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« La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]
MessageSujet: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Jeu 22 Aoû - 23:02




La moindre joie ouvre sur un infini.


« Non, pas celle là. Celle là, elle est moche. Bleue ? Pourquoi bleue ? Non, pas bleu. Ah non, surtout pas verte. Non mais tu vois, comment ça se balance là ? Je suis certain que c’est de la mauvaise qualité. Un landau ? Nan, pas de landau, ça ne se fait plus, et ce n’est pas pratique. Fichtre, mais c’est fou ça ! Tu as vu le prix ? Mais c’est exorbitant ! 490 € ? Non, je ne suis pas radin, Kate. Mais bon enfin, une poussette… elle a des airbags pour être à ce prix là ? Bon d’accord, je sais, on regarde le prix après. La sécurité avant tout : je ne veux pas promener Globule dans un cercueil roulant, d’autant plus que ça ferait assez vampire, comme s’il n’y en avait pas assez. D’ailleurs, tu as pensé à te reposer ? »

Je n’étais pas bavard, habituellement, mais depuis quelques temps, mon emploi du temps s’allégeant de manière effarante, et je le comblais par des recherches de plus en plus intensives sur ce qu’impliquait un enfant à naître. Sur ce qu’impliquait être père. Et parce que j’avais besoin de faire par de mes réflexions et de mes découvertes à ma femme, je parlais à haute voix. Je dissertais plus que je parlais en fait, parce que j’en venais parfois à débattre avec moi-même sur la sécurité du cosy, sur le fait qu’il valait mieux des habits en tout-coton que des habits avec des horreurs chimiques. Je me repenchai sur mon ordinateur, ouvrant de plus en plus de pages internet – en navigation sécurisée, comme toujours. Les pages de comparaison entre les différents modèles de poussettes s’amoncelaient dans des dossiers de favoris divers. Mes yeux me piquèrent, et je m’aperçus qu’il était déjà quatorze heures. Je me laissai aller sur ma chaise de bureau, laissant les roulettes me porter jusqu’au bureau de Kate dans lequel je jetai un œil. Elle n’y était pas. J’haussai les épaules : elle ne devait pas être bien loin. Et moi, je parlais tout seul. Un sourire fleurit sur mes lèvres tandis que je ramenai vers mon bureau. J’imprimai deux trois feuilles des modèles qui m’intéressaient le plus, les annotant avec la méticulosité qui me caractérisait. Ca en agaçait beaucoup, mais peu m’en chalait. C’était amusant, d’ailleurs, de voir que je n’étais pas particulièrement maniaque au niveau du rangement – des papiers s’amoncelaient sur mon bureau, mes chaussures traînaient au même titre que mes livres – mais lorsqu’il s’agissait de travail, tout était soigneusement étiqueté, écrit, détaillé, décrit. Mes cahiers étaient remplis avec précision, les détails y étaient posés. Lorsque je devais me renseigner sur un sujet, je mettais un point d’honneur à creuser le plus profondément possible pour maîtriser tous les tenants et les aboutissants. Lorsque je lisais un livre, j’annotais la marge de mes réflexions, je surlignais les passages importants, je notais les définitions des termes nouveaux. En fait, j’agissais comme un étudiant, quand bien même les études étaient loin derrière moi maintenant.

En parlant d’études d’ailleurs, je pestai en cherchant la maquette d’emploi du temps que j’avais composé dans la semaine, pour l’année universitaire qui s’approchait. Même si officiellement l’université était fermée pour cause de vacances, je ne pouvais pas m’empêcher de travailler. Pour le plaisir, et parce que j’en avais bien besoin. Cette maquette, théoriquement elle n’était pas encore sensée exister. Et je n’étais pas non plus sensé me pencher dessus, mais chercher le meilleur moyen pour que tous les élèves puissent suivre les cours de leur choix sans être confrontés à des chevauchements d’horaire était un problème suffisamment complexe pour m’occuper pendant les jours où Kate était au travail. Je me passai une main dans les cheveux. Impossible de remettre la main dessus.

Je levai l’amas de feuilles mis sur le coin de mon bureau avec un regard désespéré et je passai en revue toutes les feuilles qui le composaient. J’avais imprimé la maquette la veille, et j’avais fait quelques changements au crayon gris lorsque je m’étais aperçu que je n’avais pas pris compte des options linguistiques, et d’une pause midi suffisamment longue. Pourquoi je faisais ça déjà ? Je n’étais même pas responsable des licences… Mais bon, ça m’occupait. Je me demandai brièvement si j’avais déjà dis à Kate que je faisais ça pour le plaisir, mais je préférai écarter la question de peur de m’entendre répondre un « non ». Elle qui voulait que je me détende, si elle apprenait que je me donnais du travail pour ne pas m’ennuyer… Ne trouvant pas ladite maquette, je me levai de la chaise et me mis à parcourir le salon, soulevant livres, papiers, coussins, en désespoir de cause.

« Kate ? Chérie ? Tu aurais vu ma maquette d’emploi du temps traîner quelque part ? Tu sais, tu ne peux pas la louper, j’ai mis des couleurs, et y’a huit ou dix feuilles agrafées. J’aurai aimé la reprendre avant d’aller chez Camille. On lui a dit quelle heure déjà ?, je jetai un coup d'oeil à ma montre, on devrait y aller, non ? »

Oui, j’avais bien dit que j’étais méticuleux. J’étais ponctuel aussi. Précis, attentif, soigneux. Mais lorsqu’il y avait Kate pour être mon agenda, j’avais tendance à un peu trop me reposer sur elle pour me dire quand je devais y aller, et quand j’avais un rendez vous. Théoriquement, j’étais plutôt d’un caractère à éviter ce genre de situation : que ma ponctualité dépende de quelqu’un. Mais pour le coup, je n’avais pas envie que cette situation change, parce que ça me prouvait à moi-même que je faisais pleinement confiance à Kate, et c’était agréable de le savoir.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Mar 27 Aoû - 23:41




La moindre joie ouvre sur un infini.


Ce samedi avait admirablement commencé. Déjà, j’avais réussi à dormir convenablement jusqu’à neuf heures du matin, ce qui me ravissait. Mon ventre de femme enceinte s’arrondissait petit à petit et j’avais du mal à savoir comment me positionner la nuit dans notre lit pour ne pas être gênée. Dormir sur le dos m’était vite apparu comme la seule solution. Les nausées s’estompaient peu à peu également, et je me sentais enfin un peu mieux. Ces derniers jours avaient été un peu moins pénibles pour moi et cette nuit prolongée m’avait fait un bien fou. Le fait que nous étions samedi, et donc en week-end, ne pouvait qu’apporter à ma bonne humeur.

Alan et moi avions prévu de voir Camille aujourd’hui, dans l’après-midi, pour lui annoncer la bonne nouvelle. J’étais assez excitée de le lui dire, surtout qu’il allait être la première personne à le savoir et que j’étais impatiente de voir quelle allait être sa réaction. Surtout que nous n’avions pas que cela à lui apprendre… Ok, je n’étais pas qu’impatiente. J’étais complètement folle depuis ce matin. Alan avait bien dû me dire au moins trois fois de me calmer, mais je soupçonnais qu’il l’était autant que moi et qu’il ne disait ça que pour se calmer lui aussi. J’avais bien vu qu’il semblait encore plus joyeux que d’habitude. Je pouvais comprendre. Camille était ce qu’il avait de plus proche comme famille, bien qu’il n’en soit pas réellement. Mais ne dit-on pas que les amis sont une famille dont on a choisi les membres ? Je ne pouvais qu’approuver une telle citation.

J’avais passé la matinée à tenter de bouquiner, perdue dans des fascicules du Pérou, une des nouvelles destinations que nous voulions développer à l’agence. Mais c’était peine perdue. Mes yeux avaient dérivé sans cesse du texte noir sur blanc, pour flotter sur les images de ce pays lointain, avant de finir leur course généralement sur un meuble ou l’autre du salon. Vautrée dans le canapé, je ne l’avais quitté que pour manger avec Alan à midi, avant qu’il ne retourne dans son bureau faire je ne sais quoi. Je le soupçonnais d’être encore à la recherche de l’un ou l’autre accessoire pour notre futur bébé et j’avais déjà assez soupé de ses « Tu ne crois pas qu’on devrait prendre plutôt ça que ça ? » ou bien « Mais je t’assure, j’ai vérifié, ce machin-là est mieux que ce bidule-là, fais-moi confiance ». Mais oui mon chéri, je te crois. Fais donc ce que tu veux, recherches donc autant de biberons, poussettes, layettes que tu veux, moi, en attendant, je… dors dans le canapé ?! Je me réveillai d’un coup, constatant que je m’étais assoupie depuis au moins une bonne demi-heure. Passant la main dans mes cheveux quelque peu ébouriffés, je me levai pour aller chercher un verre d’eau dans la cuisine. Alors que je le remplissais au robinet, j’entendis Alan qui approchait, et qui faisait un peu de bruit dans le salon. Mais qu’est-ce qu’il faisait ? Je m’approchai de l’encadrement de la porte qui délimitait les deux pièces pour l’observer soulever les coussins du canapé. Je ne pus m’empêcher de laisser s’échapper un petit rire en le voyant désœuvré, mais je n’eus pas le loisir de lui demander ce qu’il cherchait, puisqu’il parla le premier. Je secouai la tête de gauche à droite avant de me retourner pour voir l’heure qu’affichait l’horloge de la cuisine. Quatorze heures cinq ?! Mince ! On avait dit à Camille qu’on le verrait à quinze heures ! Si on ne partait pas maintenant, on ne serait jamais à l’heure ! Et moi qui m’étais assoupie dans le canapé, je devais ressembler à n’importe quoi maintenant ! Je ne pouvais pas y aller comme ça !

« Mince ! On doit y aller ! On lui avait dit à quinze heures ! »

Je me dépêchai de boire le contenu de mon verre et partis aussitôt d’un pas légèrement titubant du sommeil qui ne m’avait pas quittée totalement vers la salle de bains pour me passer un peu d’eau fraîche sur le visage et vite me maquiller en vitesse. Ce qui me prit cinq bonnes minutes, évidemment. Je ressortis de là en courant à moitié, pour aller prendre mon sac dans mon bureau, et une veste légère et un foulard qui traînaient sur le meuble, à côté de piles de papier qui menaçaient de tomber à tout instant. Je rejoignis Alan qui avait eu tout le temps de se préparer entre-temps et qui m’attendait dans le salon. Attrapant mes clés qui étaient sur le meuble de l’entrée, j’ouvris la porte pour laisser passer mon mari avant de la refermer à double tour derrière nous.

J’avais pris la place du conducteur dans ma voiture, malgré les récriminations d’Alan, qui ne voulait pas que je conduise dans « mon état ». Je m’étais contentée de lever les yeux au ciel et de m’installer en attendant qu’il veuille bien aller sur le siège passager. La route était dégagée heureusement et ça roulait bien. Tant mieux, nous allions peut-être réussir à arriver à l’heure finalement. C’est ainsi qu’à quinze heures dix, je laissais le soin à Alan de sonner à l’appartement de Camille, pendant que je vérifiais que la voiture était bien fermée à clé.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Mer 28 Aoû - 13:49




La moindre joie ouvre sur un infini.


La lumière cherchait à creuser la pénombre quand j’ouvrai les yeux pour la première fois. La douleur était encore trop présente pour que je me décide à définitivement me réveiller. Je ne voulais pas savoir ce qui avait causé ce mal être, il était là et c’était suffisant pour sombrer à nouveau dans le sommeil. Quand je me forçais à émerger de mon coma, il était déjà midi. Je me sentais courbaturé, vaseux, mal. Terriblement mal et malgré mon sommeil de plomb, je me sentais horriblement fatigué. Je me redressais en proie au doute. Que s’était-il passé la veille pour que je sois dans cet état ? Les mots et les dégâts me revinrent au fur et à mesure que l’oxygène gonflait mes poumons. Ma gorge se serra tandis que je tournais la nuque pour suivre son spectre des yeux quitter la pièce – à retardement. C’était un cauchemar. C’était forcément un cauchemar. Non. Elle ne pouvait pas être… partie comme ça, je n’avais pas pu la laisser partir comme ça. C’était un malentendu, j’avais sûrement rêvé. Les détails insensés qui m’entouraient ne laissaient pourtant pas place à l’incertitude. J’avais dormi dans le canapé là où j’avais échoué après son départ - j’avais dû tomber dans les bras de Morphée après ma crise de panique. J’étais encore sous le choc. Je ne réalisais pas. Le vide m’étreignait voracement mais je ne pouvais pas rester simplement là à le contempler. Midi quart. Je me levais parce qu’il le fallait. Mon instinct de survie m’obligeait à mettre un pied devant l’autre pour atteindre la cuisine. Café. Ça irait mieux après ça. Ça devait forcément aller mieux après ça. Ce malaise était temporaire. Il s’était passé trop de choses intenses. La découverte de mon… hérédité, les menaces de la Reine, les envies suicidaires d’Alan et puis… l’abandon de… de… Je surveillais ma respiration. Pas question de repartir sur ce terrain, je ne pouvais pas me permettre de repartir en crise. Le poids de mes responsabilités m’écrasa les épaules, j’eus l’impression d’être incrusté dans le sol. Tout me semblait pesant, lourd et je n’avais pas la carrure pour tout assumer aujourd’hui.

Je me forçais à avaler ma tasse, la tiédeur du breuvage ne me réchauffa pas et l’arôme habituellement alléchant m’apparaissait méconnaissable, âpre. Mon estomac se contracta et je vidais le quart restant dans l’évier. J’essayais d’organiser mes pensées mais je ne savais plus par où commencer. Parce qu’elle n’était plus là. Parce qu’elle ne serait plus jamais là. Et quoi ? Quoi maintenant ? Je devais reprendre les choses comme avant. Avant qu’elle ne réapparaisse de nulle part. Oui. Ça serait facile. Ça devait être facile, pas vrai ? Nous n’étions pas un couple, nous n’avions pas projeté d’avenir ensemble. Tout ça se résumait à… A quoi au juste ? Sa voix perçait ma confusion en boucle. « Qu'est-ce que je suis pour toi, Camille ? Juste l'ex voisine bonne à baiser quand tu ne vas pas bien ? » Et je n’avais rien su répliquer. Rien. Je me dégoutais tellement que ça me donnait la nausée. C’était mieux comme ça de toute façon. Au moins… Je lui avais démontré que je n’étais pas assez bien pour elle. Au moins, elle savait à quoi s’en tenir. Elle trouverait quelqu’un qui pourrait lui offrir une vraie relation, qui avait une vie plus simple que la mienne, qui saurait s’occuper d’elle. L’imaginer avec un autre rajouta un peu de sel sur ma plaie – bien fait pour toi crétin. Mes doigts se crispèrent sur le plan de travail de la cuisine pour accuser une nouvelle vague de souffrance. Ça allait passer, c’était une accumulation. Son odeur roulait encore trop sur ma peau pour que je puisse écarter l’amertume. Il fallait que je me bouge, que j’efface ça. Aussi, je refermais mon esprit comme je pouvais pour m’obliger à aller sous la douche. Chacun de mes gestes était lent, dur à exécuter, je me sentais tellement las, tellement sonné.

Le jet d’eau, à défaut de me rendre un semblant de consistance, supprima les traces olfactives de son passage. De son dernier passage. Tout ce que je faisais à la suite fût méthodique, machinal, irréfléchi. Je m’habillais parce qu’il le fallait. Je retournais dans la pièce principale parce que je le devais. Et puis ? Qu’est-ce que je devais faire ? Je ne savais pas. J’étais complétement perdu. J’allumais la télévision pour créer un bruit d’ambiance - le silence me ramenait toujours au son de ses pas me délaissant. Les images qui défilèrent sur l’écran ne m’intéressaient pas et je ne pouvais pas fixer la porte en croyant que… Qu’elle reviendrait, qu’elle ferait marche arrière. Alors je gagnais mon lit et m’y allongeais. Je fixais le plafond. Sa fragrance tournoyait toujours dans les draps. J’y trouvais un réconfort malsain. Je fermais les paupières à quelques reprises pour humer à outrance ce qu’il me restait d’elle. Tout ce qu’il me restait d’elle en dehors de cette blessure dans ma poitrine. Je somnolais à moitié quand on sonna à l’interphone. Quelqu’un qui avait encore oublié ses clés ? Mme Maxwell était douée pour ça. Je ne me levais pas à la première tentative. Je n’avais plus envie d’être là pour qui que ce soit là. Et encore moins pour ma voisine qui m’avait dit de ne pas briser le cœur de … Je ne me déplaçais toujours pas à la seconde pression mais à la troisième, je fus forcé de me relever, agacé par ce son. Mollement, j’approchais de l’interrupteur sans prendre le temps de savoir qui appuyait comme ça sur mon bouton et délivrai l’entrée de l’immeuble.

Je retournais lentement jusqu’à mon matelas quand on se présenta finalement à ma porte. Qui était-ce à la fin ? Je ne pensais pas être en état de gérer un métamorphe dans le besoin. Mais je fus forcé de reconnaître que je n’avais pas le choix. J’avais repoussé … mon amante pour ça en partie. Je devais gérer la communauté peu importe mes états d’âme. Je jetais un vague regard dans le miroir de l’entrée. J’avais une mine affreuse depuis plusieurs jours déjà – depuis la révélation sur mes parents, elle était encore plus abominable maintenant mais tant pis. Personne ne s’en rendrait forcément compte – surtout si ce personne ne me côtoyait pas de façon régulière. J’ouvrai donc l’entrée pour tomber face à face avec Alan et Kate. Je fus surpris. Je ne me rappelais pas que… Ah peut-être que… Oui… Je devais les voir samedi. On était déjà samedi ? Je me passais une main sur le visage et essayai de sortir de mon apathie. Dire que j’avais manqué de ne pas leur ouvrir en bas… « Salut… Excusez-moi pour l’interphone, je vous ai pris pour ma voisine du dessus. » Pourquoi est-ce que je leur expliquais ça ? Mon regard passa de mon conseiller à sa femme, toujours un peu hébété. Je leur disais précipitamment. « Entrez… Entrez… » et leur laissais le passage avant de balayer mon appartement visuellement. Heureusement, je le gardais toujours en ordre et propre parce que là, je n’avais pas pensé au ménage du tout… Mon regard nota la présence de mes vêtements de la veille près du lit dans un coin reculé. Je fus forcé de dissimuler mon trouble en me dirigeant très naturellement vers la télécommande pour diminuer le son de la télévision. « Installez-vous... » leur articulais-je en désignant les fauteuils. Quelque chose me disait que j’allais être un piètre hôte si je ne me concentrais pas un minimum. Au moins, leur présence me distrairait. C’était bien qu’ils soient là… Je crois.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Dim 1 Sep - 21:57




La moindre joie ouvre sur un infini.


Ca commençait à m’agacer cette histoire. J’avais remué tout le salon, et je n’avais pas retrouvé ma maquette d’emploi du temps. Non de non de non. Elle ne pouvait tout de même pas disparaître comme ça !

« Mince ! On doit y aller ! On lui avait dit à quinze heures ! »

Oh ? J’avais donc raison, et nous étions aussi en retard ? Je posai le coussin que je tenais encore dans la main – je l’avais soulevé en espérant, désillusionné, trouver les feuilles tant recherchées dessous – et passai la main dans mes cheveux. Bon, on devait donc y aller. Qu’est ce qu’il ne fallait surtout pas oublier ? Et qu’est ce que… Bon sang. Je stressais. Bam. La réalité des faits venait de me donner une claque suffisamment violente pour m’enlever de la tête toutes les pensées que je pouvais avoir. Je vis Kate passer pour s’arrêter à la salle de bain, et moi je restai debout au milieu du salon, à tourner sur moi-même histoire d’aligner deux pensées cohérentes. C’était l’heure. Il était temps de dire à Camille que j’allais être père, aussi étonnant et inquiétant que cela puisse paraître. Moi, Alan Dougal, j’allais être père. Et lui… Je n’avais pas trop de nouvelles de lui ces derniers temps, et c’était un peu de ma faute, il fallait bien que je me l’avoue. Entre la fin de l’année scolaire, le début de mes vacances, les recherches sur les grossesses, les impératifs paternels, les… Je fermai les yeux. Bon, il s’agissait de me détendre, je n’allais pas passer un examen non plus. J’entendis des pas précipités et j’en conclus qu’il était temps de bouger, et rapidement. Je pris le relai dans la salle de bain, pour me passer un peu d’eau sur le visage, et j’aperçus Kate dans son bureau qui récupérait quelques affaires. Je passai dans le mien, attrapai mon porte feuille, les clés et les papiers de la voiture, une veste, et ce que je venais d’imprimer sur les poussettes pour que Kate puisse y jeter un coup d’œil dans la voiture. Elle m’ouvrit la porte, et j’entrepris de mettre un peu d’ordre dans ma tenue le temps qu’elle ferme à double tour. Il fallait que je sois vraiment … non pas angoissé, mais un peu stressé, pour que j’oublie de tirer sur mes manches, replacer mon col : bref me rendre présentable.

Nous descendîmes rapidement les escaliers, et dans un même mouvement nous ouvrîmes la voiture, chacun avec notre clé. Je fronçai les sourcils.

« Chérie, tu ne comptes tout de même pas conduire ! Tu me laisses… Ce n’est pas sérieux, dans ton état ! Kate ?! Tu m’écoutes ? Non mais qu’est ce qu’il faut pas voir. Tu me laisses le volant, d’accord ? Kate ! »

Elle devait savoir pourtant. Elle devait le savoir. Ce n’était pas sérieux. Elle n’était pas sérieuse. Et elle devait aussi savoir que je n’allais pas lâcher l’affaire. Tout comme je devais savoir qu’elle était peut être plus têtue que moi – ce qui en soit était un exploit – et que nous allions être en retard, chose dont j’avais horreur. Elle levais les yeux au ciel, ce qui accentua encore plus mon exaspération.

« Kate, tu me laisses le volent. Kate, tu…, Je soupirai, lui concédant finalement cette victoire. Tu es impossible. Tu le sais, ça ? C’est pas croyable. Non mais c’est pas possible. Tu conduis pas trop vite d’accord ? De toute manière, quoique je dise, tu ne m’écouteras pas, c’est ça ? Tu as décidé que tu allais conduire, alors tu conduis, c’est ça ? Mais qu’est ce qu’il m’a pris de t’épouser, tu peux me le dire ? »

Sur la fin de ma phrase, inutile de le préciser, je n’étais pas sérieux. Mais pour le reste… je râlais, parce que j’avais envie de râler, et parce que quoiqu’elle puisse en penser, ça me stressait pas mal de la voir au volant. Pas parce qu’elle conduisait mal, bien sûr – si je me risquais à dire ça j’allais me faire joliment incendier d’ailleurs – mais parce que je ne maîtrisais pas la voiture et que s’il arrivait quelque chose je me sentais démuni. Je pianotai sur le bord de la portière, refusant de lancer la moindre conversation histoire qu’elle puisse se concentrer de son côté. Je pestai à chaque feu rouge dans ma barbe, et mon regard dérivait toutes les deux minutes sur l’horloge de l’autoradio. Nous entrâmes dans Glasgow à quelques minutes de quinze heures. Bon, nous allions être en retard. Et je n’avais pas décroché un mot du trajet. Tant pis pour elle. Nah. C’était puéril, je m’en rendais bien compte. Il fallait vraiment que je me détende, moi. Bon sang, comment est ce que j’allais dire ça à Camille ? « Hey, salut Cam’, je vais être père. C’est ouf, hein ?! Oui, tu as raison, pauvre gosse. Et encore, tu ne connais pas la meilleure, on t’a choisi comme parrain. ». Non, bien sûr que non, ça n’allait pas. Une approche plus fine ? « Je te rassure, Camille, Kate ne s’est pas jetée sur les petits fours à la dernière soirée, c’est juste qu’elle est enceinte. » Je risquais de me faire décapiter si je me risquais à dire une bêtise dans ce genre. La voiture ralentit, et j’entrepris de souffler pour me décrisper. Je me risquai à parler lorsque Kate entreprit de garer le véhicule.

« Je… pfiou. Kate, tu as une idée de comment annoncer quelque chose dans le genre ? »

J’enterrai la hache de guerre par ces quelques mots. Hache de guerre que j’avais moi-même sortie, bien sûr. Je sortis de la voiture en y laissant les papiers que j’avais apportés. Tandis qu’elle fermait la voiture, j’entrepris de sonner à l’interphone. Kate me rejoignit alors que je sonnais pour la deuxième fois. « Il a oublié tu penses ? Il ne répond pas ! J’appuie bien au bon appart non ? » Je fronçai les sourcils. Il ne répondait pas. Soit il était sorti, soit il dormait, soit il lui était arrivé quelque chose. Je me pinçai l’arête du nez. S’il ne répondait pas au prochain essai, je me transformais en buse ou en écureuil, ou en araignée et je grimpais jusqu’à sa fenêtre d’appartement. Non, Alan, ça ne se faisait pas bon sang. Il était juste occupé, non ? J’inspirai bien fort avant d’appuyer une troisième fois. Après un temps d’attente qui me parut interminable, la porte finit par s’ouvrir devant nous dans le grésillement habituel, et je la poussai, la tins pour Kate, et la laissai se refermer derrière nous. Nous grimpâmes rapidement jusqu’à la porte de l’appartement de Camille, et je frappai fermement. Le temps qu’il vienne nous ouvrir, je passai mon bras autour des épaules de Kate pour la serrer contre moi et déposer un baiser sur ses cheveux. « La prochaine fois que tu veux absolument conduire tu me préviens deux heures à l’avance histoire que je me fasse à l’idée, d’accord ? ». Mon murmure me sembla résonner atrocement dans le couloir. Mais j’étais quand même du genre à mettre les choses au clair, surtout avec Kate. Nous nous disputions suffisamment souvent pour ne rien laisser couver et gangrener notre couple – hormis ce que je taisais volontairement bien sûr. La porte s’ouvrit sur un Camille qui me rappela celui, sept ans auparavant, qui m’avait suivi dans la rue. Mon bras serra instinctivement Kate.

« Salut… Excusez-moi pour l’interphone, je vous ai pris pour ma voisine du dessus. Entrez… Entrez… »

Le bruit de la télévision heurtait mes oreilles de métamorphe, mais je ne fis pas de remarque. J’étais plutôt interloqué par la mine de mon petit frère. Qu’est ce que j’avais loupé ? Qu’est ce qui m’avait échappé ? Qu’est ce qu’il s’était passé ? Je fis un pas en avant dans l’appartement, cherchant des indices un peu partout sur ce qu’il pouvait se passer. Finalement, le son de la télévision, que Camille venait de baisser, n’était pas ce qui pouvait heurter le plus mes sens. L’odeur de Rebecca Scott me heurta de plein fouet. Ma transformation en berger allemand avait principalement marqué mon flair, beaucoup plus que la buse – qui jouait plus sur mon sens de l’équilibre et mon obsession pour le vide, inutile de commenter ce fait – et même si ma vue, mon ouïe et le reste de mes sens étaient plus performants que ceux des humains, c’était l’odorat qui était vraiment plus développé. Je toussai, le temps d’assimiler toutes les odeurs, de les trier, et de les ignorer. Faisant comme chez moi, alors que Camille nous invitait à nous installer, j’ouvris la fenêtre la plus proche, histoire d’aérer, avant de prendre la parole :

« Bonsoir Cam. Tu as mauvaise mine. Un pli soucieux barra mon front, alors que je fixais Camille d’un regard inquisiteur qui ne se voulait pas pour autant agressif, qu’est ce qu’il se passe ? »

Je n’étais pas du genre à tourner autour du pot. Pour le coup, j’étais inquiet, surtout que je ne m’attendais pas à un tel accueil, et ça ne me poussait pas le moins du monde à patienter pour savoir ce qu’il se passait dans la tête de mon petit frère. Je revins à côté de Kate pour poser une main sur son épaule, et la garder tout contre moi. Je rajoutai, plus pour la forme qu’autre chose un « J’espère qu’on ne te dérange pas, tu dormais ? ». De toute manière quoiqu’il puisse dire, j’étais bien décidé à avoir le fin mot de l’histoire. Et à lui dire ce pour quoi nous étions venus, aussi. Surtout. Enfin… pour être franc, je ne savais plus trop quelle était la priorité. Camille dormait mal ou il était « juste » stressé ?
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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Lun 2 Sep - 16:38




La moindre joie ouvre sur un infini.


Alan était beaucoup trop drôle. Et je m’amusais énormément à ses dépens. Je savais qu’il allait râler lorsqu’il allait comprendre que j’avais l’intention de conduire, mais il bouda encore plus que prévu. Et moi je riais beaucoup à le regarder s’emporter tout seul. Je ne dis pas un mot pendant qu’il déballait toute sa tirade, me contentant de lui sourire d’un air victorieux, car je savais très bien qu’il me laisserait conduire comme je le voulais au final. Je commentais juste de petits commentaires, l’interrompant à peine alors qu’il parlait.

« Tu es impossible. Tu le sais, ça ? » « C’est pour ça que tu m’aimes. » « C’est pas croyable. Non mais c’est pas possible. Tu conduis pas trop vite d’accord ? » « Oui chef. » « De toute manière, quoique je dise, tu ne m’écouteras pas, c’est ça ? Tu as décidé que tu allais conduire, alors tu conduis, c’est ça ? Mais qu’est ce qu’il m’a pris de t’épouser, tu peux me le dire ? » « On dit que l’amour rend aveugle, tu sais. »

Je rigolais beaucoup de son attitude, c’était vrai. Mais je savais qu’il n’en prendrait pas ombrage, alors je me permettais de lui faire de petites réflexions. Je conduisis prudemment, comme il le voulait, mais aussi parce que je n’avais jamais l’habitude de prendre des risques en voiture. Ce n’était absolument pas mon genre. Et je n’allais pas devenir une Speedy Gonzales maintenant qu’en plus j’étais enceinte. Parfois, je me demandais ce qu’Alan pouvait bien avoir en tête pour me donner de tels conseils évidents que « Tu conduis pas trop vite ». La circulation était fluide, nous avancions bien mais je voyais mon mari jeter constamment un coup d’œil sur l’horloge du véhicule. Je me retins de lui faire plusieurs fois la remarque que non, nous ne serions pas si en retard que ça, et que regarder l’heure toutes les trente secondes n’allait pas nous aider à avancer. S’il usa de ses yeux suffisamment pendant le trajet, par contre, il ne décrocha pas un mot, et je rigolais intérieurement de savoir que c’était parce que j’avais décidé de conduire et qu’il n’avait pas réussi à m’empêcher de le faire. Il ne pouvait se retenir d’être puéril par moments mais après tout, je l’aimais comme il était. Finalement, lorsque nous arrivâmes en bas de l’immeuble de Camille, il se décida à me reparler, et me posa une question qui me fit hausser les épaules.

« Je ne sais pas encore trop… On verra bien comment la situation se présente. Et puis ce n’est pas une mauvaise nouvelle, alors c’est plus facile à annoncer normalement. »

Je garai la voiture non loin de l’immeuble, et rejoignis Alan alors qu’il appuyait sur la sonnette à nouveau. Il se retourna vers moi, un air légèrement inquiet sur le visage. J’ajustai correctement la sangle de mon sac à main sur mon épaule avant de poser une main sur son bras, dans un geste rassurant.

« Pas de panique, il va arriver, je suppose. Et puis même s’il a oublié, on lui téléphonera si jamais il ne répond pas. »

Cela ne sembla pas calmer beaucoup Alan, qui appuya une troisième fois alors que je patientais posément à ses côtés. Et finalement, quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit. Je jetai un coup d’œil à l’homme à mes côtés pour déclarer d’un ton narquois :

« Tu vois ? Pas de raison de s’inquiéter. »

Je me retenais d’ajouter un « J’avais raison. » qui n’allait faire que l’énerver, je le savais. J’avais bien vu déjà comme mon simple levé d’yeux au ciel l’avait passablement irrité. Il détestait cela et j’en avais conscience. Mais parfois, je ne pouvais m’empêcher de le faire, juste pour le narguer. Nous montâmes à l’étage de Camille et en attendant qu’il vienne nous ouvrir, Alan passa son bras autour de moi, m’attirant à lui pour m’embrasser sur les cheveux. Je lui fis un petit sourire, me blottissant contre lui un court instant, et je n’eus pas le loisir de répondre à sa question avant que la porte ne s’ouvre sur un Camille… inhabituel. Je fronçai les sourcils instantanément. Alan s’avança dans l’appartement le premier et je le vis jeter un œil sur les lieux, comme à la recherche de ce qui mettait Camille dans cet état étrange, à la limite entre peine immense et dépression imminente. Surprise, je le vis aller ouvrir une fenêtre, comme s’il était chez lui, mais je ne fis aucune réflexion. Si cela dérangeait le propriétaire, c’était à lui de faire une remarque. Mais vu l’état dans lequel il était, je doutais qu’il ne remarque quoi que ce soit. Il semblait… ailleurs. Comme si son corps était là, mais que son esprit, lui, était loin, dans un autre lieu, éloigné de tout ce qui se passait ici. Alan fixa Camille et le salua, lui demandant d’emblée ce qui se passait et je m’avançai aussi pour lui dire bonjour :

« Est-ce que tu vas bien ? »

C’était une question stupide, je le savais, mais je ne voyais pas quoi dire d’autre alors que le meilleur ami de mon mari était troublé par quelque chose. Alan vint me rejoindre et passa à nouveau son bras autour de moi, s’excusant pour notre venue. Pourtant nous avions prévu de nous voir. Est-ce que Camille pouvait avoir oublié ? Je n’avais pas le souvenir qu’il ait oublié quoi que ce soit d’important depuis que je le connaissais. Certes notre venue n’était pas importante mais c’était une sorte de rendez-vous. Je ne voyais pas pourquoi il l’aurait oublié. C’est pourquoi je lui posais directement la question :

« Tu avais oublié qu’on venait ? »

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Lun 2 Sep - 22:58




La moindre joie ouvre sur un infini.


Mon regard suivit distraitement, très machinalement Alan alors qu’il fonçait droit vers ma vitre pour l’ouvrir. A ce que je sache, ça ne sentait pas mauvais ici. Il avait un odorat plus développé que le mien au vu de sa transformation principale. Là où je possédais une intuition supérieure dû au corbeau. Je ne comprenais pas le pourquoi du comment de cette action mais honnêtement, ça ne m’intrigua pas plus que ça, pas plus que ça ne me dérangeait. Mon meilleur ami pouvait faire ce qui lui chantait, je ne relevais même pas son comportement. Il continua d’ailleurs à agir dans sa finesse habituelle quand il prit la parole pour me saluer. Son inquiétude me força à feindre un sourire qui me fit presque mal aux joues tant il fût dur à engendrer. Évidemment, il allait être le premier à pouvoir identifier mes humeurs. Je pouvais rarement lui mentir, il me connaissait trop bien. C’en était d’ailleurs très déroutant. J’espérais juste avoir assez de force pour parvenir à maintenir une certaine contenance. Je ne pouvais pas l’angoisser encore plus, pas après avoir su qu’il n’allait lui-même pas bien. De plus, Kate était présente. Je n’avais pas à me donner en spectacle devant eux. J’allais me ressaisir, je devais me ressaisir. C’en devenait franchement ridicule, je n’étais plus un adolescent à me complaire dans une douleur fictive. Cette instabilité frôlait honnêtement la démence. La femme de mon conseiller surenchérit aux propos de son mari et je me sentis tout à fait idiot face à eux, embarrassé et confus également. Je croulais sous leurs interrogations, sous la contrainte de leur regard, l’attente de réponses et l’espace d’un instant je crus que cette pression psychique allait me faire partir complétement en délire mais je parvins à mobiliser mon bon sens à temps. Je ne devais pas péter les plombs et d’ailleurs, ils ne devaient pas s’en faire pour moi. Je ne méritais surtout pas autant d’égard, pas après ce que j’avais fait. Tout ça, c’était de ma faute. Alors je pouvais bien en subir les conséquences seul dans mon coin, en la fermant. Mon état ne devait pas devenir un enjeu de cette conversation de toute manière, nous avions sûrement des choses plus importantes à traiter, pour qu’ils demandent à me voir de la sorte, soudainement.

Je répondis d’un ton neutre en essayant de rester détaché et très serein. « Ne vous inquiétez pas, j’ai juste mal dormi. Rien de grave. » Avouez une faiblesse commune, banale, peu importante pour en masquer la vraie réalité – la meilleure défense dans un premier temps. « Non, non, vous ne me dérangiez pas du tout. Je ne dormais pas non plus. Je… » Je faisais quoi au juste ? J’errais, j’agonisais ? « Je somnolais tout au plus. » J’essayais de leur offrir un rictus plus convaincant avant de me tourner vers la brunette pour répondre à sa dernière interrogation d’un air sincère et désolé. « Et oui, j’ai un peu mélangé les dates, désolé. Mais je suis là et vous êtes là donc tout va bien. » Tout allait bien, oui. Tout le monde allait bien - ou irait bien très prochainement. Je croyais aller où avec mon faux optimisme ? Peu importait. Je les encourageais à nouveau à s’asseoir. «  Asseyez-vous, asseyez-vous. Vous n’allez tout de même pas rester debout. » Je n’en pouvais plus de ce malaise général, je n’arrivais sérieusement pas à l’encaisser. Et puis voir mes amis aussi radieux et aussi proches me réconfortaient sommairement avant que cette vision ne devienne en fait insupportable. Le bonheur des autres vous saute toujours à la gorge et vous déchire toujours plus quand vous allez mal. Non, je n’allais pas mal. Ça allait. Je m’inventais un problème. Je continuais ma mascarade interne en détournant mes prunelles des leurs et en m’avançant vers le coin cuisine afin d’échapper à l’oppression étouffante que provoquait leur sollicitude. Je m’empêchais la suffocation quand j’approchais de l’évier en leur demandant très calmement pour détourner leur attention de ma situation et pour trouver un terrain neutre sur lequel nous pourrions jaser. « Racontez-moi plutôt ce qui vous amène. Quoi de neuf ? Vous voulez boire quelque chose ? Alors j’ai du café, thé, thé glacé, soda, eau,… ? » en énumérant le contenu de mes placards, j’en ouvris un à la volée. Il restait quelques achats qu’avait effectué … qu’Elle avait effectué dans mon dos. La vision de boîtes de conserves réussit à me couper le souffle. Je devais vraiment devenir fou.

Je refermais très posément la boîte de pandore en m’exhortant au calme. Je peinais sérieusement à maintenir un rythme cardiaque honorable aujourd’hui. Je me serais bien servi un verre de l’alcool le plus fort que j’avais en stock mais je savais que mon bras droit interpréterait à raison ce geste pour de la fuite et du chaos. J’avais l’habitude de résoudre mes ennuis les plus graves de cette manière. Et Alan devait être préservé de mes tracas. C’était pour ça que je ne lui avais pas parlé de la lettre que la Reine… Krystel Raybrandt m’avait envoyé. Si j’avais réussi à lui cacher ce trouble-là, j’allais parvenir à lui épargner celui-ci que je jugeais moins grave. Depuis quand pouvais-je séparer en degré de gravité mes propres émotions ? Depuis jamais, assurément mais je m’accrochais à des mensonges autant que possible pour parvenir à tenir cette entrevue de bout en bout. Je pourrais m’écrouler après ça, si ça me chantait. Là, maintenant, tout ce qui importait c’était ce que les Dougal voulaient me dire. Le reste attendrait.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Jeu 5 Sep - 20:37




La moindre joie ouvre sur un infini.


Kate enchaîna peu après moi pour s’enquérir de la santé de Camille, ce qui me conforta dans ma première impression – que je savais juste de toute manière. Je n’avais pas pour habitude de dire n’importe quoi, de comprendre n’importe quoi plutôt. Je fronçai les sourcils en revenant près de Kate.

« Est-ce que tu vas bien ? »

Nous ne tournions ni l’un, ni l’autre, autour du pot au final, et je me fis brièvement la remarque que l’on avait déjà fait mieux sur le plan de la subtilité. Mais l’heure n’était pas vraiment aux ronds de jambe, c’était une certitude que je n’allais pas remettre en question. Camille était mon petit frère, mon meilleur ami (une mauvaise langue m’aurait facilement fait remarquer que c’était l’une des seules personnes que j’appelais amie, et que de ce fait, le terme de « meilleur » était un peu abusé), mon soutien : il était hors de question que, sous prétexte d’y aller doucement, je lui donne une chance d’esquiver la question. Je voulais savoir ce qu’il s’était passé pour être dans cet état, et comme le berger allemand une fois qu’il avait mis les crocs sur sa proie, je n’étais pas près de le lâcher.

« Ne vous inquiétez pas, j’ai juste mal dormi. Rien de grave. Non, non, vous ne me dérangiez pas du tout. Je ne dormais pas non plus. Je… Je somnolais tout au plus. »

J’arquai un sourcil, peu convaincu. Inquiet. Soucieux. Songeur. Etonné. Bref : je n’étais pas vraiment dupe. Si jamais il dormait réellement, ça pouvait tout à fait être le cas, ce n’était pas l’heure, pas le moment. Donc il devait être crevé. A moins qu’il ne sorte tout juste d’une sieste et que je sois en train de faire l’imbécile paranoïaque, créant une montagne à partir d’une simple taupinière.

« Tu avais oublié qu’on venait ? »
« Et oui, j’ai un peu mélangé les dates, désolé. Mais je suis là et vous êtes là donc tout va bien. Asseyez-vous, asseyez-vous. Vous n’allez tout de même pas rester debout. »

Il nous invita derechef à nous asseoir et tandis qu’il nous proposer du temps, de quoi grignoter, en fouillant dans les placards, je murmurai à Kate un rapide « Il a raison, Kate, tu ne vas pas rester debout ! Assieds toi ma puce, faut pas que tu restes debout trop longtemps, déjà que tu as conduis, faut pas trop que tu te fatigues. » qui, je le sentais, allait m’attirer le combo regard-noir et réplique-immédiate. Et bien sûr, elle n’allait pas vouloir s’asseoir. J’étais peut être un peu trop protecteur envers elle mais je m’estimais tout à fait dans mon droit : elle était ce qu’il y avait de plus précieux à mes yeux. En fait, dans cette pièce étaient rassemblés les deux – trois – êtres qui comptaient le plus pour moi. Et je venais seulement de m’en rendre compte. Je laissai Kate pour rejoindre Camille au niveau des placards. Il avait besoin de moi, et même si je me savais un peu maladroit dans les relations humaines (bon d’accord, pas qu’un peu), je voulais à nouveau le remettre sur pied, comme je l’avais un peu fait des années plus tôt. Un peu… le Camille qui était face à moi était si semblable au Cam d’il y avait 7 ans de cela, que j’étais mal à l’aise. Kate ne l’avait pas vu à l’époque, ou du moins il ne me semblait pas. Je réfléchis à toute vitesse pour ne pas le brusquer, et me contenir. Je n’étais pas vraiment patient et doux, c’était une certitude – encore – et je me savais capable d’être un peu brusque avec lui pour avoir une réaction autre que celle d’un comédien qui porte un masque et se force à sourire pour nous faire plaisir. Je connaissais suffisamment Camille pour savoir que ça pouvait être le cas, j’étais moi-même capable de faire de même par moment, avec certes beaucoup moins d’aisance que mon petit frère. Où avait il appris à faire ça, d’ailleurs ? Non, Alan. Ce n’était pas le moment de soulever des questions auxquelles je n’allais pas chercher à avoir de réponses. Ca ne me regardait pas. Not my business. Pour le moment, seul importait le fait que Camille n’allait pas bien, et que moi, je devais faire quelque chose. Parce qu’il avait abattu certaines de ses murailles lorsqu’il avait compris que j’avais un problème avec mes transformations et que j’avais besoin d’aide, parce qu’il m’avait aidé par sa confiance. C’était à mon tour de l’aider. Gratuitement, simplement. Et la présence de Kate était une force supplémentaire. Ma voix résonna comme un ordre, lorsque je lui dis :

« Viens t’asseoir avec nous, Camille, cesse de t’agiter. »

Je m’approchai du canapé, où je m’y assis, à côté de Kate. Inconsciemment, je cherchai sa main pour la poser sur ma jambe, histoire de la sentir tout près de moi. Je regardai Camille droit dans les yeux en reprenant.

« Assis toi. Qu’est ce qu’il se passe, tu veux qu’on en parle ?, de toute manière d’une manière ou d’une autre, nous allions en parler. Je jetai un coup d’œil à Kate, serrant brièvement sa main. Est-ce qu’on commençait, nous, à lui parler, pour qu’il… qu’il quoi ? Bref, est ce que nous commencions, nous, à lui parler ou est ce que nous essayions tout d’abord de savoir ce qui lui arrivait ? Regarde moi Cam… Enfin, je veux dire, écoute. Enfin…»

Je regardai Kate, cherchant un soutien, lançant à ma femme un appel au secours. Kate, aide moi, je ne sais pas quoi dire ! « Kate ? »


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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Dim 8 Sep - 11:09




La moindre joie ouvre sur un infini.


Dire que je m’inquiétais pour Camille était inutile. Les traits de mon visage devaient assez le refléter en cet instant. Il disait être en train de somnoler quand nous avions sonné chez lui. Mais il ne devait pas y avoir que la fatigue. Avait-il travaillé jusque tard la nuit dernière ? Quand bien même, il aurait dû avoir largement le temps de récupérer depuis. Il était quinze heures, et même s’il avait eu fini tard, il aurait dû pouvoir dormir assez de temps pour ne pas aborder cette mine éreintée qui le caractérisait actuellement. Non, il y avait autre chose, ça se voyait. Cependant, je n’allais pas le forcer à en parler s’il ne le souhaitait pas. Et c’était exactement ce que je ressentais pour le moment. Il ne voulait pas en parler. Très bien, je n’allais pas insister. Mais c’était compter sans Alan, qui, lui, voulait absolument savoir apparemment.

Je lui jetai un regard exaspéré quand il me dit de m’asseoir. Non mais vraiment, je pouvais rester debout malgré ma grossesse. Croyait-il que j’étais devenue fragile comme du cristal depuis que je savais que j’étais enceinte ? On aurait dit qu’il ne me croyait plus capable de rien. C’était excessivement frustrant et énervant. Je lui avais d’ailleurs déjà souvent répliqué vertement quand il devenait un peu trop inquiet pour un rien et il ne semblait toujours pas avoir compris. Je n’avais pas envie de me disputer avec lui mais parfois je devais me retenir pour ne pas lui lancer une petite pique bien sentie. Je pris le ton le plus calme possible pour lui répondre :

« Justement, j’ai été assise pendant tout le trajet, donc je n’ai plus envie de m’asseoir là. Et ne dis pas de bêtises. Comme si le fait que j’ai conduit une heure m’avait fatigué plus qu’autre chose. C’est bon, je vais bien, je m’appelle Kate et tu es l’homme le plus exaspérant du monde en cet instant. Tu vois ? Tout est bien en place dans ma tête, tu n’as pas à t’inquiéter. »

Je terminai par un petit sourire adressé à Alan qui allait râler que je ne m’assois pas. Ok, je l’avais un tout petit peu fait exprès. Un peu. Si peu. M’asseoir ne me dérangerait pas tant que ça en fait, c’est juste qu’il avait le don de m’énerver pour un rien en s’inquiétant à tout-va. Et que j’aimais le faire râler. Quand il s’énervait, des petites rides marquaient son front et la manière dont ses sourcils se fronçaient me faisait toujours bien rire. Sauf quand il s’agissait d’une vraie dispute, évidemment. Là rien n’arrivait à me faire rigoler. Mais ici il s’avait comme moi que je le taquinais, et que ce n’était pas bien méchant.

Je le regardai aller rejoindre Camille dans le coin cuisine et décidai finalement de m’asseoir dans le canapé qui n’attendait que moi. Je m’y laissai tomber avec un petit bruit inaudible, et calai confortablement un des coussins dans mon dos, pour être assise commodément. Devant moi s’étendait une longue baie vitrée qui couvrait presque tout le mur du salon et qui se prolongeait jusqu’au lit qui se trouvait un peu plus loin sur ma droite. Les draps étaient un peu froissés. Peut-être que Camille était vraiment en train de somnoler quand nous étions arrivés… Je ne savais pas quoi penser de son attitude. Mon regard revint sur le meuble télé qui se trouvait en face de moi où un unique cadre était posé à côté de l’appareil. Je pouvais y apercevoir un Camille plus jeune, d’une vingtaine d’années je dirais, entouré de deux adultes que je supposais être ses parents. Il n’avait jamais parlé de sa famille avec moi, et je ne savais pas s’il l’avait fait avec Alan mais il m’était toujours apparu comme quelqu’un de très secret sur son passé et son histoire – un peu comme nous d’ailleurs – et je doutais qu’il se soit étendu sur le sujet.

À cet instant, Alan revint de la cuisine suivi par Camille et vint s’asseoir à mes côtés, posant sa main sur ma cuisse. Je recouvrai alors sa main de la mienne avant de poser mon regard sur notre ami commun qui était à présent la cible des questions de l’homme à mes côtés. Je l’avais senti concentré au début, pour poser les bonnes questions et savoir ce qui tracassait Camille et puis, tout d’un coup, sa prestance s’envola, alors qu’il se retournait vers moi l’air hésitant. Est-ce qu’il voulait vraiment que l’on annonce ma grossesse à Camille alors qu’il était dans cet état ? Cela me paraissait impensable. Il semblait dévasté et je ne voulais pas annoncer une telle nouvelle – bien qu’elle soit positive – et lui demander d’être parrain alors qu’il ne se sentait pas bien. Je devais d’abord connaître les raisons de ce mal-être. Je me sentais mal de lui révéler que nous allions avoir un bébé, que nous étions heureux comme jamais, alors que lui était dans une phase peu enviable.

« Camille, tu n’as vraiment pas l’air bien. Est-ce que tu ne veux pas nous dire ce qui se passe ? Tu en as parfaitement le droit hein, je ne dis pas qu’on t’oblige à quoi que ce soit. » Je jetai un coup d’œil à Alan pour le prévenir de ses questions futures destinées à faire cracher le morceau au métamorphe. « Mais nous sommes tes amis et on voit bien que quelque chose ne va pas. Ne dis pas encore une fois que "tu as mal dormi", il y a autre chose, Alan peut confirmer comme moi que c’est visible sur ton visage. »

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Lun 9 Sep - 16:31




La moindre joie ouvre sur un infini.


Je ne savais pas où j’avais la tête- assurément quelque part entre ce palier et les pas de… Bien sûr qu’Alan allait deviner. Il me connaissait. Et ça ne me plaisait pas que quelqu’un ait ce genre d’emprise sur moi. Bah tiens, maintenant, je me plaignais d’être proche de mon meilleur ami. Je voulais tellement maintenir tout le monde à distance. Ça me plaisait tant que ça la solitude ? Je ne supportais pas qu’on s’inquiète pour moi parce que… Parce que je n’étais pas habitué à ça. J’avais du mal avec l’idée d’attirer l’attention sur moi et mes problèmes. Je ne voulais pas être valorisé par ça et puis même, j’avais toujours appris à tout résoudre généralement seul - sauf dans le cas de Krystel, bien entendu. Mais là ça ne concernait pas une addiction et une perversion qui me dépassait. Là, c’était  de l’ordre purement relationnel et … sentimental en quelque sorte. Bref un terrain sur lequel, je détestais m’aventurer et encore plus débattre. Que je sois aussi abattu par ça… Je ne me l’expliquais pas. Peu importait. J’étais de toute évidence un mauvais comédien et je le compris quand mon conseiller me rejoignit dans la cuisine. Ses yeux me détaillaient avec insistance, je connaissais plutôt bien ce regard-là. Je me crispais sous son inspection et le poids de son inquiétude. Qu’est-ce que je pourrais faire pour palier à ça ? Je culpabilisais déjà de le rendre encore plus nerveux qu’il ne l’était déjà avec ses soucis de transformation. Durant un instant, je me forçais à croiser ses prunelles histoire de lui prouver que ça allait quand même et que je ne le fuyais pas  - bien que c’était clairement ce que j’étais en train de faire. Il m’ordonna presque d’aller m’asseoir. C’était ridicule, je me contentai de grimacer dans un premier temps alors que lui-même retrouvait sa femme dans le canapé. Bon, je n’allais pas aggraver mon cas et les rejoignis. Je m’installais sur l’accoudoir de l’autre fauteuil sans pourtant m’installer réellement dessus. Je savais que j’allais devoir bouger pour supporter tout ce qui se fracassait dans ma tête.  

Je détestais partiellement mon bras droit de me poser une telle interrogation. Il savait que non, je ne voulais pas en parler sinon je ne mettrais pas autant d’énergie à détourner la conversation. C’était lui qui avait besoin de savoir plutôt. Je ne comprenais pas pourquoi ça m’énervait. J’étais vraiment sur les nerfs pour me sentir investi de ce type d’émotions. Alan s’emmêla très vite dans ses mots, il était aussi mal à l’aise que moi, je ne comprenais pas pourquoi il s’obstinait à vouloir me faire parler. En plus en présence de Kate. C’était pire que terrifiant pour moi. Et quand bien même j’aurais voulu m’épancher sur le sujet, j’en étais incapable physiquement et surtout émotionnellement. Je ne voulais pas frôler la crise de panique devant eux et c’était ce qui se passerait si je devais commencer à mettre des termes sur cette réalité, à la rendre plus concrète. Je risquais d’en dire peu ou trop. Je ne savais plus rien mesurer quand j’étais dans cet état. Raison supplémentaire pour la boucler. Et puis, j’étais censé leur expliquer quoi ? Re… Mon ancienne voisine a décidé qu’on ne se reverrait plus parce qu’elle voulait plus que du sexe et je n’arrivais pas à supporter son absence ? Sérieusement… Je me voyais déjà dire ça. Autant directement me jeter par la fenêtre et descendre dans l’estime collective de cette façon. La brunette en rajouta une seconde couche et si ce qu’avait déclaré son mari m’avait davantage irrité, ce qu’elle m’expliqua, elle, me brisait littéralement. Je dû faire preuve d’une très grande maîtrise de mes traits pour ne pas tout simplement les faire se contracter sur une expression douloureuse. Je croisais instinctivement les bras sur ma poitrine. Je devais me protéger. Sinon, j’allais réellement craquer devant eux et je ne le souhaitais vraiment pas. Plutôt crever que subir cette honte et renforcer les angoisses de mon meilleur ami.

Je rassemblais mes pensées durant quelques instants et choisis soigneusement les mots à employer. Même si j’étais confus, je parvins à articuler très calmement. « C’est très … attentionné de votre part de vous inquiéter mais sincèrement, il n’y a rien dire. Un peu d’accumulation et de surmenage, rien de bien grave. Ça passera. On a tous des jours avec et des jours sans. » Je haussais des épaules et leur offris l’esquisse d’un sourire. Je fixais surtout Alan en ajoutant « Sérieusement, ne vous en faites pas. J’ai vite une mine affreuse mais c’est plus de peur que de mal. Quelques nuits de sommeil et tout ira bien. » Allait-il m’entendre ? Rien n’était moins sûr… Mais bon. Je me défendais comme je pouvais et j’espérais que ça suffirait. Afin de clore ce débat : comment va Camille, je m’empressais de leur rappeler la raison de leur visite. « Vous n’êtes pas venu ici pour me parler de moi à ma connaissance. Alors dites-moi plutôt ce qui vous amène ici et laissez-moi vous servir quelque chose à boire. »  Là-dessus, je me relevai et me hissai sur mes jambes. J’ajoutais pour définitivement détourner le sujet de cette entrevue. « Vous avez fait une heure de route, vous devez bien vous réhydrater, pas vrai ? » Je retournais à mes placards et attendis très sagement qu’ils me disent ce qu’ils voulaient. J’espérais qu’ils n’insisteraient pas. Je préférais cent fois que nous discutions d’autre chose. Ça me divertirait et parviendrait peut-être à apaiser mon rythme cardiaque qui n’en menait pas large depuis qu’elle était… partie.  Non, je n’arrivais pas à m’y faire. Je hochais de la tête pour chasser tout ça expressément. J’étais tellement paumé que ça se lisait trop bien sur mon visage. Mais ça finirait par aller mieux, oui. Je n’avais pas le choix.  

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Lun 9 Sep - 17:49




La moindre joie ouvre sur un infini.


Comme je m’en étais douté, Kate avait presque bondi à mon injonction qui lui intimait de s’asseoir, mais je la laissai tout de même pour aller chercher Camille. Je savais qu’elle ne me provoquait pas pour que nous nous disputions réellement, et je savais aussi que je l’aimais comme elle était. Avec sa mauvaise habitude de ne pas ménager ma susceptibilité, son amusement lorsque je râlais, sa propension à râler elle aussi… D’ailleurs, du coin de l’œil, je la vis s’asseoir tout de même ce qui me tira un sourire malgré l’inquiétude que je ressentais à l’idée de ne pas pouvoir savoir ce qu’avait mon meilleur ami. Ne sachant pas vraiment ce que je pouvais dire, j’appelais Kate à l’aide. Camille refusait de dire quoique ce soit, et ça me dérangeait de forcer le passage devant ma femme. Elle n’était pas aussi proche de Camille que moi je l’étais, ils avaient même été en froid au tout début. Mais pour le coup, elle était bien plus diplomate que moi – ce n’était pas si difficile, il fallait l’avouer – et ses mots formulèrent ce que les miens peinaient à dire.

« Camille, tu n’as vraiment pas l’air bien. Est-ce que tu ne veux pas nous dire ce qui se passe ? Tu en as parfaitement le droit hein, je ne dis pas qu’on t’oblige à quoi que ce soit. Mais nous sommes tes amis et on voit bien que quelque chose ne va pas. Ne dis pas encore une fois que "tu as mal dormi", il y a autre chose, Alan peut confirmer comme moi que c’est visible sur ton visage. »

J’acquiesçai, en rajoutant, certainement inutilement :

« Camille, des amis, c’est pour ça aussi. »

Malheureusement, ce fut sans effet notable, vu la réaction que nous obtînmes. Camille mit quelques instants à choisir ses mots, je le vis sur son visage. Je n’aimais pas vraiment ça : lorsqu’on prenait son temps avant de parler, c’était que l’on contrôlait ce qu’on allait pouvoir dire. Et ça voulait dire aussi que Camille, sans spécialement nous mentir, allait enjoliver la réalité tant et tant que ça allait finir par ne plus rien avoir avec ce qu’il se passait réellement dans sa tête. Dans la mienne, le prénom de Rebecca tournait sans relâche. Et pour une fois, j’eus assez de finesse pour ne pas lui demander si son état avait le moindre rapport avec son ancienne voisine ou la Reine des vampires. Instinct ? Je n’en savais rien… Camille était visiblement buté, et je ne voulais pas le forcer à parler. Enfin… pas tout de suite. Enfin… je voulais le forcer à parler, mais je ne voulais pas tenter de deviner ce qu’il voulait me taire. Il fallait que ça vienne de lui. D’ailleurs, il fit mine de parler et je me concentrais totalement pour écouter ce qu’il voulait me dire. Et ce que ça signifiait.

« C’est très … attentionné de votre part de vous inquiéter mais sincèrement, il n’y a rien dire. Un peu d’accumulation et de surmenage, rien de bien grave. Ça passera. On a tous des jours avec et des jours sans. Sérieusement, ne vous en faites pas. J’ai vite une mine affreuse mais c’est plus de peur que de mal. Quelques nuits de sommeil et tout ira bien. Vous n’êtes pas venu ici pour me parler de moi à ma connaissance. Alors dites-moi plutôt ce qui vous amène ici et laissez-moi vous servir quelque chose à boire. Vous avez fait une heure de route, vous devez bien vous réhydrater, pas vrai ? »

Okay. Ce n’était que du baratin fait pour nous faire changer de conversation. C’était clair, rien que les mots étaient faits pour nous… pour nous rassurer. Non, même pas, ce n’était pas crédible une seule seconde, du moins à mes yeux. Il ne pouvait pas penser m’avoir aussi facilement… Toutefois, Camille m’avait fixé pour me faire vraiment comprendre qu’il ne voulait pas en parler et malheureusement, je ne pouvais pas aller contre une demande si insistante, même si elle n’avait été qu’implicite. Je ne pouvais pas l’agresser alors qu’il refusait que je le fasse, et alors qu’il y avait Kate. Je ne pouvais pas faire ça à Camille tout simplement, et il risquait de se braquer, et de perdre sa confiance en moi – que je sentais déjà flageolante depuis sa dernière visite chez moi. Il n’avait pas lâché, lui. Il ne m’avait pas abandonné alors que je le suppliais presque de se taire, de me laisser tranquille. Comment pouvais-je battre en retraite aussi facilement, moi qui me décrivais comme têtu ? Comment pouvais-je l’abandonner en songeant à le laisser se morfondre seul ? Je fermai les yeux, indécis. Je le suivis s’approcher des placards, nous demandant ce que nous voulions boire. Je me tournai vers Kate, pour lui parler silencieusement, sans émettre le moindre son que Camille eut pu entendre :

« Qu’est ce qu’on fait ? Qu’est ce qu’il a ? On ne peut pas lui dire tant qu’il est dans cet état, mince ! En tout cas… »

J’agitai les bras, dépassé. Je ne savais pas quoi faire, quoi dire… je ne savais même pas quoi penser de tout ça. Qu’étais-je sensé faire, pour le coup ? En tant qu’ami, en tant qu’Alan, je ne pouvais pas consciemment dire « Okay, tu veux rien dire, bon bah je me casse alors. Si un jour tu es de bonne humeur, passe me voir ! », voire quelque chose de plus réaliste. Mais je n’étais pas stupide : s’acharner n’était pas la chose à faire. Ou du moins pas la plus diplomate des façons d’aider Camille, même si c’était celle que je maîtrisais le mieux. Conscient que Camille devait attendre une réponse, par rapport à sa question, je rebondis :

« De l’eau, ce sera très bien. Mais si tu prends quelque chose d’un peu plus fort, je t’accompagne !, je chuchotai à Kate dans un sourire, Jus de fruit pour toi, c’est bien ça ? Ou faut que tu restes sur le verre d’eau ? »

Pour le coup, ce n’était pas de la paranoïa, ni du stress, ni une volonté particulièrement forte de respecter les consignes. Non, pas du tout. C’était simplement une envie de taquiner Kate sur un sujet où elle ne pouvait pas décemment gagner. Et pour alléger un peu l’atmosphère, et me laisser aussi du temps pour savoir ce que j’allais dire à Camille, quand nous allions le dire. Lorsqu’il revint vers nous, j’essayai de communiquer une nouvelle fois avec Kate, par le biais d’un regard insistant. Vas-y, toi, dis quelque chose moi je ne sais pas quoi dire, allez, vas-y ! Pas sûr qu’elle comprenne le tout, mais ça valait le coup d’essayer. Nous nous connaissions suffisamment bien pour que les chances qu’elle sache ce que je voulais dire soient élevées.



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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Mer 11 Sep - 11:27




La moindre joie ouvre sur un infini.


La façon dont Camille vint s’asseoir sur le bord du fauteuil, comme pour pouvoir fuir – nous fuir – à tout instant me parlait plus que ce qu’il aurait pu dire avec des mots. S’il était possible de mentir lorsqu’on parlait, il était beaucoup plus difficile de le faire avec ses gestes. Surtout lorsqu’il accompagna sa position de ses deux bras croisés sur son torse. Position de repli et d’effacement. « Je n’ai pas envie de vous parler de moi ». C’était ça qu’il nous disait à travers ses gestes. Et qu’il tâcha de nous dire aussi en déviant une nouvelle fois la conversation sur nous plutôt que sur lui. Pour ma part, j’en avais fait assez. S’il ne nous avait toujours pas dit ce qu’il avait, c’est qu’il ne le voulait vraiment pas. Et je refusais de continuer de le pousser dans ses retranchements. Chacun a droit à son intimité et ses secrets. Alan et moi étions bien placés pour le dire, avec notre passé dont nous ne parlions jamais. Je considérais qu’en cet instant, nous avions assez harcelé Camille et qu’il avait le droit de ne pas nous dire ce qui le mettait dans cet état. Et puis si cela avait été grave, j’étais quasi-sûre qu’il nous en aurait parlé. Ça devait être autre chose, quelque chose de plus personnel. Et je n’avais pas envie de violer l’intimité de notre ami commun en le forçant à nous raconter sa vie. Donc la discussion était close.

Alors que Camille se relevait pour aller nous chercher à boire, Alan se pencha vers moi pour me murmurer quelques mots auxquels je répondis sur le même ton :

« Je ne sais pas ce qu’il a. Mais il est évident qu’il ne veut pas nous en parler, alors arrêtons de l’interroger.  Il va se sentir mal après, et nous aussi. Il a sûrement ses raisons de se taire alors respectons-les. »

Je me sentais mal de continuer à l’interroger comme s’il s’était agi d’un criminel que deux policiers voulaient questionner à tout prix pour connaître la vérité. Nous étions ses amis, pas des enquêteurs. Et il s’agissait de sa vie, nous n’avions pas le droit de pousser l’interrogatoire plus avant. Il allait finir par s’énerver, ou bien nous dire vertement que ce n’était pas nos oignons si nous continuions.

Alan venait de demander à Camille un remontant. Je ne savais pas si le plus jeune d’entre nous allait prendre un alcool fort pour sa part, mais le fait qu’Alan en demande un me fit rire et je lui répondis d’un ton léger.

« Un verre d’eau pour moi oui. Heureusement que c’est moi qui conduis, monsieur je veux bien quelque chose de plus fort. »

Je lui lançai un sourire narquois avant de me tourner vers la cuisine pour parler plus facilement à notre ami. Je pris un ton plus fort pour parler :

« Je veux bien un verre d’eau, Camille, s’il te plaît. »

Alors que je me retournai vers Alan, je captai immédiatement son regard perdu qui semblait vouloir me dire quelque chose. Ah oui bien sûr. Il ne savait pas comment lancer le sujet. Bon très bien, j’allais devoir le faire alors, vu qu’il ne semblait pas décidé à commencer. Je ne savais pas si je devais trouver ça drôle qu’Alan ne sache pas comment annoncer ça ou bien désespérant. Ils étaient amis depuis tellement longtemps et il ne savait pas quoi dire pour lancer le sujet ? Ah la la, heureusement que j’étais là pour le faire, sinon nous y serions encore dans deux heures avec eux deux. L’un en train d’harceler l’autre pour savoir ce qui se passait dans sa vie, l’autre en train de nier son état mental et reportant toujours la conversation sur le premier. Comme une balle de tennis qui allait et venait entre les deux camps, sans s’arrêter suffisamment d’un côté ou de l’autre pour que l’on puisse avoir plus d’informations. Ils se rejetaient la balle sans cesse, comme si la garder trop longtemps entre ses doigts allait les forcer à se révéler. Ok, finalement c’était plus drôle qu’autre chose.

Après avoir préparé les verres en cuisine, Camille revint près de nous et s’assit sur le fauteuil qu’il avait quitté un instant plus tôt. Directement, je me lançai, ne laissant plus aucun des deux hommes parler. Nous étions venus dire quelque chose à notre ami et nous allions le faire. J’en avais marre de retarder l’annonce. Bien sûr l’état de Camille était important et je n’allais pas faire comme s’il allait bien alors que ce n’était pas le cas, mais à présent qu’il déviait sans cesse le sujet vers nous, je ne voyais plus de raisons de retarder l’échéance. Et puis peut-être qu’une bonne nouvelle allait lui mettre un peu de baume au cœur ?

« Camille, Alan et moi sommes venus pour t’annoncer quelque chose. On voulait que tu sois le premier à le savoir, parce que tu es un peu notre famille la plus proche. »

Voyant qu’il me regardait, je tournai la tête pour fixer Alan, attendant une approbation dans son regard, quelque chose pour me dire que je pouvais le révéler. Je ne comptais pas lui demander moi-même d’être parrain de toute façon, ça, je le laissais à mon mari. Non, je voulais simplement dire que :

« Je suis enceinte. »

Je m’étais retournée vers Camille, pour voir sa réaction, alors qu’un grand sourire s’étalait sur mes lèvres, balayant momentanément l’inquiétude qui m’avait gagnée concernant l’état du métamorphe auquel je venais d’annoncer cette grande nouvelle. Ma main avait trouvé celle d’Alan et mes doigts s’étaient enlacés aux siens lorsque les mots avaient franchi ma bouche.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Jeu 12 Sep - 0:18




La moindre joie ouvre sur un infini.


Durant quelques instants, je restai en suspens. Est-ce que mes détours et mes tentatives de justification – bancales, soyons honnête, suffiraient à ce qu’ils lâchent cette histoire ? Je ne pouvais pas être plus subtilement clair sur ma non volonté à leur parler de ce qui se passait. De toute manière, ça ne concernait pas la communauté donc. Le stress et ma fatigue psychologique faisaient que je ne pouvais m’empêcher de rester sur la défensive le temps qu’ils acceptent d’atterrir sur un autre sujet. Quand, enfin, tous deux répondirent à mon interrogation dénouant partiellement le nœud qui s’était créé au creux de mon estomac. Je ne pouvais pas présumer de mes forces. J’étais trop instable pour pouvoir affirmer que je pourrais tenir longtemps sur ce chemin sans craindre d’en laisser passer trop. Maintenant que je pouvais m’occuper les mains, je me fis une joie de me diriger vers les placards. Mon conseiller me connaissait officiellement trop bien et puisque c’était lui qui l’avait proposé, je sortis un vieux whisky des tréfonds d’une armoire pour moi et Alan. Je pris ensuite les verres et les servis très tranquillement dans le coin cuisine avant de leur amener. Je m’installai ensuite dans le fauteuil et les observai. Je ne pus m’empêcher de remarquer la nervosité de mon meilleur ami et laissai un nouveau pli froisser mon front d’inquiétude – un de plus, je n’étais plus à ça près. Qu’est-ce qu’il se passait ? Il jetait un regard assez étrange à sa femme et je gardais respectueusement le silence, le temps qu’ils se décident à m’expliquer la raison de leur venue. Je buvais une première gorgée de mon breuvage pendant ce temps. J’allais devoir me faire violence pour ne pas abuser de cette bouteille avant de prendre mon service – aussi douce soit cette échappatoire.

Kate, finalement, prit la parole. Son commentaire sur la famille proche me serra un peu la poitrine – la réciproque était tellement vraie, et je ne pus m’empêcher de constater que j’avais du mal, vraiment du mal à encaisser mes émotions négatives comme positives, aujourd’hui. Aujourd’hui ? Oui, bon ok, disons que j’avais encore plus de mal qu’en temps normal. Mes défenses étaient trop abattues pour ça. Mais peu importait. Ce qu’elle avait amorcé, m’intriguait énormément. Par réflexe, je posai mon verre sur la table basse – j’étais encore fichu de le lâcher si c’était une révélation monstrueuse. La brunette finit par délivrer le secret et j’en restais un sacré moment ébahi. Enceinte ? Mes yeux passèrent d’Alan à Kate, de Kate à Alan comme si je ne les reconnaissais pas. Enceinte ? Non ? Si ? De qui ? Ma conscience soupira lourdement face à mon hébétude totale et complète. Sérieusement ? Oui, oui, d’Alan forcément… Alan, père ? Alan, mon conseiller, mon meilleur ami, mon grand frère. Père. Un bébé, Alan et Kate, parents. Kate et Alan avec un bébé. Un bébé, leur enfant. L’oiseau me picora les méninges pour me rappeler à la réalité. Bon Fontayn, tu atterris ? J’étais bien resté une bonne minute là à les fixer avec incompréhension vacillant de l’un à l’autre. Chamboulé, oui, c’était le terme. J’étais chamboulé, complétement.  « Vous… Tu… Enceinte ? Depuis… ? Vous… »  Je recommençais à devenir incohérent à l’image de ce qui se tramait dans mon crâne. J’étais encore plus égaré que quelques instants auparavant. Je me décrispai néanmoins après une poignée de secondes et arrivai même à esquisser un vrai sourire. Instinctivement, je me levai. C’était trop pour mes nerfs, j’avais besoin de bouger de marquer cette nouvelle. Je n’étais pas du genre tactile – loin de là mais tout ce que je ressentais étant amplifié par mon désespoir, je précipitais des gestes qui me surprenaient moi-même. Je posais une main sur l’épaule de Kate, une autre sur celle d’Alan. Je mis une micro seconde à articuler un sincère  « Félicitations ! » Mon regard alla de Kate à Alan.  « Bon sang ! Vous allez être parents ! »  C’est bon, Camille, ils l’ont compris bien avant toi ça. Ma main descendit sur le bras de Kate à qui j’offrais un nouveau rictus, la future maman. Kate, maman. Je donnai une légère petite tape amical dans le dos d'Alan à la suite. Alan, papa. Ça me donnait presque le tournis.   « Hé bien ça pour une nouvelle… Si je m’attendais à ça… » J’ignorais qu’ils projetaient de fonder une famille mais après, ça ne devait pas me surprendre. Ils étaient mariés depuis un moment et puis nous étions dans une période de paix. Enfin de paix… Oh la ferme. Ce n’était pas le moment d’y penser.

J’arrachais le verre qu’Alan avait dans ses paumes sans autre forme de procès aussi abruptement. Afin de ne pas l’inquiéter sur ma  santé mentale, j’ajoutai très sereinement  « Attends. » avant de filer vers le frigo pour en sortir une bouteille de champagne que j’avais mis au frais depuis un moment en cherchant la bonne occasion pour la sortir de là. J’extirpai trois flûtes d’une armoire et les fixai avec consternation. Kate ne pouvait pas. Pas d’alcool pour les femmes enceintes. Kate, femme enceinte. Bon dieu, j’allais mettre mille ans à réaliser. Je rangeai donc la flûte de trop et apportai la bouteille à Alan. « A toi l’honneur. Et désolé pour toi, Kate. Mais j’ai du jus de fruit si tu veux quand même marquer le coup d’une façon saine et colorée. » Je disposai les deux nouveaux verres sur la table. Je restais complétement émerveillé par cette bonne nouvelle. Oui, c’était une bonne nouvelle. Ils allaient être parents. Ils allaient faire de merveilleux parents, pas de doute là-dessus. J’étais carrément en décalage avec ma propre vie et réalité, ce qui avait un nombre d’avantages impensables. Grâce à eux, j’oubliais partiellement ma peine pour me focaliser sur leur bonheur.  Les personnes les plus proches de moi allaient devenir parents. J’ajoutai à cette pensée « Il faut qu’on fête ça. » Je ne savais pas encore comment mais… On verrait.


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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Jeu 12 Sep - 19:15




La moindre joie ouvre sur un infini.


« Un verre d’eau pour moi oui. Heureusement que c’est moi qui conduis, monsieur je veux bien quelque chose de plus fort. Je veux bien un verre d’eau, Camille, s’il te plaît. »

Son sourire narquois trouva un écho dans le mien. C’était sidérant. J’étais stressé quant à annoncer à Camille que j’allais devenir père, j’étais inquiet quant à l’état physique et psychologique de mon meilleur ami, et petit frère de cœur, et pourtant, voilà qu’elle faisait naître un sourire sur mon visage, qui creusant mes fossettes un bref instant. Avant que je ne me souvienne qu’on allait devoir aborde le sujet. Ce n’était pas un sujet sensible, ce n’était pas non plus particulièrement malheureux, et encore moins dramatique, et pourtant, je ne parvenais pas à trouver les mots à dire, la tournure de phrase à choisir… mon regard perdu capta celui de ma femme. Son petit hochement de tête ôta une partie de la pression, et je me demandai maintenant comment elle allait bien pouvoir formuler le tout. La solution la plus simple, était la plus directe, en même temps. Elle avait longtemps tourné autour du pot pour moi, mais c’était parce que j’étais un cas particulier, surtout niveau encaissement des nouvelles subites qui attiraient des émotions fortes. En voyant Camille revenir avec du whisky, je fronçai légèrement, très légèrement les sourcils. C’était du fort ça, donc j’avais vu juste pour le coup. Je réceptionnai le verre dans un hochement de tête, et alors que j’en étais encore à la phase « et si je disais quelque chose pour laisser du temps à Kate pour formuler sa phrase ? », ma femme me devança en entrant directement dans le vif sur sujet.

« Camille, Alan et moi sommes venus pour t’annoncer quelque chose. On voulait que tu sois le premier à le savoir, parce que tu es un peu notre famille la plus proche. »

Là, je ne pouvais pas le retenir. Un large sourire barrait maintenant mon visage, et je ne pouvais pas l’en chasser. J’en profitai pour boire une gorgée de Whisky. Mon sourire s’accentua lorsque Kate me regarda en quête d’une autorisation qu’elle devait savoir posséder depuis maintenant. J’hochai légèrement la tête, et mon sourire s’accentua en voyant Camille poser son verre comme s’il s’attendait à ne plus pouvoir le tenir seul. J’avais presque l’impression d’être un petit enfant qui n’arrivait pas à cacher qu’il était au courant de quelque chose. Un sourire incontrôlable aux lèvres, les yeux brillants, je couvais Kate du regard, tout en observant Camille pour guetter sa réaction.

« Je suis enceinte. »

Sa main trouva à nouveau la mienne, nos doigts s’enlacèrent dans une complicité et mon cœur venait d’exploser en rendant l’âme. C’était vraiment une chose différente d’apprendre qu’on allait être père, et de le dire à une tierce personne. De le dire à un membre de sa famille d’adoption. Je ne pus m’empêcher de me demander si l’intense sentiment de bonheur qui m’étreignait aurait été plus fort ou identique si, à la place de Camille, mes parents s’étaient tenus, mais je chassai d’un geste impatient de la main, mentalement bien sûr, cette pensée stupide. C’était Camille qui nous regardait bouche bée, et c’était le principal. Parce que je ne voulais personne d’autre à sa place, pour le coup. Après tout, c’était lui le futur parrain –s’il acceptait – de notre enfant. Et je ne l’aurais échangé contre personne au monde. En observant son visage, je me surpris à me demander si j’avais fait la même tête lorsque Kate m’avait annoncé que j’allais être père. Au moins, je me sentais moins seul à réagir lentement. Au bout d’un moment de silence, je fronçai très légèrement les sourcils, mon sourire se teintant d’inquiétude. Youhou, Camille, tu es toujours avec nous ?, voulus-je dire. Un simple « Camille ? » franchit mes lèvres.

« Vous… Tu… Enceinte ? Depuis… ? Vous… »

« C’est elle qui est enceinte, pas moi. »

Un sourire espiègle, c’était tout ce que je pouvais lui offrir à cet instant. Depuis quand n’avions nous pas été aussi heureux tous les trois ? Parce quoi, même s’il était en train de gober les mouches, même s’il posait des questions étranges, même s’il semblait perdu, je ne pouvais pas concevoir que Camille ne fut pas heureux pour nous. Après tout… voilà. Le bonheur était une chose contagieuse, surtout lorsque Kate était dans l’équation, non ? Son félicitation dit d’un ton qu’on ne pouvait faire plus sincère me rassura.

« Félicitations ! » Bon sang ! Vous allez être parents ! Hé bien ça pour une nouvelle… Si je m’attendais à ça… »

Je ris en l’entendant, et je ne pus m’empêcher de dire sur un ton rieur :

« Oui, parents. Nous allons être parents. Crois-moi, moi non plus je ne m’y attendais pas. »

D’un mouvement que je n’attendais pas, Camille m’ôta le verre de whisky des mains, et me demanda d’attendre. J’étais incapable de m’inquiéter, à cet instant précis, aussi attendis-je calmement. Me privait-il d’alcool pour que je conduise au retour, et que Kate n’aie pas à le faire, ou estimait il qu’un futur père devait avoir une vie aussi saine que sa femme pendant toute la grossesse ? Le bonheur me faisait dire et penser des choses étranges, ça faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Lorsqu’il revint avec des flûtes de champagne, j’additionnai A et B, et j’acceptai le verre dans un nouveau sourire. Il fallait que je fasse attention, j’allais attraper des crampes et des courbatures à ce rythme là !

« A toi l’honneur. Et désolé pour toi, Kate. Mais j’ai du jus de fruit si tu veux quand même marquer le coup d’une façon saine et colorée. Il faut qu’on fête ça. »

Oui, il fallait qu’on fête ça, c’était une certitude. Regardant Kate du coin de l’œil, j’enchaînai aussitôt, avant que Camille ne puisse tremper ses lèvres dans du champagne voire commencer à porter un quelconque toast.

« Mais il ne tient qu’à toi, en fait, pour que nous fêtions quelque chose d’autre, Cam., je pris mon inspiration, et tout en serrant la main de Kate, je fixai Camille, dans un sourire qui mêlait sérieux et confiance. Est-ce que tu accepterais d’être le parrain de notre enfant ? »

C’était dit. Il me manquait seulement la réponse de Camille. J’avais préparé tout un speech, la veille, parlant des Années Sanglantes, si proches encore dans le temps. Abordant le sujet de l’alliance avec nos cousins violents, la présence des vampires et le retour de la Reine dans nos affaires, de l’insécurité de l’Ecosse pour les métamorphes et pour un enfant. Lorsque nous étions une espèce encore inconnue, mais appétissantes pour une espèce, et une cible pour une autre, avec au milieu une humanité qui traquait, fichait, contrôlait toutes créatures surnaturelles, un enfant n’était peut être pas à sa place. J’avais préparé de longues phrases, pour terminer sur une question, demandant à Camille de protéger Globule si nous venions à mourir, le protéger en toute circonstance. Et finalement, rien de tout cela n’avait franchi mes lèvres pour la simple raison qu’en réalité, c’était inutile de dire de telles choses. On ne demandait pas à Camille d’être le parrain de Globule juste pour veiller sur lui si jamais nous mourrions, non ! On lui demandait juste parce que… Camille était de notre famille, et on voulait qu’il soit important pour Globule autant qu’il l’était pour nous, tout simplement. Je fronçai les sourcils. Je pensais des choses étranges, moi.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Ven 13 Sep - 13:00




La moindre joie ouvre sur un infini.


L’air ébahi de Camille face à la nouvelle que je venais de lui annoncer me fit sourire encore plus, comme si cela allait lui permettre de ne pas douter de cette révélation. Non pas que je pensais qu’il ne nous croirait pas, mais la surprise était normalement totale pour lui et dans ces cas-là, l’être humain ne pouvait s’empêcher de demander confirmation, en temps normal. Ce qu’il fit à sa nature, bégayant en nous regardant aléatoirement Alan et moi, cherchant à placer des mots sur cette annonce, mais ne pouvant que bafouiller, ce qui déclencha un petit rire joyeux dans ma gorge, qui s’empressa de franchir mes lèvres pour se libérer dans la pièce. Alan lui répondit par une petite remarque qui se voulait amusante, un sourire espiègle au visage, et cela me fit me retourner vers lui pour lui sourire en levant les yeux au ciel.

« Non mais vraiment Alan. »

Retournant mon regard vers Camille, je vis qu’il souriait à présent et il se leva d’un bond pour venir poser ses mains sur nos épaules, ce qui me fit sourire encore plus. Il lâcha alors quelques mots de félicitations et je le remerciais chaleureusement, posa ma main son bras également.

« Merci Camille. »

Alan rit à mes côtés et mes doigts serrèrent encore plus les siens, comme si je voulais annihiler toute distance entre eux. Dire qu’il ne s’y attendait pas était totalement vrai, puisque je lui avais aussi fait à lui une surprise en quelque sorte. Je n’avais jamais imaginé qu’il ne voudrait pas de cet enfant, et heureusement d’ailleurs sinon il aurait été trop tard pour ça. Et la surprise que j’avais lue sur son visage ce jour-là, alors que j’avais cherché à le lui annoncer de manière douce, avait valu tout l’or du monde. Et à présent nous avions la chance de faire cette surprise à l’ami qui comptait le plus pour nous et qui semblait tellement heureux pour nous que je ne pouvais m’arrêter de sourire.

Camille reprit le verre de whisky qu’il avait apporté à Alan quelques secondes plus tôt avant de lui demander d’attendre et de partir vers la cuisine. Il apportait autre chose visiblement. Mon intuition se révéla exacte quand il réapparut dans notre champ de vision avec une bouteille de champagne et trois flûtes. Il nous regarda tous les deux et sembla presque déçu que je ne puisse pas boire avec eux, et rangea donc la flûte inutile. Il me proposa un jus de fruits, et j’acquiesçai une fois pour montrer mon accord.

« Si tu en as alors je veux bien. N’importe lequel, je ne suis pas difficile. »

Mais avant que Camille ne puisse faire un seul nouveau pas vers la cuisine, Alan prit la parole et serra ma main comme pour y puiser une quelconque force. Je n’y avais pas été par quatre chemins pour annoncer ma grossesse à Camille, et voilà qu’Alan m’imitait pour lui demander d’être le parrain de notre enfant. Nous n’avions pas eu à y réfléchir longuement. Cela nous était apparu comme une évidence. Il était notre plus proche famille, comme je le lui avais dit juste avant de lui annoncer la nouvelle. Nous n’avions plus d’autre famille Alan et moi, puisque nous avions tous deux fui notre passé et abandonné derrière nous ceux qui avaient un jour compté le plus pour nous. À présent, alors que nous avions rasé notre passé, ne laissant devant nous que le vide et le silence, nous nous étions reconstruits, nous nous étions refait un cercle d’amis, avec les métamorphes notamment, dont certains étaient devenus de véritables amis. Comme Camille. Le fait qu’il soit devenu notre ami à tous les deux était quelque chose de commode, puisque nous n’avions pas dû nous battre sur le choix du parrain du coup. Il représentait ce que nous espérions pour notre enfant si jamais il nous arrivait malheur. Camille avait toutes les qualités pour faire un excellent parrain. Il ne restait plus qu’à attendre sa réponse, qui me faisait devenir anxieuse tout à coup. Et si jamais il ne voulait pas de ce rôle ? Si jamais il refusait ? Nous n’avions pas envisagé cette possibilité et cela me prit soudainement, réduisant quelque peu le sourire large qui trônait sur mes lèvres depuis de longues minutes. Par envie de dire quelque chose, pour me déstresser, je me sentis obligée de rajouter des mots à ce qu’Alan avait annoncé.

« Je suis enceinte depuis un peu plus de trois mois maintenant. Ce qui veut dire qu’il – ou elle – sera là début janvier si tout va bien. Tu fais quoi à partir de janvier prochain ? »

Je rigolais à mes dernières paroles. Ou comment stresser Camille un peu plus en tentant de me calmer moi. Je n’avais pas été très fine sur ce coup. Mais j’avais besoin d’entendre la réponse de notre ami pour lâcher cette angoisse qui m’envahissait petit à petit.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Jeu 19 Sep - 0:06




La moindre joie ouvre sur un infini.


Je déposai mon verre quand Kate prit la parole, j’allai me diriger tranquillement vers la cuisine pour lui servir ce fameux jus. Mais avant que je puisse embrayer, Alan m’interpella et je relevai les yeux vers lui avec beaucoup de perplexité. Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ? Je n’eus pas le temps de détourner mon regard pour jauger le visage de sa femme qu’il répondit à mon interrogation silencieuse. Je dû passer de livide à cadavérique sous l’effet de la surprise. De quoi ? Comment ? Parrain ? Avec incrédulité, je les dévisageai. Moi ? Parrain ? Du genre, parrain à vie ? C’était trop d’informations à assimiler d’un seul coup pour mon cerveau éreinté et pour ma capacité émotionnelle bancale du moment, déjà peu inapte de base à supporter de trop forte dose d’adrénaline. Mon premier réflexe fût de m’asseoir dans le fauteuil derrière moi. Je ne savais pas pourquoi ça me faisait un tel effet mais c’était un vrai raz de marée émotionnel qu’ils m’apportaient. Je n’avais jamais accordé autant d’importance à des personnes extérieures au cercle familiale. D’autant plus que j’avais perdu le contact avec mes parents, Alan était devenu un point de repère très vite, trop vite. Je ne savais pas comment nous en étions arrivés à être si proches. Je lui avais apporté tous mes ennuis et au lieu de me fuir, de me renier, de me détester, il m’avait relevé. Il m’avait offert une raison d’espérer, de m’en sortir. Il avait joué un rôle non négligeable et je lui serais éternellement reconnaissant pour ça. J’avais toujours admiré mon meilleur ami en vérité et s’il était clair que je lui accordais autant de crédits, autant de place dans mon existence, ce n’était pas parce que je le considérais que comme un simple ami. Il était devenu ma famille. Ils étaient devenus ma famille. Je ne croyais pas ça possible avant, de parvenir à ressentir ça pour des personnes avec lesquels je n’avais aucun lien sanguin - ma conscience me rappela sommairement que c’était le cas finalement pour ce que je jugeais être ma vraie famille mais je la fis taire pour ma santé mentale.

Si j’avais toujours vu les choses de cette façon et que je savais que la réciproque était très certainement vraie, ce qu’ils me demandaient, donnait une dimension tellement concrète à ce que nous avions vécu ensemble, à ce que nous représentions les uns pour les autres que j’en avais le souffle coupé. J’avais de la chance, tellement de chance de les avoir dans ma vie. Leur couple était un modèle pour moi, je les tenais en haute estime tous les deux. Malgré tous les différends – que j’avais malgré moi causé, ils étaient ensemble, heureux et bientôt parents de surcroit. Ils méritaient tellement d’être aussi radieux. Voir mon bras droit dans cette humeur rassurait la part de moi qui s’inquiétait constamment pour lui depuis notre petite discussion chez lui. Ça irait. Tant qu’ils étaient à deux, ça irait pour lui. J’en étais désormais convaincu. J’avais divagué durant une bonne minute tout seul et je me rappelai alors où je me trouvais.  Je les fixai à tour de rôle avec sérieux et gravité. « Moi ? Vous êtes sûr de votre … choix ? » Après tout, moi et les bébés… Et puis, enfin, je ne savais pas trop si j’arriverai à être la personne la plus idéale pour ça. J’étais quand même potentiellement instable. L’oiseau dans mon crâne se manifesta d’un coup de bec. Ce n’était pas l’heure à l’introspection ou l’apitoiement. Je les connaissais, ils n’auraient jamais pris cette décision à la légère. Et puis quelque part, ça officialisait un peu ma place auprès d’eux. Ils me donnaient un rôle à jouer dans la venue de leur enfant. C’était tellement… Je cherchai mes mots avant d’ouvrir la bouche. Finalement, je répondis avec un peu trop d’émotion dans la voix – ce qui ne me ressemblait officiellement pas.  « Oui bien sûr que… J’accepte. J’en serais honoré. » Je réalisai ensuite que je venais de m'exprimer dans ma langue maternelle naturellement. Parce que j'étais perturbé. Je leur traduis rapidement ce que je venais de dire. Kate me donna les détails, je ne retins que janvier. Janvier. J’avais donc un peu moins de quatre mois pour me préparer psychologiquement à ça. Non mais Fontayn, tu n'étais pas le père non plus. J'avais toujours besoin de temps pour faire face à de gros chamboulements. Surtout un de cette ampleur. C'était stupide mais c'était mon fonctionnement. Je souris face à sa remarque avant de me relever soudainement après ça.  

Je fonçai vers le frigo, servis ce fameux verre à Kate avant de prendre ma flûte et de lever mon verre. Je n'étais pas doué pour improviser un speech alors je me contentai de « Santé au futur – ou à la future Dougal à venir. Mais aussi, à vous. Vous allez faire des parents merveilleux. » Je bu une gorgée de mon breuvage avant de reprendre. « J’espère que c’est tout ce que vous veniez m’annoncer parce que là, je pense pas que je puisse encaisser d’autres nouvelles pareilles nerveusement. » Je riais doucement et m’installai à nouveau dans mon fauteuil. J’essayai d’assouplir un peu l’ambiance que j’avais alourdie avec mon ahurissement et ma crise d’émotion interne. Aussi, je me tournai vers la brunette et lui demandai amusé.  « Alan l’a mieux pris que moi, rassure-moi ? » Je voulais atterrir pour de bon même si j’y peinais. J’ajoutai toujours un peu désorienté.  « Bon sang. Ça va être une sacrée aventure pour vous. » Un bébé. Un enfant. Mon filleul ou ma filleule. Je ne pensais pas un jour devenir parrain. Comme quoi, comme on disait par ici, anything could happen.



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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Jeu 26 Sep - 10:47




La moindre joie ouvre sur un infini.




Mon sourire ne s’évanouit cependant pas une fraction de seconde, mais il se crispa légèrement dans l’attente d’une réponse de Camille. Et si Camille ne voulait pas, et s’il refusait, et s’il n’acceptait pas d’être le parrain, et si… Son teint livide faillit faire mourir mon sourire, et je le regardai avec une angoisse à peine dissimulée, alors que je tentai de conserver un visage serein. Son air sérieux modela le mien pour qu’il devienne similaire. Grave. Sérieux. « Moi ? Vous êtes sûr de votre … choix ? » Ma confiance en moi se fissura. Il allait dire non ? Non, c’était impossible, il ne pouvait pas dire non, clairement. Enfin… je me mordis la langue pour ne rien dire et le laisser parler. Bien sûr que nous étions certains de notre choix. Enfin, on parlait de moi, de Kate et de moi, nous n’étions pas du genre à choisir le parrain de notre enfant en jouant au loto, non ! Même si le nom de Camille s’était imposé naturellement lorsque le mot parrain avait été prononcé, j’y avais quand même réfléchi. Même s’il était apparu très rapidement que c’était le candidat idéal et qu’il n’y avait pas à tergiverser – que je n’allais pas lâcher le morceau si jamais Kate venait à vouloir demander à quelqu’un d’autre – nous y avions quand même réfléchi. Par rapport à lui, par rapport au contexte actuel, par rapport à une dizaine de facteurs que j’avais minutieusement listés, et que j’avais considéré gravement chacun leur tour. « Oui bien sûr que… J’accepte. J’en serais honoré. » J’avais reconnu le oui, j’avais reconnu l’affirmation. Toute la tension que j’avais accumulée depuis que j’avais posé la question s’évacua d’un seul coup, et je soupirai de soulagement. Kate enchaîna, donnant des indicateurs temporels à Camille. Je la regardai, un peu effaré. Elle était sérieuse, là ? Vraiment ? Elle venait de dire quoi, là ? Que… Globule allait arriver début janvier… J’avais conscience de cette date, quand même, mais bon sang, début janvier ! Nous étions quoi… fin juillet. Dans ma tête je recomptai mentalement les mois. Fin août, septembre, octobre, novembre, décembre… D’ici quoi, cinq, cinq mois et demi, j’allais être père, sans retour arrière possible ?! Bon, je ne voulais pas de retour en arrière, il fallait que ce soit clair, mais tout de même… J’observai Camille foncer vers le frigo, et ramener un verre de jus de fruit à ma femme. Je me laissai aller contre le dossier du canapé, toute tension évacuée. « Santé au futur – ou à la future Dougal à venir. Mais aussi, à vous. Vous allez faire des parents merveilleux. Et toi un parrain extraordinaire, je n’en doute pas un seul instant J’espère que c’est tout ce que vous veniez m’annoncer parce que là, je pense pas que je puisse encaisser d’autres nouvelles pareilles nerveusement. »

« Non, ne t’inquiète pas, je crois que c’est tout pour aujourd’hui. En même temps, je doute que l’on puisse t’annoncer une meilleure nouvelle que celle là pour les six mois à venir… tes nerfs vont pouvoir s’en remettre ! »

Je lâchai un petit rire, et passai un bras protecteur autour des épaules de Kate, trempant mes lèvres dans la flûte de champagne. C’était étrange de se dire que nous fêtions la nouvelle en famille. L’arrivée de Globule faisait remonter de vieux souvenirs, et d’anciennes interrogations. Mais il ne fallait pas que j’y pense, il ne fallait pas que je les laisse m’obnubiler comme elles en étaient un peu trop capables. J’inspirai, et ris de nouveau à la question que Camille posa à Kate. « Alan l’a mieux pris que moi, rassure-moi ? Bon sang. Ça va être une sacrée aventure pour vous. »

Une aventure ? Non, certainement pas. Ce n’était pas comme si je m’amusais à faire des comparaisons entre toutes les poussettes pour trouver la petite perle que j’aurai pu louper sans cette étude , ce n’était pas comme si je changeai intérieurement d’avis sur les prénoms possibles tous les trois jours, que lorsque je croisais dans les transports une mère ou un père avec son fils ou sa fille dans les bras je m’imaginais instantanément dans quelques mois à la même place. Janvier. Je notais mentalement de prévoir toute une panoplie d’habits d’hiver pour Globule. Janvier n’était pas le mois le plus chaud de l’année, pourquoi ne l’avais-je pas encore considéré ! Et donc oui, je l’avais bien pris, très bien pris non ? En même temps, je ne pouvais pas mal le prendre, et puis, ça avait été amené si clairement dans la conversation,… Non, nous ne nous étions absolument pas disputés juste après à cause de moi et de mon obstination ridicule à m’inquiéter pour tout. Non, absolument pas. Ce n’était absolument pas mon genre, et ce n’était absolument pas habituel chez moi.

Camille me connaissait trop bien. D’ailleurs, en pensant à ça… Heureusement que Camille était venu me parler il n’y avait de cela pas si longtemps, concernant mon problème évident avec mes transformations. Ca m’avait permis de me rendre compte qu’il allait me falloir faire quelque chose – si c’était possible – puisque j’allais être père. Kate ne m’en aurait jamais parlé, pour la simple raison que c’était un sujet bien trop… délicat ? Non. Je ne savais pas trop… Allez, Alan, ce n’est pas le moment de plomber l’ambiance, allez, bouge toi, arrête de te faire du souci. Je cherchai dans la poche de ma veste une photo que j’avais toujours sur moi, fronçai les sourcils, sortis mon portefeuille, et trouvai enfin le papier tant recherché. Moi, gamin ? Non, juste fier. « On ne se moque pas de moi ! Tiens, regarde ton, ou ta, filleul. », fis-je en lui tendant l’image. Je serrai Kate contre moi, en rajoutant dans un sourire: « J’suis certain que Globule va ressembler à Kate, ça se voit déjà ! »



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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Sam 5 Oct - 13:44




La moindre joie ouvre sur un infini.


Camille nous regarda de nouveau avec des yeux ronds, signe de sa surprise à se voir demandé d’être parrain de notre enfant à naître. Pour nous, c’était évident qu’il était la personne idéale. Nous n’avions pas d’ami plus proche et le fait qu’il soit plus jeune que nous était un fait positif, du moins le pensais-je moi-même. J’avais tendance à croire que plus la différence d’âge entre un parrain et son filleul était moindre, plus ils avaient de chance de s’entendre et de développer un lien fort. C’était peut-être stupide mais c’était néanmoins ce que je pensais. Je voulais quelqu’un sur qui notre enfant pourrait compter tout au long de sa vie, aussi longtemps que possible. Choisir quelqu’un de plus jeune que nous assurait une certaine pérennité à ce lien familial particulier. Je voyais Camille cogiter intérieurement, comme s’il réfléchissait attentivement à notre demande. Il n’allait tout de même pas refuser, hein ? Je ne savais pas comment je le prendrai s’il refusait. Mal, certainement. Je pensais que j’étais capable de tout faire pour le convaincre si jamais un « non » franchissait ses lèvres. Mais après une longue minute de silence, il nous fixa avec sérieux, nous demandant si nous étions sûrs. Je lui fis un grand sourire et acquiesçait vivement pour lui faire comprendre que oui, nous étions sûrs et certains. Sinon nous ne le lui aurions pas demandé en même temps… Genre, comme si on venait de réfléchir en quatrième vitesse et qu’on avait sorti son nom au hasard. Non mais vraiment, pour qui il nous prenait ? L’émotion sembla le gagner puisqu’il bégaya légèrement, avant de sortir quelques mots en français, auxquels je répondis par un petit rire. Camille, on ne te comprend pas quand tu parles ta langue maternelle, voyons. Visiblement il s’en rendit compte puisqu’il nous traduisit directement ses paroles, déclenchant un autre grand sourire sur mon visage. Lorsque je donnai le mois potentiel de naissance de notre enfant, je vis aussi bien dans le regard de Camille que dans celui d’Alan que cela les surprenait. Bah quoi, ils ne savaient pas compter ou quoi ? J’en étais à ma treizième semaine, donc troisième mois, et nous étions presque en août… Donc six mois encore, et nous arrivions à janvier. Est-ce qu’Alan n’avait pas réalisé ?  

Camille alla chercher ma boisson, et nous finîmes par trinquer, alors qu’il nous fit un petit compliment qui devrait attendre de voir la venue de notre enfant pour voir s’il allait effectivement se révéler exact. De bons parents. Je l’espérais de tout cœur et j’allais tout faire pour que cela soit vrai. Mais je ne pouvais m’empêcher d’éprouver une certaine angoisse dans mon cœur. Et si je n’étais pas douée avec mon enfant ? Si je le gâtais trop et que cela finissait par ruiner l’éducation que nous allions lui donner ? De manière générale, j’étais assez à l’aise avec les enfants, je les adorais et la réciproque était souvent vraie, mais avec son propre enfant, c’est toujours différent. Je savais que j’allais l’aimer plus que tout cet enfant, mais est-ce que je serais capable de lui donner une bonne éducation ? Surtout que ni Alan ni moi-même n’avions encore de famille pour que je puisse demander des conseils à nos mères, à nos tantes ou à d’autres femmes de la famille ayant eu des enfants. Certes j’avais quelques amies qui avaient déjà des enfants, mais ce n’était pas pareil.

Je bus une gorgée du jus de fruit qu’il m’avait apporté, tentant de me focaliser sur ce qu’ils disaient tous les deux, écartant ces pensées de mon esprit. Alan passa son bras autour de mes épaules et je lui fis un petit sourire, avant de me tourner vers Camille pour lui répondre :

« Oh, il l’a pris en mode Alan quoi, comme d’habitude. Un peu de stress supplémentaire et beaucoup, beaucoup d’anxiété. » Je lui tapotai la cuisse à deux-trois reprises, une moue ironique sur mes lèvres. « Mais il s’en est vite remis, il cherche déjà la meilleure poussette du marché, tu sais, celle qui se replie facilement, qui n’est pas trop lourde et qui est la plus confortable pour l’enfant. Je crois qu’il trouve ça dommage qu’il ne puisse pas les essayer lui-même, pour les tester. Hein oui chéri ? »

Je lui fis un grand sourire pour appuyer mes propos, ne pouvant m’empêcher de laisser échapper un petit rire après avoir vainement pincé mes lèvres pour ne pas rigoler. Je le vis sortir une image de la première échographie de sa poche pour la tendre à Camille et suivis son mouvement des yeux.

« On ne voyait pas encore son sexe sur la première échographie que j’ai faite, à cause de la position qu’il avait à ce moment-là. Mais lors de la prochaine normalement on devrait pouvoir le voir. »

Alan me serra contre lui et j’inclinai la tête pour l’accoler à la sienne, ma main toujours sur sa cuisse.

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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Mar 8 Oct - 14:34




La moindre joie ouvre sur un infini.


Tout ça est complétement ahurissant. Il y a encore un an, nous étions en guerre contre les autres espèces. Et maintenant, réunis autour de ma table basse, nous discutons bébé tranquillement. C’est tellement fou. Je ne peux m’empêcher de réaliser que sept années ont passées depuis que j’ai tra… Je suis tombé sur Alan. J’aurai pu accoster n’importe quel métamorphe ce soir-là et l’avoir ciblé lui a définitivement changé tout le cours de mon histoire – sûrement de la sienne aussi pour le meilleur et surtout pour le pire. De nous deux, je suis sûrement le plus chanceux de cette rencontre. Dire qu’il sait tout de moi et qu’il n’a jamais pris ses jambes à son cou. Il ne réalise pas à quel point c’est courageux de sa part. Et puis Kate. Kate qui a subi mon arrivée fracassante, qui a désapprouvé mon apparition et les menaces que j’amenais. Ils sont là tout de même. Ils m’ont offert une seconde chance tous les deux. Maintenant, ils font encore mieux que ça en me donnant une place privilégiée dans leur quotidien et celui de leur enfant. Je suis ébranlé par tout ça et tellement reconnaissant. Toujours aussi sonné, je réceptionne les mots de la brunette. Stress et anxiété, sur ce point lui et moi, on se ressemble fort. J’esquisse un sourire en m’imaginant la scène. L’histoire de la poussette m’arrache un léger rire. Sur la lancée de Kate, j’ajoute très sérieusement.  « Tu peux toujours essayer de louer un bébé une heure pour tester tout ça. Je crois que Joan serait ravie de te prêter sa petite Rosie de 5 mois. » C’est bien entendu ironique. Depuis qu’elle a accouché de sa fille, la métamorphe est très protectrice avec elle - compréhensible vu les Années Sanglantes. Et puis dans l’absolu, c’est une idée tout bonnement ridicule.

Je trempe mes lèvres dans le breuvage alors qu’Alan se lève, je le suis distraitement du regard. Il me tend alors un cliché. Mon ou ma filleul(e)… Houlà, je vais mettre un sacré moment avant de l’emmagasiner celle-là quand même. Je prends la photo et essaie de me concentrer parce que je suis nul pour observer ce que je juge être des tâches incohérentes. Quand on me fout des trucs comme ça entre les mains, je reste légèrement ahuri à tenter de comprendre où se trouve la tête. Alors quand il parle que le bébé ressemble déjà à sa femme, je suis hilare à l’intérieur. Je crois discerner le nez et déduis la suite des courbes de manière hasardeuse. C’est pas comme si j’ai pris l’habitude de fixer des échographies non plus après. Je relève les yeux vers Kate pour la gratifier d’un petit rictus. « Vous avez lancé les paris ? Fille ou garçon ? » Je souris toujours quand j’ajoute pour rigoler.  « Si c’est une fille, je n’ose pas imaginer la tête d’Alan quand des garçons vont l’approcher… » Je ne sais pas moi-même ce que je raconte. Tout ça me semble encore abstrait malgré qu’il m’ait mis ça dans les mains. « Enfin ça va, t’as encore le temps de t’y préparer psychologiquement ! » Je repose mes yeux sur l’échographie et murmure.  « Janvier alors ? Hé bien… » Je la rends à Alan en me penchant pour lui tendre avant de reprendre une gorgée de mon récipient. « Je suis sincèrement heureux pour vous. » Je songe à tous les dangers qui planent encore sur nous malgré le traité et sans trop réfléchir, je complète un poil plus solennel par  « On va bien le protéger ce petit, vous pouvez compter sur moi.  » Je finis mon verre d’une traite à la suite. Depuis quand je fais des promesses ? Depuis que j’ai des gens à protéger et surtout depuis que j’ai … une famille. Je propose une seconde tournée à Alan avant de me rasseoir. Mon attention dévie quelques fois sur l’horloge qui semble toujours continuer à tourner malgré les fracas de la veille et malgré les nouvelles du jour. Ils viennent de me donner une bonne raison pour me forcer à aller bosser et à me secouer. Je ne peux pas commencer à regretter mes choix – mes choix justes même si difficiles. Je vais oublier. Je dois oublier. Et me concentrer sur le reste.  « Il faut qu’on fête ça dignement… Bon pas ce soir malheureusement vu que je bosse mais… » Oui, c’est déjà un bon début. Sortir pour faire autre chose que travailler. Je leur offre un énième rictus.
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MessageSujet: Re: « La moindre joie ouvre sur un infini. » [Livre II - Terminé]   Mer 9 Oct - 22:19




La moindre joie ouvre sur un infini.




« Oh, il l’a pris en mode Alan quoi, comme d’habitude. Un peu de stress supplémentaire et beaucoup, beaucoup d’anxiété. Mais il s’en est vite remis, il cherche déjà la meilleure poussette du marché, tu sais, celle qui se replie facilement, qui n’est pas trop lourde et qui est la plus confortable pour l’enfant. Je crois qu’il trouve ça dommage qu’il ne puisse pas les essayer lui-même, pour les tester. Hein oui chéri ? »

Je levais les yeux au ciel, pas vexé du tout par cette remarque de ma femme. Pas vexé ? Allons bon, j’étais susceptible, même si j’ai aussi habitué à la répartie de ma femme qui ne pouvait jamais s’empêcher de me taquiner, voilà. Je fis une moue mi-amusée, mi-… mi-figue, mi-raisin en fait. Et puis, oui, il fallait bien tester les affaires, je ne voulais pas prendre n’importe quoi pour mon fils ou ma petite princesse ! L’anxiété, pour une fois, était saine, et d’abord, je n’étais pas stressé. Juste anxieux. Et j’avais une bonne raison, voilà. « N’importe quoi… ils ne font pas de modèle adulte, j’ai demandé… » « Tu peux toujours essayer de louer un bébé une heure pour tester tout ça. Je crois que Joan serait ravie de te prêter sa petite Rosie de 5 mois. » « C’est une idée à considérer ! » Le grand sourire de Kate souffla tout mon agacement, la remarque de Camille quant à elle me fit éclater d’un bref éclat de rire, que je fis taire en même temps que celui de Kate d’un baiser volé à ses lèvres avant de sortir une photo pour Camille. J’étais sûr que si c’était une fille, ma petite princesse allait avoir l’intelligence de son père et la beauté de sa mère. Idem si c’était un garçon d’ailleurs.

« On ne voyait pas encore son sexe sur la première échographie que j’ai faite, à cause de la position qu’il avait à ce moment-là. Mais lors de la prochaine normalement on devrait pouvoir le voir. »

« Ouaip, à la prochaine, on sera fixé ! » Et on pourra parler prénom… Ca allait être vraiment amusant comme discussion, je m’en réjouissais d’avance. J’avais ma petite liste en tête, j’hésitais sans cesse entre une trentaine de prénoms, je voulais trouver celui qui allait convenir convenablement à ma petite princesse, ou à mon petit prince, au choix. Dans tous les cas, mon enfant allait être un trésor, c’était certain. Kate inclina la tête lorsque je la serrai contre moi, et je posai une main sur son ventre, l’autre étant toujours passée autour de son épaule. J’étais déjà gaga, bien des mois avant la naissance. Ca promettait.

« Vous avez lancé les paris ? Fille ou garçon ? Si c’est une fille, je n’ose pas imaginer la tête d’Alan quand des garçons vont l’approcher… » « Oh, non, non, ne t’en fais pas ! Ils passeront devant moi avant de l’approcher, tout simplement. » Non mais oh. Ma petite princesse. Alan, tu es ridicule. Non, j’étais juste protecteur, et là je me moquais de moi-même, il fallait le préciser. Le pire, c’était que j’étais presque certain que ça allait être de cet ordre ma réaction si ca devait arriver… « Enfin ça va, t’as encore le temps de t’y préparer psychologiquement ! Janvier alors ? Hé bien… » « Et bien… comme tu tu dis… Papa, tu te rends compte ? »« Je suis sincèrement heureux pour vous. On va bien le protéger ce petit, vous pouvez compter sur moi.  »

Oh, oui, il allait être protégé. Le berger allemand était déjà prêt à mourir pour protéger le louveteau, la buse elle-même ne faisait pas sa mauvaise tête pour une fois et lissai ses plumes pour le couver convenablement. Je ne savais pas si j’allais être un bon père, mais au moins j’avais la certitude que j’allais faire de mon mieux. Je n’étais pas spécialement à mon aise avec les enfants – d’ailleurs je doutais que Joan me laisse sa fille, même pour une heure – et ça se voyait aussi à l’université que niveau patience, je n’étais pas le meilleur.« Il faut qu’on fête ça dignement… Bon pas ce soir malheureusement vu que je bosse mais… » Pardon ? Il travaillait ce soir ? Dans son état ? Non mais il n’allait pas bien ! Mon sourire s’évanouit instantanément, alors que je réfléchissais à toute allure. Camille n’allait tout de même pas aller travailler dans cet état là ! Certainement pas. Après, peut être ne voulait-il pas de nous plus longtemps. Peut être voulait-il se reposer. Peut être qu’il était fatigué en plus de l’autre-chose-dont-il-ne-voulait-pas-parler. Peut être que je devais appeler son ex-voisine pour lui dire que Camille n’allait pas bien ? Peut être que… Trop de peut être, pas assez de réponses. Il fallait que je calme mon flot de pensées, et que je me recentre sur l’important.

« Crois moi, avec les Dougal comme parents et un Fontayn en parrain, il va être chouchouté, j’en suis certain. Mais d’ailleurs, en parlant de ça… Tu ne vas pas aller travailler, ce soir. »

Ce n’était pas une question, c’était une affirmation qui ne tolérait pas la moindre réplique.

« Tu vas te reposer, dormir, et me donner des nouvelles demain, d’accord ? D’ailleurs j’en connais une autre qui devrait se reposer, et me laisser conduire… »

Je jetai un regard à Kate, pour lui demander de ne pas argumenter contre moi, si c’était possible – ça risquait d’être dur pour être, je savais qu’elle était presque aussi butée que moi. Mais je l’adorais : étrange comme concept. Dans tous les cas, il me semblait clair qu’il allait nous falloir laisser Camille seul – n’était-ce que pour qu’il puisse digérer les nouvelles – et qu’il fallait aussi qu’il prenne soin de lui. Il avait intérêt, en même temps, s’il ne voulait pas que je lui tombe sur le dos. Après tout, fallait que j’apprenne à me montrer ferme et intraitable dès maintenant, sinon je risquais de gâter trop mon enfant. De quoi ? Camille n’était ni mon fils, ni mon frère ? Et bien, ça importait peu : j’avais à cœur de lui faire cracher le morceau d’une manière ou d’une autre, et avant ça de m’assurer qu’il allait dormir et se changer les idées. Et donc qu’il n’allait surtout pas aller bosser jusqu’à pas d’heure dans un trou infesté de loups. Voilà.

Mais pour le moment, il s'agissait de le laisser seul. En lui tirant la promesse de se reposer. J'aidai Kate à se relever, plus pour le principe de l'aider qu'autre chose. De toute manière, elle savait que je faisais ça pour me sentir utile. Je serrai la main de Camille. « J'espère que tu vas vite te remettre de toutes ces émotions. » rajoutai-je avec un clin d'oeil avant de sortir de l'appartement. Je pris d'autorité les clés de la voiture, avant d'ouvrir la porte côté passager pour Kate.


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