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La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]
MessageSujet: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mer 11 Sep - 11:54

Deux jours sans oser sortir de cet appartement sans âme et sans vie qu’on lui avait gracieusement mis à disposition, pour un temps seulement. Deux jours passés à parcourir les dossiers préparés par l’Archevêque à son intention, afin de ne pas la lâcher sauvagement dans ce pays qu’elle voyait pour la première fois. Le cœur même de cette guerre qui lui avait tant coûté, la bouche de l’enfer par là où le Mal s’était échappé. Et plus elle lisait, plus elle désespérait d’avoir foncé tête baissée à cette soirée de gala qui avait si mal tourné. Le destin avait voulu qu’elle atterrisse avec trop de retard à Glasgow pour lui permettre de faire les choses dans l’ordre et doive se présenter en civile, sans arme, sans rien. Simple spectatrice d’un désastre annoncé.

Au final, elle s’en était sortie avec quelques égratignures, mais les tripes noués au souvenir de toutes ces vies détruites pour une cause qui était en fin de compte, aussi sienne. Venir à bout des créatures surnaturelles, les chasser de la terre des hommes et refermer la brèche par laquelle ils s’étaient engouffrés. Mais elle ne pouvait accepter que l’on sacrifie autant d’innocents. Rien ne justifiait le déferlement de violence gratuite auquel elle avait assisté et qui lui donnait la nausée.

Elle comprenait mieux les réticences de ses anciens supérieurs à l’envoyer sur le terrain, leur peur viscérale que les choses ne dérapent. Car par une fois, elle avait visé la mauvaise cible, et c’était déjà une fois de trop.

Baignée d’un mélange de honte, de culpabilité et de désespoir, elle attrapa ses affaires et  sortie en trombe de cet endroit qui ne lui inspirait rien de plus qu’un profond malaise. Fuir ce cocon qui  n’en était pas vraiment un, pour trouver refuge dans le seul endroit où elle en était certaine, elle se sentirait bien.

A travers le dédale de ruelles, son plan à la main, elle scrutait le ciel afin de ne pas louper l’architecture typique du lieu qu’elle recherchait. Tout en hauteur, s’élevant jusqu’aux nuages qui parsemaient le ciel déjà assombri par l’heure tardive. Lorsqu’elle se retrouva devant cette porte immense, elle soupira de soulagement et se faufila silencieusement à l’intérieur de la cathédrale quasi vidée de toute présence humaine. À peine croisa-t-elle une vieille femme qui s’empressa de se glisser dans l’entrebâillement de la porte, jetant un bref regard à la visiteuse nocturne de la cathédrale. Au loin, les habitants des lieux terminaient leur besogne, l’abandonnant à ses prières dès qu’ils eurent terminé. Un si grand espace, rien que pour elle.

Placée à la première rangée de bancs, elle s’installa sur l’agenouilloir, les yeux clos, son coeur et son esprits entièrement dévoués à son Dieu. Murmurant, elle pria longuement, d’abord en latin. Des mots pour les victimes de la fusillade, qui sonnaient sincères mais qui ne l’ébranlaient pas autant qu’elle l’aurait souhaité. Son malaise semblait provoqué par quelque chose d’autres, quelque chose de moins glorieux et chrétien.

La peur.

Celle du spectre d’une nouvelle guerre qui planait dans l’air. Le souvenir ravivé de la mort de Stefano, sacrifié pour une cause perdue d’avance. Alors ce ne fut plus à Dieu qu’elle parla, mais à cet homme qui l’avait veillée et protégée pendant tant d’années et qui semblait continuer son oeuvre de là où il était. Alors du latin elle passa à l’allemand, cette langue qu’avec lui seul elle pouvait partager. Ses racines, ses origines. Les prières laissèrent place à cette comptine enfantine qui seule l’apaisait. La voix de sa mère et de Stefano se mélangeant dans sa tête. Comme s’ils se tenaient tous deux à ses côtés. Âmes immortelles muées en anges gardien.

Son esprit déjà loin fut pourtant rappelé brutalement à la réalité, quand un bruit au loin claqua et résonna dans la grande salle. Le frisson qui lui remonta irrémédiablement le long de l’échine n’indiquait rien qui aille. Un sale pressentiment qui souillait sa méditation et transformait ce lieu paisible en quelque chose de bien plus déplaisant.

Sa médaille de baptême dans sa paume, elle la serra fort comme pour se rassurer, comme pour se convaincre qu’elle était toujours en sécurité dans la Maison de Dieu, plus que n’importe où ailleurs sur cette maudite planète.
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Sam 14 Sep - 23:29


Le bruit des chaines, la douleur aux chevilles oedématiées, l'obscurité toujours et encore. Des voix qui résonnent, les doigts qui grattent les murs et des pleurs, on essaie de lui parler mais il ne comprend rien. On ouvre cette porte qui grince ; il n'ouvrait pas les yeux parce qu'il ne verrait rien. L'odeur du sang, la colère qui monte encore un peu. Et là, le coup part et sa tête heurte le mur ; encore des mots dans cette langue étrange. Il ne répondait rien, c'est à cet instant qu'il sentait cette lame le trancher comme pour le punir de son ignorance. Il avait beau ouvrir les yeux, dix ans plus tard ça faisait toujours aussi mal. Il s'était brutalement relevé, avait couru comme un possédé en se jetant littéralement contre le mur de ce qui lui servait de piaule au point de se briser plusieurs os ; il était tombé lamentablement au sol les yeux grands ouverts rongé d'un souvenir parmi tant d'autres d'une horreur que les gens ont déjà oublié... Certains disent que l'on peut s'habituer à la douleur, Yaâqov en était devenu fou pour le faire.

Ses cauchemars étaient en pleine recrudescence depuis cet attentat. Le sang, la guerre. Il avait tout perdu pour elle, tout sauf la vie. Du moins pas complètement. On avait souhaité qu'il vive pour mieux souffrir, c'était là son sort. On n'avait jamais essayé de lui faire entendre raison, de le rassurer ; on ne cherchait qu'à le soumettre et à le dresser comme un chien. Il ne se souvenait pas de la dernière fois qu'on l'avait touché si ce n'était pour lui faire du mal. Puis à force il s'était refermé sur lui-même, s'interdisant le contact avec autrui, distant, solitaire, mort... Il n'existait pour personne, il n'était qu'une ombre, l'ombre de lui même. Au fond ce n'était pas le pire à ses yeux, le pire était d'être encore en vie, d'avoir été abandonné par dieu. Il avait tout donné à Dieu alors que la guerre venait tout lui prendre ; il n'oublierait jamais le visage de ces Allemands à chaque fois qu'il implorait dieu ; le visage de l'enfer du démon qui rit et joui du malheur et de la souffrance de l'autre. Et voyez ce qu'ils avaient fait, ils l'avaient transformé pour se divertir encore un peu plus de ce juif, de cette vermine qu'il était à leurs yeux. Il n'avait été qu'une jolie poupée blonde que l'on torturait parce qu'il était faible et seul. Aujourd'hui il était bien plus fort, pas assez, mais fort. Mais seul, ça il l'était. Depuis combien de temps n'avait-il plus vu de juif ? Et s'il était le dernier ? Et si... Non... Il n'arrivait pas à y croire, il avait juste envie d'hurler à cette idée, l'idée d'être le dernier des martyrs... L'idée qu'ils soient tous morts pour rien... Son père, sa femme, ses enfants... Pourquoi dieu l'avait mit à cette épreuve ? Pourquoi lui en voulait-il à ce point ? Il avait été homme juste et fidèle. Pourquoi l'avait-il laissé devenir un monstre à la merci des nazis qui profitaient de ses démences, au service de ce Julien qui l'eut torturé des jours entiers après l'avoir enfermé dans le cercueil des souffrances... Dieu n'avait pas entendu ses appels à l'aide... Est-ce que Dieu avait vraiment voulu ça où avait-il trop souffert de la folie de l'homme pour les pardonner cette fois ci ?

Pourtant, c'était encore vers Dieu qu'il se tournait. Il s'était relevé malgré la douleur et son corps se restituait comme à chaque fois, parce que la mort ne voulait pas du dément. Il avait poussé la porte de cette cathédrale, désorienté ; il ne savait plus vraiment où aller. Il n'était pas de Glasgow, personne ne comprenait ce qu'il disait ou alors on ne voulait pas lui parler. Il se souvenait de la honte chez les gens à l'idée de parler à des personnes comme lui alors qu'avant tou ça ils étaint amis, le dégoût de parler à un sale juif. Alors il avait déambulé sans savoir où aller. L'endroit était dangereux, si un croyant lui brandissait un crucifix ou lui balançait de l'eau bénite à la tronche il risquerait d'en souffrir sévèrement. Mais dans son désespoir, il n'y avait plus rien qui puisse le faire souffrir davantage. Il avait mal ; il avait claqué la porte derrière lui comme s'il était poursuivi. L'endroit respirait la croyance, il était un démon dans la maison de Dieu. Il ferait n'importe quoi pour que dieu l'accueille de nouveau et le pardonne des péchés que la vie l'avait forcé à accomplir. Il était un homme bien n'est-ce pas ? Il ne savait plus, il voulait juste s'en aller...

Mais dieu ne voulait pas de lui dans sa maison et respirer était devenu un exercice difficile. Bien sur on pouvait se dire qu'il n'en avait guère besoin pour vivre, mais la douleur était là. Pourtant ses yeux bleus ne quittaient pas l'autel, tirant sur les manches de son sweet trois fois trop grand pour lui pour masquer le tatouage qui le numérotait comme un animal et camouflait sa carrure de gringalet chétif couvert de marques diverses. Il avançait à contre courant vers l'autel de l'église, il n'avait pas même senti la présence de cette femme qui avait peur de lui ; en état de faiblesse, le vampire entrait dans l'une de ses nombreuses phases de démence. Il tombait lamentablement devant les marches de l'autel, se fendant le front contre la marche, le sang coulait mais il ne semblait pas montrer le moindre signe de douleur, pourtant c'était là, ça brûlait, mais il avait connu pire. Ses lèvres se mirent à réciter les versets de la genèse de l'ancien testament dans cet hébreux que personne ne semblait plus parler dans ce monde. Sa capuche tombait dans ses salutations à dieu dans des mouvement de la tête dévoilant sa chevelure blonde car à la fin de chaque verset il venait se frapper le front de nouveau contre la marche, il aurait pu finir par se tuer si la plaie ne se refermait pas à chaque fois... Ses yeux azurés se perdaient dans le chaos de son désespoir, récitant de plus en plus vite en oubliant complètement de respirer. Tant de mal qu'il s'infligeait, il ferait n'importe quoi... Son comportement en semblait vouloir que demander par ses prières : "Eternel Dieu, pardonnes moi... Emmènes moi... Je n'en peux plus, je ne puis me battre davantage..." Mais Dieux restait sourd et la foi faisait mal à son tour...


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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mar 17 Sep - 16:30

Des allures de vagabond paumé, il avançait envers et contre tout en direction de l’autel, comme un nageur luttant contre la violence du courant d’une rivière déchaînée. Dieu ne semblait pas vouloir laisser cet être monstrueux souiller le parvis de sa Sainte demeure. Et pourtant, en quelques instants, ce qui ressemblait fort à un vampire lui passa à côté, l’ignorant comme si elle n’avait jamais existé. Le monde était devenu complètement fou !

Se relevant le plus silencieusement possible, elle glissa sa main dans le cuir de sa botte pour en tirer son arme, chargée d’assez de balles en argent pour faire rendre son dernier souffle à cette créature. L’idée de devoir en faire usage en un tel lieu la dégoutait profondément, mais elle ne laisserait pas cette bête faire le moindre mal à qui que ce soit, ou tenter de dévaster la cathédral. Car pour quelle autre raison aurait-il pu profaner ce lieu sacré ?

Profitant de la grande concentration dont il faisait preuve afin de s’agenouiller devant l’autel, elle vint rapidement se placer derrière lui, le tenant en joug, prête à faire feu au moindre mouvement suspect. Mais lorsqu’il heurta violemment la plus haute marche, Eva ne put s’empêcher de sursauter, ne s’attendant pas à un tel spectacle. Le bruit sourd de son crâne frappant la pierre froide du sol résonna de longues secondes, bientôt suivi d’un second, puis encore un… ainsi de suite. Du sang se répandait lentement là où la peau venait s’écorcher, avant de se reconstituer pour mieux se briser à nouveau, dans un cycle infernal. Les grondements de ces coups répétés se virent bientôt accompagnés de ces murmures à peine audibles, dans des mots qui sonnaient trop familiers à la jeune femme.

Interloquée, elle baissa son revolver, fixant de ses grands yeux ronds cette tête blonde qui s’infligeait tant de supplices. Ses oreilles devaient lui jouer des tours, il n’était pas concevable que CES paroles sortent des lèvres de CETTE créature ! Les vampires ne priaient pas, ils n’en avaient tout simplement pas le droit. Ils avaient renié Dieu et il était invraisemblable que certains continuent de l’invoquer, ou même ne serait-ce que de l’évoquer en des paroles aussi élogieuses. Elle ne comprenait pas tout, n’ayant jamais réussi à se passionner pour l’hébreu, mais elle retenait l’essentiel de cette litanie incessante qui s’accélérait, tout comme le rythme des prosternations de ce cinglé.

L’esprit embrouillé, elle remit en place la sécurité de son arme afin d’éviter qu’un coup ne parte par accident et ne fasse dégénérer la situation. Sa tête lui disait tout de même de tirer, de profiter de son état de grande faiblesse pour s’en débarrasser alors que l’occasion était si belle. N’était-ce là pas son but dans la vie ? Sa vocation ? Mais son cœur le lui interdisait. Pas comme ça, pas aussi sournoisement. Elle n’était pas du genre à abattre un innocent dans le dos, comme une sale fourbe et une lâche. Elle tuait ses ennemis yeux dans les yeux, car elle refusait de s’abaisser au niveau de ces viles créatures, se faisant un devoir de ne pas tomber dans les mêmes travers qu’eux.

Mais comment pouvait-on qualifier un vampire de créature innocente ? Il avait sans doute tué bien plus d’êtres vivants qu’elle ne pouvait l’imaginer. Certes, il priait. Il n’en restait pas moins un être maléfique, un non-mort qui avait l’âme souillée et le cœur froid comme la pierre.

S’avançant lentement, résolue à lui faire cesser son cinéma et à le faire quitter la cathédrale, elle se pencha vers lui et tenta de lui poser une main sur l’épaule, espérant ainsi le sortir de cette torpeur dans laquelle il semblait plongé. Elle redoutait une réaction violente de sa part, mais elle ne pouvait tolérer qu’il continue ainsi à se faire du mal.
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Ven 20 Sep - 7:20


Délicieux supplice parfumé de rêve, il aurait donné n'importe quoi pour mourir à cet instant, mourir pour de bon. Il priait corps et âme, salissant le sol de ce saint lieu de son sang maudit, il se sentait si faible, son corps tremblait de froid, il était glacé par la mort depuis bien trop longtemps, il voulait qu'enfin cette sensation emporte son dernier souffle. Mais cela ne semblait pas vouloir s'arrêter ; jamais. Il se disait bien qu'un jour où l'autre ça finirait par cesser ; qu'un jour lui aussi aurait le droit de se reposer, de ne plus être hanté par la douleur et les hurlements du passé. Oui, il voulait y croire, il voulait que dieu lui rendre ce droit d'y croire encore. Mais peut-on exiger quelque chose de l'Eternel ? Il ne savait pas, il était tellement sale, si sale qu'il ne savait plus que faire pour se sentir mieux. Il se résignait et parfois il voulait essayer d'y croire, il était complètement perdu... Dans sa bulle infernale, il n'avait que brièvement perçu la présence derrière lui, dire qu'il aurait suffit d'un geste brusque de sa part pour que cette fille exauce sa prière, mais il n'avait rien fait pour faire pencher la balance. Il continuait un rite cruel qui n'était pas du tout dans les lois juives où le suicide est un péché, il ne fallait pas se faire souffrir de la sorte, c'était son désespoir qui le poussait à faire cela. L'os qui se brisait encore et encore, il se sentait épuisé mais il n'arrêtait pas. Il ne voulait plus arrêter, il pouvait le sentir maintenant. Cette douleur, cette maison de dieu qui ne voulait pas de lui, cette force enivrante qui lui faisait tellement mal ; qui le brulait de l'intérieur... Dieu était là... Dieu... La foi... Mais ils ne voulaient pas de lui alors qu'il ne demandait que ça. Ses lèvres s'agitaient pour laisser s'échapper de sa gorge des versets dans une rapidité effrayante. Il avait passé près de quatre vingt ans à essayer de s'accrocher tant bien que mal aux saintes paroles. Il n'avait rien d'autre... Il était seul, il n'avait que dieu... Mais même lui avait fini par le rejeter.

C'est à cet instant qu'il sentait cette main sur son épaule ; de ses lèvres venait s'échapper un cri d'une douleur profonde alors qu'il s'écroulait au sol comme si le poids de cette main venait de le briser. Qui était là ? Depuis combien de temps ? Qu'allait-on lui infliger pour avoir osé prier les textes juifs ? Il ne savait pas, il se sentait épuisé, il avait perdu beaucoup de sang et dieu savait justement à quel point son petit corps avait besoin d'être gavé de ce liquide pourpre pour tenir le coup, pour ne pas divaguer ou pire : se montrer agressif et dangereux. Mais cette main ne bougeait pas, elle ne frappait pas ; le contact était une chose insupportable pour notre pauvre démon qui ne supportait plus qu'on le touche. Alors après avoir reprit ses esprits (du moins, autant que cela lui était possible de le faire étant donné son état psychologique), il se relevait l'air apeuré dans le fond de ses yeux bleus malgré son visage figé par la mélancolie. Une femme, très jolie, elle... Il ne savait pas vraiment, elle dégageait quelque chose que les autres humains n'avaient pas, une femme qui croyait en dieu. Il baissait ses yeux bleus sur ses mains dont l'une d'elle tenait une arme qui pourrait lui couter sa mort, mais aussi qui pourrait tout simplement le torturer. Ses pupilles s'agitaient comme à la recherche d'une issue en reculant d'un pas avant d'enfin desserrer les dents pour lui adresser la parole comme pour lui demander un service, comme s'il lui demandait de lui donner un alibi pour un crime horrible dont il aurait été l'auteur. Il n'avait fait que prier... « Pas dire que moi fit ça... » Dire qu'il pensait que plus personne ne viendrait dans un endroit comme celui-ci, il fixait la jeune femme en tirant sur cette veste beaucoup trop grande, comme s'il avait espoir de se réchauffer. Son regard venait tomber au sol, il ne savait pas vraiment quoi faire, est-ce qu'il devait s'enfuir maintenant ? Ou attendre ce qu'elle voulait ? Il ne savait pas, qu'est-ce qui pouvait bien lui arriver de pire à présent ? Il pensait bien avoir vécu toutes les horreurs de ce monde et cela sans avoir la joie de gouter à nouveau à l'illusion de bonheur. Juste la douleur, rien que la douleur depuis maintenant quatre-vingt ans...

Que dirait Julien ? Que ferait-il ? Qu'est-ce que ça changeait ? Ses yeux se posaient sur le sang qui brillait sur les vieilles marches de l'église ; il regardait alors ses mains sales de sang, de son propre sang ; tentant de les essuyer dans sa veste qu'il gardait précieusement sur le dos comme pour se cacher derrière celle-ci ; le blondinet reportait son regard vers cette femme l'air assez désorienté, clignant lentement les paupières pour souffler toujours dans cet anglais déplorable et cet immonde accent de l'est qui accentuait les défauts plus que flagrant de son anglais « Je pas faire la mal, ma deux dames... » Non, il n'avait rien fait de mal... Du moins, pas ce soir là... Parfois sa folie et sa soif le conduisait à faire bien du mal... Que dirait papa ? Qu'était donc advenu de son ange ? Il avait honte au fond de lui notre Gabriel, il ne méritait pas ce prénom... Il appartenait à Satan, l'ange s'était brulé les ailes. Allait-elle le laisser partir, à vrai dire il ne demandait que cela. Étourdis et désorienté, il était quelque peu absent ; cet air de petit chiot égaré mais derrière cela se cachait un monstre que le monde avait voulu qu'il soit en s'acharnant sur lui.

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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Ven 20 Sep - 22:48

Un coup, un grognement, de la violence, tout, mais pas ça. Elle ne s’était pas attendue à le voir à ce point apeuré, comme si son seul contact pouvait le réduire à néant, comme si sa seule présence était signe de souffrances éternelles. Les rôles n’auraient-ils pas dû être inversés ? Lui en tortionnaire potentiel, elle en victime désorientée. Rien de tout cela pourtant. Il respirait l’angoisse et son regard plein de terreur aurait presque pu lui briser le cœur, s’il n’avait pas été ce qu’il était. Comme un enfant pris en faute qui sait que ce qu’il fait est très mal, mais qui ne peut pas s’en empêcher.

Oui, elle trouvait qu’il n’y avait rien de plus atrocement irrationnel que de voir un vampire sans doute centenaire, créature du mal et des enfers, s’adonner à quelques litanies tout en s’auto-flagellant pour faire pénitence.

Choquée, elle ne broncha pas, incapable de se mouvoir ou même de détourner le regard. Son arme bien calée dans sa main, elle se rendait compte que plus les secondes s’égrainaient, moins elle avait envie de s’en servir. Il fallait d’abord qu’elle comprenne pourquoi une telle chose était possible et surtout comment. La foi de cet homme avait-elle été si puissante de son vivant qu’elle perdurait à travers la damnation ? Dieu permettait-il vraiment de telles aberrations ? Et elle ? A la place de cet inconnu, serait-elle capable de conserver en son cœur froid cet amour si fort, si pur qu’elle éprouvait envers le Créateur malgré qu’il la rejette, la renie et lui refuse la douceur de la mort. Ne ferait-elle pas comme tous les autres vampires ? A cracher sur celui qui leur avait donné la vie, mais refusait de la leur reprendre.

Il n’était pas l’heure de se poser de telles questions ! Le vampire se relevait enfin, abandonnant la flaque de sang qui maculait les escaliers à ses pieds. Il en était recouvert et en semblait presque honteux. Tout dans son attitude respirait la soumission, comme un docile petit chien qu’on avait trop battu. Qu’avait-il pu lui arriver pour qu’il finisse dans un tel état ? Son regard azur passa brièvement sur le flingue, mais plutôt que de réagir avec véhémence comme l’aurait fait tout bon vampire, cette vision sembla décupler encore sa crainte, le poussant à reculer tant qu’il le pouvait.

Les quelques mots qu’il prononça, teinté d’un accent qui lui semblait familier, confirma son ressenti. Et histoire de couronner le tout, il n’était de loin pas du coin et son anglais était encore plus atroce que le sien. Un jeune garçon terrorisé, dans un pays qui n’est pas le sien, dans un lieu qui lui est interdit. Comment ne pas éprouver une once de pitié ? Encore une fois, sa raison lui criait des mots en parfaite contradiction avec ceux que lui susurrait son cœur de chrétienne.  

Prudente, Eva s’avança d’un pas dans sa direction, lui montrant bien qu’elle rangeait son arme et ne comptait pas s’en servir. Les mains levées, elle s’exécuta très lentement et vint ficher l’objet dans la poche de sa veste, sait-on jamais qu’elle doive le dégainer rapidement. Tout de noir vêtue, elle avait des allures d’ange bien funeste dans ce rayon lunaire que laissait filtrer les vitraux. Timidement, elle tenta un second pas, espérant ne pas se montrer agressive dans sa gestuelle, tâchant d’être la plus rassurante possible. Elle ne voulait pas d’effusions de sang, surtout pas ici. Elle voulait juste qu’il lui explique ce qu’il fichait ici, puis qu’il s’en aille.

Sa seconde phrase, toujours aussi maladroite, laissa planer le doute sur sa signification. Voulait-il dire qu’il ne lui ferait pas de mal ? Elle n’en était pas sûre et maudissait d’autant plus cette langue atroce qu’était l’anglais.

« Je ne dirai à personne… que vous priez. Et je ne vous ferais pas de mal non plus. »

Son accent italien,  se mêla à la discussion et elle doutait que malgré son ton doucereux, il ne puisse réellement la comprendre et surtout saisir que ses intentions n’étaient pas belliqueuses... tout du moins pour le moment. Comment se fier à des mots qui sonnent vides de sens ? A sa place, elle resterait méchamment sur ses gardes et n’hésiterait pas à attaquer la première, histoire de ne pas être prise au dépourvu.

« Vous n’êtes pas d’ici n’est-ce pas ? »

L’hébreu, l’accent de l’est. Quelques suppositions se formèrent dans son esprit qui travaillait à cent à l’heure, à la limite de la surchauffe, vu le nombre d’informations contradictoires qui y circulaient et l’intense réflexion à laquelle elle s’astreignait afin de faire son devoir convenablement. Afin de préserver la Maison de Dieu et ses habitants, sans pour autant verser dans la violence gratuite et inutile dont elle usait et abusait habituellement.

« Peut-être que vous devriez vous asseoir… vous n’allez pas tenir beaucoup de temps debout dans votre état. »

Elle n’osa pas l’interroger sur ses origines, préférant tenter de l’apaiser au maximum, de le mettre en confiance plutôt que de brandir leurs différences. Car elle le sentait comme un funambule en équilibre sur un fil prêt à se briser. Au bord du gouffre du désespoir que la peur décuplait. Et totalement imprévisible. Ça n’était pas pour la rassurer. Comme si le moindre mot de travers pouvait faire virer cet agneau et le transformer en grand méchant loup, assoiffé de ce sang qu’il avait tant perdu quelques instants plus tôt, sacrifié sur l’autel de la foi.
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Sam 21 Sep - 23:04


Le blondinet l'avait observé approcher et il s'apprêtait à faire un pas de recul lorsqu'elle rangeait son arme ; pourquoi est-ce qu'elle faisait cela ? Combien de fois avait-on pointé un flingue sur lui sans jamais lui donner le plaisir de mourir ? Il ne savait pas, peut-être avaient-ils compris que la mort serait comme lui faire un cadeau et qu'il ne le méritait pas ? Il ne savait pas vraiment, il n'avait jamais compris de quel crime on l'avait accusé, celui de croire en dieu ? D'être juif ? Non, ce n'était pas possible qu'est-ce que son peuple avait-il pu faire de si horrible ? Il avait été un enfant simple détruit par la mort de son père à la première guerre mondiale, devenu un homme simple mais tellement heureux avec sa famille. Puis un jour, on était venu le chercher sous les pleurs de sa femme, le forçant à mentir à ses enfants en guise d'adieu. Tout irait bien... Non... Ils étaient morts et lui, il se voyait les portes du paradis interdits à sa personne. Est-ce qu'on l'attendait dans l'au-delà ? Il ne savait pas, il n'aurait peut-être pas du leur mentir car ils ne seront jamais plus réunis... Elle fit un autre pas vers lui, il l'avait fixé avec son air tellement mélancolique et dans ses yeux luisait une peur qui le laissait méfiant de cette chrétienne. Elle lui dirait garder le secret, son anglais avait un accent étrange. Il avait cependant compris ce qu'elle venait de lui dire, du moins pour le moment. Est-ce qu'elle l'épargnerait vraiment ? Un juif dans un édifice chrétien, un vampire dans la maison de Dieu... Il était sur une pente glissante, il réagissait comme un enfant surpris dans l'une de ses bêtises, mais il y avait chez lui une connotation plus profonde. Il y avait un vécu chez cet homme ce que l'on ne pouvait pas imaginer même dans le pire cauchemar, martyr ; il était un reste oublié des horreurs de ce monde, de ce que l'on ne veut pas imaginer, de ce que l'on oublie trop facilement...

Pas d'ici, le blondinet ne disait toujours rien, se murant dans le silence, son regard fuyait vers la grande porte en chêne alors qu'elle lui disait de s'asseoir, du moins c'était ce qu'il lui semblait avoir compris. Alors il se fit particulièrement docile et obéissant, se baissant lentement pour s'asseoir sur l'une des marches sans la quitter du regard assez méfiant. Il se demandait quelles étaient les attentions de la jeune femme à présent envers lui, joignant doucement les pieds, le dos quelque peu courbé comme s'il portait un fardeau sur ses épaules particulièrement frêles. Il ne comprit pas le reste de la phrase de la jeune femme, juste « debout », alors il se relevait précipitamment comme un chien bien dressé qui obéissait très bien aux ordres, pré conditionné... Petit soldat ou esclave ? Qui est-ce que ça intéressait de toute façon ? Lentement il conduisait sa main vers son visage pour s'essuyer le front mais il fit pire en bien en se tartinant la joue à mettre tant d'énergie à essayait de se mettre au propre : avant de cesser lentement. Un profond mal être, le rejet de dieu se faisait de plus en plus pesant. Il avait l'impression que ses veines allaient finir par péter une à une, mais il était immortel et il ne devait que Se contenter de la douleur éternelle pendant que d'autre jouissaient de la paix... Il ne sera jamais plus en paix, il n'était plus rien, détruit de l'intérieur, il était comme une coquille vide qui tentait de se remplir par la foi que l'on tentait de lui arracher par ce désespoir. Mais dieu... Pouvait-il l'avoir renié à ce point ? Est-ce que cette femme le savait ? Est-ce qu'elle lui dirait ces mots qui lui faisaient peur et mal à imaginer ?

Ses yeux azurés éclairés par le reflet de la lune lui donnait un coté tout à fait angélique et pur, mais il était loin de l'être. Il desserrait enfin les dents pour lui répondre d'une voix tout aussi chétive que l'homme et cela sans la quitter des yeux « Je partir maintenant ? Je pas venir nouvel, toi pas dite promettre. » C'était comme des flash dans sa tête, cette exposition qui se transformait en chambre à gaz... Et cette femme... Parmi les humains apeurés, elle avait l'air tellement terrifiée alors qu'il essayait de sauver cet ingrat de Leslie... Peut-être qu'elle savait ce qu'il s'était passé, mais même si elle le lui expliquait, il ne serait jamais capable de comprendre. Il ne savait même plus contre qui ils étaient en guerre, c'était toujours la guerre, cette saloperie de seconde guerre mondiale ! Les salauds d'Allemands ! Yaâqov aimerait tellement leur faire payer tout ce qu'ils lui avaient fait, mais il savait qu'il n'en aurait jamais l'occasion. Il était horriblement seul, même dieu voulait l'abandonner et le blondinet s'accrochait à celui-ci comme pour fuir cette solitude, il voulait croire que dieu était encore son dernier ami... Il devait s'efforcer à vivre avec ses images d'horreurs qui s’enchaînaient dans sa mémoire, si seulement il existait une recette pour tout oublier, pourquoi ne pouvait-il pas se contenter d'être un monstre comme les autres ? Certains avaient perdu leur âme, lui la raison... Chacun sa pénitence... « Toi ici de prier ? » Se risquait-il à demander assez hésitant, il aurait peut-être mieux fait de se taire. Mais que faisait cette femme ici ? Il ne savait pas, les gens ne priaient plus de nos jours, ils marchaient avec des oeillères et pensaient que dieu était une connerie de l'ancien temps... Les gens ne croyaient plus en dieu, est-ce que dieu en souffrait ? Etait-ce pour cela que dieu ne voulait pas de lui ? Tellement de questions à jamais sans réponses...
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mar 24 Sep - 16:00

L’espace de quelques secondes, elle avait eu l’impression que le vampire l’avait comprise, le voyant s’asseoir docilement… pour finir par se relever brutalement comme si ses fesses avaient touché un ressort. Eva en sursauta, son petit cœur battant la chamade et s’emballant à chaque réaction imprévisible du blondinet. A ce rythme-là, elle finirait en crise cardiaque avant le lever du soleil.

Déjà tout barbouillé de sang, il en rajouta encore en voulant s’en doute effacer les traces de son méfait. Grossière erreur, au vue des trainées rouges que dessinaient ses doigts sales sur son visage. Il en avait partout et effraierait sans aucun doute le premier fou qui oserait s’aventurer dans la salle principale de la cathédrale, pieu fidèle venant prier ou homme d'église occupé à quelques besognes.

Un bref coup d’œil sur les côtés lui assura que les lieux étaient bien désert et que personne ne les surprendrait. L’irruption inattendue d’un inconnu risquerait de décupler l’angoisse du vampire et donc de réveiller son agressivité. Comme une bête sauvage prise au piège entre quatre murs et dont la seule issue se cache derrière quelques idiots de mortels. Un carnage, voilà ce que cela donnerait. Même si elle ne le laisserait pas faire.

Ses petits yeux fixés sur elle ne lui inspiraient que malaise et son baragouinage incompréhensible n’était pas pour l’apaiser. Mais qu’est-ce qu’il essayait de lui raconter foutre dieu ? Elle se maudissait sincèrement d’avoir refusé de suivre les cours d’hébreux et d’avoir rejeté l’étude des textes sacrés dans cette langue qui ne l’avait jamais inspiré. Ou tout du moins jamais autant que le latin. Ce dernier était si chantant à ses oreilles. Elle aimait entendre Stefano lui lire les textes sacrés en latin lorsqu'elle était enfant, comme un papa lisant une histoire à sa progéniture. Alors adulte, cela avait été un jeu d'enfant d'intégrer toutes ces règles étranges, si logique. Loin de se contenter d'apprendre les prières par cœur comme certains fainéants le faisait, elle avait tenu à ce qu'un des professeurs lui enseigne patiemment tout son savoir.

A ce jour, elle s'exprimait mieux en latin qu'en anglais... et se rendait compte que cela lui serait d'absolument aucune utilité en dehors de l'enceinte du Vatican.

« Je suis désolée mais je ne comprends pas. »

Autant lui dire carrément qu’elle n’y pigeait rien. Au point où ils en étaient… Ou autant lu tirer une balle en plein cœur, histoire d’en finir une bonne fois pour toute, qu'elle puisse retourner à ses prières. Malgré que cette idée soit fort séduisante, elle s’y refusait toujours. Elle s’était juré de ne plus agir comme une sauvage primitive, de réfléchir un minimum avant de se lancer tête baissée dans des combats souvent perdus d’avance. Si elle n’avait pas été aussi bien entourée toute son existence, sans doute aurait-elle déjà rendu son dernier souffle, des années auparavant. L’âge avançant et la solitude s’emparant de son quotidien, elle s’était convaincu qu’il fallait mettre un frein à ses ardeurs et apprendre à se servir de sa tête un peu plus souvent. Un contre un, en pleine cathédrale, avec des civiles à quelques centaines de mètres, planqués dieu sait où. Non, ce n’était décidément ni le moment ni le lieu pour de violentes effusions de sang.

Et voilà qu’il lui demandait si elle priait. Que pouvait-elle faire d’autre ici ? Invoquer Satan histoire de délirer un coup ? Bon dieu, il était aussi con que cinglé.

« Bien sûr… pour quelle autre raison ? »

A son froncement de sourcils et son regard étonné, elle ne laissait guère de doute sur ses sentiments.

« Vous parlez quoi à part l’hébreu ? »

Les bras croisés, l'air faussement détendue, elle posa sa question, sans détour et la plus abrupte des manières, coupant court à toute discussion philosophique pour le moment. Car il fallait trouver un moyen de communiquer efficacement, avant de l’assaillir de questions, puis de le jeter hors d’ici et pourquoi pas l’achever tant qu’elle en avait l’occasion.
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Jeu 26 Sep - 5:44


Elle ne comprenait pas ce qu'il lui disait, il ne répondait pas. Pourquoi faire puisque de toute façon elle ne comprenait pas ? Elle parmi tant d'autre, est-ce qu'elle en avait envie seulement ? Il s'en fichait, il ne lui demanderait pas de faire l'effort spécialement pour lui-même. Il se contentait de la fixer, il semblait attendre qu'elle lui dise de dégager, mais ce mot ne franchissait pas ses lèvres. Quel vampire attend l'autorisation d'un humain pour faire ce qu'il veut ? Celui qui avait paradoxalement peur... Il était capable de tuer, il le faisait quand il en avait l'ordre. Il en fut capable à l'époque où il s'était perdu en Ecosse, à assoiffé, perdu, il n'avait plus su que faire ; il s'était laissé gouverner par cette soif au profit d'un monstre... Mais depuis qu'il était stabilisé, les souvenirs d'humanité le hantaient. Etait-ce parce qu'il l'était encore au fond de lui, où n'était ce que les souvenirs qui le poussaient à agir de la sorte ? Il l'ignorait, il se posait énormément de questions sur lui-même et il n'y aurait jamais personne pour y répondre. Puisqu'elle ne semblait pas vouloir le faire partir, il lui posait une question qui à lui paraissait dérisoire ; pourquoi serait-elle là pour prier ? Les gens ne prient plus... Elle répondait que si, et cette réponse le laissait silencieux, il n'avait pas vraiment l'air de comprendre... Il n'avait pas compris la question de la jeune femme, alors finalement ni l'un, ni l'autre ne se comprenait. Les cours d'anglais donnés par cette humaine plus que bavarde ne semblait pas faire tant d'effet... Il aurait probablement du lui demander de lui apprendre à dire aux gens d'aller se faire foutre avec leur anglais... Le blondinet restait cependant immobile, il n'en rajoutait pas à ce spectacle inquiétant qui marquait sa face.

Elle lui demandait quelle langue il parlait, il se risquait dans un autre coup d'oeil circulaire de la pièce avant de poser à nouveau son regard azuré transcendant sur elle et répondait d'une voix lente comme s'il cherchait ses mots, il cherchait surtout la prononciation... « Mienne parle : Poule nez... Allemande... Une petite le Roussie... » Si elle comprenait au moins une de ses trois langues, ce serait déjà probablement un miracle... Mais tout est possible n'est-ce pas dans la maison de dieu ? Son regard se posait sur son arme, dire que cela lui prendrait à peine deux secondes pour la lui attraper et deux de plus pour la tuer. Elle n'aurait pas même eu le temps de dire Amen qu'elle aurait déjà rejoins le seigneur. Mais il ne faisait rien, surtout si cette fille croyait vraiment en dieu... Il n'en avait pas vu depuis des années, les gens ne juraient que par la mort, vous savez cette manie de faire le grand nettoyage... Ils avaient probablement oublié de nettoyer le monde de sa présence, tout le monde l'avait oublié...

Son regard se posait sur la flaque de sang qu'il avait laissé, combien de temps avant que ça ne lui manque ? Il ne savait pas, il n'en aurait pas pour longtemps de rentrer chez lui fort heureusement... Enfin chez lui... Il n'avait rien à lui et encore moins une habitation, quelle folle idée ! Le blondinet observait la jeune femme s'en rien dire de plus, pourquoi ne se sentait-il pas plein d'assurance comme à la RED ? Pourquoi est-ce que les souvenirs le hantaient dès qu'il « s'enfuyait » pour quelques heures dans la ville ? Il ne savait pas, il ne savait pas lequel de ses deux hommes il était vraiment. Mais ils avaient tous deux un point commun : la solitude. Auprès de Julien, il était obligé d'être fort, d'être capable de tout pour lui plaire... Mais sans celui-ci, sa vie n'avait pas de sens, sa vie était inutile. Il était son maitre et il attendait qu'enfin on lui donne la mort pour récompense à sa loyauté... Mais il savait au fond de lui que cela ne viendrait pas, ce s'il avait refusé de le tuer alors qu'il fut désobéissant ; s'il s'était acharné à ce point sur son sort, il devait y avoir une raison ? Il aimerait bien... Mais il n'était qu'un pion une fois de plus... Il n'était venu que pour une chose... Une prière pour que la guerre s'achève, une prière pour les pêcheurs de cette guerre, lui... Et même Julien... Une prière, une de plus, elle ne serait jamais entendue... Fixant la jeune femme ; il ne savait que dire de plus, et pourquoi faire ?

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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Sam 28 Sep - 19:21

Alléluia !

Le gamin blondinet, qui au passage avait sans doute plus du double de son âge, parlait bel et bien une langue qu’elle était en mesure de comprendre. Et même mieux, dans laquelle elle pourrait lui répondre. Alors ni une ni deux, la voilà qui passait à l’allemand de la plus naturelle des manières. D’un enthousiasme naïf digne d’une enfant qui trouve enfin après moult recherches quelqu’un qui lui ressemble un peu dans la cour de sa nouvelle école.

« L’allemand oui ! Dieu soit loué. »

Dit-elle d’un souffle, en se signant de la plus pieuse des manières, les yeux à demi clos et la tête basse devant l’autel du Créateur.

Presque soulagée, elle sentait qu’elle avait une chance de le faire partir d’ici sans violence, une chance de montrer qu’elle était capable d’être plus qu’une bouchère sans foi ni loi lorsqu’il s’agissait de créatures surnaturelles. Car si elle voulait vraiment intégrer la PES, elle n’aurait pas le choix et devrait réfréner ses pulsions, changer ses habitudes, modifier tous ses réflexes. Et ce pour coller à l’image du soldat idéal que se faisait les recruteurs de cette organisation. Un défenseur de l’humanité docile, obéissant et tolérant. Même si tout cela avait franchement du plomb dans l’aile après l’incident du Musée.

Se redressant, la main toujours proche de la poche de sa veste, juste au cas où, elle fixa longuement le blondinet à la recherche d’une quelconque réaction. Il lui fallait maintenant aborder le sujet qui fâche, à savoir la raison de sa présence en ces lieux et son départ qu’elle espérait volontaire, d’un lieu qui ne tolérait pas sa présence. A moins qu’elle ne soit trop présomptueuse. Qui était-elle au fond pour juger de qui ou non avait droit de se présenter face à Lui ? Elle se répétait inlassablement dans sa tête les leçons apprises au Vatican, pensait selon les souhaits de Stenafo, appliquant scrupuleusement ses méthodes sans vraiment prendre le temps de réfléchir au pourquoi du comment. Savoir si ce qu’elle faisait était vraiment juste, avait véritablement un sens. Et la présence de ce vampire en ces lieux, ses violentes litanies, tout ça méritait qu’elle entame une démarche de réflexion plus personnelle. Cesser d’être un mouton, d’être la brebis d’une église qu’elle avait toujours servi aveuglément. Mais avait-elle vraiment servi Dieu ? Et l’humanité ?

« Votre présence en ces lieux… ce n’est pas vraiment commun de trouver un vampire qui prie vous savez. Vos semblables L’ont renié pour la plupart. Pourquoi ? Et pourquoi cette violence ? »

Elle avait envie de lui faire passer un interrogatoire propre en ordre, de l’assaillir de questions. Mais elle devait se retenir car elle savait fort bien que ce n’était pas de cette façon qu’elle parviendrait à ses fins. Au mieux, il la prendrait pour une folle un peu sauvage et trop curieuse, au pire, il se fâcherait et ferait usage de toute la violence caractéristique à sa race. Et c’était bien la dernière chose qu’elle souhaitait.

Un peu empruntée par son attitude irréfléchie, elle toussota et se replia sur elle-même, se donnant des airs de petites filles honteuses qui outrepassent les règles imposées par la société.

« Pardonnez-moi… rien ne vous oblige à répondre. C’est juste… que vous ébranlez certaines croyances profondément ancrées. »

Son regard vint se planté dans celui azuré de son interlocuteur, franc et perçant, comme si elle avait voulu lire dans son âme, entrer dans sa tête. Malgré sa posture, on y lisait toute la confiance que lui insufflaient son devoir et sa foi. Elle n’avait pas peur, ou tout du moins, pas pour elle. Certaine de gagner, certaine qu’ici, dans Sa Maison, elle ne pouvait pas perdre contre un ennemi de Dieu.
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Sam 5 Oct - 13:07


Elle semblait pus que réjouie lorsqu'il lui avait parlé de l'allemand, aussi il l'observait saluer dieu de cette façon qu'avaient les catholiques de le faire, il restait silencieux, elle croyait vraiment en dieu ? Même s'ils ne croyaient pas tout à fait à la même chose, tout deux avaient le même dieu. Elle lui demandait ce qu'il faisait ici, elle parlait très bien l'Allemand et le blondinet avait peut-être enfin trouvé quelqu'un avait qui s'exprimer. Mais il ne devait pas trop en dire, il devait se taire sur le plus de faits possibles. Julien n'apprécierait pas que Yaâqov ait la langue trop pendue, car si jusque là il n'avait rien dit ; c'était uniquement parce que personne ne le comprenait. Mais maintenant, sa loyauté était mise à rude épreuve. Cependant, Julien pouvait dormir tranquille. Il n'avait pas la moindre confiance envers cette humaine, ni en personne. Il ne la connaissait pas et il préférait se méfier. Pourquoi cette violence ? Le blondinet ne répondait pas, il l'observait de ses prunelles bleues alors qu'elle se mit à le fixer à son tour, elle était intense, elle n'avait pas froid aux yeux et elle avait l'air honnête. Mais comment pourrait-il se contenter de se fier aux apparences ? Tout ce monde n'était basé que sur le mensonge et la manipulation. Le beau blond quelque peu chétif semblait alors hésiter à ouvrir la bouche quand elle insistait avec politesse... Il avait lentement décroché son regard pour fixer la porte qui formait à ses yeux la sainte sortie de cette situation gênante. C'était ainsi qu'il la vivait, pour la croyante c'était peut-être tout simplement une situation mystérieuse, interpellant ? Il ne savait pas vraiment, mais il se sentait assez mal à l'aise comme s'il avait été surpris en train de faire quelque chose de strictement interdit. Il pensait bien que c'était le cas. Que penserait Julien si son cabot tueur priait tout simplement dans une église comme si c'était tout à fait normal ? Déjà que celui-ci n'aimait pas lorsqu'il se mettait à marmonner des versets dans les couloirs de la RED...

« Je voulais juste... Que dieu m'entende... » répondait-il hésitant quant-à la raison de sa violence, pour ce qui était de sa croyance... Il ne pensait pas que cela pouvait s'expliquer ? Il croyait en dieu depuis sa tendre enfance et il il le ferait toujours. Dans sa solitude, il lui donnait bien du courage. Mais ce n'était pas ce que le blondinet voulait, il voulait juste mourir. Il voulait la paix... Il la fixait quelques secondes avant de demander plus qu'hésitant « Vous croyez que Dieu me déteste ? Que c'est pour ça qu'il refuse de m'écouter ? Je... » Il s'arrêtait quelques secondes, il se sentait assez mal bien que physiquement il ne montrait pas grand-chose si ce n'était une froideur de mort et une mélancolie déroutante dans les yeux. Il était un vampire enfermé dans son passé et il semblait que la mort fut une réel fin en soit en ce qui le concernait. Mais ce n'était pas la mort qui l'avait achevé, c'était la guerre. « Vous aussi vous détestez les vampires ? Dieu vous a dit quelque chose ? Je voudrais juste qu'il... Je ne devrais pas parler de ça... Vous ne direz rien n'est-ce pas ? » Il n'avait pas achevé ses phrases, du moins pas toute, il semblait assez effrayé à l'idée de s'ouvrir de parler librement de ce qu'il pensait. Est-ce qu'il en avait vraiment le droit ? Il voulait juste que dieu le pardonne et l'accueille dans son paradis pour le faire enfin oublier les malheurs de la guerre... Dieu ne l'entendait pas, les étroits d'esprits vous répondrons que c'était tout simplement le cas parce qu'il n'existait pas... Yaâqov lui, était convaincue de son existence...




hj  : désolé du temps de réponse et de cette minuscule réponse XD J'espère que ça ira sinon mpotte moi évidement =)


Dernière édition par Yaâqov G. Kaufman le Lun 28 Oct - 10:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mer 9 Oct - 15:17

Il avait mis une éternité avait de se décider à décrocher un mot, au point qu’Eva avait redouté qu’il ne soit pas aussi à l’aise en allemand qu’elle l’avait espéré. Pouvoir communiquer dans sa langue lui manquait tellement qu’entendre le vampire prononcer cette brève phrase lui avait fait manquer un battement, son cœur s’emballant comme il ne l’avait plus fait depuis très longtemps. Depuis la mort de Stefano, elle n’avait plus eu personne à qui parler librement, à qui se confier. Elle était seule avec son passé, rejetée de son présent et balancée dans les bras d’un avenir qui ne lui disait rien. Dans ce pays qu’elle exécrait pour tout ce qu’il représentait. Le fief du Mal qui avait répandu la mort et la détresse à travers le monde, qui lui avait pris les êtres qu’elle aimait par-dessus tout et qui menaçaient par leur seule existence les créatures de Dieu. Le sens de ces mots la brisèrent d’avantage encore que leur sonorité germanique, plus douloureux qu’une gifle donnée du revers de la main. Quand il lui demanda si Dieu le détestait, comme un enfant demandant si son père le haïssait, Eva se retint de lui crier que oui, il ne pouvait que répugner les monstres tel que lui. Mais elle se retint, se mordant la lèvre inférieure pour que les mots ne s’échappent pas.

A une époque il avait été humain. Sans doute aussi pieu qu’elle l’était aujourd’hui. Mais pourquoi rejeter la mort alors qu’il suffisait de si peu pour libérer ce corps, prisonnier d’une non-vie détestable ? Libérer cette âme souillée par la malédiction du sang, pour qu’enfin elle Le rejoigne. Quelques rayons de sa douce lumière et il en serait fini.

Oui elle était persuadée que Dieu détestait les vampires car ils s’étaient détournés de lui, avaient rejeté la mort et refusé de le rejoindre le moment venu. Lui refusant leur âme, leur corps, préférant se damner et servir le Mal dans ses desseins cruels et diaboliques pour continuer d’exister et de marcher sur le monde. Oui elle les détestait pour ce qu’ils avaient fait à sa mère, à son père et à Stefano. Pour ce qu’ils continuaient de faire à la race humaine.

Les poings serrés, la tête basse, elle sentait sa colère monter à mesure que son incompréhension grandissait. Trop de contradictions, d’invraisemblances. Il fallait qu’elle fasse redescendre la tension avait d’articuler la moindre réponse au risque de la cracher violemment au visage de ce vampire. Alors elle se recula et alla s’asseoir sur le banc du premier rang. Joignant les mains, elle releva les yeux et les posa sur la statue qui trônait près de l’autel, ange gardien de ces lieux.

« Dieu ne répond pas avec des mots, mais je sais qu’il est là, dans mon cœur. Je sais que chaque battement est sa réponse à mes questions. Il ne peut ressentir de la haine, car il n’est qu’amour et bonté. Le moment venu, lorsque vous renoncerez à cette non-vie, je suis certaine qu’il vous pardonnera et vous accueillira à ses côtés si vous le désirez sincèrement. Tout du moins la part humaine qui subsiste en vous. »

Elle ne le regardait, pas elle en était incapable. La tristesse menaçait de la submerger pour mieux la noyer dans ses flots indomptables. Le ton était calme, presque trop.

« Que voudriez-vous ? Qu’attendez-vous de Lui ? Qu’avez-vous à attendre de Lui à présent que vous servez son ennemi ? »

Il lui fallait des réponses peu importe ce que lui coûterait cet échange.

« Je ne le répéterai à personne, qui que soit les gens que vous craignez. Vous avez la parole d’une femme d’église. »

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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Ven 11 Oct - 20:32


Il avait bien pensé qu'il n'arriverait jamais à avouer la raison de son comportement déraisonnable, surtout qu'il savait parfaitement que dieu ne voulait pas de ça. Dieu punissait le suicide et c'était bien pour cela qu'il était encore en « vie », il songeait bien décevoir suffisamment l'Eternel pour poursuivre dans cette médiocrité qui semblait le caractériser depuis qu'on était venu le mettre dans ce train entassé dans ce wagon les un sur les autres, une odeur pestilentielle de cadavre des plus faibles qui étaient déjà à terre... Quand il avait écrasé les doigts de ce défunt au sol, quand il était tombé et avait vu la douleur encrée sur son visage à tout jamais. Qu'était-il advenu de sa dépouille ? Cela avait-il la moindre importance ? Son âme était sauve... La sienne ne le serait peut-être jamais... Il l'avait observé, elle semblait en colère et il était sur le qui vive malgré la douleur provoquée par ce lieu sacré ; elle reculait pour s'asseoir. Comme si elle venait d'apprendre quelque chose d'invraisemblable. Laquelle de ses questions l'avait froissé ? Il l'ignorait, il songeait alors qu'il était préférable qu'il s'en aille, il lui demandait de ne rien dire. C'était sa façon à lui de dire qu'il devait partir, une horrible habitude des camps où l'on ne se disait plus au revoir, mais l'on se promettait mutuellement de ne rien dire... Elle ne le regardait plus, c'était comme s'il faisait partie du décor alors qu'elle lui répondait... Si dieu ne pouvait haïr ceux qui l'aimaient, pourquoi est-ce qu'il l'avait abandonné de la sorte ? Pourquoi n'avait-il pas sauvé sa famille ? Ses enfants... Son épouse... Pourquoi avoir fait souffrir d'enfants si innocents ? Pourquoi les punir de la sorte ? Il ne savait pas, il ne comprenait pas. Pourquoi après toutes ses années de torture... Elle lui parler de renoncer. Il n'avait pas les choix, il ne pouvait se donner la mort de crainte d'en faire le péché de trop... Mais pouvait-il y avoir pire enfer que ce qu'il vivait à ce jour ? Mais jamais il n'avait voulu renoncer en Dieu, il savait que c'était lui le créateur.

Il ne répondait rien, elle pensait vraiment que Dieu l'accepterait quandla mort lui sera enfin autorisée, il avait envie de la croire. Mais il y avait bien longtemps que l'espoir avait quitté sa vie. Comment peut-on croire en dieu et avoir perdu l'espoir ? Le souvenir d'une joie d'y croire, une part d'humanité, peut-être même plus... Finalement, l'horrible monstre que l'on avait voulu faire de lui n'était pas objectif atteint. Il resterait à jamais un martyr, un pantin... C'est alors qu'elle se mit à le questionner et il semblait hésiter à répondre quand elle donnait sa parole de ne rien dire. Après quelques secondes il répondait enfin « Il est le seul à mes cotés... Il est le seul à savoir tout ce que nous avons vécu, maintenant je suis seul et je n'ai plus que lui. J'ai continué à le prier tous les jours même s'ils me frappaient pour m'en empêcher. » On lui avait tout volé, mais il avait sauvé sa foi, c'était hélas tout ce qui lui restait. Et il ne laisserait personne y toucher, non jamais. On ne pourra pas le lui prendre, il se battrait jusqu'au bout. Pour sa famille, pour les victimes... « Je me souviens... Avant la guerre ; j'étais comme vous. Je ne savais même pas que l'homme était capable de telle chose... » Le blondinet avait alors l'ai d'un fantôme dans ses propos et dans sa façon d'être ; si absent... Enfermé dans les souvenirs d'un passé tout simplement horrible... En un battement des paupières, il avait disparu du champ de vision de la jeune femme, situé quelques bancs plus loin, débout, élancé du haut de son mètre quatre vingt pour à peine soixante kilogrammes ; il se mit également à fixer la statue avant de reprendre et surprendre la jeune femme ; il était comme un courant d'air glacial hivernal qui rapporte une page de l'histoire que ce monde tend à oublier  « Jamais mes yeux ne seront capables d’oublier, et Dieu le sait n’est-ce pas ? Il sait que je ne serais jamais son ennemi... J’ai pêché madame... J’attends qu’il me pardonne, j’attends la fin. » Par la « fin » il n’entendait pas comme on pourrait le penser à « la mort », mais il attendait encore la fin de la guerre, il attendait une autre forme de paix pour pouvoir être libre de mourir, libre de faire ce choix... Il était loin d’être l’ange dont il portait le prénom et dont le visage pourrait presque faire penser s’il n’était pas aussi pâle et ne serait-ce qu’un peu plus joufflu comme le sont bien souvent représentés les anges. « Je n’ai pas d’autre choix... Je suis prisonnier de guerre. Je suis mort avant que mon cœur ne cesse de battre, il était déjà brisé... » Rien en sortirait de cette église n’est-ce pas ? Elle l’avait promis, mais que valait la parole des autres à présent ? Elle pouvait bien lui dire qu’il pouvait mourir, il savait que c’était faux. Il fallait la paix, il fallait que cette guerre cesse et qu’il soit cette dernière victime... Bourrage de crane, malheureusement il n’était plus tout à fait lui-même et on avait su changer chez lui certains idéaux comme cette tolérance absurde à la douleur ou cette volonté de voir la fin de cette guerre qui avait bien trop durée...



Dernière édition par Yaâqov G. Kaufman le Dim 27 Oct - 13:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mer 23 Oct - 15:58

Un vampire croyant, impatient de voir sa fin arrivée, se recueillant avec toute la violence animale caractéristique de ces monstres dans un lieu qui le rejetait. Absolument rien n’avait de sens ou même de logique, tout contredisait ces intimes convictions, pire encore, des vérités qu’elle prenait pour universelles. Comme un fantôme, une âme en peine coincée entre deux mondes, il errait dans le malheur et la souffrance. Jamais elle n’avait envisagé ces créatures sous cet angle, semblables aux esprits immatériels qui hantent parfois les vivants. Lui était fait de chair et de sang, du sang volé à d’autres créatures. Et à présent il rodait dans ce lieu saint comme un ectoplasme, lui tournant autour à la vitesse d’un courant d’air, ressassant un passé douloureux qui l’empêchait de mourir en paix.

La guerre… ce mot résonna dans l’esprit de la jeune femme, lui renvoyant les images de cette guerre qu’elle avait mené des années durant contre ce qu’elle prenait pour le Mal personnifié. Ces combats qui lui avaient coûtés tant d’êtres aimés, et un peu aussi de son humanité. Mais elle doutait qu’il évoque avec elle cette guerre là. Un conflit innommable qui avait fait de lui ce qu’il était à présent. Tous les indices qu’il avait semé la renvoyait à une seule possibilité, qui ne lui plaisait guère par ailleurs. Une victime de la seconde guerre. Voilà ce qu’il était.

Un innocent ! Le premier vampire innocent qu’elle rencontrait.

Le sentir se mouvoir autour d’elle sans qu’elle ne puisse le voir faire ne la rassurait pas le moins du monde. A tout moment, il pouvait décider qu’il en avait assez et se débarrasser de ce témoin à qui il avait décidé de se confier.

Il passait à confesse et elle l’écouterait quoi qu’il lui en coûte.

« L’homme est capable du pire, il est vrai, lorsque le Mal s’insinue dans son cœur et son esprit. Personne ne vous demande d’oublier, surtout pas Dieu, et il sait ce que vous avez enduré. Mais vous péchez en continuant d’exister alors qu’il ne cesse de vous rappeler à lui depuis ce jour qui vous a changé pour l’éternité, qui a corrompu votre corps et votre âme. »

Il attendait la fin… la fin de quoi ? De son existence impie ? Sa libération ne tenait qu’à lui, qu’à sa volonté d’en finir une bonne fois pour toute avec ce qui n’aurait jamais dû être.

« Votre attente sera éternelle si vous ne décidez pas d’y mettre fin vous-même. Il vous pardonnera cet ultime péché si vous vous décidez enfin à vous libérer de cette malédiction qui vous hante depuis si longtemps. La mort vous apportera la rédemption et vous libérera de toutes vos souffrances. Il ne peut en être autrement. »

Le poussait-elle vraiment au suicide ? Ce n’était franchement pas très chrétien… mais après tout, les règles ne pouvaient que changer face à une créature aussi hors norme que ce vampire blond aux allures d’ange damné.
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Dim 27 Oct - 10:58


Il ne savait pas s'il faisait bien, mais les femmes d'église étaient de vraies tombes en principe, mais celle-ci était particulière... Combien de personnes croyant en dieu possèdent un flingue ? N'était-ce pas des personnes qui pensaient que l'amour de dieu les protégeait de tout ? Y croyait-elle encore ? Il était tellement aisé de faire semblant, de mentir. Yaâqov n'avait pas idée à quel point les gens sont capables de lui mentir pour arriver à leurs fins... Elle disait que l'homme était capable du pire, qu'en était-il pour le genre des vampires ? Certains les détestent, d'autres les admirent... Il ne se posait pas toutes ces questions, le genre vampire il le subissait. Alors qu'il avait abandonné la lutte, il se disait que ce n'était plus pour lui, qu'il voulait tout arrêter. Mais cela aurait été trop simple n'est-ce pas ? Tu seras l'esclave pour l'éternité... Continuer d'exister était donc un péché ? Elle se trompait, dieu était la vie et la mort, et cet état d'entre deux ne pouvait appartenir qu'à lui n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas croire que sa vie était un péché, il en avait commis bien trop... L'état de vampire l'avait changé pour l'éternité ? Elle lui disait qu'il devait mettre fin à tout ça, qu'il devait mettre un terme à cette mascarade par lui-même, il la fixait de ses beaux yeux bleus vides... Il attendait et c'était mentir que de dire qu'il n'avait pas songé à se donner la mort pour que tout cela cesse. Mais jamais il ne l'avait pu quand il en avait eu le courage, mais sa vie était tellement vide d'intérêt que la mort avait même perdu son sens... Yaâqov restait d'abord silencieux face à cette incitation au suicide avant de répondre d'une voix glacée « Vous vous trompez Madame... Ce n'est pas la mort qui m'a changé... C'est eux et ce qu'ils m'ont poussé à faire. J'ai tué mes frères pour vivre, j'ai obéis parce que je croyais qu'ils me relâcheraient... Ils m'ont changé avant la mort, je n'avais plus peur, je n'avais plus mal... Je n'étais plus rien, j'avais juste faim... Maintenant j'ai soif... » Lentement ses doigts effleuraient le mur glacial qui semblait juste le bruler, il avait laissé ses yeux se fermer sous cette sensation avant de rompre ce contact avec ce qui était de la douleur... Oui, il avait soif, toujours... Au point que l'on venait le gaver pour s'assurer de sa stabilité, il avait perdu beaucoup de sang ; mais il ne prendrait jamais le risque de saigner une femme d'église dans la maison de dieu...

Le juif la fixait de nouveau, plongeant ses mains dans les poches de son large sweet avant de lui dire « J'ai tellement péché, malgré tout ça j'n'ai pas cessé d'y croire. Si j'abrège mes souffrances, si je renonce à cette épreuve que dieu m'a choisie pour me faire payer mes erreurs... Jamais je n'aurais son pardon. Je dois aller jusqu'au bout de ce qui m'attends, je dois souffrir parce que c'est lui qui l'a décidé pour moi... Je n'ai pas été à la hauteur dans les camps Madame. » Il était cruel envers lui-même, mais il n'avait pu s'empêcher d'essayer de trouver un sens à tout ça, à son martyr. Il se disait que Dieu attendait de lui du courage et de la foi, que dieu lui donnerai un jour un signe, qu'un jour il finirait par mourir comme dieu l'attendait de lui... Il ne bougeait plus cette fois ci, il était resté face à elle sans la quitter de ses beaux yeux bleus avant d'ajouter « Personne ne peut comprendre, vous ne savez pas tout ce qu'ils m'ont fait, ce que j'ai fais... Je dois suivre ce que Dieu a voulu pour moi parce qu'il sait. » Oui, il savait et il était à jamais son seul allié en ce monde, le seul qui puise savoir par quoi il était passé et c'était probablement pour cela qui lui avait donné cette seconde chance pour se faire pardonner... Il avait eu le temps d'y réfléchir dans ce cercueil en argent et il s'était penché sur cette idée pour tenir le coup... « Doutez-vous de sa volonté ? » Il restait convaincu que grâce à dieu il arrivait à se comporter « correctement » parce qu'il avait mis Julien sur sa route, que ce vampire l'avait battu pour faire de lui quelque chose de plus sociable, que cette violence avait été nécessaire... Pourtant, résidait en lui un foyer de colère intense qui l'empêchait d'acquérir cette paix...

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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mer 20 Nov - 9:16

Avec son humanité, cet être étrange à mi-chemin entre le tueur sanguinaire et le parfait chrétien, avait perdu sa raison. Ou peut-être l’avait-il cédé avant même que des crocs empoisonnés ne se plantent dans sa chaire bien vivante, n’aspire sa vie à grandes et avides gorgées pour ne laisser qu’une carcasse vide de toute substance. Il n’était plus qu’une ombre sur le monde, hantée par des bribes de son âme volée. Alors de quel but pouvait-il bien parler ? Quelle finalité à cette longue et tortueuse existence qu’il prenait pour une épreuve imposée par Dieu ?

Eva était intiment convaincue que ce n’était pas le Père qui le mettait ainsi à l’épreuve, mais que c’était bien là l’œuvre du Malin. Dieu ne punissait pas, Il pardonnait à ses enfants, surtout lorsque leur existence n’avait été que souffrances et malheurs. Comment lui faire comprendre qu’il était aveuglé par la malédiction qui courait désormais dans ses veines à la place de son sang ?

Cette soif qu’il évoquait, le regard brillant, ne lui disait rien qui aille, la mettant encore d’avantage mal à l’aise. Mais elle doutait qu’il ne passe à l’acte ici, pas s’il avait un tant soit peu de respect pour celui qu’il vénérait. Se tortillant un peu sur son siège, elle redressa la tête, plongeant son regard un brin inquiet dans celui du vampire qui désormais la fixait, parfaitement immobile. Comme un fauve prêt à bondir, elle sentait cette tension en lui, comme un foyer qui brûle et prend peu à peu toute la place encore libre. Il était si complexe, mais également fascinant. Cette foi inébranlable, cette confiance et cette conviction. Tout cela était désormais si rare chez les humains… et voilà que c’était un vampire qui lui donnait des leçons au sein même de la demeure de Dieu.

« Je ne prétend pas comprendre vos souffrances, votre passé vous appartient et Dieu seul sait ce que vous avez enduré. »

Non elle n’oserait jamais comparer sa douleur à celle des prisonniers des camps, à celle de ceux qui ont vécu l’horreur à l’état pure.

« Et jamais je n’irai contre Sa volonté, sur ce point je peux vous comprendre oui. Cependant, si vous croyez en Lui, vous devez croire aussi en son pire ennemi non ? Et comment ne pas être sûr que c’est lui qui vous torture depuis si longtemps ? Que ce n’est pas le démon qui vous murmure au creux de l’oreille de vils mensonges pour vous pousser à rester ici et à continuer à pécher ! »

Elle en était presque à espérer pouvoir l’aider, le libérer de ses chaînes, soulager ses souffrances et lui offrir un repos bien mérité. Lentement elle se releva pour venir se camper devant lui. Si proche qu’elle sentait son souffle glacial sur sa peau. Elle aurait pu le toucher, et même le tuer, si elle se montrait assez rapide. Mais elle n’en ferait rien. S’il croyait vraiment en Dieu, s’il tenait vraiment à respecter Sa volonté, il finirait par comprendre et saurait quoi faire.

« Dites moi sincèrement qu’elle est le but de tout cela ? Qu’attendez-vous de cette existence ? Dieu ne punit pas ses enfants si cruellement, j’en reste persuadée. Il ne veut pas que vous souffriez d’avantage. »

Derrière ce bleu dans lequel elle aurait pu se noyer, elle voyait cette tristesse qui le rongeait de l’intérieur, ce sentiment d’impuissance face au temps qui s’écoulait inexorablement mais qui n’avait aucune emprise sur lui. Chaque jour apportant son lot d’événements qui l’accablaient un peu plus à chaque fois, faisait peser sur ses frêles épaules une douleur qui l’écrasait et réduisait à néant le peu de raison qu’il lui restait.

Inébranlable, la posture bien droite et la voix claire qui ne tremble pas, elle ne laissait pas transparaître la moindre inquiétude, le moindre doute.

« Vous méritez la Paix. Vous n’avez déjà que trop souffert. »
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mar 26 Nov - 12:34

Beaucoup de sang avait quitté le corps du blondinet et ce manque commençait à se faire sentir, il songeait qu'il ne devait pas trop trainer, et même se dépêcher de rentrer avant que le soleil ne se lève car il ne saurait tolérer ce vide bien longtemps. Il savait que c'était dangereux, mais il n'avait pas envisagé que quelqu'un le retiendrait ici alors que personne ne venait plus prier, alors que la nuit avait envahi ce monde et que la foi était morte dans ses heures là pour laisser place à une barbarie quelle soit des vampires ou des humains... Il voulait dire à cette fille qu'il ne souffrait plus, mais à vrai dire il ne savait pas si c'était vraiment la vérité. Il était comme anesthésié à la douleur, n'était-ce pas une nouvelle forme de souffrance ? Celle de ne plus rien ressentir, il n'avait plus cette sensation de combattre de façon ardue depuis que Julien avait fait le nécessaire pour le remettre dans « le droit chemin » et c'était étrange d'être aussi vide... Un gouffre qu'il comblait de sang pour ne pas disjoncter. Alors il ne répondait pas, pourquoi faire ? Le passé n'intéressait pas les gens qui vivaient dans le présent, l'histoire était oubliée et probablement que dans ce monde c'était devenu une chose naturelle. Il ne comprendrait jamais rien à cet univers dans lequel on l'avait plongé, il ne comprenait pas de quoi l'humanité avait voulu le punir pour lui faire ça.

Elle émit l'hypothèse que ce fut l'oeuvre du démon. Bien sur que le vampire croyait au mauvais oeil et de son pouvoir malsain, mais dans la philosophie juive ce mauvais oeil prenait source dans l'humain qui déteste, qui jalouse. Il prenait source en celui qui éprouve de la haine et frappe l'individu visé par celui qui l'invoque. Puis il y avait le mal, mais Yaâqov savait qu'il en était corrompu depuis des années et malgré ça, il ne cessait de prier... Dieu pouvait-il vraiment le pardonner alors qu'il était envahi par l'ennemi ? Il ne savait pas, mais il s'en acharnait parce que ça l'aidait à avoir le courage de vivre... L'observant se lever pour se mettre face à elle, il la fixait de ses grands yeux bleus et ce qu'elle disait semblait le faire réfléchir... Il craignait que tous les éléments le fassent agir d'une façon qui déplairait à son maitre, il craignait que cette méditation le plonge à nouveau dans cet état sauvage qui ne l'avait jamais quitté au fond de lui, ce souffle de vie qui voulait tout balayer par pure vengeance, par pur besoin de prouver qu'il existait... Mais tout cela était enfoui et ne laissait place qu'au vide et à la mort. « S'il ne l'avait pas voulu, il m'aurait sauvé... Il nous aurait tous sauvé... » Dans ses yeux semblait se dessiner un souvenir, celui de visages aimés ayant disparus, les visages innocents de ses enfants... Dieu les avait accueillis dans son paradis en premier, pourquoi pas lui ? Il avait pensé que la maladie avait été un signe de dieu, que c'était le moment. Mais il avait plut aux Allemands avec son physique de la jeunesse Hitlérienne pour un juif... Il fixait cette femme qui lui disait ce qu'il voulait entendre, mais il n'avait pas besoin qu'on lui mente on ne prenait pas de gants avec lui. Et c'était là qu'il se leurrait, tout le monde lui mentait à propos de cette guerre parce que c'était plus sur pour tout le monde qu'il se soumette, qu'il reste accroché à cette guerre plutôt qu'il ne se sente en droit de vivre, d'avoir un minimum de bonheur dans cette vie, ne serait-ce qu'une lueur... « Vous ne savez pas ce que je mérite. Lui, le sait. » Il avait mal agi alors qu'il aurait pu choisir, il aurait pu choisir de défendre ses enfants, il aurait pu choisir de ne pas se battre et de ne pas tuer ses frères pour une vie qui n'en avait pas valut la peine... Maintenant il n'avait plus de choix, il appartenait à Julien, ils étaient liés. Il avait fait les mauvais choix et il devait en payer le prix. « Il n'y a pas de Paix sans Pardon. Un jour il se manifestera et je saurais, il viendra ôter ce vide et retrouvera quelque part celui que j'ai oublié d'être. Je me souviens difficilement d'avant cette guerre... Dieu me le rendra... » Dieu le lavera de tous ses péchés et lui rendra son âme perdue d'autre fois d'un petit garçon brisé par la mort d'un père lors d'une guerre inutile avant que cette guerre ne revienne mais pour lui cette fois ci.

Lentement, il tendait la main vers la jeune femme, ses doigts si fins semblaient pouvoir se briser en une poignée de main, mais ils renfermaient bien plus de force qu'un humain des plus baraqués. Source de chaleur étrange, désagréable... Chaleur humaine, souvenir des corps qui s'entassaient les uns sur les autres, parfois encore vivant... Chaleur des corps Allemands contre le sien une main sur sa bouche pour l'empêcher de crier... Puis la chaleur de dieu, puissance qui le rejetait une fois de plus. Son index venait au contact de ce chapelet autour du cou de la sublime chrétienne, il sentait qu'il brulait à cet instant mais seule la sensation était là. Lentement son doigt déviait vers la peau nue du cou de la jeune femme et il semblait que le feu était celui du diable au contact de celle-ci... Il n'avait pas touché d'humain depuis tellement longtemps, ni plus personne de cette façon et lentement il décollait son doigt de sa chair tendre pour la fixer à nouveau dans les yeux. Le feu qui avait comblé le vide laissait place à une soif intense « Tu n'as pas peur... Tu as raison de ne pas avoir peur, dieu te protège. Mais fais attention chrétienne... Ne le déçois pas avec ça. » Il avait désigné l'emplacement de son arme avant de lui souffler trois des grands commandements de l'ancien testament commun à leurs religions « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... Tu aimeras ton prochain comme toi même. Tu ne tueras point. » Parmi ces trois règle, il n'avait respecté que la première au cours de son éternité... Lentement il dessinait sur son visage éteint un léger sourire à peine visible mais qui semblait redonner vie à cette chose errante qu'il était devenu, puis il mourrait comme il était né avant qu'il ne lui dise « Je dois partir Madame. Vous comprenez pourquoi... » Il avait rabattu sa capuche sur sa tête blonde pour ne pas effrayer les gens dehors, il espérait juste qu'elle ne le blesserait pas et qu'elle ne déchaînerait pas le monstre en lui ce soir de Chabbat et dans ce lieu.
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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   Mar 26 Nov - 19:08

Elle n’avait rien à répondre à des propos aussi claquants de vérité. Car même si elle savait que Dieu n’aimait pas voir souffrir ses enfants, elle savait également qu’il n’avait pas le choix de les laisser se faire du mal les uns aux autres. Si complexe que cela puisse paraître, il en avait toujours été ainsi et que l’on comprenne ou pas cette règle fondamentale, il fallait l’accepter sous peine de voir sa foi ébranlée à chaque épreuve. Aussi cruelle, injuste et douloureuse fut-elle.

Aucun mortel ne pouvait se targuer d’être irréprochable, mais c’était là que résidait justement l’essence même de l’humanité. Ce mélange de bonté et d’horreur, cette faculté à basculer de l’un à l’autre, conscient ou pas de ces choix cruciaux que l’on fait et qui changent irrémédiablement une âme. Influencé par les forces en actions qui rôdent et se disputent le pouvoir. Tantôt le bien l’emporte, tantôt le mal. Mais il faudra toute une vie pour décider du destin que les forces supérieures réservent aux enfants d’Adam et Eve.

Elle-même n’était pas irréprochable, loin de là. Mais Il pardonnait à ceux qui s’abandonnaient à Lui, le plus sincèrement du monde, du plus profond de leur cœur. Il leur pardonnerait à tous les deux le moment venu, malgré que plus aucun battement ne résonne dans la poitrine de cet homme, et que leurs mains à tous deux soient salies par le sang d’innocentes victimes.

Que faire d’autre à part se raccrocher à ce seul espoir ?

Lorsque qu’il frôla la peau nue de son cou, Eva se rappela qu’elle ne faisait pas face à un croyant comme les autres, qu’il n’avait plus rien de semblable à elle, mis à part cette foi à laquelle il se raccrochait désespérément. Cette pseudo caresse, glaciale à souhait, lui fit comprendre que s’il décidait là, maintenant, qu’elle ne sortirait pas vivante de cette église, il serait trop tard pour réagir. Qu’elle avait perdu d’avance ce combat qu’elle avait rejeté de toutes ses forces. Mais même si son cœur se mit à battre à tout rompre lorsque le contact fut rompu, la petite voix intérieure qui l’avait empêché de se servir de son arme au début de leur confrontation, la rassura et lui répéta encore et encore qu’il ne lui ferait rien. Pas ici.

Alors le rythme de sa respiration se radoucit et revint à la normale. Sa main n’alla pas à sa poche. Pas ce soir.

Suivant son regard, elle comprit qu’il n’était pas dupe et qu’il avait fait le même choix qu’elle un peu plus tôt. Comme une trêve silencieuse imposée par le lieu sacré dans lequel ils se trouvaient. Elle ne comprit cependant pas tout de suite ce qui sonnait comme un avertissement jusqu’à ce que… trois des commandements de la Bible fussent récités dans un murmure d’une douceur incomparable. Son regard se fixa sur les lèvres de ce non-mort qui se mouvaient au gré des mots. Elle pouvait ressentir chacune de ses inspirations, son souffle, son rythme. Elle devinait les mots plus qu’elle ne les entendait, comme si ce n’était plus la voix du vampire qui résonnait sous la coupelle mais celle d’une force qui la dépassait. Qui résonnait en son for intérieur, lui rappelant les règles élémentaires qui régissaient son existence.

Tout fut très clair.  

« Ce n’est pas vraiment enfreindre les commandements que de tuer ceux dont le corps a déjà péri. Si ?»

Il filait déjà en direction de la sortie, camouflé sous ces vêtements trop grands qui renforçaient encore d’avantage cette image de martyre qu’il lui avait immédiatement renvoyée et qu'elle avait gravé dans son esprit. N’attendant pas de réponse, elle se campa derrière lui, l’observant s’éloigner comme il était venu. Tel un fantôme hantant un lieu qui le rejette autant qu’il l’attire.

« Mon nom est Eva. Rappelez-vous en, car je fais le serment devant Lui, que le moment venu, lorsqu’il me l’ordonnera, je vous libérerai de cette malédiction et renverrai votre âme à Ses côtés. A sa place légitime, quoique vous en pensiez. »

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MessageSujet: Re: La Foi n’est pas l’Apanage des Vivants [Livre II - Terminé]   

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