôt que de proposer d'appeler lui-même le taxi, mais elle ne s'en saisit pas de suite, le laissant finir sa phrase avant de passer son appel. Elle esquissa un léger sourire reconnaissant lorsqu'il proposait de la raccompagner, mais effectivement, elle habitait un peu loin. De plus il venait tout juste de voir ses pouvoirs se manifester, donc même s'il avait l'air tout gentil, comme ça, il n'avait pas non plus besoin de savoir où elle vivait histoire de ne pas se retrouver avec des gens mal intentionnés sur le palier de sa porte le lendemain matin. Et si elle avait tenté de dissimuler ce que lui inspirait l'idée d'une telle visite en conservant son sourire, celui-ci s'était déformé durant une fraction de seconde après laquelle elle avait hoché la tête en entendant le mot voiture.

A peine prenait-elle le téléphone entre ses mains que l'homme reprenait la parole. Il avait presque l'air d'un professeur faisant une rema rque négative à une élève, s'alarmant du fait qu'elle n'ait pas le contrôle de sa force. Effectivement, ça pouvait paraître stupide, mais Jaina n'avait jamais eu besoin de maîtriser ses pouvoirs jusqu'à présent. Sa vie avait été des plus calmes dans les Highlands, et si par hasard il lui était arrivé de faire voler quelques bottes de paille dans l'étable familiale, cela restait occasionnel. Elle se retrouvait pour la première fois de sa vie dans un environnement où elle ne connaissait pas « tout le monde » et où à l'inverse il fallait qu'elle apprenne à se méfier tout comme à se défendre, car les citadins, contrairement aux paysans, voyaient un peu plus loin que le bout de leur nez, la guerre sanglante avait fait rage à Glasgow, après tout.
Bon, certes d'ici à dire qu'elle ne savait pas comment elle avait fait, il y avait une marge, mais c'était mieux pour Alexei qu'il croit cela. Puis son discours allait assez loin, disant que c'était dangereux pour les autres aussi. Jaina tiquait un peu en entendant ça, le type qu'elle venait d'aligner le méritait après tout. Ses pouvoirs n'avaient jamais agi d'une manière déplaisante, au contraire, malgré leur irrégularité. Alors elle se contenta de prendre un air étonné.

« Ah bon ? »

Puis elle le laissa poursuivre son raisonnement. Elle ignorait si son accent théâtralisait la chose, mais il semblait y avoir une vrai sagesse dans ses propos, il était sûr de ce qu'il disait et cela se voyait, bien que tout ne soit pas simple à entendre. Ils ne se connaissaient pas il y a cinq minutes de cela et voilà qu'il s'improvisait conseiller d'orientation pour potentielle machine à tuer. Oui, car il lui donnait des pistes pour apprendre à « dompter » son « potentiel de destruction ».
Ses idées étaient d'ailleurs presque amusantes car Jaina faisait un peu de « fitness » le matin chez elle en cherchant précisément à ne pas utiliser ses pouvoir, et ça marchait bien. C'est donc un sport de combat qui pourrait provoquer l'inverse ? Peut-être mais restait le problème de l’entraînement : elle ne pouvait pas apprendre contre un humain sans risquer de le tuer, c'était évident. Cette conversation commençait presque à la mettre mal à l'aise, peut-être était-ce le naturel avec lequel il avait parlé de cette histoire de destruction. Alexei était un peu louche en fait, et Jaina s'en rendait compte seulement maintenant même si cela ne l'inquiétait absolument pas. Elle cherchait simplement à lui répondre sans trop en dire, juste pour voir ce qu'il en pensait.

« Plus rien ne me résistera ? Vous êtes publicitaire ? Parce que c'est drôlement accrocheur comme slogan. Vous en pensez quoi vous ? Moi je crois qu'il y a un opposé pour tout, il y a toujours une résistance, et ce mot fait partie de l'histoire. Ce que je viens de faire, je ne le ferai peut-être plus jamais. »

Il ne fallait pas oublier de se protéger en prétendant que c'était un accident. Jaina mourrait certes d'envie de converser avec quelqu'un d'autre de ses habilités, mais elle réalisait de plus en plus à chaque instant que c'était trop risqué, que même si elle refusait de croire que sa nature était si sombre, les autres le croiraient pour elle. Alors elle avait utilisé un ton ferme et avait fini sa dernière phrase d'un air distrait, les yeux rivés sur le téléphone, à composer le numéro d'une société de taxis. Elle avait ensuite porté l'appareil à son oreille et après quelques tonalités était entrée en contact avec la standardiste du réseau de transport. Elle avait demandé un taxi à l'entrée de la rue dont elle avait trouvé le nom en regardant sur les murs près de l'intersection la plus proche. Apparemment, il fallait qu'elle attende encore quelques minutes avant qu'un véhicule ne passe la récupérer. Elle raccrocha donc en rendant le téléphone à Alexei avec un sourire reconnaissant.
Elle avait coupé assez court à la conversation en téléphonant, mais elle avait encore le temps de discuter un peu finalement, vu que le taxi n'arriverait pas de suite. Alors, comme gênée de reparler de ses pouvoirs, Jaina tendit la main vers le chien qui était à côté d'Alexei. Elle le laissa renifler le bout de ses doigts, comme elle l'avait toujours fait avec les animaux pour leur prouver qu'elle ne leur voulait pas de mal, puis lui caressa la tête, sans oublier de gratter derrière les oreilles.

« Il est sympa, pure race ? »
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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Mar 22 Oct - 18:44




 Au détour d'une ruelle...




Visiblement, ma proposition de la raccompagner chez elle ne la tenta pas plus que ça, mais je ne m’en offusquais pas, loin de là. J’avais beau ne pas être tout à fait normal et sociable, je n’étais pas stupide pour autant et je savais aussi quels torts pouvaient faire des personnes mal intentionnées et louches à des jeunes femmes comme celle qui se tenait devant moi. Certes, je n’étais pas particulièrement mal intentionné, surtout si elle ne commençait pas à se montrer menaçante envers moi, mais je faisais partie sans le moindre doute possible, au grand désarroi de ma petite sœur qui me le faisait remarquer bien trop souvent, je faisais partie donc de la catégorie personnes louches . Elle avait bien raison de se méfier de tout ce qu’elle pouvait être amenée à croiser à cette heure tardive. Son air étonné à ma remarque sur son potentiel inexploité ne me fit pas sourciller outre mesure, et je poursuivis mon argumentation, ou plutôt mon raisonnement à haute voix, rebondissant sans erreur sur son « Ah bon ? » surpris. Un petit temps s’écoula avant qu’elle ne me réponde, et je pris le temps de l’observer, tentant de décrypter sur son visage des signes m’indiquant qu’elle avait compris ce que je voulais dire, qu’elle était d’accord avec moi ou, au contraire, si elle était en désaccord avec mon avis. Je ne pouvais pas savoir ce que pensaient les gens, je n’étais pas particulièrement empathe ou prescient, mais je m’amusais en général à chercher chez les autres ces émotions qui m’avaient si longtemps fait défaut.
« Plus rien ne me résistera ? Vous êtes publicitaire ? Parce que c'est drôlement accrocheur comme slogan. Vous en pensez quoi vous ? Moi je crois qu'il y a un opposé pour tout, il y a toujours une résistance, et ce mot fait partie de l'histoire. Ce que je viens de faire, je ne le ferai peut-être plus jamais. »

« Je ne suis pas publicitaire, non. Ce que j’en pense ? Je n’en sais strictement rien. J’ai parlé comme j’avais l’impression qu’il fallait le formuler en anglais, c’est tout. »

J’arquai un sourcil. Elle n’avait pas du tout tort : rien ne me disait que tout ce à quoi j’avais assisté n’avait pas été le fruit d’un hasard le plus complet, une chance inespérée pour elle de frapper juste au bon endroit, propulsée comme elle avait pu l’être par la peur et une certaine… envie de vengeance ? Sa dernière phrase me donnait l’impression qu’elle ne souhaitait pas s’étendre sur ce sujet, et le fait qu’elle utilise, [i]enfin{/i], mon téléphone me confirma cette impression : quelle meilleure excuse qu’un coup de téléphone pour contrer toute tentative de ma part de relancer la conversation ? Elle fit cependant plus rapidement que ce à quoi je m’attendais, et me tendit bien vite mon portable. Je le rangeai dans ma poche, en demandant brièvement sur une voix qui sonnait plus comme une constatation qu’une véritable question « Alors, vous avez eu quelqu’un ? » Je compris à son comportement, ou du moins je pensai avoir compris, qu’elle en avait pour plusieurs minutes d’attente. Je m’adossai au mur le plus proche, à nouveau, décontracté en apparence mais pour le moins sur mes gardes en vérité, alors qu’elle tendait une main en direction de Vlad, attendant patiemment qu’il prenne note de son odeur pour s’autoriser à le toucher. J’acquiesçai à cette marque de savoir-faire dans un petit sourire, avant de m’immobiliser à sa question. Mes sourcils valsèrent un peu pour se froncer :

« Il est sympa, pure race ? »

Pure race ? Elle connaissait son sujet visiblement, pas plus que moi, mais visiblement elle s’y connaissait en chien. Vu le comportement de mon terrier russe, elle ne possédait pas d’animaux plus intimidant que lui, sinon il était clair que, vu le caractère légèrement craintif de mon chien, il se serait déjà réfugié entre mes jambes. Donc pas d’animaux menaçants.

« Et bien… il me semble. Je l’ai acheté dans un élevage russe, et comme c’est un terrier russe j’imagine qu’il doit être de pure race. Mais j’imagine que mon comportement et le sien auraient été de même s’il avait été d’une descendance bâtarde, non ? »

Je n’avais pas du tout regardé la pureté de son sang lorsque je l’avais acheté, pour la simple raison que je ne pouvais pas écarter un animal parce qu’il n’appartenait pas à une lignée unie alors que moi-même je ne connaissais pas mon père, non ? Ca me semblait être la réaction la plus logique à adopter. Je l’avais choisi pour ses aptitudes, l’éclat d’intelligence que j’avais cru percevoir dans ses yeux – sur ce plan là, je commençais à me demander si je ne l’avais pas surestimé – et sur ses réactions face à moi. Je sentais plus ou moins la mort, il fallait que mon animal ne s’en offusque pas si nous voulions faire une bonne paire.

« Quelle rue avez-vous indiqué au taxi ? Je n’ai pas l’impression que ce soit un quartier particulièrement fréquenté, et… hum… accessible. Ruelles, quais… j’imagine que vous avez donné un grand axe en point de repère. Vous avez combien de temps d’attente ? »

J’hésitai à la laisser seul mais j’avais aussi l’impression de marcher sur des œufs. Elle était dangereuse, je l’étais tout autant, nous formions une paire plus que dangereuse, et je ne voulais pas m’hasarder à parier ma chemise sur le vainqueur d’une lutte si jamais nous nous retrouvions l’un contre l’autre. Quand je sentais un danger, j’avais le réflexe de l’éliminer par la violence ou par la fuite, et pour le coup, la fuite – ou renommons là le recul – me semblait le plus adéquat.

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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Ven 1 Nov - 23:54

Apparemment Alexei pensait réellement ce qu'il avait dit, concernant le fait que Jaina devrait s’entraîner à développer ses aptitudes au combat. C'était assez atypique de voir quelqu'un vous dire que vous y gagneriez à devenir une sorte de bulldozer vivant. Alors, sa réaction était-elle liée à la mentalité de son pays ? Parce qu'il disait l'avoir formulé en anglais comme cela lui venait. Mais il ne s'étalait pas davantage sur son opinion, et au fond ce n'était pas plus mal, il avait été direct dans ses propos sans chercher la petite bête.
Bref, le débat était clos car il aurait été difficile d'en parler davantage sans évoquer sa nature. Et le coup de téléphone avait fait une excellente diversion car voilà qu'il prenait des nouvelles de son appel. Elle hocha la tête avec un mince sourire lorsqu'il lui demanda si elle avait eu quelqu'un puis lui rendit son téléphone.
Elle s'était ensuite approché du chien tandis que lui s'adossait au mur. Elle avait demandé s'il était pure race uniquement pour faire la conversation. Elle avait beau voir quotidiennement des éleveurs dans le cadre de son métier, elle ne faisait pas partie de ces gens qui ne voulaient que des animaux pure race. Mais elle savait que ces derniers aimaient beaucoup que l'on remarque les origines de leurs animaux. Et puis, les animaux de race avaient souvent une robe particulière et un certain port altier, contrairement aux bâtards qui avaient une attitude beaucoup plus « cool ». Quant on avait l'oeil et l'habitude, on reconnaissait facilement un animal de race sans forcément connaître cette dernière.
Bref, Alexei lui répondait qu'il l'avait trouvé dans un élevage, mais il semblait ensuite insinuer que sa race était moins importante que son attitude, ce qui tombait sous le sens. Si l'homme à l'accent de l'est avait dit une ou deux choses discutables, il semblait loin d'être bête pour réagir ainsi.

« C'était juste par curiosité, je vois pas en quoi ça changerait quoi que ce soit. La race, c'est qu'une question de goût, non ? Loin de moi l'idée de juger, paraît même que les chiens croisés ont un excellent potentiel intellectuel. »

Ah ça oui, le potentiel et les croisements d'espèces, si y'a bien un type qui avait tord à ce sujet, c'était Hitler et son obsession pour les grandes blondes. La diversité génétique apportait toujours un plus. Même des super-pouvoirs. Mais dans ce cas-là, la moralité n'était pas garantie puisque le croisement en question se faisait avec un démon, et l'esprit du rejeton était parait-il corrompu. Jaina n'en avait d'ailleurs pas vraiment conscience dans son cas... Pour l'instant, mais le jour où elle s'accepterait totalement, son âme serait certes plus sombre, mais elle contrôlerait bien mieux ses pouvoirs.

Pour le moment, son côté humain l'emportait. En témoignait son attitude avec le chien qui ne semblait pas malheureux du traitement qu'elle lui accordait. Lorsque le maître de l'animal lui adressa la parole, Jaina se tourna à nouveau vers lui, se redressant. Ce qu'il dit pouvait être interprété de deux manières. Il pouvait tout aussi bien passer pour un psychopathe qui se renseignait pour savoir s'il pouvait commettre un crime, que pour quelqu'un qui s'assure de la sécurité de la personne qu'il vient d'aider. La second option paraissait couler de source,  mais Jaina avait trouvé l'attitude de l'homme un tantinet différente depuis qu'il l'avait vue utiliser ses pouvoirs. En même temps, elle ne le connaissait pas, alors il était difficile de juger.

« Il ne devrait pas tarder. Rue Lincoln, j'imagine que c'est juste en face. »

Jaina indiqua la sortie de la ruelle en tendant le bras au bout duquel elle tenait toujours sa cigarette. C'est d'ailleurs en le baissant que son regard se posa sur l'homme toujours inconscient qui l'avait attaquée plus tôt. Impossible de voir dans l'obscurité s'il saignait ou s'il respirait. Non, elle ne l'avait pas tué, mais elle espérait qu'il continue sa sieste. Sauf que, si le taxi s'arrêtait à l'intersection, il serait pile poil dans son champ de vision et Jaina écarquilla les yeux  en pensant à cela. Elle aspira d'ailleurs un bon quart de cigarette d'une seule traite avant de lancer un regard inquiet à Alexei.

« Me jugez pas, d'accord ? »

Elle lâcha son mégot et l'écrasa, puis elle s'approcha de l'homme inconscient silencieusement, comme pour ne pas le réveiller. Son visage dessinait une moue écœurée tandis qu'elle se penchait vers les pieds de l'homme pour les attraper et commencer à le traîner vers le côté de la ruelle, contre le mur en grimaçant.

« J'y crois pas. J'en ai vu des pas mal, mais si un jour on m'avait dit que je descendrait aussi bas... »

Jaina laissa tomber les pieds les pieds de l'homme au sol, sans ménagement. Ce qu'elle avait craint ne s'était pas produit : il ne s'était pas réveillé. Alors, après avoir jeté quelques cartons sur lui, elle se mit à craindre l'inverse. Elle regarda ses mains puis les frotta fort l'une contre l'autre, comme pour en enlever une crasse invisible. Elle l'avait frappé un peu fort, il était juste inconscient, rien de plus se disait-elle. C'était ce qu'elle voulait après tout, se venger de cette tentative d'agression. Mais certainement pas le tuer, pas devant un témoin. Question de survie.
Elle n'avait touché qu'à ses chevilles au final. Elle l'avait dissimulé sous les cartons avant que l'envie ne lui prenne de vérifier son état de santé. Elle souffla donc un grand coup avant de lever un regard d'abord timide vers Alexei, reprenant peu à peu confiance en elle. Elle allait tenter de changer encore de sujet même si elle doutait que cela prenne cette fois-ci, mais peu importait : il ne devait plus rester beaucoup de temps avant que le taxi arrive.

« Et donc vous êtes d'origine russe ? »
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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Mar 5 Nov - 17:45




 Au détour d'une ruelle...




Dire, voire penser, que je me méfiais d’elle était peu dire : je restais immanquablement sur mes gardes. Je continuais à lui répondre, à relancer le sujet, pour simplement continuer à parler sans attirer sa méfiance à elle – ou du moins ne pas l’accentuer. Sa question concernant la lignée canine dont descendait Vlad me fit tiquer légèrement et ma voix atone lui expliqua posément que je n’avais pas choisi mon chien selon son sang et sa race, mais bien plus selon son intelligence et sa réactivité lorsque je m’étais promené dans l’élevage.

« C'était juste par curiosité, je vois pas en quoi ça changerait quoi que ce soit. La race, c'est qu'une question de goût, non ? Loin de moi l'idée de juger, paraît même que les chiens croisés ont un excellent potentiel intellectuel. »

Peut être avait-elle raison, peut être avait elle tort, dans tous les cas je n’en avais aucune idée. Comme je le lui avais dit, la race de Vlad m’avait peu intéressée, je l’avais surtout regardé courir, se battre avec les autres chiots, faire preuve d’un certain éveil et d’une curiosité particulière et mon choix s’était vite porté sur cette boule de poil là. Après, oui, peut être avais-je aussi été guidé dans mon choix par les caractéristique attribuée aux terriers russes puisqu’on leur attribuait de nombreuses qualités pour le dressages, mais ça n’avait en rien été mon unique guide pour choisir. Juste une orientation vers une race de chien en particulier. Mais bon. Je ne voulais pas parler de Vlad davantage, parce que je n’en voyais pas l’intérêt. Mon regard se porta sur le téléphone qu’elle m’avait rendu après son appel, et j’en profitais pour changer de sujet en lui demandant où elle devait attendre le taxi. Sa réponse me fit arquer un sourcil, sans pour autant faire fuir mon calme apparent. « Il ne devrait pas tarder. Rue Lincoln, j'imagine que c'est juste en face. » Mon regard suivit son bras, vers la fin de la ruelle, avant de revenir sur la jeune fille qui semblait perturbée lorsqu’elle posa son regard sur l’homme inconscient étendu à terre. Je restai immobile, en tentant de suivre à distance son raisonnement, alors qu’elle m’intimait de ne pas la juger et lâchait son mégot. Une apprentie C’était à cela qu’elle me faisait penser, alors qu’elle essayait de masquer son excès de violence, avec une maladresse qui pouvait me faire sourire. Une apprentie maladroite très exactement. Une apprentie qui n’avait qu’une envie : progresser Je la voyais de plus en plus précisément, alors qu’une grimace de dégoût marquait son visage, et qu’elle essayait de nettoyer ses mains. Le dissimuler sous des cartons était malin… mais maladroit. Je n’avais personnellement jamais vraiment eu à masquer mes traces parce que je n’en laissais pas, et que je n’avais jamais mis quelqu’un hors de nuire – définitivement ou non – sans l’avoir voulu. Lorsqu’il y avait des dommages collatéraux, ils étaient tout à fait calculés, même s’ils n’étaient pas prévus. Lorsqu’il avait à prendre des décisions très rapidement, il avait déjà en tête une partie des conséquences, et une idée sur comme il allait devoir gérer le post-action. « Et donc vous êtes d'origine russe ? » La question me sortit de mes pensées. Qu’est-ce que j’avais, là ? Je la testais mentalement, je commentais ses réactions comme si elle était en train de passer des examens, comme si j’avais eu ce but là depuis le début alors que ce n’était pas le moins du monde le cas. Pourtant… je classais, je notais ses réactions, comme un recruteur. Elle était franche, elle était méfiante cependant. Elle pouvait être redoutable mais son don était une plate bande en friche que ne demandait qu’à être exploitée. Elle était indépendante, autonome. La seule chose qui me chagrinait – si le terme pouvait être applicable sur moi – c’était qu’elle ne semblait pas intéressée par la voie que je voyais toute tracée pour elle. Je ne pouvais pas décemment lui demander si elle voulait être mon apprentie – d’ailleurs je n’y avais jamais pensé avant ça – mais l’idée faisait son chemin dans le méandre de mes pensées, et germait depuis plusieurs minutes. Mon regard anthracite se posa sur la jeune fille. Mon silence avait-il été long ? Je n’en avais aucune idée, mais je devais bien dire que ça ne me gênait absolument pas. « Oui, tout à fait. Mon accent, je présume ? Ou le fait qu’il soit un terrier russe… » Ce n’était pas l’important, ne le voyait-elle pas ? Ce n’était pas l’important. Ma voix se fit douce, lorsque je repris en continuant de la fixer sans jugement. « Et je ne vous jugerais pas. En revanche, si je puis me permettre avant que votre taxi arrive, si un jour vous, vous vous jugez ou si vous décidez de prendre en main votre étonnante capacité, voilà de quoi me contacter. » Je sortis un stylo et notais sur un bout de papier trouvé au fond de mes poches le numéro de mon téléphone de travail qu’il m’était en général interdit de divulguer. La Mafia était très sérieuse sur ce point là, et il fallait croire que Philipp l’était aussi. Mais pour le coup, je ne voulais pas donner mon numéro civil à une inconnue, surtout vu les projets que j’avais pour elle. Après tout, elle avait un talent rare, et j’avais cette vision pragmatique qui me conduisait à toujours opter pour la solution la plus évidente et celle qui pouvait m’apporter le plus. Et lui apporter le plus à elle, selon mon point de vue. Moral, honneur, humanité ? Ca m’était malheureusement inconnu donc je n’avais pas à m’en faire. Je lui tendis le papier, en tentant, pour une fois, de ne pas être excessivement moi, autrement dit menaçant. Je voulais qu’elle me recontacte mais je ne voulais pas non plus la contraindre. Je voulais que ce soit de son fait, de sa volonté, et qu’elle s’implique totalement dans sa formation si elle acceptait ma proposition, dans un avenir plus ou moins lointain. Peut être me trompais-je, mais j’avais le sentiment qu’elle pouvait être douée. A mon image.

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MessageSujet: Re: Au détour d'une ruelle [Livre II - Terminé]   Jeu 21 Nov - 13:29

Si Jaina s'était pourvue d’œillères lorsqu'elle avait déplacé le corps de l'homme inconscient pour ne pas voir la manière dont Alexeï l'observerait, elle nourrissait toujours aussi naïvement l'espoir qu'il se contente de répondre à la question sur ses origines supposément russes. Et le temps parut long avant qu'il ne daigne enfin répondre. En tous cas il n'avait absolument pas l'air perturbé par ce qu'il venait de voir voir. -Était-ce bon signe?- Et se mit à lui répondre après un moment de silence presque inquiétant.
Il acquiesçait concernant ses origines russes, comme si le changement de conversation avait marché . Il demandait même si cette conclusion venait de la race du chien ou de son accent, ce qui fit sourire Jaina. Elle allait même pour lui répondre, mais remarqua qu'il avait autre chose à dire et le laissa continuer, rassurée par le ton calme qu'il empruntait. Il ne la jugeait pas, c'était déjà une bonne chose : elle n'aurait pas la PES sur son palier le lendemain.
Mais ce qu'il dit ensuite décrocha une moue étonnée à la jeune hybride. Il lui proposait son aide pour travailler ses capacité et -avait-il deviné ce qu'elle était vraiment ?- par conséquent, même si cela n'était pas formulé, maîtriser ses pouvoirs.
Sur le coup la proposition étonna Jaina qui ne sut quoi répondre alors qu'il y a une heure de cela, elle buvait des pintes sans même se soucier une seule seconde du fait qu'elle n'était pas humaine. Alors elle le regarda écrire son numéro sans réagir, cherchant quoi dire. Devait-elle le remercier de lui offrir un coup de main ? Ou devait-elle déjà analyser ce que son geste signifiait ? Le fait que son pouvoir intéresse quelqu'un ne lui était jamais vraiment venu à l'esprit, ou pas de cette manière-là. Et puis, était-ce si important que ça pour elle de contrôler sa force et sa rapidité ? Pas tant que ça si elle continuait à regarder au bout de son nez. En revanche, si elle considérait tout ce qui se passait autour d'elle et le fait que son espèce soit traquée, ainsi que toutes les opportunités qu'un tel pouvoir offrait, alors Alexei avait raison.
Jaina posa donc ses doigts sur le papier en observant la liste de chiffres. Oui, elle ferait bien de s'exercer à la maîtrise de ses pouvoirs, mais pourquoi avec lui ? Qu’y gagnerait-il ? Dans le doute elle se contenta donc d'un mince sourire et d'un hochement de tête. Il n'avait pas non plus l'attitude d'un bénévole de la soupe populaire après tout.

« Je vais y réfléchir. »

Elle glissa le papier dans son sac à main en se disant que cela ne l'engageait à rien, après tout. Puis un silence gênant s'installa. Elle n'allait pas faire de promesses. Déjà fallait-il qu'elle essaye elle-même et peut-être ensuite lui demanderait-elle de l'aide... Mais le « pourquoi » lui revint en tête. Maintenant qu'elle avait prit son numéro, elle pouvait bien le lui demander.

« Et vous proposez ça par simple générosité? »

Jaina avait dit ça sur un ton légèrement plaisantin pour ne pas froisser Alexei. Mais alors qu'elle finissait sa question, un bruit de voiture se rapprocha lentement pour venir se garer dans la rue d'en face : te taxi. Alors la jeune hybride replaça son sac à main correctement sur son épaule et adressa un regard hésitant au russe avant de finalement tendre son bras pour brièvement lui serrer la main.

« Rentrez bien. Et merci. »

Après un dernier hochement de tête, elle trottina dans la ruelles jusqu'à atteindre la rue où s'était garé le taxi, puis monta dans ce dernier. Une fois en route, elle ouvrit son sac à main pour en ressortir le numéro de téléphone qu'elle venait d'obtenir et l'analyser pour en déduire que la suite de chiffres semblait cohérente. Elle prendrait le temps d'y réfléchir.

[HJ : dis moi si tu veux que je modifie, mais ça me semblait bien de clore ici. Merki pour ce rp ! ^^]
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