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All roads they lead me here [Livre II - Terminé]
MessageSujet: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Dim 28 Juil - 1:32




All roads they lead me here

L’errance. Je reproduisais un schéma sans m’en rendre compte – même si les circonstances n’étaient en rien les mêmes. Mon cou ne portait plus la marque du Diable et pourtant, mon état mental frôlait bien la même démence. Ce n’était pas les cadavres d’innocents qui longeaient ma conscience mais plus les vestiges de mon être, de mon histoire, de ma famille. Aucune tombe mais assurément un décès. Et surtout un deuil que je n’étais pas prêt à entamer. Non, je ne croyais pas à cette réalité. Je m’inventais dix milles excuses car j’avais dix milles raisons de ne pas pouvoir l’accepter. Et une seule qui dominait. Je refusais de souffrir, je refusais de remettre définitivement en question le seul pan de mon existence qui m’avait semblé stable. Mon foyer, mes souvenirs, mes parents. Je ne voulais pas imaginer à quoi mon enfance ressemblerait si ce que cet inconnu m’avait scandé, était vrai. Tout ce que j’aurais vécu aurait donc été une grosse farce ? Non. Bien sûr que non. Ils m’avaient élevés, j’étais un Fontayn. Je serais toujours un Fontayn, il ne pouvait pas en être autrement. J’avais détesté ce nom comme je les avais quelque part méprisés à une certaine période pour leurs grands gestes, leurs belles paroles et tout ce luxe qui puait l’injustice. Mes idéaux, mes valeurs, je les tirais de mon éducation, celle qu’ils m’avaient inculquées. Je m’étais positionnés par rapport à eux et même si je ne voulais pas me l’avouer, ils étaient et seraient toujours les personnes ressources, mon filet, mon équilibre. Ils étaient loin et cet aspect me rassurait, comme si malgré tout - la guerre, les miens et tout le reste, je pourrais encore rentrer chez moi, à la maison si je le souhaitais, quand je le voulais. Ils seraient là pour m’accueillir et c’était réconfortant de savoir que des êtres qui tenaient à moi, seraient là toujours à attendre mon retour, à m’aimer de manière inconditionnelle, à m’accepter malgré tous mes ratés. Car j’étais leur fils, de leur sang, de leur chair et que c’était un lien qui rien ne pourrait défaire, pas les épreuves, pas les rancœurs, rien. Ca transcendait toutes les disputes, tous les conflits. C’était la seule relation dans ce Monde de fou qui ne m’effrayait pas, la seule qui m’avait sauvé, forgé. La seule qui compterait de manière formelle, inébranlable jusqu’à ma mort, même après la leur. Oui, je savais bien que quelque chose clochait. J’avais envisagé cette option mais pas dans ces termes. Jamais, je n’aurais cru que… Et puis, non, je m’étais voilé la face en sachant qu’il existait forcément une explication rationnelle. Et mes vrais géniteurs dans tout ça ? Je ne voulais pas les connaître, je m’en fichais complétement. Des étrangers sans qui je me portais mieux, qui ne seraient jamais à la hauteur de ceux que j’avais eus, de ceux que j’aimais. De ceux que je considérais et considérerais comme mes seuls parents.

Peut-être que ce Timothée se trompait après tout ? Avais-je des preuves concrètes si ce n’est mes gênes et ses connaissances ? Est-ce que ça suffisait à prouver quoique ce soit ? Est-ce que… Phase un, le déni. Ma raison devait aller se faire foutre car mon cœur ne pouvait pas la supporter aujourd’hui. Elle ne guidait pas mes membres d’ailleurs en ce moment, elle animait juste le débat par moment, comme une douleur lancinante me rappelant que tout ça s’emboîtait et tenait la route. Cette garce me précipitait dans un gouffre sans reprendre le contrôle de mon corps. Je fixais le présent, les décors mais je ne le voyais pas. J’étais paumé dans le passé. C’est drôle comme ma mémoire s’acharnait sur les moindres détails et les événements que je croyais avoir oublié, effacé. Ils n’étaient pas parfaits, Louise et Emile mais je n’avais manqué de rien. Ni d’amour, ni d’attention – même de mon père qui pourtant était souvent occupé. Ils m’avaient couvés, sûrement trop d’ailleurs et m’avaient protégés comme ils avaient pu. Ils n’avaient pas mérités que leur progéniture finisse en Ecosse, sans achever ses études, volant par-dessus le marché, couchant avec la Reine des vampires, finissant barman dans une boîte de lycans sordide. Mais c’était normal au final, je n’avais jamais eu le rôle pour cette pièce, le riche héritier, ce n’était pas moi. Moi, j’étais le rejeton de métamorphes. J’étais voué au surnaturel, à la quête de normalité sans jamais pouvoir l’atteindre, à la succession de secrets et de mensonges. Moi, j’étais un monstre. Finalement, j’avais beau me mentir depuis 18 ans, c’était ce que j’étais. Sinon, pourquoi ne leur avoir rien dit quand ça avait commencé ? J’avais 10 ans et je comprenais déjà à quel point j’étais une aberration au milieu d’un environnement paisible. L’animal me grondait et je lui rappelais que c’était sa présence qui me faisait autant mal. Car à lui seul, il confirmait le récit que ce gamin – qui n’en était pas un, m’avait balancé en plein visage. La bête souffrait avec moi, nous étions tous deux morcelés bien que lui voyait la finalité et que l’humain se butait à l’imparfait. Et si j’avais été humain ? Aurais-je été plus heureux ? Ces interrogations muettes s’effaçaient car elles n’avaient même pas lieu d’exister. Le bonheur, s’il en restait encore la moindre parcelle dans mon organisme, avait dû s’exiler du côté de Cannes et mourir au pied de la demeure familiale, entre les éclats de rire de cet enfant naïf qui croyait que jouer à Robin des Bois était sa vocation, son Destin, sa raison d’être.  J’eus l’envie violente d’entendre leur voix, comme un gosse partit en vacances et à qui la chaleur de son foyer manquerait. Mais je ne parvenais plus à identifier ni l’endroit, ni mes mouvements. J’étais complétement perdu.

C’était ce que je croyais du moins avant d’entendre le bruit d’une porte et à la suite le son de ma respiration, la sienne aussi. J’émergeais à peine de mon faux coma en reconnaissant mon interlocutrice. J’avais perçu ces quelques bruissements mais rien de plus. Comment avais-je atterri ici ? Combien d’heures s’étaient écoulées ? Combien de kilomètres avais-je parcouru ? Je me sentais courbaturé, éreinté et toujours aussi peu présent. J’effleurais du bout des yeux Rebecca sans tout à fait la voir. J’avais froid malgré l’air chaud d’été qui m’enveloppait. J’avais terriblement froid. Ma joue picotait aussi, je ne savais même plus pourquoi d’ailleurs. Si elle parla, je n’entendis rien mais j’entrais – peu importe ce qu’elle pense de mon apparition. Si elle me toucha, je ne sentis rien. J’étais imperméable – à peine habité par une âme. Mon instinct de survie m’avait simplement amené au seul endroit sur Terre qui pourrait peut-être m’aider quand je me réveillerais du choc. Je fermais les paupières un instant et les ouvris quand je fus trop las pour continuer à subsister. J’attrapais la paume de la jeune femme et l’amenais jusqu’à sa chambre. Je retirais mes chaussures avec calme et lenteur puis m’allongeais en l’amenant à ma suite dans les draps. Mes intonations enfin s’échappèrent, dématérialisées, lointaines. Ma gorge était sèche, les mots rêches. « Reste ici. Avec moi. » Je me calais dans ses bras et je m’endormis sans rien calculer d’autre. Pas besoin de calmant ou de somnifère face à l’ampleur de cette révélation, mon organisme se mettait lui-même en veille pour éviter les dégâts corporels. J’avais toujours été doué pour fuir.

J’étais au centre, seul, entouré par si peu de lumière que je ne percevais pas le bout de mes propres chaussures. Sur ma gauche, un premier couple aux visages incomplets, incertains. Sur ma droite, mes parents, ils me fixaient avec tant de sévérité que je me liquéfiais sur place. Ceci était mon procès. Ils parlaient mais je ne les regardais pas, mon attention était détournée par le duo étrange qui nous observait. Un garçon s’approcha alors de moi, il planta son regard dans les miens. Il ressemblait tellement à mon père que ça en frôlait l’aberration. « Ils ne veulent plus de toi ceux-là. » Il se mit à pointer du doigt ma famille. Ces derniers partirent à ses mots sans que je puisse les retenir. « Et ceux-là, ils n’ont jamais voulu de toi, ils ne te connaissent même pas. »Il se mit à sourire l’arrogant et il ajouta. « Tu n’es le fils de personne. » Il s’en alla avec les deux autres personnes et je restais là, mutilé par le vide. Mutilé par l’abandon. J’avais été seul, je serais toujours seul. Je mis de longues secondes avant de réaliser que j’avais ouvert les yeux. L’angoisse m’oppressait tellement la poitrine que j’en avais mal et ça ne semblait pas aller en s’améliorant. Je décidais d’ignorer ça et postais ma machinalement sur ma joue où une autre forme de douleur me désarçonna. Qu’est-ce que j’avais encore fichu ? J’observais le plafond. Je ne savais pas où je me trouvais. J’avais l’impression de me réveiller d’une mauvaise cuite mais je ne me rappelais pas avoir consommé d’alcool. Je me redressais quand je sentis ma gorge se resserrer méchamment, j’avais toujours des difficultés à retrouver le fil de la veille mais mon corps semblait lui s’en souvenir mieux que moi. Je me sentais terriblement malade, voir fiévreux. Je ne voulais pas conscientiser mes souvenirs. Dès que je cherchais à m’en rappeler, j’avais l’impression que mon souffle m’échappait un peu plus. Je mis trente bonnes secondes avant de réaliser que je redémarrais une crise de panique. Et trente secondes de plus pour me forcer à affronter la cause. J’avais perdu ma famille hier au profit d’une vérité atroce. La sueur commençait à rouler sur ma peau et avant que je ne me mette à ne plus savoir du tout respirer, je me levais en hâte et fonçais vers la porte. Je ne voulais pas que ma comparse assiste à ça. Pas encore une fois.

J’atterris dans la salle de séjour dans un état déjà trop avancé. J’arrachais presque les boutons de ma chemise, ne supportant plus ce simple contact sur ma cage thoracique. Je frôlais la crise cardiaque à plusieurs reprises et abandonnais l’idée d’approcher la vitre. Je me forçais à m’asseoir en tirant une chaise et plaçais mes paumes sur ma poitrine en essayant de retrouver un souffle cohérent. Je commençais à refaire de l’apnée. Putain, il fallait que je contrôle ça. Plus je m’exhortais au calme, pire c’était. Allez merde, je devais reprendre le dessus. J’étais qu’un con trop faible, ça me mettait hors de moi. Je tapais la table avec ma main comme si ça allait changer quelque chose de me faire mal ou de faire du bruit. Je crus percevoir les pas de Rebecca derrière moi mais n’avais pas la force de vérifier. J’essayais déjà de ne pas crever. J’articulais douloureusement entre mes appels d’air. « Ca va… Laisse… C’est… Rien » C’était tout sauf rien. Pourquoi étais-je venu la retrouver d’ailleurs ? Je ne savais plus. Mais j’avais envie d’être seul. Non, j’avais peur d’être seul. Tout s’inversait sans arrêt dans mon crâne et je ne parvenais pas à sortir ma tête de l’eau. Cette suffocation semblait de plus en plus violente et je n’arrivais définitivement plus à l’enrayer. A un moment, je me disais que crever serait peut-être plus facile pour tout le monde - surtout pour moi. Comment pourrais-je continuer à avancer après ça ? Comment pourrais-je encore trouver un sens à ce que je faisais alors que tout ce qui m’avait forgé s’était avéré être une grosse erreur ? Je n’avais plus d’identité, plus de racines, j’étais juste une incohérence. Comment allais-je leur annoncer ? Comment allais-je leur dire que je n’étais qu’un imposteur ? Comment leur expliquer que je leur avais volé leur amour, leur argent et leur temps ? Et comment allaient-ils le prendre ? Ils allaient m’ignorer, ils allaient me renier. J’allais les perdre, ils allaient forcément se détourner de moi. Je les dégouterais pour de bon. Et au final, oui, je ne serais le fils de personne. C’était tout ce que j’avais toujours craint. Le rejet, l’abandon. C’est pour ça que je ne voulais pas de relation sérieuse, pour ça que j’avais du mal de me lier autant aux autres. J’avais voulu sauvegarder un maximum ma relation avec mes parents car c’était la seule chose fiable et sûre que je possédais. Malgré nos différents et leur silence, ils voulaient que je revienne. Ils exprimaient à leur façon leur affection et leur inquiétude, je n’en avais jamais douté. Ma mère avait même repris le contact brièvement avec moi. Et moi qui croyais que ça finirait par s’arranger. Mes intonations sortirent brisées alors que je sentais mes traits se figer sur de la douleur pure et simple. « Becky… » Je ne savais pas où elle était, je ne distinguais rien d’autres que ma souffrance mais j’avais besoin d’elle là parce que je n’arrivais plus du tout à respirer. Il fallait qu’elle me gifle et que je me ressaisisse.
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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Dim 28 Juil - 20:55




All roads they lead me here


Le Destin. La destinée, la chance, le hasard, le coup du sort, peu importe comment on l'appelle, peu importe ce qu'on en pense, il règne et règnera toujours un mystère insoluble sur l'avenir des hommes. On dit qu'il suffit d'un battement d'aile de papillon à l'autre bout du monde pour créer chez nous un cataclysme. Même si ce n'est qu'une légende urbaine, une jolie image pour dire que tout acte a ses conséquences, il arrive toujours un moment dans notre vie, où on se demande à quel point les choses sont "destinées" à se produire. C'était l'un de ces soirs-là. Alors que je venais de trouver un Camille blessé et désorienté devant ma porte, je me demandais, pendant un instant, ce qui nous avait menés à ça, ce qui l'avait mené à moi. A quel point nos pas, nos choix, nos sentiments, nous avaient-ils conduits à cet instant précis ? Était-ce destiné à arriver ? J'avais l'impression que tout se précipitait depuis mon retour, que la stabilité du monde s'ébranlait sous nos pieds sans qu'on ne puisse faire quoi que ce soit pour l'arrêter. Les choses empiraient de jours en jours. Était-ce nous ? Était-ce notre karma ? N'étions-nous que des victimes, des pions dans une partie d'échec cosmique qui nous dépassait ? Etions-nous maudits ? La malchance nous poursuivait-elle ? Attirions-nous ces tragédies ou bien était-ce simplement l'œuvre de la fatalité ?
J'étais incapable d'émettre la moindre hypothèse à ce sujet tant tout mon être était concentré sur Camille. Et dire que quelques instants à peine auparavant, j'avais été sur le point d'aller me coucher, en pensant à lui…

La journée avait été longue bien que très enrichissante. Avec le Professeur Doyle, mon futur patron, nous avions commencé à établir un planning pour l'été et j'avais choisi plusieurs cours à suivre à la rentrée. Nous avions également beaucoup parlé de ce que seraient mes attributions en tant qu'assistante et il m'avait demandé si cela me dérangeait de donner ponctuellement des coups de main aux autres professeurs ou à l'administration de l'Université. Je m'étais empressée de lui signifier que j'étais preneuse de tout travail supplémentaire et de lui réaffirmer que cela ne me faisait pas peur. J'étais motivée !
J'étais rentrée tard et m'étais rapidement préparé à manger, décidée à me coucher tôt. J'étais épuisée, contrecoups de toutes les crises que nous avions subis, Camille et moi, depuis presque deux mois. Le problème était que je n'arrivais pas à récupérer, car je ne dormais bien que lorsqu'il était là. Je ne l'avais pas revu depuis le vendredi soir et même si nous échangions régulièrement par sms, cela ne remplaçait pas sa présence.

Je ne sais pas ce qui m'avait poussé à regarder par la fenêtre avant d'aller me coucher. C'était quelque chose que je ne faisais jamais, habituellement. Mais je l'avais fait. Et je l'avais vu.
Je n'avais pas compris ce que je voyais, persuadée qu'il ne pouvait pas s'agir de la silhouette de mon amant au milieu de la nuit devant mon immeuble.
C'était peut-être bien le destin, finalement. Ou l'instinct ? Je l'ignorais. Mon rythme cardiaque s'était emballé mais quand je regardai une seconde fois, il n'y avait plus personne. Décidément, mon esprit me jouait de vilains tours. Était-ce une façon pour lui de me dire que je ne trouverais pas le sommeil sans Camille ? Je le savais déjà, mais que pouvais-je y faire ? Je jetais un coup d'œil à mon téléphone portable sur la table du salon. Peut-être que je pouvais lui envoyer un message, ou l'appeler, pour lui proposer de me rejoindre après son service ? Non… ce n'était pas raisonnable… je scrutais toujours l'extérieur afin de m'assurer que j'avais bien imaginé tout ça quand la sonnette de l'appartement me fit sursauter. Ça ne pouvait pas être… ? Pieds nus, en short et débardeur, je me précipitais pour ouvrir la porte et découvrir Camille. Les battements de mon cœur s'accélèrent à nouveau. Je n'avais pas rêvé, quelque chose clochait, quelque chose de grave.  
- Camille… ?
L'air absent sur son visage m'alarma immédiatement et mon angoisse s'accentua quand je remarquai l'ecchymose sur sa joue et sa lèvre fendue. Je posai ma main sur son bras, incertaine:
- Camille, qu'est-ce qui s'est passé ?
Seul le silence me répondit. Je n'avais même pas l'impression qu'il me voyait. Comment avait-il atterri ici ?  
- Camille ? L'appelais-je à nouveau, essayant de garder un ton calme bien que je sois morte d'inquiétude.
Il avait l'air complètement déconnecté, sous le choc. Que lui était-il arrivé ? S'était-il fait agressé ? Cela avait-il un quelconque rapport avec la Reine ? Avec les loups ? Il avait l'air entier mise à part ces deux blessures à son visage. S'était-il battu ? Cela ne lui ressemblait pas.
Il pénétra dans l'appartement tel un automate et je refermais la porte derrière lui sans le quitter des yeux.
- Camille ! Dis quelque chose, je t'en prie !
Il ferma les yeux quelques instants tandis que je le dévisageais, de plus en plus affolée par son apathie, puis tout à coup, il prit ma main dans la sienne et m'entraîna dans la chambre. Je me laissais faire, totalement déboussolée. Il retira lentement ses chaussures avant de se coucher et de m'attirer contre lui. Et sa voix résonna enfin, rauque mais ferme.
Camille a écrit:
« Reste ici. Avec moi. »
Mes yeux s'embuèrent face à cette détresse que je ne comprenais pas et j'acquiesçai en le serrant avec force dans mes bras, frottant doucement son dos:
- D'accord, d'accord, je suis là, je reste avec toi… je reste là, je ne vais nulle part…
Il posa sa tête entre mes seins et sombra très vite dans un sommeil qui tenait presque du coma.
Bon sang, mais que s'était-il passé ?  Des centaines de questions me torturaient et j'ignorais quoi faire pour calmer les scénarios catastrophe qui commençaient à s'écrire dans mon esprit. Camille allait mal et je ne pouvais rien faire, rien faire à part rester là, contre lui, avec lui, comme il me l'avait demandé.

Une sonnerie retentit soudain de sous les draps. Son téléphone ! Ne voulant pas qu'il se réveille alors qu'il semblait tant avoir besoin de repos, je me redressai dans le lit et glissai mes mains dans ses poches pour en sortir un portable. Mais celui-ci ne sonnait pas. Depuis quand Camille avait-il deux téléphones ? Je fronçai les sourcils et trouvai le coupable dans sa poche arrière. Sans même regarder qui appelait, j'éteignis le portable. Qui que ce soit, il lui faudrait attendre que mon amant aille mieux. Mes doigts entrèrent en contact avec un morceau de papier plié en quatre et je sortie la feuille. Une fiche d'admission à l'hôpital ? Je pâlis en lisant la date du jour et mon incompréhension augmenta d'un trait lorsque je lis les quelques informations qui y étaient inscrites. Timothée Fontaine ? Mais qui était-ce ? Et la date de naissance ? C'était la même que celle de Camille… ?

Trop inquiète pour essayer de résoudre ce nouveau mystère, je quittai quelques instants la chambre pour délaisser les deux téléphones et la feuille sur la table de la cuisine avant de retourner auprès de Camille qui s'était recroquevillé là où je me trouvais quelques minutes auparavant. J'avais l'impression horrible qu'il souffrait même endormi et cela me brisait le cœur. Tout doucement, je revins me coller à lui et même dans ses songes, son corps retrouva sa place contre le mien. L'estomac et la gorge nouée, je me sentais incapable de trouver le sommeil et je me contentai de continuer à le caresser doucement comme pour l'apaiser et le rassurer. Il avait besoin de dormir, il fallait qu'il se repose, cela lui permettrait de se reprendre. Je devais être patiente, il allait aller mieux, il avait juste besoin de repos, tout irait bien, tout allait bien, j'étais là, avec lui…
- Je ne laisserai rien t'arriver… murmurai-je alors que je savais pertinemment qu'il ne pouvait pas m'entendre.
Mais j'avais besoin de le dire pour m'en convaincre. Je n'allais rien laisser lui arriver. Tout allait bien se passer, il allait aller mieux… tout irait bien…

Alors que je me répétais ces paroles d'encouragement, je finis par m'assoupir quelques heures plus tard, uniquement pour mieux me réveiller en sursaut. J'eus à peine le temps de voir une ombre quitter précipitamment la chambre. Il me fallu quelques secondes pour que mon cerveau se remette en marche et que je me souvienne de ce qu'il s'était passé la veille. Je tournai machinalement les yeux vers mon côté où Camille devait se trouver, mais il n'était plus là. Bien sûr, l'ombre, c'était lui, qu'est-ce…? Je repoussai les draps brusquement pour le rejoindre et je le trouvai avachi sur une chaise, haletant. Je sursautai quand il frappa la table du poing et fis quelques pas vers lui, incertaine.
Camille a écrit:
« Ca va… Laisse… C’est… Rien »
Rien... ? RIEN !? Comment pouvait-il dire ça ? Il avait tellement de mal à respirer comme lorsque… mon sang se glaça alors que je comprenais enfin que Camille était en train de refaire une crise d'angoisse.
 
Je tentai de maîtriser ma propre panique au souvenir de l'épisode de la lettre et me dirigeai rapidement vers la salle de bain pour attraper une serviette. Sur le pas de la porte, je restai un instant figée à le regarder se débattre dans le marasme de ses angoisses et je du lutter pour repousser mes larmes et les gémissements de détresse que je sentais poindre dans ma gorge. Je réussi à reprendre mes esprits et couru jusqu'à la cuisine où je mouillai la serviette. J'essayais de me souvenir de ce que j'avais lu la dernière fois, qu'il fallait être calme et rassurant, ce qui était tout sauf facile alors que j'avais l'impression qu'il allait mourir sous mes yeux.
Camille a écrit:
« Becky… »
Sa voix brisée et son ton douloureux me brisèrent le cœur et je revins précipitamment m'agenouiller devant lui alors que sa respiration devenait plus laborieuse encore. Vite, vite ! Ma main attrapa l'une des siennes pour la serrer doucement, tandis que l'autre venait tamponner son front avec le tissu imbibé. Il fallait qu'il prenne conscience de ma présence, il fallait que je le ramène à l'instant présent, loin de ce qui avait provoqué sa crise:
- Je suis là… murmurai-je d'une voix douce et qui tremblait légèrement. Tout va bien, Camille, je suis là...
Je glissai la serviette dans son cou et sur son torse pour essayer de le rafraichir. Il fallait que je continue à lui parler, que je le rassure. Il ne fallait surtout pas que je cède à ma propre peur. Et pourtant, j'étais terrorisée. Mais il avait besoin de moi, je savais quoi faire cette fois, je devais juste être là pour lui.
- Tu ne vas pas mourir… assurai-je en serrant plus fort sa main. Tu es en train de faire une crise d'angoisse… ça va passer, tu iras mieux dans quelques minutes. Ça va passer, Camille, essaye de respirer lentement, c'est normal, je sais que tu as mal, mais ça va s'arranger. Tu ne vas pas mourir, je suis là, tu n'es pas tout seul… ça va aller, je te le promets…  respire doucement… juste quelques minutes et tu iras mieux…


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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Dim 28 Juil - 21:47




All roads they lead me here

La serviette humide sur mon front me fit fermer les paupières et me ramena partiellement dans cette réalité. Ses doigts semblaient brûlants quand ils s’emparèrent des miens et le paradoxe voulait que je les distingue à peine. Je savais qu’elle était là, je le sentais si je me concentrais. Sa voix me parvint enfin et je m’accrochais de tout mon être à ses mots. Je n’allais pas mourir, elle avait raison. Aussi douloureux que c’était, je ne pouvais pas crever de panique – quelle mort idiote d’ailleurs. Je tentais d’appliquer ses conseils et cherchais à maîtriser ma respiration. Et puis elle conclut sur le fait que j’irais mieux… Ça m’acheva. Non, non, ça n’irait jamais mieux. J’avais tout perdu, la foi que je vouais encore à mon existence, mes seules croyances liés à mon passé, ma famille, les fondations de ce que j’étais. Je ne savais plus qui j’étais. Encore moins ce que j’allais devenir. Mais rien ne pourrait réparer ça. J’avais beau m’être relevé plusieurs fois ces dernières années, de ça, je ne parviendrais jamais à me sortir. J’avais tenu grâce à ça, à ce que j’avais appris, vécu aux côtés de mes parents. Ils étaient mes bases. J’étais censé faire comment maintenant ? Maintenant que je savais que je n’avais plus rien à voir avec eux et que même eux l’ignoraient ? Ils ne m’avaient pas voulu moi mais l’autre, Timothée. Moi, j’avais peut-être été voulu, peut-être pas après tout qu’est-ce que j’en savais ? - par l’autre couple, les métamorphes. Ils ne m’avaient pas cherché pourtant, eux, ils avaient dû savoir que ce Tim n’était pas leur enfant. Mais non, ils l’avaient gardés et ne m’avaient pas cherchés. Ils n’avaient pas besoin de moi non plus en fait. Je n’avais plus personne. Plus personne. J’étouffais un gémissement facilement entre mes appels d’air. Mes mains tremblantes se refermèrent finalement sur celle de ma sauveuse. Je me focalisais sur elle, sur sa façon de respirer m’y calant. Mon souffle commençait à redevenir régulier même si je sentais que ça n’était pas encore derrière moi cet ouragan. Je ne savais plus ce que je devais penser de toute cette histoire. Pas plus que de mon état actuel. Ça m'affectait tellement plus que ce que je pensais. Est-ce que j’allais être mort à leurs yeux ? Allaient-ils m’oublier ? Oublier tout ce que nous avions vécu ensemble ? Est-ce qu’ils allaient jeter tous les clichés me représentant ? Dire à tout le voisinage que j’étais décédé en Ecosse comme ça, ils n’auraient pas à leur divulguer l’horrible vérité ? Notre fils n’était qu’une erreur, nous avons investi en un monstre sans le savoir. Vous vous rendez compte, il a mangé à notre table pendant plus de 18 ans. Et à moi, ils me diraient quoi ? Que je n’ai été qu’un échec de bout en bout ? Que leur déception est égale à cette supercherie ? Je cesserais d’exister. Je n’aurais plus de nom, plus d’appartenance. En fait, oui, aujourd’hui, je me sentais orphelin.

Je repoussais la chaise et me laissais glisser au sol pour tomber lentement à genoux face à Rebecca. J’avais besoin qu’elle me redonne vie. J’avais tellement besoin d’elle là que ça me rongeait jusqu’aux entrailles. J’allais tomber trop bas et il fallait qu’elle m’en empêche. Je vins me caler dans ses bras et la serra aussi fort que possible. J’avais tellement conscience qu’elle ne devait pas devenir ce point d’attache, qu’elle ne devait pas combler toutes mes brèches. Parce qu’au final, elle en payerait le prix fort. Je perdais tous ceux que j’aimais. Ils finissaient tous par partir. Tous. Je ne savais même pas comment mes intonations réussirent à émerger. Elles étaient enraillées, terriblement instables. « Toi aussi… Toi aussi, tu finiras par m’abandonner. » Je continuais à l’étreindre avec tout mon désespoir. « Tu me trouveras aussi monstrueux. Et tu partiras. Tu partiras, oui. » J’étais tellement sûr de ça. Tellement sûr que ça finirait comme ça entre elle et moi. Depuis le début, depuis le premier regard, le premier sourire. Mais elle, je savais qu’elle avait le choix. Mes géniteurs n’étaient pas censés l’avoir, eux. Eux, ils étaient censés être là toujours, quelque part, à m'attendre, à m'aimer. Je fermais mes yeux et écrasa un sanglot contre son épaule. Bordel, je n’arrivais plus à me contrôler. Tout m’échappait, complétement. Ma crise repartit de plus belle, un poids dans la poitrine, des douleurs intenables dans la cage thoracique et je m’écartais d’elle alors pour retrouver un peu d’espace afin de reprendre mon souffle. J’avais vraiment envie qu’on me coupe tout mon système nerveux, j’en avais marre de souffrir physiquement et moralement. Je n’étais plus que douleur et je ne supportais pas ça. Mon apnée fut encore plus impressionnante et je ne parvenais pas à comprendre comment ça pouvait devenir encore plus violent. Je ne le compris que quelques instants plus tard quand je réalisais que comme un gamin, je pleurais en plein milieu de mon cauchemar. Je ne me souvenais même plus quelle sensation ça faisait. Ça ne m’était plus arrivé depuis plus de dix ans. Pourquoi est-ce que ça devait arriver là maintenant ?  Je devais m’éloigner d’elle, pourquoi devait-elle assister à ce désastre ? Je me relevais maladroitement et titubais toujours en crise. Je vacillais jusqu’à la cuisine et m’effondrais près de la vitre. J’avais envie de m’enfuir, l’animal poussait tellement de plaintes dans mon crâne. Je refermais mon visage derrière mes mains et tenta de me calmer encore une fois. J’avais le cœur brisé, j’étais brisé juste par ça. Juste par une révélation pourtant évidente. Pendant plus de quatre ans, ils n’avaient même pas été présents. Oui mais ça n’avait rien changé pour moi. Ils avaient été toujours là d’une façon ou d’une autre dans ma manière de penser, d’agir. J’étais l’image d’un Fontayn. J’étais une apparence, une façade. Et maintenant, que me restait-il ? Que me resterait-il demain matin ? Le vide? Je me sentais creux, tellement creux.
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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Dim 28 Juil - 22:45




All roads they lead me here


Il m'avait semblé percevoir une amélioration dans son état, mais cela fut de courte durée.
Je ne comprenais pas ce qu'il se passait, j'ignorais ce qui avait provoqué cette nouvelle crise, mais quoi que ce soit, cela semblait l'affecter bien plus encore que les menaces de la reine. Il y avait quelque chose d'autre aujourd'hui dans cette crise, ce n'était pas seulement de la peur, c'était… comme si son monde tout entier venait de s'écrouler. Qu'est-ce que j'allais faire ? Comment est-ce que j'allais l'aider ? Je répétais en boucle des mots apaisants, essayant de garder un ton doux et rassurant alors que je me sentais moi-même au bord du gouffre. Je devais tenir le coup pour lui, quoi qu'il arrive. Sa main s'agrippait à la mienne avec force, unique contact avec la réalité, dernière chose à laquelle il semblait pouvoir se raccrocher… peut-être était-ce le cas… j'avais cette horrible sensation au creux de l'estomac, celle qui me faisait tellement craindre pour l'avenir…
- Je suis là… je suis là…
Soudain, il se laissa tomber au sol face à moi et me serra dans ses bras comme si sa vie en dépendait et le son de sa voix, trébuchante, éraillée, me pétrifia.
Camille a écrit:
« Toi aussi… Toi aussi, tu finiras par m’abandonner. Tu me trouveras aussi monstrueux. Et tu partiras. Tu partiras, oui. »
Je resserrai mon étreinte autour de lui, les larmes aux yeux et secouai la tête, horrifiée. Comment pouvait-il penser une chose pareille ? Que s'était-il passé pour qu'il en arrive là ? J'essayais d'analyser ses mots à travers le chaos de nos émotions respectives. Moi aussi ? Qui d'autre l'avait abandonné ? Qui donc le trouvait monstrueux ? Cela avait-il un quelconque lien avec sa nature ? Avec le fait qu'il se transformait en oiseau ? Quelqu'un avait-il découvert cela ? L'avait-on fuit à cause de ça ? Est-ce que ça avait un rapport avec ce Timothée ?
- Non… non, non, non. Dis pas ça. Jamais, tu m'entends ? Jamais ! Je t'abandonnerai pas, je partirai pas, Camille !
Je savais qu'il ne m'entendait pas, perdu dans sa douleur, mais je ne pouvais pas le laisser dire des choses pareilles. Comment pouvait-il penser une chose pareille alors que je me battais tellement pour lui ? Mais il ignorait que j'étais au courant de ce qu'il était, il ignorait que le surnaturel faisait déjà partie de ma vie.
Il ferma les yeux et un sanglot lui échappa contractant douloureusement mon cœur affolé.
- Calme-toi… ca va passer, Camille… ça va passer, je suis là, je t'en prie, Camille…
Je voulais simplement qu'il respire, qu'il aille mieux, qu'on puisse parler de ce qui était en train de le tuer nerveusement. Il s'écarta de moi sans que je puisse le retenir et je posai mes mains sur ma bouche en constatant qu'il pleurait. Ses larmes furent pires qu'un coup de poignard et je sentis quelque chose mourir en moi. Je ne voulais pas vivre dans un monde où quelque chose était capable de faire tant de mal à l'homme que j'aimais. Je ne pouvais pas le supporter, je ne pouvais pas l'accepter ! Je ne l'avais jamais vu dans cet état, je l'avais vu effrayé, brisé, fou de rage, mais jamais en proie à tant de tristesse et de désespoir… Je tendis la main vers lui mais il m'échappa et tituba jusqu'à la cuisine où il s'effondra non loin de la fenêtre. Il enfouit son visage dans ses mains et je le rejoignis immédiatement. Je l'attirai contre moi et pris son visage entre mes mains pour que son regard accroche le mien. Ses sanglots me tuaient, j'étais anéantie par ce qu'il vivait, par cette épreuve qu'il traversait et que je ne comprenais pas.
Je pleurais moi aussi à présent, avec lui, pour lui, mais tandis que les larmes roulaient sur mes joues, je m'efforçai de garder une voix calme et déterminée :
- Tu vas t'en sortir, tu n'es pas tout seul… je suis là, regarde-moi Camille… je suis là, je te jure que je ne vais pas m'en aller…
Je posai mes lèvres sur les siennes comme pour essayer de l'atteindre, de renouer le contact. Je ne pouvais pas le laisser succomber à tout ça. J'avais besoin de lui, j'avais besoin qu'il aille bien, je ne pouvais pas supporter l'idée qu'il soit brisé et que je ne puisse rien faire pour l'aider. J'avais conscience que mes mots sonnaient creux, que je ne faisais que répéter des mots qui devaient sûrement être vides de sens pour lui, mais ils ne l'étaient pas pour moi. Je voulais juste qu'il aille mieux, je voulais tellement qu'il aille mieux...
Je l'attirai à nouveau tout contre moi, dans une étreinte presque aussi désespérée qu'il ne l'était, glissant une main dans ses cheveux tandis que l'autre caressait doucement son dos:
- Shhh… tout va bien… je suis là… ça va aller… ça va passer, Camille… respire, respire…doucement… je suis là, je te laisse pas, je te laisse pas…shhh….


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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Mer 31 Juil - 22:51




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A mi-chemin de l’incompréhension et du déni, émergeait la phase de prise de conscience. J’étais en pleine dualité avec moi-même. Si j’acceptais de voir cette réalité en face, je m’exposais à plus de souffrance. Cela ne semblait pour autant pas possible vu l’état dans lequel je me trouvais. Je respirais toujours mal et m’étranglais même à moitié entre l’apnée et mes sanglots. Je ne supportais pas les bruits que je produisais, ça ne pouvait pas être moi qui fracassais de cette façon le silence de cette nuit. Je n’avais jamais été dans cet état, pas même alors que les combats faisaient rage, que je croulais sous de nouvelles responsabilités toujours plus accablantes, que les cadavres s’empilaient sous mes yeux. Mon instabilité m’apparaissait pourtant évidente aujourd’hui. Est-ce que j’avais trop pris sur moi ? N’était-ce pas la conséquence finalement de ma succession d’efforts ? C’était ça ma récompense pour toute cette lutte ? Avais-je dépassé toutes mes limites pour en arriver là ? J’avais envie de rentrer chez moi, retrouver ce que j’avais définitivement perdu malgré que ce soit trop tard. Des bras m’entourèrent, j’aurais voulu les repousser mais j’en étais incapable parce que même si ce n’était pas ceux que je réclamais intérieurement, cela valait mieux que l’étreinte du vide. Ses mots à défaut de me réconforter me plièrent un peu plus l’aorte. Des promesses, encore. Ce genre de choses immatérielles, impalpables ne signifiait rien. De l’air, des paroles déjà morte. Moi, je ne gobais pas ça. Je refusais de gober ça. Ses lèvres cherchèrent alors à combler cet échos évanescent tandis que ses larmes se noyèrent sans grand mal aux miennes l’espace d’un instant. Je venais de nous déchirer, une fois de plus. J’étais cassé et à force de vouloir me réparer, elle s’abimait elle-même. Mes engrenages étaient tranchants, elle recollait quasiment du verre et s’écorchait avec. Et à nouveau, Rebecca pleurait par ma faute. Pourtant, elle restait. Elle était vraiment douée pour souffrir ou quoi ? Est-ce qu’elle aimait autant que ça se laisser détruire par ce que j’étais, ce que je faisais, ce que je disais ? « Beck…Becky… »  Elle me coupa et je n’eus plus la force nécessaire pour la faire reculer. Je me laissais alors bercer et finis par fermer les paupières. Je m’abreuvais de ses intonations sans m’accrocher au sens de ses phrases qui de toute manière me semblaient « ridicules ». Nous restions une éternité dans cette position.

Mes pleurs se firent de plus en plus silencieux à mesure que la crise se calmait. La tornade dévala encore ma poitrine quelques minutes puis me laissa vide, terriblement confus. Quand mon rythme cardiaque me le permit, je me redressais un peu. Je n’osais pas la regarder droit dans les yeux, je fixais ses mains à la place. J’essuyais gauchement mes joues et me laissais quelques secondes juste pour respirer. « Dés…Désolé. » J’avais vraiment réagi pour un gosse - c’était très certainement cette partie de mon être qui avait encaissée si mal la nouvelle d’ailleurs. Au fond, même si on ne se l’avouait pas, comme tous les mômes, j’idéalisais mes parents quelque part. Je connaissais par cœur leur travers mais je respectais bien plus leurs qualités. La persévérance de mon père, son audace, son courage et la générosité, l’attention, la bonté de ma mère. Ils me manquaient tellement. Ma vie d’avant me manquait là de suite – un fait que je n’aurais jamais cru possible sept ans auparavant. Je n’aurais peut-être pas dû quitter Cannes ? Peut-être que l’Ecosse se serait mieux portée sans moi ? Notre espèce aurait-elle été connue de la Reine sans que j’intervienne ? Est-ce qu’Alan et Kate auraient fui tout simplement le conflit ? Et moi, aurais-je fermé les yeux sur la douleur des métamorphes ? Aurais-je continué insouciamment à jouer un rôle tout en m’inventant un autre la nuit tombée ? Je me créais différentes dimensions parallèles et au final, toutes m’apparaissaient supérieures, meilleures que celle dans laquelle je peinais à calmer mon cœur, tout ça face à une personne tellement parfaite que je ne pouvais, ne pourrais même jamais égaler ou atteindre. Je n’aurais pas dû atterrir chez elle et lui faire subir cette crise. Elle avait un passé bien plus chaotique que le mien – fait d’or et de confort. Je n’avais pas de raisons suffisantes pour m’apitoyer sur mon sort de cette façon en comparaison à ce qu’elle avait traversé et à ce qu’elle avait découvert récemment.

Mes paupières semblaient si lourdes, je ne savais pas si il fallait attribuer ce fait à mes pleurs ou à ma fatigue physique et morale. J’appuyais mes paumes sur mes yeux et me força à inspirer profondément. Je commençais à me dire que ma propension au drame atteignait des sommets en ce moment. Je devais vraiment me ressaisir. Je n’avais pas le droit de me montrer, d’être faible. J’avais juré ne plus jamais laisser mes émotions empiéter sur ma mission d’une façon ou d’une autre. Je devais être fort pour les miens. Dans un effort surhumain, j’essayais de me focaliser sur les bases et la logique. Ma santé physique, donc. « Je… » J’avais mal à la gorge tellement elle me semblait sèche. « Je crois que j’ai… besoin … »  De boire. Mais les mots ne parvenaient plus à émerger. Je n’avais rien bu ni avaler depuis midi la veille. L’épisode de la banque me revint alors furtivement en mémoire, je l’avais complétement zappé après cette histoire. Je glissais mes doigts sur ma joue. Lui, il avait eu le temps d’atteindre le stade de la colère et moi, je restais bloquer au déni. Je me relevais péniblement et m’adossa au plan de travail proche. Mes muscles étaient engourdis, je me sentais terriblement fébrile mais pourtant, je parvins à rester debout. J’effaçais les vestiges de mes sanglots d’un revers de main avec amertume. Je ne supportais vraiment plus que Becky m’observe dans cet état, c’était suffisant pour que je mobilise le peu d’énergie restante pour me déplacer jusqu’à la salle de bain. Je titubais maladroitement de et ne pris pas la peine de refermer la porte derrière moi. Je m’agrippais toujours fébrile à l’évier et enclencha le robinet. Mes paumes vinrent y cueillir l’eau nécessaire avant de m’asperger le visage. Ce que je cherchais à faire ? Effacer mes sueurs froides et surtout mon raté lacrymal. J’avais envie d’oublier ses dernières 24h également. Sauf qu’aussi fort, aussi déterminé que je pouvais être dans ma tâche actuelle, la jolie ecchymose sur ma joue ne partirait pas de sitôt, pas plus que le chagrin qui logeait dans ma poitrine en Roi et maître.

Je me relevais après avoir répété le même mouvement quelques fois et laissa mon regard percuter le miroir. Mes doigts glissèrent sur mon bleu, le coût de la réalité. Depuis combien de temps, il le savait lui ? Je ne voulais pas le savoir en fait. Je ne voulais pas le revoir. Plus je détaillais ce reflet, plus il m’échappait. Ce n’était pas moi, cette peau si pâle, ses yeux si rouges, cette allure décharnée, abattue voir terrorisée. Je ne me reconnaissais plus et en dehors de cette apparence particulière, je ne comprenais vraiment plus qui j’étais. C’était un étranger qui me toisait, j’habitais le corps d’un autre. Je ne pouvais plus soutenir ma propre image alors je reculais d’une façon instable jusqu’à la baignoire pour m’asseoir sur le rebord. Rebecca m’avait suivie et je ne compris qu’une fois assis qu’elle me fixait depuis l’encadrement de la porte. Je ne savais plus quoi dire, quoi faire. J’arrivais à peine à endurer le poids de ses prunelles sur moi. Je murmurais un « ça va. »  pour annihiler le silence insupportable qui nous entourait. Non, ça n’allait pas bien sûr. Mais je ne voulais plus continuer à me donner en spectacle ou à l’accabler de mes soucis. J’en avais assez fait dans ce domaine. « Tu peux aller te recoucher. Ca va aller. »  La crise de panique était passée après tout – je l’espérais pour toujours. Je n’arrivais pas à replacer mon attention correctement sur elle. Je ne voulais plus l’inquiéter, je devais gérer ça seul. Gérer ça ? Non, je ne savais pas encore comment. Mais j’allais devoir apprendre.
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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Jeu 1 Aoû - 20:55




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Je restai longuement à le bercer dans mes bras, attendant avec angoisse les premiers signes d'un retour au calme. Ses pleurs s'apaisèrent petit à petit, tout comme les miens, mais il me sembla qu'il s'écoulait une éternité avant que les battements affolés de son cœur ne retrouvent un rythme normal. Puis soudainement, il se redressa, échappant à mon étreinte et s'essuya les joues en s'excusant. Il était encore bouleversé, ça se voyait, mais l'embarras se lisait à présent sur ses traits alors qu'il évitait mon regard.


-Camille...

Je ne voulais pas qu'il s'excuse. C'était humain de pleurer, humain d'avoir besoin d'un peu de réconfort, il ne devait pas s'en vouloir pour ça. Si ses larmes m'avaient brisé le cœur, il ne devait pas pour autant en avoir honte.  J'étais là pour ça, pas seulement pour partager les bons moments, mais aussi pour le soutenir quand ça n'allait pas, comme il l'avait fait pour moi.  J'aurais aimé savoir ce qu'il s'était passé, pourquoi il était dans cet état pour être plus à même de le consoler, mais pour l'instant je devais me contenter de son silence. Il n'était pas en état de répondre à mes interrogations. Je le sentais encore trop fragile pour pouvoir ne serait-ce qu'essayer sans risquer de replonger dans sa crise. Je n'allais pas tenter de le faire parler alors que j'avais l'impression qu'il pouvait s'effondrer d'un instant à l'autre. Il fallait déjà qu'il se calme.  Je sentais bien qu'il essayait de reprendre le dessus, mais il n'arrivait pas encore à faire des phrases complètes. De quoi diable avait-il besoin ? De sommeil, d'espace, de temps ? J'avais conscience que je l'observais avec inquiétude mais je ne pouvais pas m'en empêcher, m'attendant à tout instant à le voir à nouveau manquer d'air. Bon sang, c'était tellement flippant de le voir se battre pour respirer... cela me renvoyait à mes angoisses et à l'idée de sa mort j'étais désemparée. Je ne pouvais pas imaginer qu'il arrive quelque chose à Camille, je ne le supporterais pas...
Je ressentais ce besoin viscéral de le protéger tout en ayant pourtant conscience que cela n'était pas réellement possible. Je ne pouvais rien lui apporter de bon... j'étais même incapable de l'aider alors qu'il allait si mal...
Il essuya rageusement les vestiges de ses larmes et se redressa, s'éloignant.

- Camille, attends...

J'eus peur qu'il tente de s'en aller mais c'est vers la salle de bain qu'il se dirigea d'une démarche peu assurée.
Agenouillée au sol, je mis quelques minutes avant de réussir à me relever à mon tour. J'entendais l'eau du robinet dans la salle de bain. Je pris un verre dans un placard et le rempli d'eau fraîche avant de rejoindre prudemment le pas de la porte de la salle d'eau. Camille se regardait dans le reflet du miroir comme s'il y voyait un fantôme. Ses doigts s'égaraient sur sa joue tuméfiée et cette vision me contracta douloureusement la cage thoracique. Il avait l'air si fragile à cet instant, pâle comme la mort, les yeux injectés de sang, ce regard vacillant entre l'absence et l'effroi.  Il recula jusqu'à s'asseoir sur le rebord de la baignoire.

Camille a écrit:
« Ca va. Tu peux aller te recoucher. Ca va aller. »

Non ça n'allait pas, et ça n'allait pas aller. Qui croyait-t-il berner ? Lui peut-être… Bon sang, j'aimais ce type comme une folle mais c'était vraiment un crétin parfois. Je savais qu'il essayait de me préserver, qu'il se sentait diminué, humilié même peut-être, d'avoir été faible devant moi mais il était hors de question que j'en m'en aille comme s'il ne s'était rien passé. Je n'allais pas l'abandonner avec sa misère, il était temps qu'il le comprenne.
Doucement, je le rejoignis et m'accroupis près de lui. Ma main gauche se posa sur son genou et je lui tendis le verre d'eau.  

- Dis pas de bêtises… tiens, bois un peu, ça te fera du bien…

Je restai silencieusement à ses côtés tandis qu'il vidait le verre. J'ignorais quoi dire ou quoi faire, j'avais l'impression que je ne l'aidais pas à rester près de lui comme ça. J'avais envie, besoin, de bouger, de faire quelque chose de concret. Mon regard se posa sur sa lèvre fendue et mes doigts vinrent glisser jusqu'à elle sans le toucher pour ne pas lui faire mal. Le soigner. Oui, voilà ce que je pouvais faire pour l'instant, ce n'était pas grand-chose, mais c'était dans mes moyens.

- Ne bouge pas, je vais m'occuper de ça…

Je lui repris doucement le verre vide et me relevai pour le poser près du lavabo de la salle de bain. Puis je sorti du désinfectant et une crème contre les chocs avant de revenir près de lui.  Je nettoyai et désinfectai sa plaie puis doucement, effleurant à peine sa pommette du bout des doigts, j'appliquai la crème à la texture glaciale sur son ecchymose. Cela atténuerait la douleur et aiderait le bleu à se résorber plus vite.
Mon regard revenait régulièrement vers le sien. J'avais peur de mal faire. Je ne savais pas comment l'aider et je n'étais même pas sûre qu'il veuille être aidé. De quoi avait-il besoin ? J'avais l'impression que quoi que je dise ou fasse cela ne changerait rien et ce sentiment d'impuissance me rongeait intérieurement. J'avais tellement de peine pour lui... et derrière cette peine il y avait la peur, la peur de savoir ce qui avait provoqué tout ça. Qu'est-ce qui était suffisamment grave pour le plonger dans cet état ? La reine, les loups, autre chose ? Mon esprit se torturait à essayer de comprendre, en vain et je me faisais violence pour ne pas empirer les choses en le bombardant de questions. Je devais lui laisser du temps.

Une fois terminé, je laissai tout en vrac sur le sol et lui pris les mains pour l'entraîner avec moi au salon. Je m'assis sur le canapé et le forçai à s'allonger, l'attirant vers moi pour que sa tête repose sur mes genoux.
Tendrement, je commençai à caresser ses cheveux et me mis à fredonner une mélodie douce et apaisante.
J'ignorais si cela suffirait à repousser les démons qui l'entouraient. J'avais probablement tort sur toute la ligne, comme d'habitude, mais j'essayai de mettre le plus d'amour et de réconfort possible dans mes gestes et dans ma voix. Il n'était pas seul, je n'allais pas l'abandonner, ni aujourd'hui, ni jamais. Mais est-ce que c'était suffisant ? Dans ces moments-là, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il avait raison, tout ça ne menait à rien, tout ça était une erreur…  J'étais tout ce qu'il avait à cet instant et j'avais douloureusement conscience que cela ne suffisait pas…
Et cela me ramenait à l'une de mes plus grandes peurs : cela suffirait-il jamais ?



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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Ven 2 Aoû - 12:43




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Elle enjamba avec une aisance déconcertante les quelques mètres nous séparant, réduisant à néant mes mots et ma volonté de la voir partir. Elle s’accroupit, une main sur mon genou et me tendit un verre d’eau. Je lui accordais un regard furtif alors qu’elle s’adressa à moi. Mes mains tremblantes le réceptionnèrent et je lui glissais un merci à moitié étranglé avant de me mettre prudemment à le boire. Je crevais de soif après tout ça. La première gorgée dévala mon œsophage avec délice comme si je goûtais au plus précieux des breuvages. Je la laissais faire quand elle décida de me soigner les quelques plaies provoquées par Timothée et me tût durant toute la manœuvre. Avec application, elle cherchait à me réparer mais désormais, j’avais l’impression qu’elle avait compris qu’elle ne pourrait plus rien faire pour l’intérieur, alors elle s’occupait de l’extérieur – de l’atteignable. Je n’aurais jamais dû lui infliger ça. Mon attachement pour elle, la signification de sa présence quotidienne, tout ça prenait tellement d’ampleur. Je l’observais très discrètement s’agiter autour de moi. J’étais devenu trop las pour continuer à me torturer alors je me contentais de m’attarder sur les sensations de ses doigts sur mes blessures, la douleur parfois qui en résultait- me rappelant que malgré le peu de vie mobilisée dans ma carcasse, je respirais encore. Je rendais les armes pour le moment et me laissais faire. J’appréciais qu’elle ne m’interroge pas, qu’elle ne parle pas du tout car je me savais suffisamment instable pour rechuter. Une fois qu’elle eut fini de jouer à l’infirmière, elle me mena au salon et je la suivis d’une démarche pesante, fatiguée. Je m’installais comme elle me le demandait dans le fauteuil et ferma les paupières quand elle se mit à me caresser les cheveux. J’avais l’impression d’être réellement un gosse aujourd’hui et ça, elle devait forcément l’avoir compris pour agir d’une manière si maternelle avec moi. On aurait dit qu’elle chassait un vilain cauchemar et dans l’immédiat, j’eus envie d’y croire. Les succubes se tapissaient toujours dans ma poitrine mais je les ignorais pour me laisser gagner par la somnolence. Quand je fus presque le point de céder au sommeil, je me redressais pour m’asseoir. Je n’étais toujours pas redevenu moi-même quand je posais mon front sur le sien, gardant les yeux mi-clos. J’avais envie de la remercier pour tout ça. Mes mains se calèrent dans les siennes et je lui murmurais doucement. « Ne disparais plus jamais. » Parce que je ne pourrais plus le supporter maintenant. J’étais assez crevé pour le reconnaître en toute honnêteté. Je l’enlaçais à la suite avant de me relever et de me diriger avec elle vers sa chambre. Je m’allongeais dans les draps, l’attirais contre moi et sombrais sans autre forme de procès en espérant secrètement que tout ça ne serait le lendemain matin qu’une mauvaise farce de Morphée.

Je ne fis aucun rêve significatif et ouvris les yeux en me croyant tirer d’affaire parce que tout ça était trop fou pour être vrai, non ? Je me relevais avec la même boule d’angoisse perchée dans la cage thoracique, le poids de cent ans sur les épaules, le corps courbaturé et l’esprit déphasé. La tragédie de la veille était bien trop palpable pour que je puisse la nier. Mon accablement me fit rester quelques minutes supplémentaires dans le lit à détailler ma belle brune afin de me réconforter. Seulement, je me souvenais très bien de ma crise et de mes larmes. J’étais déjà gêné hier à moitié perdu dans ma démence. Ce matin, en étant plus lucide, j’avais carrément peur de lui faire face. Je m’étais montré faible, pleurnicheur et fragile – ma virilité s’en était mangé un coup. J’avais complétement craqué et j’étais venu me réfugier ici pour vivre ça. Un vrai gamin. J’avais tellement honte que je voulais m’enterrer et disparaître à tout jamais. Ce n’était pas très juste de ma part de partir sans rien lui dire, ni très correct. C’était même malpoli. Sauf que j’étais lâche et toujours perturbé. Je glissais doucement sur le bord du matelas et me pris la tête dans les mains. Je crevais de mal de crâne. J’avais l’impression d’être passé dans une machine à lessiver, je me sentais tellement ravagé. Il fallait pourtant continuer cette existence vide de sens aussi dur que ça semblait être. Je devais digérer ça et puis… Non, je n’arrivais pas encore à m’inventer la suite. Prévenir mes « parents ». Cette pensée me noua l’estomac et me serra le cœur. Je me hissais sur mes jambes et me trainais jusqu’à la cuisine sans faire le moindre bruit. Je reboutonnais ma chemise fébrilement avant de chercher méthodiquement le contenu de mes poches vides. Rebecca les aurait enlevés ? Je les trouvais bien vite sur la table.

Merde elle avait vu pour les deux portables, il faudrait que je trouve une excuse bidon. Je les remis à leur place et m’empara de la feuille qui les accompagnait. C’était quoi au juste ? Ah oui… Je fixais mon écriture avec douleur et réalisais vraiment que tout ça, ça aurait dû être moi. Timothée Jules Fontaine. Je décidais de refermer la boîte de Pandore pour l’instant, j’étais incapable d’endurer plus de souffrance et replaça les informations dans mon jean repoussant à plus tard toutes ces échéances. Sans prendre le temps de me réveiller plus que ça, je me dirigeais vers la porte d’entrée, toujours confus par mes souvenirs du jour d’avant. Je mettais un pas hors de son appartement quand elle m’interpella. Merde. Je me retournais vers elle sans pour autant avoir le cran de poser mes yeux dans les siens. Elle ne comprenait pas que c’était mieux pour nous deux que je m’en aille ? Je ne sais pas pourquoi mais j’étais agacé. Parce qu’elle m’avait vu dans un état lamentable ? Parce qu’elle m’avait pris entrain de m’enfuir ? Ou parce qu’elle ne savait pas se protéger du danger, des ennuis et de la douleur que je lui apportais ? « Becky, je t’en ai assez foutu sur le dos pour deux décennies là. Il vaut mieux que je parte, qu’on arrête les frais. » Je n’aurais jamais dû venir ici. Je me pinçais l’arête du nez et ajoutais. « Ecoute... Je… Enfin… » Ca y était, je perdais à nouveau mes mots. Je n’avais pas encore envie de l’accabler, de me disputer, de lutter alors que tout mon être réclamait du repos, du calme.
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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Ven 2 Aoû - 18:02




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Bientôt ne raisonna plus dans la pièce que mes fredonnements et le rythme régulier de la respiration de Camille. Je cru qu’il s’était endormi mais il se redressa pour s’asseoir et posa doucement son front contre le mien. Ses mains serrèrent les miennes et ses mots ravivèrent le spectre de mon absence, de ma disparition. Je n'avais jamais imaginé qu'il en souffrirait autant, qu'on en souffrirait tout deux autant...  si c'était à refaire, jamais je ne prendrais la fuite comme je l'avais fait... Comment aurai-je pu imaginer que cela aurait de telles conséquences ? Nous n'avions jamais parlé de nous, jamais envisagé quoi que ce soit de sérieux et ce n'était qu'à mon retour que j'avais compris à quel point cela l'avait affecté. Alors que j'avais eu peur qu'il me rejette, j'avais aperçu sa fragilité et ses doutes alors que je n'étais moi-même que contradictions. C'était ma fuite, cette cavale forcée qui m'avait fait réaliser à quel point il me manquait, à quel point je m'étais leurrée sur nous et sur mes sentiments pour lui. J'étais revenue pour lui. J'étais suffisamment honnête aujourd'hui pour le reconnaitre. Si j'avais voulu retrouver ma vie, c'était pour y retrouver ma place auprès de Camille.

J'avais tellement de mal à suivre le fil de ses pensées... mais une chose était sûre, je n'allais pas l'abandonner, je n'allais plus disparaître, pas de mon plein gré en tout cas. J'acquiesçai à cette supplique et le serrai plus fort contre moi, ne préférant pas prononcer un mot, toujours en proie au doute. Etais-je capable de tenir une telle promesse ? Je l'ignorais... mais j'allais tout faire pour.
Après cette étreinte, il se releva et m'entraîna avec lui dans la chambre où il s'endormit presque aussitôt calé dans mes bras. Toujours inquiète pour lui et son état de santé, je restai longuement à le regarder dormir en frottant doucement son dos. Ce qu'il avait traversé aujourd'hui l'avait réellement miné car même perdu dans son sommeil, il n'avait pas l'air tranquille. Ses soucis lui barraient le front et il était agité, même endormi. J'avais tellement peur qu'une nouvelle crise de panique ne le réveille que je mis du temps à m'endormir, aux aguets, attentive au moindre signe de mal-être chez mon amant.
C'est sûrement la raison pour laquelle je me réveillai presque en sursaut lorsque je sentis bouger auprès de moi. Je me redressai pour constater que Camille n'était plus là. Deux fois en une nuit, cela allait par faire trop pour mes pauvres nerfs...

- Camille… ?

Encore ensommeillée je rejoignis le salon pour le voir ouvrir la porte d'entrée, sur le point de s'en aller. Vraiment ? Comme ça ? Comme un voleur ? J'avais le droit à une explication, je l'avais méritée même ! Je m'étais fait, me faisais toujours même, un sang d'encre pour lui, il ne pouvait pas partir comme ça !

- Non.

Il s'arrêta et se retourna mais n'osa pas affronter mon regard. Etais-je vraiment un tel tortionnaire ? Bon et bien il semblerait que c'était le rôle que je devais avoir aujourd'hui, alors c'est ce lui que j'endosserai.

Camille a écrit:
« Becky, je t’en ai assez foutu sur le dos pour deux décennies là. Il vaut mieux que je parte, qu’on arrête les frais. »

Je tressaillis alors qu'il se pinçait l'arrête du nez et recommençait avec ses phrases inachevées. Il n'allait pas encore tenter de me repousser ? Pas aujourd'hui ! Pas alors qu'il m'avait presque supplié la veille de ne plus jamais disparaître ! Bon sang mais qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?! Il était complètement à côté de la plaque !
Je ne voyais pas pourquoi il disait cela, son fardeau était mon fardeau, mes peines étaient les siennes, c'était comme ça que ça fonctionnait dans un… couple…
Ho… oui voilà où était le problème, comme toujours…  à ses yeux nous n'étions pas un couple, nous n'étions pas les deux moitiés d'un seul être qui partageaient tout, nous n'étions pas responsable du bonheur et du bien-être de l'autre… pourtant c'est comme ça que moi je voyais les choses. Ses faiblesses ne m'apparaissaient pas comme telles, pour moi elles ne le rendaient que plus humain, plus beau même. Je me sentais plus proche de lui lorsqu'il me laissait voir ses failles, lorsqu'il me faisait suffisamment confiance pour débarquer chez moi au milieu de la nuit quand il allait mal, cela devait bien vouloir dire quelque chose ! Mais je commençais à réaliser que sa présence ici n'était dû qu'à son état de choc et n'avait pas été une action réfléchie. Il regrettait d'être venu, il regrettait d'être là… je commençais à avoir tellement de mal à me battre avec lui, contre lui… Pourtant je fis un effort, encore.

Je me rapprochai de lui et poussai la porte du plat de la main jusqu'à ce qu'elle claque.

- Non, répétai-je. Tu ne pars pas. Tu restes ici.

Je plongeai mon regard dans le sien. S'il voulait partir maintenant, il allait devoir me passer sur le corps. Il n'était pas en état de rester seul et je n'étais certainement pas en état de le Savoir seul.  Je devais avoir l'air tellement pitoyable à me heurter à lui constamment. Pourquoi est-ce que je continuais de faire ça ?

- Maintenant tu te tais et tu vas t'asseoir. Il faut que tu manges quelque chose…

Ma voix qui s'était voulue ferme, sans grand succès, se brisa légèrement. Je me sentais  tellement ridicule dans ce rôle qu'il ne voulait pas que je prenne. Il arrivait à me faire me sentir si mal… ma dépendance pour lui allait finir par me détruire, alors même que je lui avais juré que je ne laisserais pas une telle chose arriver. Il fallait que je fasse quelque chose, il fallait que j'arrange les choses… mais comment ?  

- S'il te plaît…

Je posai ma main sur son bras, incertaine. Avais-je le droit d'exiger cela de lui ? N'avais-je pas tort d'essayer de le retenir ? Je ne savais plus rien, Camille n'arrêtait pas de briser mes certitudes ces temps-ci. Il avait réussi à ébranler le peu de confiance que j'avais en moi et en nous et je ne cessai d'essayer de colmater les failles alors qu'elles me paraissaient toujours de plus en plus nombreuses. Tout allait finir par s'écrouler et malgré mes efforts, je n'étais pas certaine de pouvoir l'empêcher.

- On ne parlera pas si tu ne veux pas parler, mais s'il te plaît ne t'en vas pas comme ça…




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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Sam 3 Aoû - 15:04




All roads they lead me here

Son regard en dit long sur ce qu’elle pensait de ma fuite avortée et je n’osais pas le soutenir plus de quelques secondes. J’étais tellement lâche, tellement … peu habitué à ce qu’on s’acharne autant pour moi. Ca me terrifiait la façon qu’elle avait de toujours me retenir parce que ça me montrait qu’elle tenait à moi déjà bien trop et parce qu’un jour, elle ne le ferait plus. Je finirais par la perdre et je craignais de prendre pour acquis sa détermination à lutter contre ma personnalité. Ca ne devait pas continuer à être un jeu, ça ne devait plus être naturel entre nous. Notre fonctionnement était tellement dysfonctionnel. Il fallait que je parte vraiment. Mais elle en décida officiellement autrement en enjambant le reste de mètres nous séparant pour pousser abruptement la porte. Elle se fit autoritaire alors et je me mis à froncer durement les sourcils. Tout se bousculait dans ma tête. Je prenais que des mauvaises décisions la concernant. Je continuais à entretenir cette relation et à la rejeter l’instant d’après. Tout ça devenait de plus en plus intense que ça soit le sexe, les crises, la panique, l’attachement.Ca me foutait la trouille d’être inconsciemment venu me réfugier ici dans ses bras. Ça en disait tellement long sur la place qu’elle occupait dans ma vie, pas vrai ? C’est pour ça qu’il fallait que je parte, j’étais encore trop vulnérable et je risquais de m’agripper encore plus à elle. J’allais finir par devenir un vrai poids ce qu’elle ne comprenait, vu qu’elle ne savait pas se préserver… J’ouvrais la bouche mais la refermais quand elle ajouta une formule de politesse. Mon faux élan de bravoure et d’insolence retomba d’un seul coup alors qu’elle posa sa main sur mon bras. Sa dernière réplique acheva le mur que je tentais d’élaborer et je déglutis douloureusement. Elle avait beau dire ça, elle devait se poser mille questions. Ce n’était pas mon genre de m’imposer comme ça - surtout de venir jusqu’à elle parce que je suis mal. Le spectre de la nuit rôdait encore entre nous, il suffisait de regarder nos têtes pour le comprendre. Rester n’était définitivement pas une bonne idée mais au final, je me pliais à ses paroles et reculais vers la cuisine sans un mot.

J’avais besoin de m’occuper les mains parce que j’étais sacrément agité alors je sortis mon téléphone. Des appels en absence ? La Lune Bleue. « Merde » J’avais oublié d’aller bosser. J’en restais ébahi, ça ne m’était jamais arrivé ça encore. J’avais été tellement perturbé... Enfin à ce point. Je n’étais pas encore assez solide pour affronter ma patronne ou même mes collègues. J’avais encore la journée pour trouver une excuse plausible et pour me confronter à eux ce soir. Je ne rappelais personne et préféra m’asseoir pour accuser un peu la folie de la veille. Ma voiture d’ailleurs ? Elle devait toujours être à l’hôpital. Bordel, j’avais marché jusqu’ici ? Il me semblait, oui. Pas étonnant que je sois aussi cassé. Je me passais une main sur le visage, effleurant l’ecchymose et grimaçais. J’avais l’impression de revenir des enfers et c’était sûrement un peu le cas. Le silence se fit pesant entre nous, l’ambiance était à couper au couteau. Pourquoi m’avait-elle retenue ? Je fermais les paupières. « Tu vois c’est pour ça que je voulais partir. Je vais te pourrir ta matinée. » Elle venait de me déposer le petit déjeuner sous mes yeux et attendait clairement que je l’avale. J’avais beau ne rien avoir ou presque ingurgiter hier, je n’avais pas d’appétit. Je faisais peu d’efforts ce matin pour combler le vide que le chagrin avait causé entre nous et je culpabilisais déjà. Alors je mangeais symboliquement la moitié de mon assiette. Ma belle brune se montra encore une fois trop conciliante avec moi en étant affectueuse. Mais je ne voulais pas de sa pitié. Je me sentais tellement mal d’être là à recevoir tout ce que je ne méritais pas et qu’elle m’offrait à cause de ma maudite faiblesse. « Becky… Je t’en prie… » Je me massais les tempes, ma migraine ne s’amenuisait pas le moins du monde et elle m’empêchait de réfléchir correctement. Je continuais à articuler difficilement. « Ne… Ne te sens pas… Obligée de… » De quoi au juste ? « … Tu n’as pas à… me… me gérer tout le temps… » Je ne comprenais pas pourquoi elle s’entêtait autant à prendre sur elle alors que je faisais de son quotidien un chaos sans nom. « Je ne veux pas que tu … » combles mes brèches. « Je risque de te… » faire sombrer pour de bon. « Tu es… Enfin… Rebecca… » Je posais mes paumes à plat sur mes yeux. « J’arrive plus … à penser. Tu n’aurais pas de l’aspirine ? » Mes maux de tête étaient une plaie et je savais que celui ne passerait pas tout seul. J’avais l’impression d’avoir la gueule de bois sans avoir poser mes lèvres sur le moindre verre d’alcool. Quand je repensais à ma soirée… J’avais tellement déraillé et ça sur plusieurs niveaux. Alors qu’elle était dos à moi désormais, je lançais avec parcimonie dans l’air. « Je suis désolé … pour hier. Ça ne se reproduira plus. » Non, je ne comptais pas continuer à lui foutre mes soucis sur les épaules comme ça. Elle n’avait pas à me récupérer dans cet état, ça n’était pas à elle de me ramasser – à personne en fait. J’étais un adulte, merde. Je devais vraiment savoir me débrouiller seul, j’étais tellement faible et tellement en colère contre moi pour lui avoir fait subir ça, pour avoir réagi de cette façon.

Mon téléphone sonna, je sursautais presque. Je le sortis sans trop savoir si je comptais ou non décrocher. C’est là que je reconnus le numéro et je restais tétanisé devant la mélodie qui ne cessa qu’une fois que le correspondant eut raccroché. La nausée me surprit et je fus heureux de ne pas avoir englouti la totalité de ce qu’elle m’avait préparé. Machinalement, j’ôtais la batterie du portable comme si ça allait résoudre le fond du problème. Alan avait l’autre numéro de toute façon en cas d’urgence, Enola aussi. Je ne pouvais pas encore embrasser la vérité et encore moins feindre la normalité face à celle que j’avais cru être ma génitrice. Pour le moment, je comptais juste accuser et peut-être même fuir. Non, surtout fuir.

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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Sam 3 Aoû - 17:47




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Pendant un instant, je cru qu'il allait m'envoyer promener et partir malgré tout, mais il finit par se plier à ma demande et à aller s'asseoir dans la cuisine. Je le sentais si faible que j'avais l'impression qu'il allait s'effondrer d'un instant à l'autre. Il devait définitivement manger quelque chose. Je me mis à sortir de quoi lui préparer le petit-déjeuner et tournai les yeux lorsqu'il jura. Il regardait son téléphone et je fronçai les sourcils sans rien dire. Je n'avais pas vraiment réfléchi quand j'avais coupé son portable la veille, j'espérais qu'il n'était rien arrivé de grave… enfin de toute façon, le plus grave était arrivé et c'est ce qu'il avait mené à moi et à cette nouvelle crise d'angoisse. Je lui laissai quelques minutes de répit, ou était-ce à moi que je les accordais ? et en profitait pour préparer des œufs brouillés et du bacon. Quand je vins déposer l'assiette devant son nez, il avait les yeux fermés.

Camille a écrit:
« Tu vois c’est pour ça que je voulais partir. Je vais te pourrir ta matinée.»

Je secouai la tête et glissai une main dans ses cheveux:

- Tais-toi si c'est pour dire des âneries… mange un peu…

Je restai debout près de lui et croisai les bras pour me donner une figure autoritaire –sûrement sans grand succès. Ce n'est que lorsqu'il eu avalé quelques bouchées que je consentis à m'asseoir moi aussi. Je posais ma main sur son genou et le caressai doucement du pouce.

Camille a écrit:
« Becky… Je t’en prie… »

Son ton douloureux me fit retirer ma main alors qu'il se massait les tempes.

Camille a écrit:
« Ne… Ne te sens pas… Obligée de…  … Tu n’as pas à… me… me gérer tout le temps… »

C'était ridicule. Il me connaissait assez bien pour savoir que je ne le ferais pas si je ne le voulais pas. Etre là pour lui était normal, naturel, jamais je n'avais eu l'impression d'être obligée.

- Camille, arrête… C'est à ça que servent les amis, à nous soutenir quand ça ne va pas…

J'avais volontairement choisi le mot "ami" pour ne pas l’embarrasser davantage. C'était la vérité de toute façon, j'étais certaine qu'Alan était là pour lui en cas de besoin. Nous avions été amis bien longtemps avant d'être amant, et même si j'étais assez lucide pour comprendre que ce n'était pas l'amie dont il avait eu besoin hier soir, ce n'était pas son cas.

Camille a écrit:
« Je ne veux pas que tu … Je risque de te… Tu es… Enfin… Rebecca… »

Je me mordis la lèvre, désemparée face à sa propre incohérence.
Les paumes sur les paupières il me réclama de l'aspirine et j'acquiesçai en me levant pour lui préparer le médicament. Je mis deux pastilles dans un grand verre d'eau et restai quelques instants devant l'évier, m'agrippant au rebord du plan de travail. Je sentais que je perdais mon calme et ce n'était pas ce que je voulais. Il n'avait pas besoin que j'ajoute à ses problèmes en le confrontant aux miens. C'était la manière dont il fonctionnait, je l'avais compris depuis le temps que je le connaissais et pourtant je n'arrivais pas à l'accepter. Je ne comprenais pourquoi il agissait ainsi, pourquoi il ne pouvait pas accepter un peu d'aide.
J'avais senti la phrase suivante venir mais cela ne m'empêcha pas de l'encaisser difficilement. Je ne voulais pas qu'il s'excuse et je ne voulais surtout pas qu'il me dise que si une chose pareille recommençait il ne viendrait pas me voir. J'espérais qu'il n'aurait plus jamais de telles crises, mais si c'était le cas, j'aimais autant être avec lui. Je me retournai, bouleversée et déposai le verre brusquement devant lui.

- Bon sang, Camille, tu n'es pas un super-héro ! Tu ne peux pas tout gérer tout seul ! C'est humain d'avoir besoin des autres, c'est normal de se reposer parfois sur ses proches ! A quoi je sers si je ne peux pas te consoler ou te réconforter quand tu ne vas pas bien ?

Ne comprenait-il donc pas que sa présence me rassurait ? Qu'en me disant ça j'allais me faire un sang d'encre à chaque fois qu'il serait loin en imaginant le pire ? Je voulais être là pour lui ! C'était la seule chose que je pouvais faire pour lui alors je refusais qu'il m'en empêche. Tout cela prenait des proportions hallucinantes… J'étais toujours dans le flou concernant ce qu'il lui était arrivé et ça me tuait de ne pas savoir. Comment l'aider, l'apaiser, alors qu'il refusait d'en parler ?

- Tu es venu jusqu'à moi, tu m'as retrouvée alors que de toute évidence tu étais complètement perdu, ce n'est pas par hasard ! Alors ne viens pas me dire que c'était une erreur ! Ca ne l'était pas ! Tu es venu ici parce que tu sais que je peux t'aider… laisse-moi t'aider !

La sonnerie de son portable retentit et je le vis pâlir davantage alors même que je ne pensais pas cela humainement possible. Mes craintes ressurgirent violemment quand je le vis enlever précipitamment la batterie comme pour se protéger de quelque chose qui, encore une fois, m'échappait. L'angoisse m'étreignait le cœur et je le dévisageai avec insistance comme si la réponse à mes interrogations allait soudain apparaître sur son visage:

- Camille, mais qu'est-ce qu'il se passe ?


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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Sam 3 Aoû - 22:33




All roads they lead me here

Tout dans les gestes qu’elle exécutait m’indiquait que je la poussais un peu plus à bout. Je savais pertinemment que je faisais tout de travers. Elle avait passé sa nuit à recoller les morceaux de ce que j’étais et je ne parvenais même pas à être aimable avec elle ou au moins plus reconnaissant. Mon orgueil en avait pris un trop gros coup et je me sentais tellement instable que je craignais refaire une crise ou je ne sais pas quoi devant elle. Je voulais tellement l’épargner que je faisais n’importe quoi au final comme toujours. Je n’arrêtais pas de l’engloutir dans ma somme de soucis, dans mon Univers surnaturel et elle finirait par se noyer entre ses peines que je ne pouvais pas gérer et les miennes qui m’avaient toujours dépassées. Je n’étais pas fait pour partager ça, pas fait pour une relation aussi intime. Elle reprit la parole à peine esquissais-je le geste pour boire le contenu du breuvage médicamenteux non sans l’avoir remercié au préalable. Elle avait beau être de toute évidence en rogne après moi, elle continuait à s’accrocher encore, toujours plus fort. Je ne savais pas me reposer sur les autres, non parce que je jugeais que je n’avais pas à le faire. Ce n’était pas une question d’être un superhéros ou d’être « humain ». Je m’étais assez appuyé sur Alan, je m’étais assez appuyé sur tout le monde de façon générale pour me tirer d’affaire. Oui, je devais gérer mes soucis seul. Je voulais me prouver que je pouvais arriver à tout maîtriser et je ne voulais pas attirer les autres par la pitié ou par l’apitoiement. Je devais être fort, c’était tout. Rebecca ne comprenait pas qu’elle ne « servait » pas à m’écouter pleurnicher. C’est sa compagnie qui me plaisait, je n’avais pas pour autant besoin de l’immerger dans mes problèmes. Mes traits se firent plus durs quand elle reprit sa tirade. Elle pointait du doigt ce que je n’arrivais pas à assumer, d’être venu la trouver, elle. Non, ça n’était pas du hasard, bien sûr que non. Une erreur ? Là par contre… Je me massais le front d’une main et fixais résigné la table. Mon cœur remonta dans ma gorge à ses dernières paroles. J’aurais aimé que tout ça soit différent et que je puisse lui parler librement mais je ne le pouvais pas. Parce que ça impliquait ma nature et parce que je n’étais pas prêt à me libérer de ça. J’allais me briser si je devais formuler à voix haute cette réalité, si je devais quelque part la concrétiser. Ça serait comme l’accepter, hors je ne l’acceptais pas. Je me buttais dans mon silence en buvant à petites gorgées l’aspirine. Qu’est-ce que je devais répondre à ça ?

Le coup de fil me fit définitivement taire et malgré le fait qu’elle m’ait dit que je n’étais pas obligée de lui en parler, elle m’interrogeait sur la question. J’étais à bout, elle aussi. Ça allait mal finir. Et je n’avais pas besoin de ça là. Des frissons m’animèrent et me forcèrent à respirer profondément. La ferme, fichu volatile ! Je suffoquais tellement sous cette forme qu’il aurait voulu changer ça. Il n’avait peut-être pas tort. L’animal me ferait redevenir instinct et non réflexion. Je me pris une ultime fois la tête entre les mains pour essayer de cogiter sans que ma migraine n’intervienne dans le processus. Peine perdue. Je me relevais alors brutalement et reprenais méthodiquement portable, batterie pour les ranger dans mes poches. Je ne pouvais pas rester ici, je n’arrivais officiellement plus à endurer le poids du regard de mon interlocutrice. Je me sentais coupable de son état, coupable d’avoir atterri ici, d’avoir engendré ces questions dans son crâne et encore plus d’être incapable de clarifier ma situation. Je ne pouvais vraiment pas l’impliquer dans mon existence, j’arrivais toujours à cette conclusion. Elle en avait assez vu, entendu et perçu pour en souffrir. Je n’osais toujours pas planter mes yeux dans les siens alors je m’accrochais à tous les points possibles derrière son épaule tout en venant à de rares occasions effleurer quelques secondes les teintes de ses prunelles. « Ecoute Rebecca, je n’ai … Je n’ai pas envie de parler de ça. Je… Je n’aurais pas dû … rester. Je ne veux pas que ça finisse encore mal. Laisse-moi simplement partir… » Mon ton était presque suppliant et au final, je tournais les talons sans attendre une réaction de sa part et me dirigea vers la sortie avec empressement.


Dernière édition par Camille Fontayn le Dim 4 Aoû - 12:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Dim 4 Aoû - 11:31




All roads they lead me here


Son silence me tuait, j'avais l'impression de sentir mon cœur se désagréger dans ma poitrine. Pourquoi ne voulait-il pas se reposer sur moi ? Pourquoi ne pouvait- il pas, juste une fois, me laisser entrevoir ses faiblesses ? Je savais qu'il était un véritable désastre, plein de contradictions, de peurs, de doutes, de secrets, enseveli dans son passé et dans les mystères de sa nature, mais j'étais pareille. Je pouvais comprendre, je pouvais l'accepter ! Il fallait juste qu'il me laisse faire ! Mon Dieu, pourquoi ne me laissait-il pas faire ?

Incrédule, je le regardai se lever et récupérer ses affaires. Non… il n'allait pas faire ça, il n'allait pas partir et me planter là !

- Camille….

Mais il ne m'écoutait pas, il ne me regardait pas, et ses mots, presque suppliants, me clouèrent sur place alors qu'il se dirigeait vers la sortie. J'étais complètement sous le choc. Je n'avais pas assez dormi, j'étais épuisée nerveusement et me heurter aux barrières qu'il avait dressées entre nous était l'épreuve de trop. J'oscillai entre la colère et la peine tellement son rejet était douloureux. J'avais envie de m'effondrer sur le sol et de pleurer jusqu'à ne plus rien ressentir. Je posai une main sur ma gorge alors que j'avais l'impression que le souffle me manquait. Il ne pouvait pas continuer à me fuir ainsi, à disparaître au moindre problème, à la moindre difficulté ! C'était ce que moi j'avais fait et voilà où tout ça nous avait mené ! Plus jamais je ne me laisserai aller à la fuite et je refusais que lui s'en aille ainsi, loin de moi. Le bruit de la porte d'entrée me fit sursauter et mon corps se remit en marche brutalement, je me précipitais à sa suite, l'esprit embrumé. Pourquoi est-ce que je le suivais ? Qu'est-ce que j'espérais ? Qu'est-ce que je voulais ?

- Camille, arrête ! T'as pas le droit ! T'as pas le droit de me faire ça !

Les larmes au bord des yeux, je couru presque pour le rattraper dans le couloir. Ma main le força à s'arrêter et à se retourner pour me faire face.  Mon regard embué plongea dans ses océans de doutes et la gifle partie sans prévenir.
Il ne s'écoula que quelques secondes qui me parurent interminables, avant que je réalise ce que je venais de faire. Mes yeux se posèrent sur sa joue déjà tuméfiée et la culpabilité me heurta de plein fouet. Je le lâchai et posai mes mains sur ma bouche, horrifiée en secouant la tête.

- Ho pardon… je voulais pas… je…

Complètement bouleversée je vins prendre son visage entre mes mains pour l'embrasser:

- Pardon… pardon…. Excuse-moi… chuchotai-je d'une voix tremblante, ponctuant chaque mot d'un baiser. Je suis désolée… pardon… pardon….

Je ne savais plus où j'en étais, je ne savais plus ce que je faisais, j'avais douloureusement conscience que mes mots ne pouvaient plus l'atteindre mais je refusais de le laisser partir, d'installer cette distance entre nous. Mes mains glissèrent jusqu'à sa chemise que j'agrippai avec désespoir et mes baisers se firent plus empressés, plus profonds. Je ne savais plus rien, mon esprit semblait avoir rendu les armes mais mon corps, lui, savait comment renouer le contact. Sans cesser de l'embrasser, je l'attirai à moi pour le ramener à l'intérieur et je refermai la porte en le plaquant contre celle-ci. Parler ne servait plus à rien, seules les actions comptaient. Mes doigts se mirent fébrilement à défaire les boutons de sa chemise alors que ma bouche se scellait à la sienne, sans lui laisser le moindre répit, la moindre chance de protester. Tout mon être voulait hurler qu'il était mien et que rien ni personne, pas même lui, surtout pas lui, ne nous séparerait. Je sentais cette possessivité me ravager les entrailles et alors que je lui enlevai sa chemise et m'appliquai à en faire de même pour son jean avec ardeur, je cessai de penser. Ma tristesse reflua temporairement. C'était trop douloureux de penser, le désespoir était en train de me consumer. J'étais trop accablée, trop anéantie pour continuer à réfléchir et mon instinct l'avait bien compris, je rendais les armes pour ne me concentrer que sur l'instant présent. J'avais ce besoin d'aller jusqu'au bout de la seule chose pour laquelle nous étions toujours en harmonie, de la seule façon dont nous pouvions communiquer à cet instant précis.
Je poussai Camille jusqu'au canapé avant de m'agenouiller à califourchon sur lui.
Il me demanda d'arrêter mais je ne l'écoutai pas, je ne voulais pas l'écouter, je ne voulais pas qu'il arrive à m'arrêter, j'avais trop besoin de ça, de lui, de nous. J'allais tomber en morceau s'il me refusait ça, ce seul moyen de m'apaiser, de me réconforter.

J'allais retirer mon débardeur quand il me prit soudain par les épaules pour m'obliger à reculer, m'ordonnant sèchement d'arrêter.

Je plongeai mon regard complètement déboussolé dans le sien. Mon dieu, mais qu'est-ce que j'étais en train de faire.
Mes pensées se remirent en route presque immédiatement et je me maudis pour ce que je venais de faire, pour ce que je lui faisais, pour ce que lui me faisait. J'étais complètement en train de perdre pied.
J'étais horrifiée par mon propre comportement, horrifiée par le rejet violent qu'il venait de m’asséner.  Pendant un instant je restai là, immobile à le dévisager, le souffle court. Ne faisant pas confiance à ma voix, ou même au reste de ma personne pour être cohérente et calme, je me relevai et le plantai là pour me réfugier dans la salle de bain de laquelle je claquai la porte. J'ouvris le robinet de la douche et me glissai sous le jet brûlant, le visage entre les mains. La colère et la peine avaient laissé place à une intense lassitude. J'avais complètement perdu la tête, je faisais n'importe quoi. Mieux valait qu'il s'en aille, finalement, je n'étais plus en état de me battre, je ne pouvais plus supporter qu'il me repousse. J'étais à bout. J'allais rester ici jusqu'à ce que l'eau ai noyé toutes mes pensées, peut-être qu'à ce moment-là il serait parti et que je pourrai aller m'enfouir sous les couettes et ne plus jamais en ressortir. Oui, voilà, c'était un excellent plan, tout à fait dans mes cordes… après tout, je ne savais rien faire d'autre que m'accrocher à des chimères et me lamenter quand elles disparaissaient…



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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Dim 4 Aoû - 12:49




All roads they lead me here

Je crus un instant pouvoir m’enfuir complétement. J’allais me débarrasser de mes fringues quelques rues plus loin et partir sous forme animale. J’allais essayer d’oublier pour quelques heures. Ses intonations me parvinrent, elles me broyèrent la poitrine car elle avait raison, je n’avais pas le droit de me pointer chez elle en pleine nuit brisé pour repartir au matin sans me justifier. Seulement, je ne pouvais pas faire marche arrière, je ne pouvais pas revenir à l’intérieur. Elle me rattrapa dans le couloir avant que j’ai l’occasion d’accélérer. Sa paume me stoppa et avant d’avoir le temps de me dégager pour partir, son autre main me gifla soudainement. Le son que produit la claque sur ma peau m’arracha un haut le cœur. J’en restais bouche-bé, sonné... Déconnecté. Rebecca ne s’était jamais montrée violente avec moi, jamais. Elle était d’une nature patiente et douce. Je l’avais donc suffisamment cassée pour qu’elle en arrive à cette extrémité. Au lieu de me réveiller, ce geste m’avait plongé dans une léthargie plus profonde encore. En ce moment, je montrais tous mes démons à cette femme, je lui montrais mon vrai visage. Cette réponse était légitime et méritée. Finalement, elle me voyait vraiment. Finalement, elle comprenait que je n’étais qu’un beau salaud. Elle allait enfin me rejeter – la suite logique de toutes nos successions de disputes et de crises, de toutes nos conversations qui ne menaient nulle part. Un nouvel abandon, une nouvelle brèche. J’espérais qu’elle me laisse ici le plus rapidement possible parce que je ne pourrais encaisser ça très longtemps. Elle me relâcha et je gardais mon regard fixé sur le mur à côté d’elle. Je contrôlais tous mes membres bien que je les sentais gronder d’urgence. C’est drôle comme l’apathie me rendait toujours plus maître de moi que n’importe quel autre sentiment. C’était mon seul système de défense. J’attendais qu’elle me plante là mais elle n’en fit rien. Elle s’excusa, encore et encore. Chaque syllabe me fracturait une autre partie de ma cage thoracique et à la fin, sa séance de pardon me laissa pour mort. Ses lèvres trouvèrent les miennes, ce contact m’écorchait la bouche et ça n’était pas lié à la blessure qui s’y trouvait déjà.

Chacun de ses baisers me tuait et je me laissais mourir contre son corps quand elle me ramena à l’intérieur. L’agonie continua de plus belle, sa chaleur ne m’atteignait pas. Ses doigts effritaient ma peau, son désespoir amplifiait le mien. Elle nous menait de plus en plus profondément dans ce gouffre et je ne faisais rien pour arrêter la chute. Mon égoïsme s’évapora quand je fus projeté dans son canapé et qu’elle voulut ôter son débardeur. Non. Non. Non. Il ne s’agissait pas de moi, il s’agissait d’elle. Elle ne devait pas se faire du mal. Je ne devais pas lui laisser se faire du mal.  « Becky, arrête… » Elle ne m ‘écoutait pas. J’avais peur, j’étais effrayé par sa peine et sa détermination à se blesser avec moi. Il fallait que je la sauve de moi, de nous. Je la pris par les épaules et l’écarta fermement en me montrant autoritaire. « Ca suffit. Arrête ça maintenant ! » Nous nous regardions sûrement sans nous voir l’un et l’autre. Nous étions tous deux perdus et je savais qu’aucun de nous n’était en état de chercher l’autre. C’est pour ça que je la laissais s’échapper vers la salle de bain. Je me redressais fébrile et ferma les paupières. Par crainte de redémarrer une crise de panique, j’attendis que mon souffle soit plus régulier pour me diriger lentement vers la porte du lieu où elle s’était réfugiée – loin de la catastrophe que j’étais. Je m’accolais bois qui nous séparait. Elle était sous la douche, l’eau qui s’écoulait m’apaisa un peu. Je restais quelques secondes comme ça, sans parler. Mes intonations émergèrent ensuite, tremblantes et résignées à la fois. « Pardon. Je… Rebecca… Je sais que j’ai encore tout foiré. » C’était plus facile de s’adresser à un mur qu’à son visage. « Laisse… Laisse-moi du temps… Hier. » Ma tête s’appuya contre la porte. « Hier… J’ai appris que … J’ai perdu mes seules certitudes. Je … Tu as raison. Je suis venu ici… Parce que j’avais besoin… de toi. »  Je refermais mes yeux. « Merci… de chercher à lutter contre…. Moi. De vouloir m’aider… Je … j’ai peur pour toi. Et j’ai peur tout court à vrai dire. Tu es… trop… importante pour que je… »  Je déglutis douloureusement avant de me redresser et effleurais du bout des doigts la cloison qui la maintenait à distance. « Becky… Je vais te laisser… tranquille. Je t’en supplie… Fais attention à toi. »  Je restais un instant figé puis me mis à reboutonner à la va vite ma chemise avant de m’extirper cette fois-ci pour de bon de chez Rebecca. J’étais dans un état second et toutes les émotions qui m’oppressaient devinrent trop lourdes à porter pour un seul homme alors je décidais de trouver un coin désert. Là je retirais mes vêtements et improvisa un « sac » avec pour transporter mes affaires. Je me transformais et embarquais le textile avec mes affaires dans mon bec avant de m’envoler. L’animal pansa une partie des plaies que subissait l’humain. Il prenait le contrôle de la situation maintenant. Plus question de s’autodétruire ou de ruminer, pas quand le vent était là pour guider l’oiseau, pour le consoler en lui faisant croire qu’il était libre là-haut. Inatteignable, intouchable. Le corbeau étendit ses ailes et s’agrippa à ses sensations. Il éloignait l’humain du sol et le préserva ainsi une bonne partie de la journée. Il aurait été plus facile pour moi de quitter le pays et de vivre sous cette forme. Mais à part la brise et les nuages, qui m’attendrait dans le ciel ?
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MessageSujet: Re: All roads they lead me here [Livre II - Terminé]   Dim 4 Aoû - 16:57




All roads they lead me here


Sa voix résonna de l'autre côté de la porte et malgré moi je diminuai le débit de la douche en tendant l'oreille pour écouter ce qu'il disait. Il disait qu'il avait encore tout foiré et pour une fois, je n'avais pas cœur à le détromper. Je savais pourtant que tout ça était injuste envers lui, qu'il allait mal et que je ne l'aidais vraiment pas mais j'étais en train d'atteindre mes limites. Il m'épuisait nerveusement. Je n'étais pas une personne forte, je ne l'avais jamais été, j'étais une trouillarde même et j'avais beau me battre contre cet aspect de ma personnalité, mes peurs finissaient par me rattraper quand je n'allais pas bien. Et je n'allais pas bien. Vraiment pas.
Il me demandait de lui laisser du temps et bien que consciente qu'il ne pouvait pas me voir, j'acquiesçai machinalement. Avais-je le choix de toute façon ? Toutes mes piètres tentatives de l'atteindre avaient été vouées à l'échec. Il ne voulait pas de moi pour l'instant, c'était clair….
Et puis, la suite me fit relever la tête et tourner les yeux vers la porte. Quelle nouvelle avait-il pu apprendre qui ait eu le pouvoir de faire voler sa vie en éclat ? Quoi d'assez grave pour lui faire remettre toutes ses certitudes en question ?
Bon sang, pourquoi n'était-il pas capable de me dire ces choses-là en face ? Ma poitrine se serrait à mesure qu'il parlait, qu'il m'avouait que oui, il avait besoin de moi, qu'il me remerciait de continuer à lutter contre lui et pour lui. Il disait avoir peur et je me mordis la lèvre. Moi aussi j'avais peur, je lui avais déjà dit, mais pourquoi refusait-il de partager ça avec moi ? De me laisser le soulager d'une partie de ces peurs ? Si j'étais si importante pour lui, pourquoi était-il incapable de me témoigner davantage de confiance et de crédit ? J'avais l'impression qu'il doutait de moi encore plus qu'il ne doutait de lui, ce qui n'était pas peu dire…
J'avais envie de pleurer, encore, mais je luttai pour que ça n'arrive pas. Je me laissai glisser à genou dans la douche et enfoui mon visage dans mes mains lorsqu'il termina en disant qu'il allait me laisser tranquille et qu'il me suppliait de prendre soin de moi. Je ne fis aucun geste, je ne prononçai aucun mot pour tenter de l'arrêter. J'aurais mieux fait de le laisser partir la première fois. J'avais l'impression de n'être que fêlures et que j'allais finir par me briser. Qui essayai-je de leurrer en prétendant que j'étais capable de nous guider dans la bonne direction ?
Si tout ce que nous avions vécu, toutes les routes que nous avions prises nous avaient conduit à cet instant, je n'étais pas certaine de vouloir savoir où nous mènerait ce chemin… je sentais que les prochaines semaines seraient déterminantes et j'étais terrorisée, car chaque jour un peu plus, je doutais que l'issue nous soit favorable. J'allais perdre Camille, comme j'en étais persuadée depuis le début, mais je ne pouvais plus me battre contre lui, pour lui, s'il ne me laissait pas faire…

Je sortis de la douche tel un zombie et m'enveloppait dans un peignoir avant de me diriger vers la chambre où je m'effondrai dans le lit et relevai la couverture au-dessus de ma tête, comme pour me protéger du monde extérieur. Mais l'odeur de Camille empreignait toujours les draps et au lieu de me rassurer, cela me fut insupportable. Je quittai la chambre avec la couette pour ne pas subir le poids de son absence et allai me rouler en boule sur le canapé. J'allumai la télé et fermai les yeux, espérant que l'épuisement aurait raison de moi le plus rapidement possible. Je ne pouvais plus continuer comme ça… les choses allaient devoir changer ou j'allais y rester…



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