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We're going back where we belong [Livre II - Terminé]
MessageSujet: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 8 Aoû - 1:04




 We're going back where we belong 

1, les bruits de ses pas semblent raisonner encore dans cet appartement. Elle a dû être une illusion. J’ai dû la rêver. Non, je n’ai pas mal. C’est de la fatigue, rien que de la fatigue. 2, son odeur s’accroche encore aux draps. Je n’arrive pas à me résoudre à son absence, à l’effacer. Je ne souffre pas, non. Ce n’est qu’un peu de sommeil à rattraper. 3, 4, aucunes nouvelles. Le son de sa voix me manque. Et je suis tellement épuisé. 5, c’est mieux comme ça. Elle doit être mieux sans moi. Les nuits sont longues. 6, elle va se trouver quelqu’un de plus adapté. Quelqu’un qui la mérite. J’ai toujours mal dormi de toute façon. 7, ça devait finir comme ça. Elle m’a écouté. C’est une bonne chose. Je deviens insomniaque. 8, qu’est-ce qu’elle est en train de faire ? Est-ce qu’elle est plus heureuse ? Je dois trouver le sommeil. 9, Elle pense à moi ? j’ai des migraines à répétition. Elle est toujours dans ma tête. Et Morphée m’a quittée aussi. 10, je ne sais plus quoi faire. Ça ne va pas, non. Parce qu’elle n’est plus là. 11, je sais plus quoi penser. Je souffre malgré tout. Pourquoi l’avoir l’éloigner si c’est pour tout de même ressentir ça ?  12, je dois la voir. Je la contacte. 13, j’attends.  14éme jour. Et toujours pas de nouvelles. Je l’ai vraiment perdue. Et je ne peux pas accepter ça. C’est simple, je ne peux pas accepter cette … séparation, rupture ou tout autre terme qui est capable de définir à quel point je me sens brisé. J’ai cru à tort que je me protégeais. Je me suis trompé. Tellement trompé. Je n’ai absolument pas la tête d’un homme équilibré et en bonne santé. C’est trop tard. J’ai réagi trop tard. Tout semble trop tard et je ne peux plus vivre avec ça. J’ai foiré la seule chose positive qui m’est arrivée et je n’arrive plus à comprendre ce qu’il m’arrive. Elle est partie et elle est partout. Je crois même la voir à chaque recoin de rue. C’est faux, je sais ce que je vis. Et je m’étais juré de ne plus jamais, jamais revivre ça. Et pourtant…

Cela faisait donc quatorze jours que Rebecca m’avait laissé. Quatorze jours que je me traînais d’un point à un autre en étant fracassé de l’intérieur. Je feignais les sourires à longueur de temps, essayais d’éviter les regardes des autres quand ils m’interrogeaient sur mes cernes, ma pâleur ou sur ma soudaine perte de poids. Je leur avais tous expliqué que j’avais recommencé à fumer. Une excuse complètement bidon que je tournais avec humour pour ne pas les inquiéter outre mesure, pour qu’ils oublient. Je sortais peu, je m’alimentais peu, je dormais peu. Je vivais peu. Je savais que je n’avais rien compris à ce qu’il se passait entre nous. Je réalisais le poids de sa présence depuis que je devais encaisser le fardeau de son absence. Je ne parvenais plus à concilier les bouts de mon existence décousue et je ne me rappelais plus ce que j’avais éprouvé la première fois qu’elle était partie. Ça n’avait pas été brutal. J’avais eu le temps de m’y faire et d’y croire toujours quelque part. Là… Tout avait changé, tout était différent. Dès que je fixais mon palier, je me sentais mal. Je la revoyais s’enfuir et moi, regarder les traces laissées par son spectre. Je revivais en boucle son départ le jour, la nuit. Elle m’avait abandonnée à un moment où j’étais le plus vulnérable, où j’avais eu le plus besoin de sa force. Mais ça n’était pas équitable. Je lui aspirais toute son énergie quand ça me chantait, je ne lui apportais rien. Rien du tout. C’était mieux comme ça alors ? Non. Ça ne pouvait pas être la bonne solution. Je crevais à petit feu. Et plus ça passait, pire c’était. La douleur allait en s’intensifiant. J’atteignais chaque seconde un autre degré. Cela faisait trois jours que je voulais faire marche arrière et mes tentatives de communication avaient été toute vouées à l’échec. Elle ne voulait plus me parler. Elle avait tiré un trait. C’était fini.

Et j’avais raison. Il ne me restait rien que cette vie minable. Je perdais le goût de tout peu à peu. Je m’éteignais simplement. Il était minuit cinq quand je décidais que ça suffisait. Ça suffisait de s’apitoyer. J’en avais marre de passer mon temps à me détruire, à détruire tout ce que j’avais bâti avec tant de difficultés. Je m’étais forgée une autre existence loin de Cannes, loin du luxe. J’avais combattu mes mauvais penchants, j’avais découvert ma vraie famille en trouvant les métamorphes. Et j’avais trouvé Becky. Ou elle m’avait trouvé plutôt. Je savais le danger que je courrais en continuant cette relation. Mais je le savais. C’était trop tard. J’avais pris le risque à mon insu. Krystel Raybrandt avait déjà mis une menace de mort sur ta tête et que je sois ou non avec elle, n’y changerait sûrement rien. Je ne pouvais pas constamment vivre dans la peur de la voir mourir. Ok, je vivais constamment dans la peur de voir qui que ce soit mourir autour de moi. Mais c’était trop tard. Trop tard aussi pour m’inquiéter de ce que j’éprouvais à son égard. Les dégâts ne me laissaient plus le loisir de me mentir. J’étais las de me battre contre ça, las d’être aussi apathique. Je ne me supportais plus, je ne supportais plus le silence, je ne supportais plus ma solitude. Je ne supportais plus d’être sans elle. Sans elle pour toujours. Depuis quand elle avait pris cette importance ? Je m’en contrefoutais. J’allais faire quelque chose d’égoïste. Mon instinct de survie se manifesta violemment et le corbeau approuvait silencieusement son apparition. Je devais réagir, agir. J’allais aller à la trouver. Maintenant.

Je ne réfléchissais plus quand je grimpais dans ma voiture et fonçais à toute vitesse vers son immeuble. L’adrénaline me recouvrait les méninges et l’oiseau veillait à ce que je prenne les bonnes décisions. Celles qui me ne mèneraient pas vers ma perte pour une fois. Je sortis de mon véhicule en hâte et fonça directement sur sa porte d’entrée. Il était une heure du matin et j’en avais vraiment rien à faire. Je devais la voir, lui parler. Je le devais sinon j’allais finir par sombrer définitivement. Je frappais avec insistance contre le bois de sa porte. Avait-elle reçu mon dernier message ? Peut-être qu’elle ne m’ouvrirait pas. Peut-être qu’elle m’ouvrirait. Je me débrouillerais mais il n’était pas question que je parte sans avoir régler ça. Aujourd’hui, je décidais de ne plus fuir. Et si c’était trop tard ? Il ne serait jamais trop tard. Jamais. Parce que maintenant que j’y croyais, mes doutes semblaient évanouis. Sous l’emprise d’alcool ? Même pas. Rien de plus que de la logique et une bonne dose de désespoir.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 8 Aoû - 12:51




 We're going back where we belong 



Le déni


La mort n’était finalement pas venue nous emporter, mon chagrin et moi. Je restai là, prostrée sur le parquet du salon, complètement sous le choc de ce qu’il venait de se produire. Camille m’avait quitté. Ou du moins, il m’avait laissé partir en sachant ce que cela impliquait, ce qui d’une certaine façon, était pire. Ça ne pouvait pas être vrai, ça ne pouvait pas être arrivé. Je ne pouvais pas le croire. Il allait forcément revenir, me rappeler ! Il ne pouvait pas me laisser, pas après tout ce que nous avions traversé… il ne pouvait pas ne pas ressentir le vide atroce qui me submergeait !

Tout ça était un terrible malentendu, il allait revenir, il allait me rappeler. Nous allions nous excuser et tomber dans les bras l’un de l’autre. Nous allions faire l’amour pour réparer nos blessures et tout oublier et nous ferions comme si rien de tout ça n’était jamais arrivé. Comme toujours, c’était comme ça que nous fonctionnions, pas vrai ? Peut-être pas de la manière la plus simple ou la plus saine qui soit, mais ça fonctionnait, non ? Oui, oui, bien sûr qu’il allait venir, qu’il allait m’appeler, il allait tout arranger, il allait venir me chercher et je m’excuserai de cette scène incompréhensible que je lui avais faite… il savait que j’étais une idiote trop émotive, il me pardonnerait, il reviendrait, oui, bien sûr qu’il allait revenir…
Je me relevai maladroitement pour rejoindre la salle de bain et m’aspergeais le visage d’eau pour reprendre mes esprits. J’avais les yeux rouges et bouffis d’avoir trop pleuré. J’avais une mine affreuse. Il fallait que je me calme, je ne voulais pas qu’il me voit dans cet état. Je cherchai mon portable en espérant déjà voir son nom, mais il ne m’avait pas encore contacté. C’était normal, il était tôt, la nuit n’était même pas encore tombé. Je me levai pour aller à la fenêtre. Je m’attendais presque à voir sa vieille voiture tourner à l’angle de ma rue. Parce qu’il allait forcément venir. Venir, ou m’appeler, mais il n’allait pas me laisser comme ça. Non bien sûr que non.

Je passai ma soirée à regarder mon portable et à faire des allers-retours à la fenêtre et je sentais mon espoir s’effriter à mesure que les heures s’écoulaient. C’était normal, il n’allait pas bien, avec tout ce qui lui arrivait, il lui fallait un peu de temps, n’est-ce pas ? Mais il allait venir. Ca ne pouvait pas se terminer comme ça…

Je finis par m’assoupir sur le canapé et répétai le même manège toute la journée du lendemain. C’est à peine si je mangeai, à peine si j’avais conscience du monde extérieur. Encore une fois, je passai la nuit sur le canapé quand je fus trop exténuée pour garder les yeux ouverts.  
Puis au matin du deuxième jour, quand les premiers rayons du soleil pénétrèrent dans l’appartement et me firent ouvrir les paupières, la vérité, froide, dure, implacable, me tomba brutalement dessus : Camille n’allait pas revenir… Ce n’était jamais lui qui faisait le premier pas, jamais lui qui se battait pour nous. C’était fini. Définitivement fini. Je n’avais plus la force de me battre et lui ne l’avait jamais eue. Il ne viendrait pas. C’était terminé.  Terminés nos ébats passionnés, nos étreintes pleines de tendresses, nos regards complices et nos sourires amusés. Envolées mes jolies illusions d’un avenir pour nous deux.

Il ne me restait plus rien, plus rien du tout. Je n’avais pas compté assez pour lui, j’avais fait fausse route depuis le début… j’avais été tellement persuadée qu’il m’aimait, qu’il avait juste trop peur pour se l’avouer. Mais j’avais eu tort, j’avais inventé tout ça, je m’étais convaincue qu’il avait des sentiments alors que ceux-ci n’existaient que dans mon imagination et je souffrais à cause de ça. Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.
Qu’est-ce que j’allais devenir… ?

Les jours s’égrenèrent lentement, péniblement, tandis que j’évoluais comme une coquille vide. Je faisais les choses par automatisme, me lever, me doucher, m’habiller, manger –même si cette dernière partie était difficile. Je me forçai à continuer mes cours de mise à niveau avec le professeur Doyle, même si je n’en voyais pas l’intérêt. Tout me paraissait insipide, inutile, vide de sens, mais il fallait que je continue à avancer,  que je me fasse violence pour ne pas tout lâcher et c’était un effort de tous les instants. Si cela n’avait tenu qu’à moi, je ne me serais même pas levé le matin. Mais je m’occupais, j’essayais d’organiser mes journées pour avoir le moins de temps possible pour penser à Camille, à la douleur de son absence et à la réalité de notre séparation. Plus rien n’avait la moindre saveur sans lui...

Je n’arrivais pas à croire que je ne le reverrai plus jamais. Cette simple pensée me broyait la poitrine et noyait mon regard. Jamais… C’était tellement… définitif, tellement effrayant… comment avais-je pu laisser une chose pareille arriver… ?  
J’avais failli lui écrire plusieurs fois, mais pour lui dire quoi ? Je savais que rien ne changerai et aussi douloureuse était cette situation, j’avais conscience que je ne pouvais pas reprendre les choses là où nous les avions laissées entre nous. Je n’y arriverais plus et tout recommencerait encore à plus ou moins brève échéance.  Il fallait que j’avance, je ne savais pas pourquoi, je ne savais pas vers où, mais je devais le faire, peu importait si j’avais l’impression de mourir chaque jour un peu plus.
Bon sang, j’étais une loque…

La colère

Tout était sa faute ! C’était à cause de lui si ma vie ressemblait à un champ de bataille ! Il ne s’était pas battu pour moi, il n’avait pas tenté de me retenir, de me convaincre que tout ça avait un sens ! Et peu importait si ça n’en avait pas ! Moi je m’étais battue ! J’avais tout donné, tout tenté, et pour quel résultat ? Pour qu’il m’abandonne quand je n’avais plus la force de continuer ?  Après toute l’énergie que j’avais déployée pour faire en sorte que cette histoire fonctionne entre nous, il s’était contenté de balayer ça sans même essayer d’arranger les choses ! Sans même être capable de dire un mot ! Il n’avait pas dit un SEUL PUTAIN DE MOT ! Il m’avait tout pris, il m’avait tout arraché. Il avait tout gâché, tout détruit, moi, mon cœur, mes espoirs, ma force, tout ! Qu’est-ce que je pouvais le détester et haïr tout ce qui faisait que je l’avais tellement aimé ! Je voulais arrêter de souffrir ! J’espérais qu’il était malheureux, qu’il regrettait, qu’il se rendait compte qu’il avait fait la plus grosse bêtise de sa vie ! C’était tout ce qu’il méritait après m’avoir fait tant de mal… !  Je n’avais pas mérité ça.

Les cours  de self-défense avec Mc Borough m’avaient apporté le soulagement physique de ma frustration. Toute la colère que j’avais retenue ces derniers mois ressortait par vagues dévastatrices dans des crises qui m’auraient effrayées moi-même si j’avais vraiment eu conscience de ce que je faisais. Camille ne méritait pas que je souffre autant pour lui ! Et puis de toute façon, mieux valait que j’extériorise tout ça plutôt que de  risquer laisser ma nature démoniaque prendre le dessus. Cela faisait plus de deux mois que je n’avais pas utilisé mon pouvoir, depuis mon retour. Je comptais les jours, comme un drogué ou un alcoolique comptait les jours de sevrage. C’était toujours mieux que de penser au nombre de jour depuis que j’avais quitté son appartement. La dernière fois que j’avais vu son visage, que j’avais entendu sa voix… ou si peu.

Une semaine, dix jours déjà…

Tout ça était pour le mieux, pas vrai ? Oui mieux valait me concentrer sur le contrôle de mon pouvoir que sur mon manque de contrôle sur notre défunte histoire. J’avais peur que mon état instable me pousse à utiliser mes illusions, mais j’avais plutôt bien réussi à gérer jusque-là. Peut-être parce que j’avais enfin accepté ma colère, ma rage, ma douleur et que j’avais enfin arrêté de me blâmer pour me concentrer sur le véritable coupable.
C’était la faute de Camille, tout ça. Parce qu’il n’avait pas été assez fort pour me repousser au début, puis pas assez fort pour me retenir ensuite. Parce qu’il ne savait pas ce qu’il voulait, parce qu’il refusait de communiquer, de partager ses joies et ses souffrances avec moi ! Parce qu’il avait refusé de voir que je l’aimais, de s’avouer qu’il m’aimait aussi ! Tout ça c’était sa faute, uniquement sa faute ! Et je le déteste, je les déteste lui et ses angoisses qui ont eu raison de moi ! Je déteste penser à lui tout le temps, me demander où il est, ce qu’il fait, avec qui, me torturer pour savoir s’il pense à moi ! Mais bien sûr que non, il ne pense pas à moi ! Il n’a jamais pensé à moi, à ce que je ressentais, à ce que je voulais ! Tout ça n’était qu’un jeu pour lui !
Je te HAIS Camille Fontayn, espèce de crétin, d’abruti, d’égoïste, de salaud, de connard de français qui se transforme en idiot de piaf ! Tu n’as pas besoin de moi alors j’ai PAS besoin de toi ! Je suis mieux sans toi dans ma vie ! Alors arrête de hanter mes pensées ! Sors de mon crâne ! Va-t’en ! Dégage ! Disparais ! Laisse-moi t’oublier, bordel !  Je veux t’oublier ! J’ai besoin de t’oublier. Il faut absolument que je t’oublie….

Le marchandage

Je prétends ne pas regarder le calendrier, mais c’est faux. Malgré moi, je compte. Et plus les jours passe, plus je désespère, plus ma colère s’envole. Bien sûr que non ce n’est pas uniquement sa faute, je suis autant responsable que lui de tout ce désastre. Peut-être que je devrais l’appeler, ou lui envoyer un message ? Peut-être que si je lui montre que je pense toujours à lui, il reviendra vers moi ? Je pourrai aller chez lui -j’ai toujours la clé- ou l’attendre à la lune bleue, je l’ai déjà fait après tout… tout pour que nous nous laissions une seconde chance. Peut-être que je peux continuer comme ça finalement… il me manque tellement, je dois tellement lutter pour ne pas entrer en contact avec lui, c’est peut-être que j’avais tort. Peut-être qu’il vaut mieux cette relation chaotique que pas de relation du tout avec lui ? Je dois bien pouvoir trouver la force de supporter ça. Malgré tout ce qu’il s’est passé, je l’aime, je l’aime encore, je l’aime toujours, désespérément. Je dois bien pouvoir trouver un moyen de concilier tout ça, non ?

Mais si je l’appelle et qu’il revient, j’aurais encore perdu… j’allais me perdre moi-même dans tout ça. Je finirai par le laisser me détruire définitivement et je ne voulais pas briser une autre promesse… je lui avais promis que je ne partirai pas, que je ne l’abandonnerai jamais, mais j’avais fini par fuir à mon tour… J’avais fait deux promesses contradictoires sans m’en rendre compte. Il m’aurait détruite si j’étais restée, j’avais dû fuir pour ne pas que ça arrive… et encore, j’avais sûrement du prendre la pire décision qui soit, car je me sentais tout de même brisée.   Même s’il m’avait poussé à bout, je m’en voulais terriblement d’être partie. J’aurais dû rester, j’aurais dû me battre encore, jusqu’à mon dernier souffle s’il l’avait fallu. Camille était tellement fragile au fond, et je savais que c’était quelque chose qu’il ne supportait pas, je savais que toutes les raisons pour lesquelles il avait tenté de me repousser étaient légitimes. Mais alors que j’avais l’impression que nous avancions enfin, qu’il avait accepté que notre relation soit exclusive, que je sois dans sa vie malgré les menaces de la reine, malgré le secret de sa nature, au seul moment où moi j’avais perdu pieds, quand j’avais eu besoin qu’il prenne les choses en main, il n’avait pas pu. Je savais qu’il était accablé par tout ce qui n’allait déjà pas dans sa vie, par ce qu’il avait appris sur ses parents et alors que j’avais voulu l’aider, le réconforter, son silence, sa façon de me repousser, de refuser de m’en parler, son manque évident de confiance en lui et en moi, tout ça m’avait achevé.


Il devait y avoir encore un moyen d’arranger les choses, pas vrai ? Je ferais n’importe quoi pour arranger les choses, pour revenir en arrière, pour le récupérer. Je pouvais changer, je pouvais accepter ce que nous avions plutôt que ce que je voulais que nous ayons. Il devait me rester une petite chance, même infime, de le récupérer, non ? De réparer tout ça, d’oublier, de recommencer ? Je ne savais pas, je ne savais plus.
Est-ce que c’était ce que je voulais ? Est-ce que c’était ce dont j’avais besoin ? Est-ce que ce n’était pas foutu d’avance ? Et si nous étions condamnés à répéter les mêmes erreurs en boucle ? J’avais beau essayer de me convaincre que ce n’était pas grave, que tout ce que je voulais c’était lui, son regard, ses baisers, ses bras, ça ne suffisait pas. Je ne pourrais pas supporter que ça recommence. Il fallait que je sois lucide, il fallait que j’essaye de faire ce qui était le mieux pour nous deux… même si je voulais désespérément être avec lui, ce n’était qu’un joli rêve. Inaccessible, irréalisable.  Il était mieux loin de moi de  toute façon. Il valait mieux pour lui que je ne sois pas dans sa vie. Je ne lui apporterai que plus de souffrance, plus d’inquiétude, plus de raisons d’angoisser…  

J’avais enfoui mon téléphone dans un tiroir pour ne pas être tentée. Non, je n’allais pas l’appeler. J’allais respecter ma décision. La sienne. C’était mieux comme ça. Ça devait arriver, au moins avions-nous pu en profiter un peu avant que tout se fane…  Il fallait que je chérisse le souvenir de ces moments… c’était tout ce qu’il me restait aujourd’hui.

La dépression

Dévastée. J’étais complètement dévastée. Et seule. Jamais je ne m’étais sentie aussi seule de toute ma vie et pourtant j’avais quitté ma famille alors que je n’étais qu’une adolescente en crise, j’avais changé de pays, de fréquentations, j’avais même été en cavale pendant six mois. Mais jamais, au grand jamais, je n’avais été aussi seule, aussi désespérée et aussi perdue. Plus que jamais aujourd’hui, j’aurais eu besoin d’une maman à qui me confier.

Car au matin du douzième jour de mon exil, Camille avait appelé. J’avais été tétanisée quand la mélodie de mon téléphone avait retenti au fin fond du tiroir. Je n’avais pas osé écouter tout de suite son message. J’avais même failli l’effacer sans l’écouter.

Entendre sa voix m’avait bouleversée encore plus que je ne l’avais imaginé. Il pouvait qu’on discute, il voulait me parler. Pourquoi ? Pourquoi maintenant, alors que j’essayais de faire mon deuil de notre relation, que j’essayais d’aller mieux, de l’oublier peu à peu, de me faire une raison ? Qu’avait-il donc à me dire ? Mon cœur saignait et se débattait violemment dans ma poitrine. Il voulait que j’accepte, que je saisisse cette occasion de peut-être retrouver une raison de vivre. Mais je ne pouvais pas faire ça. Camille ne pouvait pas, ne DEVAIT PAS, être ma raison de vivre. Ça finirait forcément mal, pour lui, pour moi. Je n’étais pas en état de le voir, de l’écouter, pas en état de supporter ce qu’il aurait à me dire, en bien comme en mal. Le côté le plus cynique de ma personnalité me soufflait que je ne pourrais m’empêche d’avoir des attentes démesurée et que j’allais simplement encore plus souffrir quand il finirait par me dire qu’il avait déjà rencontré quelqu’un et qu’il voulait que je récupère mes affaires.  Et même si ce n’était pas ça, même si ça n’avait rien à voir, je gâcherai tout de toute façon.

J’étais une personne horrible, je ne méritais pas d’être heureuse, amoureuse, encore moins d’être aimée. Je ne voulais surtout pas savoir ce que Camille me voulait, car je ne me sentais encore plus faible et misérable que lorsque j’avais quitté son appartement presque deux semaines auparavant. Mon dieu, deux semaines, j’avais l’impression que c’était hier, j’avais l’impression que c’était une éternité auparavant. 12 jours que je ne l’avais pas vu, pas touché, pas senti ou entendu.

Tout ça était tellement injuste, je me sentais si mal, si seule… je n’allais jamais réussir à m’en remettre, jamais. Surtout pas s’il m’appelait.  Mais ce n’était peut-être qu’une tentative isolée. Si je ne répondais pas, il se lasserait, pas vrai ? De toute façon Camille ne savait pas ce qu’il voulait, il changerait d’avis d’ici le lendemain et je pourrais enfin passer à autre chose, effacer son numéro, oublier son adresse, et essayer de prétendre qu’il n’avait jamais existé. Voilà, c’est ce que je devais faire, non ? C’était ce qui était… bon pour moi ? Comme cela pouvait être bon alors que j’avais l’impression que c’était si mal ?
Qu’est-ce que j’allais devenir ? Comment allais-je pouvoir continuer à vivre ? Combien de temps est-ce que cette mascarade allait durer ? Je ne vivais pas. C’était à peine si je survivais ! Je ne pouvais pas supporter de revoir Camille, non, sinon j’allais perdre tout calme, toute dignité et me jeter à ses pieds pour le supplier de me reprendre. Je n’avais pas besoin qu’on nomme ce qu’on était, on pouvait bien n’être que des amis si ça le rassurait, je le voulais juste lui dans ma vie, de n’importe quelle façon ! NON ! Non, non, non, il fallait que j’arrête !  Ce n’était pas ce que je voulais, ce n’était pas ce dont j’avais besoin... j’avais besoin de lui, mais pas comme ça. Je ne pouvais plus supporter une moitié de relation…Il fallait que je l’oublie…

J’avais passé la journée à me torturer, à essayer de me convaincre que je devais le rappeler et l’instant d’après que je ne devais surtout pas le faire. J’étais dans un état lamentable. Et cela ne s’était pas arrangé avec son second appel, le lendemain. Sa voix me suppliait de le rappeler, me brisant encore un peu plus alors que j’aurais juré que c’était impossible. Et s’il avait besoin de moi ? S’il allait mal ? S’il était blessé, seul, en danger ? J’avais failli céder. J’avais failli le rappeler et puis j’avais croisé mon reflet dans le miroir. Mon visage émacié, mes cernes, ma pâleur, mes yeux rougies car je continuais à pleurer le soir dans mon lit. Voilà ce que nous avions fait de moi… je ne pouvais pas, je ne devais pas le revoir. Ça me tuerait, ça finirait par me tuer. Et alors qu’une partie de moi se demandait pourquoi je ne laissai pas tout simplement cela arriver, puisque de toute façon je n’avais plus de raisons de vivre, l’autre répliquait que je ne pouvais pas faire ça à Camille, le laisser avoir ma perte sur la conscience. Je n’étais que contradiction, douleur et tristesse.  
Il fallait que je tienne bon, il allait abandonner. Il allait forcément abandonner. Camille ne se battait jamais pour nous, il ne savait pas comment faire, comment s’accrocher. Oui, Il allait forcément abandonner… il n’allait pas tenir… je devais juste ne pas lui répondre… et aussi dur que ce soit, je m’efforçais de ne pas le faire…
J’allais aller mieux un jour, pas vrai ? Bon dieu, je l’espérais… sinon mieux valait me damner et rejoindre les créatures des enfers. Je ne pourrais pas vivre indéfiniment avec cette douleur, j’étais faible, je n’en étais pas capable.  
Camille, je t’en prie, laisse-moi… je ne peux pas, je ne peux plus….

L’acceptation… ?

J’avais éteint mon téléphone. J’espérais que le message serait assez clair pour qu’il arrête d’essayer de me joindre. S’il avait des affaires à me rendre, il n’aurait qu’à les déposer devant l’entrée. S’il avait des choses à me dire il n’avait qu’à les écrire. C’était trop tard de toute façon, il avait eu sa chance, il en avait même eu plusieurs. Je n’allais pas le revoir, je n’allais pas lui parler, j’allais être forte. Il fallait que je continue, même sans lui. Je me sentais encore légèrement instable, mais j’allais survivre. J’allais m’en remettre. Et je ne referai plus jamais la même erreur. Plus jamais je ne me laisserai aimer un homme. Même si c’était la partie la plus humaine de ma personnalité et même si la brider me faisait peur, je savais que je ne supporterais pas de revivre ça une seconde fois. J’avais cru en Camille, en notre histoire, en un avenir quelconque pour nous deux. J’avais été prête à envisager de lui dire mon secret, j’avais imaginé que ma nature n’aurait pas plus d’importance que la sienne et que lorsque nous aurions trouvé le courage de surmonter tout ça, nous aurions été vraiment heureux tous les deux. Mais j’avais eu tort. J’avais tenté ma chance, et j’avais perdu. Il n’y avait plus rien à en dire. C’était la première et la dernière fois. De toute façon, c’était lui que je voulais, personne d’autre, et je l’avais perdu. Alors puisque je n’aurais pas Camille, je n’aurais personne d’autre.
Il fallait que je me résigne, il fallait que je passe à autre chose. Il me faudrait du temps, mais j’y arriverai, aussi difficile que cela serait.
Le sommeil me fuyait une bonne partie de la nuit mais je finissais généralement par tomber d’épuisement. Je me sentais faible, diminuée. Je ne mangeais pas assez.

Ce soir-là j’étais restée longtemps couchée dans mon lit, les yeux grands ouverts à fixer le plafond en essayant de comprendre où est-ce que je m’étais trompé.  A quel moment avais-je fait une erreur dans cette histoire avec Camille ? Dès le début lors de notre dérapage? Est-ce que notre amitié toute entière n'avait pas été une erreur alors qu'il me plaisait déjà ? Ou bien plus tard quand j'avais laissé mes sentiments se mêler de la partie ? A moins que ça n'ait été mon retour  ? Je ne savais pas, je ne savais pas si je voulais savoir. Mieux valait arrêter d’y penser, ça ne changerait pas le passé. Ce qui était fait, était fait. Il n’y avait plus rien à sauver de toute façon.

Des coups à la porte d’entrée me firent me redresser brusquement. Je tournai les yeux vers le réveil. 1h00 du matin.

Inquiète, je me relevai et enfilai un gilet pour me diriger vers la porte. Je l’ouvrir prudemment et restai figée un instant à la vue de mon visiteur. Camille… J’ouvris la bouche et la refermai, choquée. Mille questions me tournaient dans la tête et je le détaillai inconsciemment à la recherche d’une quelconque blessure. Non, il était entier, ou presque, j’essayais de ne pas voir sa pâleur, ses cernes, son visage amaigri. Je ne voulais pas voir tout ça.

- Qu’est-ce que tu fais là ? Demandai-je finalement, perdue.

Je détestai aussitôt la faiblesse de ma voix et repris, plus sèchement :

- Qu’est-ce que tu veux ?

Je n'allais pas le laisser encore me faire du mal. Plus jamais. Je ne pourrais pas le supporter.


Dernière édition par Rebecca Scott le Sam 10 Aoû - 8:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 8 Aoû - 14:24




 We're going back where we belong 

Ma résolution me surprenait moi-même autant que ma détermination. C’était comme si je jouais à tout ou rien sans aucunes nuances. J’allais faire le pied de grue devant sa porte s’il le fallait. Je pouvais passer la nuit-là, même la journée. Je n’en démordrais pas. L’animal m’appuyait dans cette démarche et il semblait être mon meilleur atout, mon seul allié ce soir. Quand je perçus ses pas de l’autre côté de son rempart, mon cœur s’accéléra drastiquement et il remonta même dans ma gorge quand enfin elle apparut. Heureusement que l’oiseau tirait les ficelles parce que l’humain avait envie de s’effondrer à ses pieds comme un enfant. Non, je n’apprenais jamais de mes erreurs. Je la détaillais très sérieusement et trouvais sur ses traits des similitudes à ma douleur. Nous ressemblions tous deux à des fantômes qui se croisaient au détour d’un cauchemar. Je l’avais brisée, je le savais. Mais j’allais la réparer. Pour une fois, j’allais la raccommoder qu’elle me laisse faire ou non. Mais et si je n’étais doué que pour démolir ? Peut-être bien mais il y avait un début à tout. Et je voulais que ça commence ici, avec elle. Sa surprise et sa colère renforcèrent ma propre hargne qui avait effacé l’apathie un peu plus tôt. J’étais énervé et je ne savais même pas contre quoi ou qui. J’aurais dû réagir plus tôt, plus vite. Je me détestais. Je ne fis pas un pas dans sa direction pour tenter un forcing, je respectais son espace tout de même mais je ne sourcillais pas devant son regard. Je ne savais pas d’où je puisais toute cette énergie et tout ce courage alors que j’avais à peine fermé l’œil ces derniers jours. Le désespoir a quelque chose de terrifiant. « Je suis venu te parler vu que tu ne réponds à aucun de mes messages. » J’étais tellement résolu que même ma voix tenait la route. Je savais être fort pour la communauté, je n’avais jamais appris à l’être pour les autres domaines de ma vie. Mais ça allait changer. Je ne pouvais plus continuer comme ça, pas après qu’on m’ait ouvert les yeux.

Je prenais les devants et ajoutais. « Ne dis pas qu’on a rien à se dire. On a rien résolu du tout. Et je te jure que je ne partirais pas avant qu’on ait eu cette discussion. » Qui je l’espérais ne se déroulerait pas dans ce fichu couloir et finirait par réveiller l’ensemble du voisinage. Je soutenais ses yeux avec une férocité qui ne ressemblait habituellement pas. Le volatile était tellement résigné à nous sortir de ça. J’avais conscience que j’allais devoir lutter contre elle et contre moi. Mais en ce qui concernait la deuxième bataille, pour l’instant, je la gagnais sans aucunes difficultés. Aberrant ? Il m’avait fallu un choc de cette ampleur pour réaliser tout ce que je refusais d’accepter. Je ne serais jamais en paix avec moi-même si je laissais cette relation terminer comme ça – par MA faute. Je ne savais pas trop où nous allions aller mais j’étais prêt à prendre tous les risques pour elle… pour nous. J’arrivais même à envisager un nous maintenant. Tout valait mieux que moi, moi tout seul, moi sans elle. Mon secret allait devenir un souci mais j’aviserais en temps voulu. Elle connaissait déjà l’existence de mes démons. Elle en savait déjà plus sur moi sur pas mal de sujets que mon meilleur ami. Ne se rendait-elle donc pas compte de ça ? Et moi, pourquoi avais-je mis autant de temps à le réaliser ? Elle avait dû enfoncer des portes pour que je m’ouvre à elle. Et sa méthode l’avait épuisée mais elle avait fonctionné. Cette fois-ci, c’était à mon tour. Je me battrais parce que je n’avais plus rien à perdre. J’avais déjà perdu ma propre bataille, il fallait que j’arrive donc à remporter celle-ci.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 8 Aoû - 18:24




 We're going back where we belong 


Camille a écrit:
« Je suis venu te parler vu que tu ne réponds à aucun de mes messages. »
Son regard me pétrifiait et j'essayais d'ignorer les élans douloureux qu'il provoquait dans ma poitrine. Mon silence à ses appels avait donc eu raison de sa patience et l'avait forcé à agir. C'était tellement ironique… Je ne comprenais rien. A quoi est-ce qu'il s'attendait ?Pourquoi se réveillait-il enfin ? Pourquoi maintenant ? J'avais abandonné, j'avais baissé les bras, je m'en voulais mais c'était la seule chose à faire et ça finirait par être le mieux pour nous deux. En attendant, je ne pouvais pas gérer ça, lui, sa présence ici au milieu de la nuit, tout ça alors que je luttais encore avec moi-même. Le voir était encore plus douloureux que je ne l'avais imaginé et je comprenais à présent pourquoi j'avais refusé de le rappeler ou de le voir. Parce que j'étais faible et que peu importait le mal qu'il m'avait fait, je l'aimais toujours. Le voir me chamboulait mais il fallait que je reste forte. Il voulait me parler ? Non, je ne voulais pas parler ! Il avait eu sa chance ! Je l'avais supplié de me parler ! Maintenant, moi je ne voulais plus l'écouter. Je m'apprêtais à lui répondre vertement en refermant la porte quand il me devança.
Camille a écrit:
 
« Ne dis pas qu’on a rien à se dire. On a rien résolu du tout. Et je te jure que je ne partirais pas avant qu’on ait eu cette discussion. »
Non, on avait rien résolu, c'était on ne peut plus vrai. J'avais essayé de mettre des mots sur ce qui n'allait pas et seul le silence m'avait répondu. C'était sa faute si on en était arrivé là. Les choses n'avaient pas besoin d'être résolues. Il n'y avait plus rien à sauver.
Il ne pouvait pas se réveiller deux semaines plus tard et décider que maintenant il voulait parler ! Ça ne se passait pas comme ça ! Non, et de toute façon rien de ce qu'il dirait ne pourrait changer ce qu'il s'était passé, la torture que je m'étais infligée, qu'il m'avait infligée, ces quinze derniers jours. Je ne pouvais pas retourner dans notre vieille routine, continuer à nous voiler la face. J'étais à bout, je ne pouvais plus supporter tout ça. Ne voyait-il pas que j'étais à deux doigts de m'effondrer ? Non, il ne fallait pas qu'il le voit de toute façon, je devais rester forte, au moins jusqu'à ce qu'il s'en aille.

- Moi je n'ai rien à te dire en tout cas. Ça ne m'intéresse pas.
Mentis-je avec dureté.

Je me forçai à croiser les bras et à plonger mon regard dans le sien. Une partie de moi voulait l'écouter, savoir ce qu'il avait à dire, entendre ses excuses ou ses reproches quels qu'ils soient, mais je ne pouvais pas y céder. J'avais été trop faible, je devais le laisser s'en aller. Le forcer même, peu importe comment.

- C'est trop tard, Camille.

Inconsciemment je fis un pas en arrière. Je ne cherchai même pas à lui fermer la porte au nez. Non, je ne pouvais pas faire ça, il fallait qu'il s'en aille de lui-même. Il fallait qu'il capitule. Pour une fois, il fallait qu'il m'écoute et qu'il prenne la meilleure décision pour nous deux.

- Vas-t'en.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 8 Aoû - 19:08

[quote="Camille Fontayn"]



 We're going back where we belong 

Ça ne me surprenait pas, non. Son rejet en masse n’avait rien d’inédit. Je l’avais poussée à me fuir et elle m’avait finalement entendu. Je paraissais très sûr de moi mais ça n’empêchait pas ses mots de s’incruster dans ma poitrine. Rien n’était jamais acquis, je l’avais toujours su et la vie s’amusait drôlement à me le rappeler en ce moment. Peu importait ce que nous avions vécu, là je ne devais même pas recommencer à zéro. C’était plus difficile que ça. Je devais nous recoudre et mon travail de destruction antérieur était tellement grossier que j’allais peiner dans cette tâche. J’accusais chacune de ses paroles comme je pouvais, elles alimentaient seulement ma détermination. Hors de question qu’on se quitte en ses termes. Elle croisa ses bras sur sa poitrine, je gardais les miens ouvert. La communication non-verbale qui se jouait entre nous avait son rôle bien entendu. C’est d’ailleurs pour ça que quand elle recula, je refis le pas qu’elle avait défait afin de me retrouver entre le couloir et l’encadrement de sa porte toujours à même distance d’elle. Elle aurait beau nous séparer par des barrières, des fossés, des Océans, je comptais franchir chaque obstacle pour obtenir cette fichue discussion. Je passais outre ma violente peine pour lui déclarer d’une voix toujours trop assuré, trop stable. « Moi j’ai des choses à te dire et je ne partirais pas tant qu’on en aura pas parlé, je viens de te le dire. Je suis très sérieux, Rebecca. Je passerais la nuit devant ta porte s’il le faut. » Était-ce trop tard ? Non. Je n’y croyais pas surtout pas alors qu’elle était là devant moi. Ce qu’il existait entre nous n’avait pas pu s’effacer en l’espace de deux semaines. Six mois n’y avaient pas suffi. Une poignée de semaines ne le ferait pas non plus. Elle aurait beau dire ce qu’elle voulait, elle n’avait pas pu m’oublier. Je le lisais dans ses yeux, sur ses traits. Elle réagissait comme un animal blessé qui cherche à se mettre à l’abri afin de panser ses plaies. Je devais regagner sa confiance pour pouvoir l’approcher. Et j’allais le faire. Je devais le faire.

« Tu es là. Je suis là. Et il n’est jamais trop tard. Ose me dire que tu es indifférente en ce moment même. » Je ne balbutiais même pas. Je ne savais pas quel démon me possédait mais j’étais tellement lucide, tellement décidé et tellement désespéré aussi que rien ne me faisait peur. Si ce n’est d’abandonner, de l’abandonner, de nous abandonner. Je ne pouvais pas lâcher. Je ne le pouvais psychologiquement pas. L’oiseau la fixait avec intensité à travers mes prunelles. Elle devait comprendre que je venais ici avec un but défini. Que je n’étais plus perdu, plus indécis. Je savais quelle direction prendre, je savais exactement ce que je voulais lui dire et tant qu’elle ne me refermait pas la porte au nez, il fallait au moins que je le place. Alors j’ouvrais le débat tout seul. « Je sais que tu ne veux pas m’écouter. Mais je m’en fiche. Je ne viens pas ici pour reprendre les choses là où on les a laissés. Je suis là pour qu’on les change. » Je continuais à planter mon regard dans le sien. C’était physiquement douloureux de rester là, toujours un peu en retrait alors qu’elle était à portée de main. Il suffisait que je fasse quelques pas dans sa direction pour la prendre contre moi, pour la toucher. Tout m’avait manqué et même si ses paroles étaient tranchantes, je m’enveloppais dans ses intonations. Même si ses gestes me repoussaient, je chérissais sa présence silencieusement. J’étais tellement convaincu de ce que je faisais, plus que je ne l’avais jamais été ses dernières années à propos de quoique ce soit. Changer d’avis ? Il me suffirait de repenser à ces 14 jours. Cette piqûre de rappel atténuerait toute lutte interne.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 8 Aoû - 19:39




 We're going back where we belong 


Il disait être sérieux et oui, je pouvais le voir à son regard, le deviner à son ton. Il n'allait pas s'en aller tant qu'on aurait pas parlé, mais je n'étais pas en état de parler, je devais déjà monopoliser toutes mes ressources pour ne pas pleurer, pour ne pas perdre mon calme. Il menaçait de passer la nuit devant ma porte et pendant un instant je fus tentée de la lui claquer à la figure pour voir s'il était si déterminé que ça. S'il me laissait une nuit pour me recentrer peut-être que tout ça serait plus facile. Mais je n'allais pas faire ça, même si je l'avais tour à tour aimé, idéalisé, pleuré, haït, maudit ces derniers jours, je ne pouvais pas faire ça.  Je ne voulais pas qu'il arrive à me convaincre, je ne voulais pas qu'il ait la moindre chance de me faire changer d'avis mais avais-je vraiment le droit de lui refuser de parler ? Ce n'était de toute façon pas en mon pouvoir…  
Camille a écrit:

« Tu es là. Je suis là. Et il n’est jamais trop tard. Ose me dire que tu es indifférente en ce moment même. »
Le salaud ! Comment pouvait-il me balancer ça à la figure ! Bien sûr qu'il ne me laisserait jamais indifférente, mais ça n'avait rien à voir avec tout ça ! Moi aussi j'avais cru qu'il n'était jamais trop tard, qu'on avait toujours une chance, que tout pouvait arriver, mais ce n'était que des mensonges, des mensonges et toujours des mensonges. La vie était une salope, on naissait seul, on mourrait seul, et l'amour n'était qu'une saloperie d'invention pour cartes de vœux et antidépresseurs.

- Qu'est-ce que tu sais de ce que je ressens ? Depuis quand ça t'intéresse ?

J'étais injuste, je le savais mais je m'en foutais. Je voulais juste qu'il s'en aille, qu'il me laisse retourner à mon deuil, à mes larmes et à ma douleur. Parce que ce qu'il faisait à cet instant me perturbait bien trop pour mon propre bien. Où avait-il trouvé cette assurance, cette détermination ? La dernière fois que je lui avais parlé il avait été incapable de dire un mot ! Et même avant, je ne pouvais même pas compter le nombre de fois où il ne finissait pas ses phrases ! Qu'est-ce qui avait changé depuis?
Le regard qu'il me lançait, intense, me faisait frissonner. J'avais l'impression d'avoir de la fièvre, j'avais froid, j'avais chaud, j'avais la poitrine et la gorge tellement nouées que je me demandais comment j'arrivais encore à parler ou à respirer.

Camille a écrit:
« Je sais que tu ne veux pas m’écouter. Mais je m’en fiche. Je ne viens pas ici pour reprendre les choses là où on les a laissés. Je suis là pour qu’on les change. »
Les changer ? Il ne pouvait pas vouloir dire que…. Non, non, non, il ne savait pas ce qu'il disait ! Il n'avait jamais voulu ça, il n'y avait aucune raison qu'il le veuille aujourd'hui.
Je secouai la tête, j'étais perdue mais je m'accrochai à ma colère car il n'y avait qu'elle qui pouvait me sauver:

- Tu ne peux pas te pointer chez moi comme ça, au beau milieu de la nuit, comme pour essayer de reprendre une discussion que tu n'as jamais voulu avoir ! Il n'y a plus rien à changer, plus rien à sauver ! Tu arrives trop tard, je te dis ! Répétai-je avec hargne.

Je posai une main sur ma bouche et reculai avant de me prendre la tête entre les mains et de lui tourner le dos. Le regarder me troublait, me déconcentrait. J'avais du mal à organiser mes pensées, je ne m'étais pas attendu à ce qu'il reste et qu'il essaye de me convaincre… mais de quoi au juste ?

Nos discussions me revenaient en mémoire et je fis volte-face en pointant un doigt accusateur vers lui et me mis à crier avec autant de colère que de peine et de désespoir :

- Tu ne peux rien me promettre, tu te souviens ? Alors qu'est-ce que tu viens faire là ? Je ne veux pas de tes excuses, je ne veux pas de tes mensonges ! Je veux que tu t'en ailles !

Je m'étais réfugiée à l'autre bout de la pièce, mettant symboliquement le plus possible de distance entre nous. Je tremblais, ma voix tremblait et je ne savais pas si c'était de colère ou parce que je crevais d'envie de pleurer.

- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? Je ne comprends pas ce que tu attends de moi !
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Ven 9 Aoû - 1:12




 We're going back where we belong 

Elle érigeait toujours plus de murs et je frappais toujours avec tout ce que j’avais pour les faire tomber. Cette nuit allait être décisive pour nous. C’était ma dernière chance et je m’y accrochais vraiment avec tout ce qu’il me restait. J’allais m’écrouler si il fallait à la fin de cette entrevue, tant pis. J’arriverais peut-être enfin à cumuler plus d’heures de sommeil… Quel soulagement, dis donc. Elle m’envoyait des remarques en pleine figure qui était légitime. J’étais trop préoccupé parce que je pourrais ressentir, que je n’avais pas voulu savoir ce qu’elle pensait, elle. J’avais été un parfait connard du début à la fin. Pourquoi elle me reprendrait alors ? Pourquoi j’étais là ? Parce que j’allais cesser de l’être. Non, c’était trop ambitieux, je le savais. Mais je comptais vraiment lui offrir autre chose que ça. Est-ce que j’en saurais capable ? Arriverais-je un jour à la mériter ? Non. Merde. Je ne pouvais pas me permettre de me déstabiliser tout seul alors qu’elle s’acharnait à le faire pour deux. Cette fois-ci, mon rôle s’était de raccommoder notre relation et nos fissures dans la foulée. L’animal me recentra sur le moment présent quand elle se mit à me scander de nouvelles paroles. Elles me heurtèrent toutes brutalement et je dû vraiment m’appuyer sur l’oiseau pour parvenir à respirer correctement, à garder le bon cap. S’il n’y avait vraiment plus rien à sauver, elle ne serait pas là à me dire tout ça, ni à s’agiter avec autant d’énervement. Elle m’aurait déjà claqué la porte au nez. L’espoir était tout aussi destructeur que son antithèse et je m’en abreuvais rarement. Mais là, je voyais dans chaque petite étincelle, une lueur aveuglante. Il fallait que je m’agrippe, que je persévère. Elle rentra dans son appartement et naturellement, je la suivis mais ne referma pas derrière moi. J’avais peur que ça ne lui donne l’impression de suffoquer et que ça n’engendre plus de hargne à me foutre dehors. Je ne lui laissais pas pour autant le choix. Je comptais vraiment tirer ça au clair, je m’imposais ce qui ne me ressemblait pas le moins du Monde. J’étais Autre pour ma survie, pour notre survie.

Rebecca me tournait toujours le dos et je respectais un certain périmètre de sécurité le temps qu’elle se reprenne un minimum. Je comptais lui répondre mais j’attendais que cette vague de colère se déverse complétement sur moi pour le faire. Ce qu’elle ne tarda pas à faire en me criant dessus. Je restais faussement impassible alors que j’étais écorché vif par tout ce qu’elle me disait. Elle traversa la pièce pour se réfugier dans un coin comme si ça allait changer quelque chose de mettre symboliquement de l’espace entre nous. Je défis de plusieurs enjambées ce qu’elle avait créé et cette fois-ci, j’allais plus loin – parce qu’elle s’obstinait à revenir avec ses arguments non recevables. Je lui pris le poignet et par la force sans lui laisser le choix, l’embrassa rageusement avant de reculer aussi rapidement sans qu’elle ait eu le temps de me gifler ou de me repousser. « Il n’y a plus rien à sauver ? Alors avoue-moi en me regardant en face que tu ne ressens plus rien du tout. » Ma colère semblait à son instar s’être décuplé plus nous nous jetions à corps perdu dans l’intensité de tout ce chaos qui nous rongeait et nous démolissait. Cependant, je n’y cédais pas quand je m’adressais à elle. Je lui déclarais d’ailleurs avec une voix toujours aussi stable et en la fixant droit dans les yeux. « Est-ce que je t’ai déjà menti ? Pas une seule fois, j’ai toujours été honnête. Je ne fais pas de promesse que je ne peux pas tenir et je ne mens pas. Je te dis que je veux que ça change et que je suis prêt à assumer ça. » Je ne lâchais toujours pas  ses prunelles quand j’ajoutais précipitamment avec sévérité et avec confiance aussi. « Je fais ça parce que je veux être avec toi. Parce que je suis malheureux sans toi. Et parce que je ne veux pas vivre le restant de mon existence en sachant que je t’ai perdue de cette façon. » Je respirais de façon un peu plus saccadée, mon rythme cardiaque devenait lui aussi incohérent. Je commençais à perdre mon calme. « Ce que j’attends de toi, c’est que tu m’offres une seconde chance, une vraie seconde chance. » Je pouvais craquer d’une seconde à l’autre. Partir dans l’hystérie, dans la crise ou m’effondrer tout simplement. Cela faisait plus de 14 jours que je vivais en enfer, chaque seconde de plus devenait minute , devenait heure.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Ven 9 Aoû - 9:41




 We're going back where we belong 


Je le vis fondre sur moi comme un rapace sur sa proie et il m’attrapa brusquement par le poignet avant de souder ses lèvres aux miennes dans un geste rageur, presque violent. Ce fut trop court pour que je puisse le repousser, trop long pour que je puisse l’ignorer. Mon corps tout entier s’était tendu à son contact et il me laissa déboussolée quand il s’éloigna. Je reculai, hébétée jusqu’à ce que mon dos rencontre le mur et posai mes doigts sur mes lèvres, perdue.

Camille a écrit:
« Il n’y a plus rien à sauver ? Alors avoue-moi en me regardant en face que tu ne ressens plus rien du tout. »
Je sentais sa colère faire écho à la mienne mais ce n’était pas contre moi qu’elle était dirigée. Il mettait tant d’énergie dans ses paroles, dans ses actes ! Ça me dépassait complètement. Je n’étais tellement pas habituée à le voir se battre comme ça…
Je plongeai mon regard dans le sien, bien décidée à mentir encore s’il le fallait, à lui répondre que non, je ne ressentais plus rien. Mais c’était tellement faux. Je luttais contre moi-même, contre cette part de moi de plus en plus oppressante qui voulait se jeter dans ses bras.  

- Peu importe ce que je ressens, Camille… Ça n’a jamais suffi, pourquoi ça suffirait maintenant ?

J’oscillai dangereusement d'un extrême à l'autre, de l’accablement le plus total à l’énervement, j’avais mal, tellement mal et c’était si difficile de le repousser, si difficile de le voir, là, si près et de lui demander d’abandonner alors que pour la première fois il semblait avoir décidé de ne pas le faire. Il affirma ne m’avoir jamais menti, n’avoir jamais fait de promesses qu’il ne pourrait pas tenir. Je le dévisageai, sans être capable de dire un mot. Il disait vrai, il ne m’avait jamais menti. Il ne m’avait rien promis. Mais c’était justement cette absence de stabilité, de concret, d’espoir qui nous faisait tellement défaut. Je ne pouvais plus encaisser tout ça, je ne pouvais plus le supporter, j’étais tellement à bout. Concrètement qu’est-ce qui allait changer ? Quel changement voulait-il ? Et combien de temps pourrait-il assumer ? Pourquoi se battait-il maintenant ? Pourquoi faisait-il tout ça ? Je lui posai la question et sa réponse me sidéra.

Camille a écrit:
« Je fais ça parce que je veux être avec toi. Parce que je suis malheureux sans toi. Et parce que je ne veux pas vivre le restant de mon existence en sachant que je t’ai perdue de cette façon. »
Ma gorge se serra encore plus et mes yeux s’embuèrent brusquement tandis que mon cœur se remettait à cogner frénétiquement dans ma poitrine, comme pour me hurler qu’il était encore là, en vie malgré ses blessures, et qu’il n’attendait que de battre à nouveau pour lui. Rien que pour lui.

Jamais il ne m’avait dit de telles choses. Jamais il ne s’était autant ouvert à moi qu’à cet instant et je voyais sur ses traits qu’il disait vrai. Il voulait être avec moi, il était malheureux sans moi. C’était...incroyable, impensable… comment en étions-nous arrivés là alors que je l’avais presque supplié de me retenir quinze jours auparavant ? Si seulement il avait pu me dire tout ça à ce moment-là… avant que mon cœur soit brisé et que mon cerveau décide de ne jamais laisser une telle chose se reproduire. Ces mots, ces phrases, je les avais tellement espérées…
Mon dieu, j’étais bouleversée, troublée, secouée… je ne savais plus où j’en étais, je ne savais plus quoi penser de cette façon insensée qu’il avait de s’accrocher. Est-ce que c’était ce que je lui avais fait subir quand il essayait de s’éloigner de moi ? Est-ce que cela avait toujours été aussi douloureux pour lui que pour moi à cet instant ? Les rôles s’étaient tellement inversés que j’en aurais ris si je n’avais pas été si proche de m’effondrer.

Camille a écrit:
« Ce que j’attends de toi, c’est que tu m’offres une seconde chance, une vraie seconde chance. »
Je retournai lentement à la porte d’entrée, essayant de retrouver mon calme et mes esprits sans grand succès.  Doucement, je la refermai, sans vraiment savoir pourquoi. Était-ce une façon d’abdiquer ? Non… si ? Je ne savais pas, je ne savais plus rien.  Je m’y adossai et resserrai mon gilet contre moi comme pour me protéger, comme pour essayer de résister encore un peu à ses assauts incessants. Jamais Camille ne s’était battu comme ça pour moi, j’avais il ne m’avait autant parlé, autant montré que je comptais pour lui, autant fait comprendre qu’il ne voulait pas me perdre. Et tout à coup, cela m’effrayait. Parce que si je me mettais à y croire… si je le laissai m’atteindre et que tout ça disparaissait… cette fois j’étais sûre que je ne me relèverai pas.

-Tu as eu des dizaines de secondes chances, Camille…

J’étais revenue à chaque fois, je m’étais battue, plus fort, à chaque fois, parfois même sans qu’il s’en rende compte, sans même qu’il le sache.

- Je suis fatiguée de me battre constamment avec toi, contre toi… Qu’est-ce que ce sera la prochaine fois ?

J’étais lasse, j’étais épuisée, les larmes menaçaient de me submerger à tout instant.

- J’en peux plus. J’en peux plus de pleurer pour toi, j’en peux plus de… d’essayer de sauver quelque chose qui ne devrait même pas exister…  J’ai plus la force, Camille… je peux pas gérer ça, je peux pas…  

J’avais du mal à respirer, j’avais du mal à parler. Il m’avait réduite en morceaux. Il m’avait fait repousser mes limites si loin que je m’étais effondré avec elle. Ma détermination, mon courage, tout s’était brisé et envolé. Chaque changement, chaque minuscule avancement avec lui avait pris des proportions aberrantes. Depuis le début, tout avait été trop intense, mes combats n’avaient été qu’à la hauteur de ce que nous traversions après tout… mais je n’avais pas pensé un jour sombrer comme je l’avais fait. J’avais cru être plus forte, j’avais cru que mon amour pour lui me rendait invincible. Mais j’avais eu tort. J’avais toujours été et resterai toujours faible.  

- Je ne supporte plus que tu me fuis, que tu me repousses… ce n’est pas parce que tu te réveilles maintenant, que tout va s’arranger !

J’étais en train de céder, je le savais, mais dans un sursaut de volonté, je rajoutai avec  ce qu’il me restait de force et de colère :

- Tu ne sais pas ce que tu veux ! Je suis juste un caprice, quelque chose que tu veux maintenant que tu ne peux plus l’avoir ! Tu finiras par changer encore d’avis et je ne m’en remettrai pas…

Je lui jetai un regard suppliant. J'avais peur, peur de lui faire confiance, peur de le croire, peur de souffrir encore. Je ne savais pas ce que j’attendais de lui. Qu’il me confirme tout ça, que je n'étais qu'une lubie passagère, ou au contraire qu’il continue encore à se battre pour moi ? Je ne savais plus très bien moi-même...
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Ven 9 Aoû - 11:31




 We're going back where we belong 

J’avais eu tellement tort depuis le début. Je m’étais tellement appliqué à freiner notre relation, à la découper de part en part pour ne garder finalement que les morceaux m’arrangeant. Dès que ça devenait plus difficile, je baissais complétement les bras parce que ça m’effrayait. Tout ce que je ressentais pour elle me foutait la trouille. Je ne maîtrisais plus rien et je m’en étais bien rendu compte ces quatorze derniers jours. Cette douleur avait été rarement égalée et je m’étais juré autrefois de ne plus jamais repassé par là. C’était pour ça que je ne liais pas de relation stable et durable avec la gente féminine. Pour ça aussi que je voulais l’éloigner. Mais oui, j’avais sous-estimé sa place dans mon quotidien, mon attachement pour elle. Et celui qu’elle avait pour moi. Je ne pensais que j’allais la faire autant souffrir. Je ne pensais pas que quelqu’un était capable d’en arriver là pour moi. Parce qu’aucune femme avant elle n’avait jamais fait ça pour moi. Les seules qui m’aient suffisamment approchée, m’avaient toutes abandonnée. Est-ce que j’étais vraiment digne d’elle ? Je ne le pensais pas mais je comptais essayer de le devenir. Je devais m’améliorer, j’allais m’améliorer pour elle. Peu importe où ça me mènerait. Si je n’essayais pas, je ne pouvais pas le savoir. De toute façon, mon existence avait tendance à m’échapper alors… Au point où j’en étais. Il fallait que je reste fidèle à ce que j’étais et à ce que je désirais – même si la plupart du temps j’ignorais ce que je voulais. On m’avait toujours donné tout ce que je voulais avant même que je ne le souhaite ou en ressente le besoin. Je ne parvenais pas à identifier mes désirs à cause de ça. Mais j’allais travailler là-dessus. J’allais me poser enfin les bonnes questions et j’allais tenter enfin de me façonner une vie qui en vaille la peine. J’allais me racheter auprès des miens, auprès de cette femme. C’était plus qu’une rédemption, c’était ma seule opportunité de vivre en paix et d’être là où je le voulais, d’être l’homme que je voulais être.

Mon interlocutrice partit fermer la porte, je crus un instant qu’elle allait sortir mais elle n’en fit rien. Elle referma et je n’étais pas sûr de comprendre le message implicite mais ça n’avait plus d’importance. Je la laissais m’entailler avec de nouvelles vérités, un peu plus de braise pour la haine que je me vouais viscéralement et puis j’avançais pour contrer à nouveau son accablement, son fatalisme. « Je ne te demande plus de gérer quoique ce soit. Je te demande de ME laisser gérer ça. » Je me rapprochais prudemment d’elle. Mon assurance ne s’essoufflait toujours pas, elle avait eu deux semaines pour éclore, deux semaines pour me secouer et m’amener ici. Maintenant, elle se manifestait en continu et tirait sa force de tous ses détails qui me poussait à croire qu’effectivement, c’était loin d’être terminé, loin d’être gaspillé. J’allais savoir nous sauver.  « Et si, je sais que tout peut s’arranger. J’en ai même la conviction. »  Tant que je respirais et qu’elle respirait, il était hors de question qu’elle pense que tout ça ne puisse pas s’arranger.  « Tu n’as jamais été un caprice et tu ne le seras jamais, Becky. Je sais ce que je veux et demain, après-demain et tous les jours qui suivront, n’y changeront rien. Je sais aussi ce que je t’ai fait subir et je ne serais pas revenu si je pensais que je continuerais à te faire pleurer ou souffrir comme ça – tu le sais. Il faut que tu me fasses confiance, Rebecca. Je suis très sérieux à propos de ça, à propos de nous. »   J’annihilais les derniers mètres de nouvelles enjambées pour me planter devant elle.  « Je suis désolé que tu aies dû me pousser à de telles extrémités pour me faire réaliser. Mais c’est fini maintenant. Je ne lutterais plus contre nous, contre moi. Rebecca, tu es la meilleure chose qui me soit arrivé ces dix dernières années. Et la vérité, c’est que j’ai besoin de toi et que ça m’a fait peur. Mais ça n’est plus le cas, plus maintenant. Parce qu’être sans toi, savoir que tu souffres par ma faute, souffrir de ton absence, c’est bien pire que ça. Laisse-moi réintégrer ta vie, laisse-moi réparer les dégâts que j’ai causé. Je sais que j’ai gaspillé beaucoup de chances mais je n’en avais pas conscience. Cette fois-ci, je sais ce que ma conduite t’a coûté et m’a coûté. Cette fois-ci, je te propose qu’on soit plus que des amis, plus que des amants exclusifs. »  Ma main s’avança très doucement vers son visage, mon pouce glissa sur sa joue. Je m’immergeais dans son regard embrumé par ses larmes et mes intonations fermes, déterminées s’échappèrent enfin de mes lèvres.  « Je veux que nous soyons un couple, un vrai couple. »  Je posais ma seconde paume sur l’autre partie de sa mâchoire afin de bien caler son regard dans le mien pour qu’elle y lise ma sincérité et mon sérieux, qu’elle y voit toute la rage que je mobilisais pour ça. Je lui soufflais enfin dans un murmure.  « Je veux être avec toi, à toi Rebecca. »
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Ven 9 Aoû - 17:55




 We're going back where we belong 


Il voulait gérer, il voulait prendre les choses en main. C’était totalement irréaliste. Mon Camille n’avait jamais fait preuve d’autant de détermination pour quoi que ce soit, pas à ma connaissance, en tout cas. Il ne savait pas être heureux, il n’osait pas s’attacher aux gens, il ne s’autorisait pas à être proche de qui que ce soit. Chaque instant de bonheur était voilé par ses craintes, ses doutes… je l’avais vu changer de visage et de comportement en l’espace de quelques instants après un geste ou un mot trop entreprenant de ma part. Comment cela pouvait-il changer ? Comment pouvait-il prétendre gérer ça lui-même, tout seul ? Je n’étais pas certaine qu’il en soit capable. Mais cette assurance débordante qu’il dégageait me laissait sans voix. Elle me ravageait, elle m’effrayait, elle me faisait douter, surtout, de ces certitudes qui me poussaient à le repousser. Etait-ce moi qui avais provoqué ça ? Pouvait-il faire ça ? En tout cas, il avait l’air de le penser… de le vouloir. Il était convaincu que les choses pouvaient s’arranger… mon dieu, depuis combien de temps Camille n’avait-il pas été aussi convaincu par quelque chose ? Et mes entrailles se tordaient douloureusement, mon esprit bataillait ferme parce que je voulais désespérément le croire.
Il se rapprochait de moi et j’avais peur. Pas de lui, mais de moi. De ce que je pouvais faire, de la façon dont je pouvais réagir. Je ne savais plus quoi faire, quoi dire, comment résister. Je ne savais même plus ce que je voulais. Ses yeux ne quittaient pas les miens tandis qu’il m’affirmait que je n’étais pas un caprice, que je ne le serai jamais. Tout ce qu’il disait me faisait mal et me faisait du bien à la fois. J’avais tellement espéré qu’il les dirait un jour, qu’il les penserait, qu’il comprendrait… et ce jour était arrivé, même si c’était dans les pires circonstances possibles. Il me demandait de lui faire confiance et m’affirmait qu’il était sérieux à propos de nous.
Nous…
C’était la première fois que Camille parlait vraiment d’un « nous ». Est-ce que ça ne prouvait pas à quel point il était sincère ? Je voulais tellement le croire !
Il se rapprocha encore jusqu’à se retrouver face à moi. Je n’allais pas me dérober encore. Je n’avais de toute façon aucun endroit où aller. Je ne pouvais plus fuir. Et je ne voulais plus fuir de toute façon… Ses excuses ébranlèrent mes remparts et chaque mot qu’il prononça ensuite s’appliqua à les faire tomber jusqu’au dernier. Il avait besoin de moi, il voulait réparer ses erreurs, revenir dans ma vie… quelle vie ? Je ne vivais plus depuis qu'il m'avait laissé partir, depuis qu'il m'avait obligé à imaginer ma vie sans lui...
Je frissonnai lorsque ses doigts effleurèrent ma joue. J'avais l'impression que mon cœur allait exploser d'une minute à l'autre et que j'allais juste arrêter de respirer.
Camille a écrit:
« Je veux que nous soyons un couple, un vrai couple. »
Mes yeux s'écarquillèrent de surprise et quelques larmes s'échappèrent pour rouler sur mes joues et glisser jusqu'à ses paumes. Je n'arrivais pas à croire qu'il venait de dire ça, de le dire réellement. Mon dieu, j'avais abandonné tout espoir et lui…

- Camille… murmurai-je d'une voix étranglée.

Camille a écrit:
« Je veux être avec toi, à toi Rebecca. »
Son souffle me fit l'effet d'une gifle et j'eu l'impression de le voir pour la première fois. C'était comme si tout ce qu'il m'avait dit depuis qu'il avait frappé à ma porte atteignait seulement mon cerveau. Et brusquement, les vannes cédèrent. Je laissai échapper un sanglot trop longtemps retenu et cessai toute lutte. Je comblai les quelques centimètres qui nous séparaient encore et enfouis mon visage contre son torse en acquiesçant, incapable de prononcer le moindre mot. Je l'entourai de mes bras pour me serrer contre lui comme si ma vie en dépendait, ce qui était sûrement vrai à cet instant précis. S'il me lâchait, j'allais m'effondrer. Il ne fallait plus jamais qu'il me lâche, plus jamais qu'il me laisse partir.
Toute la pression de ces dernières semaines retomba d'un cou, s'évacuant à travers mes larmes. Ces larmes qui trahissaient ma joie, mon soulagement, mais aussi le reste de peur et de tristesse qui mettraient un certain temps à quitter mon âme et mon cœur. Je ne savais plus où j'étais, je ne savais plus rien, sa confession m'avait terriblement émue, sonnant comme la plus belle –et la plus tardive- des déclarations qu'on m'ait jamais faite… Il n'avait pas dit qu'il m'aimait mais il n'en avait pas besoin. A cet instant, tout ce qui comptait c'était ses bras, son étreinte et sa promesse que les choses allaient changer, qu'il allait réparer tout ça. J'allais lui faire confiance, j'allais lui laisser une chance…
Blottie tout contre lui, je tremblai de tout mon corps.

- J'ai cru que je t'avais perdu… pleurai-je en le serrant plus fort, m'enivrant de ses bras, de son odeur, de sa voix.

Et imaginer ma vie sans lui avait été la pire épreuve qui soit. J'avais envie de lui dire que je l'aimais, que j'en mourrais s'il me laissait encore, mais je me tue.

- Mais…et si on n'y arrive pas..? Si ça ne marche pas entre nous, Camille…?

J'avais besoin qu'il y croit pour nous deux, parce que j'avais trop peur de revivre ça et que je ne pensais pas pouvoir le supporter.
Nous avions atteint de telles extrémités aujourd'hui…
Apaisée, je fermai les yeux, me complaisant dans le silence, écoutant les battements de son cœur et le souffle de sa respiration. Il m'avait tellement, tellement manqué… J'attendis silencieusement que mes larmes se tarissent, que mon calme revienne, ce qui fut bien plus facile que je ne l'avais imaginé maintenant qu'il me serrait fort contre lui.
Un couple. C'était ce que j'avais toujours voulu et espéré être avec lui et pourtant, cette route inconnue qui se dressait maintenant devant nous me faisait peur. J'avais peur de l'emprunter, j'avais peur qu'il ne réalise pas dans quoi il se lançait, à quoi il s'engageait. Et pourtant c'était ridicule, pas vrai ? Puisqu'on s'était déjà pratiquement comporté comme un couple, on en avait pratiquement été un. A l'exception qu'il n'avait jamais voulu se l'avouer. Mais concrètement, rien n'allait changer.  
Je parvins finalement à relever la tête pour croiser son regard et ma main glissa jusqu'à ses cheveux. Je lui fis un petit sourire :

- Tu es un idiot, tu sais ça ?

Et j'étais folle de lui… ce qui faisait de moi une idiote par extension.

- Tu te rends compte que ça ne va rien changer, au fond…?

Il était à moi, j'étais à lui. Mon sourire s'agrandit. J'avais envie, besoin, d'un peu de légèreté alors j'ajoutai, en riant presque:


- T'as intérêt à devenir un petit-ami de compétition, Fontayn… ou je vais faire de ta vie un enfer…


Doucement je me mis sur la pointe des pieds pour atteindre ses lèvres et murmurai, encore chamboulée:

- Merci d'être revenu me chercher…

Et je me serrai à nouveau contre lui. Là où était ma place.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Sam 10 Aoû - 0:18




 We're going back where we belong 

Quitte ou double. Je pariais gros pour une fois, je prenais un risque énorme en proposant ça maintenant, comme ça. La mise était nettement supérieur à ce que je pourrais sûrement supporter si ça venait à s'autodétruire. J'avais déjà payé le prix fort une fois et j'espérais ne pas réitérer mes erreurs cette fois-ci. J'avais confiance en elle, plus qu'en moi-même à vrai dire. Tout valait mieux que la souffrance actuelle de toute manière, d'être privé de sa présence, de vivre avec des regrets plus lourds que les responsabilités qui s'ajouteraient sur mes épaules si elle acceptait ma proposition. J'avais plus peur de son absence que du reste. Ça me terrifiait de devoir continuer sans elle. Je restais suspendu à son silence, le cœur au bord des lèvres. L'oiseau m'intima l'ordre de ne pas bouger, de la laisser parcourir l'autre partie du chemin. Je ne pouvais pas plus m'imposer que ça, je devais respecter certaines limites. Je devais attendre sa réponse, le dénouement. J'étais tendu, nerveux, inquiet mais n'en laissa rien paraître. Je portais toujours en bannière mon air résigné, déterminé. Un sanglot fendit l'atmosphère, je le cueillis avec douleur pour l'enfermer au creux de ma poitrine afin qu'il y meurt loin de sa propriétaire. Le peu d'espace délimitant nos deux corps fût  aboli quand elle vint à ma rencontre. Elle se retrouva contre moi si vite que je mis plusieurs secondes avant de comprendre. C'était un oui. J'avais réussi. J'avais forcément réussi non ? Mes bras la serrèrent aussi fort que possible cherchant à canaliser ses pleures, à oublier ces 14 jours en enfer. Je n'arrivais pas à y croire, qu'elle soit aussi proche, que j'ai réussi à l'atteindre, à la retrouver. J'avais failli passer à côté de ça, d'elle. Je raffermissais notre étreinte un peu plus. Mon rythme cardiaque se perdit en embardées multiples. Nous avions vaincu. L'animal saluait notre prouesse et son influence s'effilocha pour laisser l'opportunité à l'humain de profiter un maximum de ce moment. Rebecca tremblait et j'étais tellement perdu par cet amalgame d'émotions fortes que j'ignorais si je tenais moi-même encore la distance. J'avais l'impression d'avoir tellement coupé le contact entre moi et mes faiblesses pour dialoguer qu'elles revenaient en force. A moins que ça ne soit juste mon énergie qui se soit volatilisée ? Je me sentais fiévreux, j'avais froid et chaud. J'étais cassé et reconstruit. J'étais une magnifique contradiction et je m'accrochais férocement à la seule raison qui me permettait de tenir encore debout. Rebecca. Ma Rebecca. Au milieu de ses larmes, ses intonations se frayèrent un chemin jusqu'à mon palpitant et le torturèrent. Moi aussi, je croyais que c'était foutu, je croyais que je ne pourrai plus jamais... Je fermais les yeux pour savourer son odeur, la pression de son corps contre le mien, les sons qu'elle produisait même si ils étaient encore pour l'instant difficile à supporter.

Elle émit un doute alors que tout me semblait désormais tellement plus limpide entre nous. Et je savais que même si j'avais brisé ses remparts, il allait falloir maintenant rebâtir les fondations. Nous entamions une nouvelle histoire avec de nouvelles bases mais il restait encore les débris de l'ancienne et je devrais faire en sorte de les enfouir, de les classer. Je devais la rassurer, regagner sa confiance. Je mobilisais le peu de force restant pour lui répondre. Ma voix était un peu moins stable, ébranlée par l'émotion que je peinais à contenir. « Ça marchera Becky. Je sais que ça marchera. Et dans tous les cas, je m'en fiche. On va courir ce risque. » L'étau de mes bras se fit plus oppressant encore. Je lui chuchotais doucement « Je ne partirais plus et je ne te laisserais plus partir. » avant de poser mes lèvres au milieu de ses cheveux. Ses sanglots s'estompèrent petit à petit, elle redressa alors la nuque et je plongeais dans ses yeux instantanément. Je lui offris un sourire triste et répliquait à son interrogation plus que rhétorique. « Je sais, oui. » Elle enchaîna sur autre chose et je la fixais avec sérieux quand mon timbre perça la confusion générale. « Pour moi, ça change tout. » Et c'était vrai. Toute ma façon d'envisager notre relation avait complètement évolué. L'ironie voulait que ce terme était pour moi quelque chose avec laquelle je ne plaisantais pas. Ça signifiait que je comptais vraiment m'engager dans notre relation, qu'on lui accordait tous les deux suffisamment de valeur pour penser qu'elle durerait dans le temps. Elle chercha à faire de l'humour mais je pris cette petite remarque avec sévérité. Oui, j'allais devoir la mériter. J'allais devoir assurer. La pression que ça représentait ne manquait pas de m'angoisser déjà mais je passais outre. J'étais trop épuisé pour le moment et trop satisfait d'avoir accompli l'impensable. Ses lèvres revendiquèrent furtivement les miennes avant de me remercier. Je lui servis l'ébauche d'un rictus qui dû dénoter farouchement avec l'ensemble de ma mine sinistre. « Pardon d'avoir été si long et merci de m'avoir attendu » Mes doigts glissèrent dans sa chevelure.  Beaucoup de difficultés nous attendaient. Ma nature, mon statut au sein de mon espèce, ma personnalité, tant d'obstacles que j'allais devoir apprivoiser pour elle. Mais ça irait. Ça irait tant qu'elle restait à mes côtés, tant qu'elle voulait bien croire en moi alors j'y croirais moi aussi.

Un vertige me surprit mais je parvins à en camoufler l'effet habilement. Mon teint pâlit mais grâce à l'absence de luminosité, elle n'en vit rien. Je devais cependant m'asseoir avant de m'écrouler. Peu manger et peu dormir, peu conseillé. Heureusement pour ma tension, nous évoluions naturellement vers sa chambre. J'ôtais mon blouson, mes chaussures une fois face à son lit et la rejoignis habillé sous les draps. J'étais frigorifié. Je l'attirais près de moi, mon bras glissa sous sa nuque, autour de ses épaules et je la regardais avec attention alors qu'ici les lampes étaient suffisamment allumées pour constater les dégâts corporels que notre séparation avait causée. Elle avait maigrie elle aussi, elle était aussi amochée que moi et cette constatation me broya littéralement. Je fronçais les sourcils en faisant coulisser la dos de ma main sur son visage. « Rebecca, je suis tellement désolé... A la minute où t'es partie... » Ma gorge se serra, je respirais un grand coup.  Je murmurais plus que je ne parlais. « J'ai cru... que tu irais mieux sans moi. J'ai cru que c'était mieux pour nous deux. Mais... De toute évidence, ça ne l'était pas.» Je nouais mes doigts aux siens. « Ça me fait toujours peur très honnêtement de ne pas  réussir à être à la hauteur de tes attentes, de ne pas être assez bien pour toi mais... Je veillerais à ne plus te faire souffrir. Je t'en supplie, dis-moi franchement quand je fais un faux pas, quand je te blesse sans m'en rendre compte. Dis moi tout. Je ne pourrais pas supporter de te ... » Tuer à petit feu. « ... de te faire du mal. Et de ne pas le savoir. » Je réajustais notre position, l'obligeant à s'asseoir pour caler mes paumes sur son cou. Je ne cessais pas de la regarder quand j'articulais « Mais ça ira. Je sais qu'on arrivera à s'en sortir tous les deux. » Je me penchais alors pour l'embrasser. Pour l'embrasser vraiment cette fois-ci. Notre premier vrai baiser depuis notre réconciliation.  Je ne quittais pas sa bouche pendant plusieurs minutes avant de m'allonger en la calant dans mes bras. J'enfonçais mon nez dans sa crinière en avouant « Bon sang Becky... Tu m'as tellement manqué. » Je ne savais toujours pas si j'étais soulagé, heureux ou encore paniqué et stressé. J'étais un vrai mélange de tout et n'importe quoi mais ça n'avait plus d'importance. Mes yeux se fermaient tout seul et je luttais pour ne pas m'endormir. Quelle ironie, Morphée me retrouvait au pire moment qu'il soit. Nous réussîmes à rester éveillés quelques temps, à nous contempler silencieusement, simplement à profiter de la présence de l'autre. Nous sombrions tous deux finalement dans le sommeil qui avait dû nous faire défaut à égalité.

Au bout de quelques heures seulement, je me réveillais en sursaut en cherchant à tâtons son corps toujours plongé dans un demi-sommeil agité.  Des sueurs froides roulaient sur ma peau tandis que mes intonations rauques partaient en quête également de ma jolie brune. « Rebecca ? » Non, non, je n'avais pas pu rêver. Elle devait être là. La panique me coupa le souffle,  je ne voulais pas être seul. Je ne voulais plus revivre ça. Finalement mes doigts la trouvèrent et je vins me coller à elle aussi sec. Je murmurais encore à moitié endormi. « Ne me laisse plus jamais.» avant de m'assoupir aussi vite. Je me réveillais un peu plus tard, sur le matin. Une migraine me désarçonna à peine eus-je ouvert les yeux, je me sentais courbaturé, malade. J'avais la désagréable impression qu'on m'écrasait la cage thoracique et durant plusieurs secondes, je restais immobile, allongé guettant tous les symptômes pour être sûr de ne pas recommencer une de ces fichues crises. Ça avait l'air de se maintenir, ma respiration. Je me redressais alors péniblement. J'étais physiquement brisé et émotionnellement mal. Le retour à la réalité, le contre coup de la veille et des deux semaines en enfer. La nuit avait réveillé mes angoisses et la torture que j'avais récemment subi. Je pris le temps de me calmer et veillais à inspirer à intervalles réguliers. Je jetais un oeil prudent sur la silhouette allongée à mes côtés, je n'osais pas la réveiller, pas encore maintenant. Je me passais une main distraite sur le visage. Oui, j'étais bien venu à une heure du mat' pour la récupérer. Et oui, moi, Camille Fontayn, j'avais décidé de me lancer dans une relation sérieuse, le second cas de mon existence. J'allais au moins avoir besoin d'une aspirine pour réaliser ça.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Sam 10 Aoû - 19:24




 We're going back where we belong 


Camille a écrit:
« Ça marchera Becky. Je sais que ça marchera. Et dans tous les cas, je m'en fiche. On va courir ce risque. »
Alors ça allait marcher. Tout irait bien, on prenait ce risque ensemble, on se battrait ensemble, on gérerait ça ensemble, du mois dès que j'aurais retrouvé l'énergie nécessaire pour ça.
Un couple. Nous allions être…nous étions, un couple. A nous deux, tout serait plus simple, pas vrai ? Nous allions y arriver… on le voulait tellement fort tous les deux que nous allions forcément y arriver….
Les bras de Camille me serrèrent plus fort et je me délectai de cette étreinte alors qu'il me chuchotait doucement qu'il ne partirait plus et qu'il ne me laisserait plus partir. J'acquiesçai, émue. J'avais été fracassée par l'obstination de mon amant… de mon petit-ami même maintenant ! J'avais encore du mal à croire qu'il ait déployé tant d'énergie pour me récupérer et cela me faisait me sentir la chose la plus précieuse au monde. Cela m'aida à reprendre pieds. A cet instant, le monde pouvait bien s'arrêter de tourner, je n'en avais rien à faire. Je voulais juste être dans ses bras, être avec lui. Mon regard croisa le sien dans la semi-pénombre de la pièce et mon cœur se mit à danser de joie dans ma poitrine. Il était à moi et j'étais à lui. Et on ne parlait plus seulement de possession charnelle. Corps, cœurs et âmes. Peut-être que je pourrais sauver mon âme finalement, si elle était liée à la sienne. Tant qu'il serait avec moi, j'avais une bonne raison de continuer à lutter. La meilleure même…
Malgré ma joie, mon esprit me rappelait insidieusement que je m'étais promise de ne plus jamais refaire confiance à homme, de ne plus jamais être amoureuse, de ne plus jamais refaire les mêmes erreurs… mais ce n'était pas n'importe quel homme, ce n'était pas un autre homme, c'était Camille… mon Camille… je ne pouvais pas lutter encore contre lui. Je l'aimais trop pour ne pas essayer et ne pas lui laisser cette chance qu'il voulait. J'allais lui faire confiance. Je lui faisais confiance. Il allait m'aider, on allait s'en sortir.

Je lui fis remarquer que les choses n'allaient pas changer entre nous et ca réponse me coupa le souffle.

Camille a écrit:
Pour moi, ça change tout.
Et je le croyais. Camille ne prenait pas d'engagement à la légère. C'était tellement énorme tout ça, un tel pas en avant ! J'avais peur qu'il réalise trop tard dans quoi il mettait les pieds, j'avais peur qu'il regrette, qu'il revienne dessus. Mais sa conviction et sa détermination avaient eu raison de mes protestations. Je ne devais pas douter de lui. Je devais le laisser gérer, je devais lui faire confiance. Je me répétais ces mots comme une prière, comme pour m'en convaincre. Tout irait bien. Camille était là, c'était tout ce qui comptait…
Je l'embrassais et me blotti contre lui tandis qu'il caressait mes cheveux. Toutes ces marques de tendresses me rassuraient imperceptiblement un peu plus à chaque seconde.
Sans nous détacher l'un de l'autre, nous rejoignîmes ma chambre et on ne se sépara que le temps de nous retrouver sous les draps.
Il me caressa doucement la joue et j’accueillis douloureusement ses excuses sur ce qui nous était arrivé. Je me sentais autant, si ce n'est plus, responsable que lui dans ce désastre mais je lui étais reconnaissante de l'évoquer car je n'en aurais pas eu le courage.

- J'aurais jamais dû partir comme ça… je savais que tu n'allais pas bien, c'était pas juste de t'imposer ça…


Je m'en voulais d'être arrivé à de telles extrémités. Et pour autant, je n'étais pas vraiment désolée. Car ces deux semaines de chaos nous avaient ramenés l'un vers l'autre. Nous nous étions retrouvés grâce à ma crise de nerf… mon découragement nous avait finalement permis d'être réuni. La vie avait parfois un bien étrange sens de l'humour.
J'acquiesçai quand il m'expliqua qu'il avait cru que ce serait mieux pour moi, pour nous deux. Je le savais, je le comprenais. Je l'avais cru aussi. Mais il avait raison, c'était une erreur. Ces deux semaines avaient été une véritable torture et je réalisais à quel point cela avait été vrai pour lui aussi. Venir jusqu'ici avait dû lui demander beaucoup d'efforts, me résister comme il l'avait fait, encore plus. Mais il lui avait fallu du temps pour comprendre, du temps pour assimiler tout ça, pour l'accepter et pour se décider à revenir se battre pour moi. Nos doigts s'entrelacèrent et je ne pus m'empêcher de constater à quel point ma main s'emboitait parfaitement dans la sienne… et dire que j'étais partie, que j'avais baissé les bras, que j'avais essayé de me convaincre que je pouvais vivre sans lui… On pouvait croire tellement de mensonge quand on était malheureux… tant d'illusion pour se persuader que l'on n'a pas mal…

Le reste de son discours me toucha encore davantage alors que pour la toute première fois il m'avouait ses failles, ses peurs, celle de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez bien pour moi. Et il me promettait de tout faire pour que je ne souffre plus, me suppliant de lui dire quand il me faisait du mal. J'acquiesçai. Je n'allais plus laisser les choses empirer à ce point. Je savais qu'il n'était pas un pro de la communication, mais on allait travailler ça.

- Ho, Camille, ne dis pas ça. Tu es… tout ce que je veux, tu n'as pas à me mériter. Tu es là, tu es revenu. Si tu savais comme je te suis reconnaissante pour ça ! Je n'étais pas sûre de pouvoir survivre sans toi dans ma vie…

Ses mains glissèrent sur ma nuque, ses mots sur mon cœur et ses lèvres sur les miennes.
Pour la première fois depuis notre séparation, je me sentis vraiment revivre. Notre baiser s'éternisa, comme si nous reprenions notre souffle à travers l'autre, mes mains glissèrent jusqu'à ses cheveux et je me collai à lui pour approfondir encore notre étreinte. Finalement, nos lèvres se détachèrent, nous laissant tout deux rasséréné et il s'allongea en m'installant contre lui. C'était inhumain comme il m'avait manqué. Il enfouit son visage dans mes cheveux et je souris tristement alors que ses mots faisaient écho à mes pensées.

- Toi aussi, tu m'as manqué… Ho Camille, je veux plus jamais vivre ça. Plus jamais…


J'avais peur de m'endormir, de sombrer dans le sommeil et de me réveiller pour constater que tout ça n'était jamais arrivé. Malgré mon intense état de fatigue, je luttai, m'accrochant à chacune de ses intonations, me perdant dans son regard, ne pouvant m'empêcher, même pour quelques secondes, de ne pas le toucher. J'avais tellement peur qu'il disparaisse. C'était irrationnel comme peur, n'est-ce pas ? Il n'allait aller nulle part, il était là, avec moi et je savais que je serai incapable de le laisser partir avant que les heures se changent en jours. Toute cette douleur était encore trop fraiche, trop présente pour que je l'imagine loin de moi. Il allait devoir me supporter pour les jours qui arrivaient. Les jours, les mois.. et peut-être plus si tout allait bien. Nous étions un couple, nous pariions sur l'avenir… avec lui j'étais prête à tous les risques.
Je finis par m'assoupir dans ses bras, me laissant enfin emporter par ce sommeil qui m'avait tant fuit au court des dernières semaines.
Je dormis d'une traite, d'un sommeil reposant, apaisant, sans rêves. Il me faudrait de nombreuses nuits comme celles-ci pour me remettre mais j'avais tout le temps devant moi maintenant que Camille était revenu. Encore à moitié endormie, je laissai échapper un soupir d'aise et roulai sur le côté pour retrouver sa chaleur. Je rouvris les yeux et me redressai brusquement en constatant qu'il n'était pas là. Mon cœur se mit à cogner douloureusement dans ma poitrine.

- Cam ? Appelai-je, incertaine.

Ce n'était pas possible. Je n'avais pas pu rêver une chose pareille, ça ne pouvait pas être possible. Il était forcément là ici, hier soir, avec moi. Les souvenirs de cette soirée me revenaient en tête, se bousculant les uns les autres. Il avait bien été là, mais alors où était-il maintenant ? Est-ce qu'il avait pris peur ? Est-ce qu'il avait fuit ?
Sentant la panique se distiller dans mes veines, je me levai précipitamment pour rejoindre le salon en l'appelant. Un verre vide traînait sur la table de la cuisine. Mon estomac se contracta violemment. Non, non, non, Camille n'avait pas pu partir, pas comme ça, pas après ce qu'il s'était passé hier soir, pas après toutes les choses qu'il m'avait dites…
Affolée, je couru jusqu'à la porte d'entrée et traversai le couloir pour sortir de l'immeuble. Je stoppai net alors que la porte claquait derrière moi. Il était là. Juste là, en train de fumer. Le soulagement me fit monter les larmes aux yeux. J'allais devoir travailler sur mon émotivité… sur mes peurs, sur beaucoup d'autres choses… il faudrait un peu de temps pour recoller tous les morceaux… je savais que je ne serais pas moi-même avant un moment. Il fallait déjà que j'encaisse tout ça.
Mon regard croisa le sien et je me forçai à sourire pour camoufler mon trouble, essayant de calmer mon petit cœur effrayé et mon souffle trop rapide. Sans dire un mot, je vins me jeter contre lui, entourant sa taille de mes bras.

- Je suis une idiote… murmurai-je, le visage enfouit contre son épaule.

Comment j'avais pu croire qu'il était partit ? Qu'il m'avait laissé ? Est-ce que j'arriverais de nouveau à me convaincre que ça n'arriverait pas ? J'inspirai profondément son odeur, grimaçant face à l'odeur de tabac et finit par relever la tête pour le regarder et sourire, plus sereinement:

- Il va vraiment falloir que tu arrêtes de fumer…


Je me mis sur la pointe des pieds pour cueillir ses lèvres et mes mains vinrent entourer son visage. Je l'étudiai avec attention, remarquant chaque signe de mal-être que j'avais voulu ignorer la veille. Mes doigts effleurèrent sa mâchoire légèrement rugueuse.

- Tu as maigri… constatai-je avec inquiétude.

Moi aussi d'ailleurs. C'en était presque affolant de voir combien nous étions tous deux marqués par seulement deux petites semaines de séparation. Deux semaines où lui et moi avions été tellement malheureux loin l'un de l'autre que nous nous étions complètement laissé dépérir. Je secouai la tête comme pour chasser ces pensées et proposai avec enthousiasme:

- Et si on allait manger quelque part ? Juste toi, moi et un brunch gargantuesque ?


Je n'avais pas encore vraiment retrouvé l'appétit, mais quelque chose me disait que cela finirait par s'arranger maintenant qu'il était là. En attendant, lui et moi en avions besoin. Grandement.
Je pris sa main pour le ramener à l'intérieur et déposai un baiser sur ses lèvres :

- Laisse-moi 10 minutes et on y va…

Il m'en fallu quinze pour réussir à trouver une tenue qui ne m'amaigrissait pas encore davantage et pour me donner meilleure mine grâce à quelques artifices. Puis je revins vers lui, entrelaçai mes doigts aux siens et lui souris, taquine.

- Votre petite-amie est prête, très cher !

Car oui, maintenant, j'étais sa petite-amie, il était mon petit-ami. Je n'allais pas lui laisser l'oublier de sitôt !
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Sam 10 Aoû - 22:30




 We're going back where we belong 

Les promesses de la veille avaient forgées cet aube et j'avais l'impression de redécouvrir pour la première fois depuis plus de 14 jours la lueur du jour. C'était un vrai réveil d'une apathie complète, totale. J'avais été déconnecté de ma réalité, mon système nerveux semblait s'être mis en veille pour éviter tout constat dramatique. J'avais tellement négligé jusqu'à mes besoins primaires que j'eus la désagréable sensation de ressentir la totalité de mes ratés à ce niveau d'un seul coup. Je me sentais faible, vaseux, essoufflé sans raison apparente et le pire de tout, j'avais une fichue migraine qui semblait s'amplifier à mesure que je restais là allongé, somnolent. Quel joli résultat, Fontayn. J'atténuais mon énervement contre ma propre insouciance quand je coulais un nouveau regard vers la superbe femme qui se trouvait tout près de moi – toute cette peine n'aurait pas été vaine. Elle aurait au moins su nous faire aboutir à quelque chose de positif... Je l'espérais. Cependant, j'aurais pu être plus vigilant et ne pas me laisser autant aller dans le désespoir. Réagir plus vite aussi. Tous les mots qu'elle avait employé hier atteignait enfin ma cervelle et je reçus à retardement l'angoisse viscérale qu'ils suscitaient. J'avais manqué de peu la fin définitive avec elle. J'en prenais pleinement conscience maintenant. Je revivais tellement la scène que je ne savais même plus  désormais si j'étais soulagé ou juste inquiet de ce qu'il allait se passer. Et si je ne me montrais pas à la hauteur du tout ? Elle m'avait assuré du contraire mais nous savions tous deux à quel point j'étais doué pour saboter mon propre bonheur et pour lui briser le cœur. Mon assurance s'était ternie ce matin et si je n'y prenais pas gare, je risquais de céder complètement à la panique. Ça ne faisait pas douze heures que nous étions un couple que je remettais déjà en cause mon comportement future. Quel abruti. Je décidais à contrecœur de quitter le lit non sans avoir glisser mes lèvres dans les cheveux de Rebecca. Il me fallait vraiment une aspirine parce qu'un troupeau d'éléphant s'occupait de me marteler l'intérieur du crâne et que ça m'empêchait de raisonner facilement. De plus, je commençais à penser que mes nausées venait de là. Une fois assis au bord du matelas, j'enfilais mes chaussures et me penchais pour attraper mon paquet de clope et mon briquet dans ma veste avant de me lever. J'allais avoir besoin de nicotine aussi. En jetant un œil distrait à l'intérieur du contenant, je commençais à vraiment comprendre à quel point j'avais rechuter en calculant ce que j'avais consommé ces derniers temps. J'avais fumé plus ces deux dernières semaines que ces deux dernières années... Et non, c'était à peine exagéré sérieusement.

Je me dirigeais vers la cuisine et me rappela vaguement où elle avait tiré un médicament la dernière fois que j'étais venu ici, après ma crise. Je repoussais cet épisode bien loin dans ma cervelle, le souvenir de notre conversation nocturne hantait encore trop la pièce. Une souffrance à la fois, mon corps avait déjà tant de mal de se remettre là, il me supportait à peine. Je pris un verre, le remplis d'eau avant d'avaler le breuvage médicamenteux. Ensuite, je me massais les tempes stupidement tout en me dépêchant à sortir de son immeuble pour m'adonner à mon pêché en toute impunité, avant son réveil. Je n'étais pas très à l'aise de la laisser même pour quelques minutes, alors, je me grouillais à allumer une cigarette juste devant l'entrée et la fumais le plus rapidement possible. Le vent m'indiqua que la pluie ne tarderait pas à venir balayer le pays depuis l'ouest de toute façon. Des bruits attirèrent bien vite mon attention et quand je me retournais, je la vis à peine tirée du lit. Merde. Je n'avais pas loupé l'expression qui troublait ses traits. Elle avait cru que je m'étais enfui. Cette vision contracta si fort mon cœur que durant plusieurs secondes, je ne respirais plus. Elle vint à ma rencontre et je l'enlaçais en retour avec force. Je culpabilisais d'être sorti sans rien lui dire pour ça en plus. Je fronçais les sourcils quand elle se traita d'idiote. « Ne dis pas ça... C'est ma faute. Je n'ai pas eu le coeur à te réveiller, désolé. » J'aurais dû revenir près d'elle après avoir pris mon médicament. Je comprenais largement qu'elle avait peur de me voir disparaître. De un parce que j'avais déjà moi-même réussi à être effrayé par ça cette nuit et de deux parce que je lui avais toujours donné plus de raisons de craindre mon départ que de croire à mon retour. J'allais devoir mettre mes peurs de côté et me montrer plus vigilant, plus attentif, plus attentionné. Il fallait que je sois fort pour elle et présent. C'était joli de prononcer des mots, je devais poser les actes qui s'y rapportaient. Elle sourit et je cherchais à lui rendre la pareille sauf que j'étais encore trop chamboulé par sa frayeur pour réussir. Je grimaçais  à la place quand elle répliqua qu'il fallait que j'arrête de fumer. Si elle savait – ou pire si Alan savait, que j'en étais presque revenu à la case départ. « Je sais. » J'écrasais mon mégot à la suite.

Elle se mit sur la pointe des pieds pour revendiquer mes lèvres et je la laissa faire. Ses doigts trouvèrent mon visage alors que je la vis me détailler. J'opérais en silence le même constat qu'elle me servit pour lui répondre d'une voix lointaine « Toi aussi. » Nos apparences en disaient long sur l'épreuve que nous venions d'appréhender. Nous étions à l'image de l'autre. Le teint pâle, des cernes trop présents, une perte de poids fulgurante. Deux fantômes qui tentaient de retrouver consistance. C'était de ça d'ailleurs qu'il s'agissait quand elle proposa innocemment le brunch. A cette proposition, j'hochais positivement de la tête. J'allais mettre un petit moment avant de retrouver mon appétit, je me connaissais. Un rien me le coupait et là... J'allais devoir réhabituer mon estomac à ingurgiter plus que quelques bouchées par ci par là. Nous étions encore l'ombre de nous-même aujourd'hui et Becky en avait autant conscience que moi. Il nous faudrait du temps pour se relever de ça. Je la laissais nouer ses doigts aux miens et me ramenais à l'intérieur. Sa bouche s'attarda furtivement sur la mienne avant de me quitter le temps qu'elle se prépare. Je m'affalais dans son canapé en attendant et essayais de gérer mon mal de tête qui ne semblait pas vouloir me faire le plaisir de s'atténuer. Je lisais distraitement mes mails depuis mon portable pour tenter de retrouver pieds dans la réalité. J'étais tellement cassé à tous les niveaux, tellement abattu. Je me serais écouté, on serait resté enfermé, allongés sous sa couette. Mais elle avait raison, il fallait qu'on sorte, qu'on s'aère. Je n'avais fait qu'être chez moi à ruminer et mes seuls contacts avec le Monde s'étaient à peu de choses près résumé à la Lune Bleue... Je me relevais finalement quand elle réapparut. Ma petite amie donc me fixait avec un rictus qui me réchauffa même si l'emploi concret du terme m'avait fait loupé un battement. J'allais m'y faire. Oui, j'allais m'y faire. Pour l'instant, j'avais tout intérêt à masquer mon mélange de sentiments à mon interlocutrice. Je lui rendis l'ébauche d'un sourire avant de chiffonner ses cheveux distraitement. Conscient que ça risquait de l'inquiéter, je me forçais à formuler sur le même ton. « Tu laisses cinq minutes à ton... petit ami pour se rafraîchir un peu ? » J'avais réussi à le dire sans m'écorcher la langue et sans présenter les signes alarmants de panique. Je m'applaudissais intérieurement. Je gagnais à mon tour sa salle de bain et revins une fois la tâche accomplie, récupérant au passage mon blouson afin d'en sortir les clés de ma voiture.

Je lui pris la main à mon tour et nous sortions alors tous deux prêt pour notre première sortie en tant que ... couple. C'était tellement étrange. Mes yeux bifurquèrent quelque fois sur mon bracelet et le souvenir de Rachelle s'imposa de lui-même. J'allais devoir le retirer définitivement. Ça ne servait plus à rien que je me mette en garde vu la décision que j'avais prise. Je l’enlèverais plus tard. Je lui ouvris sa portière et pris place derrière le volant. En mettant le contact par pure réflexe, je levais la main vers l'autoradio pour diminuer le volume. Sauf qu'inhabituellement, aucun son ne s'échappa des baffles. J'avais sûrement instinctivement fui la manifestation de musique comme à l'époque où la rouquine m'avait... Il fallait vraiment que j'arrête de faire des mauvais parallèles, c'était ridicule et ça ne faisait qu'accentuer les difficultés inutilement.Léger, on devait être léger pour changer. On avait bien mérité une pause. Vu ma migraine carabinée, j'allumais la radio mais faisais en sorte que la mélodie reste un murmure. Avant de prendre la route, je me penchais vers ma passagère pour l'embrasser à la dérobée quelques secondes avant d'ajouter. « Une préférence pour le lieu ? Il me semble qu'on en avait testé un. Il y a un moment... » Avant qu'on ne devienne amant pour être plus précis. « Au centre ville ? » Je me laissais guider par cet instinct et roulais dans cette direction. Quand je pouvais me le permettre, je venais poser ma main sur celle de Rebecca. J'avais besoin d'être en contact avec elle parce que je ne réalisais toujours pas que je venais de la retrouver. Nous arrivions assez vite au lieu convoité et je pu pratiquement me garer en face. Tant mieux vu comment  la météo semblait se dégrader à vue d’œil. Je la laissais passer devant moi tandis que nous entrions dans le bâtiment. Nous nous installions dans un coin tranquille.

Quand on plaça la carte sous nos yeux, je dû réprimer un haut le cœur. Allez Camille, faut bien que tu finisses par t'alimenter. Ma paume partit très vite en quête de celle de ma voisine de table quand je relevais mon regard vers elle. Elle avait une mine tellement... Mon pouce roula sur le dos de sa main et je ne savais pas qui de nous deux je cherchais à rassurer par ce geste. Je voulais éloigner nos démons le plus loin possible alors je pris le parti d'engager une discussion simple le temps que nous nous décidions à passer la commande. Et la seule chose qui me percuta fut la seule bonne nouvelle du mois passé. « Au fait, tu sais qui va devenir père ? » Je sentis mon visage se décrisper légèrement en évoquant le sujet. « Alan. Je pense que tu n'as jamais rencontré sa femme, Kate. » J'ajoutais un peu embarrassé. « Ils m'ont demandés d'être le parrain. » Chose à laquelle je ne me serais jamais attendu. J'avais tellement le sentiment d'avoir trouvé une famille depuis que j'avais fait la connaissance d'Alan et ce fait me percutait encore plus maintenant que j'avais un peu atterri. Parrain... Ça aussi, c'était de l'engagement pour moi. Je ne comptais pas prendre ce rôle à la légère bien que je n'ai aucune expérience avec les bébés ou les enfants. Il y avait un début à tout je suppose. Je les collectionnais en ce moment d'ailleurs.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Dim 11 Aoû - 16:40




 We're going back where we belong 

Main dans la main, on prit la direction de sa voiture. Il m'ouvrit la portière pour que je m'installe et vint se glisser derrière le volant. Il alluma la radio en fond sonore et me vola un baiser avant de me demander mon avis sur notre destination.

- Ce sera parfait. Répondis-je avec un sourire.

Nos mains se retrouvaient dès qu'on le leur permettait et il n'aurait tenu qu'à moins elles ne se seraient plus jamais lâchées. Il ne nous fallu pas longtemps pour arriver et nous garer.
Le ciel était menaçant quand nous rejoignîmes le restaurant pour nous installer dans un coin tranquille. La vue de la carte me donna la nausée et je relevai les yeux pour croiser le regard de Camille, qui ne semblait pas plus emballé que moi. Sa main vint recouvrir la mienne sur la table et il se mit doucement à la caresser du bout des doigts. Ce contact me rassurait et m'apaisait. Décidemment, j'avais l'impression d'être une petite fille fragile qui venait de faire un cauchemar. Un affreux, horrible, et interminable cauchemar… Il allait nous falloir du temps pour nous reconstruire l'un l'autre, pour bâtir notre relation sur des bases saines et solides. Sa tentative d'alléger l'atmosphère fonctionna parfaitement et j'écarquillais de surprise lorsqu'il m'avoua qu'Alan allait être papa.

- Ha bon ? Je ne savais même pas qu'il était marié ! Il doit être ravi !


Il sembla légèrement embarrassé et m'avoua qu'ils lui avaient demandé de devenir parrain. Mon sourire s'agrandit:

- Camille, c'est génial ! M'exclamai-je avec enthousiasme. Tu seras un super parrain ! Ce bébé aura beaucoup de chance de t'avoir dans sa vie.

Je penchais la tête légèrement sur le côté, amusée devant son air dubitatif et insistai:

- Mais si… Alan est ton meilleur ami, tu voudras ce qu'il y a de mieux pour son enfant. C'est un grand honneur d'être parrain, tu as de quoi être fier !

En tout cas moi je l'étais pour lui. J'avais hâte de voir comment il ferait face au petit bout de chou à naître. Car normalement, si tout allait bien, je serais à ses côtés pour le voir…

- Ca t'inquiète ? Compris-je avec sollicitude en caressant à mon tour sa main. Tu sais l'avantage d'être parrain, c'est que tu n'as pas la responsabilité de l'éducation sur les épaules ! Toi tu es là pour apprendre aux enfants à faire des bêtises, les gâter dans le dos de leurs parents et les couvrir en cas de besoin… les meilleurs côtés en somme !

Quand la serveuse revint, nous n'avions pas choisi. Je jetai un coup d'œil à Camille et haussai les épaules en souriant:

- On fait comme prévu, ça te va ?

Puis je me tournai vers la jeune femme, refermai ma carte et commandai:

- Alors, un brunch pour deux, s'il vous plaît.

Nous aurions le choix et surtout il nous faudrait bien nous forcer pour ne gaspiller, c'était un bon compromis.

- Tu te souviens de la première fois qu'on est venu ici ?


Moi je m'en souvenais parfaitement. C'était arrivé quelques semaines avant notre premier… dérapage. Un matin, nous étions sortis de nos appartements respectifs au même moment et avions failli nous percuter. Je me rappelais encore de la façon dont son regard avait glissé sur mes lèvres et le mien sur les siennes. Cela faisait déjà quelques semaines que mon attirance pour lui était devenue compliqué à gérer. J'avais l'impression que nous nous envoyions des signes contradictoires et je ne savais pas comment gérer ça. Camille était presque mon meilleur ami, il était mon voisin, mon soutien, et je savais que céder à ces envies aurait signé la fin de tout ça. Je ne pouvais pas prendre le risque, j'avais trop à y perdre.
Embarrassés, nous nous étions salués, jouant la nonchalance et la normalité alors que clairement, rien n'était normal entre nous et comme pour illustrer cet était de fait, Camille m'avait proposé d'aller déjeuner à l'extérieur quand je m'étais plainte d'être affamée et que mes placards étaient vides. Nous n'avions pas eu trop de mal à prétendre que rien ne s'était passé et avions réussi à passer un bon moment. Il fallait réitérer l'exploit aujourd'hui. Sauf qu'à présent, nous étions un couple. Et malgré toutes mes angoisses, j'étais heureuse. Heureuse d'être là, ici, avec lui.

- Ca doit faire… presque un an ! Tu imagines ?


Qui aurait pu prédire que les choses évolueraient de cette façon entre nous ? Sûrement aucun de nous.
La serveuse revint avec de nombreux plats qu'elle déposa en plusieurs fois sur notre table. Des pancakes dégoulinants de sirop d'érables, des œufs brouillés, du bacon, des toasts, du fromage, du jus d'orange, des viennoiseries.
J'attendis qu'elle soit partie pour me mordre la lèvre et jeter un regard incrédule à Camille. Puis je me mis à rire :

- Je crois que j'ai vu un peu trop grand !

Ce n'était pas grave. Nous avions tout notre temps.

- J'ai une idée. Le défi du jour consistera à goûter chaque plat !

Cela nous forcerait. On en avait besoin, même si effectivement, l'appétit n'était pas là. Il viendrait peut-être en mangeant. Je pris ma fourchette et attrapai un peu d'œuf brouillé, puis, joueuse, je la dirigeai dans sa direction :

- A toi l'honneur…

En nous laissant le temps, on parvint à ingérer une quantité correcte de nourriture, la première depuis quinze jours.
A la fin du repas, j'étais épuisée. Me forcer à manger avait monopolisé toutes mes ressources. Ma main était toujours dans celle de Camille et je la serrai légèrement:

- On a fait assez d'efforts pour aujourd'hui, qu'est-ce que tu en dis ? On rentre ?
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Dim 11 Aoû - 20:18

[quote="Camille Fontayn"]



 We're going back where we belong 

Ma diversion semblait propice et fonctionna durant quelques minutes ce qui me consola sommairement. Voir Rebecca sourire – même un peu, ça n'avait pas de prix. Je parlais tellement peu d'Alan et de mon Univers de façon générale, qu'elle ignorait qu'il était marié. Comment parviendrais-je encore à la protéger maintenant que nous étions liés par un terme aussi concret ? Engagés dans une histoire sérieuse ? J'allais devoir méditer sur ce point. Pour l'instant, je ne me focalisais que sur ses réactions et la conversation que nous tentions d'avoir. Face à ses remarques, je ne pu m'empêcher de grimacer. De la chance de m'avoir ? Je n'en étais pas si sûr. Je ne savais pas du tout comment m'y prendre. En fait, les enfants me terrorisaient la plupart du temps. Je me voyais mal devoir gérer des situations de crises avec des mômes, je peinais déjà à gérer mes propres crises à moi d'adulte. Enfin, heureusement, ce n'était pas à moi de l'éduquer. C'est d'ailleurs ce que m'avança ma... copine – non, je n'étais pas prêt de m'y faire, devant ma moue dubitative. J'ajoutais pour ne pas rester silencieux, travaillant là-dessus d'ailleurs pour elle, pour nous dès aujourd'hui. « Ce n'est pas que ça m'inquiète vraiment. Enfin... oui, c'est sûr que c'est un honneur. Je ne pensais qu'ils me le proposeraient. C'était une bonne surprise. » Je clôturais ce point sur un léger rictus alors que la serveuse débarquait. Ma jolie brune prit les devants et j'acquiesçais à sa réplique silencieusement. Je n'avais officiellement pas faim et à voir son regard, je me doutais qu'elle partageait mon dégoût pour la nourriture en ce moment-même. Une première pour elle, cela dit. Elle avait toujours eu un bon appétit. J'avais même réussi à détruire ça. Elle me détourna de ma peine en me ramenant dans le passé et sa remarque m'arracha le début d'un sourire. C'était devenu tellement laborieux de contrôler mon attraction pour elle que quand elle m'avait confessé ne plus rien avoir dans ses placards, je l'avais invité. Je tentais de me convaincre qu'une amitié simple était la meilleure solution. Mais ça, c'était avant notre première nuit ensemble. Si j'avais su que les choses deviendraient aussi compliquées et aussi fortes, je ne sais pas si ... Bien que je n'avais jamais eu de contrôle même partielle sur notre relation donc au final, j'étais voué à être ici avec elle. « Un an, déjà... » Je restais songeur quelques secondes et toujours dans l'optique d'être léger, je lui avouais un peu enjôleur. « Je me demande souvent comment j'ai fait pour ne pas céder plus tôt aux charmes de ma voisine. »

Les plats arrivèrent juste après ma réplique et quand je vis tout ce que nous avions commandés, mon estomac se contracta de terreur. Je n'avais définitivement pas faim. Quand nous fûmes seuls, face à face avec un déluge de victuailles entre nous, mon amante... petite amie me rendit mon regard effaré. Goûter à tout ? Un vrai challenge. Elle débuta les hostilités en me présentant un morceau sur sa fourchette que j'acceptais en étant néanmoins un peu embarrassé. Je me forçais durant tout le repas pour la suivre bien que chaque bouchée relevait de l'exploit. Si elle faisait des efforts, je ne pouvais que l'accompagner cela dit. Après avoir dépassé tous les quotas possibles, je fus heureux qu'elle m'annonce à son tour qu'on pouvait rendre les armes. «  J'approuve. » J'esquissais un geste pour demander l'addition puis aussi vite, planter mon regard dans celui de ma compagne en appuyant mes doigts sur son poignet. « Au fait, ceci n'est pas négociable. A partir de maintenant, plus personne ne partage la note avec l'autre. » Il fallait bien que j'abuse de ce statut pour les choses qui m'irritaient quand nous n'étions encore des « amis ». J'ajoutais avec conviction « Privilège du... petit ami. » A force de le répéter, ça deviendrait naturel et normal. Forcément, non ? Je ne lui laissais d'ailleurs pas le choix et elle n'eut pas le temps de voir un seul chiffre car je payais déjà et repris avec moi le ticket sans qu'elle ne puisse le consulter. Nous sortions, je repris sa main le temps de retrouver la voiture. Une fois dans l'habitacle, je me fis violence pour ne pas fumer. J'avais vraiment repris de vilaines habitudes. Je me mordais frénétiquement l'intérieure de la joue pour me faire passer l'envie avant de démarrer la voiture. Alors que nous reprenions la route je balançais innocemment dans l'air. « Il faudra que je repasse par chez moi à un moment ou l'autre... » Je testais volontairement ses volontés pour la suite du programme. Je n'avais pas envie de la laisser, ni de l'amener chez moi vu que... tout s'était déroulé là-bas et que le souvenir encore récent de mon agonie survolait toujours les lieux. Je ne voulais pas m'imposer chez elle cela dit. Bref, j'essayais juste de savoir.

Quand nous arrivions devant chez elle, je plantais mes yeux dans les siens. J'avais envie de lui demander comment ça allait mais je le savais très bien. A la place, je caressa sa joue avant de détacher ma ceinture de sécurité et de sortir du véhicule, une fois devant son entrée, je me retournais vers elle. « Je te rejoins de suite. » Je sortis mon paquet de cigarettes pour lui faire comprendre. Eh non, je n'allais pas pouvoir m'empêcher finalement. J'en tirais une de l'emballage et l'alluma à la suite. Je fumais rapidement avant de rentrer chez elle. Une fois dans le salon, je l'attira contre moi pour l'embrasser. En fait, j'étais loin d'être rassuré. Tout ce beau discours hier et ces réconciliations ne suffisaient pas à me rassurer. Je savais ce qui le pourrait, c'était la seule façon d'exprimer mes sentiments que je connaisse. Mais elle n'avait pas besoin de ça et même pour moi, je ne savais pas si c'était très sain de partir sur ce terrain. Je me détachais un peu d'elle afin de reprendre mes esprits et mon sang froid. Nous étions tous deux tellement ravagés par ça, l'intensité de notre relation avait fini par nous sauter à la gorge. Ok, c'étaient surtout mes conneries qui avaient eu raison de nous. Raison supplémentaire pour me reprendre là. Nous nous installions sur le divan, blottis l'un contre l'autre. La télévision était allumée mais personnellement, je ne la regardais même pas. Je m'occupais de passer mes mains dans les cheveux de la jeune femme et de venir cueillir son cou de ma bouche, goûtant à son arôme pour se faire. Vers le milieu de l'après-midi, je déclarais douloureusement. « Je bosse vers 20h30 aujourd'hui... » L'idée de devoir me séparer d'elle, même pour bosser m'était insupportable. Je resserrais ma prise autour d'elle et ajoutais d'un air perplexe. « Rappelle-moi pourquoi je dois travailler encore ? » Je glissais mes doigts sur sa tempe. « Tu t'occuperas ce soir ... Je veux dire... » Bon allez Fontayn, t'as juré de t'améliorer en communication. Pose des actes. « Ça m'inquiète de te laisser ici... » Seule, sans moi. Non seulement j'avais peur qu'elle soit mal mais en plus je craignais que loin de ma présence, elle change d'avis. Je détournais le regard et déglutis difficilement. Moi aussi, j'avais peur de tout perdre à nouveau.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Dim 11 Aoû - 23:27




 We're going back where we belong 


Camille a écrit:
« Je me demande souvent comment j'ai fait pour ne pas céder plus tôt aux charmes de ma voisine. »
Amusée, je levai les yeux au ciel:

- Je me le demande aussi…!

On finit tous les deux par capituler bien que les plats soient à peine entamés. Je m'en voulais un peu. En temps normal, je me serais battue avec lui pour le dernier pancake. Mais qu'est-ce qui était normal dans mon quotidien ces derniers temps ?
Camille demanda l'addition et m'attrapa le poignet alors que je m'apprêtai à chercher mon portefeuille dans mon sac.

Camille a écrit:
« Au fait, ceci n'est pas négociable. A partir de maintenant, plus personne ne partage la note avec l'autre. Privilège du... petit ami. »
Alors, celle-là, je ne m'y étais pas attendue ! Le partage des notes avait toujours été un gentil sujet de discorde entre nous.
Je le dévisageai, surprise, et me mis à rire en levant les deux mains innocemment:

- D'accord, d'accord, comme il plaira à mon seigneur !

J'appréciais les efforts qu'il faisait, et même si j'avais bien l'intention de réussir à payer de temps en temps, je ne voulais pas me battre aujourd'hui. Je n'avais pas encore récupéré assez pour ça.
On rejoignit la voiture et il reprit la direction de mon appartement. Alors que nous roulions en silence, il évoqua le fait qu'il devait repasser par chez lui et je lui jetai un regard légèrement inquiet. C'était logique, il n'avait pas de vêtements propres, pas prévu de s'absenter plusieurs jours. Je me mordis la lèvre.

- Ho, bien sûr… tu…tu pourrais peut-être… passer prendre quelques affaires et…revenir chez moi après ?

Je ne pouvais pas supporter l'idée qu'il soit loin. Il suffisait que je repense à la frayeur que j'avais eue ce matin pour me convaincre que je n'étais pas prête à ce qu'il retourne chez lui.
On arriva devant chez moi et je grimaçai lorsqu'il me montra son paquet de cigarette. J'acquiesçai et rejoignit mon appartement, le laissant s'adonner à son vice. Une fois dans l'appartement, je me dirigeai vers la cuisine et nettoyai le verre qui traînait toujours sur la table avant d'aller faire le lit. J'étais nerveuse. Mon appartement me semblait trop vide et j'avais bien conscience de ne m'occuper qu'en attendant que Camille me rejoigne. Lorsque j'entendis la porte d'entrée je le rejoignis dans le salon et me laissai attirer contre lui et lui rendit son baiser en m'accrochant à lui. J'avais conscience que tout ça ne suffisait pas à me rassurer, que je ne faisais que repousser le moment où nous devrions vraiment nous séparer et où je me retrouverais de nouveau toute seule avec mes démons… Mais je ne voulais pas y penser pour l'instant.
Je le laissai m'attirer sur le canapé et me bercer par ses caresses dans mes cheveux et ses baisers dans ma nuque. En temps normal, j'aurais répondu à cette invitation indirecte pour passer à l'étape suivante, mais je n'en étais pas capable aujourd'hui.  J'avais peur, je n'étais pas prête. Camille et moi avions beau avoir fait l'amour des dizaines et des dizaines de fois, la prochaine serait différente. Car nous étions un couple. Et ca m'excitait autant que ça m'effrayait. Je voulais que ce soit… enfin, je voulais qu'on s'en souvienne. En bien de préférence, et j'étais trop lessivée pour ça. Je me sentais capable d'éclater en sanglot face à l'intensité de ce que nous vivions. Il fallait que je laisse un peu la pression retomber et j'étais reconnaissante à Camille de l'avoir compris. Nous nous contentions de câlins et de tendresse pour l'instant, et cela réussissait à me mettre un peu de baume au cœur.
Les heures s'effilochèrent sans que j'y prête attention avant que Camille ne me parle de son départ prochain. Je me raidis malgré moi. Ses bras me serrèrent plus fort. Je ne voulais pas qu'il s'en aille, je ne voulais pas qu'il me laisse…      

Camille a écrit:
« Rappelle-moi pourquoi je dois travailler encore ? »
Je me forçai à sourire et vint poser mes lèvres sur les siennes:

- Pour pouvoir me payer le restaurant, bien sûr ! Plaisantai-je avant de redevenir un peu plus câline. Mais je veux bien m'en passer si ça veut dire que je peux te garder avec moi ce soir…

Mon sourire se fana alors qu'il me faisait part de ses inquiétudes, comme un écho douloureux aux miennes. Mon rythme cardiaque s'accéléra et j'essayai de l'ignorer.

- Ca va aller, acquiesçai-je en me levant un peu abruptement pour faire quelque pas dans la pièce. Je vais… regarder un film et aller me coucher, tu n'auras qu'à me rejoindre en rentrant…

Puis le doute m'envahit et je me tournai vers lui. Mon regard se planta dans le sien et je ne pus m'empêcher de demander, d'une voix faible que je détestais:

- Tu reviens bien ici, après, pas vrai…?

Il me rejoignit et j’enfouis mon visage contre son torse.  

- Je... je suis désolée… j'ai…

Je laissai échapper un soupir. C'était moi qui avais des problèmes de communication maintenant. Les mots ne sortaient pas, je n'arrivais plus à savoir ce que j'avais le droit ou non de dire. Je me sentais faible et je me détestais pour ça.  

- Je réalise pas encore… tout ce qui s'est passé… j'ai l'impression que je vais me réveiller d'un instant à l'autre et que tu ne seras plus là et ça m'angoisse… ça m'angoisse tellement que ça me paralyse…

Je ne me reconnaissais pas. Je pris une profonde inspiration et posai mes mains sur son torse avant de lever les yeux vers lui:

- Ca t'ennuie si je te harcèle de Sms toute la soirée ?

J'essayais, encore une fois, de reprendre les choses avec plus de légèreté, mais je savais que Camille n'était pas dupe. J'étais une loque et il ne pouvait pas ne pas s'en être rendu compte. Plus sérieusement, derrière la plaisanterie, cela me rassurerait.

- Je te ferai un rapport toutes les heures jusqu'à ce que je m'endorme, qu'est-ce que tu en dis ?

Je l'embrassai et posai mon front contre le sien.

- A quelle heure est-ce que tu pars ? Et tu finis à quelle heure ?

Je levai les yeux vers l'horloge pour estimer le temps qu'il nous restait et retint un soupir. Deux petites heures.

- Bon et si on parlait d'autre chose, en attendant ? Ta tête va mieux ? Murmurai-je en caressant son front avec douceur. Je vais nous préparer quelque chose à manger, tu ne peux pas aller travailler l'estomac vide.

Je me doutais qu'il avait dû le faire plus d'une fois ces deux dernières semaines, mais maintenant, je voulais le cajoler. J'allais m'occuper de lui, et ça passait par le fait de l'engraisser un peu. Enfin, de nous engraisser un peu tous les deux.
Je l'invitai à s'asseoir à la table de la cuisine pendant que j'ouvrais les placards et le frigo à la recherche de l'inspiration. Je grimaçai devant leur contenu –ou leur absence de contenu plutôt- et jetai un regard contrit à mon petit-ami. Bon sang, aussi délicieux soit-il, j'allais devoir m'habituer à ce terme moi aussi.

- Bon, je crois que je vais devoir remettre le petit plat mitonné à un autre jour… il faut que j'aille faire des courses. Pizza ?

J'attrapai le téléphone et commandai une seule pizza pour nous deux. Je savais que nous aurions du mal à la finir. Lorsqu'on sonna à la porte, Camille fut incroyablement preste et rapide et avant que je comprenne ce qu'il se passait, il avait payé et ramenait le carton de pizza dans la cuisine. Je me mis à rire, un vrai rire, le premier depuis des jours, et secouai la tête :

- Tu vas me donner l'impression d'être une fille entretenue ! Je ne voudrais pas qu'on dise que je sors avec toi juste pour ton argent ! Le taquinai-je en venant l'entourer de mes bras pour l'embrasser, amusée.

La pizza passa plutôt bien et même si je me félicitai de n'en avoir commandé qu'une, ce fut moins laborieux que je l'avais imaginé.
On essayait tous les deux de détendre l'atmosphère et de parler de choses légères mais l'heure avançait et il bientôt temps pour lui de s'en aller. Je me dirigeai vers l'entrée et attrapai un trousseau dans le vide poche pour venir le glisser dans les doigts de Camille. Il y avait trois clés, accrochée à un petit porteclé.

- La porte de l'immeuble, la boîte aux lettres, l'appartement. Ce sont les doubles, comme ça, tu n'auras plus besoin de sonner…

Je me mordis la lèvre alors qu'il fallait maintenant se dire au revoir. Je me sentais mal, terriblement mal. Ma main se crispa sur la sienne et je me serrai contre lui en murmurant:

- Tu as choisi la pire petite-amie possible… je suis une véritable idiote… j'ai envie de pleurer et de te supplier comme une gosse de rester…

Je l'embrassai comme pour me donner du courage et chuchotai contre ses lèvres:

- Il faut que t'y ailles maintenant, sinon je vais jamais pouvoir te laisser partir…

Je recommençai, posant mes lèvres plusieurs fois sur les siennes et fermai les yeux:

- S'il te plaît, vas-y…


Je m'éloignai de lui à contrecœur et me forçai à lui sourire d'un air encouragement:

- Tu me reviens vite, d'accord ?

Un dernier baiser scella cette promesse et il disparut de l'appartement. Je fermais la porte à clé derrière lui et les enlevai pour qu'il puisse rentrer plus tard. Je récupérai mon portable dans mon sac et m'installais devant la télé, qui avait tourné dans le vide presque toute l'après-midi. Je voulais dormir, dormir pour que le lendemain soit déjà là et qu'il me revienne, pour qu'il soit là, avec moi, mais je ne supporterais pas le silence. Je remontais le plaid sur moi pour essayer de me réchauffer et combler le vide que Camille laissait derrière lui, mais je compris très vite que même ainsi, je ne dormirais pas. Je ne regardais pas non plus la télé. J'avais les yeux rivés au téléphone. Mais je n'étais pas seule. L'angoisse, le doute et la solitude m'accompagnaient, respectivement nichées dans mon estomac, mon esprit et mon cœur. Le portable affichait 19h35… encore huit heures à l'attendre… s'il revenait…
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Lun 12 Aoû - 1:08




 We're going back where we belong 

Voilà, qu'elle me sortait un numéro d'actrice tout à fait incohérent pour tenter de me convaincre en se relevant. Mon ouïe plus fine que la sienne avait bien capté les embardées de son cœur. Le mien s'était tordu à cette manifestation. Elle paniquait autant que moi face à mon départ et ce simple fait redoublait mes propres angoisses. Mais je n'en montrais rien. C'était moi l'homme de l'histoire, pas vrai ? Je devais assurer. Après tout, j'étais aussi la cause de tout ce bazar, je devais me racheter dignement. Je lu sa faiblesse dans ses prunelles et sa voix m'acheva complètement. Il ne me fallut pas deux secondes pour être à ses côtés et la prendre dans mes bras. Comment pourrais-je la laisser ici en la sachant dans cet état ? « Bien sûr, le plus rapidement possible. » Elle se perdit dans ses mots ce qui me fit encore plus mal. Je n'allais jamais savoir partir d'ici. Peut-être prendre un jour de congés ? Je m'en étais déjà trop octroyé sans compter que j'avais clairement abusé ces 14 derniers jours niveau concentration et efficacité au boulot. Ca serait moche d'être en discorde avec Mary pour ce job alors qu'il y avait tant de sujets déjà bien juteux entre nous à propos de l'alliance... Ses paroles firent échos à mes pensées et je me rendis compte que tant que nous restions sur la même longueur d'onde, ça devrait aller. Pas vrai ? « Ne t'excuse pas... Moi aussi je... Tu peux m'envoyer des sms et je ferais mon possible pour te répondre. » Elle allait avoir du mal à me refaire confiance. Comme j'allais  avoir du mal de me faire confiance. Et si mes angoisses revenaient, et si je prenais conscience que... Pas maintenant. Maintenant, je devais réconforter l'être qui se trouvait dans mes bras. J'acquiesçais à son idée de rapport en réalisant que ça me rassurait davantage que l'inverse. « Je pars vers 19h30, histoire de prendre quelques affaires. Je serais de retour vers 03h30 plus ou moins... » Je suivis la trajectoire de son regard et grimaçais. Sa diversion ne pouvait pas fonctionner mais je ne soulevais pas ce détail. Elle avait donc remarqué pour l'aspirine. « Ca va mieux... » J'avais encore une pression au niveau du front mais plus supportable, elle partirait avec une nouvelle nuit de sommeil sûrement. C'était dû à la fatigue. Concernant le repas, je n'avais décidément pas retrouvé un semblant d'appétit mais si ça signifiait qu'elle m'accompagnait, je n'allais pas refuser. On devait reprendre forme humaine tous les deux de toute façon.

Ses placards étaient vides. Inhabituel pour Rebecca, tellement inhabituel. Tous ces faits concrétisaient tellement son mal être que ma culpabilité se faisait à chaque fois plus pesante sur mes épaules. Je hochais de la tête positivement à son idée de pizza en essayant de me distraire sommairement avec notre dernière commande en date. Le livreur arrivant juste après nos ébats sur son canapé. Je me mordis l'intérieur de la joue à ce souvenir car il ramenait avec lui d'autres choses comme je suis qu'une nana bonne à baiser. Comment avais-je pu la laisser filer sans même démentir ça ? Je ne laissais pas mes traits se troubler pas tout ça et continua à veiller sur elle durant le temps qu'ils nous étaient encore accordés. Bien entendu, je ne la laissa pas payer à nouveau et me retrouva très vite face à son rire à la suite. J'aurais presque fermé les yeux pour le savourer ce son, il me fit sourire. Mon premier sourire depuis nos retrouvailles, depuis une éternité à vrai dire. Il disparut bien vite quand elle tenta de plaisanter sur le sujet. Rachelle se hissa dans ma tête et me comprima  la cage thoracique. Je masqua ce passage d'égarement derrière une moue dubitative face à la pizza que je disposais sur la table, les mots ne parvinrent pas cependant à sortir de ma gorge. Je me forçais encore pour ma part à ingurgiter la nourriture mais réussis à battre mon record en nombre de bouchées. J'eus des crampes d'estomac juste après mais j'ignorais si il fallait attribuer ce fait à cette exercice ou plus à l'horloge qui ne continuait pas de tourner et tourner à vitesse hallucinante.

Quand elle me tendit son trousseau de clés, je restais un peu perplexe. Ce n'était pas un... peu rapide ? Ma peur se réveillerait ? Un petit peu. L'oiseau soupirait en me traitant d'imbécile. Je les acceptais parce que mon pragmatisme réussit à étouffer la révolte que ma trouille cherchait tardivement à mener. J'ajoutais pour la forme « D'accord. » Ma gorge se serra atrocement quand elle se mit à évacuer ses inquiétudes. J'arriverais jamais à la laisser. Si, j'avais des responsabilités. Non, au diable. Si. Non. Merde, j'avais pas de temps à perdre en dualité. J'étais un adulte, j'avais pas le choix. Je devais payer les factures. « Je pourrais ne pas y aller... Démissionner... Brûler le bar... Insulter les clients pour qu'on me vire... » Tentative catastrophique de la réconforter. Je n'étais officiellement pas doué pour ça... C'était moi le désastreux ... petit ami de cette histoire. Avant que nous nous embrassions une ultime fois, je répliquais à son interrogation. « Le plus vite possible. Rebecca, je vais revenir. Je te le promets. » Et elle savait que je ne blaguais pas avec les promesses. Ses lèvres s'emparèrent une dernière fois des miennes et je filais. Chaque pas qui m'éloigna d'elle semblait être une douleur supplémentaire pour ma poitrine. J'arrivais dans un état pas possible à ma voiture. C'en devenait ridicule. J'avais peur qu'elle me rejette quand je revienne, tellement peur qu'on fasse marche arrière, qu'elle ait du temps sans moi pour réfléchir à ça et décider que finalement, non, je ne la méritais pas. Malgré tout ce qu'elle m'avait confié, malgré avoir perçu, vu, senti sa propre frayeur, je ne parvenais pas à rationaliser. Je gagnais en hâte mon appartement. Dès que j'atteignais mon palier, mon souffle se fit irrégulier, saccadé, je le perdais. Comme ces deux dernières semaines, cette vision me donnait carrément des sueurs froides. Je me dépêchais d'entrer mais être à l'intérieur n'arrangea pas ma panique. Me heurter au silence à nouveau des lieux me replongeait dans l'agonie subie entre ses murs. Je commençais alors à accélérer le mouvement. Je pris une douche ultra rapide, changea de tenue avant d'embarquer un sac de sport dans lequel je fourrais toutes mes affaires. J'avais de quoi tenir plus de dix jours. Je ne serais pas obligé de revoir ce fichu studio d'ici là. Et d'ici là, j’espérais aller mieux et ne pas frôler  la crise de panique en y entrant. Je sortis dès que tout fût fait sans perdre une seconde. Je dévalais les escaliers et relevais mon courrier avant de retrouver l'habitacle de ma vieille japonaise.

Je n'allais pas bien. Pas bien du tout quand je m'assis derrière le volant. Tout ce que j'avais réussi à taire en grande partie en compagnie de Rebecca refaisait surface. J'ouvris la vitre afin d'obtenir un peu d'air et sortis mon portable pour envoyer un sms à ma jolie brune. J'avais besoin d'être rassuré comme un enfant qui a vu le croque mitaine. Je quittais ma rue le plus vite possible à la suite et me retrouva rapidement sur mon lieu de travail. La pluie me tomba dessus quand je rejoignais le bar. La soirée fut longue, très longue, trop longue. Je devenais de plus en plus impatient et nerveux à mesure que la nuit déclinait. Quand 03h00 fut atteint, je courrais presque sur le parking pour partir de là. Je brûlais même un feu rouge ce soir-là pour arriver le plus rapidement possible chez elle. Je sortis mon sac à la hâte du coffre et donc mes clés fraîchement acquises que j'avais déjà placé avec le reste des miennes. Rentrer comme ça après le boulot avec mes affaires à la main... Nous étions vraiment un... un... couple. Bordel, j'allais jamais m'y faire. Il n'y avait toujours eu que moi, mon indépendance, mes soucis. Mais là il y avait elle, nous, nos problèmes, nos solutions. C'était étrange, tellement étrange. Et ça me faisait flipper, tellement flipper. En plus de ça... Je me demandais comment elle allait m'accueillir et si... Si... Chut, l'heure n'était pas à la torture mentale. Je rentrais et la découvrais au milieu de la pièce. Elle m'avait attendu. Je me jetais sur elle à peine eus-je franchi le seuil, ne refermant même pas la porte, balançant ma sacoche dans l'entrée sans ménagement. Je l'embrassais alors longuement et la serrais contre moi comme si ça faisait plus d'un mois qu'on ne s'était pas vus. Entre deux baisers, je glissais d'une voix rauque. « Ok, je te jure. Je démissionne demain et j'apprends à vivre dans la rue. » Mes lèvres revinrent revendiquer les siennes une dernière fois puis je posais mes paumes de chaque côté de son visage afin de la détailler. « Ça a été ? Tu devrais dormir toi normalement à cette heure-ci au fait.» ajoutais-je faussement irrité en plissant les yeux. A sa place, je n'aurais pas pu fermer l’œil alors bon. J'embrassais son cuir chevelu et lui glissais doucement à l'oreille. « Je vais vite me changer, je te rejoins au lit. File te coucher ma belle brune. »

Je ramassais mon sac, verrouillais la porte d'entrée avant de me diriger vers la salle de bain. J'en sortis en pantalon de survêt et en t-shirt avec l'envie violente, compulsive de fumer. J'étais retombé à deux cigarettes aujourd'hui. Je me félicitais pour cette prouesse et retrouvais plutôt Becky sous les draps. Je l'attirais contre moi avant de murmurer simplement « Bonne nuit.» Je l'étreignais toujours contre moi quand Morphée m'emporta finalement. J'étais exténué. Trop d'émotions tue après tout. Mon sommeil fut plus paisible que la veille, mon subconscient avait assimilé la situation mieux que ma partie consciente de toute évidence. Je me réveillais le lendemain matin avant elle et cette fois-ci plutôt que de céder à cette terrible envie de nicotine qui me chatouillait le palais, je restais là à attendre qu'elle ouvre les yeux. Je m'occupais de ses angoisses avant les miennes – c'était le minimum vital après ce que je lui avais fait subir.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Lun 12 Aoû - 22:47




 We're going back where we belong 


J'avais somnolé toute la soirée sans jamais réussir à m'endormir complètement, le regard rivé à mon portable. Je lui avais envoyé plusieurs messages tout au long de la soirée, essayant de ne pas dramatiser pour ne pas qu'il s'inquiète davantage. Pourtant plus les heures défilaient et plus son absence m'oppressait. J'avais l'impression de souffrir de syndrome post traumatique tant mes réactions étaient disproportionnées et imprévisibles.  Je me redressai brusquement quand j'entendis les clés dans la serrure et j'étais déjà debout lorsqu'il entra et me rejoignit aussitôt pour m'embrasser et me serrer longuement contre lui. C'était insensé, j'avais l'impression qu'on ne s'était pas vu depuis des mois alors que ça faisait à peine 8 heures.
Camille a écrit:
« Ok, je te jure. Je démissionne demain et j'apprends à vivre dans la rue. »
Je souris et acquiesçai vivement en continuant à l'embrasser:
- Ça me va.
Mon visage entre ses mains, je hochai à nouveau la tête quand il me demanda si ça avait été.
Non, ça n'avait pas été, mais ça allait mieux. Ça irait mieux.
Il me réprimanda gentiment sur le fait que je ne dormais pas encore et je souris tendrement:
- Je peux dormir, maintenant que tu es là...
Sa voix me fit frissonner et j'acquiesçai alors qu'il me disait d'aller me coucher et qu'il me rejoignait. Je n'eus pas à attendre longtemps avant qu'il ne se glisse sous les draps et m'attire contre lui. J'eus l'impression que je respirais pour la première fois de la soirée. Je glissai mon nez dans son cou, absorbant son odeur et sa chaleur et, rassurée, ne tardai pas à m'endormir.  

J'eus un sommeil de plomb. Incroyable comme la présence de Camille changeait tout. Car cette fois-ci je la sentis, sa présence près de moi, presque immédiatement lorsque je m'extirpai du pays des songes. Je souris en me collant contre lui avant d'ouvrir les yeux. Je me sentais mieux, beaucoup mieux que la veille, infiniment mieux que ces deux dernières semaines.
- Bonjour, toi... mmmh... je veux me réveiller comme ça tous les jours...
Je vins poser mes lèvres sur les siennes. L'une de mes mains glissa dans ses cheveux, l'autre vint caresser sa joue. Je me mordis la lèvre inconsciemment. Il était adorable comme ça, les cheveux en bataille, l'air encore un peu endormi. Il fallait qu'il se remplume un peu et que ses jolis yeux perdent cette lueur inquiète qui les voilait depuis des semaines, mais il restait incroyablement sexy.
- Je t'ai déjà dit à quel point tu étais beau ? Demandai-je avec un sourire. J'ai encore du mal à croire que tu n'es rien qu'à moi... j'en ai de la chance...
Mes yeux plongèrent dans les siens. J'avais envie de lui demander comment il allait, envie de m'assurer que tout allait bien, qu'il arrivait à gérer tout ça, cette intensité entre nous que nous avions fuit jusque là et que l'on laissait aujourd'hui nous rattraper. Mais je ne dis rien. Je ne voulais pas gâcher cet instant, gâcher la bonne humeur que je sentais pointer le bout de son nez. Je voulais profiter de tout ça. C'est aussi pour ça que je tue le "je t'aime" qui me gonflait la poitrine. Pour la première fois depuis une éternité, ce n'était pas une pensée douloureuse. J'étais bien avec lui, j'étais détendue, j'étais en sécurité. J'espérais qu'il ressentait la même chose.
J'attrapais encore ses lèvres, plus longuement. Je me sentais d'humeur câline, presque d'humeur coquine d'ailleurs, au point que je glissais ma jambe entre les siennes pour me rapprocher encore, me collant tout contre lui. Je vins mordiller son cou et finis par me redresser pour m'allonger sur lui et intensifier nos baisers.  Ma main glissa sous son tee-shirt, mais soudain, mon ventre se mit à gargouiller et je me mis à rire, les joues rosies à la fois de plaisir et d'embarras:
- Mince... soupirai-je contre ses lèvres, à la fois amusée et un peu déçue. Le monstre s'est réveillé... il va falloir aller le nourrir.
C'était sûrement mieux. En tout cas, c'était bon signe. Je commençais à ressentir les signes physiques de la faim et mon appétit revenait. Mes appétits, devrais-je dire, car j'étais plus que tentée par une grasse matinée crapuleuse avec mon boyfriend. Mais, il fallait être raisonnable. On remettrait ça à plus tard, ça ne pouvait pas nous faire de mal. Plus on attendait, meilleur ce serait, non ?
- Je vais voir s'il reste quelque chose de mangeable au fond des placards. Je te prépare un café ?
A regret, je déposai un dernier baiser sur ses lèvres et me détachai de lui pour me relever.
Il m'imita et m'annonça qu'il allait rapidement fumer. J'acquiesçai sans faire de commentaire et me dirigeai vers la cuisine alors qu'il quittait l'appartement. J'aurais pu lui proposer de fumer à la fenêtre mais je ne voulais pas qu'il prenne de mauvaises habitudes. Ce n'était bon ni pour lui ni pour moi. J'espérais bien qu'il arriverait à s'en passer quand il irait mieux et que le stress ferait moins partie de sa vie. Pas avant un moment, à mon avis. Je savais qu'il luttait contre cette addiction et qu'il la vivait mal, comme une marque de faiblesse de sa part. Si j'aimais le taquiner à ce sujet, je ne voulais pas en rajouter pour le moment. J'étais trop contente pour prendre le moindre risquer de gâcher ça.
Quand il revint, je lui tendis sa tasse :
- Mes recherches archéologiques n'ont abouties qu'à la trouvaille d'un paquet de gâteau périmé et d'un morceau de pain rassis...ça devient critique. Déclarais-je en trempant mes lèvres dans mon café et en passant mon bras autour de sa taille. Je crois qu'il faut vraiment que j'aille faire des courses. Ça t'embête de venir avec moi ? Je voudrais faire ça ce matin, comme ça on sera tranquille pour les jours qui viennent !
On était dimanche, mais le supermarché du coin était ouvert 7 jours sur 7. Cela dit, je ne voulais pas imposer la corvée à Camille alors j'ajoutais :
- Je peux y aller toute seule sinon, je n'en ai pas pour longtemps, si tu préfères m'attendre ici.
J'avais pris un air nonchalant pour lui proposer cette séparation dont je n'avais pas envie. Il était temps que je me remette de cette histoire, que je me convaincs qu'il n'allait pas disparaître, que je lui fasse, nous fasse, assez confiance pour qu'on puisse être séparé sans que je fasse une crise de nerfs à l'idée d'être loin de lui. Ca n'allait pas être simple, mais j'étais suffisamment en forme aujourd'hui, pour l'envisager.
Je déposai ma tasse sur l'évier derrière lui et lui souris. J'avais envie de passer mon temps à me serrer dans ses bras, à le toucher et à l'embrasser, mais je me contentai d'un rapide baiser.
- Je vais vite prendre une douche alors. Tu pourras passer à la salle de bain pendant que je me prépare !
J'aurais pu lui proposer de m'accompagner mais cela risquait de retarder notre départ… et plus vite c'était fait, plus vite je pourrai le séquestrer avec moi pour le reste de la journée !
Aussitôt dit, aussitôt fait,  je le délaissai et rejoignit la salle de bain pour me laver. Le jet de la douche me fit du bien mais je me dépêchai pour laisser un peu de temps à mon petit-ami. Je souris. Décidément, c'était trop bizarre. Mais j'adorais la façon dont ça sonnait.
- La place est libre ! Clamais-je en rejoignant ma chambre pour me préparer.
Je n'avais porté que du pratique informe depuis 15 jours. Aujourd'hui, je voulais me faire belle pour mon chéri. "Mon chéri". Ho c'était encore mieux que "petit-ami" ça !
Je me surpris à rire toute seule.
Je jetai un regard critique à ma garde-robe et fut attirée par la robe qu'il m'avait offerte. Voilà qui serait parfait.  Je l'enfilai avec plaisir et m'attachai les cheveux en une tresse un peu lâche, façon bohème, que je laissai tomber sur le côté. Cachant le coté de ma nuque où j'avais été mordue –même s'il n'y en avait plus aucune trace- et exposant l'autre, je terminai d'accessoiriser ma tenue avec une paire de boucle d'oreille et un long sautoir dont la breloque comportait quelques perles et plumes.
Je choisi une paire de talons assortis et fouillai un moment dans mon placard pour trouver un sac à main qui me plaisait. Satisfaite, je rejoignis le salon où Camille m'attendait déjà.
- Je suis prête ! Annonçai-je en faisant innocemment un tour sur moi pour qu'il puisse admirer à nouveau comme son cadeau m'allait bien.  On peut y aller !
Je me dirigeais vers l'entrée, lui tendant la main pour qu'il me rejoigne et l'embrassant tendrement avant de quitter l'appartement. Le sentir d'aussi bonne humeur que moi ne faisait qu'accentuer ma joie. J'avais envie de chantonner et le trajet en voiture fut l'occasion de faire quelques vocalises. Je jetai des regards amusés à Camille qui n'en perdait pas une miette. Je me sentais bien et d'humeur joueuse.

Je le laissai prendre le caddie et nous pénétrâmes dans le supermarché. Je n'avais toujours rien avalé depuis la demi-pizza la veille et je commençais à avoir vraiment faim. Ce qui n'était pas étonnant, parce qu'il ne devait pas être loin de midi à présent.

Je n'avais pas fait de liste, ce qui était potentiellement une très mauvaise idée, alors je décidai de prendre les rayons les uns après les autres. Je glissai mon bras autour de celui de Camille qui poussait le chariot et demandai:
- Qu'est-ce qu'il te ferait envie ?
On commença par le rayon des produits secs et je jetai dans le caddie plusieurs paquets de riz, de pâtes et de céréales. Je pris également du café et quelques ingrédients de bases avant d'arriver au rayon sucreries que je me mis un devoir de dévaliser. Note pour plus tard : ne jamais faire les courses le ventre vide. Tout me faisait envie, d'autant que je n'avais pas avalé grand-chose ces derniers temps.  Je traversais le rayon en attrapant régulièrement un paquet ou une boîte que je déposais distraitement dans le chariot malgré les commentaires de Camille. Je levai les yeux au ciel à chaque phrase, amusée, mais l'ignorant, toute appliquée à ma tâche.  
Humm des M&M's, j'adorais en manger devant la télé et ça faisait des siècles que je n'avais pas fait ça. Je m'emparai d'un paquet –version XXL- et allait pour le déposer dans le chariot quand je me rendis compte qu'il était presque vide. Mais qu'est-ce que… ? Je levais les yeux vers le visage espiègle de mon compagnon.
-Mais… Camille ! Protestai-je en riant alors que je comprenais qu'il avait vidé le caddie à chacun de ses commentaires sur mes choix alimentaires douteux.
Je me servis du paquet de M&M's que j'avais encore dans les mains pour le frapper à l'épaule, faussement agacée:
-  Qu'est-ce que tu crois être en train de faire ! J'ai besoin de ma dose de sucre, Fontayn, sinon je deviens exécrable ! Et crois-moi, tu ne veux pas que ta copine soit en manque de sucre !
Je le poussai gentiment du coude tandis que nous faisions le rayon en sens inverse pour récupérer ce qu'il y avait. Plusieurs fois, il voulu tenter de recommencer, mais cette fois je le surveillais et, le sourire au bord des lèvres, je levai un doigt menaçant pour l'en empêcher, le défiant de le faire devant moi.
On évoluait de rayons en rayons, Camille étant de plus en plus dissipé. Je n'arrêtais pas de rire de ses bêtises alors qu'il ne me laissait pas choisir tranquillement.
- Tu fais partie de la brigade anti-malbouffe ou quoi ? Riais-je alors qu'il me proposait des graines de Soja et du tofu tout en sachant que je détestais ça. Yeeurk, non ! Je te jure que si tu me fais acheter ça, je te forcerai à les bouffer jusqu'au dernier !
Arrivé au rayon des biscuits salés, j'attrapais un paquet et me tournai vers lui:
- Et un paquet de chips, je peux prendre un paquet de chips ?
 Malgré son refus, je me rapprochai de lui pour déposer l'objet du crime dans le chariot et me mis sur la pointe des pieds:
- Et si je vous soudoie, Mr l'agent… ?
Deux autres paquets vinrent rejoindre le premier et je me dirigeai vers les fruits et légumes. Je mis plusieurs tomates dans un sachet que Camille ressortit illico du caddie en me disant d'oublier.
- Arrête ! Dis-je encore en riant. Mais qu'est-ce que tu racontes ? J'adore les tomates ! Et tu ne peux pas dire que ce n'est pas sain !
Même si je savais depuis le début que son argument ne tenait pas la route et qu'il ne faisait jamais vraiment attention à l'équilibre de ses repas.  Il proposa plutôt des haricots:
- Bon, va pour les haricots, mais seulement si je peux prendre les tomates aussi ! Et les carottes !
Je ne savais même pas pourquoi je négociais, mais je m'amusais comme une gamine.
D'autres légumes vinrent rejoindre mes tomates et je tapai sur la main de Camille lorsqu'il essaya encore de s'en débarrasser. Je fis un stock monumental de fruits frais avant de passer au rayon laiterie où je me servis en fromage, yahourt, beurre, lait et œufs.  Et on fit un dernier détour par le rayon boisson où Camille refusa que je porte ne serait-ce qu'un pack d'eau. Plutôt que de jouer les fausses indignées, je fis deux pas en arrière en levant les mains :
- Ha, c'est donc à ça que sert un petit-copain pour faire les courses ? Je commençais à me demander si ça avait une quelconque utilité en dehors de pousser le caddie. Encore que tu as passé plus de temps à le vider qu'à le pousser !
On finit par rejoindre la caisse et à vider l'imposant contenu du chariot sur le tapis. Pendant qu'on faisait la queue, je levai le visage vers lui pour réclamer un baiser.
- On a mis plus d'une heure à faire ce que je fais généralement en quinze minutes ! J'espère que tu es fier de toi !
Ma mine réprobatrice ne convainquait personne. Je m'amusais tellement que j'étais presque triste que ce soit fini.  
Je saluai la caissière et me rendit compte que j'allais devoir me battre avec Camille pour payer la note. Je le connaissais trop bien pour qu'il accepte de rester chez moi sans participer. Il fallait que je le distraie. Il était temps de jouer de mes talents de comédienne.
- Ho non, Cam, j'ai oublié le pain ! Tu peux aller en chercher vite fait ? J'ai pas envie de m'arrêter à la boulangerie avant de rentrer !
Je rangeai les affaires dans le caddie au fur et à mesure et sortis ma carte bancaire pour régler.
- On n'attend pas votre ami ? Demanda l'hôtesse de caisse.
- Ho non, je ne veux pas retarder les autres clients, on fera une note à part, merci !
Camille revint au moment-même où elle me rendait mon ticket de caisse et je me mordis la lèvre, me sentant un peu coupable de ma ruse:
- Désolée !
Il paya son pain en ruminant et repris le caddie en prétendant être vexé.
- Hooo, mon chéri, je sui désolée ! Je le referai plus, promis ! Le cajolais-je.
J'essayais de m'empêcher de rire alors que lui boudait, bien décidé à m'en faire baver.
Ha le saligaud ! J'allais tout faire pour le faire craquer… ! A voir qui de nous deux serait le plus fort à ce jeu !
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Mar 13 Aoû - 1:17




 We're going back where we belong 

A force de rester allongé, je finis par somnoler à moitié quand elle ouvrit enfin les yeux.  Rapidement, elle se retrouva coller à moi. Avant qu’elle ne parle, je calais un « Bonjour belle brune. » de ma voix enraillée. Sa réplique m’arracha un sourire directement. Je me sentais bien ce matin, relativement reposé, pas de migraine à l’horizon, aucune panique pour le moment non plus. Les lèvres de Rebecca complétèrent ce début de sérénité autant que ses mains sur mon visage et dans mes cheveux. Je lui entourais d’un bras la taille pour la rapprocher un peu plus. Ses yeux me détaillèrent ensuite et je la fixais avec confusion – toujours pas très bien réveillé, ne comprenant pas ses intentions avant qu’elle ne reprenne la parole. Je ne pus réprimer un nouveau rictus. Rien qu’à elle hein ? Ça sonnait bien aujourd’hui. Ses prunelles s’attardèrent sur les miennes et je crus un instant qu’elle craignait ma réaction alors j’ajoutais  « Mmmh et si on parlait plutôt de la beauté que tu es ? »  afin de la rassurer. Sa bouche revint s’accaparer la mienne et je la laissais intensifier nos baisers en réajustant sa position tandis que mon corps réagissait au quart de tour à ses charmes. Sa main se fit suggestive juste avant qu’un gargouillement nous interrompe. Non. Non ? Bon ok, j’étais content, vraiment content que son appétit soit revenu mais il fallait qu’il se manifeste maintenant ? C’était une blague ? Je ne répondis même pas à sa première phrase, trop choqué qu’elle se soit jouée de moi. Elle quitta le lit très vite, trop vite en prétextant devoir se nourrir. Bon choix d’argument cependant, je ne pouvais pas la retenir ou la contredire alors que je me faisais un sang d’encre concernant sa perte de poids.  C’était une raison valable de taire ma frustration. La cigarette tombait à point nommé, j’avais vraiment besoin d’aller me rafraichir les idées. Mes intonations sortirent encore plus graves quand je marmonnais.  « ‘k pour le café. ‘vais en profiter pour sortir fumer. ’en ai pas pour longtemps. »  avant de prendre briquet et paquet puis de sortir. De mauvaise humeur ? Pas vraiment. Avec un peu de recul, un peu de nicotine et un peu d’air frais, son comportement même si il avait été avorté, me rassurait plus que n’importe quel discours qu’elle pourrait me servir. Elle voulait manger et je ne la laissais apparemment pas indifférente. De quoi se réjouir en comparaison à la veille. Je me sentais vraiment plus détendu même si relativement offensé par la petite scène de la chambre. Si j’avais de la place pour me sentir lésé, c’était que ma propre situation mentale était en amélioration.  Ces conclusions me redonnèrent un peu plus de baume au cœur alors que j’écrasais mon mégot et rentrais pour rejoindre ma jolie brune.

J’eus droit à une tasse dès que je mis un pied dans sa cuisine. « Merci. »  Je buvais une longue gorgée de café durant son speech et ne pus donc intervenir qu’à la fin de ce dernier. Je jouais le faux offusqué à la suite en fronçant les sourcils. « Tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement, Scott, désolé. »  Après l’épisode de mon départ pour la Lune Bleue, je ne comptais pas réitérer trop souvent l’expérience surtout quand je nous jugeais encore prompt à l’instabilité tous les deux. Le fait de vouloir rester avec elle et de m’accrocher à sa présence ne m’effrayait pas si vous vous posiez la question. Je voulais simplifier mes pensées. Je voulais juste décompresser. Et pour une fois, j’obtenais satisfaction. Mon corps et mon esprit s’étaient tellement brisés ces derniers temps qu’ils ne cherchèrent même pas à aller contre cette volonté. Elle me servit un rapide baiser avant de filer. Je profitais de sa disparition pour finir mon breuvage et consulter mes mails encore une fois voir y répondre. Sa voix me parvint des tréfonds de l’appartement et j’obéis silencieusement à ses ordres. Je pris une douche rapide, opta pour chemise, jean, le duo gagnant avant de sortir et d’enfiler mes chaussures. Au final, elle n’était pas encore sortie de sa chambre que j’étais déjà prêt à l’attendre. Les femmes… Je souris à cette pensée et lui criais depuis la salle à manger pour m’amuser. « On pourra bientôt faire la fermeture, si tu continues. »  Je me sentais d’humeur taquine – chose que j’aurais cru impensable il y a plus de deux jours ou même la veille. L’optimisme s’imposait, ma survie me l’autorisait. Tout s’arrangeait, tout s’arrangerait, oui.

Rebecca daigna se montrer finalement et elle me coupa le souffle dans sa tenue. Qu’elle ait choisi de porter la seule chose que je lui ai jamais acheté donnait au concept de « petite amie » une nouvelle dimension qui me plaisait drôlement. Je pourrais m’y faire, j’allais m’y faire, forcément. «  Ravissante. Trop ravissante, je t’interdis de sortir comme ça d’ailleurs. »  Je la pris par le bras gentiment et lui indiquais la chambre du doigt d’un air sévère pour qu’elle aille se changer avant de rire. « Bon allez, c’est bien parce que je crains que tout ne soit vraiment fermé si tu dois encore te changer. » Je racontais n’importe quoi et je ne comptais pas me calmer. Je me sentais revivre comme elle d’ailleurs plus je la sentais de bonne humeur, plus je me sentais moi-même habité par une énergie positive.

Je pris le parti de jouer au pousseur de caddie vu qu’elle était censée être celle qui le remplissait. Je me sentirais ainsi un petit peu utile. Quand nous entrions, elle me posait une question fatale. Je pris le temps de laisser mon air songeur animé mes traits. « Attends. Mmmh… » Je fis semblant de chercher dans un rayon proche avant d’attraper Becky par la taille et d’esquisser un mouvement suggérant que je la place dans le caddie. « Mais ça risque de pas être pratique pour te faire passer à la caisse. »  Je lui souris et me détacha d’elle. Je n’allais pas être de tout repos avec elle, j’avais envie de l’ennuyer. Je me contentai pendant un certain temps de suivre ma Dame alors qu’elle s’appliquait à remplir le chariot de divers aliments. Je ne pus m’empêcher de me montrer dissipé une fois le rayon sucrerie atteint. Dès qu’elle posait un truc sous mes yeux, je m’empressais de le commenter et de le retirer. « Trop sucré, pas assez chocolaté… Le bonhomme de l’emballage est pas net, c’est trop fruité, trop gras, pas assez salé ! Trop rose, pas assez rentable, beaucoup trop de mots pour une marque, ça te ruine les dents ce truc-là… »  J’étais très sérieux en m’appliquant à lui ruiner ses efforts pour tout embarquer, remettant tout sur les étagères d’où elle venait de les prendre. Le plus amusant c’est qu’elle ne s’en rendait pas compte. Jusqu’au moment où elle se retourna vraiment et sa tête me fit éclater de rire. Je me protégeais n’importe comment avec mes bras alors qu’elle me frappait avec son paquet de M&M’s. « Oh non, j’ai réveillé l’ogre ! Aux abris. » Nous reprenions les choses là où on les avait laissé et je jouais encore avec elle comme un môme. Je lui sortis d’autres remarques stupides alors que nous évoluions toujours dans le magasin du genre. « Et ils sont où tes 5 fruits et légumes par jour dis-moi ? / Sérieusement Rebecca, tu veux mourir jeune ? / Encore une future victime des statistiques. / Désespoir, cruauté, alors qu’elle sombre dans l’achat de graisses saturées.  »

Les graines de soja arrivèrent vite dans mes paumes. « C’est bon pour le teint, allez. »  Ce que je racontais ? Aucune idée. C’était bon de ne pas penser et de dire n’importe quoi. Devant ses paquets de chips, je me montrais intransigeant.  « En effraction jeune femme ? Et vous voulez soudoyer un agent de surcroit ? Ceci sera ajouté à votre casier. Je ne suis pas fier de vous. »  Et levais les yeux ainsi que les mains au ciel quand elle en ajouta deux à l’équation. Les légumes et les fruits nous ouvrirent ensuite les bras. Je grimaçais en retirant très rapidement ces fichues tomates du contenu qui s’étalait devant moi.  « Ça, on oublie. C’est rouge, c’est menaçant. Fuir, vite, danger. » J’attrapais un paquet d’haricot à ma portée alors et lui présentais à la manière d’un présentateur du téléachat.  « Vert, joli, pacifique et sain. » Je lui servis une moue déconfite face à son deal.  « Bon… si les carottes viennent aussi alors je pourrais endurer cette vision d’effroi dans ce caddie. Mais c’est seulement parce qu’elles sont sympathiques et qu’elles savent mettre l’ambiance hein ! »  Je tentais innocemment de les faire disparaitre mais sans succès à la suite. Big brother veillait à ce que je sois sage. Quand nous atteignions la caisse et qu’elle me servit sa fausse irritation, je pris un air désolé et triste tout en marmonnant  et en regardant le bout de mes chaussures.  « Suis désolé… » Je retrouvais mon sérieux quand elle me demanda en dernière minute de trouver du pain. Je me mis en quête de sa demande et malgré ma rapidité, j’arrivais après qu’elle ait payé. Je compris directement son manège et ça ne me plut pas. Néanmoins, je relativisais plutôt bien aujourd’hui alors je ne lui en tenais pas vraiment rigueur. Par contre, je m’amusais à jouer les faux vexés alors que je payais donc pour ce fameux pain soi-disant défectueux.  Je grommelais dans mes dents. « ‘M’en fous. Je boude et je garde le pain en otage. » en gardant caler sous mon bras la dite victime. « Lui, il me comprend.  Tellement que… » J’en sortis une petite tranche et la mangea sur le parking à la va-vite. « Voilà. Lui et moi, on ne fait qu’un. » Douteux ? A peine… Puéril ? Ah ça… Nous remplissions le coffre de ma voiture, moi toujours pendu à mon mauvais jeu d’acteur boudeur.

Quand je repris le volant, je gardais le pain sur mes genoux et le tapota même avant de mettre le contact. « Brave petit. Toi au moins, tu es loyal. » Je démarrais en continuant à rouspéter bêtement. Une fois devant son immeuble, nous déchargions les courses et les disposions sur le plan de travail de la cuisine avant de les ranger. Je commençais durant l’opération à effleurer Rebecca du coude, de la hanche, du bras à chaque fois que je passais à côté d’elle. Elle s’était bien jouée de moi plus tôt ce matin, j’avais envie de la titiller aussi. On continua ce petit manège en rangeant tout dans ses placards. Je me fis plus taquin en frôlant, ses fesses ou sa poitrine sans jamais vraiment les toucher. Quand tout fût rangé, je me tournais vers elle. « Qu’as-tu fait de Roger ? » Je pris une voix douloureuse. «  Où est-il ? Rends-moi mon pain. Ta jalousie ne justifie pas sa mort ! » Je me rapprochais d’elle. « J’ai un moyen de te faire parler. Je suis doué pour dénouer les langues. » Je glissais mes lèvres sur les siennes et me mis à l’embrasser sans l’attirer contre moi, sans poser une seule de mes mains sur elle. Je m’appliquais dans ce baiser afin de lui faire perdre la tête. Et au final, je me fis prendre à mon propre jeu parce que je la désirais trop et que j’avais l’impression qu’une éternité s’était écoulée depuis que j’avais eu l’occasion de la parcourir. J’avais tellement envie d’elle que ça en devenait viscéral alors je me reculais pour ne pas pousser le vice. Je ne savais toujours pas ce qu’elle voulait exactement, j’attendais qu’elle fasse le premier vrai pas. De toute manière, le regard que je lui lançais me semblait assez éloquent pour qu’elle sache ce que moi je désirais. Avec toute la volonté du Monde, je n’aurais pas pu le cacher. « Bon j’attends… Il est où ? » - histoire de rester léger.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Mar 13 Aoû - 21:38




 We're going back where we belong 


Mon rire avait résonné dans les allées et résonnait encore alors que nous quittions le magasin. Camille m’avait fait passer un excellent moment et je ne me souvenais pas m’être autant amusée depuis des lustres. Je n’avais en tout cas pas autant rit depuis une éternité et le sourire ne quittait plus mes lèvres. Je jouais le jeu de ses blagues idiotes et me réjouissais de le voir de si bonne humeur.  Bon sang, comme il m’avait manqué… finalement, à ma grande surprise, cette histoire de couple semblait lui faire du bien à lui aussi. Il était plus détendu, plus présent. Je sentais mon cœur déborder de joie et d’amour à le regarder faire le pitre, sourire et rire avec tant de légèreté.  
Il se mit à bouder comme un gamin et prit le pain en otage. Oui, vraiment, il était en grande forme !
-          Tu ne peux pas faire ça, il a une famille. Relâche-le et ce sera comme s’il ne s’était jamais rien passé…
Je pris un air horrifié lorsqu’il en mangea une tranche :
-          Tu es un monstre ! Détournement de pain, je suis sûre que ça vaut au moins six mois fermes !
J’avais du mal à garder mon sérieux dans notre jeu de mauvais acteurs mais Camille lui tenait bon. Il continua son petit manège alors qu’on vidait les courses dans le coffre et poussa le vice à poser le pain sur ses genoux pour conduire. Je fis mine de le frapper lorsqu’il évoqua la loyauté du pain comme pour me rappeler ma vile trahison de la caisse.  
Une fois à la maison, on déchargea les courses sur le plan de travail et on se mit à ranger chaque chose à sa place. Camille m’effleurait dès qu’il en avait l’occasion et je compris vite son petit jeu alors qu’il me titillait l’air de rien.  Ha il voulait jouer à ça ? Pour me venger, je profitais qu’il soit distrait pour cacher le pain, ce qu’il finit par remarquer quand tout fut rangé.
Camille a écrit:
« Qu’as-tu fait de Roger ? »
-          Roger ? Fis-je, prétendant ne pas comprendre.
J’avais du mal à garder mon sérieux mais j’adorais jouer l’ingénue.
Camille a écrit:
«  Où est-il ? Rends-moi mon pain. Ta jalousie ne justifie pas sa mort ! J’ai un moyen de te faire parler. Je suis doué pour dénouer les langues. »
Et effectivement, c’est ce qu’il fit, me rejoignant pour m’embrasser langoureusement dans le but avoué de me torturer. Il ne me touchait pas et cela me frustrait. Il savait parfaitement ce qu’il faisait. Je voulu me rapprocher mais il recula. La lueur dans ses yeux était assez explicite pour qu’il n’ait pas besoin de mots mais je compris qu’il n’osait pas aller plus loin. Il était probablement inquiet de ma réaction -ma petite défection de ce matin ne devait pas y être étrangère- j’allais donc devoir prendre les choses en mains. Il revint à la charge en me demandant où était son fichu pain.
-          Quelle importance ? Demandai-je en l’attrapant doucement par la chemise pour l’attirer vers moi. Est-ce qu’il peut faire ça, lui ?
Et joignant le geste à la parole, je me mis sur la pointe des pieds pour déposer doucement ma bouche contre la sienne, venant mordiller doucement sa lèvre inférieure avant de descendre dans son cou pour y déposer une myriade de petits baisers légers comme des papillons. Puis je m’écartais à mon tour et me mordis volontairement la lèvre de manière suggestive.
-          Il va falloir choisir… c’est moi ou Roger...
Je lui tournais le dos et fit glisser sensuellement l’encolure de ma robe pour dévoiler mon épaule nue. Puis je coulais un regard prometteur à mon boudeur de petit-ami. Quelque chose me disait que j’allais adorer gagner cette manche.  
Avec une extrême lenteur, je défis la robe qui tomba mollement sur le sol. A présent uniquement couverte de mon bel ensemble de lingerie couleur crème et de mon sautoir, je me dirigeais langoureusement vers la chambre. Je m’arrêtai à l’embrasure de la porte et m’y adossais pour le regarder. Je mis un doigt dans ma bouche et levai un sourcil, l’air tentatrice :
-          Alors…?
Je retins un rire lorsqu’il me rejoignit et détournait la tête lorsqu’il essaya de m’embrasser :
-          Ta, ta, ta, pas si vite…  
Je posais un doigt sur ses lèvres pour le repousser légèrement :
-          Tu n’oublies pas quelque chose ?
Devant son air perplexe, j’ajoutai :
-          Ton aventure avec Roger m’a brisé le cœur, il va falloir te faire pardonner. Qu’as-tu à dire pour ta défense ?
Je fis glisser l’arrête de mon nez le long de la courbe de sa mâchoire, bien décidée à lui rendre la monnaie de sa pièce. Du bout de ma langue, je vins titiller la peau tendre sous son oreille et descendit plus bas jusqu’à l’encolure de sa chemise.
-          Tu es bien trop habillé… murmurai-je en tirant doucement sur le tissu pour dévoiler un peu plus sa gorge.
Mes mains défirent les boutons de sa chemise en déposant de nouveaux baisers sur son torse et son nombril, avant de l’attirer dans la chambre.
-          Hum… tellement appétissant… soufflai-je contre sa peau, lui refusant toujours un véritable baiser. Je n’ai rien avalé depuis hier soir… tu réalises dans quelle position cela te place… ?
Pour le coup, mon appétit s’était mis en veilleuse et j’avais faim d’autres plaisirs que la nourriture. J’avais faim de lui, j’avais envie de le dévorer, de me fondre en lui. Je le poussai sur le lit et vins m’agenouiller au-dessus de lui pour venir susurrer à son oreille, en réponse à ma propre question :
-          Tu es une friandise… la plus tentante et la plus prometteuse des friandises…
(…)

- Tu es à moi… soufflai-je contre ses lèvres.
(…)

- Ne me trompe plus jamais, avec Roger, ou avec qui que ce soit d'autres… car ma vengeance sera terrible…
Et pour illustrer mes propos, je fis quelques pas en arrière pour venir m'adosser au mur et l'admirer. Dieu, qu'il était beau… encore plus ainsi les joues rougies de plaisir, haletant, son corps à nu offert à ma vue pour mon plus grand plaisir. Je me mordis la lèvre compulsivement alors que j'imaginais toutes les choses que je voulais lui faire, toutes les choses que je voulais qu'il me fasse. J'attendis qu'il relève la tête et croise mon regard brillant.
- Si tu me veux, il va falloir venir me chercher…
Je poussais un petit cri qui se transforma en éclat de rire quand je le vis s'élancer dans ma direction et je pris immédiatement la fuite vers le salon. Je me réfugiais derrière la table, amusée alors qu'il me prenait en chasse, prête à me remettre à courir au moindre geste de sa part, ce qui ne tarda pas. Je filai vers le canapé et lui lançai des coussins pour le ralentir, riant toujours aux éclats.
Je n'avais pas beaucoup d'endroit où me réfugier et de toute façon, il était temps d'arrêter de le taquiner, je le laissais me rattraper dans le couloir et il me plaqua contre la porte du bureau. Je plongeai mon regard brûlant dans le sien et me mordis les lèvres, provocante, avant de le défier :
- Sois un homme, Fontayn…
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Mer 14 Aoû - 2:25




 We're going back where we belong 

Je savais que j’avais complétement perdu ma petite lutte pas très sérieuse à l’instant où ses lèvres s’accaparèrent ma gorge. J’avais envie que cette bouche effleure chaque parcelle de ma peau. J’avais besoin qu’elle soit partout et qu’on en oublie définitivement nos quatorze jours de perdition. Rebecca était décidée à faire perdurer notre petit manège et je dû me faire violence pour ne pas l’arrêter, redevenir simplement sérieux. Je ne voulais pas gâcher la plaisir néanmoins qu’elle éprouvait à me faire marcher. Elle avait bien mérité de m’ennuyer après tout ce que je lui avais fait traverser. Toujours dans cette optique de l’amuser, j’ajoutais à sa remarque. « Avec beaucoup d’imagination, je suis sûr que Roger pourrait faire de même... Alors tu vois toi ou Roger, mmmh c’est un choix cornélien. » Elle me tourna alors le dos et me taquina en ôtant très délicatement sa jolie robe pour me laisser entrevoir sa lingerie aguichante. Je restais interdit dans mon coin et la dévora du regard alors qu’elle empruntait un chemin très prometteur. Elle s’arrêta et la coquine m’invita ouvertement à la rejoindre. J’enjambai l’espace nous séparant et me pencha pour l’embrasser, ne supportant plus le vide instauré par nos corps. Sauf que la vilaine avait bien décidé à m’allumer aujourd’hui pour mieux me faire languir. Je n’arrivais déjà plus à faire une seule phrase cohérente mais je me forçais à placer ma concentration ailleurs que dans la contemplation de ma jolie brune. « Pour ma défense ? Je dirais qu’il m’a épaulé durant la trahison d’une certaine personne. Mon cœur était en miettes et tu sais, les miettes, Roger ça le connait. » J’oubliais déjà ce que je venais de lui sortir mais ça n’avait pas, plus d’importance parce qu’elle s’occupait de me retirer ma chemise. Mes mains courraient déjà sur ses épaules, ses hanches tandis qu’elle m’emportait vers son lit. Elle parlait encore et toujours, je l’écoutais sans vraiment l’entendre. Le sens de ses paroles devait sûrement m’atteindre mais je n’en avais pas conscience tout ce qui comptait, c’était elle, sa peau, ses mains, ses lèvres.



Je me relevais, mon cœur battait toujours dans mes tempes alors que je la fixais. Elle prenait un peu trop de plaisir à me torturer à mon goût. Quelle insolence, vraiment ! Elle me lança un défi. Avais-je d’autres choix que de l’accepter ? J’ignorais si j’étais irrité, énervé ou amusé à vrai dire quand je me hissais tant bien que mal sur mes jambes pour entrer dans son jeu. Elle fit le tour de l’appartement et s’amusa comme une enfant en me balançant même des coussins. Heureusement pour nous, la voir rigoler atténuait partiellement ma frustration. Elle se laissa attraper une fois dans le couloir et je la plaquais instantanément contre la porte du bureau. Elle se mordait encore la lèvre et osait même carrément se foutre de moi. Je plantais durement mes yeux dans les siens.

Pour la première fois depuis que nous nous étions retrouvés, je me sentais rassuré et réconforté. Je prenais conscience de son retour dans mon existence et sa place également. Mais rien de tout ça ne m’effrayait. Je me sentais presque invincible mais c’était sûrement la phase post-coïtal qui parlait pour moi. Je pris le temps de reprendre mon souffle et un rythme cardiaque potable avant d’ajouter juste pour le délire. « T’as de la chance d’être un bon coup toi… Roger ne m’aurait jamais autant torturé, lui ! » Je riais silencieusement à ma propre bêtise avant de me relever et de l’inviter à me suivre. Rester allongé sur le plancher n’avait rien de très confortable. Je finis alors par la soulever comme une princesse et lui demanda très naturellement en la serrant contre moi. « Ne devriez-vous pas vous nourrir ? Je ne veux pas risquer de réveiller l’ogre qui sommeille en vous. »  En fonction de sa réponse, j’amènerais sa majesté dans la pièce qu’elle désirerait.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 15 Aoû - 1:08




 We're going back where we belong 


Son regard dur et exigeant plongea dans le mien et je frissonnai. J’avais poussé la blague assez loin, il était temps de passer aux choses sérieuses.

(…)


Il m’embrassa et je laissai retomber ma tête contre son torse. Tout était parfait. J’étais là où je devais être. Nous nous appartenions et nous étions exactement à notre place dans les bras l’un de l’autre.  Je profitai de son corps blotti contre le mien alors que nous reprenions notre souffle, laissant les battements de nos cœurs se calmer à l’unisson.
Je le frappai à l’épaule quand il évoqua à nouveau son fichu pain :

-          La ferme ! Si tu évoques encore une seule fois Roger, je te jure que plus jamais tu n’auras l’occasion de constater que je suis un bon coup !

J’essayais de dissimuler mon sourire et posai plutôt mes lèvres sur les siennes.
Il se redressa et me prit par surprise en me soulevant dans ses bras. Automatiquement, j’enroulai mes bras autour de son cou et l’observai tendrement alors qu’il parlait de nourriture. Ma main vint repousser quelques mèches de cheveux de ses yeux et je secouai doucement la tête, ne relevant même pas sa plaisanterie sur l’ogresse.

-          Pas tout de suite…

Je me remis à l’embrasser langoureusement et murmurai :

-          Et si tu m’emmenais plutôt dans la chambre… ?


Il s’exécuta et je restai pendu à son cou alors qu’il nous glissait dans les draps.
J’avais envie, besoin de ce moment de tendresse. J’enfouis mon visage dans sa nuque.

-          Tu m’as tellement manqué.

Je lui avais déjà dit, mais je n’étais pas toujours remise, il fallait que je le répète, comme pour me convaincre que c’était terminé, que ce manque terrible n’avait plus de raisons d’exister.

-          Je pensais pas que je pouvais physiquement ressentir un tel manque. J’ai l’impression que je pourrais jamais me rassasier de toi…

Je pressai mes hanches contre les siennes comme pour illustrer mes propos.

-          Fais-moi encore l’amour… quémandais-je en venant l’embrasser.

(…)


Un intense sentiment de plénitude m’envahit et je le gardai contre moi un peu plus longtemps, fermant les yeux pour profiter de cet instant. Nous avions beau déjà en avoir parlé, mes angoisses sur ce qu’il s’était passé n’étaient pas encore envolées mais je ne savais pas comment les traduire et les lui expliquer. J’avais peur qu’il prenne peur…  il valait mieux se lancer sur un sujet moins périlleux le temps que je retrouve moi-même mes esprits, encore enveloppée dans du coton après nos ébats :

-          Le petit-déjeuner serait parfait maintenant… même si… il est 13h30… dis-je en me penchant pour regarder l’heure sur la table de chevet. Pas étonnant que je sois affamée !

J’embrassai son torse et me redressai. Ma tresse était totalement défaite et j’avais encore les yeux brillants et les joues rougies par le plaisir. Je n’osais imaginer quelle vision il avait de moi là depuis son point de vue.  

-          Tu me rejoins ?
Proposai-je en l’embrassant une dernière fois.

Je les délaissai lui et son corps d’éphèbe pour aller récupérer ma culotte et enfiler ma robe, tenue plus appropriée pour le repas. J’ouvris le frigo, à présent bien plus rempli et le contemplai, songeuse.

-          Que désire mon Seigneur et Maître ? Salé ou sucré ? Demandai-je amusée en élevant un peu la voix, pour qu'il m'entende.

Pour ma part, ce serait sucré. J'avais trop faim pour prendre le temps de préparer réellement à manger alors je sortie gâteaux et céréales sur la table avec deux bols et deux verres que je remplis de jus d'orange. Il finit par me rejoindre à table et on avala notre premier repas depuis près de 18h. Je me mis à manger quelques biscuits fourrés au chocolat.

- Hum, ça fait du bien ! Tu vois que j'ai bien fait de les prendre, ces gâteaux !


Ma main se posa sur la sienne sur la table et je me mis à doucement la caresser du bout des doigts. Je lui souris en plongeant mes yeux dans les siens, me répétant ce que j'avais encore du mal à assimiler malgré les apparences : que nous étions un couple.

- Comment est-ce que tu te sens, par rapport à tout ça ? Je veux dire, toi, moi, nous... J'ai encore du mal à y croire… j'ai l'impression que je vais me réveiller d'un instant à l'autre… et que tu ne seras plus là…

Mes doigts s'entrelacèrent aux siens et je baissai le regard devant mes propres faiblesses:

- Camille… ces deux semaines sans toi, quand j'ai cru t'avoir perdu pour toujours… ça a été les pires heures de mon existence…

J'avais essayé de dire ça d'une voix neutre, mais je n'étais pas sûre d'y parvenir. Je lui avais demandé de communiquer avec moi, alors je me devais d'en faire de même. Je voulais connaître son ressenti après deux jours à éviter le sujet. Mes doutes risquaient de réveiller les siens, j'en avais conscience, mais nous devions gérer tout ça à deux maintenant. Je continuais à caresser sa main, n'osant pas poser mes yeux sur lui alors que mes craintes refaisaient surfaces.

- J'ai toujours peur que tu changes d'avis, que tu… que tu paniques devant l'ampleur que ça prend dans nos vies, face à toute cette intensité. J'ai peur de dire des choses qu'il ne faut pas, qui vont te pousser à fuir..

Je relevai finalement la tête pour dire d'une petite voix:

- Je sais que je n'ai pas été… juste envers toi. Je sais que ça t'a demandé beaucoup d'efforts de revenir vers moi, de te battre… pour nous… Mais est-ce que ça va aller ? Est-ce que tu es sûr de pouvoir gérer tout ça ? Je sais que je t'ai dit que je pouvais pas le faire… mais j'y arriverai. Je t'aiderai, s'il le faut. Juste… n'attends pas qu'il soit trop tard. Si tu perds pieds, si tu as peur, si tu as besoin de moi… dis-le moi, Camille.

Je me penchai pour l'embrasser et ma main libre vint caresser sa joue:

- Je supporterai pas de te perdre maintenant que je t'ai retrouvé. On est tous les deux là-dedans, d'accord ?  

Je glissai de ma chaise à la sienne pour venir me serrer contre lui et je l'embrassais tendrement:

- Je suis tellement heureuse que tu sois là.

Je frottais mon nez contre le sien et restai longuement enlacée dans ses bras.

- Ho, je ne t'ai pas dit… j'ai commencé mes cours de remise à niveau avec le professeur Doyle ! Je ne pense pas décrocher un jour un prix Nobel, mais j'aurais peut-être la chance d'obtenir un diplôme universitaire finalement. Comme ça, tu n'auras pas à avoir honte de ta petite-amie !
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 15 Aoû - 12:50




 We're going back where we belong 

Pas tout de suite ? Je relevais un sourcil interrogateur en direction de la superbe créature logée dans mes bras alors que ses doigts me chatouillaient le front. Je me penchais pour attraper ses lèvres comprenant son intention et l’embrassa langoureusement. Dans la chambre ? Je ne pus contenir un léger rictus. Elle me semblait bien gourmande tout à coup mademoiselle Scott. J’obéis à ses ordres sans rechigner et la glissa dans les draps avant de la rejoindre moi-même. Elle se colla contre moi et j’en profitais pour poser mes lèvres quelque part au milieu de sa chevelure avant de murmurer à sa suite. « Tu m’as manqué aussi. » Ce genre de confession ne devenait pas forcément facile pour moi mais je m’appliquais à faire des efforts en expression orale. Je le pensais de toute façon, tout chez elle m’avait réellement manqué. Je mesurais ma chance, les risques qu’elle avait pris en m’acceptant à nouveau à ses côtés. Elle me tira de ma rêverie en me surprenant agréablement. Ah bon ? Je ne serais donc pas le seul. Cette remarque me flatta bien plus que je ne voulais l’avouer. Ses hanches se pressèrent contre moi provoquant une vague de frissons insensée sur ma peau alors qu’elle me réclamait encore une fois.

Je restais contre elle, le temps de reprendre pieds. Perdu dans ma confusion, j’eus une pensée très lucide, un constat troublant. Je ne pourrais sans doute plus jamais me passer d’elle désormais et pas que d’un point sexuel. En revenant, en décidant d’endosser un nouveau rôle dans son existence, je m’étais encore plus attaché à elle et le retour en arrière m’était officiellement interdit ou envisageable. Mon euphorie post-coïtal s’estompa un peu quand je pris conscience de ma dépendance certaine pour elle. Dépendance, un terme que je ne supportais pas car il semblait refréner ma liberté. Et pour un oiseau ayant déjà vécu avec des entraves, il n’avait rien de plus oppressant. Il ne s’agissait pas Rachelle ni même de Krystel ici, je le réalisais bien. J’avais juste peur d’être bloqué, coincé et d’être déjà… Même mentalement, je n’arrivais pas à formuler cette phrase tant l’effroi me paralysait. J’allais finir captif d’un sentiment qui me dépassait, me détruirait. Mais n’était-ce pas trop tard pour craindre cette conséquence ? Heureusement pour mon bonheur partiellement disparu, ma compagne suggéra le petit déjeuner. Je hochais de la tête avec mollesse quand elle me posa sa question et la laissais filer en profitant une dernière fois de la vue qu’elle m’offrait. Elle me semblait plus vivante, en meilleure forme à mon instar très certainement. Nous avions pour le moins retrouvé quelques couleurs. Je me levais et me rhabilla silencieusement avec une lenteur frôlant le ridicule, n’ayant toujours pas retrouvé toute ma raison dispersée dans les draps de mon… ma … copine.

Je sortais de la chambre en reboutonnant nonchalamment ma chemise et en la redéfaisant quand je m’apercevais que j’avais mal accordé les boutons. Je répliquais alors à son interrogation.   « Peu importe. » Je repris ma tâche en me dirigeant vers la table et m’installa à la suite avant de me servir un bol de céréales. Je souris à sa remarque sur les gâteaux sans rien répliquer. Sa main se fraya un chemin jusqu’à la mienne et je me laissais être happé par son magnifique regard amande. Elle m’exprima alors ses inquiétudes et je reposais ma cuillère afin de ne pas perdre une miette de ce discours. Je ne voulais pas qu’elle croit que je fuyais encore ce type de conversation. Je restais vigilant désormais. Ses doigts se nouèrent aux miens et elle détourna alors les yeux. Mon cœur se contracta violemment. Je ne bougeais pas d’un poil et ne l’interrompais pas pour le moment. De toute manière, j’étais violemment étreint par mes émotions pour parvenir à parler dans l’immédiat. Tout ça était tellement… Fou. Tout ce que nous avions vécu me revenait par flash et c’était un de ses moments où j’étais abasourdi par ce que nous avions dû traverser et ce que nous représentions l’un pour l’autre actuellement. Tout ce cheminement faisait échos à mes angoisses quelques minutes auparavant mais je parvins à les maîtriser suffisamment pour demeurer calme quand je pris enfin la parole alors qu’elle bouclait toute sa tirade sur un « d’accord ? » auquel je répondis. « D’accord, Rebecca. Tu sais… Moi… Pour moi aussi, ces deux semaines ont été… » Je fermais les paupières un instant cherchant un mot qui résumerait l’horreur de ce que j’avais ressenti. Je déglutis difficilement. « …Terribles. Je ne veux pas revivre ça non plus. Et j’ai toujours l’impression que tu vas finir par réaliser… que je ne suis pas assez… » bien, méritant. « … que je ne suis pas celui qu’il te faut. Et que je vais … te perdre malgré moi.» Je penchais légèrement ma tête sur le côté pour retrouver contact avec ses prunelles. « Je ne suis pas le genre de personne à prendre mes engagements à la légère – tu le sais, ni tout à fait le genre à me battre pour une… femme. Je suis très sérieux à propos de ça… Je ne compte plus me battre contre ce qu’il se … passe entre nous. Tu peux avoir confiance en moi, vraiment et je t’en supplie, n’aies pas peur de … de t’exprimer. » Je fronçais les sourcils à l’idée qu’elle s’empêche d’être elle-même par ma faute. « Je suis bien placé pour comprendre que les mots… sont des mots. Mais… Enfin Becky, je suppose que seul le temps pourra… te rassurer plus que ce que je suis en train de te dire. Sache juste que je ne compte pas faire marche arrière, non. Pour être honnête de toute façon… J’en serais… incapable. » Parler autant de ce que je ressentais m’avait épuisé, j’avais dû lutter contre mon envie de la fermer à chaque syllabe prononcée. Je prenais sur moi parce qu’il le fallait. Parce qu’elle méritait ça et que je m’étais engagé à être plus ouvert. Le spectre de notre ancien conflit ne me quittera pas de sitôt.

Elle me rejoignit en s’installant sur mes genoux et je l’entourais machinalement de mes bras. Dans un murmure je complétais cette séquence aveux avec un « Je suis heureux d’être ici moi aussi. » Je caressais doucement sa chevelure et apprécia ce moment de silence qu’elle brisa à la suite avec des nouvelles réjouissantes. Je lui servis un rictus un peu tordu face à sa remarque. « Mais enfin Becky, je n’aurais jamais honte de toi… J’espère que je ne t’ai jamais laissé penser que c’était … le cas.» J’ajoutais très vite en glissant mes lèvres sur sa mâchoire. « C’est une excellente nouvelle sinon. Je suis content pour toi, ça te permettra d’ouvrir de nouvelles portes. Je sais que tu peux aller aussi loin que tu le souhaites. Par contre, toi tu devras te contenter d’un … petit ami qui ne possède que le bac. Bien que nous ayons toujours su toi et moi que tu étais de loin la plus intelligente même sans ça. » Et je le pensais. Je lui pinçais affectueusement le nez. Nous reprenions ensuite notre repas et je finis mon récipient en me forçant un peu. Je n’avais jamais eu un appétit très poussé de toute façon. J’engloutis le jus d’orange qu’elle m’avait servi et l’aida à tout ranger à la suite. Elle m’annonça devoir consulter mails juste après et j’acquiesçais. « Bonne idée. Je vais faire pareil. » Je me dirigeais vers la chambre pour sortir mon pc portable de mon sac et l’amena dans le salon. « La prévoyance, ça me connait. » lui déclarais-je en souriant et en m’installant à ses côtés. J’allumais mon ordinateur et ouvris ma boite de réception. J’avais orienté l’écran de sorte qu’elle ne puisse pas lire ce que je faisais au cas où j’aurais reçu des messages concernant la communauté… Skype s’était automatiquement allumé – il faudrait que je songe un jour à changer les paramètres et quelqu’un s’occupa de me harceler. Encore lui ? Jean-Edouard s’obstinait pour une raison qui m’échappait. Nous nous connaissions depuis mes 11-12 ans si je ne me trompais pas. C’était un des gosses qui avait partagé mes années de collège et de lycée dans un établissement privé. Lui et toute une bande d’autres gars avaient gravités dans mon Monde fait de luxe, d’illusion et d’apparence. Ils étaient invités avec leurs parents à chaque réception, immergés autant que moi à l’époque dans la même sphère. Ses géniteurs entretenaient toujours leur amitié avec mes… ceux qui m’avaient élevés. Le malaise que je ressentis en me rappelant de cette histoire s’amplifia à la vue de son nom. C’est grâce à lui que j’obtenais des nouvelles fréquentes de ma… De Louise et d’Emile. J’hésitais à lui répondre mais quand ma jolie brune m’expliqua devoir passer un coup de fil, je décidais de respirer un grand coup et d’au moins le saluer par messagerie instantanée.

Il me répondit à la suite et enchaina plusieurs réponses que je ne pris pas la peine de lire dans un premier temps, reposant le pc sur la table basse afin de me servir une tasse de café. J’avais encore l’esprit un peu embrumé, la caféine m’aiderait à y voir plus clair. Quand je m’installais à nouveau dans le canapé, mon correspondant lança un appel vidéo. C’était une blague ? Nous n’avions jamais communiqué comme ça. Il insista tellement par écrit que ça me laissa perplexe. Peut-être était-il arrivé quelque chose à mes par… aux Fontayn. J’évaluais durant une minute ce que me coûterait cet appel, vérifia rapidement que j’étais plus ou moins présentable et décrocha finalement. J’avais calé l’ordinateur sur la table pour pouvoir être libre de mes mouvements. Je me savais assez nerveux pour avoir besoin d’espace. Qui plus est, j’avais un breuvage dans les mains… Le visage de Jean-Edouard m’apparut. Cela me laissait un étrange sentiment dans la poitrine. Plus de huit ans depuis que j’avais quitté Cannes, pour moi une éternité semblait s’être écoulé et le garçon que j’avais laissé apparaissait devant moi comme un homme. Cela devait être le même pour lui d’ailleurs. « Hey Camille ! Ca fait super longtemps ! T’as changé depuis le temps, t’aurais pas maigri ? » Super. Je ne savais même pas comment me comporter exactement avec lui. J’avais tellement assumé un rôle, jouer une comédie à cette époque révolue. Bon bref, je restais moi-même pour changer. « Probable. Je ne suis pas chez moi, je ne pourrais pas rester très longtemps. » Et je n’en avais accessoirement pas envie.  « Ah ok, ok… Je voulais juste t’annoncer un truc et je me disais que ça serait mieux de vive voix. Figure toi que je vais me marier. » Je me détendis nettement. Ouf. Rien de grave n’était arrivé. « Ah oui ? Félicitations. » Il m’appelait pour ça ? Je crois que nous n’avions jamais accordé la même importance à notre « amitié ».  « Du coup, je me demandais si tu reviendrais en France pour le mariage ? C’est dans deux mois, le 26. Ça serait l’occasion de se revoir, tous ensemble comme au bon vieux temps. » Bon vieux temps mais oui, bien sûr.  « Tu sais, tu manques à tes parents. Ils seraient plus qu’heureux de te revoir. » J’avalais une gorgée de caféine afin de digérer ses paroles trop douloureuses à mon goût puis repris la parole. « Je suis désolé Jean mais je ne pense pas que ça soit… possible. »

J’avais légèrement des responsabilités que ça soit niveau professionnel ou niveau communauté ou niveau… affectif. « Allez ! Ca me ferait super plaisir. » Je lui sortis un sourire tordu. « Ça aurait été avec plaisir mais j’ai des obligations ici. » Jean-Edouard sembla relativement déçu.  « C’est dommage, tu sais. Elle a quoi de si bien ton Ecosse ? Avec tout le bazar qu’il y a eu concernant toutes ses créatures surnaturelles… T’es pas un peu maso ? » J’eus envie d’exploser de rire. S’il savait… Je lui répondis légèrement amusé. « Je suis attaché à ma vie ici aussi étrange que ça puisse te paraître. » Il haussa des épaules. « Tu as bien changé. » Que quelqu’un de mon passé m’avoue ça me consolait relativement bien. « Ah ! Attends, je vais te présenter ma fiancée. Chérie ? » Des bruits de pas se rapprochèrent alors que je profitais de cet instant pour boire un peu de mon café. Je manquais de m’étrangler quand je réalisais qui me fixait depuis l’écran. Non. Non ? Sérieusement ? Je ne l’avais pas revue depuis… Notre séparation très …chaotique. Éclat de voix, je crus même me rappeler avoir cassé un truc. J’étais plus passionné et légèrement moins enclin à gérer mes émotions à l’époque. Je sus que mon teint redevenait livide et que toute trace d’amusement avait déserté mes traits afin de laisser place à une froideur inhabituelle chez moi. Mon ton sortit très indifférent, neutre. « Rachelle ? Quelle surprise. » Son prénom sembla claquer sur ma langue avec amertume. Quelle ironie. Je relevais les yeux pour croiser ceux de ma Becky et nia dans la tête quand elle me demanda si elle devait partir. Je ne comptais certainement pas dialoguer avec mon ex qui elle semblait enchantée de me voir. Grand bien lui fasse. « Salut Cam ! Eh ben, ça fait quoi ? 10 ans ? C’est fou ce que le temps a passé vite. » Je repris de mon timbre très professionnel. « A peu de choses près en effet. » Je posais mon récipient à côté de moi sur l’accoudoir. « Tu ne viendras pas alors pour la cérémonie ? » Quelle blague. « Je ne crois pas, non. » J’évitais de trop regarder la rouquine, me concentrant davantage sur mon ami.  « Si jamais tu changes d’avis… Tu seras toujours le bienvenu ! » C’est cela, oui. « C’est… aimable à vous. Bon, eh bien, si vous voulez m’excuser tous les deux. Je dois raccrocher. » Ils me sourirent en chœur mais je ne parvins pas à leur rendre la pareille, je n’essayais même pas. Je me grattais distraitement la nuque et avant de les saluer une dernière fois poliment, Rachelle ajouta.  « Oh, je reconnais ce bracelet. » Merde. Je baissais très rapidement mon bras. « Mh. Bon, je vous laisse. Toutes mes félicitations encore une fois. On continue à s’envoyer des mails Jean. Salut ! » Sans vraiment attendre, je coupais court au supplice.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 15 Aoû - 20:15




 We're going back where we belong 


J'écoutais les mots de Camille, les sentant presque atteindre mon cœur pour s'y loger, le réparer, le consoler. Il m'avoua ce que je savais déjà, que ces deux semaines avaient été aussi difficiles pour lui que pour moi. Mais il alla plus loin, me répétant que son engagement n'était pas futile, qu'il était sincère et sérieux, m'assurant que je pouvais avoir confiance et que je ne devais surtout pas avoir peur de m'exprimer. C'était étrange qu'il me dise tout ça, car c'est exactement ce que je pensais moi-même, cela répondait aux inquiétudes que je nourrissais déjà quand nous n'étions même pas un couple. Je serrai un peu plus sa main et lui souris lorsqu'il m'affirma n'avoir aucunement l'intention de changer d'avis, m'avouant même qu'il en serait incapable. Cette dernière révélation me laissa pantelante. Quand je repensais à nous quelques semaines auparavant, jamais je n'aurais même osé espérer qu'il pense une chose pareille, encore moins qu'il me la dise. On avait finalement avancé tellement vite tous les deux après avoir fait du sur place si longtemps !

J'eu envie de le câliner et m'installai sur ses genoux alors que ses bras m'entouraient et ses mains glissaient dans mes cheveux. Je me sentais incroyablement bien. J'étais heureuse. Et mon sourire s'agrandit lorsqu'il murmura que lui aussi. Cet instant était parfait. Je fermai les yeux un moment, appréciant le silence apaisant qui nous entourait. Puis je me souvins que deux semaines entières de ma vie lui était inconnue et je voulu lui donner des nouvelles. Il grimaça en protestant qu'il n'aurait jamais honte de moi. Le reste de ses mots me fit sourire alors qu'il m'embrassait doucement dans le cou:

- Je ne sais pas encore ce que je vais faire, je manque d'idées… mais c'est une super opportunité. Je me sens particulièrement chanceuse ! Un job, des études, un petit-copain absolument craquant… je n'aurais jamais osé espérer autant !

Mon Dieu que c'était vrai… quand ma vie avait-elle finalement prit un tournant si plaisant ? La pensée de Mc Borough et de Maryana dansa un instant dans mon esprit mais je la chassai. Plus tard. Je penserai à ça plus tard. Rien n'avait plus d'importance à cet instant que lui et moi et ce que nous partagions.
Il me pinça le nez avec tendresse et je ris en secouant la tête:

- T'es bête… murmurai-je en l'embrassant affectueusement avant d'ajouter, taquine : Tout le monde sait que c'est pour tes fesses, que je t'ai choisi…

On fini de déjeuner, moi toujours sur ses genoux et il m'aida ensuite à débarrasser. Je me souvins soudain que le Professeur Doyle devait m'envoyer un mail concernant mon programme de révision et me tournai vers Camille:

- Il faut que je check mes mails, j'en ai pas pour longtemps !

Je lui lançai un regard admiratif lorsqu'il revint avec son propre pc et me rejoignit sur le canapé.

-Mmmh rien de plus sexy qu'un homme prévoyant ! Minaudai-je en déposant un baiser sur sa joue avant de retourner à mon propre PC.

Doyle m'avait envoyé le programme et me proposait quelques heures de cours pour le début de semaines. Je jetai un coup d'œil à Camille et grimaçais. Si je me sentais à présent capable de m'éloigner un peu, je n'en avais vraiment aucune envie. Je n'étais pas rassurée à l'idée d'être loin et je n'étais plus à quelques jours près de toute façon.

- Je dois passer un coup de fil,
expliquai-je en me levant, attrapant mon portable sur la table basse.

Je composai le numéro de l'universitaire en m'éloignant vers la salle à manger et attendit qu'il décroche, ce qu'il fit à la troisième sonnerie.

- Oui, bonjour, professeur, c'est Rebecca ! Oui, merci et vous ? Je viens d'avoir votre message, est-ce qu'il serait possible de repousser les cours, disons pour les... deux prochains jours ? Non, non tout va bien, ho ?

Mon chef me disait qu'il m'avait trouvé souffrante ces derniers temps et qu'il espérait que je ne couvais rien de grave. Je souris en pensant qu'il n'était pas si loin de la vérité. J'avais vraiment souffert, même si je m'étai efforcée de le cacher. Pas une seconde je n'avais imaginé être aussi transparente:

- Oui, c'est vrai que je.. n'allais pas très bien, ces deux dernières semaines...J'étais... malade... mais ça va mieux, juste quelques jours de repos et je vous reviendrai en pleine forme ! Oui ? Ho c'est parfait ! Oui, oui, bien sûr. Je vous remercie ! Bon dimanche, Professeur. Merci, au revoir.

J'étais donc tranquille pour les jours qui arrivaient. Voilà qui était parfait. Mon coup de téléphone n'avait duré qu'une poignée de minutes mais quand je me tournai vers Camille, il semblait lui-même en conversation avec quelqu'un via l'ordinateur. Je me dirigeai vers la cuisine pour me servir un café et fronçai les sourcils en revenant vers Camille quand sa voix se durcit subitement.
Il leva les yeux vers moi et je me sentis de trop, tout à coup:

- Tu veux que je te laisse ? Articulais-je en lui montrant la porte, hésitante.

Il secoua la tête, ce qui me rassura partiellement et je me rapprochai de lui, ma tasse blottie entre mes mains. Une voix féminine raisonna dans les haut-parleurs et je me plaçai de façon à voir l'écran. Cette fille… ! Je fus presque sous le choc en reconnaissant la rouquine immortalisée sur les photos cachées dans l'appartement de Camille. Les conclusions ne tardèrent pas se faire d'elles-mêmes. C'était son ex. Et… elle se mariait ave un de ses amis. Cela devait lui faire bizarre. En tout cas, vu sa réaction, les choses n'avaient pas du bien finir entre eux. Malgré moi, cette constatation me vrilla l'estomac. Je ne pouvais pas imaginer qu'un jour Camille me regarde ou me parle de cette façon. Je ne pouvais pas m'empêcher de me demander ce qu'il s'était passé entre eux.

Rachelle a écrit:
« Oh, je reconnais ce bracelet. »
Mes yeux glissèrent jusqu'au poignet de Camille. Je lui avais toujours connu ce bijou mais ne m'étais jamais interrogée sur sa provenance. Il venait d'elle ? Pourquoi est-ce qu'il le gardait alors ? Je du réprimer une stupide vague de jalousie et éprouvai un soulagement presque semblable au sien quand il mit un terme à la conversation.  
Je comblai l'espace entre nous, posant ma tasse sur la table basse pour venir le rejoindre dans le canapé.

- Alors… tes amis vont se marier ?

C'était la seule chose dont j'étais certaine. J'avais tout aussi bien pu me méprendre sur tout le reste ! En tout cas, j'aurais préféré.

- Ca va ? M'inquiétais-je en posant ma main sur son bras. On dirait que tu as vu un fantôme… c'est… c'était ton ex, c'est ça ?

Camille avait l'air tellement mal à l'aise que j’eus pitié de lui. Je me forçai à lui sourire et déposai un baiser sur ses lèvres:

- C'est peut-être encore un peu tôt, pour avoir cette discussion sur les ex…

Je glissai ma main dans ses cheveux et lui offris cette fois un vrai sourire avant de l'embrasser :

- Après tout, ce qui importe, c'est l'actuelle, pas vrai ?

Je me blotti contre son torse et déclarai:

- Je me suis débrouillée pour ne pas travailler avant jeudi. Quand est-ce que tu retournes au travail, toi ?

Nous allions devoir nous habituer à ce rythme décalé dès la rentrée. Lui travaillant le soir, moi me levant pour aller à l'université, ce serait peut-être un peu chaotique au début, mais nous allions trouver un moyen de gérer ça. Ca ne poserait pas de problèmes tant que…
Non, je n'allais pas penser à ça maintenant. Je ne voulais plus réfléchir aux aspects de ma vie que je ne contrôlais pas. Je devrais y réfléchir sérieusement plus tard. Avec tout ça, ce revirement de situation, ce statut de "couple" avec Camille, je devais bien admettre que je ne pouvais plus m'imaginer rejoindre Maryana. Il allait falloir que je trouve un moyen d'empêcher ça. Il était hors de question que je mêle mon petit-ami aux histoires des Semi-démons ou de la PES. Je devais trouver un moyen de l'en préserver à tout prix. Mais plus tard. Quand il serait loin et que sa vue ne me distrairait plus. Pour l'instant, je voulais juste profiter de cette parenthèse de bonheur. J'espérais qu'elle durerait le plus longtemps possible.

- Tu sais ce dont j'ai envie ? De faire des cookies ! Ca fait une éternité que je ne t'en ai pas fait !

Je me levai et le pris par les mains pour le relever, entrelaçant mes doigts aux siens dans l'espoir de le distraire un peu:

- Et si tu les faisais avec moi ? Et pour ce soir, on fera des croque-monsieur avec de la salade !


Je me mis sur la pointe des pieds pour l'embrasser et souris contre ses lèvres:

- Je crois que mon appétit est définitivement revenu…
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   Jeu 15 Aoû - 22:10

[quote="Camille Fontayn"]



 We're going back where we belong 

A croire que le Destin aimait vraiment me faire de mauvaise farce. Devais-je voir derrière cette coïncidence un quelconque présage ? Vu que la vue du bracelet ne suffisait pas, il fallait que la rouquine se matérialise elle-même ? Je n’étais pas superstitieux et encore moins du genre à chercher à interpréter « les signes ». Heureusement pour nous d’ailleurs. Rebecca s’était rapprochée et je craignais qu’elle n’ait suffisamment assisté à cette petite entrevue pour en tirer les conclusions qui s’imposaient. J’étais un peu confus dans l’immédiat voir un peu choqué ou surpris en fait. Je ne m’attendais pas à lui reparler un jour et encore moins dans ce type de conditions. Ma jolie brune me rejoignit sur le canapé et me posa une première interrogation – pas celle à laquelle je m’attendais dans l’immédiat. J’haussais des épaules. « Apparemment. Cela dit le terme « amis » est un peu abusif dans ce cas. » Des anciennes connaissances à la rigueur mais nous n’avions rien en commun et ils ignoraient tout de mon existence, de ma vraie existence si je puis dire bien que même ma compagne n’en connaisse pas la totalité. Ce qui allait poser un problème un jour ou l’autre d’ailleurs, le premier vrai souci d’ailleurs pour moi. Comment lui cacher indéfiniment ma nature ? Je ne le pourrais sûrement jamais. J’allais devoir faire le choix de lui dire le jour où… je m’en sentirais capable, le jour où je serais certain que… Bon, je n’en étais pas encore là et m’oppresser la poitrine à coup de nouvelles angoisses ne m’aiderait pas à accuser cette bête discussion vidéo. Cela dû se lire sur mes traits car très vite, mon amante… Ma copine, ma co-pine, oui ! me demandait comment je me sentais. Elle avait déduit toute seule, elle était plutôt bonne observatrice, ça ne m’étonnait pas. Sans compter que je venais de me rappeler qu’elle avait trouvé les fameux clichés datant de cette époque… J’étais embarrassé. Je n’avais pas envie d’avoir cette conversation maintenant, je ne m’y étais pas encore préparé. Pour l’instant, je ne fis que confirmer d’un « Hum… Oui. » Ses lèvres cueillirent les miennes alors que gentiment elle me fit comprendre que ça pourrait attendre. Tant mieux. « Oui sûrement… Enfin de toute façon, le passé appartient au passé. Et comme tu l’as dit, toi seule compte. » Elle se blottit contre moi et je l’entourais de mes bras en essayant de me décrisper.

« Demain, 22h15. » Je soupirais. Je détestais ce job, encore plus s’il m’empêchait de la voir vu que nous allions partager des horaires complétement décalés. Enfin, chaque chose en son temps comme dirait ma grand-mère, enfin « ma »… Ça commençait à me foutre le cafard ces histoires alors que j’étais parvenu à les fuir ces dernières semaines – remplacés par la perte et les retrouvailles avec mon humaine préférée. J’allais devoir prendre position prochainement, je le savais aussi. Mais je devais me laisser un peu de temps pour reprendre un peu contenance depuis tout ce mélodrame entre moi et Becky. Cette dernière me chassa de ma morosité grandissante en me proposant une activité qui me laissa drôlement perplexe. L’aider à cuisiner ? Je détestais ça mais bon… Je souris quand elle m’avoua avoir retrouvé l’appétit. Ça me rassurait vraiment. « Heureux de l’apprendre. » Je glissais mes doigts sur sa joue et l’embrassais tendrement avant de décréter très solennellement. « Bien Majesté, je suis à votre disposition mais sachez que j’excelle davantage dans l’art de brûler les aliments, de mal les découper et de mal les assortir aussi. Bref, je ne suis guère un cadeau, vous voilà prévenu. » Je lui fis une petite courbette à la suite avant que nous ne rejoignions sa cuisine pour mettre en pratique ses dires. Je m’amusais plus à tenter de lui mettre de la farine partout et à l’ennuyer qu’autre chose. J’avais besoin de décompresser encore et toujours. Aujourd’hui était à la base une journée de détente et je comptais qu’elle le reste malgré les imprévus.

Les deux jours qui suivirent furent tout aussi paisible et insouciant. Les moments où je devais la laisser me rendaient nerveux ou inquiet mais les symptômes de la panique allaient en s’estompant. La tempête était derrière nous et tout retrouvait sa place ou trouvait même simplement sa place. Ca allait mieux pour elle, pour moi, pour nous. Tout semblait bien trop normal et trop tranquille, c’était ce que je me disais une heure avant de recevoir le message de Mary. Le trouble se lut aisément sur mes traits alors que déjà je m’étais jeté sur mes clés, les pensées/hypothèses tournant plein pot dans mon esprit. Rebecca s’en était inquiétée et j’avais fait au mieux pour lui expliquer la raison de cette urgence. « Crise avec ma boss. Je te tiens au courant, je sais pas à quelle heure je serais rentré. » Je l’avais embrassé très rapidement et avais juste ajouté « Fais attention à toi et ferme bien la porte, hein ? » Je craignais toujours le pire pour elle quand je m’éloignais. Et sûrement deux fois plus quand une situation de crise se présentait avec la meute. Une serrure n’arrêtait pas grand monde – surtout pas moi mais ça ralentissait. Je la mettais en danger. Je le savais et il était bien trop tard pour s’en apercevoir. Je gagnais mon véhicule en un temps record courant à moitié tandis que mon portable se mettait déjà à vibrer. Jusqu’à quand pourrais-je la préserver de ma seconde vie ? Le temps nous le dirait.
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MessageSujet: Re: We're going back where we belong [Livre II - Terminé]   

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We're going back where we belong [Livre II - Terminé]
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