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Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Sam 14 Sep - 12:14




Everything you touch surely dies


« Je suis rentré. » J’envoyais le message avant de m’adosser au comptoir, le regard aussi vide que le cœur. J’avais renvoyé la personne chargée de me ramener très vite, je savais bien me débrouiller tout seul. De toute manière, je n’étais pas non plus à l’article à la mort – je ne l’étais plus s’empressa d’ajouter ma conscience. Je me passais distraitement une main sur le visage. Nous avions pris un sacré virage à 180 degrés en l’espace de quelques heures. J’avais eu trois jours pour accuser véritablement le choc mais je ne le digérais toujours pas. J’avais l’impression d’halluciner et mes blessures se contentaient de me rappeler que tout ceci n’était malheureusement pas un cauchemar. J’étais toujours aussi sonné que sur le moment. J’avais toujours eu un drôle de rapport avec la trahison et là, ça me semblait être le pire coup bas que j’avais pu me manger. Pire, je ne savais pas encore comment dans les faits réparer tout le mal causé par cette situation. J’étais dépassé, épuisé, moralement et physiquement à bout. Au moins, je n’avais plus à supporter le poids du regard des loups. Bien entendu le médecin faisait exception. Je lui devais la vie de surcroît bien qu’il ait pris la peine de me droguer pendant sept jours. Maintenant que j’étais rentré, je me retrouvais confronter au néant le plus implacable. Je pouvais remuer et je devais donc m’activer. J’avais tenté de passer plusieurs coups de fil. Je comptais réunir les miens, avoir une discussion, un débat, agir, faire quelque chose. Je devais comprendre, apprendre de mes erreurs, réparer tout ce merdier. Je devais me montrer à la hauteur pour une fois, pour changer. Dire que je m’étais fait complétement dépassé par les événements et que j’avais manqué d’y laisser ma peau. C’était tellement risible. J’étais tellement minable, je ne savais rien gérer et tout avait échappé à mon contrôle. Sept ans. Sept ans pour raffermir notre projet et le voir grandir. Tout ça pour quoi ? Se faire poignarder dans le dos. Je savais que j’étais un idéaliste un peu naïf parfois mais tout de même. Je ne comprenais pas cette haine gratuite. Il n’y avait rien qui justifiait ça. Je ne les avais jamais forcés, je ne les avais jamais obligés à rester s’ils n’adhéraient pas à nos idées. Pourquoi ? Putain pourquoi ? Ça me tuait littéralement de ne pas savoir. Dire qu’Alan m’avait confié Kate et que… J’avais déçu tellement de personne - moi d’abord.

Allez, il fallait que je me force à m’activer. Je devais contacter plusieurs personnes au sujet de ce rassemblement et en rassurer pas mal aussi. Il était vraiment temps que nous fassions le point. Je refusais de voir tout s’écrouler. Je le refusais catégoriquement. Je fis quelques pas vers la table et perçus seulement le mot laissé. Rebecca. Mon rythme cardiaque s’accéléra alors que mes yeux caressaient le papier. Au milieu de toute cette démence, ce petit pan de normalité me semblait terriblement déplacé. Je n’avais pas cherché à l’éloigner à tort. Comment allais-je justifier mon état ? Combien de temps pourrais-je encore lui cacher ma nature et mes activités au sein de la communauté ? Comment pourrais-je la protéger ce que je suis, de ce que je fais alors que je suis incapable de me protéger moi, ni mes amis ? Je ne savais même plus pourquoi j’avais accepté d’aller si loin avec elle. Alors que je ne pouvais pas le permettre. Est-ce que cette relation avait causé ces torts ? Est-ce qu’en étant distrait par Becky, j’avais fini par être peu vigilant vis-à-vis des miens ? Les avais-je négligés ? Je m’étais juré de tout sacrifier pour cette cause. Et pourtant, je l’avais laissé entrer dans mon quotidien. Je l’avais laissé devenir importante. Je l’avais laissé m’atteindre. Je m’étais laissé aller, j’avais oublié tout. Tous les avertissements silencieux que je me lançais d’ordinaire. Je n’apprenais jamais. Je grimaçais en me déplaçant jusqu’aux placards. Elle avait vraiment fait tout ça pour moi. Je me sentais coupable. Pour la partie mystère ? La partie remise en question ? La partie abandon des bonnes résolutions ? Je ne savais plus au final. Je me sentais simplement coupable de faire partie de sa vie. D’en être si peu digne.

Ma respiration s’effilocha un peu. Il ne manquerait plus que je refasse une crise. Trois – quatre si on comptait celle de mon réveil, en peu de temps, ça suffisait. Il faudrait que je me renseigne sur comment éradiquer ce truc. Je me forçai à inhaler profondément et cela fit son petit effet. Je me dirigeai vers la télévision en priant pour que le son puisse annihiler mes tourments internes. Je devais reprendre un peu mes esprits avant de me mettre au boulot. En m’approchant de la télécommande, des bruits de pas m’alertèrent. Je les reconnaissais. Toutes mes questions intérieures se turent d’une seule et même onde alors que je me dirigeais vers la porte d’entrée, en me trainant un peu malgré mon impatience. Des clés jouèrent avec la serrure mais elles n’eurent pas le temps de se tourner que j’ouvrai l’entrée pour me trouver face à mon ancienne voisine. L’image de son départ, de cette rupture étrange s’effaça au profit de son retour. Je venais à peine d’ouvrir la porte que je me jetais sur elle avec une férocité hallucinante. La bête avait rattrapé l’humain. Elle savait, elle avait compris et mieux réalisé que j’avais manqué de peu de ne plus jamais la revoir. Ce constat me frappait seulement alors que ma langue cherchait désespérément la sienne. J’avais manqué de mourir. Qu’est-ce qu’elle aurait fait en apprenant ma mort ? Je ne voulais pas l’imaginer. J’entourai sa taille de mon bras gauche et la serrai contre moi - tous deux toujours bloqués dans l’encadrement de la porte. La pression de son corps contre le mien me fit un mal de chien là où le tigre avait enfoncé ses griffes mais je m’en fichai. Je l’embrassai toujours plus brutalement alors que mon organisme me rappela que je n’étais toujours pas remis de mon agression. Je me décollai d’elle soudainement et me calai contre l’embrasure de la porte quand un vertige me surprit. Fichue tension. Je fermai les yeux le temps que les tâches dansantes devant ma rétine s’estompent. Qu’est-ce qu’elle ferait si jamais ça m’arrivait vraiment ? Si je venais à crever ? Je ne savais plus où on allait tous les deux. Et encore moins ce que je voulais, pouvais, devais faire. Vouloir, pouvoir et devoir. Toute mon existence ne se résumait qu’à ça.

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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Lun 16 Sep - 17:52




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Camille a écrit:
« Je suis rentré. »
Mon cœur s'emballe à la lecture du message de Camille. Ça y est. Enfin, il est rentré. Il est chez lui, il va bien.
Je tourne machinalement les yeux vers le sac que j'ai préparé et laissé près de l'entrée. J'ai prévu de le rejoindre dès son retour et de m'occuper de lui pendant sa convalescence. Je ne vais plus le lâcher, pas après ces dix jours de tortures… Moi qui croyais avoir touché le fond pendant les deux semaines d'horreur suivant notre "rupture", j'avais été loin du compte…  Mon souffle s'accélère malgré moi au souvenir de cette nuit interminable du 15 août. Je savais que quelque chose n'allait pas. Je l'avais senti et même si j'avais essayé de me convaincre que c'était de la paranoïa, j'avais su, intimement, que quelque chose n'allait pas. Après ce qu'il s'était passé, jamais Camille ne m'aurait laissé me faire un sang d'encre pour rien. Il devait me tenir au courant, il devait revenir auprès de moi ce soir-là et c'est pourquoi j'avais paniqué quand je n'avais pas eu de nouvelles de sa part.

Mon Dieu, je réalise qu'il va écouter ses messages maintenant qu'il est rentré et qu'il a rechargé son portable. Peut-être même est-ce déjà fait… mes 5 ou 6 messages de supplications pour qu'il me rappelle… et dire qu'il était probablement déjà blessé à ce moment-là… je me sens tellement honteuse ! J'ai honte d'avoir douté de lui, de m'être demandé, même quelques instants, si tout ça n'était pas un prétexte pour disparaître et revenir sur ses engagements. Tout avait été tellement précipité depuis son retour sur mon pallier, je m'étais même demandé si cela avait été réel. Si je ne m'étais pas simplement empêtrée dans mes illusions face à la douleur de son absence. Mais non, Camille avait vraiment disparu. Je m'en veux d'avoir laissé ces messages,  Camille n'a pas besoin d'entendre ça, pas après tout ce qu'il a déjà traversé, pas après les larmes que je n'ai pas pu retenir quand il m'a téléphoné. Je sais que cela lui a fait du mal, qu'il s'en veut, et je me sens encore plus mal à cause de ça.

Heureusement que Kate m'avait rappelé. Après une nuit blanche et une longue journée à mourir d'angoisse, l'épouse d'Alan m'avait contacté. Elle n'avait pas plus d'infos que moi mais elle m'avait promis de me donner des nouvelles et elle l'avait fait. Deux jours plus tard, j'apprenais de sa bouche que Camille avait eu un accident mais qu'on s'occupait de lui et qu'il allait bien. Je n'avais rien pu apprendre de plus. Et si j'avais continué à m'inquiéter, au moins avais-je été partiellement rassurée.

Je n'ose imaginer ce qui lui est vraiment arrivé, mais cela a forcément un lien avec les loups puisque lorsqu'il m'a appelé, il était à Wolfheaven. Après huit jours d'absence, entendre sa voix a été autant un soulagement qu'une épreuve. Notre conversation a été brève, ponctuée d'excuses, d'explications partielles et de douleur. Notre douleur à tous les deux. Je ne sais pas dans quel état je vais le retrouver et ça me fait peur. Il a été inconscient pendant une semaine, drogué pour ne pas trop souffrir. J'ignore ce qu'il s'est vraiment passé mais je sais déjà que Camille ne m'aidera pas à en savoir plus. J'ai passé des heures à cogiter là-dessus. Des nuits entières, à vrai dire, car le sommeil me fuit depuis dix jours. Je passe des journées interminables à somnoler et à m'angoisser et dès que vient la nuit, le sommeil réparateur, bienfaiteur, me refuse la paix dont j'ai tellement besoin. Alors les pensées tourbillonnent, encore et encore, en tout sens. J'ai été obligée de me faire prescrire des somnifères, mais je n'aime pas l'effet qu'ils ont sur moi. Le réveil est terriblement difficile et rend encore pire le retour à la réalité… C'est pourtant la seule solution que j'ai trouvé pour ne pas m'écrouler d'épuisement. Mais pendant ces longues nuits à observer le plafond de ma chambre, j'ai eu le temps de penser à tout ça. Au secret de Camille, au fait qu'il y a forcément un rapport avec la meute, son travail, sa nature. Mais je n'arrive pas à comprendre. Je reviens toujours à ces scènes que mon imagination joue dans mon esprit, à celle de Camille se faisant attaquer par des loups, à Camille en sang, mourant, seul, sans personne à ses côtés. Pas étonnant que je n'arrive pas à dormir. On pourrait croire qu'à force de sangloter dans le noir, je finisse par m'assoupir, mais non… sans les médicaments, mon état ne fait qu'empirer au point que je ne suis plus qu'à deux doigts d'une crise d'angoisse comme j'en ai été témoin chez mon petit-ami. Heureusement, enfin, je crois, je finis toujours par réussir à retrouver mon souffle et mon sang-froid, du moins temporairement… pourtant je me demande s'il ne serait pas mieux de succomber, de ne plus respirer, de me laisser partir. Si mon cœur s'arrêtait, au moins, il ne pourrait plus me faire souffrir…   parce que le plus douloureux dans tout ça c'est imaginer que j'aurais pu ne plus jamais le revoir, ne plus jamais entendre sa voix, ne plus jamais toucher sa peau, ne plus jamais sentir son odeur…que serais-je devenu sans lui ? Comment aurais-je pu continuer à vivre sans lui ? Être séparé de lui était déjà incroyablement difficile et douloureux, mais l'imaginer mort… mon Dieu je ne crois pas que je pourrais survivre à ça…
C'est insensé comme il m'a manqué, incompréhensible à quel point il me manque d'ailleurs toujours. Seule la perspective de le retrouver m'a aidé à tenir. Et pourtant, je redoute cet instant autant que je l'attends.

Ces derniers jours, depuis son appel en fait, ont été moins pénibles car je me suis occupée de préparer son retour. J'ai ramené chez lui une partie des affaires qu'il avait laissé chez moi, notamment son pc portable. J'ai fait des courses pour remplir son frigo et ses placards, changé les draps, rangé et nettoyé son studio, j'ai même acheté un bouquet de tulipes –et un vase, les hommes n'ont jamais de vase- pour égayer un peu la pièce à vivre.
Il va avoir besoin de temps pour se remettre de tout ça et je veux que sa convalescence se passe au mieux. J'aurais préféré qu'il soit chez moi pour que je puisse le dorloter, mais je me contenterai de squatter chez lui, avec ou sans son accord. Du moins, c'est ce que je me répète depuis qu'il m'a appelé. Car j'ai peur de sa réaction, j'ai même peur de la mienne en réalité. Après tout ça, je redoute qu'il remette encore en question notre histoire et je ne suis pas certaine de pouvoir l'encaisser…

J'ai essayé d'évacuer mes craintes ces dernières 48h pour pouvoir me concentrer sur lui et ne pas penser à ce qui lui est arrivé. Mais je ne suis pas certaine d'y être parvenu. Je veux être brave et forte pour lui, parce qu'il en aura besoin, mais je sais bien que je ne suis ni brave ni forte. Je suis tout le contraire, je suis une petite Semi-démone peureuse, fragile et faible. Une erreur de la nature destinée à ne répandre que le mal autour d'elle. Est-ce que je peux avoir vraiment la moindre prétention au bonheur et à la paix ? Mon parcours aurait tendance à me faire répondre par la négative… et si c'est moi qui provoquait tout ça ? Et si c'était ma faute si Camille cumulait les ennuis ces derniers temps ? Je ne pouvais pas m'empêcher de le penser, de l'envisager et même d'y croire... un peu. Je suis, décidément, la pire petite-amie au monde… mais même en sachant ça, je ne peux pas le laisser, je ne peux pas m'éloigner, surtout pas maintenant. Il a besoin de moi, et j'ai besoin qu'il aille bien… je prie pour que tout se passe bien…

Je fais un détour par la salle de bain pour constater les dégâts. J'ai encore perdu du poids et la fatigue creuse mes traits. Moi qui me flattais de mon teint, ce n'est plus qu'un lointain souvenir : je suis pâle à faire peur et des cernes plombent mon regard. Mes cheveux sont attachés à la va vite et je traîne dans un vieux jean et un tee-shirt informe.

Je prends une douche rapide puis tente de me redonner figure humaine. Heureusement que j'ai gardé de mes années de mannequinat toutes sortes d'astuces maquillage. Quand j'ai terminé, j'ai presque l'air en pleine forme. Le blush me donne bonne mine et si je souris, c'est presque comme si tout allait bien et que le mois qui vient de s'écouler n'avait jamais existé. Si seulement… la seule chose positive de ces dernières semaines c'est l'officialisation de notre couple, à Camille et à moi, et encore… j'ignore si nous serons toujours un couple quand je l'aurai rejoint. Mon petit-ami… vraiment ? C'est à peine si ça a duré une semaine avant qu'il ne disparaisse… est-ce que tout ça n'était pas juste une chimère? Un joli rêve un peu trop ambitieux? Ne va-t-il pas encore tout remettre en question ?  Maintenant que j'y repense, son texto était particulièrement court, direct, froid même. A moins que je me fasse des illusions ? Me l'a-t-il envoyé par obligation ? Est-ce qu'il veut de ma présence ou au contraire préfère-t-il que je sois loin de lui ? Je ne sais pas, je ne sais plus.

Je secoue la tête devant mon miroir. Je ne vais pas laisser ces pensées parasites me tenir éloignée de lui une seconde de plus. Il FAUT que je le voie. Au moins pour constater qu'il est bel et bien en vie, pour me convaincre qu'il va bien. J'enfile un jean que je suis obligée de fermer par une ceinture tant je nage dedans, puis un tee-shirt et un pull noir. On a beau être en août, j'ai tout le temps froid. Je ne sais pas à quoi c'est dû, probablement la perte de poids et la fatigue conjugué. Je me force à me sourire dans le miroir. C'est déjà mieux. Je plonge mon regard dans celui de mon reflet et essaye de me convaincre : "Tout ira bien".

Oui je l'espère. Repoussant toujours plus loin, toujours plus fort, les doutes et les angoisses qui m'assaillent, j'attrape mon sac et quitte l'appartement. Dix minutes plus tard je suis devant l'immeuble de Camille. Ses clés dans une main, mon sac dans l'autre, je pénètre dans le hall avant de rejoindre impatiemment le deuxième étage.

J'ai à peine le temps de rentrer les clés dans la serrure, que la porte s'ouvre soudainement pour laisser place à Camille. "Camille…"   Ma voix me semble être celle d'une autre. Avant même que je puisse réellement entrapercevoir sa faiblesse, il se jette sur moi pour m'embrasser férocement. D'abord sous le choc, je ne réagis pas et me laisse faire. Camille, mon Camille. Il est en vie, il va bien.
Le sac glisse sur le sol et je ferme les yeux pour me consacrer toute entière à ce baiser. Ma bouche cherche avidement la sienne tandis que son bras entoure ma taille pour me serrer tout contre lui. C'était si brutal, si passionné, que j'en ai la tête qui tourne.

Et aussi soudainement que cela à commencé, notre baiser s'interrompe. Camille s'adosse contre le chambranle de la porte et ferme les yeux. Il est pâle. Mais à quoi je pensais ? Il est blessé ! Il faut qu'il se ménage ! Je pose délicatement ma main sur son bras, attendant patiemment qu'il rouvre les yeux. Le souffle court, je l'observe quelques secondes et prend tout à coup conscience qu'il a failli mourir… il est physiquement diminué, c'est évident, mais il y a autre chose… sa lassitude se lit presque sur ses traits. Bon sang, mais qu'est-ce qu'il s'est passé là-bas ? Que lui est-il arrivé pour qu'il soit aussi abattu ? Je sens la panique revenir et m'efforce de la refréner. Il faut que je sois forte, il faut que je sois calme, posée, détendue. Il a besoin de ça… de moi, de la Becky sûre d'elle qui prend les choses en main, pas de la Becky inutile et paniquée.

"Viens…"

Je le prends doucement par le bras. Je pousse le sac à l'intérieur du bout du pied et referme la porte derrière nous de la même façon avant de l'accompagner jusqu'au lit puis je m'éloigne une seconde pour aller lui chercher un verre d'eau.

"Tiens, bois un peu, ça te fera du bien."

Je m'agenouille sur le lit juste à côté de lui et repousse une mèche de son visage. Mes doigts se perdent dans ses cheveux avant de descendre caresser sa joue. Il m'a tellement manqué que j'en ai encore mal, comme si le trou béant dans ma poitrine n'allait plus jamais se refermer.

"Montre-moi…" exigé-je en remontant délicatement son tee-shirt pour voir les bandages. Je retins de justesse une grimace. A priori, c'est son épaule droite, même si les bandages entourent également une partie de son torse. Il est pâle et tellement maigre... l'ombre de lui-même, je me demande même comment il arrive encore à tenir debout. J'ai le cœur brisé de le voir dans cet état mais je ne lui montrerai pas, je serai forte."Tu as mal ? Tu as pris tes cachets ?"

Je lui reprends le verre des mains pour le poser sur la table de chevet.
Mes bras viennent entourer son cou et je pose doucement mon front contre le sien.

"Je suis là, maintenant, je vais prendre soin de toi..."

J'ai envie de lui dire qu'il m'a manqué, que je l'aime, que je ne veux plus jamais être loin de lui, mais je garde tout ça pour moi. Ce n'est pas le moment. J'aimerais être légère, dire quelque chose de drôle, mais je n'y arrive pas non plus. Je n'ai pas le cœur à rire. Mais au moins, je peux essayer de sourire. Oui, il est là, il est en vie, il est avec moi. Malgré tout, j'ai une raison de sourire. Alors, c'est ce que je fais en posant très légèrement ma bouche sur la sienne avant de souffler contre ses lèvres :

"Bienvenue à la maison…"
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Lun 16 Sep - 19:54




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Le poids de ses yeux sur moi était aussi inconvenant que rassurant. Sa main trouva mon bras alors que j’essayai simplement de retrouver mon équilibre. Chaque contact de sa part me projetait dans cette réalité – celle où je n’étais pas le métamorphe, le leader. Et j’en avais besoin. J’en avais cruellement besoin. Je n’aurais pas dû désirer ça aussi fort mais la vérité, c’était que je n’étais pas assez fort physiquement et psychologiquement pour tout gérer là. La présence de Rebecca me ramenait des entrailles de la terre, elle me tirait vers le haut. Elle me déterrait complétement du sol pour me pousser vers la chaleur, la lumière. Ça ne me surprenait pas qu’elle ait un tel effet sur moi.  Je n’avais jamais eu peur de cette conséquence. Par contre, je craignais de l’enfoncer avec moi, de l’enterrer vivante. J’avais tellement peur de devenir son bourreau vu que de toute évidence, je n’étais pas un sauveur. Les événements l’avaient bien prouvé d’ailleurs. J’ouvrai les yeux pour la contempler. Ce que je vis acheva mon restant d’optimisme. J’allai vraiment la tuer, la destruction était en cours. Ses cernes, ses joues, son teint, tout ça, ça n’était pas elle. Un fantôme, une femme qui aurait traversé une tempête. Pas ma Becky radieuse, souriante, forte. Je ne pouvais même pas me dire que ça ne se reproduirait plus. Ça pouvait se reproduire, sous peu d’ailleurs vu que nous n’avions rien résolu. Elle ne méritait pas de souffrir comme ça. Elle méritait de la normalité, un mec qui n’aurait que son job et tout son temps libre à prendre soin d’elle, à la rassurer, à l’épanouir. Elle était tout sauf épanouie avec moi – il suffisait d’admirer les ravages. Parce que je n’étais pas humain, parce que j’étais à la tête d’une communauté, parce que j’étais trop faible et parce que je n’étais pas fait pour m’occuper d’une femme. Parce que j’en étais peut-être finalement incapable. Je déglutis douloureusement et la laissai me guider jusqu’au lit où je m’assis sans vraiment réfléchir complétement perdu dans toutes ses conclusions qui ne m’aidaient pas à endurer la situation générale et mon état actuel.

J’eus un verre d’eau dans les mains sans trop comprendre comment il était arrivé là. Je n’avais pas forcément soif mais je l’avalai pour lui faire plaisir. Ses doigts trouvèrent mon visage, je fermai sommairement les yeux quand ils glissèrent sur ma peau. Je voulais qu’elle soit partout, qu’elle me retire du crâne tout ce qui tombait sous le sens pour le moment. Je voulais qu’elle me fasse oublier qui j’étais, ce que je devais faire, être. Je voulais être simplement à elle. Rien d’autre. Je ne voulais exister que par ça. Mais je n’en avais pas l’autorisation. Et puis quand bien même, ça ne me réussirait pas et ça ne lui réussirait pas non plus. Qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter de sortir avec elle ? Je savais que cette décision était motivée par de réelles nécessités mais j’aurai dû pouvoir prendre sur moi. Elle aurait été plus heureuse à l’heure actuelle que là, à s’inquiéter pour le connard que j’étais. J’avais quoi à lui offrir, une espèce d’abruti avec un passé trop lourd à supporter, une somme de responsabilités aberrantes, un danger permanent sur la tête et tellement de conflits internes, tellement d’indécision, de lâcheté. Sa voix me sortit de ma torture et je la laissai à nouveau faire ce qui lui chantait alors qu’elle soulevait mon tee-shirt. Je me mordis les lèvres le temps de bouger légèrement pour lui offrir une bonne vision des dégâts. Chaque mouvement signifiait un tiraillement – surtout à l’épaule. Je n’aimais pas que toute mon incompétence et mon inefficacité soient étalés sous ses prunelles mais je ne dis pas un mot quant à cette démarche. Elle avait le droit de voir – sûrement aussi de savoir mais je n’étais pas prêt à ça. Elle, non plus d’ailleurs, ne l’était pas. Je ne pouvais pas choisir de l’intégrer à mon Univers surnaturel comme ça sur un coup de tête. Pas tant que je n’aurais pas remis de l’ordre dans mes pensées. Je n’eus pas le temps de répondre à l’interrogation qu’elle fait poindre qu’elle se retrouvait déjà contre moi. Sa bouche trouva la mienne une nouvelle fois. Sa dernière réplique m’arracha une grimace. Qu’est-ce que ça avait été long là-bas, au milieu des loups.

Après mon quasi coma et mon mutisme, je me décidai à émerger et pris ses mains dans les miennes en me détachant légèrement. « Rebecca… » Je plantai mon regard dans le sien, je m’enroulai dans ses teintes amandes. J’avais envie de lui promettre tellement de chose, de la rassurer véritablement sur la suite, sur moi, sur nous. Parce que je le sentais qu’elle avait besoin de ça, ça se voyait jusque dans les lueurs qui noyaient ses yeux. Mais je ne pouvais rien faire de tout ça. Je ne pouvais pas mentir et ne pas lui dire la vérité. C’était horrible et tellement injuste pour elle. Je ne pouvais pas lui confier mes doutes alors que je ne les supportais déjà pas moi-même. Elle ne survivrait pas à mes démons. Je restai en suspens, cherchant quoi articuler. Après l’angoisse, la presque-mort, la trahison, l’absence de nouvelles, il n’y avait plus grand-chose à dire. A part peut-être qu’elle m’avait manqué, que je ne pouvais pas imaginer mourir aussi stupidement sans avoir pu la revoir, la toucher, lui parler. Il y avait une sorte d’urgence qui m’oppressait, il fallait que je profite de sa présence, de sa chaleur tant que ça m’était possible. Mais il y avait l’inverse, il fallait peut-être prendre de la distance. Elle ne savait pas dans quoi elle avait mis les pieds en devenant aussi importante pour moi. Pour l’instant, la première constatation remporta la manche alors j’effleurai ses lèvres. « Viens. » Je la rapprochai à nouveau de moi. Ma main gauche trouva sa gorge, ma bouche retrouva la sienne. Je ne voulais pas parler. Je voulais juste la sentir, me sentir en vie, me sentir  avec elle ici. Je l’embrassai doucement durant je ne sais pas combien de temps avant de me détacher finalement. « Je suis désolé. Je suis tellement désolé que tu aies dû subir ça. » Je calais ma paume gauche sur sa joue – refusant de bouger mon bras droit, craignant la douleur fulgurante. « Il y a… J’aimerais… » Je pris le temps de respirer profondément. Je ne pouvais pas lui déclarer des choses difficiles, je ne voulais pas qu’elle comprenne que j’avais vraiment failli crever.

J’étais toujours tétanisé face à l’ampleur de ce que j’avais vécu et de ce que nous vivions l’un avec l’autre. Je ne pouvais pas remettre tout en question pour le moment verbalement mais au moins pouvais-je essayer de lui communiquer ce qui m’effrayait là. « Becky… Je… Je... Ne voulais pas que tu… » Bordel Fontayn, secoue-toi ! « J’en ai marre ...de... te faire souffrir. Tu n’avais pas besoin de ça. » Je vins déposer mes lèvres très calmement sur sa nuque en veillant à me pencher d’une façon à ne pas réveiller mes blessures. Je restai avec la tête collée à son épaule, humant son odeur à outrance. Ma voix sortit toujours assez grave, basse. « Tout ce qu’il se passe entre nous. Ça échappe à mon contrôle… Je continue de penser que je ne suis pas… bon pour toi. » Qu’est-ce que je lui racontais ? Si j’en avais la moindre idée. J’étais tellement shooté aux antidouleurs et à ma peine, ma culpabilité que plus je cherchais à réfléchir, pire c’était. « Personne ne m’a jamais attendu, je n’ai jamais eu à me soucier de... Et l’idée que toi tu aies été là à m’attendre alors que… » Que j’allais peut-être mourir. « … Rebecca… J’ai tellement peur de … » Je me forçai à calmer mon rythme cardiaque complétement incohérent avant de me relever toujours très prudemment et de la jauger. « De … ne pas être à la hauteur… De finir par vraiment te …. Détruire… De… te … Perdre. » Je détournai les yeux et me passai une main sur le visage. « Je n’ai pas les idées claires… » Je justifiai mes aveux par ça – ce qui était pourtant très vrai. J’avais encore l’arôme de Wolfheaven collée à moi et surtout ses vêtements difformes qu’on m’avait prêté pour rentrer. Je ne voulais plus qu’on me rappelle ça. Ça me fichait la nausée. Je me levai calmement – la fuyant quelque part aussi vite lui avais-je avoué une partie de ce qui me trottait dans la tête et allai jusqu’à la commode d’une démarche peu assurée pour en tirer une chemise. Je la fixai avec défi. Comment me changer alors que j’étais partiellement handicapé d’un bras relié à une épaule déchiquetée ?
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mar 17 Sep - 0:08




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Camille garde le silence. Il ne me parle pas, ne me répond pas, mais je sais que son esprit s'emballe sous son crâne. Ce que je redoutais est en train d'arriver. Il doute. Aujourd'hui plus que jamais. Ses angoisses sont légitimes, je pense ; après tout, notre relation n'est pas des plus simples, elle est même franchement chaotique. Mais comment le rassurer, l'apaiser, alors que moi-même j'ai du mal à assumer tout ça ? Je suis devenue tellement dépendante de lui… je sais qu'il en a conscience et que ça lui fait peur. Moi aussi ça me fait peur.

Ses mains attrapent les miennes et son regard m'enveloppe. Ses iris bleutés me font chavirer le cœur. Il a de si beaux yeux quand il est heureux, quand il sourit. Mais en ce moment, ils sont voilés par l'incertitude, le chaos, la douleur. Mon prénom sonne comme une supplique dans sa bouche et je le supplie mentalement de ne pas me repousser, de ne pas me demander de m'en aller. Je ne peux pas le perdre. Je ne peux pas, je n'ai jamais pu. Tout aurait été différent si je l'avais réalisé avant, si j'avais trouvé le moyen de lui faire comprendre… il me regarde et tout ce à quoi je peux penser c'est à l'amour que j'ai pour lui. Il ne le réalise pas, mais il est bien plus fort que tout ce que nous avons vécu jusque là. Il peut dépasser ça, si moi j'en suis incapable, mon amour, lui, peut y arriver.
Je sens qu'il veut me dire quelque chose, il hésite, doute –encore et toujours- et abandonne finalement pour m'embrasser. Sa main trouve ma gorge, ses lèvres glissent sur les miennes et m'insufflent un peu de l'energie qui me fait défaut. Je respire à travers la douceur de ses baisers. Je perds le compte mais ça m'est égale, tout mon être se détend un peu plus à chaque pression de sa bouche contre ma bouche, à chaque caresse de sa langue sur ma langue. Sa chaleur réussi à éloigner le froid intense qui me glace les os depuis des jours.
Quand il se détache, c'est comme s'il m'abandonnait une nouvelle fois. Je voudrais me fondre en lui, me perdre dans ses baisers et ses caresses, oublier tout, tout ce qui n'est pas lui, tout ce qui me fait du mal. Je ne veux que lui, seulement lui, toujours lui… pourquoi le monde s'acharne-t-il à nous rattraper ? A nous faire souffrir tous les deux ? Il s'en veut et cela me touche terriblement. J'ai de la peine pour lui et pour nous. Il n'est pas responsable, je ne veux pas qu'il se torture avec ça !

"Ce n'est pas ta faute, Camille…"

Sa main enserre ma joue et je m'y laisse aller quelques instants en fermant les yeux.    
Je les rouvre lorsqu'il prononce mon prénom et essaye de mettre des mots sur ce qu'il ressent. Je sais que c'est un véritable effort de sa part, surtout dans l'état dans lequel il est. Je me mords la lèvre quand il dit être las de me faire du mal et je secoue la tête, agrippant son bras. Je ne veux pas qu'il croit une chose pareille ! Ce n'est pas vrai !

"Ne dis pas ça… tu te trompes, ce n'est pas toi qui me fait souffrir… c'est ton absence, le manque de toi dans ma vie…"

Ses lèvres viennent se poser sur ma nuque, me faisant frissonner et je glisse ma main dans ses cheveux pour les caresser tendrement. Sa voix m'inquiète, je sais qu'il n'est pas dans son état normal. Je le sens tellement fragile… j'ai envie de le serrer dans mes bras et de le bercer comme un enfant, de le rassurer et de lui jurer que tout ira bien… mais même ça je ne peux pas le faire… les mots qu'il me dit me font du mal… ils me blessent, même si je sais que ce n'est pas son intention. Ce qu'il dit, je sais qu'il doit se le répéter à longueur de temps et ça me rend malade. C'est moi qui ne suis pas bonne pour lui…

"Camille…"

J'essaye de protester, mais il continue sur sa lancée. Je sens mes yeux s'embuer alors qu'il me dit que personne ne l'a jamais attendu…

"Camille, je t'en prie… arrête… tu n'y es pour rien, tu…"

Sa peur me percute de plein fouet. Ses aveux me tétanisent et je secoue la tête pour essayer de le rassurer alors qu'il s'éloigne de moi :

"Tu ne vas pas me…"

Je ne peux pas finir ma phrase qu'il se détourne et se passe une main sur le visage. Il s'éloigne de moi, de cette conversation difficile et je ne peux pas lui en vouloir. Je suis perturbée moi aussi. Pourtant, je le rejoins alors qu'il fixe sa chemise. Je pose doucement ma main sur la sienne et murmure:

" Laisse-moi t'aider…"

Je prends la chemise et la jette sur le lit puis j'attrape le bas de son tee-shirt avant de me rendre compte que je risque de lui faire mal. Je grimace.

"Attends… ne bouge pas…"

Je me dirige vers la cuisine pour revenir avec une paire de ciseaux. J'espère qu'il ne tient pas trop au tee-shirt qu'il porte car je me mets à le découper précautionneusement depuis le bas. Je retire délicatement le tissu et effleure du bout des doigts le bandage de Camille. Je lève les yeux vers lui et posa ma main sur sa joue. Je ne veux pas arrêter de le toucher. J'ai peur qu'il finisse par disparaître. Je récupère la chemise et l'aide à l'enfiler avec une douceur exacerbée mais malgré mes efforts je le vois grimacer. "Pardon…" Murmuré-je en attachant un à un les boutons. Une fois terminé, j'attrape un pan de la chemise et lève les yeux vers lui, plongeant mon regard dans le sien:

"Tu ne vas pas me perdre… "

Je me mets sur la pointe des pieds pour l'embrasser tendrement et répète, contre ses lèvres, avec toute la conviction dont je suis capable:

" Tu ne vas pas me perdre, Camille… je suis là, je reste là, avec toi…  je ne veux pas que tu penses comme ça… tu es bien plus qu'à la hauteur, je t'assure…  tu ne te rends pas compte…"

Je pose à nouveau mon front contre le sien et ajoute dans un murmure :

"Il faut que tu arrêtes de penser ça. Je sais que tout ça nous dépasse.. et moi aussi j'ai peur… mais, tu as une raison de rentrer maintenant. Parce que je t'attendrai, je t'attendrai toujours, quoi qu'il arrive…"

Je le pense. Son secret n'a pas d'importance. Il finira par m'en parler quand il sera prêt. Et même si je sais que tout est lié, et que ne pas comprendre me frustre, je peux vivre avec. Cela n'a pas d'importance. Ma voix est incroyablement calme et douce malgré le tumulte de mes pensées alors je continue:

"Je sais que tu ne peux pas me garantir que ça ne se reproduira plus… et je ne te le demanderai pas... tout ce que je veux, c'est savoir que tu feras tout ton possible pour me revenir…"

Oui, tout ce que je veux qu'il essaye. Même s'il n'y parvient pas…

Je glisse prudemment mes bras autour de sa taille et pose ma joue contre son torse en essayant de ménager son épaule blessée. Je ferme les yeux et me laisse bercer par les battements de son cœur. Il bat, avec force malgré son état de faiblesse évident et je souris malgré moi. Pour moi, en cet instant, c'est la plus belle mélodie du monde.

"Ne te torture pas avec tout ça, s'il te plaît… il faut que tu prennes soin de toi, que tu te reposes… je vais être là pour te surveiller… je serai ta petite infirmière personnelle…"

Je lui souris et relève la tête avant de l'attirer vers le lit:

"Viens te coucher… "

Je ne sais pas comment m'installer pour ne pas lui faire mal alors je me contente de mêler mes doigts aux siens et de me coucher sur le côté à une distance raisonnable pour l'observer. Je dépose un baiser sur sa tempe puis sur ses lèvres :

"Dors, mon chéri… je reste là… je veille sur toi…"
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mar 17 Sep - 1:22




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Je fixai toujours le textile avec perplexité quand elle me rejoignit alors, défaisant les marées que j’avais voulu franchir en m’éloignant – honteux de mes confessions. Elle parvenait toujours à surmonter tous les obstacles que je dressai sur son chemin. Non, pas tous intervint ma conscience. Oui, la dernière fois qu’elle s’était trouvée ici, elle m’avait quitté. Elle avait pris la porte parce que j’avais été incapable de lui dire ce qui n’allait pas. Parce que j’étais incapable de la retenir pour d’autres raisons que les miennes – les raisons égoïstes. Et je l’avais été finalement en venant tambouriner à sa porte en pleine nuit quelques jours plus tard. Et si ce que je lui cachais sur mes blessures avait raison de nous ? Et si elle me mettait à nouveau pied au mur ? Qu’est-ce que j’allais faire ? Mes épaules s’affaissèrent un peu plus sous le poids de cette anticipation, ou plutôt de cette angoisse. Rebecca était toujours là et elle me le rappela en revenant vers moi une paire de ciseaux à la main. Je ne compris pas de suite où elle en voulait en venir, j’étais complètement désorienté depuis mon réveil. Quand elle se mit à briser les barrières vestimentaires, j’éprouvai une certaine satisfaction à voir réduit à néant par ses soins le lien qui m’unissait encore aux événements de Wolfheaven – en dehors de mes plaies bien entendu. Symboliquement, elle me libérait de ça, pour le moment. Je doutais que ça soit aussi facile à mettre de côté mais il fallait que je réorganise mes pensées si je voulais être efficace pour la suite. J’avais besoin de recul. La jolie brune effleura du bout du doigt un de mes bandages tandis que je l’observai en retenant mon souffle. Elle prit ma chemise m’aida à l’enfiler. Je dû faire preuve de beaucoup de concentration pour étouffer tous les gémissements que ce simple fait engendré. Je parvins à contenir la douleur dans des grimaces que je n’aurai pas pu masquer de toute façon. Elle s’excusa, je niai en bloc de la tête son pardon injustifié.

Elle me rapprocha une fois la mission réussie et me déclara solennellement que je n’allais pas la perde. Des mots. Encore des mots. Elle m’avait bien dit qu’elle pouvait gérer notre relation pour deux et pourtant, elle m’avait abandonné. Non, je ne pouvais pas dire ça. Tout ça aussi, c’était ma faute. Ses lèvres trouvèrent les miennes à nouveau et elle plaça quelques remarques qui ne me réchauffèrent que sommairement. J’avais envie d’y croire mais je n’y parvenais pas. Parce qu’on venait encore de me poignarder dans le dos et que je ne savais plus ce que la confiance signifiait. Parce qu’en la croyant, je risquais encore plus de tomber de haut le jour où je la perdrais. Parce que ça arriverait. Ça arriverait. Elle m’offrait toujours plus d’attaches, toujours plus de raisons de m’agripper à elle, à nous.  Oui, ça me faisait toujours peur que quelqu’un m’attende mais comme elle le disait, ça me donnait une raison de rentrer. Ce genre de chaleur, je ne savais plus ce que c’était  depuis des années. Mais c’était réconfortant. De ne plus se sentir seul. D’être avec elle. Je ne savais plus si je disais ça parce que j’avais manqué de perdre la vie ou juste parce que l’animal se manifestait un peu plus pour contrebalancer mon état dépressif. Elle conclut son discours sur une note pas tout à fait noir, pas tout à fait blanche. Une note réaliste, envisageable qui me plaisait. Ma main gauche entoura son bras. « Bien sûr…» Je ferai tout pour lui revenir. Oui. Elle glissa entre mes bras, je me crispai un peu malgré moi. Des élancements passèrent légèrement, je les supportai. J’aimais l’avoir contre moi. Enlacer son retour, nos retrouvailles.

Elle me mena jusqu’au lit après m’avoir assuré être mon infirmière. Je me couchai sous ses bons conseils et l’observai prendre place près de moi. Ses lèvres prenaient pour territoire ma tempe et puis ma bouche. Elle m’ordonna presque de dormir. Sauf que ça n’était pas ce que je voulais. Je vins reprendre ses lèvres et l’embrassai longuement, calé sur mon flanc gauche, le bras droit bloqué contre mon corps. Je ne la touchai qu’avec ma bouche, sa main dans la mienne. Au bout d’un certain temps, je me détachai et la détaillai.  Toujours avec ma voix trop grave, j’articulai. «  Rebecca, si tu savais comme j’aimerais t’apporter toutes les certitudes du Monde. Comme j’aimerais être … Celui qui te répare et pas l’inverse… Je me sens… »  Morphée grignotait doucement du terrain, je le sentais mais il fallait que je lui dise ça. Il le fallait. « … Minable… Tu es tellement… »  Mes paupières se firent lourdes. Mon corps en avait assez fait pour aujourd’hui. « … Parfaite. »  Mes doigts serraient les siens.   « Ma Becky…. »  A moitié, assoupi, je lui murmurai. « … Ne me laisse jamais… J’ai besoin de… toi… » Je sombrai peu après ses mots en ne réalisant pas les avoir esquissé même en songe.

Un bon quart d’heure après m’être assoupi, une mélodie m’extirpa de mon sommeil radicalement. Mon portable. Les miens ? Mary ? Je me relevai brusquement, trop brusquement. Une douleur me déchira l’épaule droite accompagnée par un haut le cœur fulgurant, je fis mourir un cri en serrant la mâchoire et poussai un juron. Je n’atteignais pas le portable et le laissai sonner autant que ça lui chantait. La souffrance avait éclipsé tout durant quelques instants. Saleté de tigre. Saleté de soirée. Saleté de corps. Saleté de situation. Je me ré-allongeai sur le dos et cherchai Becky des yeux en veillant à me calmer. J’étais en colère contre tout ça, tellement en colère. Quand je la trouvai néanmoins, je me détendis nettement. « Tu peux couper mon téléphone, s’il te plaît ? »  Je n’avais pas la force d’y répondre. Il fallait qu’on me laisse un peu de temps. Juste un peu de temps. Je la regardai un peu mieux alors qu’elle se mouvait, elle me semblait si frêle qu’elle aurait pu disparaître devant moi sans que je ne m’en aperçoive. Ca réveillait en moi d’autres sentiments similaires à la rage. Je me relevai finalement pour la rejoindre d’une démarche vacillante jusqu’à la cuisine où mon portable trôné.  Je posai ma paume sur la sienne. J’avais l’esprit embrouillé, j’étais complétement apathique et dérouté. « Et si ça se reproduisait ? » Je plantai mes prunelles dans les siennes avec dureté. « Rebecca, tu ne peux pas te … Tu ne peux pas te laisser aller comme ça… » C’était pour ça que je n’aurai jamais dû… Ma paume quitta la sienne pour migrer sur sa taille bien trop creusée. Il y avait une foule de choses que j’aurais voulu aborder mais que je ne pouvais pas. Sur moi, mon secret et… « Tu… Pourquoi ? »  Pourquoi moi ? Pourquoi restait-elle alors que je lui avais indirectement infligé ça. « Tu aurais pu avoir plein d’autres mecs qui n’auraient pas fait de ta vie un vrai sac de nœuds. Regarde… » Je me remontai mes doigts de sa taille à ses côtes. « Ce que mon absence provoque chez toi… Et si… Je ne pouvais pas la guérir quand je revenais ? Jusqu’où est-ce que tu… » vas tomber ? Je m’arrêtai là dans ma soudaine démence. Je partais complétement en vrille parce que j’avais perdu confiance en tout. Tout ce pourquoi je m’étais battu alors je faisais de mauvais parallèles. Je n’arrivai plus à espérer, à rêver ou envisager parce que… Au final, tout finissait par s’effondrer. Pourquoi essayer encore de construire alors que rien ne tiendrait ? Rien n’était éternel ou acquis. Oui. Rien pas même cette cause, pas même… Elle. Mais finalement, je reprenais là où je m’étais arrêté à temps plus tôt. Qu’est-ce que je foutais ? Je n’avais plus rien de cohérent. « Becky… Oublie… ça. Je ne sais plus où… où j’en suis… » Je ne trouvais plus de raisons de me battre pour l’instant. J’avais envie de me faire un petit trou et de m’y blottir avec elle.  Et que le monde extérieur me foute la paix.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mar 17 Sep - 11:37




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Allongée en face de lui, je m'attends à ce qu'il ferme les yeux mais au lieu de cela sa bouche revient s'emparer de la mienne et je me laisse faire avec délice. Comme il m'a manqué… ses baisers ont un goût de désespoir et je m'en veux de lui faire subir tout ça. Surtout quand il se détache pour me regarder et mettre des mots sur son mal-être. Il croit qu'il me brise… Pourtant je sais bien qu'il dit vrai, qu'il aimerait me garantir la sécurité et la paix. Je sais qu'il le ferait s'il le pouvait, mais ce n'est en aucun cas sa faute ! Comment peut-il croire une chose pareille ? Non, il n'est pas minable, non je n'ai rien de parfaite… je ne lui ai jamais donné la moindre raison de penser ça, pas vrai ?

"Camille…"

Ses doigts serrent les miens et ses yeux se ferment peu à peu. Je garde pour moi ma réponse à ces pensées insensées. Il a besoin de repos, nous parlerons plus tard.
Pourtant ses derniers mots, sa supplication me font monter les larmes aux yeux et j'acquiesce bien qu'il soit déjà assoupi. Ma main glisse doucement dans ses cheveux tandis que je l'observe dormir, mon cœur gonflé de tendresse. Oubliée la douleur, l'absence, seul son retour compte. Il me suffit de le regarder pour effacer ces dernières semaines d'angoisses et de souffrance.
Je ne le laisserai plus jamais, je le jure. Je m'en fais la promesse. J'ai été faible, mais je ne le serai plus. Il a besoin de moi, alors je dois être forte pour lui, pour nous. Cette responsabilité devrait me faire peur, mais ce n'est pas le cas. C'est une raison de me battre, la seule qui ait du sens. Il n'y a que pour lui que je peux réussir à me dépasser. Je crois en nous, malgré toutes les difficultés passées et à venir. Je ne le laisserai plus.

"Je te le promet…" murmuré-je même si je sais qu'il ne peut pas m'entendre.

Je reste allongée sur le flanc à détailler ses traits tirés et amaigris. Je vais le reconstruire, nous allons nous reconstruire l'un l'autre, main dans la main. Nous sommes plus fort ensemble, je veux qu'il s'en rende compte, je veux qu'il arrête de se torturer. J'ai l'impression de lui faire autant de mal que de bien et ça me terrorise. Je ne veux pas être la source de ses malheurs, de ses interrogations. Je ne mérite pas tant d'inquiétudes de sa part. Et lui ne mérite pas de s'infliger ça.

Le regarder dormir m'apaise. J'aimerais accélérer le temps, que cet épisode soit déjà loin derrière nous, que les bandages sur sa poitrine aient disparues, que ses joues se soient remplies, que son sourire ait retrouvé son chemin jusqu'à ses lèvres… J'ai tellement hâte de le revoir sourire. Je veux qu'il soit heureux et je ferai tout pour y parvenir. Au moins a-t-il l'air plus serein dans son sommeil.
La sonnerie d'un portable me sort de mes pensées au moment même où Camille se redresse brusquement. Je peux voir la douleur déformer ses traits tandis qu'il jure et serre les dents. Je me redresse à mon tour et pose ma main libre sur celle que j'enlace déjà. Il retombe lourdement sur le dos et ses yeux rencontrent les miens. Je me mords la lèvre et acquiesce lorsqu'il me demande d'aller couper son téléphone. Je les abandonne lui et sa chaleur et me dirige vers le plan de travail de la cuisine pour couper son téléphone. Je ne l'entends pas se rapprocher et sursaute presque quand il pose sa main sur la mienne. Je me raidis à sa question.

Camille a écrit:
« Et si ça se reproduisait ? »
Son regard défit le mien. Je ne m'attendais pas à ça, je ne sais pas quoi répondre. Et si ça se reproduisait ? Ce serait différent, je serais prête cette fois.

Camille a écrit:
« Rebecca, tu ne peux pas te … Tu ne peux pas te laisser aller comme ça… »
Je me mords la lèvre machinalement. Je dois vraiment avoir l'air affreuse pour qu'il dise cela… je sais que je suis mal en point, mais ce n'est rien ! Des filles tueraient pour perdre du poids aussi facilement ! Bon, d'accord, ça n'a rien de drôle…  mais je reprendrai vite des forces maintenant qu'il est là, c'est tout ce qui compte ! Bon sang, il faut que je dise quelque chose, je ne peux pas le laisser continuer à se torturer comme ça ! Dis quelque chose, Rebecca, n'importe quoi ! Sa main glisse jusqu'à ma taille. Je me sens frêle dans cette position, alors qu'il me force à affronter les conséquences de son absence. Je ne sais pas quoi dire pour le rassurer. Il faut qu'il me laisse quelques instants pour remettre mes idées en place.

"Tout est différent, maintenant." Dis-je d'une voix apaisante. "Si ça devait se reproduire, je serais prête. Personne ne savait pour toi et moi, personne n'a pu me prévenir… ça va changer."

Camille a écrit:
« Tu… Pourquoi ? Tu aurais pu avoir plein d’autres mecs qui n’auraient pas fait de ta vie un vrai sac de nœuds. Regarde… Ce que mon absence provoque chez toi… Et si… Je ne pouvais pas le guérir quand je revenais ? Jusqu’où est-ce que tu…  »
Tout ça le perturbe tellement… je n'avais pas réalisé. Il continue à penser que je serais mieux avec quelqu'un d'autre et ça me brise le cœur. Ce qu'il ne comprend pas c'est que ma vie était déjà un véritable sac de nœud avant tout ça… il n'a fait que la rendre plus supportable, agréable même. Pour la première fois depuis des années, je suis heureuse d'être en vie, heureuse d'exister, heureuse que les erreurs que j'ai commises m'aient conduite jusqu'à lui, jusqu'à nous… mais comment lui dire tout ça ? Est-il en état de le comprendre ? De le croire ?

Soudain, il me dit d'oublier tout ça, qu'il ne sait plus où il en est. Oui, je peux le voir, mais je ne peux pas oublier. Je ne peux pas le laisser avec tant de doutes et de craintes, tant d'incertitudes…
Ma main trouve sa nuque que je caresse doucement et je plonge à mon tour mon regard dans le sien alors que je rassemble mes pensées pour mettre des mots sur ce que je ressens:

"Tout ça… ce n'est rien. ce n'est pas grave, Camille, ce n'est pas ta faute."

Il avait disparu… je l'ai imaginé mort pendant 4 jours avant que Kate ne me garantisse qu'il était en vie. Et après ça… tout ce que je savais c'était qu'il était blessé, inconscient je ne sais où et que je ne pouvais pas le voir… bien sûr que ça m'avait marqué, bien sûr que me nourrir était devenu accessoire. Je ne m'étais pas volontairement laissé dépérir et je veux qu'il le comprenne. Et puis, il suffira de quelques semaines pour que tout rentre dans l'ordre...

"J'ai eu peur de ne plus jamais te revoir… Alors oui,  peut-être que j'ai l'air brisée, mais je ne le suis pas. Ton retour guérira toujours mes blessures. Je vais bien, je vais mieux depuis que j'ai entendu ta voix, infiniment mieux depuis que je suis là avec toi. Ça n'aurait pas l'air aussi spectaculaire s'il n'y avait pas déjà eu les deux semaines de notre séparation. Toi aussi tu étais affaibli à cause de moi… "

A cause de mon départ, plus précisément. C'est indirectement ma faute s'il a été blessé. Parce que je ne suis pas dupe. Je sais que ce qui lui est arrivé n'était pas un accident, je devine qu'il a été attaqué, probablement par un loup. Si nous n'avions pas été des loques après ces quinze jours loin de l'autre il aurait été plus en forme, il aurait probablement été plus fort, il aurait mieux résisté…  
J'essaye de rester cohérente mais toutes les choses qu'il m'a dites tournent dans ma tête, je veux répondre à chacune de ses inquiétudes, à chacun de ses doutes et surtout, à cette question qui me fait mal. Pourquoi lui…? C'est tellement évident, pourtant !

Je me rapproche plus près, ma main remonte jusqu'à sa joue et je ne lâche pas ses yeux du regard:

"Tu veux savoir pourquoi je reste ? Pourquoi c'est avec toi que j'ai choisi d'être ?"

Mon cœur s'emballe à l'idée de l'aveu je m'apprête à faire, à ce sentiment que j'ai ignoré si longtemps, à ces mots que j'ai enfoui au fond de moi. Je mets toute la douceur dont je suis capable dans la déclaration qui suit et j'espère, je prie, pour que ce soit suffisant :

"Parce que je t'aime…"

Mes yeux s'embuent malgré moi et je m'empresse de les fermer pour poser mes lèvres sur celles de Camille, avant de chuchoter contre elles:
 
"Si tu savais comme je regrette d'avoir franchi cette porte, de t'avoir abandonné… mais je ne pouvais plus ignorer mes sentiments… je ne pouvais pas continuer comme ça… je ne pouvais plus me battre contre ça… ça faisait trop mal…"

Mes mains viennent entourer son visage et je me force à le regarder dans les yeux et à répéter:

"Je t'aime. Et ça m'a fait peur, mais ce n'est rien à côté de l'angoisse de m'imaginer devoir survivre sans toi… je peux vivre avec nos secrets, avec toutes ces menaces sur nos têtes, ça m'est égal…je peux le faire, du moment que tu es avec moi…"

Je l'embrasse encore et chuchote :

"N'abandonne pas… je sais qu'on peut le faire. Je crois en nous… fais-moi confiance, je t'en prie…
"  
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mar 17 Sep - 16:54




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Ses convictions me paraissaient toujours aberrantes. Elle croyait en moi quelque part – ça, je pouvais le sentir. Ça me dépassait. Après tout ce que je lui avais dit, fait et enduré. Comment pouvait-elle encore posséder autant de certitudes à mon égard quand j’avais perdu toutes les miennes ? Rebecca ne me voyait pas tel que j’étais. Elle devait enjoliver la réalité et puis, elle ignorait encore tant de choses sur mon histoire finalement. Elle me suivait aveuglément, elle m’offrait tant de crédits. J’avais mal rien qu’à l’idée de continuer à la décevoir comme je me décevais perpétuellement. Toute cette pression que je ne parvenais plus à encaisser figeait mes traits sur le découragement qui m’abritait depuis mon réveil. Becky s’avança, sa main glissa sur ma joue, j’attrapai ses yeux à la volée. Elle rebondit alors à mon interrogation purement rhétorique. Mon cœur se serra alors malgré moi – il semblait déjà comprendre que nous ne pourrions pas endurer ce qu’elle s’apprêtait à confesser. J’ouvris la bouche pour l’arrêter, affolé par son rythme cardiaque qui devint à l’image du mien, anarchique mais elle me devança. Non. Je ne pouvais pas entendre ça, je ne pouvais pas l’écouter. Je ne voulais pas savoir. Non. Il fallait qu’elle se taise. Je ne pouvais… y croire, ni l’accepter. Malgré mes suppliques internes et la violence de mon déni, je restai figé devant elle alors qu’elle déliait trois mots de ses intonations tellement douces, tellement calmes. Trois mots. Le trio qui m’avait déjà tué par le passé. Le trio qui me tétanisait. Le trio qui m’injectait directement ma peur maladive de l’attachement dans les veines. Les trois mots qu’on ne m’avait réellement adressés qu’une fois. Un mensonge qui pourtant achevé tout ce que j’étais. Je le savais, au fond de moi ce qu’elle éprouvait. J’avais juste fait preuve de mauvaise foi, j’avais fui ça. Mais exposé à cette vérité, je ne pouvais plus me mentir. Elle disait m’aimer. Je ne la croyais pas autant que je la croyais. Je ne savais plus ce qui était vrai ou faux derrière des confessions de cette ampleur. Comment l’aurais-je pu ?

C’était trop tard pour être terrifié. Je savais ce que je risquais en allant la récupérer chez elle. Je le savais. L’amour. Ce n’était pas mon truc. Nous n’avions jamais défini ce terme précisément quand je lui ai promis d’être à elle,  qu’on soit un couple même si finalement, il était implicite. Elle lui donnait une valeur concrète me faisant prendre conscience à quel point nous étions impliqué émotionnellement plus que ce que je n’aurais jamais pu le penser. Moi et mon incapacité à m’attacher, moi et ma fragilité. Je n’étais pas assez fort pour deux – même pas pour moi tout seul. Si ça finissait comme avec Rachelle, je ne pourrais sûrement pas m’en remettre. Je n’avais même pas le même temps à lui accorder ou les mêmes attentions. Elle allait me laisser. Mais elle m’aimait là. Je ne comprenais pas pourquoi, ni comment j’avais fait pour qu’elle ressente ça. Pour être tout à fait honnête, cette révélation me brisa autant qu’elle répara des dommages que la rousse avait laissés. Je ne pensais pas mériter ses mots mais je les chérissais au fond. Ils étaient importants. Trop importants. Elle insista dans ses paroles et me le répéta. Je tenais à peine debout durant sa tirade et finalement, je me laissai glisser au sol devant elle complétement abattu par le poids de tout ce que je vivais. Je posai ma main gauche sur mes yeux alors que je veillai à ce que ma gorge si serrée me permette tout de même de murmurer. « Non… Non… Non… » Nous avions été trop loin. J’avais officiellement brisé tous mes codes et mes barrières. J’avais quelqu’un à aimer, quelqu’un à perdre. Quelqu’un qui m’attendrait. Quelqu’un qui voulait d’un avenir avec moi. Je l’avais obtenu à mes dépends, je l’avais voulu et repoussé. Et maintenant. Maintenant, j’ignorai ce que j’allais faire. « Bon sang… Rebecca… » Je me forçai à respirer profondément en sentant mon souffle s’emballer. « Comment… Nous… » Tout avait échappé à mon contrôle, toute cette intensité nous avait amené jusqu’ici. Jusqu’au point où elle ne pouvait pas être sans moi et où je ne pouvais pas non plus me passer d’elle. C’était terrifiant, tous ces sentiments, c’étaient trop. Tellement trop pour une  seule personne. Je m’étais juré de ne plus revivre ça. « Tu ne… Tu ne réalises pas. Je n’ai jamais donné autant… Je n’ai jamais laissé quelqu’un être si… »  Si elle devait s’en douter. Forcément. « Je ne suis pas doué… pour… J’avais fait une croix sur … Je n’avais pas le droit de… Mais tu… es apparue de nulle part et maintenant… Oh bordel, Becky. »  Ce qui me chamboulait tellement c’était que ça m’atteignait tellement brutalement que ça me faisait perdre la tête. J’étais heureux, triste, soulagé et désespéré. Je ne savais plus quelle connotation donner à ce qui se pressait dans ma poitrine. C’était un grand chaos. Un trop grand chaos.

Je restai silencieux à essayer de respirer simplement la paume entravant toujours mes traits. Tout semblait me pousser toujours plus loin dans mes retranchements, dans mes limites ces derniers temps. Je ne savais plus qui je voulais être ou ce que je devais être d’ailleurs. Tout aurait pu être plus simple si j’avais une existence moins compliquée, si j’avais un caractère plus combattif. Je tremblai, j’en prenais doucement la mesure. J’étais tellement trop ravagé. On ne m’avait  décidément rien épargné et je ne m’étais pas aussi endurci que je l’avais toujours pensé. « Rebecca… La dernière fois qu’on m’a dit ça… » On m’avait détruit. Je retirai finalement mes doigts de mes yeux pour la retrouver visuellement. «  … Je suis le mec avec lequel on passe du temps pour  s’amuser… Je ne sais pas comment être celui qu’il te faut… Je … » Je redevenais complétement irrationnel. Je baissai les prunelles me plongeant dans le passé un peu, dans ses leçons que je n’avais jamais retenue finalement. « … Je me sens pris au piège. Tout ça, c’est tellement… Tellement fou et tellement … inespéré. » Je fermai les yeux et posai ma main gauche contre ma bouche avant de chuchoter. « Si il t’arrivait quelque chose par ma faute… Et si … » Je contractai mes traits sur la douleur avant de me décrisper un peu. « Je n’avais rien à perdre avant que tu sois là… Je n’avais pas à m’inquiéter de blesser quelqu’un. Je n’avais pas à… devoir me battre contre moi-même autant. J’ai peur pour toi. J’ai tellement peur pour toi. Ce que je suis… ce que j’apporte… Tout ce que tu ignores. » Je serrai mes poings sur mes jambes. « Mais j’ai égoïstement… envie de te garder à mes côtés. Et même si… Même si … Tout ça était insensé… Je ne peux plus te laisser partir…» J’avançai mes doigts jusqu’aux siens, lui pris la main sans pour autant oser la regarder et la forçai à s’approcher pour l’embrasser très tendrement, calant ma main dans son dos très vite. Je plaçai mon regard dans le sien.« Ça ne sera jamais facile d’être avec moi. Ça ne sera jamais simple de ... Mais… Je suis honnête avec toi. » Où je voulais en venir ? Je ne savais pas. Je ne pouvais pas lui retourner ses mots.  J’en étais incapable à l’heure actuelle. Tout ce que je parvenais à lui souffler c’était… « Avant que … Je sois inconscient.  C’est à toi… A toi que je pensais. Rebecca… Sans toi, je ne sais pas ce que je deviendrai et pour être honnête, je ne veux pas le savoir. » Je l’attirai contre moi et tentai de me calmer. Je ne ressemblais plus à rien. Je frissonnai comme si j’avais 40° de fièvre et je me doutai que ma pâleur défiait toute norme. Tout ça m’avait épuisé encore plus et m’avait perdu encore plus. J’étais sonné. Sous le choc. Plus rien ne semblait pouvoir être maitrisé. Et je ne le vivais pas bien. Pas bien du tout.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mar 17 Sep - 23:03




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Camille s'effondre littéralement devant moi et je me décompose en m'agenouillant à ses côtés pour m'assurer qu'il va bien. Ses "non" répétés me font du mal, mais je m'attendais à ce genre de réaction. Je sais que ce n'est pas contre moi, je sais que ce n'est pas le bon moment, mais tant pis… Je reste près de lui sans oser parler ou le toucher, il faut que je le laisse digérer tout ça. Sa main gauche est posée sur ses yeux et les mots commencent à sortir, peu à peu, difficilement. Chacun d'entre eux est un coup de poignard mais je ne bronche pas. Immobile, tout près de lui, je l'écoute essayer d'exprimer ses peurs, ces failles et ces blessures que je ne connais pas mais que j'ai deviné il y a bien longtemps… J'ignore comment nous allons gérer tout ça, mais nous allons le faire. Nous allons réussir, nous allons nous investir complètement dans cette relation démente, parce que c'est tout ce dont nous étions capables.

Si, je réalise, je réalise que tout ça est une première pour lui, ou au moins… que ça ne lui est plus arrivé depuis des années. Peut-être n'est-il pas doué en amour, mais je vais lui apprendre, je vais le soutenir, je vais… continuer à me torturer et à prendre sur moi pour que tout se passe bien. Il a fait une croix sur l'amour, dressé tant de murs et de barrières, et moi… j'ai tout ébranlé, tout brisé, sans même m'en rendre compte… je luttais tellement que je n'avais pas pensé à ses propres batailles avec lui-même… j'ai du lui faire tant de mal… je suis bouleversée par ce qu'il ressent, par ce qu'il essaye de me dire. Sa respiration s'emballe et pendant un instant, je crains de le voir subir une nouvelle crise d'angoisse. Il tremble même et je voudrais pouvoir reprendre mes mots, effacer tout ça pour qu'il n'ait pas l'air de temps souffrir… à quoi je pensais ? Il n'est pas prêt, je le sais pourtant ! Qu'est-ce que j'ai fait ?

"Camille…"

J'essaye de comprendre mais il est incapable de terminer ses phrases et je reste suspendue à ses lèvres. Que s'est-il passé la dernière fois qu'on lui a dit "je t'aime" ? En tout cas, il en a souffert, c'est certain. Ses yeux retrouvent les miens et je m'efforce de soutenir son regard alors que je préférerais disparaître. J'ai eu tort, je n'aurais pas dû lui dire tout ça. Mes yeux s'agrandissent de surprise alors qu'il reprend ses explications décousues.

Du temps pour s'amuser ? C'est ça qu'il croit ? N'être bon qu'à passer le temps ? Est-ce que c'est pour ça qu'il a accepté qu'on soit un couple ? Parce qu'il espérait que je me lasserai quand j'aurais eu ce que je voulais ? Quand je me serais assez "amusée" ? Je ne comprends pas, je secoue la tête:

"Non… ce n'est pas vrai, tu es celui qu'il me faut, tu n'as rien à chan…"

Mais il ne m'écoute pas, il ne m'entend pas. Son regard me fuit à nouveau et son aveu suivant me fait me mordre la lèvre. "Pris au piège"… je sais que c'est l'angoisse qui parle mais cela me blesse malgré tout. Ses intonations sont erratiques, j'ai du mal à suivre le fil de ses pensées. Fou, ça l'est sûrement, inespéré ? Probablement… lui comme moi avions tiré un trait sur tout ça… nous n'avons pas programmé de tomber amoureux, on ne l'a même pas imaginé. Mais c'est arrivé…  

Tout ce qu'il dit est aussi douloureux qu'apaisant. J'ai chamboulé sa vie, ses habitudes, sa façon de vivre et de ressentir… je suis devenue sa faiblesse comme il est devenu la mienne, et il a peur pour moi… la douleur sur son visage est telle que j'ai l'impression de la ressentir moi aussi… si seulement il savait à quel point la réciproque est vraie ! Moi aussi j'ai peur pour lui, peur qu'il lui arrive quelque chose par ma faute, peur parce qu'il fait partie de ma vie et qu'il y a prit une telle importance que je ne me crois pas capable de faire face sans lui. On ne se ressemble trop pour notre propre bien. Deux angoissés, deux désastres ambulant avec un passé compliqué et une nature inavouables… mais finalement, n'est-ce pas mieux comme ça ? Car je comprends tout ce qu'il me dit, je le partage. A nous deux, nous allons y arriver, nous allons faire fonctionner tout ça. Mes inquiétudes sont toujours là, mais elles s'effacent peu à peu alors qu'au milieu de tout ce chaos, il m'avoue qu'il veut me garder près de lui, qu'il ne peut plus me laisser partir…

Ses doigts s'entrelacent aux miens et m'attirent vers lui pour un baiser alors que son autre main se cale dans mon dos et qu'il me dit que ça ne sera jamais facile d'être avec lui. Je lui caresse la joue et l'embrasse. Ça m'est égal. Tout m'est égal. Il est là, il est avec moi… il ne veut plus me laisser, c'est tout ce qui compte.

Camille a écrit:
« Avant que … Je sois inconscient.  C’est à toi… A toi que je pensais. Rebecca… Sans toi, je ne sais pas ce que je deviendrai et pour être honnête, je ne veux pas le savoir. »
Cet aveu m'émeut plus que je ne pourrais l'expliquer et je sens les larmes me monter aux yeux alors qu'il m'attire contre lui.

"Ho Camille…moi non plus… moi non plus, je veux pas le savoir… jamais… "

Mes bras l'entourent et j'enfouis mon visage dans son cou. Je ne veux pas penser à ça, penser au fait qu'il a failli mourir. Je me sers contre son torse comme si je pouvais me fondre en lui en essayant de retenir les larmes que je ne veux surtout pas laisser échapper devant lui. Pas maintenant, pas alors que tout est déjà si difficile pour lui, pour nous. Je ne sais pas combien de temps on reste comme ça, enlacés. Mes lèvres se posent sur sa nuque et en entrapercevant le bandage sous sa chemise, je m'écarte brusquement :

"Ho pardon, je te fais mal ? Tu ne devrais pas me serrer dans tes bras comme ça, ce n'est pas raisonnable…il faut que tu te ménages…"

Je ressens ce besoin irrationnel de le toucher continuellement et je ne sais pas comment faire tant j'ai peur de provoquer de nouvelles douleurs. Seul son visage me paraît être accessible alors je glisse mes mains sur ses joues pour l'embrasser encore.

"Tu as à peine dormi… tu ne veux pas te recoucher un peu ? "


Je lui souris alors que je caresse toujours amoureusement sa joue et ses cheveux. J'attrape ses lèvres une nouvelle fois, comme pour finir de nous apaiser et laisser cette conversation derrière nous, mais une nouvelle sonnerie retenti. Je pose mon front contre celui de Camille et soupire, riant et grommelant à la fois.

"Encore ? C'est pas vrai…! On peut pas être tranquille deux minutes ?"


J'aimerais tellement que le monde extérieur cesse d'exister... juste quelques heures... mais non, même alors que nous aurions pourtant tout les deux bien besoin d'une vraie parenthèse, d'une réelle coupure, juste tous les deux.
Je réalise soudain que j'ai éteint le téléphone et que la sonnerie provient de la table du salon et non pas du plan de travail:

"Tu as un deuxième portable ? Tu… tu veux que j'aille l'éteindre ou… est-ce que tu dois répondre ?"


Bizarrement, alors même que je m'étonne de cela, j'ai l'impression de déjà le savoir. Mais d'où ? Je secoue imperceptiblement la tête. Ça n'a pas d'importance.

"Attends… je vais t'aider à te relever."

Je me penche vers lui et passe mon bras autour de sa taille pour qu'il ne se fasse pas trop mal en se redressant. Puis, toujours inquiète, je demande avec sollicitude :

"Ca va ?"
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mer 18 Sep - 1:26




 Everything you touch surely dies


Ses mots mourraient dans l’air avec les miens. Tout ça, ça n’avait pas d’empreinte autre que mémoriel. Et la mémoire, on ne pouvait pas vraiment s’appuyer là-dessus. Ça n’avait rien de concret. Les souvenirs étaient trompeurs, déformés, interprétés. L’être humain était doué pour oublier et j’étais doué pour omettre inconsciemment ce qui me dérangeait. Alors, je ne faisais pas confiance aux paroles. On pouvait mentir. On pouvait tout se permettre rien qu’avec la voix. Mais les actes, les étreintes, son corps contre le mien. Ça, c’était réel, palpable. Son cœur qui raisonnait avec le mien, son odeur qui se mêlait à la mienne. Je ressentais tout ce qu’il nous liait autrement que par des syllabes décomposées. Je la voulais et nous finirions, elle finirait par payer le prix. Elle était trop ancrée dans mon quotidien pour que je parvienne un jour à la déloger. C’était douloureux d’être avec elle, douloureux de la faire souffrir. Mais son départ… Je me rappelais bien de ce qu’elle avait provoqué encore plus. Tant pis. Nous allions vers je ne sais pas quelle catastrophe à deux. Mais au moins, nous avions choisi ce chemin. Je n’étais pas spécialement apaisé – bien que vaincu et je doutais pouvoir trouver une quelconque paix intérieur dans les jours à venir que ça soit vis-à-vis de … nous ou bien du reste de mon existence. Déjà las de devoir subir mes propres réflexions, je resserrai ma prise autour de sa taille au prix de quelques tiraillements inconvenants. Ses lèvres s’épanchèrent sur mon cou, je fermai les yeux. J’avais tellement besoin que nous soyons physiquement proches pour revivre. Elle se détacha de moi quelques secondes plus tard et je constatai que j’avais arrêté de frémir. Bien. Son inquiétude m’arracha un sourire triste. J’avais quelques élancements mais rien d’insupportable et tout valait mieux que le vide qu’elle laissait en s’extirpant de mes bras. « Rien d’insoutenable. Je me ménage justement… Que tu sois contre moi est apaisant. » Je n’oubliai pas les dernières révélations et tout ça me perturbait encore mais j’essayai de faire des efforts moi aussi là. Elle ne devait pas être la seule à lutter contre mon état après tout.

Ses paumes s’emparèrent de mon visage alors que je gardai ma main gauche dans le creux de son dos, laissant la droite tranquille, mon épaule réclamant un peu plus de repos. Sa bouche revendiqua la mienne encore une fois avant qu’elle ne se mette encore à me pouponner comme un enfant. « Tu t’inquiètes trop. Je n’ai fait que ça, me reposer. »  Je comprenais bien entendu sa sollicitude mais je devais essayer de minimiser un peu les faits. J’avais assez joué du drame. Je fis coulisser mes doigts sur son cou alors qu’elle attrapa mes cheveux, mes lèvres. Dire qu’elle m’aimait… Et si… Une nouvelle sonnerie. L’autre portable. Merde. Ce n’était pas le bon que je lui avais demandé d’éteindre. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je sautai sur ce prétexte pour prendre un peu de distance après ses aveux. Ma tête était un vrai chantier et je ne parlais même pas de mes émotions. J’oscillai entre tous les états possibles chaque seconde durant. Mon instabilité avait atteint son paroxysme depuis qu’elle m’avait avoué ses sentiments. Je me sentais mal de ne pas lui avoir donner le change, de lui avoir servi un discours infect et ne pas assumer le simple fait que quelqu’un puisse peut-être tomber amoureux de moi. Oui, en fait, j’allai mettre un certain temps à l’assimiler et à le croire. Je tus cette conclusion. Le début de son rire nerveux trouva sa place dans ma poitrine. L’existence du second téléphone ne parvenait pas à me stresser, qu’elle le découvre au final, était normal et logique. Elle savait que je lui cachais des choses, comme je savais bien que le trou des six mois restait injustifié de sa part. Quel couple. On se jetait à corps et cœur perdus dans cette histoire en ignorant tellement de choses l’un sur l’autre. De vrais fous.

« Je vais… Répondre. »  Je fis mine de m’appuyer sur mon bras gauche pour me relever mais elle s’empressa de m’aider. Je me sentais encore plus con à être comme ça assisté après avoir été si dramatique. Ma fierté s’en mangeait des coups en compagnie de Rebecca. Elle me remit sur mes pieds alors que je masquai des grimaces et sa question m’enveloppa de sa tendresse à l’arrivée. Je posai ma bouche contre son front. Je voulais lui rendre le centième de la chaleur qu’elle me procurait alors j’articulai très doucement. « Tant que tu es là, oui, ça va. »  Je la délaissai pour prendre mon portable. Un métamorphe, bien entendu. Je filai tout droit vers la porte d’entrée en faisant un signe au préalable à ma jolie brune pour lui indiquer la suite de mes idées. Je me retrouvai sur le palier à écouter le flot d’angoisse de mon interlocuteur. J’essayai de le calmer avec quelques phrases préfabriquées. Tout finira par s’arranger, nous finirions par savoir qui et comment. Il raccrocha quelques minutes plus tard quand il dû se rendre compte que je n’éclaircissais rien du tout de la situation. C’était encore trop frais, trop cuisant et trop flou pour que je m’épanche. Même avec Alan, nous n’avions pas abordé le cœur du problème. Nous aurions une réunion pour ça. Toute cette discussion m’avait encore plus stressé. Alors avant de re-franchir le seuil de mon appartement, je replaçai mon portable dans la poche et sortis le paquet de cigarettes s’y trouvant. En veillant à ne presque pas lever le bras droit, j’en extirpai une et la plaçais entre mes lèvres. La vue de l’escalier me dissuada finalement d’aller plus loin dans mon addiction. Je me sentais toujours fébrile et malade. Ma tension jouait à remonter et descendre quand ça lui chantait. Encore que descendre, ça pouvait aller. Remonter, par contre… Non. La nicotine ne suffisait pas à ce que je trouve la force de faire ça alors je rentrai tout en veillant à bien couper mon téléphone. Je n’avais pas la patience de les gérer pour le moment. Je ne pouvais pas me gérer moi-même.

Je le déposai dans le tiroir du meuble télé avant de me retirer ma clope et de la ranger à regret dans son emballage. Je posai le tout sur la table de la salle à manger et rejoignis ma … petite amie de mes pas toujours terriblement lents, lourd.s Je passai mon bras gauche autour de sa taille pour l’amener contre moi sans mettre trop de pression néanmoins. C’était difficile de reprendre le cours des choses après tous ces événements mais j’allai devoir faire abstraction de mon autre vie pour mon propre bien, pour le sien aussi. Pour notre santé mentale commune. Je cherchai et trouvai un sujet adapté. « Merci pour les courses au fait… C’était très attentionné de ta part d’y penser. »   Je l’embrassai une nouvelle fois, j’avais du mal de me rassasier d’elle. Le spectre de ma mort possible planait encore au-dessus de moi. D’ailleurs, un détail me revint comme un flash tiré d’un mauvais cauchemar. J’étais encore dans les vapes quand je l’ai eu au téléphone mais… Je me souvenais de ça. « … Au fait… Tu as … appelé Alan ? » L’autre, il l’avait appelé l’autre. Sur le moment, je n’avais pas percuté. « Il n’a pas été… trop… ? » Un terme… Vite. Je fronçai les sourcils. Je ne trouvai rien pour décrire mon meilleur ami, j’avais à peine assez d’énergie pour formuler des phrases dans mon crâne. Je me sentais relativement faible alors je lui pris la main pour qu’on s’assoit sur le lit tous les deux. Je la plaçai sur mes genoux et posai ma paume gauche sur sa cuisse, mon nez vint épouser la courbe de sa nuque. « Tu restes… ici pas vrai ? »  Je ne supporterai pas qu’elle parte. D’être seul. Seul sans elle.


Dernière édition par Camille Fontayn le Sam 28 Sep - 11:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mer 18 Sep - 14:58




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Camille fait des efforts, je le vois bien et je l'aime encore plus pour ça. J'admire la façon dont il gère tout ça alors que ce doit tout simplement être le chaos dans son esprit. Ma déclaration a été un choc supplémentaire dont il n'a pas besoin après ce qu'il vient de traverser. Mais il fait des efforts. Il reste tendre et doux, rassurant même, alors que c'est à moi de m'occuper de lui, pas le contraire. Mais il tient sa promesse, celle qu'il m'a faite lorsqu'il est venu me retrouver : il ne me laisse pas me battre seule. Je souris légèrement quand il me dit que m'avoir dans ses bras l'apaise. Tant mieux, cela m'apaise moi aussi. Il me dit que je m'inquiète trop, qu'il n'a pas arrêté de se reposer mais je secoue la tête avec entêtement avant de revenir l'embrasser avec un petit sourire :

"C'est moi l'infirmière, non ? Tu devrais écouter ce que je te dis… et je te dis que tu as besoin de dormir, un vrai sommeil, dans ton lit, avec moi pour veiller sur tes rêves…"


Quand le téléphone se met à sonner, je m'écarte de lui pour l'aider à se relever avant qu'il ne se fasse mal et m'assure qu'il va bien. Il dépose un baiser sur mon front et fait chavirer mon cœur avec un très doux « Tant que tu es là, oui, ça va. »  Parfaite manière détournée de ne pas répondre, mais ça m'est égal, je prends toutes ces petites marques d'affection et les enferme dans mon cœur pour les chérir. Car oui, il ne m'a pas dit qu'il m'aimait en retour, mais je sais que c'est le cas. Je ne m'attendais pas à une réponse, je n'ai pas fait cet aveu dans ce but. Il est fragile et instable pour l'instant, c'est déjà totalement inconscient de ma part de lui avoir fait une telle déclaration alors qu'il est en convalescence, qu'il se remet de sept jours de coma artificiel et qu'il a frôlé la mort. Je m'en veux d'être égoïste comme ça. Mais nous avons franchi le point de non-retour : ni lui ni moi ne sommes capables de nous éloigner l'un de l'autre. Alors autant plonger dans cette folie à cœur perdu. Après tout, tant qu'on est conscient que c'est de la folie, c'est qu'on a encore toute notre tête, non ?

Il s'éloigne de moi pour prendre l'appel et me fait un petit signe de pour me prévenir qu'il sort. J'acquiesce et m'adosse au plan de travail, pensive. Tout ça est dingue… tellement dingue. Je m'étonne moi-même du calme et de la conviction dont je fais preuve mais j'ai peur de finir par craquer. Je repousse toujours plus fortement les pensées pénibles et douloureuses qui m'assaillent mais elles finiront par prendre le dessus. Je ne peux pas faire subir ça à Camille et je ne sais pas comment je vais gérer ça dans ce petit studio. Nous aurions été mieux chez moi, plus d'espace, plus d'intimité. J'aime être proche de Camille, ce n'est pas le problème, simplement… il est bien plus difficile de cacher ses failles quand on est 24h sur 24 avec quelqu'un. Il faut que je sois forte, un point c'est tout. Je vais y arriver. Oui, pour lui, je vais y arriver.

Je fronce les sourcils en le voyant rentrer une cigarette au bord des lèvres. Ha ça non ! Je m'adoucis légèrement en réalisant qu'il n'a sûrement pas eu la force de sortir pour fumer. Il range le portable au fond d'un tiroir et pose son paquet de cigarette sur la table avant de me rejoindre. Son bras s'enroule autour de ma taille et je plonge mon regard dans le sien:

"Tu ne peux pas te remettre à fumer, Camille… ce n'est pas bon pour ta santé et tu n'as vraiment pas besoin de ça."

Ma main vient caresser les petits cheveux de sa nuque et je continue sur ma lancée :

"Ton corps a été sevré pendant dix jours… la seule raison qui te pousse à recommencer c'est le stress. Et je sais que tu es stressé, que tout a pris des proportions démesurées, mais… il y a d'autres méthodes pour te détendre."


Je dépose un baiser léger comme un papillon sur ses lèvres. Je sais que fumer est une faiblesse qu'il regrette d'avoir, c'est sûrement le bon moment pour arrêter définitivement.

"Je sais que ce n'est pas juste de te demander cet effort-là avec tout ce que tu traverses, je ne t'oblige à rien, juste… je veux que tu prennes soin de toi. Essaye au moins de réduire un peu, d'accord? Je te promets de ne plus faire de commentaires sur la cigarette à partir de maintenant. Mais je suis là, si tu as besoin d'une distraction…"

Je lui offre un sourire et le contemple avec tendresse. Peu importe s'il n'est que l'ombre de lui-même, il est à moi, c'est à moi de prendre soin de lui, de le réparer, de le soutenir. Il me remercie soudain pour les courses et je murmure contre ses lèvres alors qu'il vient m'embrasser à nouveau:

" Mais je Suis très attentionnée… c'est le moins que je puisse faire… j'aurais voulu faire plus."


Il me parle soudain d'Alan et je mets quelques secondes à comprendre à quoi il fait allusion. Je n'aime pas me replonger dans ces quelques jours. Je passe mes doigts sur son front pour y effacer les froncements de ses sourcils. Je ne veux pas qu'il s'inquiète, c'est derrière nous, il faut le laisser loin derrière nous et ne plus y penser.

"Ho… oui, je… j'espérais qu'il saurait où tu étais. Mais je ne l'ai pas eu directement. J'ai laissé un message et c'est Kate qui m'a recontactée. Elle m'a rappelé dès qu'elle a eu de tes nouvelles. Elle a été vraiment adorable avec moi, il faudra que je pense à aller la remercier en personne… Je me suis sentie moins seule grâce à elle. Et savoir que tu allais bien, qu'on s'occupait de toi… ca a rendu les choses un peu plus facile."


Je le sens faiblir mais avant que j'aie pu dire quoi que ce soit, il me prend la main et m'attire vers le lit. Il m'installe sur ses genoux, sa main sur ma cuisse, son nez contre mon cou. Sa voix est encore fragile quand il me demande si je reste et je sers doucement sa main:

"Bien sûr que je reste… Pourquoi tu crois que j'ai apporté mes affaires ? Je te lâche plus… "


Et puis, qui va prendre soin de lui si je m'en vais…? Je ne peux pas vraiment compter sur lui pour se ménager, alors je reste là, pour le surveiller. Il m'est de toute façon impossible de m'en aller, pas après ces dix jours d'absence. Je ne partirai pas d'ici tant qu'il ne sera pas en pleine forme et moi complètement rassurée sur son état. Autrement dit, pas avant un moment…
Je le regarde et souris, ses yeux papillonnent, il est sûrement debout depuis des heures et après 7 jours d'inconscience, son corps n'est pas encore prêt à de tels efforts.

"Tu es épuisé. Sois un gentil petit-ami et allonge-toi…"


Je m'écarte pour l'aider à s'installer et m'allonge près de lui, mes doigts traçant de petites arabesques dans ses cheveux et sur son visage avant que je ne dépose un ultime baiser sur ses lèvres:

"Ferme les yeux. Je reste là."

Et effectivement, je reste auprès de lui à le caresser tendrement du bout des doigts d'une façon apaisante jusqu'à ce qu'il s'endorme finalement. Je l'observe encore un moment, appréciant chacune des longues et profondes inspiration qu'il prend. Au moins a-t-il l'air plus paisible ainsi endormi. Je finis par me relever. Je sais déjà que je ne dormirai pas malgré la fatigue que j'ai accumulée ces dix derniers jours.

Au lieu de ça, j'allume la télé en la mettant en sourdine et ouvre mon pc portable. Au journal, et partout sur le net d'ailleurs, on parle toujours de l'attentat du 15 août. Je grimace en revoyant ces images amateur d'un cheval au beau milieu du musée, mais je ne suis pas vraiment étonnée. Après les loups-garous et les oiseaux-garous, je ne suis pas vraiment étonnée qu'il existe des chevaux-garous. Après la disparition de Camille à la même date, j'avoue que je ne me suis pas du tout intéressée aux actualités pendant plusieurs jours. Jusqu'à ce que Kate m'assure qu'il allait bien, en fait. Et quand j'ai découvert tout ça, les autorités s'excusaient auprès des Vampires. La mise au placard de Mc Borough et de Makayla m'inquiète, mais je ne peux rien y faire pour l'instant. J'estime que ma collaboration avec la PES n'est plus à l'ordre du jour et cela me rassure. Je n'avais de toute façon plus l'intention de rejoindre les rangs de Maryana. Pas avec mon histoire avec Camille. Ce serait trop dangereux. Je dois penser à lui avant tout. Il est hors de question que je l'implique là-dedans. Et puis, lui aussi doit déjà avoir assez de difficultés avec le secret de sa nature. Non, même si cela m'attriste pour Mak, je sais qu'elle rebondira. Quant à Mc Borough.. je ne sais pas trop quoi en penser.
L'avantage, c'est qu'il n'aura pas vraiment le temps de s'occuper de moi. Au contraire, collaborer avec des semi-démons ferait un nouveau scandale alors il est plus sage pour lui de taire notre arrangement. Du moins, je l'espère. Les images qui circulent sur le net de certains interrogatoires font froid dans le dos. Ce n'est pas plus mal que la PES soit sous surveillance.

Quant au comité inter-espèce… je pense que c'est une bonne chose, à voir comment tout cela va évoluer.  Nous sommes dans l'air du changement. Les humains sont en train de reconnaître leurs erreurs. J'ai conscience que c'est avant tout par crainte d'une nouvelle guerre mais cela me permet une petite dose d'optimisme sur la suite des évènements. Peut-être serait-il possible de leur faire comprendre que tous les semi-démons ne sont pas diaboliques, que tous n'ont pas le désir de répandre le chaos sur terre ? Peut-être que je peux tenter de trouver d'autres semi-démons dans mon cas ? Si nous nous réunissons, nous pourrons faire entendre notre voix. Et une partie de moi aimerait que nous soyons reconnus afin que je puisse avouer ma nature sans crainte à l'homme que j'aime.

Je tourne les yeux vers lui, endormi, et me mord machinalement la lèvre. Mon dieu, j'aimerais tellement lui dire. J'y pense depuis mon retour, depuis que je n'ai pas pu lui expliquer ma disparition. Mais avec tout ce qui nous est arrivé, tout ce qui nous arrive encore, je ne peux pas ajouter ce fardeau sur ses épaules. Et malgré moi, j'ai peur de sa réaction, j'ai peur que cela détruise tout et je ne sais pas comment je pourrais le supporter…
Mon regard dévie vers la fenêtre. Nous sommes fin août et les journées raccourcissent déjà. Une ombre traverse le ciel et je reporte mon attention sur Camille. J'imagine qu'il ne va pas pouvoir se transformer dans cet état. Encore moins voler… le pauvre…
Je me secoue. Ca ne sert à rien d'extrapoler. Je ne connais rien de sa nature, de ses besoins, de la façon dont il vit tout ça, de la manière dont 'tout ça' fonctionne. Je n'ai que des soupçons, de vagues idées. Je referme mon pc portable après avoir regardé mes mails et éteins la télé. Ce sera bientôt l'heure du dîner. La simple perspective de manger me donne la nausée, mais Camille a besoin de reprendre des forces, et moi aussi. J'ai acheté pleins de bonnes choses alors je me décide à préparer un petit repas maison. Il fait presque nuit lors que je mets des spaghettis à cuir et me mets à préparer la sauce en faisant revenir de l'huile d'olive, des oignons, des tomates, de l'aubergine, du poivron et de la viande hachée. La cuisine embaume rapidement les bonnes odeurs du sud. Cuisiner me détend, à ma grande surprise. Prise dans mon élan, je prépare également un brownie. Je sais que j'en fais trop et que nous ne pourrons pas manger la moitié de ce que je cuisine, mais ce n'est pas grave. Je ne sais pas si c'est le bruit ou l'odeur mais bientôt mon cher et tendre est en train de se réveiller. Je me rapproche du lit et remarque son air perdu. Aussitôt, je le rejoins et me remets à caresser doucement sa joue :

"Camille… tu es à la maison… tout va bien…"

Je reste près de lui jusqu'à ce qu'il émerge totalement et jette un regard à l'horloge. Il a à peine dormi 3 heures.

"Tu as mal dormi…?" Lui demandé-je en venant poser mes lèvres sur son front. "Je nous ai préparé à manger, tu penses pouvoir avaler quelque chose ? Sinon je peux faire un peu de soupe."

Parce que dans tous les cas, il est hors de question qu'il reste l'estomac vide.
Je l'aide à se redresser et l'embrasse encore avant de me diriger vers la cuisine. Je sais que je suis trop inquiète et que je vais l'étouffer si je ne me contrôle pas un peu. Il faut que je lui laisse un peu d'espace, même si c'est difficile pour moi. Mais ce n'est pas grave, je vais y arriver. On va y arriver.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mer 18 Sep - 21:34




 Everything you touch surely dies


Je connaissais bien ce regard désapprobateur. Alan me le servait aussi quand je fumais devant lui. Rebecca justifia d’ailleurs à la suite ma pensée en s’opposant au retour de mes vieilles et mauvaises habitudes. Elle avait raison et je me sentais sommairement honteux sous ces répliques. Le fait était que je ne parvenais plus à rien gérer alors il fallait bien que j’évacue tout ça d’une  façon ou d’une autre. Il y avait peut-être d’autres solutions en effet mais c’était la seule que je connaisse. Je m’étais trop laissé aller depuis … la paix. Quelle ironie. J’étais moins dépendant durant les Années Sanglantes et moins prompt à la rechute que depuis que la « tranquillité » était de retour. Enfin, peut-être que le fait de moins bouger, de moins être perpétuellement dans l’action. Non, les menaces de Krystel Raybrandt n’étaient pas étrangères à ce gros retour en arrière sans compter l’apparition de ce Timothée dont j’avais quasiment oublié l’existence ces derniers temps, la « rupture » avec Becky et puis maintenant, s’ajoutait cette histoire de trahison, d’alliance en branle. Je me trouvais des excuses ? Tout à fait. Je perdais juste le contrôle des choses alors peut-être que retrouver la nicotine me procurait une forme de sérénité. C’était rassurant, un élément habituel et peut-être réconfortant. Une logique tordue ? Sans doute. J’étais assez paumé pour aller encore trop loin, voir au-delà de la réalité qui était que je devais apprendre à me détacher de mes émotions et des situations. J’avais beaucoup bossé là-dessus durant sept ans mais il avait fallu que les démons du passé reviennent au galop et puis qu’une certaine personne vienne emménager en face de chez moi pour que je fiche en l’air un long travail sur moi-même. Bref, je m’égarais alors que ma jolie brune se proposait comme distraction. Elle avait encore réussi à être impitoyable et indulgente avec moi. Je ne savais pas comment elle s’y prenait mais je ne répliquai pas à sa tirade, je me contentai d’hocher la tête d’un air entendu pour lui signifier que le message était passé.

Je réalisais bien dans quel état d’ignorance et d’impuissance elle avait dû se trouver durant ses dix derniers jours. Qu’elle contacte d’elle-même Alan me faisait autant flipper qu’approuver ce type de réaction. Au final, j’étais content qu’elle l’ait fait même si ça me mettait dans une position fâcheuse vis-à-vis de mon meilleur ami. Qu’est-ce qu’elle lui avait dit sur … Nous? J’ajoutai ce détail dans la pile des choses non urgentes – à creuser plus tard. Je fus pour le moins surpris quand elle m’expliqua que c’était Kate et non mon conseiller qui lui avait donné de mes nouvelles. Mais c’était vrai, il avait été malade comme… un chien – sans mauvais jeu de mot. Mon cœur se gonfla de gratitude pour sa femme instantanément. C’était très aimable à elle d’avoir pris la peine de l’informer et de la rappeler. Je notai dans un coin de ma tête de la remercier alors j’offris un léger rictus à mon interlocutrice en guise de réponse avant de nous asseoir sur mon lit. Mon interrogation ne visait qu’à me tranquilliser après tout ce brouillard émotionnel. Elle m’apaisa avec sa réponse. En d’autres temps, cette dépendance aurait réveillé mes gros soucis d’engagement mais là, ce ne fût pas le cas. Je n’étais pas en état de repousser ses bras. Je les réclamai même férocement. Nous ne savions pas de quoi demain était fait. Tout pouvait arriver. La preuve, j’étais en couple. Alors bon, autant en profiter tant que nous le pouvions. De l’optimisme ? Enrobé de pessimisme, oui. Je voyais le drame partout en ce moment. J’avais l’impression que nous pouvions être séparé presque dans les minutes à venir. Aussi, je luttai vainement contre le sommeil qui me grignotait de plus en plus. Mon infirmière personnelle se chargea de me rappeler à l’ordre et je l’écoutai docilement, trop crevé de toute façon pour ne pas obtempérer. Je m’allongeai et la détaillai silencieusement une dernière fois avant de laisser Morphée m’emporter.

Toujours cette forêt, toujours ces mêmes bruits. L’odeur des sapins, du bois, du sang, de la mort. Ils m’entourent, ils me pointent du doigt parfois. Leurs regards m’assènent des coups imaginaires alors qu’ils parlent tous, tous en même temps. Puis viennent les loups, viennent les crocs. Le tigre déjà là, sur moi. On continue de me montrer de l’index et ils ne font rien. Il me déchiquette. Toujours ce ciel noir, tellement noir et la douleur. Un arôme fort. Celui de corps brûlants. Nous avions perdu. J’ouvrai alors péniblement les yeux. Où étais-je ? A terre au milieu du domaine ? A me vider de mon sang ? Non la fragrance, ce n’était pas de la chair consumée. Je clignai plusieurs fois des paupières, cherchant un point de repère. Je ne trouvais pas les arbres mais un plafond. Wolfheaven, encore ? La voix de Becky me tira sommairement de ce songe. Non, Becky à Wolfheaven ? Sa main me caressa la joue et je réalisai que je devais vraiment paraître désorienté pour qu’elle cherche à m’apaiser. Au bout de quelques minutes, je me redressai en grommelant. « Non, non… » Je n’avais pas vraiment mal dormi. Je revivais chaque nuit les événements en boucle. Je ne serais pas tranquille tant que je n’aurai pas éclairci les mystères entourant cette mutinerie. A chaque réveil, toujours plus de questions et toujours aussi peu de réponses. Je me passai une main sur le visage. Bon, j’étais toujours vivant et j’étais rentré. C’était toujours ça de pris. Je pris quelques instants pour me poser dans cette réalité et répondre à ma belle brune de ma voix enraillé. « Ne te prends pas la tête. On va manger ce que t’as préparé. » Je n’avais vraiment pas faim et une soupe aurait fait l’affaire largement mais bon je ne voulais pas qu’elle s’inquiète et puis, elle avait fait tout ça. Je ne voulais pas que ça soit pour rien. Elle m’aida – inutilement à me relever et fila à la cuisine.

Je m’étirai prudemment et me mordis la lèvre quand les élancements reprirent en chœur. Je passai une paume par réflexe sur ma cage thoracique aux endroits où elle avait été lacérée avant de me diriger nonchalamment jusqu’à la télécommande pour allumer la télévision. Je ne supportais pas le silence et j’avais bien besoin de me rendre compte que si mon monde s’était écroulé, le reste continuait de fonctionner. Il fallait que je m’informe à défaut de travailler concrètement là sur la communauté, les problèmes et tout ce qui s’en suivait.  Je m’installai à table et grimaçai en voyant l’énormité de ce qu’elle  avait préparé avant d’esquisser tout de même un sourire. « Merci. » Elle prenait trop soin de moi, ça m’aurait presque mis mal à l’aise. « Ça sent bon dis donc. » Oui, ça l’était sûrement aussi. J’étais déjà malade de ne pas pouvoir faire honneur à ce qu’elle avait mitonné. Après sept jours à ne rien avaler de solide autant dire que mon estomac avait encore perdu en habitude – il ne s’était pas encore tout à fait remis de la séparation en plus. Au bout de quatre bouchées, je me sentais déjà rempli mais je me forçais à ingurgiter plus de nourriture. Je mangeai lentement et pris le temps de ponctuer presque chaque coup de fourchette d’une gorgée d’eau pour la faire passer. J’avais ingurgité un peu plus de la moitié de mon assiette – un exploit quand les publicités laissèrent la place à une nouvelle flopée d’infos.

Je posai mes couverts quand le présentateur revint sur les événements qui avaient secoué le pays ces dix derniers jours. Une histoire dans une galerie, vampires, PES, j’en avais la tête qui tournait tant tout ce qu’il disait me semblait difficile à assimiler. Eh bien, j’en avais donc loupé des choses. Ils diffusèrent alors des vidéos amateurs pour parler de ce qui semblerait être l’un des plus gros mystères de la soirée. J’étais en train d’avaler mon breuvage quand sous mes yeux, je vis de trois angles différents un métamorphe se transformer de toute évidence en cheval devant assistance. Je m’étranglai littéralement et repoussai même ma chaise de la table de la main gauche afin d’avoir plus d’espace pour tousser. Putain. Merde. Non mais c’était une blague. Ce mec sortait de nulle part et il nous révélait comme ça ? Quel délire. Bon, je ne devais pas céder à la panique. Ça ne résoudrait rien. Nous l’avions toujours su que ça risquait d’arriver. Personne n’était sûr de rien et puis qui j’étais pour être en colère ? J’avais vendu notre secret à la Reine des Vampires. Je parvins à retrouver ma respiration et j’essuyai d’un revers de main les larmes au coin de mes yeux pour continuer à fixer le téléviseur. Bordel. Encore un souci conséquent sur mes épaules. Je me sentais accablé. Août n’était définitivement pas un mois qui me réussissait. Je levai mon regard vers ma compagne. Enfin… Non, je ne devais pas dire ça. Je décidai de rattraper ma réaction disproportionné et dû me contrôler pour ne pas attraper mon portable afin de contacter Alan. J’en avais assez fait pour que Rebecca se demande ce qu’il me prenait. Je la rassurai d’un « C’est rien, j’ai avalé de travers. » Fontayn, tu as trop souvent été un menteur douteux dans l’improvisation. Certes. M’étouffer m’avait seulement réveillé mes courbatures et douleurs. Je me rappelai que je pouvais reprendre mes médicaments maintenant alors je me relevai dans l’espoir aussi de brouiller les pistes de mon trouble soudain. Quand je me dirigeai vers le sac que j’avais ramené de Wolfheaven posé dans un coin du salon, ils expliquèrent leur différente hypothèse sur ce phénomène et je crispai la mâchoire en réalisant qu’ils pouvaient être très, trop proche de la réalité. Ils allaient creuser. C’était mauvais. Et ce n’était vraiment pas le moment de… Aucun contrôle. Je n’avais vraiment plus aucun contrôle. Je revins vers la table avec ma boîte et me rassis. Je me servais un nouveau verre quand ils enchaînèrent sur la mort tragique du prince Léopold. Je ne relevai même pas les yeux quand ils passèrent le discours du premier ministre et  avant qu’ils mentionnent Krystel Raybrandt. Mon regard fût automatiquement attiré par ce qu’ils racontaient et une photo de la Reine apparut pour animer la discussion sur la disparation dramatique de son gendre. Je me glaçai à la vue du cliché comme une proie habituée à craindre la vision de son prédateur. Je pris la télécommande et coupai définitivement le programme. J’en avais assez vu.

Je sortis ma drogue de son emballage et l’avalai très vite sans autre forme de procès. Avec tout ça, j’étais encore plus crispé et plus blême qu’auparavant. Afin de ne pas encore plus angoisser mon adorable humain, je glissai sur un ton faussement serein. « Eh ben. Il s’en est passé des choses. » Je regardai ce que j’avais encore devant moi. J’avais mangé une part honnête, je ne pouvais pas faire mieux sans craindre de ne pas savoir tout garder dans mon estomac chamboulé. Je posai ma main sur celle de mon ancienne voisine et plantai mon regard dans le sien. « C’était délicieux. » Je parvins même à lui offrir l’ébauche d’un rictus. J’allais devoir assurer dans les jours à venir pour réparer tout ce merdier. Et tout ça dans le secret absolu. Je me sentais déjà éreinté à cette idée. Jusqu’à quand Rebecca serait encore dupe ?
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Jeu 19 Sep - 11:24




 Everything you touch surely dies



Nous nous mettons à table tous les deux. Je me suis peu servi et grignote plus que je ne mange. L'odeur alléchante ne suffit pas à réveiller mon estomac. Camille se force davantage. C'est bien, il en a besoin. Nous ne parlons pas. Il a allumé la télé mais je ne la regarde pas. Sur les chaînes d'infos locales, les mêmes choses tournent en boucle, rien que je n'ai déjà vu ou entendu ces derniers jours. En revanche, ce n'est pas le cas de Camille. Il se met à tousser douloureusement et je relève les yeux vers lui, inquiète alors qu'il est à deux doigts de s'étouffer et qu'il fixe l'écran, incrédule. Malgré moi, je reporte mon attention sur la télévision. Ha oui, bien sûr. Cette histoire de cheval, Camille n'était pas encore au courant. Je le regarde pâlir et j'essaye d'imaginer ce qu'il est en train de penser. Si on devine l'existence d'autres créatures surnaturelles, lui aussi sera en danger. Il a l'air inquiet, dépassé et sa réaction m'angoisse. Il y a autre chose derrière tout ça, j'en suis sûre, même si je n'ai aucune idée de ce que ça peut être. Est-ce que ça a un rapport avec les loups, avec les vampires ? Je ne sais pas, je ne sais plus rien, des centaines de scénarios catastrophe grondent son mon crâne et je dois monopoliser toutes mes ressources pour ne pas me laisser envahir. Je n'arrête pas de me répéter que je peux me tromper, que toutes mes déductions sont probablement fausses, qu'il suffit d'une petite chose que j'ai comprise de travers pour changer tout ce que je crois savoir. Finalement, tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. Camille relève les yeux vers moi et je vois presque les rouages de son esprit tourner à toute allure. Il m'explique que ce n'est rien, qu'il a juste avalé de travers. Bien. Il veut me rassurer, il veut croire que je ne sais rien, que je n'ai rien compris, alors je vais faire comme si. J'acquiesce sans un mot et me penche vers lui pour lui frotter doucement le dos. La toux semble avoir réveillé la douleur et il se lève pour aller chercher ses médicaments dans son sac. Tout son corps est tendu, sa mâchoire crispée et je détourne les yeux pour ne pas qu'il me voit l'observer. Il revient s'asseoir tandis qu'on parle dans l'émission de l'assassinat du prince Léopold. Le nom de Krystel Raybrandt me pousse à me concentrer à nouveau sur l'écran où une photo de l'intéressée apparaît. Je me sens pâlir à la vue de cette reine des glaces vampirique. Le souvenir de sa lettre, de la crise d'angoisse de Camille, des révélations sur son passé… tout ça me revient de plein fouet et j'ai soudain envie de pleurer. Je suis nerveusement épuisée et cela me rend un peu trop émotive. Camille éteint la télévision et je baisse les yeux vers mon assiette où je triture le reste du contenu du bout de ma fourchette. Camille prend ses antidouleurs et essaye de prendre un ton léger pour parler de tout ça. Je préférerais qu'il ne parle pas. Pour le coup, ses efforts me sont pénibles, ces faux-semblants, ces mensonges par omissions… tout ça me fatigue et me peine. Oui il s'en est passé des choses… et ce n'est que du côté vampirique. Il est évident qu'il s'est passé quelque chose à Wolfheaven le même soir, celui où Camille a été blessé, mais l'information n'a pas filtré dans les médias. On peut au moins reconnaître cette qualité aux loups, ils savent être discrets. Ce qui se passe dans la meute, reste dans la meute.
La main de Camille se pose sur la mienne et m'oblige à reporter mon attention sur lui.
Je souris légèrement à son compliment. J'espère qu'il dit vrai, pour ma part, tout ce que j'avale a un goût de carton.

Je me lève, me soustrayant à sa main et à son regard pour débarrasser la table. Je ne propose pas de dessert, je sais que ni lui ni moi n'arriverons à en avaler un morceau. Je nettoie rapidement la vaisselle et mets au frigo le reste astronomique de spaghetti. Il faudra que j'en congèle un peu pour ne pas tout perdre. Tourner le dos à Camille m'aide à reprendre un peu contenance.
Une fois la corvée terminée, je me dirige vers ma valise et en sort l'un des dvds qu'il m'avait dit ne pas avoir vu lors de mon déménagement. Je lui montre le boitier et demande avec un petit sourire :

"Tu veux regarder un film ? J'en ai ramené quelques uns."

Je frissonne. Toujours ce froid. Bon sang, je n'arrive pas à me réchauffer.
Je mets le disque dans le lecteur et vient m'installer à côté de mon petit-ami blessé, tirant le plaid sur nous deux dans l'espoir de grappiller un peu de chaleur. J'aimerais me glisser dans ses bras mais j'ai peur de lui faire mal alors je me contente d'entrelacer mes doigts aux siens.
Nous ne parlons pas pendant le film et je m'étonne que Camille arrive à le regarder jusqu'au bout tant il a l'air fatigué. Mes yeux aussi papillonnent mais je sais que ce n'est qu'un leurre. Dès que je me serai couchée, je serai incapable de dormir.

Je me lève et lui tend la main pour l'aider à en faire de même. Je sais qu'il n'a pas besoin de mon aide pour ça mais j'en profite pour passer délicatement mes bras autour de sa taille et poser très doucement ma tête sur son torse. Je ferme les yeux quelques instants pour écouter le rythme apaisant des battements de son cœur avant de lever les yeux vers lui. J'ai peur. Je sais que c'est ridicule mais j'ai peur. Je n'arrive pas à me l'expliquer, tout ça me semble irréel tant j'ai cru que je ne le reverrai plus jamais, que je ne partagerai plus un seul moment de mon existence avec lui. Cette fausse normalité me perturbe plus que je ne saurais le dire. Je l'embrasse avec tendresse, ce qui parvient partiellement à me détendre.

"Allez, au lit maintenant. Viens…"

Je l'attire de son côté du lit et me mets à défaire les boutons de sa chemise puis je la lui enlève prudemment avant de la plier et de la déposer sur une chaise. Puis je l'invite à s'asseoir sur le lit et je lui enlève son jean. C'est bien la première fois que je fais ça sans une idée derrière la tête… cette pensée me fait sourire tandis que je repousse draps et couverture pour qu'il puisse s'installer. Je grimace à chacun de ses mouvements de peur qu'il ait mal et je ne peux m'empêcher de dire :

"Fais attention. Je reviens."

Je m'éclipse dans la salle de bain pour enfiler un long tee-shirt pour dormir, me démaquiller et me brosser les dents. Mon reflet dans le miroir me déprime. Oubliée la bonne mine artificielle de ce matin. Il ne reste plus que moi, cette épave. Je me force à sourire. Même au bout du rouleau, un sourire aide à avoir l'air moins cadavérique. Je secoue la tête face à ma bêtise. Je suis gelée. Je me glisse dans un gilet avant d'aller rejoindre Camille dans le lit. Je me mets sur le côté pour l'observer et vient déposer un nouveau baiser sur ses lèvres:

"Bonne nuit…"


Je reste là, comme ça, jusqu'à ce qu'il finisse par s'endormir. Apaisée, je tente tout de même de fermer les yeux pour chercher le sommeil. J'ai froid, j'ai peur, je me sens nauséeuse. Je me retourne plusieurs fois avant de rendre les armes. Je laisse échapper un soupir. Je n'arriverai pas à dormir. Les bras de Camille me manque, sa chaleur, son souffle, les battements de son cœur, j'ai beau être à côté de lui, ce n'est pas suffisant. C'est tout contre lui que je voudrais être, peut-être qu'ainsi j'arriverais à dormir, mais c'est impossible pour l'instant.

Je me relève pour aller fouiller dans mon sac à main. Je prends deux somnifères avant de reposer la boite dans le sac et le sac au pied de la table basse. Je regarde Camille dans la pénombre et je me dis soudain que ce n'est pas une bonne idée de dormir près de lui. Si j'ai le sommeil agité je risque de lui faire mal en me collant à lui. Il vaut mieux que je dorme sur le canapé. Je retourne enfiler mon jean, pour avoir moins froid et pique une couverture dans la commode avant de m'installer le plus confortablement possible.

En attendant que mon organisme ne se laisse vaincre par le sommeil, je fixe le plafond, l'esprit carburant toujours à mille à l'heure. Rien n'est résolu, rien n'est arrangé. Camille a raison quand il dit que rien ne sera jamais simple pour nous. Et ça me fait peur. Les ombres de la pièce me font peur. Tout me fait peur. Je ferme les yeux pour ne plus les voir, pour ne plus penser et j'enfouis mon visage sous les couvertures. Et enfin, je sens la somnolence prendre le dessus. Si c'est du soulagement que je ressens d'abord, bien vite, celui-ci se transforme en angoisse, comme tous les soirs. Je déteste l'effet que ces médicaments ont sur moi… je ne contrôle plus rien, mon corps m'abandonne, et je sombre dans un sommeil lourd, sombre, sans rêves.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Jeu 19 Sep - 15:28




 Everything you touch surely dies


Rebecca se mit à s’agiter, je la sentais relativement instable elle aussi alors je ne bronchai pas tandis qu’elle rangeait tout. Je voulus me joindre à l’effort et débarrassai avec elle la table. Elle allait trop vite pour moi et je la laissai faire seule à contre cœur la vaisselle en me sentant coupable de lui donner tout le boulot à faire. Je profitai de ce moment pour allumer mon portable et envoyer quelques messages à Alan à propos du cheval depuis le fauteuil. J’aurai pu prendre mon pc, vérifier mes mails mais je savais que je ne supporterai plus rien aujourd’hui nerveusement alors je m’abstins d’en rajouter sur mes épaules. Ma jolie brune revint à moi avec un dvd dans les mains et je hoche de la tête positivement à sa proposition. Nous devions nous changer les idées. Elle frissonnait, je le voyais clairement – merci à mes sens affûtés. Elle confirma mes observations en nous couvrant d’un plaid. Je voulus la caler contre moi mais elle sembla imposer une certaine distance – sécurité pour mes blessures ou choix personnel par rapport à tout ce qui avait et n’avait pas été dit ? Je n’aurais su le dire mais respectai sa décision en nouant mes doigts aux siens. Je ne suivis rien du film, mon esprit divaguait. J’essayai de relier les événements entre eux, déduire les causes des conséquences. L’image de la Reine dansait dans mon esprit, ses menaces me revinrent. Etrange que tout se bouscule alors qu’elle m’a ouvertement informé de ma capture par deux fois. Est-ce que c’était possible ? Avec elle, tout semblait possible. Elle n’avait aucune limite et je l’avais trahi. Un pauvre et faiblard métamorphe s’était joué d’elle, sa fierté et son orgueil démesurés avaient dû en prendre un sale coup. Rien que pour ça, elle ne me pardonnerait pas. De toute façon, les nocturnes ne connaissaient que la vengeance et pas le pardon. Je gardai cette conclusion dans un coin dans mon esprit. Si elle était mêlée de près ou de loin à tout ça… Qu’est-ce que j’allais devoir faire pour déjouer ses plans ? J’avais la nausée. Je savais que ça finirait par arriver pourtant.

Le sommeil vint doucement reprendre ses droits comme pour affaiblir ma panique intérieure, pour me préserver de nouvelles crises de stress. Il fallait que mon corps récupère avant que je puisse aller de l’avant. Je tenais bon jusqu’à la fin de notre distraction et la laissai décider de la suite du programme. J’eus enfin droit à une étreinte, mes mains glissèrent dans son dos. Je remontai la gauche jusqu’à ses cheveux. J’étais limité dans mes mouvements à cause de ma fichue épaule et ça m’énervait au plus haut. Elle me força presque à gagner mon lit. Elle me maternait tellement que ça commençait gravement à me rendre coupable et mal à l’aise. Ça ne me plaisait pas tellement mais je n’avais pas assez d’énergie pour jouer au plus fort des deux. Elle me déshabilla prudemment et je n’aimais officiellement pas que les motifs soient juste ma  convalescence – c’était réellement perturbant et gênant dans ces termes. Elle craignait tellement de me faire du mal que les expressions qui roulaient sur son visage me crispait plus que la douleur elle-même. Je m’enfonçai dans les draps et soupirai à sa phrase avant de l’observer filer. Houlà oui, j’étais en danger au fond de mon lit. Je me passai une main sur le visage. Je ne devais pas devenir aigri comme ça. Elle voulait bien faire et je n’étais pas habitué à tout ça. Je répondis une dernière fois à mon meilleur ami avant d’éteindre mon portable et de le poser sur la table de chevet. Je méditai encore un peu sur ma théorie qui impliquerait la Reine et finalement, regardai Rebecca me revenir. Elle semblait encore plus… pâle, moins vivante et si maigre. Mon estomac fût encore plus retourné autant que mon cœur. Mon regard s’assombrit et je décidai aussi de le voiler. Je n’étais officiellement pas sûr d’avoir pris la bonne décision nous concernant. Elle n’était pas assez forte finalement pour me supporter et supporter mon existence compliquée. Qui le serait en même temps ?

Encore et toujours cette distance. Si elle savait comme je m’en fichais de souffrir un peu tant que je pouvais l’avoir dans mes bras… Je ne luttai pas contre sa volonté et répondis à son bonne nuit avant de lentement tomber dans les limbes. Encore une forêt, toujours des sapins, des cris, des râles. Mais au-dessus de ma tête, ce n’est pas le tigre, c’est Krystel. Ce sont ses dents dans ma chair, elle aspire ma vie peu à peu, ses ongles sur ma poitrine tracent d’autres sillons. Elle va me tuer. Je me réveillai d’un bond et écartai les draps de mon corps. C’était elle. Elle avait forcément un lien avec ça. Elle savait pour les loups garous, elle me l’avait mentionné dans son message vocal. Comme par hasard, la mutinerie juste après ses menaces. Mon instinct accru – grâce au corbeau, s’était manifesté  dans une forme tout à fait convaincante. Je ne doutais plus. Mais comment était-elle parvenu à ça ? J’allais le découvrir mais d’abord, je devais me calmer. Mon sursaut m’avait déchiré littéralement l’épaule et avait amplifié ma nausée avec la douleur qui avait déjà débuté la veille. J’avais trop mangé et avec le stress, tout me restait sur l’estomac. Un énième haut le cœur me força à m’extirper des couvertures et à courir jusqu’à la salle de bain. Je vomis dans les toilettes tout ce que je n’étais pas parvenu à digérer de la nuit avant de retomber mollement sur le carrelage. Je respirai de grandes goulées d’air. Il fallait que je me calme. Krystel Raybrandt avait du pouvoir mais elle n’était pas invincible. Personne ne l’était. Nous allions nous en sortir. Nous allions trouver des solutions. Je n’étais pas seul. Je me rinçai la bouche très vite et sortis de la salle de bain. Je me rendis compte alors que ma jolie brune avait passé sa nuit loin de moi, sur le canapé.

Cette vision me mit en colère malgré moi. Bon sang, je n’étais pas en papier non plus. Si je ne craignais pas de la faire tomber, je l’aurai portée jusqu’au lit. Je serrai la mâchoire et tournai le regard vers l’horloge. Quelle heure ? 9h00. Je me dirigeai vers la cuisine très silencieusement mais pas assez bien réveillé. Je trébuchai sur son sac sans le vouloir et m’insultai mentalement. Je l’observai. Elle dormait toujours malgré ma précipitation au réveil et le bruit que je venais de faire. En voulant ramasser ce qui s’était échappé de sa sacoche, je compris pourquoi elle n’avait pas ouvert l’œil. D’une main tremblante je m’emparai des somnifères. Merde. Une vieille anecdote m’avait toujours éloigné de ces saloperies même quand j’enchaînai les insomnies. Une personne de mon entourage en avait trop consommé – de son plein gré ou non, nous n’étions pas sûr, et en était décédée. A quoi jouait Becky ? Je glissai ma main dans mes cheveux toujours accroupi. C’était sûrement de ma faute. Putain. J’allai devoir me secouer. Il fallait que j’arrête de l’inquiéter. J’avais son bonheur et sa santé mentale dans les bras maintenant. Il fallait que je me mette ça dans le crâne. J’inspirai profondément et remis ma découverte là où elle se trouvait, rangeant les dégâts. J’ignorais si je lui en parlerais mais j’allais silencieusement veiller à ce qu’elle ne consomme plus cette saleté. Je m’approchai d’elle alors et m’abaissai pour la contempler. Bon. Je refusais que le schéma de la veille se réapplique aujourd’hui. J’allais me ressaisir. J’avais des gens sous ma responsabilité, quelqu’un à protéger. Je laissai ma copine dormir et filai droit vers la salle de bain. J’emportai avec moi des fringues et décidai de me débrouiller tout seul. Ça faisait plus de onze jours, douleur ou pas cette fichue épaule allait coopérer. Je refusai que Rebecca me materne encore comme un enfant. J’allais lui prouver que je savais me gérer.

Je me lavai du mieux que je pouvais sans passer par la case douche qui m’était toujours interdite et réussis à enfiler mes sous-vêtements à une main en m’aidant de l’autre uniquement quand c’était nécessaire. De toute façon, ankyloser mon épaule serait aussi stupide alors bon. Je me débrouillai même plutôt bien pour passer mon jean et n’eus aucune difficulté à le fermer. Bien. Maintenant. J’observai les bandages. J’allais devoir m’occuper de ça. J’avais plus ou moins appris à Wolfheaven à comment les refaire tout seul. Après m’être recousu tout seul par le passé, cette épreuve me semblait bien dérisoire finalement. Je défis prudemment chaque bande en prenant bien le temps et en étudiant chaque mouvement à la lettre. Chaque élancement crispait mon estomac vide mais c’était supportable. J’allais m’habituer à ça. Quand j’atteignis mon épaule, je fronçai les sourcils, ébahi devant mon miroir devant la plaie. J’allais avoir des cicatrices. J’observai l’ensemble de mes blessures avec perplexité. Le médecin avait bien bossé. J’avais été salement amoché. J’eus une pensée pour ceux qui m’avaient élevés et j’imaginai facilement les réactions qu’ils auraient à l’idée que je présente de pareilles blessures. Ils m’enverraient dans un hôpital hors de prix pour… Ce songe et la loufoquerie de cet acte m’arracha un léger sourire. Je m’en fichais moi d’être marqué. De toute façon, je doutai que les plaies sur la cage thoracique laissent réellement une empreinte. L’épaule par contre… Mais je pourrai vivre avec. J’étais en vie après tout, c’était le plus important. Je sortis mon kit médical de l’armoire et désinfectai l’ensemble avant de refaire l’exercice de la momie toujours très prudemment. Au prix de tiraillements insoutenables, je réussis à atteindre un résultat plus ou moins satisfaisant. J’essuyai la sueur froide de mon front. Bon maintenant, enfiler la chemise. J’étouffai trois gémissements en passant mon bras droit dans la manche. Maintenant pour la boutonner… devoir lever le bras si haut encore me rendait malade. Je pliai mon bras droit et me débrouillai pour la fermer quasiment jusqu’en haut. Après ça, je crevais de mal de partout mais j’étais satisfait de moi. Antidouleurs nécessaires maintenant. Je me re-lavai les mains et observai mon teint livide, mes joues trop creuses. Un cadavre. Déprimant.

En retournant au salon, je jetai un œil à l’heure. J’avais mis une heure. Terrifiant. Enfin, c’était fait. J’étais propre, habillé. Bref, tout était normal et techniquement rassurant. Je me penchai vers ma belle brune. Je n’étais pas rassuré qu’elle dorme d’un sommeil artificiel. J’analysai sa respiration en m’accroupissant près d’elle, très anxieux. Je glissai mes doigts dans ses cheveux ensuite et posai mes lèvres sur son front. « Becky… »  Mes doigts vinrent se perdre sur sa joue, sa nuque. « Il est plus de dix heures… »  Mon pouce roula sur sa pommette à nouveau, elle avait tellement maigri...  Elle n’arrivait pas à émerger. Mon rythme cardiaque fit plusieurs embardées. « Tu veux encore dormir un peu ? » Ma bouche cueillit son cuir chevelu. Bon, elle ouvrait au moins ses yeux mais le spectacle m’arrachai littéralement le cœur alors je lui murmurai doucement « Prends ton temps. » avant de redresser en m’appuyant sur la table basse et me diriger vers les placards. J’en tirai un verre et me servit de l’eau. Je n’étais pas sûr qu’après mon petit épisode de ce matin, il soit bon pour moi de prendre deux médicaments sur un estomac vide. Je les avalai après m’être forcé à engloutir la moitié d’une tranche de pain à la va vite. Je profitai du réveil difficile de Rebecca pour prendre mon portable et envoyer des messages aux miens pour la réunion du 30, installé dans le fauteuil à côté du sien. Quand elle fût plus ou moins parmi les vivants, je lui répliquai très calmement. « Je pensais que mon matelas était plus confortable que ce canapé tout de même. » Je lui offris l’ébauche d’un sourire. « Tu veux du café ? » Je me levai sans attendre sa réponse et allait faire fonctionner la cafetière. Oui, j’avais décidé de me reprendre en mains et me surpasser malgré ma fatigue chronique. Pour elle principalement.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Jeu 19 Sep - 23:30




 Everything you touch surely dies




Le monde extérieur m'appelle, enfin je crois. Je fronce les sourcils sans parvenir à ouvrir les yeux alors qu'une voix douce et bienveillante essaye de m'extirper des limbes. Je ne suis pas certaine de vouloir émerger. Tout ce qui m'attend là-bas c'est le froid et la douleur. Je suis bien ici, non ? Non, non, je ne suis pas bien, je suis seule, seule sans… Camille… Il est là-bas, lui, il m'attend, n'est-ce pas ? Il faut que je me réveille. Une douce caresse me fait frissonner et mes yeux se mettent à papillonner alors qu'on dépose un baiser dans mes cheveux. La lumière est trop vive, les sons trop forts. Quelle heure a-t-il dit qu'il était ? Je grimace. Une question. Je secoue la tête. Je veux me lever mais mon corps n'est pas encore tout à fait là, ma tête non plus d'ailleurs. Les intonations chaleureuses de Camille m'encouragent à prendre mon temps et j'acquiesce en refermant les yeux quelques instants avec soulagement. Je ne veux pas me réveiller, je ne veux plus dormir… je ne sais plus où j'en suis. J'entends des bruits autour de moi. Ca y est… la réalité me rattrape, les dernières traces de mon sommeil de plomb s'effacent. Les matins sont toujours difficiles après la prise de somnifères. Je peux avoir dormi douze heures que mon organisme ne se sent pas reposé pour autant. Il me fait regretter cette pause forcée par des nausées et un début de migraine lancinante. J'étouffe un gémissement et me force à me redresser en passant une main lasse sur mon visage. Camille est assis sur le fauteuil à côté de moi. Sa remarque indirectement désapprobatrice me fait grimacer et je lui lance une moue penaude assortie d'un petit sourire désolé : "Il l'est…"
Camille me demande si je veux du café et j'acquiesce en me frottant les yeux. C'était une mauvaise idée. Le canapé, les somnifères, tout ça… surtout ici. Il aurait pu arriver n'importe quoi j'aurais été incapable d'intervenir pour aider Camille. Bon sang, je suis totalement à l'ouest… il faut que je me reprenne en main, mais honnêtement, je ne sais pas par où commencer. J'observe Camille dans la cuisine et fronce les sourcils : "Tu t'es changé ? Tu as refait tes bandages tout seul…?"
Je n'ai pas pu dissimuler l'inquiétude et la déception dans ma voix et cela augmente encore ma culpabilité. Bravo Rebecca, voilà ce qu'il se passe quand tu fais n'importe quoi ! Ca a dû être un calvaire et il a dû se faire mal ! Tu n'es vraiment qu'une égoïste ma pauvre… non, non, ce n'est pas vrai. C'est pour lui que je voulais dormir, pour être en forme, pour pouvoir l'aider. Oui, je voulais l'aider pour ses soins, même si de toute évidence… il n'a pas vraiment besoin de moi… Oui, vraiment, bravo, Scott.
C'est idiot, mais je me sens encore plus inutile et encombrante à présent. A quoi je sers si je ne peux pas l'aider ? Si je ne peux pas lui montrer, d'une façon ou d'une autre, que je suis là pour lui, que je veux prendre soin de lui ?  
Je laisse échapper un soupir et repose ma tête en arrière sur le dossier du canapé en fermant à nouveau les yeux. Je divague, je ne suis pas vraiment moi-même ces derniers temps. J'ai l'impression d'être constamment sur les nerfs. Peut-être parce que je prends beaucoup sur moi et j'ai ce trop-plein d'émotions négatives que je n'arrive pas à évacuer. La peur continue à rythmer ma vie, à la façonner, à la détruire… je suis tellement fatiguée d'avoir peur…  moi qui voulais soulager Camille, je ne fais que l'accabler davantage… quelle petite-amie je fais… j'ai honte.
Je me redresse lorsqu'il me rejoint et attrape le mug qu'il me tend avec un petit "Merci" juste avant qu'il ne m'embrasse pour me dire bonjour. "Désolée, je ne comptais pas dormir autant…ça fait longtemps que tu es debout ?"
Je trempe mes lèvres dans le breuvage mais la première gorgée suffit à me retourner l'estomac et je repose la tasse sur la table basse alors que Camille me demande si je veux aller m'aérer un peu. Je relève la tête, surprise. Sortir ? Dehors ? Tous les deux ? J'avoue que je ne m'attendais pas à cette proposition et je bredouille: "Ho.. heu, oui mais… tu es sûr d'être en état pour ça…?"
Je me mords la lèvre en comprenant que ma question ne lui plaît pas. Misère, à quoi je pense ? C'est un homme et c'est bien connu, la fierté masculine n'admet aucune faiblesse… le pauvre, j'ai du l'embarrasser et le vexer hier… je fais vraiment n'importe quoi. "D'accord… si… si c'est ce que tu veux, il faut juste que… je me prépare…. J'en ai pas pour longtemps."
Je fuis vers la salle de bain et m'y enferme avec ma valise. Je m'adosse contre le mur et me prends la tête entre les mains. Il faut que je me reprenne. Il faut… il faut… je me mords la lèvre et ferme les yeux. Il faut que je… je ne sais plus… je me poste devant le miroir en détaillant mon reflet perdu. M'habiller, me maquiller, me coiffer. Voilà ce que je dois faire. Une chose après l'autre, chaque chose en son temps, je n'arriverais pas à faire plus pour l'instant de toute façon. Je me débarbouille rapidement, enfile un jean brun, une chemise beige et un gilet chocolat. Je me démêle les cheveux et tente de camoufler mes cernes et ma pâleur derrière un joli maquillage, naturel, sobre, mais frais. Un peu de blush, un joli et discret rouge à lèvre, un trait de crayon sur les yeux et j'arrive presque à me trouver jolie. Voilà, se concentrer sur une chose à la fois m'aide à reprendre mon calme. Je finis par enfiler une paire de boucle d'oreille et un sautoir avant de m'observer d'un air critique dans le miroir. Bon, bon, bon. Ce n'est pas si mal. Je ne pourrai pas faire mieux de toute façon.
Je prends une longue et profonde inspiration avant de quitter la salle de bain pour rejoindre mon petit-ami. Il est sur son PC mais relève les yeux vers moi et je me force à lui sourire: "Je suis prête… on peut y aller dès que tu as fini!"
J'essaye de me montrer un peu plus vivante et enjouée. Sortir va nous faire du bien, on en a vraiment besoin.

J'attrape mon sac et enfile mes bottines en daim pendant qu'il me rejoint. On quitte l'appartement et l'immeuble en silence avant de nous mettre à marcher. Il fait exceptionnellement beau après la morne grisaille des derniers jours. Enfin, je crois, à moins que mon état m'ait empêché de voir le soleil et de ressentir ses bienfaits. Bien sûr, il fait encore un peu frais, encore que ça puisse aussi venir de moi, mais les rayons du soleil me sont tout de même agréables.
"Tu veux aller quelque part en particulier ?"
On se met à marcher côte à côte, d'un pas lent et détendu, sans destination apparente.
Je frisonne. Encore.
Camille m'attire soudain contre lui en passant son bras valide autour de mes épaules. Je me laisse faire en souriant, sans protester, et me cale avec délice contre lui. Sa proximité et sa chaleur m'ont manqué. Je glisse à mon tour prudemment mes bras autour de sa taille et pose ma tête dans le creux de son épaule. Peut-être que j'ai été trop alarmiste... peut-être qu'il a raison et que je m'inquiète trop… mais c'est normal, non ? Après ce qu'il s'est passé… c'est… humain…
Je respire profondément et raffermit ma prise sur mon petit-ami. Je n'arrive pas à apaiser le fils de mes pensées, j'ai besoin de distraction.
"Tu ne m'as pas dit… combien de temps est-ce que tu es en arrêt de travail ?"
Je n'ai pas envie qu'il retourne là-bas, au beau milieu des loups. Je voudrais qu'il n'y mette plus jamais les pieds. Je voudrais pouvoir le garder avec moi pour toujours. Mais il me semble difficile de vivre d'amour et d'eau fraîche, même avec la meilleure volonté du monde…moi-même je retournerai bientôt travailler à l'Université. La rentrée est dans une dizaine de jours à peine pour les élèves, un peu moins pour le Professeur Doyle et donc pour moi-même… mon dieu rien que d'imaginer le quitter me brise déjà le cœur alors même que je suis tout contre lui. Je n'ai plus aucun recul par rapport à tout ça, c'est une catastrophe…je suis une catastrophe...
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Ven 20 Sep - 1:36




 Everything you touch surely dies


Je mis la cafetière en route et ne préparai qu’une seule tasse lui étant destinée. Si je buvais ça, je savais que mon estomac encore bien dérangé, n’y survivrait pas. J’allais attendre qu’il se calme un peu avant d’ingurgiter quoique ce soit. Il fallait déjà prier pour que les médicaments fassent leur effet et que je puisse supporter leur poids dans mon système digestif. Le son de sa voix ensommeillée exprima alors une émotion qui m’était familière, elle semblait déçue. Je m’en voulus un peu d’avoir fait tout ça derrière son dos, même si au fond, je continuais à penser avoir bien agi. Je pris une tasse dans un des placards et répondis simplement. « Oui. Vu qu’on m’avait montré comment me débrouiller seul ... En soi, ce n'était pas compliqué. » Je n’insistai pas plus lourdement sur cette histoire en ajoutant que j’étais un grand garçon. Je percevais bien sa déception pour ne pas en rajouter une couche. Je n’allai pas lui servir non plus l’argument qui tuait – j’avais déjà dû me raccommoder tout seul par le passé, ça l’inquiéterait davantage sur le fait que je menais une vie dangereuse. Ce qui n’était pas faux en ce moment. Le café prêt, je le versai dans le mug sorti et lui apportai. Je glissai mes lèvres sur les siennes furtivement en guise de bonjour avant de m’asseoir à nouveau non loin d’elle. « Un peu plus d’une heure et pourquoi tu t’excuses ? Tu as aussi besoin de sommeil. » L’épisode des somnifères m’obligeaient à dissimuler une grimace derrière un début de sourire étudié. « Ça te plairait d’aller t’aérer un peu ? » Je ne nous voyais vraiment pas rester ici à tourner en rond et à remuer la gravité de mes blessures ainsi que ma presque disparition. Il fallait qu’on sorte, qu’on vive normalement loin de tout ce surnaturel que je ne cessais pas d’amener dans le quotidien de Rebecca à mes dépends. J’habitais dans un endroit assez reculé, j’espérais ne pas croiser d’autres personnages cherchant à me faire la peau. Je soupirai à ce songe et réalisai que de toute manière, où que j’aille, je serais quelque part en danger. Il n’y avait pas de risque zéro comme le disait Alan alors bon, autant ne pas trop s’en faire. Que m’arrivait-il ? Je commençais juste à faire dans le fatalisme. J’allais finir par crever un jour comme ça, stupidement. Et Becky dans tout ça ? Cette question me fit mordre l’intérieur de ma joue. J’ajoutai précipitamment à son interrogation, un peu vexé malgré moi. « Bien sûr. Je ne suis pas en sucre et mes jambes fonctionnent très bien. »

Elle fila se changer sans émettre d’objections et je remarquai alors la tasse remplie sur la table. Je fronçai les sourcils avant d’aller chercher mes chaussures pour les enfiler tant qu’elle ne pouvait pas me voir. Je me pliai pour faire les lacets et étouffai d’autres plaintes entre mes dents avant de m’emparer de mon pc afin de consulter mes mails. Je lu la plupart, répondis aux plus urgents et puis, elle réapparut. Même dans cet état, même ravagée par ces derniers jours, elle était toujours aussi superbe à mes yeux – avec ou sans maquillage d’ailleurs. J’aurais juste voulu éviter de ternir son éclat avec mes conneries. Je me renfrognai avant de lui offrir l’ébauche d’un rictus. Je refermai mon ordinateur et ponctuai ce geste d’un   « On peut y aller alors. » Nous quittions donc la sécurité partielle de mon appartement. La vue de l’escalier m’aurait presque fait pâlir mais je n’en montrai rien. Bien sûr que sortir allait être un petit challenge vu mon état. Mais ça en valait la peine. Ça me rendait plus malade de la voir si mal, d’en être responsable et de la regarder comme ça accablée dans ce minuscule studio minable. Il fallait lui changer les idées. Il fallait que je lui redonne vie, d’une façon ou d’une autre. Je me focaliserai que sur elle pour les jours à venir -  enfin si on omettait les détails de la réunion à mettre au point par moment. Je venais à peine de me lancer dans cette histoire, je ne comptais pas tout faire foirer dès le début bien que j’avais déjà bien commencé. Je détruisais vraiment tout ce que je touchais. Une fois dehors, elle me demanda la direction. Elle fût toute indiquée. « Le port. On va aller voir comment la mer se porte. » Là où il y a beaucoup, beaucoup de vent et où je pourrai me relaxer bien plus. L’oiseau frustré dans ma tête acquiesça silencieusement. Repos forcé.

Nous nous mettions à marcher et je menai la danse d’un pas lent, prudent, tranquille. J’avais peu de force, autant les ménager. Il y avait toujours trop de distance entre elle et moi, ça commençait relativement à me stresser alors je la pris sans tarder contre moi en enroulant de mon bras ses épaules – si frêles afin que nous évoluions l’un contre l’autre. Elle resserra soudainement sa prise autour de ma taille et je compris pourquoi très vite. Je déposai mes lèvres délicatement contre son cuir chevelu afin de l’apaiser avant de lui répondre. « J’ai démissionné. » Enfin, dans les faits, j’avais émis mon désir de ne plus y travailler. Il fallait encore que j’écrive la lettre mais bon dans ma tête, c’était officiel. J’avais quelques économies de côté, j’allais gérer le temps de trouver autre chose. Je ne m’inquiétai pas vraiment.  Après tout ce qu’il s’était passé, je me voyais mal revenir à la Lune Bleue et devoir travailler avec des gars qui ne voulaient pas de l’alliance, donc de moi, des miens. C’était peut-être une mauvaise chose pour nos rapports mais j’avais l’impression que ça risquait de les compliquer plus en continuant le forcing de la sympathie que j’essayais d’instaurer depuis le pacte. Tant pis. « Et je n’ai aucune idée dans quoi je vais pouvoir me réorienter… Mais plus jamais barman... Enfin, si je peux l’éviter. » Ça ne m’avait clairement pas plu. Je ne m’étais pas encore pris la tête à savoir dans quoi je finirais, j’aviserai en fonction des offres d’emploi.

Nous atteignions très calmement les quais, bouger me faisait plus de bien que je ne l’aurais cru. Mes muscles avaient été trop à l’arrêt, s’oxygéner de cette façon, ne pouvait pas faire de torts. Je guidai ma jolie brune vers un coin assez isolé, plutôt sauvage comparé au reste du port que j’avais découvert lors d’une errance sous forme animale et l’amenai  jusqu’à un vieux ponton en bois que je jugeais avoir beaucoup de charme. Je l’invitai à s’y asseoir avec moi, c’était assez haut pour que nos pieds ne touchent pas l’eau sur les rebords. J’avais besoin d’une pause de toute façon, j’étais déjà lessivé. La bourrasque ici ne nous épargnait pas et ça me fit la sensation d’une renaissance. Je calai Rebecca encore plus contre moi en passant mon bras gauche autour d’elle et en la frictionnant quand je réalisai qu’elle avait la chair de poule. « Tu veux qu’on rentre ? » Je la jaugeai d’un regard avant de me pencher pour l’embrasser doucement puis de garder mon front contre le sien. Ici, nous semblions seuls au Monde, à l’abri des regards, à l’abri de tout. Je me sentais plus serein, plus en phase avec moi-même. J’aimais ce lieu et j’aimais ce sentiment de liberté qui l’accompagnait. L’horizon, la mer à perte de vue, la bise encourageante la fuite. Je ne me sentais pas enfermé, en cage. Ici, je me sentais davantage chez moi. Alors j’osai prendre la parole. « Ce n’est pas facile d’être ma petite amie, pas vrai ? Tu comprends pourquoi j’étais aussi réticent à la base ? » Je glissai mon pouce sur ses lèvres. « Becky, je ne suis pas doué pour les relations sentimentales. Mais pour toi, je veux bien faire tous les efforts du Monde. Je sais que je te l’ai déjà dit hier mais… Je suis vraiment désolé de t’avoir laissé plus de sept jours dans l’ignorance. Je n’aime pas te voir aussi … mal. »  Je plaçai ma main sur sa joue.   « Je  sais que nous n’y pouvions rien y faire, ni toi… Ni… moi, je suppose. Je ne veux plus t’infliger des épreuves pareilles et crois-moi que je ferais tout pour que ça ne se reproduise plus. Si tu savais comme j’aimerais être celui qui te fasse sourire, rire, vivre, qui te permette de t’épanouir. J’ai juste l’impression de t’abimer depuis le début et de te voler ton énergie jusqu’à ce que tu t’éteignes. J’ai peur de ça concrètement. »

Je replaçai ma main gauche contre son épaule et levai très prudemment le bras droit au prix d’un certain tiraillement jusqu’à sa main que je serrai dans la mienne. « Il y a des choses dont je ne peux pas te parler pour le moment. Tu disais hier que tu pouvais vivre avec nos secrets. Je ne pense pas que je le pourrais éternellement, moi. Un jour, je t’expliquerais sûrement tout. Parce que tu mérites de savoir. Parce que … Si on veut que ça marche, il va falloir qu’on se fasse confiance. » Je me mordis la lèvre un instant, conscient que je parlais beaucoup. C’était la nervosité et l’anxiété qui me faisaient tout déballer comme ça. Parce que j’avais peur de la perdre, peur qu’elle s’efface. Peur que tout ça ne soit qu’un rêve au milieu d’un gigantesque cauchemar. Parce que je n’avais plus qu’elle en ce moment pour espérer entrevoir un peu d’espoir dans tout ce qui m’arrivait. J’étais égoïste et l’Avenir me foutait la trouille. « Ça ne va pas être facile. Et je sais que les vérités sont parfois bien plus dérangeantes que les silences. Je ne suis pas prêt pour le moment à tout te dire mais… Je vais travailler là-dessus. »  Je nouai mes doigts aux siens. « Ça prendra du temps mais je veux prendre le risque avec toi. Que tu saches tout et si tu parviens encore à vouloir de moi après… Alors… »  Je respirai un grand coup. « … Alors… Ça prouvera que je me suis vraiment trompé sur toute la ligne. » Rachelle, ma nature, ma vie, l’amour, les gens, mes pêchés, mon crime. Mais nous n’en étions là. Rebecca était une merveilleuse personne mais j’étais tellement doué pour tout bousiller. J’ignorai jusqu’où nous irions, je n’essayais pas vraiment de le savoir. Je voulais juste être un minimum à la hauteur si c’était possible. Parce que … Parce que… Peut-être que j’étais ... moi aussi... Non. J’en avais assez fait pour là. Je ne pouvais pas survivre à tout même si j’essayai de m’en donner les moyens là. Je restai brisé par tous les événements, perturbé par cette relation avec Rebecca et puis toujours craintif de la suite. De blesser et d’être blessé. Mais je lui avais promis de bosser sur mes peurs. Alors bon. Je détournai le regard vers l’horizon et m’y perdis. Le corbeau m’enveloppa de sa force un peu plus. Rien n’était figé et si cette conception m’effrayait par le passé, là je me disais que c’était plutôt rassurant.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Ven 20 Sep - 23:59




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Camille a écrit:
« J’ai démissionné. »
Sous le choc, je lève les yeux vers Camille. Dire que je suis surprise est un euphémisme. Mais malgré tout, je suis soulagée, contente même. Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit qu'il m'explique qu'il n'a aucune idée de ce qu'il va faire. Je me colle un peu plus à lui en souriant, et lui caresse doucement le torse: "Tu as bien fait. Tu trouveras, j'en suis sûre…" Je me mets sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue tandis que nous continuons à nous diriger vers le port.
Nous marchons calmement et finissons par atteindre les quais. Camille m'entraîne dans un coin charmant sur un petit ponton en bois isolé. L'endroit est paisible, la vue magnifique. Je m'assoie avec plaisir à ses côtés. Le vent est vif et frais et je frissonne, mais ce n'est pas désagréable, surtout que Camille me sert plus fort contre lui et me frictionne pour me réchauffer. Il a l'air d'aller mieux. Il revit ici. Rester enfermés dans son studio ne nous fait du bien ni à lui ni à moi. Là-bas, le spectre de ces dernières semaines est encore trop présent. Mon départ, son absence, ses blessures, tout est trop intense là-bas. Dès que nous franchissons le seuil, nous parvenons à prendre un peu de distance avec tout ça et c'est ce dont nous avons besoin tous les deux. Je me promets de nous obliger à sortir nous aérer au moins une fois par jour.

Camille a écrit:
« Tu veux qu’on rentre ? »
Je plonge mon regard dans le sien et lui souris en secouant la tête : "Non, pas tout de suite…" Je lève mon visage vers lui et me laisse embrasser avant qu'il ne pose son front contre le mien. Je ferme les yeux un instant, pour profiter de ce moment. Nous sommes bien, ici, rien que tous les deux, loin du reste du monde. Un peu de normalité et de paix dans le chaos de nos vies…
Quand il reprend finalement la parole, ce qu'il dit me choque tellement que je me recule légèrement pour le regarder: "Ne dis pas ça…"
Doucement son pouce épouse le contour de mes lèvres tandis qu'il m'avoue qu'il n'est pas doué pour les sentiments mais qu'il est prêt à tous les efforts pour moi. Mon Dieu, il n'a jamais rien dit qui ressemble autant à une déclaration que ces quelques mots et alors qu'il continue, s'excusant encore pour cette semaine infernale que j'ai vécue alors qu'il était inconscient, je sens mes yeux s'embuer, émue. "Camille…"
Mon état le rend malade et je m'en veux d'ajouter ce fardeau à ses épaules: "Ce n'est rien, je t'en prie, ne t'inquiète pas. J'irai mieux très vite, je te le promets."
Et je le pense. Je vais faire des efforts, pour lui, parce qu'il a autant besoin de moi que moi de lui… Sa main vient cueillir ma joue alors qu'il me dit qu'il ne veut plus jamais avoir à m'infliger ça, qu'il fera tout pour que ça ne se reproduise plus et je vois à quel point il est sincère, à quel point il s'en veut alors même que, comme il le dit, ni lui ni moi ne pouvions faire quoi que ce soit. J'acquiesce en m'efforçant d'être rassurante : "Je sais bien, je sais tout ça, Camille. Je te crois."
Ce qu'il me dit ensuite me brise le cœur. Comment peut-il croire qu'il m'abime, qu'il me fait du mal, qu'il m'éteint ? C'est tout le contraire ! Je me sens vivre grâce à lui. Alors que sans lui, je ne suis qu'une coquille vide, une carcasse sans âme, un fantôme condamné à errer sans but. Je pose ma main sur la sienne et y frotte tendrement ma joue: "Tu te trompes, je t'assure. Tu n'as pas idée à quel point je te suis reconnaissante de tous les efforts que tu fais. Personne n'a jamais fait autant pour moi… C'est moi qui ai l'impression de ne pas être à la hauteur, de ne pas être bonne pour toi, de te tirer vers le bas plutôt que vers le haut…" Je lui souris tristement "Je ne suis pas vraiment la petite-amie idéale non plus."
Sa main gauche quitte ma joue pour glisser jusqu'à mon épaule tandis qu'il serre mes doigts dans les siens. A ma plus grande surprise, il évoque nos non-dits, ses secrets, les miens et à son instar je me mords la lèvre tout en acquiesçant à ses propos. Oui, bientôt, il faudrait que l'on se dévoile totalement, qu'on se prouve notre confiance l'un à l'autre si l'ont veut faire fonctionner notre histoire. Je le laisse continuer en silence alors qu'il entrelace nos doigts. Il n'est pas prêt mais il y travaille et il veut prendre le risque avec moi. Je souris, toujours sous le coup de l'émotion et l'attire plus près de moi pour l'embrasser. "Je suis tellement heureuse de t'avoir dans ma vie… n'en doute jamais."
Je l'embrasse encore et lui souris avant de reposer ma tête contre son épaule. Je laisse mon regard se perdre et mon esprit s'évader tout aussi loin. Cette discussion m'a fait du bien, elle m'a rassurée. L'avenir me fait toujours peur, mais avec Camille à mes côtés, je sais que j'arriverai à le surmonter. Sa nature ne sera pas un problème, la mienne, je l'espère, pas non plus. Nous arriverons à surmonter tout ça. Nous restons un long moment, l'un contre l'autre, à contempler l'horizon mais malgré le soleil, le froid finit par avoir raison de moi. "On y va ?"
Nous repartons en direction inverse, sans se presser, quand une bonne odeur m'attire sur un axe plus fréquenté. Mon regard se met à pétiller et je lance un regard amusé à mon petit-ami:
"On partage un hot-dog ?" Je ne me sens pas vraiment capable d'en avaler un entier mais cela me fait envie malgré tout. C'est suffisamment rare ces derniers temps pour ne pas laisser passer l'occasion. Toujours au bras de Camille, je l'entraîne avec moi vers le vendeur ambulant. Je le laisse payer –privilège de petit-ami- et nous repartons tranquillement vers l'appartement. Je prends une première bouchée avant de lui tendre le sandwich pour qu'il morde dedans à son tour, puis nous le finissons ainsi en grignotant à tour de rôle. Cela m'a presque éveillé l'appétit, mais je vais y aller en douceur. J'ai peur d'être malade si je reprends trop vite mes habitudes alimentaires. Quelques bouchées suffisent à me donner la nausée alors je n'imagine pas si je me mets à avaler les quantités astronomique que j'ingère normalement. Même si cela me sera plutôt utile pour essayer de reprendre le poids que j'ai perdu au plus vite… ça ne va pas être si simple, mais si je me force un peu, je devrais m'être remplumée d'ici un mois ou deux.
Le chemin du retour se fait en douceur mais c'est finalement avec soulagement que nous rejoignons l'appartement. Une fois à l'intérieur, je pose mon sac et laisse mes chaussures dans l'entrée avant de lui proposer : "Tu veux boire ou manger quelque chose ?" J'hésite à faire de la soupe, au moins pour ce soir, mais en attendant d'avoir le courage de me lancer, je me sers un verre d'eau que je vide d'un trait. Ça fait du bien. Ça passe définitivement bien mieux que le café. Je crois que je vais arrêter le café d'ailleurs, je pourrais me mettre au thé ou aux tisanes. J'en profite pour récupérer ma tasse de ce matin et la vider dans l'évier. Je suis vannée et transie de froid. Je retourne au coin salon et me laisse choir dans le canapé à côté de mon cher et tendre. Je me colle à lui, toujours prudemment et toujours du côté où il n'est pas blessé. Puis je pose ma tête sur ton torse et avoue : "Tu m'as manqué cette nuit…" Et toutes les autres, mais je ne vais pas en rajouter, il se sent déjà assez mal à propos de tout ça. Je me blottis tout contre lui et tire le plaid sur nous. "J'avais peur de te faire mal… tu me dis, hein, si je te fais mal ?" Je ferme les yeux et me laisse bercer par le son si doux de son cœur et de son souffle. Je ne m'en lasserai jamais. En sécurité dans la chaleur de ses bras, je n'ai même pas le temps de comprendre ce qui m'arrive que je m'assoupie. Pour la première fois depuis dix jours, sans l'aide du moindre médicament… j'aurais dû m'en douter. Je n'ai besoin que de lui…
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Sam 21 Sep - 11:13




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Etre heureux, croire être heureux et puis savoir l’assumer, des concepts très distincts, différents mais je laissai néanmoins les mots trouver leur chemin jusqu’à mon crâne. Je doutais que sa confession soit encore valide d’ici quelques temps, quand les épreuves se multiplieront et que je lui dévoilerai vraiment tout mais je l’acceptai pour le moment sans vraiment y adhérer. Elle n’avait pas l’air spécialement épanouie avec son visage trop amaigri et ses cernes ancrés. Je me tu et me contentai de glisser mes lèvres sur son front. L’horizon cueillit la suite de notre errance du jour et pour une fois, je parvins à faire le vide dans ma tête suffisamment pour décrisper partiellement les muscles de mon dos. Ce fût une pause bienvenue, nécessaire. Pour une fois, j’avais eu une bonne idée. Finalement, Rebecca proposa que nous rentrions. J’aurai pu rester des heures juste là assis mais elle avait froid, je le voyais bien. Je me relevai péniblement et la repris bien vite contre moi. Nous n’avions pas encore fait un seul pas que j’étais déjà éreinté. Le chemin pour rentrer serait une torture pour mon corps mais je pris sur moi alors que nous nous mettions en route. Nous adoptions un rythme de marche assez mesurée et tranquille. Je la laissai à moitié choisir l’itinéraire et fus surpris quand elle m’attira près d’un stand de hot-dog. Elle avait retrouvé son appétit ou elle voulait se donner de la contenance maintenant que je lui avais clairement dit que je m’inquiétais ? L’odeur me noua l’estomac. Je n’avais vraiment pas envie de manger quoi que ce soit mais tant pis. Si ça lui permettait après d’avaler quelque chose, je pouvais bien faire cet effort. Nous en prîmes un pour deux et bien entendu, je payai. Nous nous partagions ce morceau de pain tout en marchant. Chaque bouchée devenait une épreuve toujours plus difficile. J’espérais que je n’allais pas encore être malade. On avait déjà vu mieux comme aliment facile à digérer que ça.

Remonter les escaliers m’acheva littéralement. Je me jetai dans mon canapé à peine rentré avant d’envoyer balader mes chaussures sous la table basse. Manger ou boire ? Non. J’avais l’impression que si j’ingurgitais quoique ce soit là, ça n’allait bien pas se passer. « Non merci, je n’ai besoin que de toi. » Rebecca s’agitait encore un peu alors que mes paupières commencèrent doucement à se fermer d’elles-mêmes. Elle finit par me rejoindre et se cala contre moi pour mon grand plaisir. J’humai ses cheveux avec ravissement. Quand je suis fatigué, tous les mots coulent toujours de source et finalement, je me surpris à répondre très naturellement. « Promis. Tu m’as manqué aussi. C’était déjà assez long 10 jours loin de toi. Ce soir ne me laisse pas dormir seul. » C’était pire de trouver du vide au réveil que d’avoir quelques légers tiraillements à la poitrine ou à l’épaule. Peu à peu, je m’assoupissais pour finalement me laisser complétement sombrer dans les limbes. Encore cette fichue forêt. Toujours des cris, toujours de la douleur et toujours la Reine. Des animaux l’entourent et s’enroulent à ses pieds. Elle m’a eu en manipulant les miens. Elle m’a eu d’une façon sournoise. Parce qu’elle est douée pour ça. Une clef. La porte. Quelqu’un. Krystel. Krystel Raybrandt. Je me relevai d’un sursaut déjà aux aguets, déjà sur mes jambes à me diriger vers l’entrée avant de réaliser que j’avais perçu un bruit en provenance d’un autre étage – tout ça grâce à mes sens affûtés. Je me figeai entre le coin salon et le coin cuisine en me trouvant tout bonnement ridicule. La nuit n’était pas encore là, j’avais complétement halluciné tout seul. J’étais encore à moitié endormi, encore à moitié perdu dans mon cauchemar, mon anxiété devenait réelle car transposée alors que j’étais pourtant bien debout, plus ou moins éveillé. Je me laissai tomber à terre et me passai une main dans les cheveux en m’insultant à voix basse. J’avais l’impression d’avoir 21 ans. Mais ça, elle le pourrait. Revenir, assassiner mes voisins. Je secouai ma tête pour chasser ce songe. Je n’allais pas recommencer à regarder derrière mon épaule en croyant que j’avais régressé.

Je me redressai après quelques secondes de confusion et m’orientai vers la salle de bain pour me passer un peu d’eau sur le visage. Le bracelet qui courait encore sur mon avant-bras me laissa perplexe. Après tout ce que je lui avais dit un peu plus tôt, plus rien ne justifiait sa présence. Je le retirai lentement. J’avais promis de faire des efforts et vu la situation actuelle, je ne pouvais pas… continuer à le porter en croyant que je pouvais encore me dire d’être vigilant. Je n’étais plus prudent du tout avec Becky. C’était trop tard pour ça. Quand je revins dans la pièce principale, j’ouvris la commode et le rangeai dans la boîte avec les clichés. Je tombai alors sur la première photo, le dernier cliché que nous ayons pris avant mon départ. Cette histoire d’échange revint sommairement hanter mon crâne. Je la pris néanmoins dans mes doigts en laissant le bijou derrière moi et refermai tout derrière moi. Plus je la détaillai, plus je me trouvai en effet complétement tâche au milieu d’eux. Avec le temps, les gens vous trouvent toujours des traits communs avec ceux qui vous ont éduqués même si ils n’existent pas. On invente ce qu’on veut. Finalement, je ne ressemble ni à l’un, ni à l’autre. Ça me sautait enfin aux yeux. Il allait falloir que je m’occupe de cette histoire aussi. Une chose à la fois. Je reposai la photo sur la table de chevet proche et rejoignis Rebecca. Je la pris dans mes bras avant de l’embrasser doucement. Je me dis que j’ai de la chance qu’elle ne travaille pas. Devoir passer mes journées à l’attendre me serait pénible. C’est là que je me rappelle. « Et tes cours à toi au fait? » Je fronçai les sourcils à cette pensée. Si elle avait encore raté des sessions par ma faute… Ce qui me rappela soudainement quelque chose. Cette fameuse licence que je n’avais jamais valorisée... Non mais bosser dans le domaine économique, ce n’était pas pour moi. Pas étonnant que je l’avais oublié. Déjà comme ça, je ne croyais pas l’obtenir avant d’atterrir en Erasmus ici. Je hochai de la tête pour abolir tout ça. Plus tard, plus tard. C’est là que la sonnette s’enclencha. Tout mon corps se raidit. Un métamorphe ? Un loup ? Quelqu’un de nuisible ? Je respirai un grand coup avant de me diriger vers l’entrée. J’ouvrai progressivement la porte pour me retrouver face à ma nouvelle voisine de palier, récente de quelques semaines – qui réclamait apparemment des œufs. Ça me rappelait que celle qui se trouvait chez moi en ce moment avait l’habitude de faire pareil à une époque et dans des tenues aussi peu conventionnelles.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Dim 22 Sep - 0:14




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Je me réveille en sursaut alors que mon oreiller disparait brusquement. Non pas mon oreiller, Camille. Camille ? Encore à moitié endormie, je me redresse sur le canapé en passant une main sur mon visage et cherche mon petit-ami du regard sans le trouver. "Camille…?"
Je l'aperçois soudain sur le sol mais avant que je n'aie pu dire quoi que ce soit, il se relève pour se diriger vers la salle de bain. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Un cauchemar ?  Je quitte à mon tour le canapé pour me diriger vers la cuisine et me servir un verre d'eau, les sens aux aguets au cas où mon ex-barman préféré ait besoin de moi. Je suis complètement dans le coltard, comme si j'avais fait une nuit complète et pas une sieste de… je tourne les yeux vers l'horloge…3 heures ?! Holala, Camille et moi sommes vraiment exténués… le pire c'est que je me sens capable de faire une nuit complète dans la foulée… il faut que je me secoue un peu.
J'étouffe un bâillement alors que Camille revient dans la pièce et se dirige vers sa commode. J'en profite pour ramasser le plaid qui est tombé par terre quand il s'est levé et le plie avant de le poser sur le canapé. Quand je reporte mon attention sur mon petit-ami, il a une photo entre les mains qu'il dépose sur la table de chevet. Je n'ai pas l'occasion de lui poser la moindre question qu'il revient vers moi, m'enlace et m'embrasse. Hmmm… je veux bien essayer de vivre d'amour et d'eau fraîche finalement… Je lui souris tendrement et caresse sa joue, je n'arrive décidément pas à m'arrêter de le toucher. "Tu vas bien ?" Je sais que c'est ridicule de poser cette question. Non, il ne va pas bien et il fait son maximum pour le cacher, mais ça ne m'empêchera pas de continuer à demander. Parce qu'un jour, il me répondra "oui", et ce sera la vérité… j'ai hâte que ce jour arrive.
Comme venu de nulle part, Camille me demande soudain des nouvelles de mes cours et je dois réfléchir quelques instants pour comprendre à quoi il fait allusion. Oui, le professeur Doyle, mes cours de soutiens, l'université… tout ça me semble tellement loin, tellement dérisoire à côté de tous nos problèmes. Après ce qui lui est arrivé, la fac est le dernier de mes soucis, à vrai dire, j'envisage même d'arrêter les cours pour me concentrer uniquement sur le job. Après tout, c'est plutôt agréable et pas trop mal payé, pourquoi me lancer dans des études alors que j'ignore ce que je vais bien pouvoir faire ? Nous verrons, je ne suis de toute façon pas en état de prendre ce genre de décisions pour le moment. En attendant, je continue à les suivre via le net. Le professeur Doyle est vraiment adorable –je crois qu'il m'aime bien- et a accepté de m'envoyer les cours et de corriger mes devoirs par mails, ce qui m'évite de devoir me rendre à l'université en attendant la rentrée.
"Ca se passe bien, c'est gentil de demander. Le Professeur Doyle m'envoie les cours par mail… donc j'ai encore quelques jours de libre devant moi avant la rentrée…"
Je l'entoure de mes bras et l'embrasse à mon tour. Les rôles allaient être inversés. C'est lui qui allait bientôt attendre mon retour du travail. Cette idée me fait bizarre. De toute façon, la moindre perspective de séparation me terrorise pour l'instant. Mais ce n'est pas pour tout de suite, alors je préfère ne pas y penser. La sonnette retentit soudain. Camille se raidit et je fais instinctivement de même. Je le laisse s'éloigner de moi à contre cœur pour aller ouvrir la porte. Une voix féminine, un peu trop haut perchée et un peu trop aguichante, me fait me rapprocher de la porte et rejoindre Camille. La nouvelle venue ne me plaît pas. Non, non, ce n'est pas de la jalousie, mais elle est le parfait cliché de la "Girl next door" dont rêvent tous les hommes. Grande, élancée, blonde aux yeux bleus, des jambes comme des échasses et l'air juste assez écervelée pour réveiller l'instinct de protection masculin. Et cette tenue ! Un mini-short si court qu'on dirait une culotte et un débardeur qui ne laisse rien à l'imagination. On est fin août en Ecosse, bon sang ! Pas en plein épisode de canicule ! Personne ne pourra me faire croire qu'elle ne l'a pas fait exprès ! Non, je ne suis pas de mauvaise foi ! Il est vrai que j'ai plus d'une fois trouvé des prétextes idiots pour venir voir Camille, et que je ne faisais pas forcément attention à mes tenues… mais nous étions amis, c'était différent… Et puis elle a un sourire angélique, des dents sorties tout droit d'une pub pour dentifrice et une peau parfaite. A la façon dont elle me détaille de haut en bas, avec un petit air supérieur, je la déteste immédiatement. Il y a de quoi se sentir complexée, surtout vu ce à quoi je ressemble en ce moment…
Je passe instinctivement mon bras autour de la taille de Camille. Le sourire de Miss Parfaite vacille légèrement. Bien. Elle a donc besoin d'œufs. Camille me regarde, perplexe. Il n'a aucune idée de ce qu'il y a dans ses placards, le pauvre, puisque c'est moi qui ai fait les courses. Je lui souris, attendrie et pendant une seconde j'oublie complètement sa nouvelle voisine avant de me tourner vers elle "J'en ai justement acheté il y a deux jours, combien il t'en faut…heu… ?" Brittany ? De mieux en mieux. Oui j'ai l'air aimable comme ça, mais il ne faut pas se fier aux apparences. Je viens clairement de lui faire comprendre que je fais les courses pour mon copain et que je ne suis pas là en simple visiteuse. Moi, marquer mon territoire ? Mais non pas du tout, quelle idée…! Je délaisse Camille pour aller chercher les deux œufs qu'elle réclame et les lui tend avec un sourire malgré tout aimable."Cadeau de la maison !" Ce qui en langage petite-amie jalouse signifie "Pas besoin de revenir nous remercier ou nous rendre la pareille, merci, au revoir !". Je n'aime pas ça. C'est idiot mais le simple fait de savoir qu'une voisine sexy cherche le moindre prétexte pour venir voir MON petit-ami, cela réveille mon insécurité maladive.
J'attends qu'elle s'en aille, mais elle n'a pas l'air pressée et lance l'air de rien à Camille "Ho, je ne savais pas que tu avais une copine." Je jette un regard amusé à mon pauvre petit-ami qui semble totalement dépassé et souris à la voisine :"Ho, chéri, tu ne lui avais pas dit ? Et bien, enchantée, Brittany, moi c'est Rebecca, La fameuse copine donc. Fais bon usage de tes œufs, bonne soirée !"
Je referme la porte sans lui laisser le temps de répliquer et me tourne vers Camille : "Pitié, je n'avais quand même pas l'air aussi désespérée quand je venais sonner chez toi, si ?"
Je viens entourer la taille de Camille de mes bras et lève des yeux de chiens battus vers lui: "Dis moi que tu n'aimes pas les blondes…et que le type bimbo écervelée aux grands yeux de biche ce n'est pas du tout ton genre…"
Je sais bien que non, mais mon côté vulnérable cherche à se rassurer.
"Tu es un vrai aimant à voisine… il faut que je me méfie !"
Je souris, pour lui montrer que je plaisante, à moitié du moins, et l'embrasse tendrement avant de poser mon front contre son torse et de murmurer, faussement boudeuse: "Je crois que je suis en train de devenir associable… ça t'embête si on s'exile tous les deux ? Loin de tout et de tout le monde, perdus sur une île déserte, entouré de sable fin et l'océan à perte de vue ? Humm…même perdu dans une hutte au milieu de la montagne, ça m'est égal…"
En réalité, je crois que j'ai envie, et besoin, de vacances, de changer d'air… mais au vu du programme des prochains mois, ce n'est pas près d'arriver. Je soupire malgré moi et secoue la tête contre son torse "Fais pas attention à ce que je dis, je raconte n'importe quoi… je suis encore un peu fatiguée… "
Bel euphémisme, Becky, bel euphémisme. Bon ok, j'aimerais entrer en hibernation pour les six prochains mois, mais nos problèmes seraient toujours là au réveil alors…
Je relève le menton pour plonger mon regard amande dans les océans tumultueux de mon petit-ami. Haaa ces mots sonnent si doux dans mon esprit. Le mien, à moi… cette Brittany a réveillé mon instinct protecteur. Je n'ai peut-être pas confiance en moi, mais ce n'est pas pour autant que je ne vais pas me battre ! Et pour lui, je suis prête à relever beaucoup de défi.
Ma main vient caresser tendrement ses cheveux tandis que je détaille silencieusement ses traits. Malgré la fatigue qui se lit sur son visage et les angoisses qui barrent son front, il est toujours incroyablement beau et mon cœur déborde de tendresse à l'idée qu'il m'a choisie, qu'il se bat pour moi, qu'il fait d'énormes efforts pour que j'aille bien, probablement à ses propres dépends. Je voudrais lui dire quelque chose mais cela n'est pas utile et je me contente de déposer à nouveau mes lèvres sur les siennes, amoureusement. Il m'a manqué plus que je ne saurais le dire, alors je ne dis rien et je profite de chaque instant.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Dim 22 Sep - 14:18




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HJ: Le passé simple m'a gavé grave. Alors osef, je suis passée au présent. OSEF. ( Si ça te perturbe trop, je peux toujours tout modifier au passé mais si je disjoncte durant l’exercice, ce sera ta faute '-' )

Mon incrédulité et ma confusion font que je ne réagis pas de suite à sa réplique. Est-ce que j’ai des œufs ? Je demeure perplexe. J’ignore le contenu de mes propres placards, c’est tout de même risible. Heureusement, Rebecca arrive en renfort, un bras autour de moi et je la laisse parler avec la voisine d’en face. Elle est plus à même de pouvoir l’aider dans l’absolu. D’un regard, je lui communique mon incertitude sur cette histoire d’œufs. Je perçois quelques signes étranges entre les deux femmes et me demande l’espace d’un instant si… Non ? Ma jolie brune sait très bien que je ne suis pas du genre à… Non, ça doit être mon imagination. Je la remercie quand elle part les chercher d’un léger rictus. Elle revient bien vite et les lui donne avec une réplique qui accentue réellement ma curiosité. Brittany me sort de ma rêverie et je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que ma déjà célèbre copine lui répond avant de lui claquer littéralement la porte au nez. Je me retiens de rire durant quelques secondes. En fait, j’ai vu juste. Ma Becky est bien jalouse. Je trouve ça tellement attendrissant qu’elle a droit à mon premier sourire franc depuis des semaines. Ses bras reviennent revendiquer ma taille et je réceptionne ses yeux dans la foulée. Elle est tellement adorable que je ne peux résister à l’envie de glisser mes lèvres sur les siennes avant de lui offrir une réponse. « Désespérée ? Non. Si j’avais dû choisir un qualificatif à l’époque je crois que… canon aurait été plus qu’adapté. Tu n’as pas idée de l’épreuve que tu m’as infligée. Et de toute manière pour en revenir à la nouvelle voisine, mon style, c’est plus les petites brunes inquiètes, tu devrais le savoir. » Je lui pince le nez affectueusement.  « Et toi alors ? Tu veux qu’on reparle du fameux voisin ? Non, je ne veux pas savoir si il a réussi ou non à faire le tour de l’appartement. » Je parle bien sûr de l’imaginaire que nous avions inventé. J’essaie d’alléger l’ambiance. Juste après mon ancienne voisine se met à exprimer son irritation et mon rictus s’envole. Je suis tellement d’accord avec elle. J’ai aussi besoin de partir, d’être loin de tout. Nous avons le même mécanisme quand les choses deviennent tendues je pense, nous fuyons pour mieux revenir. N’est-ce pas ce qu’elle a déjà fait durant ces six fameux mois ? Je fronce les sourcils. Je ne sais toujours pas ce qui a provoqué le départ et le retour. Enfin le retour… Peut-être que… Non, je deviens présomptueux.

Elle vient cueillir mes lèvres après un long moment à nous perdre dans notre contemplation commune. Je crois que je ne pourrai jamais me lasser un jour de ce visage. « Si ça ne tenait qu’à moi, on serait aussi déjà bien loin. » Je glisse mes doigts dans ses cheveux très tendrement avant de poser ma bouche sur son front. « Cela dit, pour la forme… Tu n’as pas à t’en faire. » Je lui offre un énième rictus. « Ça fait un moment que je n’ai d’yeux que pour toi. » Hé bien Fontayn, tu deviens une vraie guimauve ! Ce sont les antidouleurs qui me rendent aussi … Oui, bon, bref. Après lui avoir sorti cette réplique tout droit sorti d’un roman à l’eau de rose, mal à l’aise, je me détache un peu d’elle. « Tu veux encore te reposer un peu ? » Je l’attire sur le canapé et allume la télévision tout en la calant contre moi. Dans l’optique de toujours faire des efforts et d’atténuer la pesanteur de notre atmosphère, j’ajoute en rigolant à moitié. « Un vrai petit couple de vieux. On a fait une marche puis une sieste et maintenant on se pavane devant la télévision. Si je commence à te parler de «  ma génération », fuis en courant. » Mon humour ne peut pas être plus amélioré que ça pour le moment. Je fais ce que je peux. La suite de l’après-midi se déroule paisiblement. L’heure du repas me rend vaguement soucieux. J’espère que je parviendrai cette fois-ci à ne pas être malade. Afin de dissiper le trouble qui s’empare par intermittence de mon crâne, je sors sur le ton de la conversation. « Où est Roger ? Je ne l’ai pas vu convié à cette table depuis un moment. Ne me dis pas que tu l’as encore renvoyé ? Rebecca, tu exagères. » C’est presque facile de raconter n’importe quoi quand je suis nerveux. Je mange moins que la veille, histoire d’être plus prudent et avale mes médicaments dans la foulée.

La nuit tombe bien vite et nous nous allongeons assez tôt dans mes draps. Je veille à ne pas laisser le choix à Becky et l’attire contre moi une fois couché. Je l’ai bien surveillée, elle n’a pas repris ces saletés de cachet. Je compte bien veiller à ce qu’elle n’y touche plus. Afin qu’elle ne perpétue pas le petit manège de la nuit, je lui souffle dans l’oreille. « Tu restes ici cette nuit. Je te jure de t’attacher au lit s’il le faut. » Je glisse mes lèvres sur son cou avant d’y enfouir mon visage et respire profondément pour m’imprégner de son arôme. J’attends de la sentir se détendre et doucement sombrer en feignant moi-même m’assoupir. Une fois que je suis sûr qu’elle s’est endormie, je sombre. Des arbres, toujours, encore, éternellement. Mary. Des loups. Les miens. Mon procès. Et la sentence tombe. Toujours trop de cris, trop de hurlements. Enola, Kate. Où sont-elles ? Le tigre bondit, je tombe. Le sang, mon sang. La douleur. Et ses crocs qui se plantent partout, il me déchiquette. Et Krystel est là pour contempler le massacre. Elle a Enola dans ses doigts. Je le vois. Elle s’apprête à la mordre. Les griffes du tigre cherchent à atteindre mon visage. Je me protège de mes bras et me redresse pour l’éviter. Il recule alors que je suis assis. J’attrape le premier objet à ma portée pour contrer sa prochaine. Il faut que je sauve Enola, Krystel a déjà sa bouche sur son cou, ses mains sur ses bras. Elle lui aspire la vie. Et le félin revient pour m’achever.  « NON. » Je balance ce que j’ai dans les bras avec rage et une douleur fulgurante, terrifiante à l’épaule droite me force à superposer ma réalité au cauchemar. J’étouffe un cri en me mordant les lèvres puis en mordant mon poing gauche. Je ferme les paupières et me rejette en arrière. Je suis au bord de la crise tellement ma respiration est incohérente mais grâce à mon bon sens ensommeillé, je respire de grandes goulées d’air pour m’apaiser. J’attends que les tiraillements se calment un minimum avant de remuer. Quand j’ouvre les paupières, je réalise qu’il n’y a plus de forêt mais mon plafond me toise. Je me sens vaseux et relativement paniqué. Il est temps que j’enquête. Ça va continuer à me bouffer sinon. Je me relève et essuie la sueur froide de mon front d’une main tremblante. J’ai du mal d’émerger et j’ai toujours l’impression qu’un animal loge dans un coin de la pièce, prêt à reprendre les hostilités là où mon rêve les a laissés. Je fouille les ténèbres du regard comme une bête traquée en sachant pourtant pertinemment, que tout ceci est irrationnel.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Dim 22 Sep - 22:54




 Everything you touch surely dies



Petite brune inquiète, hm ? Ca tombe bien, quelque chose me dit que ce n'est pas près de changer. Camille trouve le moyen de rassurer mon côté anxieux avec juste ce qu'il faut de légèreté et de douceur. Je le sens mal à l'aise mais moi j'aime quand il me dit des choses comme ça. J'aime savoir qu'il n'a d'yeux que pour moi, qu'il me trouvait canon, qu'être sage en ma présence a été une épreuve de tous les instants. Cela me rassure aussi qu'il comprenne mon envie de prendre le large. "Si ça ne tenait qu'à lui" l'expression en dit plus long sur Camille que n'importe quelle autre. J'ignore ce qu'il se passe réellement, mais de toute évidence, il n'a pas le choix, il a des obligations, des engagements peut-être. Et  je suis bien placée pour savoir que Camille tient beaucoup à ses engagements. Quand il prend une décision, aussi dure eut-elle été à prendre, il s'y tient ensuite avec ferveur. Il m'a souvent répété qu'il ne mentait jamais et que c'était pour cela qu'il faisait rarement des promesses. En aucun cas il ne veut être mis en défaut. S'il s'engage dans une voie, il la suivra jusqu'au bout. C'est quelque chose que j'admire mais qui me fait peur aussi. Je vois bien tous les efforts qu'il fait pour moi, pour notre couple, pour gérer ce que je ne me sentais plus capable de gérer lorsqu'il est revenu me chercher. Mais j'ai peur que cela finisse par lui peser. Il ne faut pas qu'il tombe dans l'excès inverse. Chez Camille, j'ai l'impression que toutes les décisions sont guidées par le devoir, la culpabilité. Il semble toujours prendre trop à cœur ce qu'il "doit" faire, plutôt que ce qu'il "veut" faire et ça m'inquiète. A force de vivre trop pour les autres, il risque de se perdre. Je ne veux pas que ça arrive. Je veux qu'il puisse s'écouter, qu'il puisse faire ce dont il a envie et pas par obligation. J'aimerais tellement le meilleur pour lui, mais j'ignore comment l'aider à l'obtenir…
Nous sommes plus proches que jamais et nos secrets sont la dernière chose qui puisse encore nous séparer. Je sais que l'enfer que j'ai vécu pendant ces sept jours sans nouvelles est dû à ce secret, mais c'est bien la seule chose dont je suis sûre. Tout devient plus flou à mesure que j'essaye de démêler les nœuds, alors puisqu'il m'a assuré qu'il finirait par me le dire, j'ai décidé de ne plus chercher à savoir. Quand il sera prêt, je serai là pour l'écouter. C'est tout ce qui compte, et en attendant, si cela signifie ne pas pouvoir fuir temporairement nos problèmes et notre vie comme nous aimerions le faire tous les deux, je l'accepte. Mais un jour, je finirai par le convaincre de partir loin, juste quelques jours, juste lui et moi, je m'en fais la promesse.

Camille m'attire avec lui sur le canapé et je me mets à rire quand il nous compare à un petit couple de vieux. Je lui tapote gentiment une joue et l'embrasse sur l'autre, amusée : "Je ne suis pas sûre d'avoir le courage de te fuir, mais promis, je t'achèterai des bretelles, des charentaises et je te ferai de la soupe pour quand tu perdras ton dentier !"

Nous passons le reste de la fin de journée devant la télé dans les bras l'un de l'autre, commentant vaguement le programme. La soirée s'installe et avec elle la lourde épreuve du souper. J'en suis venue à presque redouter les horaires de repas mais je m'efforce toujours à préparer quelque chose pour nous obliger à manger. Camille se met à plaisanter et je lui offre un petit rire suivit d'un franc sourire. Ha ce Roger ! Je l'avais presque oublié ! Je pose tendrement ma main sur celle de mon petit-ami et confie :" Je n'ai jamais autant rit en faisant les courses qu'avec toi… mais, autant que t'y fasse, jamais on ne fera ménage à trois avec Roger… ne sois pas triste…"
L'heure du coucher arrive finalement et je rejoins Camille sous les draps. Il m'attire contre lui et je n'ose pas protester alors qu'il me menace de m'attacher au lit si je me lève. J'acquiesce doucement alors que ses lèvres trouvent ma nuque et que son visage vienne s'y enfouir. Son arôme et sa chaleur m'enveloppent et je ferme les yeux en souriant, sentant tout mon être se détendre peu à peu. Je craignais de ne pouvoir m'endormir, mais sa proximité a le don de m'apaiser et je finis par m'endormir, bien douillettement blottie contre lui.

Je sens que ça remue autour de moi et je fronce les sourcils dans mon sommeil. Ce n'est pourtant pas déjà l'heure de se lever… si ? Un cri déchirant me fait brusquement ouvrir les yeux tandis que je me redresse dans un sursaut. Qu'est-ce qu'il se passe ? On est attaqué ? La Reine ? Camille ? Camille ! Je mets quelques instants à comprendre ce qu'il se passe, la brutalité du réveil me fait un peu tourner la tête et quand les tâches disparaissent de mon regard, Camille, dont la respiration est un peu trop rapide, se redresse et scrute la pièce comme un animal traqué. "Camille…" je chuchote son prénom en effleurant son bras du bout des doigts et laisse échapper un cri lorsque, sans prévenir et avec une vitesse fulgurante, il me plaque brutalement contre le lit, son bras entravant ma gorge. Ses yeux me fixent sans me voir, comme s'il était encore en plein cauchemar. "Camille ! C'est moi, c'est Becky !"
Ca ne dure qu'une seconde, une seconde interminable où son regard ne reflète que la haine mais déjà il recule et je me redresse aussitôt pour le serrer dans mes bras dans une étreinte rassurante, malgré la peur qui me serre la poitrine. Mon cœur bat la chamade et je tremble alors que je ferme les yeux en le serrant plus fort et en lui caressant doucement le dos et les cheveux. Je sais qu'il est terrorisé et que sa réaction va le faire culpabiliser et c'est la dernière chose que je veux. "Ca va, ce n'est rien, tout va bien, ce n'était qu'un cauchemar, c'est moi, Camille, je suis là, tout va bien…"
J'affirme mon emprise sur lui pour l'empêcher de s'éloigner de moi et je continue longuement à lui murmurer des mots rassurants. Ce n'est pas ce que je dis qui compte, c'est le son de ma voix, mes intonations douces et maîtrisées. Moi aussi je me calme peu à peu tandis que je le berce dans mes bras. Je ne peux pas lui demander de quoi il a rêvé, car je pense connaître la réponse. Ce qu'il s'est passé ce soir du 15 août l'a terriblement marqué et il en souffre, pas seulement physiquement, mais je suis impuissante à l'aider. Je dépose quelques baisers dans son cou tandis que mes doigts viennent caresser les cheveux au bas de sa nuque pour l'apaiser. Mon dieu comme j'aimerais pouvoir l'aider. J'ai cru un instant qu'il allait refaire une crise de panique et ces symptômes sont une véritable source d'angoisse pour moi. Je réalise que rien de ce qui l'a perturbé ces derniers mois n'a été réglé. Les menaces de la Reine, la révélation sur ses parents, tout ça… rien de tout ça n'est arrangé et il s'y est greffé d'autres problèmes… dont moi… j'ignore comment il fait pour tenir le coup.  
Je prends son visage entre mes mains pour l'embrasser puis je me recouche en l'entraînant avec moi, sa tête sur ma poitrine. Je tire prudemment les couvertures sur nous et continue à lui caresser tendrement les cheveux. "Shhh…Rendors-toi, mon chéri, je veille sur toi…"
Encore sous le choc de ma frayeur, je ne parviens pas à me rendormir tout de suite. Je fixe le plafond en essayant d'apaiser le tourbillonnement de mes pensées. A ma plus grande surprise, le sommeil me rattrape finalement, mais bien moins paisiblement et profondément que quelques heures auparavant.

Quand je me réveille, il est encore tôt, mais Camille n'est plus dans le lit. Où est-il ? Est-ce qu'il est partit retrouver la Reine ? Sortit fumer ? Je me relève un peu trop vite et dois m'arrêter brusquement à cause de vertiges. Bon sang, il faut vraiment que je récupère, je ne peux pas continuer à être aussi faible. De la lumière dans la salle de bain apaise légèrement mes craintes et je me dirige vers la porte entrouverte. Je la pousse légèrement pour voir mon petit-ami en train de s'occuper de sa blessure. Je me sens pâlir brusquement à la vue de l'étendue de celle-ci. Il est évident que la chair a été arrachée et de profonds sillons meurtrissent son épaule et son torse. Les larmes me montent aux yeux mais je les maîtrise du mieux que je peux.

Je croise le regard de Camille dans le miroir et je me mords la lèvre inférieure, anxieuse. Qu'est-ce que je peux dire ? Qu'est-ce que je peux faire ? C'est évident que ce n'est pas un humain ou un accident qui a provoqué ces blessures. C'est une bête sauvage, des griffes, des dents… pas étonnant qu'il démissionne… Je me rapproche doucement de lui et mes doigts effleurent sa peau intacte. Prudemment, je glisse mes bras autour de sa taille et pose ma joue contre son dos, là où je suis sûre que je ne vais pas effleurer sa blessure. Je voudrais lui dire quelque chose mais je me contente de fermer les yeux et de déposer un léger baiser sur sa peau. Je reste un moment comme ça, le temps de reprendre contenance, puis je m'éloigne à contre cœur : "Je peux t'aider ?" Je m'empare du bandage qu'il a dans les mains sans attendre de réponse et commence à lui bander le torse. "Comment est la douleur ?".
Une fois terminé, je viens lui faire face et pose ma main sur sa joue, mon regard plongé dans le sien. Je voudrais le questionner sur ses cauchemars mais je ne sais pas comment et je n'ose pas. Je suis perdue, je ne sais pas quoi faire. "Tu veux en parler…?" Je sais déjà que la réponse sera non, mais je veux lui laisser cette possibilité. Je reste volontairement vague afin qu'il puisse évoquer n'importe quel sujet s'il le souhaite. Ses cauchemars, sa blessure, ce qui s'est passé cette nuit. Tout est lié, c'est tout ce que je sais. Je me sens tellement inutile…
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Lun 23 Sep - 14:20




 Everything you touch surely dies


Je suis traqué, un animal en danger. Mon humanité s’éteint complétement le temps d’un battement de cil quand quelque chose m’effleure. En une fraction de seconde, je plaque la menace, le bras contre sa gorge. Je me fais mal mais l’oiseau passe au-dessus de la douleur. Il est colère, il est vengeance, il est la proie qui se refuse comme tel, qui agit alors en prédateur pour se sauver. Le danger me regarde, deux grandes iris amandes qui s’agrippent à moi et réveillent l’homme, faisant taire la bête. Rebecca. Merde. Je la relâche dans un autre spasme. J’ai complétement perdu le contrôle. Un peu plus et j’aurai pu me transformer. Les frissons familiers fourmillent encore dans mes doigts quand elle vient se serrer contre moi. Je tente de me raidir suffisamment pour essayer d’atténuer les tremblements de mon corps. Tel un pilier, elle me soutient mais je la sens aussi fébrile. Je lui ai foutu la frayeur de sa vie et j’ai manqué de la blesser. Ses gestes sont rassurants. Trop rassurant. Je ne mérite pas ça après ce que je viens de lui faire et malgré tout, je continue de sonder les ombres par-dessus son épaule. J’ai du mal de croire que tout ce que j’ai vécu n’est le fruit que d’un mauvais rêve. Ma bouche est sèche et ses mots mettent une éternité à percuter mon bon sens. Ma conscience vacille à quelques reprises et je me heurte à la mélodie incohérente de son cœur et du mien. J’ai invoqué mon chaos interne en l’espace de quelques minutes ici dans cette pièce. Mais elle reste là, elle est là. Elle me frôle et me calme. Comme un point lumineux au milieu de ma tempête. Elle est mon point d’ancrage et je me laisse dériver jusqu’à elle. Ses intonations me bercent puis ses lèvres et enfin ses mouvements. Elle m’entraîne et je m’allonge, ma tête sur son buste, ma peine dans ses bras. Son rythme cardiaque me poursuit et je me mets à la croire tant sa vie prend de l’importance dans mon Univers. Elle est là. Donc tout va bien. Je n’ai pas besoin d’en savoir plus, pas besoin de réfléchir plus. Ma main se pose sur sa taille. Morphée me retrouve après cet égarement, il me fait glisser dans ses limbes et je ne lui résiste pas. J’ai la conviction qu’au réveil, Rebecca sera là. C’est la dernière certitude qu’il me reste et la seule qui me donne une raison de me lever le matin.

L’aube justement. L’aube déjà. Son odeur me cueille directement, elle me donne envie d’ouvrir les yeux pour la retrouver visuellement. C’est un moteur. J’ouvre un œil puis l’autre. Tout va bien. J’ai traversé un long rêve, un long et horrible rêve. Je me redresse progressivement avec douleur et difficulté, mes blessures palpitent avec ferveur. Je détaille la jolie brune près de moi durant les opérations pour trouver un semblant de courage. Je l’observe ensuite durant de longues minutes. J’ai envie de l’embrasser, de la toucher, de la réveiller, de lui parler. Je me sens mal et j’ai besoin que sa présence me réanime. C’est insensé. Cette nuit a été cataclysme, un de plus. Je dois être habitué et ne pas me laisser continuellement bouffer par cet imaginaire qui reflète avec trop de précision, ma fatigue mentale. Je chiffonne mes cheveux et me force à sortir des draps. Je dois bouger. Bouger pour ne pas y penser. Sur mes jambes, je jauge mon environnement pour y découvrir l’oreiller perdu entre le canapé et la table basse. Ma panique nocturne fût donc réelle. Je suis atrocement ancré dans le sol tout à coup. Une nouvelle preuve de ma faiblesse, une nouvelle raison pour elle de s’inquiéter. Je me déteste toujours plus. J’avance de quelques pas avant de reculer. Je n’ai pas envie d’affronter ma vie ce matin. Mais il le faut. J’ai promis la veille de me décarcasser pour remonter et ne plus affoler ma belle brune. Alors je vais de l’avant. Je me dirige méthodiquement vers la commode, la salle de bain. Je reproduis le schéma de la veille. Il faut continuer même si c’est dur, même si je ne me sens pas capable. J’ôte les bandages avec lenteur en me crispant dès que mes blessures me rongent la peau. Mon épaule me torture et j’arrête de remuer pour un peu calmer les tiraillements qui me broient l’estomac.

C’est là que je sens son regard, il roule sur moi. Il pèse lourd sur mes épaules, elle ne devrait pas assister à ça. Je veux stopper sa contemplation mais je reste figé et je comprends. Si on l’atteint, on m’atteint. Et si on m’atteint, on l’atteint. Je me sens blessé pour deux et sa douleur à elle est plus atroce encore sur mon cœur. Je me tais, elle s’approche. Ses bras trouvent ma taille, mes doigts effleurent ses mains nouées. Je veux la rassurer, la réconforter mais les mots se bloquent dans ma gorge.  Elle s’éloigne finalement et fait semblant de m’offrir un choix qu’elle m’ôte pourtant quasi directement. Je ne bronche pas. Je n’ai pas la force et je suis trop cassé pour mener à bien ces opérations de toute façon. C’est déstabilisant qu’on s’occupe de moi, qu’elle s’occupe comme ça de moi. Quand elle parle de douleur, je ne sais pas quoi répondre. J’articule pour la forme. « Supportable. » Oui. Je peux supporter ça. Je le peux mais surtout, je le dois. Le silence à nouveau, elle termine la tâche, je regagne ses prunelles. Une interrogation tombe. Celle que je crains toujours quelque part parce que non, je ne veux pas parler. Je veux m’enfuir, partir, l’emmener, oublier mais pas discuter, pas affronter son jugement, ses sentiments et tout ce qu'il se passe en moi, en elle, entre nous.

Je me passe une main sur le visage alors pour trouver un peu de raison dans cette situation décousue. « Il n’y a rien… » à dire ? Vraiment ? Non, je ne peux pas lui dire ça. C’est mentir et puis… Elle a le droit de… Je dois… C’est tellement confus mais finalement, des mots sortent de ma bouche alors que je me détache d’elle pour m’adosser au mur proche. « Je n’ai rien pu faire. Quand tout a dégénéré, je n’ai rien pu faire. J’ai dû contempler le massacre… Et… » J’en ai assez dit. Pas la peine d’en rajouter. Je hoche la tête dans tous les sens pour retrouver un semblant de contenance. Il y a tellement de choses qui me perturbent. Tout s’emmêle dans mon crâne, je ne suis plus lucide. Mes émotions me submergent dès que je mentionne intérieurement l’événement. Finalement, la succession de cauchemars résume aussi ce qui m’a le plus profondément blessé – bien plus que mes plaies physiques. « Je connaissais la personne qui m’a attaqué. Elle n’a pas hésité à me… » Je ferme les paupières et maîtrise ma respiration. « … Je ne sais pas ce qu’il y a de pire de ne rien avoir su faire ou bien d’avoir été agressé par quelqu’un que je connaissais et dont je ne comprends pas les motivations. » L’incompréhension et l’impuissance, les deux me clouent sur place et je me force à inspirer profondément pour les appréhender dans ma cage thoracique. Je fixe avec incrédulité Rebecca. J’ai trop parlé et sûrement pas assez en même temps. Je lui donne trop d’éléments, de nouvelles pistes. Elle doit être larguée. Elle doit savoir que c’est plus qu’une bagarre entre loups. Ça me terrorise de la rapprocher de toute ma vérité même si je sais que nous évoluions de plus en plus vers ça. Parce que je suis incapable de tout lui masquer - surtout pas depuis qu’elle occupe cette place dans mon existence. Je suis moins vigilant, trop … à l’aise ? Je ne sais pas. J’ai envie qu’elle me connaisse et j’ai envie qu’elle ignore. Je veux la protéger alors que de toute manière, je l’expose en rentrant couvert de marques avec aucune explication suffisante. Je me prends la tête entre les mains et tente de reprendre le dessus. Si mon attitude exprime mon mal être, mes intonations sont là pour palier à mon nouvel accès de faiblesse. « Ca va aller. J’ai juste du mal à digérer … tout ça. » Je relève le menton vers elle alors. « Désolé pour la nuit dernière… Je ne voulais pas… t’effrayer… J’y ai été un peu fort… » Je déglutis douloureusement au souvenir de ma réaction violente. J’ajoute d’un petit rire triste. « Je commence à comprendre pourquoi tu préfères le canapé à mes bras. » Je me relève et enfile péniblement ma chemise avant de m’approcher d’elle. J’ai envie de la remercier, de lui expliquer à quel point j’ai besoin d’elle, que j’ai besoin qu’elle soit là pour moi. Mais ça me fait peur de me l’avouer, de lui avouer et de devenir dépendant. Je suis lâche. Je suis perdu. Et je suis à elle. Jusqu’à ce qu’elle en a marre, jusqu’à ce qu’elle me laisse. Je pose ma main sur sa joue. « Merci. » Ma bouche fait le reste du chemin, celui que je suis incapable d’accomplir par la parole. Je l’embrasse avec tendresse et j’espère qu’elle récupère les syllabes qui ne parviennent pas à franchir ma gorge.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mar 24 Sep - 18:33




 Everything you touch surely dies



Camille m'échappe déjà. Il est embarrassé par ma faute, je m'en doutais. Je sais qu'il n'aime pas parler de lui, de ce qui se trame dans son esprit. Notre dispute avant mon départ me revient en tête, lorsqu'il disait ne pas vouloir m'accabler, que je n'avais pas à résoudre ses problèmes. Peut-être qu'il s'en souvient lui aussi, car alors qu'il était sur le point d'éluder ma question, il s'adosse au mur et m'avoue à demi-mot ce qui le tracasse tant.
Son impuissance face à ce qu'il a vécu semble l'avoir traumatisé et je me mords la lèvre machinalement. Je peux comprendre ça, je peux imaginer que ce qu'il a vécu a été horrible au point qu'il en fasse des cauchemars mais, n'y a-t-il pas autre chose ? Je garde le silence pour lui laisser le temps de rassembler ses pensées et de décider ce qu'il peut me dire ou pas. Enfin les mots sortent et me laissent pantoise. Il connaissait la personne qui l'a attaqué ? Je le regarde fermer les yeux et essayer de maîtriser son souffle. La trahison... voilà la deuxième raison à son comportement. Se faire trahir n'est jamais facile à vivre, mais quelque chose me dit que pour Camille, ce n'est pas la première fois et que c'est ce qui rend tout ça si douloureux. C'est encore plus difficile. C'est pour ça qu'il a eu tant de mal à me laisser rentrer dans sa vie, qu'il est toujours si inquiet à l'idée de me faire confiance. "Ho Camille, je suis désolée..."
Il me regarde et j'ai juste envie de le serrer très fort contre moi pour l'apaiser car je sais qu'aucun mot n'en est capable.
Il se prend la tête entre les mains et je n'ose pas bouger.
Il me dit que ça va aller et même si je sais qu'il le dit simplement pour me rassurer j'acquiesce. "Je comprends, c'est normal..." Oui, c'est normal d'avoir du mal à encaisser tout ça.
Il s'excuse pour la frayeur de la nuit dernière et je secoue la tête : "Ce n'est rien, ne t'inquiète pas..."
Sa réflexion sur ma préférence pour le canapé me fait mal au cœur, je déteste qu'il se sente coupable. "Ne dis pas de bêtises..." Je fais un pas pour me rapprocher de lui mais il se relève et enfile péniblement sa chemise. Je me fais violence pour ne pas aller l'aider davantage.
Il se rapproche finalement de moi et pose sa main sur ma joue alors qu'il me remercie. Je n'ai pas le temps de répondre quoi que ce soit qu'il m'embrasse avec tant de tendresse et de douceur que je sens mon cœur déborder d'amour pour lui. Mes mains viennent entourer son visage pour approfondir notre baiser et je me laisse emporter par notre étreinte.
Je sais ce qu'elle signifie, je sens ce qu'il ne dit pas, je comprends ce dont il a besoin. Et je tente, du mieux que je peux, de lui apporter ce réconfort, cette présence, cette confiance qui lui font tant défaut.
Je pose mon front contre le sien. J'ai l'impression que nous passons notre temps à nous toucher depuis qu'il est revenu. Je ne peux pas m'en empêcher. Les mots me semblent vides et quoi que je dise, j'ai toujours le sentiment que cela ne l'apaise pas. Alors que mes caresses, elles, sont efficaces. Les signes de son corps sont faciles à lire et je suis soulagée quand je le sens se détendre sous mes doigts et mes baisers. Nos corps ont toujours su communiquer de cette façon alors même que nous avions choisi de ne pas parler de ce qu'il se passait entre nous.  Et dire que cela fera bientôt un an que nous avons... "dérapé" pour la première fois. J'ai du mal à réaliser le chemin parcouru. J'ai l'impression que c'était il y a des siècles, j'ai l'impression que c'était hier.
"Je sais que rien de tout ça n'est facile à vivre... et que nous... enfin notre histoire rend les choses encore plus compliquée pour toi et je m'en suis sincèrement désolée... j'aimerais pouvoir t'aider au lieu d'empirer les choses, mais j'ignore comment faire."
Ma voix est douce mais ferme tandis que je continue.
"Je ne suis pas qu'une petite chose fragile qu'il faut protéger, Camille. Je suis ta petite-amie, nous sommes un couple, je suis ton égale. Il faut que tu puisses te reposer sur moi quand ça ne va pas... et pour ça il faut que tu m'en crois capable."
Je relève la tête pour croiser son regard et affirme : "Parce que j'en suis capable. Jusqu'ici je t'ai donné plus de raisons de me croire faible que l'inverse mais... ça va changer. On est ensemble et quoi que tu en penses, ensemble nous sommes plus forts. Quelle que soit l'origine de ta peine, quel que soit ce poids sur tes épaules, je peux en partie t'en soulager. Tu verras, tout paraît plus supportable quand on a quelqu'un avec qui le partager."
Je repousse doucement une mèche de cheveux de son visage et lui souris tendrement:
"Me laisser voir tes failles et tes faiblesses, ça me fait me sentir tellement proche de toi...! Je t'admire pour ça, pour tous les efforts que tu fais à chaque instant. Je sais à quel point c'est dur pour toi. Tu te mets tellement de pression pour tout... tu n'as pas à faire ça avec moi, tu n'as pas à être digne de mon amour ou à être parfait ! Je me suis déjà engagée à te dire si ton comportement me blessait, tu n'as rien à craindre. Je veux que tu sois heureux, Camille, c'est tout ce qui m'importe. Alors, ça prendra un peu de temps, mais on va y travailler !"
Je lui souris plus franchement et glisse mes mains dans les siennes pour l'attirer hors de la salle de bain. " Allez, allons déjeuner. Et si je nous faisais des pancakes ? Juste quelques-uns ? A moins que tu préfères une omelette et du bacon ? Il faut que l’on reprenne des forces, on doit avoir l’air malin comme couple de décharnés… ! Et puis… je veux une photo de nous deux ! Donc dès qu’on aura retrouvé une mine moins sinistre, je nous immortalise sur mon téléphone ! Alors, acceptez-vous le défi, Mr Fontayn ?"
Ça y est, je babille comme une pie, et pas parce que je suis nerveuse cette fois, simplement parce que je suis bien. Je vais aller de mieux en mieux. Il faut juste qu’il en prenne conscience et qu’il efface un peu cette culpabilité de ses traits. Je préfère mille fois le voir sourire… et son sourire me manque.
Je dépose un baiser sur ses lèvres et le laisse s’asseoir pendant que je m’active à préparer le petit-déjeuner. Je commence à avoir une bonne idée de ce que nous sommes capables d’ingérer et j’augmente les quantités au fur et à mesure pour que nous nous réhabituions petit à petit. Pour la première fois depuis des jours, je me mets à chantonner sans même m’en rendre compte et une fois ma préparation terminée, je pose une petite assiette devant mon chéri : "Mon Seigneur est servi, j’espère que Mon Seigneur appréciera ! "
Et je m’installe en face de lui pour manger la même chose.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Mer 25 Sep - 22:44




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La pression de son corps contre le mien me rassure, elle comble les brèches provoquées par mon incompétence à exprimer ce que j’ai dans le crâne. C’est notre seule façon de communiquer, la seule que je connaisse du moins. Les lèvres de Rebecca sont un vrai baume qui apaise le chahut aortique qui se joue dans ma cage thoracique.  Je pourrais passer des heures à ne faire que l’embrasser et la serrer contre moi sans avoir l’impression de perdre mon temps. Sa seule présence me recompose et finalement, je me sens relativement plus détendu quand elle se détache de moi. Elle comble l’espace entre nous par des mots. Elle est plus douée pour ça que moi. Je l’écoute en continuant de caresser très lentement ses cheveux. Je n’aime pas du tout ce qu’elle raconte. Ce n’est pas de sa faute si toute ma vie est un véritable sac de nœuds. Elle ne réalise pas qu’elle ne fait rien empirer. C’est moi qui le fais, depuis le début. Je l’ai embrassé le premier, j’ai encouragé les non-dits, je l’ai laissé partir, je suis revenu. Tout a été complétement chaotique parce que je suis un trouillard. Je ne sais pas la finalité de son message mais en attendant, je fronce les sourcils pour marquer mon désaccord. Elle enchaîne très vite d’un ton assez ferme qui me surprend. Elle n’est pas une petite chose fragile ? Les flashs de cette nuit sur les quais, la morsure, son regard et toutes ces larmes qu’elle a versé ou non à cause de moi. Comment peut-elle dire qu’elle n’est pas fragile ? Je dois la protéger de moi, des autres et des dangers que je fais planer sur nous. Mes doigts arrêtent d’eux-mêmes d’onduler contre sa chevelure pour se poser dans son dos. Me reposer sur elle ? Je comprends où elle veut en venir mais… Je ne sais pas. Ce concept m’est complétement étranger, surtout depuis que j’ai emménagé en Ecosse. Partager tout ce que je vis ? Elle veut vraiment être accablée ? Nous sommes peut-être un couple mais ce n’est pas pour ça qu’elle doit subir toutes mes conneries. Ce n’est pas juste et surtout pas sain pour elle. Et pour nous ? Tant que je peux prendre sur moi, ça va.

Je reste buté malgré le fait qu’elle essaie de me pousser dans une autre direction. Ses doigts trouvent mon front, recadrent une mèche. Je continue à la fixer bien que les mots failles et faiblesses me donnent l’irrésistible envie de fuir la pression de ses yeux dans les miens. Je tiens bon même lorsqu’elle souligne que je fais des efforts. A vrai dire, je n’en ai pas vraiment conscience et c’est perturbant au fond. Naturellement, j’ai accepté l’idée de me saboter pour ce que nous vivions. Je sais que je ne prends rien à la légère une fois que je m’y engage mais que tout se fasse aussi instinctivement, ça relève de la folie. Ce n’est pas pour autant facile, c’est juste que je ne dois pas y réfléchir. Je me bats silencieusement parce que ça me semble normal. Maintenant nous sommes ensemble, c’est normal que j’y mette du mien. Avant pas ? Je ne sais pas. C’est différent. Sa valeur n’a pas vraiment pas changé, c’est juste que… Enfin, je prends le risque. Ses paroles me rassurent et me rendent nerveux à la fois. Je ne suis plus où me situer. Je n’ai définitivement pas les idées claires en ce moment. Tout est trop intense que ça soit au niveau de mon existence surnaturelle ou ce qu’il se passe entre elle  et moi. Je n’ai aucun recul sur rien. C’est stressant. J’acquiesce à ses dernières syllabes sans trouver quoi ajouter parce que nerveusement, je suis déjà à plat. Elle tente de plaisanter pour nous ouvrir l’appétit et de lancer un jeu pour faire passer le challenge que chaque repas devient. « Peu importe… Fais ce que tu as envie. Pour moi, tout est bon. » Elle aussi fait un tas d’efforts et je la remercie mentalement avant de la suivre jusque dans la pièce principale. Je tire une chaise et m’y assieds alors qu’elle se dirige vers la cuisine. Je me sens mal de la laisser tout faire tout le temps. On est chez moi, c’est mon job ou du moins, je pourrais participer. Je n’ai pas la force de me relever. L’épreuve des bandages m’a éreinté alors je regarde distraitement sur mon portable ma boîte mail – histoire de planifier et confirmer cette réunion puis fais un détour par les infos. Cette histoire de cheval traine encore un peu partout. Ça me sidère.

Elle chantonne. Ça va donc un peu mieux. Je l’espère. Mon assiette tombe devant mes yeux et je me sens toujours aussi stupide de ne pas l’avoir aidé. Je note mentalement de me rattraper d’une façon ou d’une autre plus tard. « Merci ma Dame, vous êtes trop aimable avec moi. » Nous mangeons doucement. Je prends le temps de mâcher chaque aliment avant de l’avaler. Chaque bouchée pèse sur mon estomac mais ça devrait aller mieux que la veille, je crois. Je ne laisse qu’une petite part qui serait juste impossible pour moi à ingurgiter. Je bois plusieurs gorgées d’eau et m’assure qu’elle ait aussi terminé avant d’attraper sa main. « Laisse un peu tout ça, viens. » Je me lève et la force à faire de même avant de l’amener dans le fauteuil. J’allume la chaîne hifi, je déteste tellement ne pas avoir de bruit en fond et pose mes lèvres sur les siennes. Il faut que je lui parle du trente. Je ne sais pas comment m’y prendre. Mais il le faut maintenant que tout est fixé. Je glisse ma main dans ses cheveux en la regardant d’un air assez sérieux, voir plutôt grave. Comment lui expliquer tout ça sans aborder la partie surnat, leader, espèce et crise ? Je veux lui dire la vérité mais je ne le peux pas alors elle va devoir se contenter de demi-vérité. Je me déteste. Je prends un ton calme et posé. « A propos de cette histoire d’attaque… Je dois mettre quelques trucs au clair avec … » Les miens ? Fontayn, arrête d’être trop évident. « Enfin avec ceux qui sont concernés. » Je réalise que rien de tout ça ne semble vraiment précis. « Pas ceux qui m’ont attaqués, bien sûr. Bref, il y a quelques détails à régler à ce sujet. Donc je devrais m’absenter … Le 30. En soirée… » Je déglutis, lui prends les mains et noue mes doigts aux siens. Je ne sais pas qui je cherche à convaincre de nous deux-là mais j’ajoute « C’est plutôt important… Sinon, je n’aurais pas… Enfin… Je dois vraiment y assister. » Je lui offre un regard inquiet et légèrement paniqué. « Sauf si … » Sauf si ? Mais qu’est-ce que je fous ? « Sauf si… Tu ne penses pas pouvoir tenir le coup. Je peux annuler. » Déjà aux pieds de sa copine, Fontayn ?

J’ai programmé cette petite sauterie rapidement parce qu’il ne faut pas laisser tout ça trainer, ni provoquer la panique aux seins de la communauté. Il faut que je rassure tout le monde sur mon état, la situation et que nous éclaircissions tout au plus vite. Mais peut-être que c’est précoce pour nous, elle, moi, tout le monde. Surtout moi et surtout elle en fait.  Je sais que je ne suis pas remis tout à fait ni psychologiquement, ni physiquement mais je ne peux pas décemment faire traîner les mises au point. Plus le temps va passer, pire ça sera. On doit trouver les traîtres, rassembler les troupes, nous serrer les coudes. Je dois appeler à l’unité maintenant. Je ne peux pas faire passer ma vie privée avant ça mais… pour être honnête, après tout ce qui m’est arrivé, j’ai du mal de me jeter à nouveau à corps perdu dans toute cette histoire. J’ai envie de fuir, d’être lâche, voir égoïste. Je suis infernal. Je pose mon front contre le sien. « Je t’enverrai des messages toutes les heures, d’accord ? Quand j’arrive et quand je repars aussi. » Je suis déjà effrayé à l’idée que ça se reproduise, que je ne revienne pas, voir définitivement pas. La mort m’a toujours fait un minimum peur mais depuis qu’elle est là, ça a quadruplé. Je ne veux pas l’abandonner d’une façon ou d’une autre, qu’elle se laisse aller parce  que je ne suis plus là. J’ai envie de lui promettre que tout va bien aller mais je ne peux pas. Parce que ce n’est pas le cas. Je ne sais pas comment tout ça va se dérouler. Alors je me contente de la fixer et de caresser ses paumes de mes pouces. Maigre consolation en vue de ce qui nous attend. Cette dépendance est terrible et terriblement enivrante.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Jeu 26 Sep - 16:45




 Everything you touch surely dies



Je n'ai pas le temps de me lever pour me mettre à débarasser que Camille me prend de vitesse et m'entraîne avec lui sur le canapé en me disant de tout laisser en place. Docile, je le suis alors qu'il allume la chaine hifi avant de venir m'embrasser. Quand il recule pour me regarder, je devine l'appréhension dans ses yeux et redoute déjà les mots qu'il va prononcer. Sa main glisse dans mes cheveux comme pour me préparer à ce qu'il va dire. Son ton est calme, presque détaché, lorsqu'il me parle de l'attaque, de ce qui lui est arrivé, du fait qu'il va devoir s'absenter pour régler tout ça. Le 30 ? Je ne sais même plus quel jour on est. Combien de temps ai-je devant moi pour me préparer ? Deux jours, trois? Mon visage se décompose et mon souffle s'accélère tandis qu'il noue ses mains aux miennes. Je sens mon cœur battre furieusement dans ma poitrine alors que Camille m'explique à quel point c'est important et qu'il doit vraiment y aller. La panique s'infiltre dans mes veines à l'idée de le voir partir, d'être séparée de lui, de le voir franchir la porte sans savoir s'il reviendra.
Toute l'angoisse qui est en train de m'assaillir doit se lire sur mon visage car Camille me regarde avec inquiétude et s'empresse d'ajouter que si je ne peux pas tenir le coup, il annulera. Je suis sur le point d'acquiescer, de m'agripper à lui et de lui dire qu'il faut qu'il annule et que non, je ne tiendrai pas le coup. Mais je ne peux pas lui faire ça, je ne peux pas lui demander de rester, de ne pas y aller. Je dois être forte, je dois prendre sur moi, je dois… je dois le laisser faire ce qu'il a à faire. Je vois bien à quel point c'est important, je comprends, enfin j'essaye.  Je passe une main sur mon visage comme pour me redonner contenance et secoue la tête: "Non, non…il faut que tu… que tu y ailles…"
Après tout, ça finira par arriver. Je ne pourrai pas constamment être avec lui, nous finirons par être séparés, bien plus souvent que je ne suis capable de l'accepter pour l'instant. Mais là, ce n'est pas n'importe quelle séparation, ca concerne sa disparition, sa blessure, les loups ou dieu seul sait quoi d'autres et ça me terrifie.
Camille pose doucement son front contre le mien et au lieu de m'apaiser, cela me donne envie de pleurer. Je ferme les yeux et acquiesce lorsqu'il me dit qu'il me donnera régulièrement des nouvelles. Sa propre inquiétude amplifie la mienne. Rien de ce qu'il ne me dira ne pourra me rassurer car lui-même a peur de ce qu'il risque de se passer. Et je ne peux même pas lui poser de questions, car il ne pourra pas me répondre. Je n'ose pas lui demander si je peux venir avec lui, car je connais déjà la réponse. Ce foutu secret ne m'aide pas à digérer tout ça. Je suis perdue, confuse, j'ai peur, je me sens nauséeuse. Mais je lui ai dit qu'il pouvait compter sur moi, alors je vais être forte. Je peux le faire.  "Ca va aller...  ne t'inquiète pas. " Je rouvre les yeux et me force à lui sourire. Je dépose un rapide baiser au coin de ses lèvres puis je m'écarte et m'éloigne du canapé pour aller débarrasser la table. J'ai besoin de m'occuper, de bouger, de me soustraire à son regard. Je mets la vaisselle dans l'évier et le rempli d'eau brûlante. Mes mains tremblent alors j'essaye de le cacher en les plongeant dans le bac pour frotter les assiettes. J'arrive pas à croire que je sois dans cet état pour une stupide soirée ! C'est l'histoire de quelques heures, pas plus, je suis ridicule !  Je vais bien, il va bien, tout va bien. Il ne va rien lui arriver. Rien du tout ! J'essaye de canaliser ma peur en colère et je me venge sur la pauvre vaisselle qui n'a rien demandé à personne. Je sens le poids de son regard sur moi et je lance, d'une voix que je veux ferme : "Je vais bien."
Il se rapproche et je me sèche les mains pour lui faire face avant de répéter : "Camille, je vais bien, je…"
Je croise son regard et m'interromps. Ca ne sert à rien de lui mentir, de lui dire ça alors que qu'aucun de nous ne va bien. Je me mords la lèvre avant de secouer la tête : "Si tu ne reviens pas…" Ma voix se brise malgré moi à cette perspective. "Je te jure que…" Que quoi ? Qu'est-ce que je raconte ? Qu'est-ce que je veux dire ? Que j'en mourrai ? Que je le tuerai s'il n'est pas déjà mort ? Pfff je suis tellement bête.
Je reviens me serrer dans ses bras et enfouis mon visage dans le creux de son épaule. Malgré mon angoisse, je m'oblige à sourire et à dire : "T'as intérêt à revenir, sinon t'auras affaire à moi…!"
C'est plus facile de plaisanter. Je ne pleure pas, je ne pleurerai pas, je vais être forte. J'ai trois jours pour me préparer à ça, à son départ. Je vais gérer ça, je vais y arriver. Je n'ai pas le choix de toute façon…Je relève la tête pour croiser ses yeux."Je sais que tu ne peux rien dire mais…sans rentrer dans le détails, tu ne seras pas seul, pas vrai ?"
J'ai besoin de savoir qu'il sera entouré, soutenu. D'autres personnes étaient là le soir où il a été attaqué. Kate, par exemple. Elle me l'a pratiquement avoué à demi-mots. Alan peut-être aussi, je ne sais pas. Même si cela ne l'a pas empêché d'être blessé, c'est peut-être ce qui a garanti sa survie. Je l'embrasse plusieurs fois, collée contre lui, avant de me reculer légèrement et de plonger mon regard amande dans ses iris bleutées :"Je t'attendrai, t'inquiète pas. Ca ira, je serai là, tout va bien se passer." Et cette fois, je ne le dis pas simplement pour moi, mais pour lui aussi. Car nous sommes d'eux à nous faire du souci et s'il essaye d'apaiser mes inquiétudes, je me dois de faire de même pour lui. C'est ça être un couple. "Ca ne sert à rien de nous torturer maintenant... et si on sortait ? Laisse-moi me préparer et on ira faire notre petite ballade de petits vieux, qu'est-ce que tu en dis ?" Tout plutôt que de rester ici à ruminer.
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MessageSujet: Re: Everything you touch surely dies [Livre II - Terminé]   Dim 29 Sep - 12:11




 Everything you touch surely dies


Je perçois sa lutte interne rien qu’en étudiant son visage. J’ai la sensation de la projeter dans une réalité qu’elle ne souhaite pour rien au monde en lui laissant croire qu’elle peut y échapper, tout en défaisant un à un ses espoirs à coup d’argument et de mots insistants . Nous sommes un couple mais je ne pourrai pas pour autant toujours la faire passer avant tout – même si ce n’est pas l’envie qui manque. Vu ce que nous avons traversé, je comprendrai qu’elle refuse que je parte mais à l’avenir, je ne pourrai pas me plier tout le temps à toutes ses contraintes. Cette idée est angoissante autant que celle qui m’annonce ma dépendance certaine. C’est difficile pour un célibataire comme moi qui a toujours aimé ne rendre de compte à personne – ou presque, de me retrouver avec une copine qui craint pour ma vie. Je tais tout cet amalgame de songes quand sa voix émerge enfin. Elle cherche sûrement à se convaincre elle-même et je me sens tout à coup stupide d’avoir pu envisagé que ça pourrait aller. Je déglutis douloureusement alors qu’elle me ment ouvertement et qu’elle se ment aussi sûrement. Elle se lève soudainement et s’éloigne. Je sais reconnaître une fuite quand j’en vois une, je suis moi-même maître dans ce domaine. Les fracas qu’observe la vaisselle témoignent bien vite de son instabilité et elle répète un mensonge. Je ne supporte pas ça. Je me hisse sur mes jambes à mon tour pour la retrouver et la calmer d’une façon ou d’une autre. J’envisage furtivement d’annuler ou de laisser Alan se débrouiller mais aussitôt, une froide culpabilité me resserre la poitrine. Dans les deux cas, je me sens complétement minable. Il n’y aucune alternative suffisante. Il y a juste le devoir et l’envie. Toujours, toujours, toujours. Elle reprend et ça m’irrite. Je préfère la vérité, non, je ne réclame que ça. Je préfère même le silence à des paroles trompeuses. C’est quelque chose que je ne peux pas encaisser surtout pas de sa part. Je suis tendu quand elle se poste face à moi.

Une nouvelle litanie où ses intonations se brisent, cassant la régularité de mon rythme cardiaque dans la foulée. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je peux dire ? Parce que ça risque d’arriver si ce n’est pas le 30… Un autre jour peut-être. Je fronce les sourcils afin de contrôler au mieux mes expressions faciales. Elle se serre contre moi, je l’entoure de mes bras. Je comprends alors que je vais devoir lui révéler mon secret sûrement plus tôt que prévu. J’ignore encore quand mais je ne me vois pas sur la longue durée encore lui cacher tout de ma seconde existence. J’ai envie de les réunir. Ça va être épuisant de les scinder encore longtemps et de continuer à vivre dans l’inquiétude qu’elle me rejette une fois qu’elle… découvrira tout. C’est un pari risqué et je suis lâche. J’ignore comment toute cette histoire va se terminer. Elle m’arrache à cette évidence en relevant ses yeux vers moi et en me broyant un peu plus le cœur. « Oui, bien sûr. Je ne serai pas seul. Il y aura des amis avec moi. » Amis, un terme bien vague. J’ignore ce que lui a dit Kate, ni dans quel cas elle a avoué être impliqué. Je juge que j’en ai dit assez sans en dire de trop. Elle remet à nouveau sur le tapis son faux optimiste qui me reste toujours en travers de la gorge. Je la fixe avec un air assez sérieux. « Rebecca… » Ma main s’égare dans ses cheveux. « Tu n’es pas obligée de… Enfin, je préfère que tu sois honnête. Je sais que c’est une épreuve, que ça ne te plait pas. N’essaie pas d’être forte si tu n’en as pas envie. Je veux qu’entre nous, on soit sincère. Alors s’il te plait… » Je glisse mon pouce sur sa mâchoire avec douceur. « Tu as le droit de désapprouver. Mais oui, j’ai tout mis en place et je ferai tout pour rentrer le plus vite possible. De toute façon… » Je me penche sur ses lèvres pour les cueillir avant de chuchoter dans son oreille. « … Je reviendrai toujours, je n’ai pas vraiment que tu me tues de tes mains. » Je lui offris un léger sourire avant d’acquiescer à sa proposition. « File te préparer alors. » Je l’embrasse avant de moi-même attrapé mes chaussures pour les enfiler.

Le temps qu’elle soit prête, je prends quelques minutes pour consulter les infos et me renseigner sur quelque chose qui a complétement été oublié par la somme d’événements mirobolants des dernières semaines. Ma dernière donation remonte à un sérieux moment et en me renseignant, je réalise qu’elle n’a servi à rien. Ils ont dû fermer le refuge. Une certaine frustration s’empare de moi. Je me sens inutile. J’ai complétement rangé tout mon idéalisme pour ce Monde. Pire, j’ai été désabusé sur tout ou presque. Ça me manque. Enfin, la partie vampire pas mais mon existence d’avant aussi décousue eut-elle été avait finalement son propre sens tordu. Je réalise bien avec le recul que tout ça était ridicule et que j’étais un véritable imbécile mais. Mais ça n’empêche pas d’éprouver une très grande insatisfaction de ne pas réussir à participer à cette lutte. Je me sens concerné et investi par mon espèce mais c’est tellement réducteur. J’ai envie d’aider tout le monde – ou presque. Je suis malade à l’idée que plus de gens vont crever de froid cet hiver à cause de cette fermeture. Si j’avais fait comme avant, j’aurai pu les sauver. Je suis dépité mais camoufle tout ça derrière un rictus quand Becky me revient. Nous sortons alors et une fois en bas de l’immeuble, ma main touche machinalement le paquet de cigarette au fond de ma poche. Je coule un regard vers ma jolie brune et décide de ne pas l’angoisser davantage. Je reporte à plus tard mon envie dévorante de nicotine et me mordille la langue pour oublier mon addiction. Il y a beaucoup de choses à oublier aujourd’hui. Mes doigts se nouent à ceux de ma comparse, je pose ma bouche sur sa tempe. « Tu es ravissante. » Essayons d’être humain quelques temps et vivons dans une normalité apaisante histoire de récupérer avant la prochaine tempête.
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