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Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Ven 5 Juil - 23:55




Don't lose yourself in the depths of your mind...



Cette soirée était un véritable désastre et tout était ma faute. J'étais une idiote. Et dire que je m'étais cru maline de vouloir présenter Makayla et Camille, que j'avais été excitée à l'idée de passer une soirée avec eux deux, que je m'étais fait tout un film de cette super sortie avec deux des personnes qui comptaient le plus pour moi. Pourquoi n'avais-je pas encore compris que rien ne se passait jamais comme je le désirais ? Je n'avais pas de chance,  pire, je devais être maudite -peut-être encore un super effet secondaire au fait de nier ma nature démoniaque ? Sinon comment expliquer ce don incroyable que j'avais de tout gâcher, de tout rendre compliqué, de tout rater ? Parce que oui, c'était exactement ce que j'avais fait ce soir : j'avais empiré la situation, échoué à me défendre seule, gâchée ce moment qui devait à l'origine nous permettre de nous détendre. Au lieu de quoi, je sentais Camille encore plus agacé et tendu que jamais.

Mes doigts étaient toujours enlacés aux siens tandis que nous nous éloignions de la foule. Nos pas ralentirent un peu une fois que le festival fut plus loin derrière nous mais aucun de nous ne prononça un mot tandis que nous rejoignions la voiture. Je voulais dire quelque chose mais j'avais peur de mettre de l'huile sur le feu. Quoi que je dise, quoi que je fasse, j'aurais tort, c'était maintenant couru d'avance. Camille ne voulait sûrement pas en parler. Je n'étais pas sûre de vouloir en parler moi-même. Pour lui dire quoi d'abord ? Que j'avais compris qu'il était un loup ? Ce n'était pas forcément une bonne idée à deux jours de la pleine lune. Il devait déjà être suffisamment sur les nerfs, tous ces évènements n'avaient rien arrangé.
Près de la voiture,  je me glissai dans ses bras. Je voulais alléger cette tension entre nous, alléger l'humeur maussade dans laquelle nous étions tous les deux.

- Cam ?

J'attendis qu'il baisse les yeux vers moi pour dire, d'une voix triste et boudeuse:

- J'avais vraiment envie d'un hot-dog...

Ma moue se transforma en sourire et je me mis à rire contre son torse. Je partis dans un fou rire alors que mon corps relâchai enfin toute la tension de ces dernières heures. Mais mon rire se tarit et je restai quelques instants contre lui, luttant contre cette envie puérile que j'avais de pleurer. Je ne pouvais pas imposer mes larmes à Camille, pas alors qu'il était déjà si près de craquer. Il n'était pas en état de les supporter, moi non plus d'ailleurs.  Bon sang comme j'avais eu peur... Il fallait que je pense à autre chose, c'était exactement comme ma morsure, j'étais encore sous le choc, le contrecoup ne tarderait pas à me faire suffoquer mais demain tout irait déjà mieux.
Je me détachai finalement de lui avec un sourire un peu forcé mais plutôt correct vu les circonstances et me glissai derrière le volant.

Prendre la route me fit du bien mais je sentais Camille se torturer l'esprit. Je pouvais presque voir les rouages de son esprit se mettre en branle et je savais que le résultat de ses introspections ne donnerait rien de bon.  Je finis par poser doucement ma main sur son genou, espérant que ce contact avec la réalité, avec moi, lui ferait du bien. Moi il me rassurait imperceptiblement.

Je me garai près de son immeuble et restai immobile derrière le volant, hésitante. Est-ce qu'il voulait vraiment que je monte avec lui ? A sa place, je n'en aurais vraiment pas envie... je n'osais pas imaginer ce qu'il devait bien penser de moi après ce nouveau fiasco. Il devait se dire que j'avais été envoyée sur terre pour faire de sa vie enfer... cette pensée ne me fit pas rire. Je sentis son regard sur moi alors qu'il était déjà sorti de la voiture et je vis à son regard qu'il attendait quelque chose. Non, pas quelque chose, quelqu'un. Moi. Il m'attendait, moi. Et cette pensée me réchauffa, m'apaisa. Malgré tout ce qu'il s'était passé, il voulait toujours de moi près de lui, dans son appartement, dans sa vie. J'avais du mal à m'y retrouver dans nos sentiments respectifs. Il m'avait repoussé, je m'étais accrochée et maintenant que je me demandais si je ne devais pas plutôt lâcher, c'était lui qui me retenait. Nous étions tellement dysfonctionnels... et pourtant... tellement… je n’avais pas de mot pour définir ce que nous étions. Quelque chose pourtant se dégageait lorsque nous étions tous les deux. Je le sentais. Et ce n’était pas seulement le monde qui semblait plus beau, les ténèbres moins sombres et le ciel plus bleu, c’était tout un ensemble de chose qui rendait sa présence auprès de moi tellement addictive. J’avais besoin de lui, je le sentais dans ma peau, mes os, mon âme toute entière. Tout avec lui était enivrant.
Même si rien n’était facile et sans heurt depuis mon retour, on continuait… et on faisait l’amour plus que de raison, on s’embrassait à en perdre haleine, on riait, on se battait, comme si nous étions seuls au monde. Comme j’aimerais que l’on soit seul au monde… et pour quelques heures au moins, ma prière allait être exaucée.

Sa main retrouva le chemin de la mienne et il m’attira dans son antre sans que j’oppose la moindre résistance. Mais sitôt la porte refermée derrière nous, je le sentis déjà s’éloigner. Il alla ouvrir la fenêtre et son regard se perdit au loin. J’avais encore besoin de sa chaleur, j’avais terriblement envie que ses lèvres viennent retrouver leur place sur les miennes abandonnée depuis déjà trop longtemps, mais je me devais de respecter son besoin d’éloignement. Je savais qu’il était incapable d’arrêter de se torturer et je ne savais pas quoi faire pour l’aider. Ca me tuait de le voir se faire du mal ainsi, d’autant que je me savais responsable. C’est moi qui lui faisais mal, même sans le toucher, même sans lui parler.

Luttant pour ne pas le rejoindre, je me dirigeais vers le coin cuisine et entreprit de nous préparer quelque chose à manger avec ce qu’il avait dans son frigo et dans ses placards. C’était bien un mec… Est-ce qu’il achetait parfois des légumes pour les manger au lieu de les laisser pourrir au fond du frigo ?  Je jetai deux trois restes de nourriture non identifiés et nous préparait deux sandwichs, un paquet de chips et deux verres de soda que je posai sur un plateau qui alla rejoindre la table basse du salon. Je me mis ensuite en quête d’un dvd et le glissai dans le lecteur. Puis, estimant que je l’avais laissé suffisamment longtemps s’auto-flageller, je le rejoignis par derrière et me mis sur la pointe des pieds pour poser un baiser léger comme un papillon sur sa nuque.

- Arrête, ordonnais-je d’un ton doux mais ferme, qui ne souffrait aucune protestation. Et viens manger avec moi…

Je ne lui laissai pas le loisir de protester et l’attirait avec moi sur le canapé. Je lui avais déjà dit, je n'aimais pas manger seule, et j'avais retrouvé mon appétit ! Bon, ce n'était pas un hot-dog, mais ça ferait l'affaire.


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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Sam 6 Juil - 1:13




Don't lose yourself in the depths of your mind...

Mettre de la distance entre ce concert et son horrible tournure ne serait pas aisé. On aurait beau traversé la ville à toute vitesse et se réfugier à Edimbourg, ça ne l’empêcherait pas de nous pourrir le reste la soirée. Ça ne m’empêcherait de pourrir le reste de la journée pour être plus précis. Je m’en voulais déjà tellement d’avoir tout gâcher. Enfin, j’en voulais aussi surtout à cette fichue lune et à ces lycans. A tout le monde à vrai dire sauf à Rebecca qui n’avait décidemment pas mérité tout ce qu’il lui arrivait. A commencer par me rencontrer et être ma voisine de palier. Je me jugeais être une malédiction pour elle bien qu’elle n’en ait pas encore conscience. Jusqu’à la voiture, il n’y eut que le bruit de nos pas, la musique au loin et le brouhaha qui l’accompagnait. Je ne voulais pas lâcher ses doigt, j’avais l’impression qu’une fois que nous aurions brisé ce lien physique elle allait m’échapper ou que j’allais lui échapper- je n’en savais plus rien à ce stade. J’étais une boule de nerfs qui parvenait à peine à contenir sa rage. Je ne voulais plus l’accabler avec mes émotions destructrices, je ne comptais plus lui en mettre encore plus sur les épaules. Nous arrivions à l’instant fatal où il faudrait qu’elle gagne son volant. Ses doigts lâchèrent les miens mais ses bras me trouvèrent aussi vite. Je l’entourais des miens alors qu’elle m’interpellait. Je baissais les yeux jusqu’à percuter les siens et cueillis sa réplique ainsi que son rire qui relevait plus de la nervosité que de la franche hilarité. J’essayais de sourire, je lui servis une grimace. Je la sentais instable là contre moi, aussi instable que moi si pas plus ce qui m’emmura davantage dans mon propre mutisme. Je ne devais pas lui communiquer cette hargne, ce stress alors je me refermais complétement sur moi-même tandis que nous prenions place dans l’habitacle.  

Je ne comprenais pas pourquoi je continuais à jouer notre mascarade habituelle, comment je réussissais encore à me taire ? Rien n’allait depuis qu’elle était revenue. J’avais bousillé toutes ses chances de mener une vie plus paisible, de se trouver un autre homme plus adapté qui saurait la réconforter là de suite après l’agression qu’elle venait de subir – je radotais, oui, c’est vrai. Mais les scènes se rejouaient en boucle entre nous depuis nos retrouvailles. Je n’avais pas la carrure pour l’épauler, pas la carrure non plus pour l’éloigner du danger. J’étais vraiment bloqué dans une situation qui prenait une ampleur impensable. Des loups pouvaient l’identifier désormais comme « ma petite amie » et ça, je ne parvenais pas à me le pardonner. M’afficher en public avec elle… Mais à quoi pensais-je ? J’enchaînais les erreurs, je persistais dans la mauvaise direction. Une morsure sur la nuque et j’ignorais combien d’autres plaies que j’avais infligée directement ou non sur le cœur. Mais regardez-moi seulement penser. Elle venait de vivre un moment traumatisant et moi, j’étais là à m’apitoyer sur mes pêchés. Comment pouvait-elle encore me supporter alors que je ne me supporte pas moi-même ? Sa main trouva mon genou, je fermais les paupières. J’avais tellement envie de rejeter sa paume pour qu’elle réalise que la fuite était sa seule option viable. Oui, j’avais autant envie de la faire fuir que de la serrer contre moi. Cette contradiction me rendait malade et amplifiait le dégoût que je nourrissais à mon encontre. Ma colère sourde se faisait encore plus oppressante.

Bien vite, nous arrivions devant mon immeuble. Je sortis sans rien dire, ayant anticipé le fait qu’elle monte avec moi. Je ne voulais pas qu’on se quitte sur une nouvelle note dramatique et puis honnêtement à titre égoïste, j’avais besoin d’elle pour reprendre pieds. J’avais l’impression que j’allais faire une connerie si elle me plantait là. Comme retourner là-bas et retrouver les loups. Non, ça ne me ressemblait en rien mais j’avais complétement perdu les pédales depuis un moment. Je me sentais lâche d’avoir laissé Makayla tout gérer et de ne m’être occupé de rien. D’être resté en retrait alors qu’un d’eux avait pris ma Becky pour sa chose. Ma ? Hé merde. Je me mordis frénétiquement la lèvre tandis que nous montions les escaliers jusqu’à se retrouver dans mon entrée. Je mettais le plus de distance possible entre elle et moi quand nous entrions dans mon appartement. Comme si quelques mètres allaient changer quelque chose… J’ouvrais machinalement la fenêtre et me postais devant. Le vent, mon allié, vint me caresser le visage. Je respirais à grandes bouffées la bise et m’abîma dans la contemplation de l’horizon. J’aimais distinguer chaque courant ascendant et descendant, m’imaginer voler contre et avec eux, changeant de cap à la dernière minute, réajustant l’angle de mes ailes, me laisser planer, jouer avec les limites de la pesanteur. Je me libérais de ma réalité en m’enfuyant mentalement avec le corbeau. Mais ça ne suffisait pas. Au milieu de chaque dérive fictive du volatile, je me rejouais ma litanie. Je devais couper les ponts mais je ne le pouvais pas. Devoir, pouvoir, devoir, pouvoir. Je me sentais lamentable et au bord de la dépression nerveuse à ce train-là. Il fallait que je la préserve. Il fallait tellement que je la protège et je faisais tout sauf ça ces derniers temps.

Ses lèvres me tirèrent de ma torture et de ma libération aussi. Je revins poser pieds à terre définitivement alors que ses gestes affectueux me tétanisaient légèrement tant ils étaient doux et apaisants. Je la suivis vu qu’elle ne m’en laissait pas le choix et atterris dans le canapé face à de la nourriture que je n’avais vraiment pas envie d’avaler. Mais je le fis pour la forme. « Merci. » pour le repas. J’en grignotais quelques morceaux avant que mon regard ne soit trop attiré sur sa lèvre fendue et que je me souvienne de ce qu’il avait fait l’autre connard. Dire qu’il l’avait embrassée de force et l’avait également pelotée le salaud. Au-delà de la violence en elle-même, je ne supportais pas en fait que quelqu’un d’autre la touche. Ce qui m’amenait à me redemander si d’autres amants partageaient son lit. Je ne pouvais pas l’imaginer ou l’anticiper parce que je n’étais pas d’accord. Non, nous n’étions pas un couple mais oui, je voulais être le seul à pouvoir poser ma bouche et mes mains sur elle. L’idée qu’elle soit avec un autre me coupa définitivement le peu d’appétit que j’avais réussi à mobiliser. Je reposais le condiment dans l’assiette. Je n’arrivais vraiment pas à me calmer et je ne pouvais même pas lui parler du nouveau thème qui me décimait l’aorte. On n’avait pas le matériel émotionnel pour supporter une discussion pareille – surtout moi. Je l’observais discrètement terminer son repas puis l’amena jusqu’à moi en entourant ses épaules de mon bras, je calais sa tête dans mon cou et posais mes lèvres quelque part dans ses cheveux.

J’avais désormais envie, non, besoin qu’elle soit proche. « Je suis désolé Becky pour cette soirée… » Je revoyais ses sales paumes sur elle, une image lancinante qui ne quittait pas mon esprit malgré la distraction qu’elle avait tenté de nous instaurer avec la télévision. Non, je ne pouvais pas supporter le simple fait que le dernier à avoir poser sa bouche sur la sienne soit ce type. Je devais effacer ça, de suite et lui faire oublier. Je me penchais soudainement et l’embrassais avec fougue avant de reculer après un certain temps, un peu essoufflé. Je passais mon pouce sur ses lèvres. « Rebecca… » Je fixais ses yeux dans les miens. J’avais vraiment envie de lui dire de ne réserver ses baisers qu’à moi mais les mots moururent dans ma gorge avant que je puisse oser les formuler. Je n’avais pas le droit de faire ça. A la place, je me perdis dans ma culpabilité. « … Je… J’aurai dû… » être là plus tôt et ne pas te perdre de vue. Je détournais mon regard et la relâchais avoir de boire une gorgée du verre face à mon assiette. J’avais envie de poser mes mains à tous les endroits qu’il avait touché mais j’ignorais tout ce qu’il lui avait fait avant que j’arrive. J’en avais déjà capté l’essentiel et en savoir plus ne m'aiderait pas à retrouver un semblant de calme. J’avais du mal d’identifier ce sentiment de haine viscéral qui emportait tout dans son sillage mais plus je cherchais  à le maîtriser, plus il me dominait. Jaloux ? Ça serait déplacé de ma part et tellement… erroné.
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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Sam 6 Juil - 19:15




Don't lose yourself in the depths of your mind...



Comme je m'en doutais, c'est à peine si Camille toucha à son sandwich mais je terminai le mien alors qu'il m'observait. Je tournai le regard vers lui et me laissai faire lorsqu'il m'attira dans ses bras et déposait un baiser sur mes cheveux. Je restai contre lui sans rien dire quand il s'excusa à nouveau et je ne pu m'empêcher d'avoir un sourire amère. Nous passions notre temps à nous excuser l'un l'autre alors que dans les faits, nous n'étions responsables de rien.

- Je sais, moi aussi. J'avais imaginé un tout autre déroulement.

Mais comme déjà dit, rien ne se passait jamais comme je l'espérais. Camille était toujours agité et je ne savais pas quoi dire ou faire pour l'apaiser. Alors que je me creusais l'esprit pour essayer de mettre au point une nouvelle diversion, il se pencha soudain vers moi et m'embrassa à en perdre haleine, me laissant essoufflée et un peu déboussolée quand il finit par reculer. Doucement il passa son pouce sur mes lèvres et murmura mon prénom. Ma main trouva sa joue et la caressa avec tendresse tandis que je sentais qu'il voulait désespérément dire quelque chose mais n'y arrivait pas. Il avait eu peur pour moi. Je le sentais encore bouleversé par ce qu'il s'était passé et je ne pouvais pas l'en blâmer, moi-même je n'étais pas vraiment encore sereine face à tout ça.  

- Je vais bien. Assurai-je en lui souriant d'un air rassurant. Tout va bien. Il ne m'a pas fait de mal…

Camille a écrit:
« … Je… J’aurai dû… »

Il brisa notre étreinte, s'éloignant, comme toujours, dès que les choses lui échappaient. Il détourna les yeux et but une gorgée de soda. Je ne supportais pas de le savoir si mal, je ne pouvais pas le laisser continuer comme ça, je devais agir.  Sans réfléchir, je pris son menton dans ma main et l'obligeai à me regarder :

- Quoi ? Lui mettre ton poing dans la figure ? Ça n'aurait rien arrangé et tu le sais.

Je plongeai mes yeux dans les siens et dis:

- Tu as fais exactement ce qu'il fallait. Tu n'aurais pas pu me rendre plus fière…

Il n'en avait sûrement rien à faire de la fierté que je ressentais pour lui, mais il m'avait impressionné, tout à l'heure. J'avais cru qu'il allait perdre le contrôle tant il vibrait de rage, mais tout s'était déroulé sans le moindre coup, sans le moindre cri. Il avait œuvré pour que la soirée n'empire pas, pour que personne ne soit blessé, et il avait réussi. Si cet idiot de loup n'était pas revenu, nous aurions probablement pu clôturer l'incident. Mais il était revenu et la colère de Camille s'était à nouveau éveillée.  

- J'ai essayé de le repousser, tu sais. J'ai essayé de me défendre -et j'espère que ses bijoux de famille s'en souviendront- mais je ne faisais pas le poids… heureusement que tu étais là…


Parce que s'il ne l'avait pas été…. Je secouai la tête, ne voulant pas ressasser ça et nous condamner à imaginer le pire. Moi je savais ce qu'il se serait passé si j'avais été seule : j'aurai fini par utiliser mon pouvoir pour me sauver, semant la pagaille et l'horreur autour de moi. Je l'avais déjà fait, malgré moi. Mais Camille pensait sûrement à autre chose, à ce que l'humaine aurait pu traverser si le loup avait voulu aller jusqu'au bout. Était-ce cela qui le perturbait ? M'imaginait-il agressée, violée ? Cette idée me fit pâlir. Il y avait de quoi. Mais c'était lui qui m'avait sauvée, pourquoi se sentait-il coupable ?

- Je vais être obligée de prendre des cours de self-defense si je veux que tu arrêtes de t'inquiéter…

J'essayais de détendre l'atmosphère, de le détendre lui, mais je me rendais compte à présent, à quel point j'étais moi-même sur les nerfs. Je le poussai doucement contre le dossier du canapé pour venir m'installer à califourchon sur ses genoux et me serrai d'abord dans ses bras, le visage enfoui contre son épaule. Oui, j'avais eu peur moi aussi, peur du loup et de ce qu'il pouvait me faire, même si mon obsession au sujet de mon pouvoir m'avait fait occulter cette réalité là. Je me croyais forte, je me croyais capable de me défendre, mais la vérité c'était que sans mon pouvoir, j'étais aussi fragile et vulnérable que n'importe quelle humaine. Les cours de self-défense ne seraient peut-être pas une mauvaise idée après tout. Je m'étais faite agressée deux fois en l'espace de deux semaines, il n'était pas étonnant que Camille soit si perturbé. Et que moi je le sois aussi, même si je refusais de l'admettre. Je frissonnai en repensant aux mains baladeuses et au goût de houblon fétide des lèvres de ce connard de loup.

- Personne n'a le droit de me toucher, ou de m'embrasser… personne à part toi…

Je me redressai, prenant son visage entre mes deux mains pour venir l'embrasser avec une douceur et une lenteur exacerbée, ignorant les élancements douloureux de mes lèvres pour me concentrer sur la douceur des siennes. Cela m'apaisait, me réconfortait, comme si de cette façon je lavais l'affront qu'on m'avait fait, comme si chaque seconde où ma bouche était soudée à la sienne, je faisais disparaître ces souvenirs, oubliant tout ce qui n'était pas lui, son goût et son odeur.
Je me collai plus fort contre lui et décollai à peine mes lèvres des siennes pour souffler :

- Je suis à toi, Camille… rien qu'à toi…

Et je voulais qu'il me revendique comme telle. Car le renier n'y changerait rien…



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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Sam 6 Juil - 20:43




Don't lose yourself in the depths of your mind...

Ses doigts m’agrippèrent me préservant d’une nouvelle fuite tandis qu’elle chercha à compléter mon début de cheminement verbal. Lui foutre mon poing dans la tête, ça n’était pas vraiment ce à quoi je pensais mais maintenant qu’elle le mentionnait, j’avouais que ça me démangeait. J’aurais peut-être été moins en colère à l’heure actuelle ? Je n’en sais rien. Je n’avais jamais été quelqu’un de violent ou prompt à employer des moyens brutaux. C’est vrai la guerre m’avait transformé en soldat par la force des choses mais je ne m’en considérais pas totalement un. Parce que de toute façon, ce n’était pas dans ma nature de chercher à susciter la férocité ou la cruauté. J’étais profondément pacifique. Même si l’animal cherchait parfois à me contrer sur ce point, il me rejoignait bien souvent sur cette opinion. Je me demandais parfois si ce type de pulsions sanguinaires se manifestait plus chez quelqu’un dont le favori aurait été un carnivore. Oui, j’essayais de me distraire mentalement pour ne plus penser au plan qui consisterait à le retrouver afin de planter mes phalanges dans sa figure d’énergumène. Les yeux de Rebecca me détournèrent de cette montée d’adrénaline et sa voix effrita toute ma hargne. Fière de moi ? Mon cœur loupa un battement avant que je fronce les sourcils. Non, elle ne pouvait pas l’être. Je l’exposais au danger sans arrêt et je n’étais jamais au bon endroit au bon moment. Elle ne pouvait pas être fière de quelqu’un d’aussi peu réfléchi que moi, qui était incapable de la préserver des soucis que je lui conférais. En fait, ça me plaisait qu’elle pense ça. Et ça m’énervait aussi. J’aurais voulu la contredire mais je n’avais pas la force de lutter contre elle et de lui réexpliquer à quel point elle se trompait sur mon compte. J’en avais marre de moi, de mes pensées et d’être toujours obligé d’être celui qui doit être « consolé » au final par celle qui a subit les dégâts. Voilà, encore une raison de me détester.

Elle m’assura avoir tenté de le repousser et j’avais entraperçu ça. Rebecca avait beau s’être débattu comme une lionne, elle n’aurait rien pu faire contre un lycan. Elle ne pouvait pas faire le poids. Heureusement que j’étais là ? Je n’en savais rien. Makayla apparemment gérait bien les situations périlleuses et elle n’aurait pas mis sa tête quasiment à prix parmi la meute… Bon Dieu et si certains venaient chercher des représailles après ça directement chez elle ? Je devins livide et entendais à peine ce qu’elle me racontait sur le self-defense, j’étais complétement ailleurs. Je pouvais la visualiser se faire violer par ces mecs dans une ruelle afin de se venger. Non, je ne les tenais pas en haute estime et oui, je voulais bien croire que pour me fâcher ils soient près à de tels extrémités. Finalement, j’allais devoir parler de ça à Mary pour qu’elle veille à ce qu’ils ne fassent rien de fâcheux. Je me contractais en me repassant la scène en boucle, ça me donnait la nausée. Ma jolie brune s’agita alors soudainement, elle me força à me coller au dossier du canapé et vint se poster sur moi. J’étais toujours torturé par mon anticipation quand ses intonations à nouveau froissèrent mon mutisme aberrant. Mon rythme cardiaque fit une embardée. Je la fixais avec le plus de sérieux possible et abandonnais avec une facilité déconcertante pour l’instant le fil de mes songes. Ses mains trouvèrent mes joues et ses lèvres s’effacèrent sur les miennes. Mes bras entourèrent son dos alors que nous nous embrassions toujours aussi tendrement. Elle se décolla sommairement pour reprendre la parole et là mon pouls perdit pieds, je le sentais pulser contre ma gorge de façon incohérente.

C’était un moment fatidique dans ce combat que je menais depuis son retour. Ma frayeur contre ses aveux. Ma volonté contre mon désir. Ma cage thoracique était tellement oppressée par toute sorte d’émotions que je crus un instant que j’allais craquer et exploser. M’emporter dans une colère sourde pour évacuer tout ça. Mais il y avait ses mains, sa bouche toujours proche, son regard et ses mots. Ses mots qui raisonnaient avec force dans ma boite crânienne. Elle était à moi, personne d’autre ne pouvait la toucher. Elle m’appartenait. C’est moi qu’elle avait choisi malgré tous les défauts que j’avais pu empiler sous ses yeux, malgré tout ce qui nous séparait. Elle continuait à heurter mes murs sans s’épuiser ou si peu. Et moi… Moi je voulais lui appartenir aussi. Je voulais être juste une fois un type qui n’était pas brisé de l’intérieur, un type qui pourrait répondre à chacune de ses attentes et les dépasser même. Je voulais être à elle. Mes paumes remontèrent jusqu’à sa gorge tandis que je la rapprochais un peu plus pour l’embrasser avec douceur le temps de quelques secondes avant de reculer sans lâcher sa nuque. Je percevais moi-même toute l’émotion de ma voix, j’étais ébranlé par sa confession. J’étais aussi émerveillé. « Becky… » Je descendais ma bouche pour la poser sur sa clavicule.  « Ma Becky…» Je continuais à la faire tomber jusqu’à ce qu’elle atteigne sa poitrine. J’allais lui faire oublier ce connard. J’allais me la réapproprier entièrement et j’allais la réconforter comme je le devais, de la seule façon que je connaissais qui ne nécessitait pas la moindre parole. Tout semblait être facile maintenant que mon flot continu d’angoisses avait été coupé par des sentiments plus forts encore que je ne contrôlais pas, que je  ne comprenais pas.

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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 2:20




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Je ne m'étais pas attendu à sa réaction. Pas une seconde je n'avais imaginé que mes mots l'atteindraient, aussi sincères étaient-ils. Et pourtant… pourtant le regard qu'il me retourna me chamboula totalement. Sa voix me fit frissonner, ou peut-être étaient-ce ses mains… non définitivement c'était sa voix, cette émotion qui la faisait vibrer alors qu'il murmurait mon prénom et qu'enfin, enfin! il me déclamait sienne en me dévorant de baisers. J'avais réussi un exploit auquel je n'étais pas préparée : j'avais brisé ses remparts, j'avais atteint l'autre rive de ses pensées, celles où il pouvait enfin être à moi sans peur, sans doute, sans concessions.



- C'est toi que je veux…  seulement toi…

Cela me sembla durer un instant, cela me sembla durer éternellement. Le plaisir me monta à la tête et je finis par m'effondrer sur Camille, le corps en feu et l'esprit en coton.

****

Ses doigts glissaient le long de ma colonne vertébrale depuis ce qu'il me semblait être des heures alors que ma joue reposait sur son torse, tous deux bercés par notre respiration et les battements de nos cœurs.  Je ne m'en lassais pas. Le jour avait finalement cédé le terrain à la nuit et la nuit au jour. Je m'étais endormie comme ça, contre lui, et je me réveillais exactement dans la même position.

- Hum… Je ne bougerai plus jamais d'ici… murmurai-je la voix encore enrouée de sommeil. Tu es forcément né pour me servir d'oreiller humain…

Je relevai la tête avec un sourire, mes cheveux en travers des yeux. Il avait parfaitement réussi sa mission, la nuit dernière n'était plus qu'un vieux souvenir et je me réveillai heureuse et détendue, prête à affronter la prochaine crise. Mais plus tard elle arriverait, mieux ce serait…
Mon ventre gargouilla et je lançai une tape manquant de conviction sur l'épaule de mon moqueur de petit-ami. Non. Pas petit-ami… mon… peu importait.

- Le monde est cruel… mon estomac crie famine et tu n'es pas livré avec distributeur intégré…  je savais que j'aurais dû prendre le modèle au-dessus !

Je l'embrassais, toujours souriante, toujours moqueuse et roulais sur le côté avant de me diriger, complètement nue, vers son armoire pour y piquer une nouvelle tenue. Je choisi un boxer et une chemise, n'en boutonnai que trois boutons, comme d'habitude et revint poser un baiser sur le nez de mon… de Camille.

- Je te prépare un café…

Puis je me dirigeai vers la cuisine, le laissant émerger avant d'entreprendre de préparer le petit-déjeuner.  


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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 11:42




Don't lose yourself in the depths of your mind...

La nuit fût intense. Nous rattrapions les ratés du concert, les peines, la colère éprouvés en nous retrouvant sous les draps. Nous oublions toute la frustration que cette sortie avait engendrée en nous confondant dans nos moments volés aux circonstances, à la réalité et aux temps. Si l’éternité pouvait nous engloutir alors que nous nous perdions l’un en l’autre de cette façon, je ne la refuserais pas. Nos corps se comprenaient sans aucun mal, ils se connaissaient par cœur et pourtant, ils semblaient sans cesse se retrouver, se redécouvrir. Nos ébats enfiévrés nous laissèrent épuisés et nous sombrions bien vite dans le sommeil le plus réparateur qu’il soit. Je m’étais réveillé reposé, détendu et relativement de bonne humeur. Rebecca reposait toujours sur moi, son odeur m’enlaçait avec délice et je profitais de ces quelques moments de repos supplémentaire pour glisser mes doigts le long de son dos. J’aurais pu passer mon existence ici dans ce lit avec elle sans avoir l’impression de passer à côté de ma vie. Tout aurait pu se résumer à ça ici avec elle, ça m’aurait largement suffi. Sa voix me tira de ma rêverie comme bien souvent et je ne pus m’empêcher de sourire remontant alors ma main dans ses cheveux que je m’amusais à chiffonner un peu plus. « Mais je ne vis que pour servir mademoiselle Scott. » Elle se redressa, je l’observai amusé par sa petite tape qui m’effleurait à peine. Je n’avais pas loupé les gargouillements de son estomac, un son tout à fait charmant quand on la connaissait. Elle et son appétit. J’aimais la voir aussi bonne vivante. Je rigolais silencieusement à sa réplique. Le désastre de la nuit dernière était définitivement derrière nous et tout semblait avoir retrouvé sa place pour le moment. Je n’avais même pas le cœur à gâcher cette matinée en me mettant à trop réfléchir. « Toutes mes excuses mademoiselle, votre serviteur est là pour combler d’autre appétit malheureusement… » Je lui offris un rictus taquin et un clin d’œil avant qu’elle ne vienne m’embrasser. Je restais sur le matelas le temps qu’elle aille se vêtir, admirant la vue qu’elle m’offrait. Me lasserais-je un jour de la contempler ? Je ne pense pas non. Elle enfila mes fringues et je la détaillais du regard quand elle me revint et posa ses lèvres sur mon nez. Quand elle m’expliqua qu’elle comptait préparer du café, j’articulais « Merci. » puis me lever à mon tour. Je m’étirais en baillant et me dirigea tout aussi naturellement vers mon armoire. Mes yeux s’agrippèrent au journal que j’avais replié et posé sur un des meubles. Ah oui, le virement, l’article que j’avais entouré la veille. Mmmh j’avais peut-être reçu mon relevé bancaire, il faudrait que j’y jette un œil. Ah mais oui, dans le fond j’avais complétement oublié d’aller chercher mon courrier hier et avant-hier. C’était une de mes mauvaises habitudes ça.

J’enfilais des sous-vêtements, un pantalon de survet, un t-shirt foncé et me dirigeais très nonchalamment jusqu’à la cuisine. Je déposais ma bouche sur le front de Becky et passais une main distraite dans sa chevelure. « Je reviens, je vais aller relever mon courrier avant d’oublier. » Je l’embrassais ensuite furtivement, emporta les clés de ma boite aux lettres puis me dirigeais naturellement vers le palier pieds nu. Je descendais les marches rapidement et arriva devant le compartiment qui m’était dédié, j’en sortis plusieurs enveloppes en soupirant. Bonjour les factures. Je remontais aussi vite au deuxième étage en les passant en revue. Je franchissais le seuil en ouvrant la dernière, tellement obnubilé par l’odeur de caféine qui se dégageait déjà de l’appartement, je n’avais pas fait gaffe ni au cachet rouge, ni à l’arôme pourtant évocateur qui s’échappait du papier. Quand j’arrivais dans l’entrée, cette fragrance me piqua soudainement les narines, mon cœur se contracta – habitué, non pire que ça, conditionné à craindre les manifestations de ce parfum dans sa vie. J’aurais très certainement jeté ça sans même la lire sauf que là, je l’avais déjà ouverte dans ma main et qu’en sentant la provenance, mes yeux s’étaient instinctivement posés sur les lignes qui se dessinaient à l’encre sur la feuille.

Je les lu, là, perdu au milieu de mon entrée, entre le petit déjeuner, Becky et mon quotidien bien trop radieux. Chaque ligne me décomposait, chaque courbe que son écriture empruntait me plongeait dans une nouvelle dimension de mon effroi. Je restais figé, les couleurs avaient déjà désertés mes joues, le sang avait déjà fini de circuler dans mes veines pour aller couler dans la bouche de mon ancienne maîtresse. Les dernières phrases qu’elle m’adressa m’achevèrent. Elle savait où je vivais, elle savait à qui je tenais, elle savait ce que je faisais, elle était partout, elle ne me lâcherait jamais. Je les mettais tous en danger, tous. Comme autrefois, autrefois quand je n’avais rien à perdre. La morsure, c’était elle. Ça ne pouvait être qu’elle. Alan… Alan était menacé aussi. Enola aussi, obligatoirement. Et Rebecca, Rebecca sa première cible. Ma Rebecca, ma pauvre Rebecca. L’animal picora mon crâne et chercha à calmer l’humain qui voyait déjà devant ses yeux s’aligner les corps des êtres les plus chers qu’il possédait. J’aurais beau courir, elle me rattraperait toujours, j’aurais beau me mentir, prétendre qu’elle ne m’atteindrait plus, qu’elle ne pouvait pas gagner. Mais elle avait déjà remporté sa partie depuis longtemps. Qu’elle s’en prenne à moi était déjà terrifiant mais qu’elle décide de toucher à ceux que j’aime… J’atteignais un stade supérieur à la frayeur tandis que je relisais encore et encore ses mots, que je me plantais face à mon passé, mes démons sans parvenir à les ranger dans leur placard. Etais-je revenu à la case de départ ? Après sept années à lutter contre ce que j’avais été, ce que j’étais et ce que je devais être ? Après tous ces efforts pour être quelqu’un de meilleur, quelqu’un de digne, quelqu’un de juste ? Tout allait être gâché comme ça ? Elle allait se remettre à me menacer, à me traquer, à me tuer psychologiquement. J’allais recommencer à subir les nuits, leurs conséquences, tout allait recommencer. Une existence décousue sans but, sans avenir, sans rêves et sans… personne. Je revenais en arrière, les problèmes de l’homme s’additionnaient aux émotions du gamin de 21 ans et tout à coup, je ne pouvais plus gérer cette pression, cette angoisse, cette peur. C’était trop pour une seule personne.

Mon souffle commença à me manquer. Pourquoi ? Pourquoi devais-je encore payer pour ça ? Je respirais de façon désarticulée. Je faisais des bruits de plus en plus étranges. Je commençais à manquer d’oxygène. Mes doigts relâchèrent la lettre pour s’appuyer sur ma poitrine. J’avais mal à la cage thoracique et je ne parvenais plus du tout à respirer. Ma gorge provoquait des sons horribles comme si je me noyais sans jamais avoir passé ma tête sous l’eau, elle était tellement serrée que je croyais mourir d’asphyxie et les douleurs à la poitrine étaient tellement lancinantes que je parvenais à peine à les endurer. Je titubais jusqu’au plan de travail pour y poser à plat mes paumes afin de me soutenir. Plus je cherchais à me calmer, pire c’était. Des convulsions me surprirent – le corbeau grondait en plus. Il fallait que je me reprenne, il fallait que… Des sueurs froides roulaient sur ma peau. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait mais c’était tellement violent que je crus vraiment y passer. Les palpitations de mon cœur frôlaient la limite de surréalisme mais le pire restait ma respiration de plus en plus difficile, de plus en plus faiblarde. La bile finalement me surprit et je me mis à courir en direction de la salle de bain. Dans mon mouvement brutal, la porte se referma en claquant avec fracas. Je vomi le peu d’aliment qu’il me restait sur l’estomac dans les toilettes et m’effondrais ensuite sur le côté en oppressant de mes bras ma poitrine qui semblait vouloir céder et me faire crever. C’était un véritable cauchemar. Je devais me réveiller, je devais me réveiller. Allez Camille, ouvre les yeux. Quand je les ouvris, rien n’avait changé. J’essayais de me redresser, je parvins juste à adosser mon dos à la paroi de la douche derrière moi. J’étais toujours animé par des tremblements mais mon souffle était un peu plus cohérent. Je comprimais mes paupières de mes mains. Qu’est-ce que j’allais devenir… Non qu’est-ce qu’ils allaient devenir plutôt ? Je me laissais sombrer dans la boucle que j’avais créée. Mon crime, mon châtiment, ma peine, ma sentence.
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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 13:05




Don't lose yourself in the depths of your mind...



J’accueillis son baiser juste avant qu'il aille chercher son courrier, chantonnant distraitement en préparant le petit-déjeuner. Je nous versai deux verres de jus d'orange et mis le pain à griller pendant que le café coulait. La nuit avait été parfaite, la journée promettait d'être radieuse et j'étais à son image, encore sur mon petit nuage.

Je l'entendis rentrer et relevai les yeux pour l'accueillir avec un sourire. Mais Camille ne me regardait pas. Je vis ses yeux s'écarquiller alors qu'il découvrait le contenu d'une lettre. Toute couleur quitta son visage et l'inquiétude me crispa l'estomac alors qu'il se décomposait sous mes yeux.

- Camille ?

Sa respiration s'emballait et mon inquiétude augmenta d'un cran. J'étais tétanisée.

- Camille, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ?

Le courrier tomba à terre et je vis, effarée, Camille s'agripper la poitrine en quête d'un peu d'air. Mon dieu, mais que lui arrivait-il ? Que se passait-il ? Il tituba jusqu'au plan de travail ou il s'écroula plus qu'il ne s'appuya et je me précipitai à ses côtés.

- Camille !

Je posai ma main sur son épaule et me penchai sur lui pour l'aider mais il me repoussa brutalement, ne semblant pas me voir, pas m'entendre, complètement paniqué.

- Camille, calme-toi… calme-toi, respire ! Camille, il faut que tu respires !

Il allait finir par s'étouffer ! En sueur, le souffle chaotique, il fut secoué de spasmes et je cru pendant une seconde interminable qu'il allait s'écrouler raide mort devant moi. Mais il se releva soudainement et me bouscula pour se précipiter dans la salle de bain. La porte claqua mais je l'entendis vomir.
Je restai quelques secondes figée, horrifiée, fixant la porte de la salle de bain sans comprendre ce qu'il se passait, totalement dépassée par la violence de ce qu'il vivait. J'étais sous le choc. Comment les choses avaient pu dégénérer ainsi en quelques minutes ? Comment tout avait pu basculer si vite ? Que s'était-il donc passé pour que… ?

La lettre.

Mon regard se posa sur le tas de courrier au sol et je m'agenouillai brusquement, poussant sans ménagement les enveloppes et les prospectus pour retrouver la lettre qu'il avait eue sous les yeux. Je l'attrapai fébrilement. La lettre était en français. Cela venait-il de ses parents ?
Je parcouru la lettre, mon sentiment d'effroi augmentant à mesure que les mots dansaient sous mes yeux et pénétraient mon cerveau "Mon cher oiseau" "soirées d'ivresses sanguines et sexuelles" , "échappé bien trop tôt de ta cage", "si tu tends toujours à vouloir m'échapper", "me tourner vers une autre personne", "ton amie", "ton frère", "mon bel oiseau"…
Qu'est-ce que ça voulait dire ? Je sentis mon propre souffle s'accélérer brutalement alors que je relisais les mots, encore et encore, alors que je n'étais pas capable de les comprendre, que je ne voulais pas les comprendre… Qu'était-il arrivé à Camille ? Que lui avait-on fait ? Était-ce pour ça qu'il tentait tant à me repousser ? La lettre n'était pas signée. Je fouillai frénétiquement le reste du courrier pour tomber sur l'enveloppe et je finis de me décomposer en reconnaissant le sceau qui avait été utilisé pour la sceller. Le sceau royal des vampires… je l'avais vu quelques fois aux informations pendant les années sanglantes mais je n'avais jamais imaginé le voir un jour en vrai. Encore moins dans ces conditions. Les larmes me montèrent aux yeux. Camille et la Reine des Vampires ? Mon esprit s'emballait, l'imaginant prisonnier, soumis aux jeux pervers de Krystel Rambrandt, torturé. Non, non, non. Tout ça était un cauchemar. Ça ne pouvait pas être vrai, ça ne pouvait pas être réel.
D'ailleurs, Camille était un loup, les fluides lupins étaient mortels pour les vampires, ce n'était pas possible, pas possible, pas possible. Mes yeux embués se posèrent à nouveau sur la lettre "mon cher oiseau, mon bel oiseau, ma cage". Les rouages de mon cerveau s'emballaient, au même titre que ma respiration. Non, non, pas maintenant, je ne voulais pas savoir, je m'en moquais, ca n'avait aucune importance, ce qui importait maintenant ce n'était pas ce qu'était Camille, c'était l'état dans lequel il était. Camille… Camille qui était totalement dévasté, sous le choc après cette affreuse lettre de menaces.
Des menaces…
Je me sentis frissonner. La reine savait qui j'étais. Camille avait raison, ma morsure n'était pas due au hasard. Ho mon dieu…Ho mon dieu, ho mon dieu. Et le frère de Camille ? De qui parlait-elle  ? D'Alan ? Elle menaçait de détruire tout ce qui comptait pour Camille. Elle allait tous nous tuer, elle allait le détruire… non, non, non… pas ça…
Rebecca, calme-toi, calme-toi, tu dois rester forte, tu dois te reprendre, Camille a besoin de toi.
Camille… Camille qui suffoquait.
Je regardai la porte de la salle de bain, terrifiée, et me relevai précipitamment pour le rejoindre. Il était adossé au mur, tremblant, respirant toujours péniblement, les paumes sur ses paupières. Je le rejoignis et l'obligeai à retirer ses mains pour croiser son regard affolé, perdu. Je voulais qu'il s'accroche au mien, qu'il s'accroche à quelque chose, qu'il retrouve pied avec la réalité et pas avec les angoisses qu'avaient réveillé cette foutue lettre, de cette foutue salope de vampire.

- Camille, Camille, regarde-moi ! Ca va aller, ça va aller, d'accord ? Respire, respire ! Ca va aller… je t'en prie, respire !

Non ça n'allait pas aller, ça n'allait pas aller, rien n'allait, rien n'irait bien. La Reine des Vampire était après lui, après nous, elle voulait le faire souffrir, elle voulait le récupérer, elle voulait… dieu seul sait ce que cette harpie voulait. Mais je n'allais pas la laisser faire, je n'allais pas le laisser tomber, je n'allais pas le laisser succomber à tout ça, je n'allais pas le laisser retourner auprès d'elle. Jamais.
Il était à moi ! A moi… C'était mon rôle de le protéger, de l'aider, de le soutenir. Je n'allais aller nulle part, on allait affronter ça tous les deux.
Je pris son visage entre mes mains, consciente qu'il risquait de me repousser d'un instant à l'autre sous l'effet de la panique.  

- Elle ne peut rien contre nous, il fait jour, Camille, il fait jour… elle n'est pas là, elle n'est pas là, elle ne va rien te faire, elle ne va rien nous faire, Camille… Camille…

L'angoisse me dévorait la poitrine et je luttai pour que ma voix ne soit pas étranglée par la peur ou les sanglots. Je devais être forte, je devais être son roc. Il fallait qu'il reprenne pied, il fallait qu'il reste avec moi, absolument, toute seule je n'y arriverai pas. Je m'efforçai d'ancrer mon regard au sien. J'avais tellement mal de le voir dans cet état, je ne l'avais jamais vu comme ça, je ne pouvais pas supporter de le voir comme ça, par pitié, il fallait qu'il aille mieux, il fallait qu'il aille mieux !

- Reviens-moi… reste avec moi…



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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 14:01




Don't lose yourself in the depths of your mind...

C’était une lutte entre moi, mon corps et mes pensées. J’étais seul dans ce cauchemar, seul face au raz de marée. J’avalais l’eau de la mer, le sel m’érodait le gorge, me noyait les poumons. Je refis surface après plusieurs minutes à secouer mes bras sous l’océan. Sa voix me parvint de loin, du rivage. Depuis combien de temps était-elle là ? Je ne savais plus. Mais elle devait quitter le bord du quai avant de sombrer avec moi. Je ne pouvais pas l’entrainer là-dedans. Je ne pouvais pas. Je ne réalisais sa proximité que quand ses mains se posèrent sur mes joues. Sa naïveté m’abîma, sa gentillesse aussi. Comme si… Comme si la lumière du jour pourrait l’arrêter. Elle avait une foule de personne travaillant sous ses ordres, c’était facile pour elle de m’éliminer, de réussir tout ce qu’elle entreprenait. Comment avais-je pu croire pendant sept longues années qu’elle m’avait oublié ? Comment avais-je pu penser ne pas recevoir un retour de flammes de cette aventure et relation tordue ? La supplique de Rebecca me fit émerger un peu plus mais je continuais à la regarder sans vraiment la voir. Ça n’allait pas jamais aller. Non. J’aurais dû fuir l’Ecosse, j’aurais dû m’isoler quelque part. Changer de nom. Vivre sous formes animales. Il y avait eu tant de solution et moi j’avais choisi la pire. J’avais choisi de me battre, de rester et de conquérir ma propre volonté. Le fait est que j’étais un lâche de nature et que de toute manière, j’étais un incapable. La nausée m’obligea à déglutir douloureusement, j’étais fiévreux mais je grelottais- je me sentais grippé, courbaturé et absent. Terriblement absent de ma réalité. C’était absurde de se mettre dans un état pareil pour une lettre, absurde que je sois surpris que ça finisse comme ça. Je m’attendais à une jolie fin ? Moi, heureux ici avec la jolie brune ? A construire la vie d’un autre, d’un humain normal ? En continuant à mener les métamorphes dans l’ombre et à survivre avec dignité ? Je n’avais pas la carrure pour être heureux. Le bonheur m’effrayait. Car quand il disparait, il laisse des traces plus douloureuses encore que les précédentes. Je ne pouvais plus endurer ça.  J’étais ravagé. Déjà bien trop ravagé.

Après un long moment de silence durant lequel seule ma respiration toujours désordonnée nous berça, je perçus un son étrange sortir de ma gorge. Un éclat de rire qui en entraina d’autre. J’explosais nerveusement dans un fou rire de dément, qui me glaça mon propre sang. Mon existence était ridicule. Tout ça était ridicule. Ridicule à en pleurer de rire. J’étais un pauvre con qui courait sans arrêt après des chimères. Un pauvre idiot qui n’apprenait jamais de ses erreurs et qui finissait toujours par tomber plus bas, toujours plus bas. Je n’avais même pas le courage d’arrêter ces petits jeux, d’arrêter de vivre. J’étais et je serais toujours un lâche. Voilà. C’est ça qui était hilarant. Je ne changerais jamais. Je serais toujours ça. Toujours. Mon hilarité mourut aussi rapidement qu’elle avait éclot. Je devais faire quelque chose, si je n’agissais pas, j’avais l’impression que ça allait recommencer. Les douleurs à ma poitrine s’étaient amoindries mais n’avaient pas désertés. Il fallait que je fasse le premier pas dans la vraie bonne direction. Je posais alors enfin réellement mes yeux dans ceux de Becky et ne reconnus pas mes intonations dures, hachées et terriblement graves « Bon maintenant, ça suffit. Ok. Ça suffit. Tu vas arrêter de t’agripper à ça, à moi. » Voilà. C’était tout, c’était fini le mensonge, les illusions et les faux espoirs. Fini. Maintenant, il fallait se manger en pleine face le concret, le réel et plus s’abreuver de l’abstrait. « Tu vas partir. Tu vas t’éloigner une bonne fois pour toute. Te trouver quelqu’un d’autre. Et continuer à vivre. » J’essayais de me relever mais je me sentais trop faible encore pour supporter mon propre poids. Alors je restais là. « Tu sais bien que c’est voué à l’échec depuis le début. Barre-toi de là, Becky. Tu n’as pas envie de vivre ça. Crois-moi tu n’as pas envie de te battre pour un sale con comme moi. » Après avoir arboré une expression si dure sur mes traits, je les sentis partir sur quelque chose de plus douloureux et je re-plaçais mes mains sur mes paupières. Bon sang. Je ne comprenais plus rien.

Et ça recommençait. Ca recommençait. Je ne pouvais plus respirer. J’avais peur de ça, de cette crise que je ne m’expliquais toujours pas. J’avais juste envie que ça s’arrête. Je ne contrôlais plus rien de ce que j’étais et de ce que je faisais. J’avais l’impression que je frôlais la crise cardiaque chaque instant. Dans la pure contradiction du moment, je m’agrippais à Rebecca pour ne pas tomber au sol, ma tête se cala sur son épaule. Je ne voulais pas qu’elle assiste encore à ça. Alors aussitôt que je venais de la saisir, je la repoussais. Il fallait qu’elle parte, je ne pouvais pas supporter qu’elle soit là à me voir perdre pieds comme ça ne m’était jamais arrivé. Je me recroquevillais à terre et tremblais. J’avais l’impression d’avoir 10 ans et de re-subir mes premières transformations. A l’abri des regards, à l’abri du monde, planqué sous mon bureau en ne comprenant pas ce qu’il m’arrivait. J’avais toujours su que je portais en moi quelque chose de secret, trop sombre, trop dangereux. J’avais grandi avec cette conviction. C’était normal de m’associer à un vampire, normal, j’étais moi-même déficient, moi-même surnaturel. Krystel Raybrandt avait été en quelque sorte une punition pour ce que je n’aurais pas dû être et également une quête d’identité. Et Rebecca ? Rebecca, c’était ce que j’aurais pu avoir si je n’avais pas été changeur et si je n’avais pas pactisé avec le diable. Moi qui avais toujours vu mes dons comme un cadeau, je commençais à les détester. Sans ça, je ne serais pas ici, allongé sur le carrelage à ne plus savoir retrouver mon oxygène. Où était l’oiseau ? Où était ce fichu volatile qui avait impunément projeté dans les bras d’un démon ? Qu’il me sorte de ça pour une fois. Qu’il m’aide à remonter.


Dernière édition par Camille Fontayn le Dim 14 Juil - 14:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 14:40




Don't lose yourself in the depths of your mind...



J'avais l'impression qu'il ne me voyait pas, qu'il ne m'entendait pas. Son rire me tétanisa. Ses éclats de rire, nerveux, presque déments me firent le lâcher et je restai là, impuissante, alors que j'étais en train de le perdre, qu'il était en train de sombrer totalement.

Son rire mourut dans sa gorge et pour la première fois depuis qu'il avait ouvert cette lettre, son regard se plongea réellement dans le mien, dur et grave, comme les mots qu'il m'asséna:

Camille a écrit:
« Bon maintenant, ça suffit. Ok. Ça suffit. Tu vas arrêter de t’agripper à ça, à moi. »

Je tressaillis, le dévisageant alors qu'il tentait de reprendre pied en me repoussant encore avec plus de violence qu'il ne l'avait jamais fait.  

Camille a écrit:
« Tu vas partir. Tu vas t’éloigner une bonne fois pour toute. Te trouver quelqu’un d’autre. Et continuer à vivre. »

Je secouai la tête imperceptiblement alors que malgré moi, mes yeux s'embuaient de larmes dont quelques unes s'échappaient déjà pour rouler sur mes joues. Je m'étais attendue à ce que cette discussion revienne sur le tapis, je m'étais attendue à une nouvelle crise, mais pas de cette ampleur. Et chaque mot était un coup de poignard, et j'avais peur, autant parce qu'il me repoussait que parce que la panique distillait dans mon esprit l'idée qu'il avait finalement raison, que je devais partir, que je devais arrêter de m'accrocher à lui. Non ! Non, je ne voulais pas partir, je ne voulais pas. Un hoquet d'inquiétude me vrilla la poitrine alors qu'il essayait de se relever. Il voulait fuir, encore. Il voulait me laisser, il voulait m'abandonner. Mais il ne pouvait pas, il n'en avait pas la force.

Camille a écrit:
« Tu sais bien que c’est voué à l’échec depuis le début. Barre-toi de là, Becky. Tu n’as pas envie de vivre ça. Crois-moi tu n’as pas envie de te battre pour un sale con comme moi. »

- Camille… soufflai-je d'une voix suppliante.

Jamais il ne m'avait parlé de cette façon, jamais sa voix n'avait été si coléreuse, hargneuse même, envers moi, jamais son regard n'avait montré tant de dégoût et de conviction. Comme si c'était moi, finalement l'objet de ses problèmes, comme si me forcer à partir l'aiderait à aller mieux, comme si…

Je vis tout à coup s'écrouler tout ce masque qu'il s'était composé pour exiger mon départ et la dureté de ses traits disparu pour laisser à nouveau apparaître sa faiblesse et sa douleur. Ho non, ça recommençait, sa respiration s'emballait à nouveau. Il avait l'air de tellement souffrir et le voir ainsi me détruisait chaque seconde un peu plus. Il s'agrippa à moi et je le serrai à peine une seconde contre moi avant qu'il ne me repousse aussi soudainement.

J'étais perdue, confuse, dévastée. Que devais-je faire? Comment pouvais-je l'aider ? Je me redressai, tremblante et fit un pas en arrière, terrorisée à l'idée de le toucher et d'empirer son état. Il ne voulait pas de moi auprès de lui, il ne voulait pas que j'assiste à ça, il ne voulait plus de moi dans sa vie.

Il se recroquevilla sur le sol, tremblant, cherchant désespérément un peu d'air. De l'eau, il lui fallait de l'eau.
Il fallait que je fasse quelque chose, n'importe quoi. Secoue-toi, Rebecca, fais quelque, maintenant, MAINTENANT !
Luttant contre lui et contre ma propre panique, j'ouvris la porte de la douche et me baissai pour soulever Camille et le traîner à l'intérieur. J'ouvris le jet d'eau froide qui se mit à nous asperger tous les deux et attrapai mon amant par le tee-shirt pour le secouer:

- Arrête… Arrête ! Criai-je, en larmes. Je te laisserai pas ! Je t'ai dit que je te laisserai pas ! Oui, t'es qu'un sale con ! Mais je me battrai pour toi quand même ! Et si je dois crever, je crèverai avec toi ! Alors ferme-la ! Et respire, bordel !


J'éclatai en sanglot et posai mon front contre lui, continuant à m'agripper comme il m'avait pourtant ordonné d'arrêter de le faire. Mais je n'allais pas le lâcher, ça non. Jamais, jamais, jamais...

- Calme-toi…. Respire… Camille… respire….


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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 17:42




Don't lose yourself in the depths of your mind...

Je redérivais. C’était vraiment reparti. J’avais l’impression qu’on m’avait ôté toute mon oxygène et qu’on s’amusait à opprimer ma cage thoracique jusqu’à qu’elle se fracasse ou jusqu’à ce que mon cœur désorienté ne finisse par simplement renoncer au combat. J’avais tellement mal que ma peine mentale se confondait avec facilité à la douleur physique, je ne trouvais plus les limites de l’une et de l’autre. Plus je m’attardais sur les symptômes et la difficulté que j’avais à inspirer, plus les bruits que je produisais devenaient horribles à supporter même pour mes propres oreilles. J’allais étouffer. Non, j’étouffais. J’allais crever sur ce plancher sans rien pouvoir y faire. Tuer par ma propre faiblesse, par ma propre incapacité à gérer la pression et le poids de mon passé. Quel mort ridicule. J’avais l’impression de flotter, de me déplacer au milieu de cet océan. Des gouttes effleuraient mon visage. C’était pas possible, j’étais déjà sous l’eau, je ne pouvais pas sentir l’empreinte d’un jet sur mon épiderme. Et pourtant, une morsure glacée me lacérait le corps. Je me tenais toujours la poitrine d’une main, convaincu que je n’allais jamais pouvoir passer au-dessus de l’asphyxie. Mes appels d’air se faisaient de plus en plus désespérés alors que les hurlements de Rebecca percèrent ma brume. Dans un premier temps, ils amplifièrent ma crise et si j’avais pu émettre un autre son que celui de la noyade, j’aurais sûrement gémi de douleur. Elle me tuait littéralement, l’agonie me rendait encore plus vulnérable à ses termes. J’aurais voulu sombrer dans l’inconscience là de suite, je songeais à tenter de me fracasser le crâne sur la première paroi que je verrais mais même pour effectuer un mouvement pareil, je n’aurais pas eu la force. Elle m’ordonna de respirer mais plus je me focalisais là-dessus, plus je ne parvenais plus du tout à reprendre un souffle cohérent. Ses sanglots se heurtèrent à ma panique, ça ne m’aidait vraiment pas. Finalement, c’est l’eau qui m’extirpa de cet état démentiel – quelle ironie. J’écoutais le clapotis régulier, je fermais les yeux et me concentrais juste là-dessus. Je réussis au bout de plusieurs minutes à reprendre le dessus. Je me redressais un peu alors et observais Becky. Ravagée, comme moi. Voilà. Voilà. Bravo. J’avais envie de me frapper. C’était violent comment je ne pouvais vraiment plus me supporter.

Nous allions mourir frigorifiés si ça continuait, le liquide glacé se percutait avec aigreur à mon état fiévreux. Faire de l’hypothermie était la dernière chose que je pourrais cumuler aujourd’hui et elle n’avait pas besoin de ça non plus. Mais je ne parvenais pas encore à exécuter des gestes, j’avais mal partout, je me sentais éreinte, éprouvé comme si j’avais couru une journée entière sans faire d’arrêt. J’étais au-dessous de tout mais je savais ce que je voulais. Pour elle. Je la regardais sangloter sans savoir par où commencer. J’avais tellement peur que cette crise ne soit pas tout à fait terminée que reprendre la discussion là où je l’avais laissée s’échapper semblait trop risqué. J’attendais alors durant un long moment-là de reprendre un semblant de consistance. Puis j’allongeais un bras jusqu’aux commandes, lourdement, ça me fit mal du cou au bras. Je grimaçais et coupa le jet. Ma voix encore plus brisée suivit. « Ne parle pas trop vite. » Je me laissais mollement glisser hors de la douche et réussit à atterrir tant bien que mal sur le carrelage. Il fallait qu’on se sèche. Mon bon sens commençait à refaire surface, c’était bon signe. Je ne parvenais pas à encore à réellement bouger encore crispé et toujours figé dans la partie vertige de la crise. Je réalisais petit à petit à mesure que je commençais à revenir à moi, répartissant déjà mentalement tout ce qu’elle avait dit. Elle avait sûrement du lire la lettre. Une nouvelle oppression me désarçonna alors que je respirais chaotiquement un instant avant de reprendre le contrôle en jetant mes prunelles sur elle. Ça suffisait. Il fallait que je me reprenne pour elle au moins. Mes intonations revinrent alors rauques, hachées. Mon souffle était encore légèrement perturbé, j’allais avoir besoin d’un peu de temps pour m’en remettre totalement. « Rebecca, tu vas attraper froid. » Mes défenses étaient toujours baissés, j’étais tellement chamboulé, tellement détérioré que je n’arrivais pas encore à réfléchir avant de parler. « Je t’avais dit de t’éloigner. Tu commences à comprendre ? » Je fus obligé de prendre une pause déjà essoufflé. Mon rythme cardiaque peinait à retrouver sa normalité. « Regarde dans quel état je t’ai encore mise. Putain, Becky.» Tout ce que je réussis à faire dans mon état, c’est donner un coup de coude dans la douche que je venais de quitter pour exprimer mon énervement. Je laissais faiblement retombée ma tête sur le côté et ajouta avec souffrance « Je ne veux pas que tu sombres avec moi. Je vais devoir te rejeter combien de fois pour que tu comprennes ça ? » Je m’arrêtais définitivement là pour ne pas reperdre ma respiration. Bon sang. Je ne savais plus dans quel sens prendre mon existence. Et je doutais parvenir à mettre ça au clair durant les prochaines heures. Tout était confus dans mon esprit et émotionnellement, j’étais carrément perdu, tous mes nerfs avaient lâchés. Mon instabilité était encore franchement marquée.
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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 19:18




Don't lose yourself in the depths of your mind...



Il ferma les yeux et petit à petit sa respiration reprit un rythme moins chaotique. Maintenant qu'il ne suffoquait plus, mes propres sanglots se tarirent et je me laissai aller à ne rien penser pendant quelques instants, juste le temps de me remettre de ma frayeur. Je fermai les yeux à mon tour. J'avais la tête lourde et j'avais mal partout. Mon crâne m'élançait douloureusement, ma poitrine également et tous mes membres commençaient déjà à se raidir à cause du froid. Il me fallait quelques secondes, justes une poignée de minutes pour me redresser, pour reprendre le dessus. Camille avait besoin de moi… il fallait que j'ouvre les yeux, que je me relève, que je lui parle, que je l'aide…  
La pluie cessa tout à coup et me fit rouvrir les yeux. Non, pas la pluie, l'eau, le jet de la douche. Camille dit quelque chose que je ne saisi pas et se glissa hors de la douche pour atterrir sur le carrelage.

Camille a écrit:
« Rebecca, tu vas attraper froid. »

Première chose censée qu'il disait depuis qu'il avait reçu cette foutue lettre. J'acquiesçai en silence, oui je le savais, aucune importance, ce n'était rien, rien du tout.

Camille a écrit:
« Je t’avais dit de t’éloigner. Tu commences à comprendre ? »

Oui, je comprenais à présent. Tout, ou presque, la situation était d'une clarté éblouissante. Nos précédentes discussions me revenaient en prenant un tout autre sens, je comprenais ce secret qu'il taisait et qui le rendait si malheureux, qui lui faisait croire qu'il ne pourrait jamais être heureux. Je comprenais. Mais ca ne voulait pas dire que j'étais d'accord.
Je passais mes mains sur mon visage, essuyant le vestige de mes larmes et de l'eau. Les crises de larmes me faisaient généralement du bien, chose que Camille ne pouvait pas comprendre. J'allais déjà mieux, je reprenais mes esprits, je reprenais l'assurance qui m'avait fait défaut alors que je j'avais cru qu'il allait mourir sous mes yeux.

- Et moi, je t'ai dit que je ne partirai pas. Répliquai-je avec obstination et détermination.

Camille a écrit:
« Regarde dans quel état je t’ai encore mise. Putain, Becky.»

Il m'agaçait tellement quand il disait ces choses là ! Je n'allais pas le laisser dire, le laisser culpabiliser encore, le laisser trouver des excuses et des arguments pour me faire sortir de sa vie. Ca ne marcherait pas. Pourquoi lui ne comprenait-il pas ça?
Respirant à nouveau un peu plus librement, il lui fallait néanmoins reprendre son souffle entre chaque phrase, ce qui me permit de protester immédiatement.  Ma voix ne tremblait plus.

- Non, arrête… tais-toi, tais-toi tout de suite. Ce n'est pas toi qui m'a mise dans cet état, c'est moi toute seule, moi et…

Cette foutue, foutue, foutue lettre.

-… moi seule.

Je n'étais plus à un mensonge près de toute façon. C'est son état qui m'avait affolé et son état était dû à la lettre de la reine des vampires. C'était elle la responsable de tout ça, ça n'avait rien à voir avec lui, même si je savais qu'il ne me croirait jamais.

Camille a écrit:
« Je ne veux pas que tu sombres avec moi. Je vais devoir te rejeter combien de fois pour que tu comprennes ça ? »

J'étais tellement, tellement en colère. Pas contre Camille, qui ne faisait finalement que subir les conséquences de vieilles erreurs du passé, mais contre celle qui lui faisait endurer ça. Le mal avait prit aujourd'hui un nouveau visage pour moi et la colère m'empêchait d'avoir peur. Je la méprisais, je la haïssais de tout mon être pour ce qu'elle faisait vivre à Camille. Mon Camille. Quel qu'aient été leurs relations, c'était du passé, je ne la laisserai plus jamais lui faire du mal. Je ne savais pas de quand datait cette histoire, probablement avant notre rencontre, mais malgré cela, je devinais qu'elle était restée une ombre dans l'esprit et la vie de Camille. Elle avait réussi l'exploit de le torturer même en étant loin de lui. Je ne pouvais pas le laisser continuer comme ça.
Il fallait que j'agisse, maintenant.
Je me relevai sans trop de difficulté et sorti de la douche, puis j'attrapai une serviette et m'agenouillai près de Camille pour lui sécher les cheveux, lui expliquant d'une voix douce et calme qui contrastait avec mes yeux encore rouges et pourtant assurés:

- J'ai compris, Camille, et j'ai décidé de ne pas en tenir compte. Tu ferais mieux d'arrêter d'essayer de me repousser, car à chaque fois que tu le fais, tu me convaincs un peu plus de rester. Je ne vais pas sombrer avec toi car tu ne vas pas sombrer, tu m'entends ? Je ne te laisserai pas sombrer, je ne te laisserai pas te détruire et me détruire avec toi.

Je poussai un soupir, je n'allais réussir à rien tant qu'il porterait ses vêtements trempés. La douche n'avait pas été ma meilleure idée, mais au moins avait-il retrouvé une respiration à peu près normale.

- Viens…

Je l'aidai à se relever et attrapai une autre serviette avant de l'accompagner jusqu'au divan où je le fis s'asseoir. Je lui retirai ses vêtements et me mit à lui frictionner le corps pour le sécher. Puis toujours sans un mot et sans accepter la moindre résistance –pas qu'il en ait réellement la force de toute façon- je lui renfilai un tee-shirt et un bas de jogging avant de déposer un baiser sur son front. Il était complètement KO, il fallait que je lui laisse quelques minutes, j'avais moi aussi, besoin de quelques minutes.
Gardant un œil sur lui, j'allai fermer la porte d'entrée qui était restée entrouverte, ramassai le courrier et le jetai sur le plan de travail. Puis, gardant la porte de la salle de bain entrebâillée pour ne pas le quitter des yeux, je me séchai rapidement et me changeai à mon tour, toujours avec ses affaires faute des miennes. J'avais besoin de faire quelque chose, quelque chose de concret, n'importe quoi, pour m'aider, pour nous aider à avancer. Rien ne me disait que la crise d'angoisse de Camille était terminée.  Machinalement, je repris la lettre qui gisait sur le plan de travail. Sans même la relire –c'était de toute façon inutile, j'avais l'impression que chaque mot était gravé au fer rouge dans mon esprit- j’allumai le gaz pour brûler la missive maudite. J'observai le feu la dévorer, souhaitant viscéralement que ce soit la reine qui soit en train de brûler devant mes yeux. Je laissai ce qu'il restait du message empoisonné se consumer dans l'évier, me sentant étrangement calme, et retournai auprès de Camille. Doucement, mes mains fraiches vinrent glisser sur son visage, ses joues, ses tempes, retirant quelques mèches encore humides de son front.

- Ce que tu ressens, là tout de suite, ce que tu ressentais tout à l'heure, ce n'est pas la réalité, Camille. C'est la crise d'angoisse qui te fait penser ça, qui te fait tout voir en noir. Ca va aller, ca va passer. Tu iras mieux, tu auras l'esprit plus clair, et on pourra parler de tout ça calmement, d'accord ? On en parlera tous les deux, on trouvera une solution tous les deux... tout ira bien...

Je m'assis à côté de lui et le prit dans mes bras, attirant son visage contre mon cou, frottant doucement son dos. Il était mien, j'étais sienne. Je n'allais pas laisser qui que ce soit changer ça, détruire ça. Pas même lui, surtout pas lui.

- Personne ne t'enlèvera à moi… ni toi, ni elle… chuchotai-je si bas que je ne fus pas certaine qu'il pouvait m'entendre.

Mais j'avais besoin de le dire, pour moi, pour m'en convaincre, pour m'ancrer dans mes décisions et mes convictions, pour asseoir ma détermination. J'avais l'impression qu'une facette de moi que j'ignorais prenait les choses en main. Une guerrière, une tigresse, peut-être une démone, après tout. Mais si c'était pour lui, pour le protéger, cela ne me faisait plus si peur…


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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 21:09




Don't lose yourself in the depths of your mind...

L’apathie commençait à prendre complétement le dessus sur la panique. Quitte à choisir, je préférais ça à l’étouffement. Je me sentais las, fatigué et complétement dépassé par mes propres émotions. Je rendais partiellement les armes quand elle s’extirpa de la douche pour m’approcher. De toute manière, même si j’avais voulu la repousser, j’en aurais été physiquement incapable. Et mentalement ? Je n’en savais plus rien. Je savais ce que je devais faire et ce que je voulais aussi. Puis il y avait la partie de ce que je désirais et ça, c’était encore une autre histoire. Elle se mit à vouloir me sécher les cheveux, je ne bronchais pas un seul instant et écouta même le discours qu’elle me servit. Mon visage se contracta sur une expression de pure douleur. Plus je l’éloignais, plus elle s’accrochait, c’est ça qui m’inquiétait précisément. Elle disait qu’elle ne me laisserait pas me détruire mais et si c’était déjà trop tard ? Et si j’étais déjà perdu ? Mon regard rencontra le sien, rougi par ses larmes. Comment pouvait-elle prétendre qu’elle n’allait pas en tenir compte ? Je ne la comprenais vraiment pas cette femme. Je n’essayais même plus de le faire dans l’absolu, je n’avais plus assez d’énergie à consacrer à ce mystère pour l’instant. Elle me ramassa et m’aida à faire un pas devant l’autre pour atteindre le canapé dans la pièce principale. Quelques vertiges m’obligèrent à veiller un peu à ma façon de me mouvoir. Tous mes muscles s’étaient horriblement engourdis, j’avais l’impression d’avoir les jambes en coton bien que les articulations de chacun de mes membres étaient péniblement endolories. Je me laissais m’écraser dans le divan et continua de m’enliser dans la phase somnolente de ma crise. Les gestes que Becky effectuait – à défaut de vraiment m’apaiser, me donnaient l’impression que je pouvais continuer à me reposer sans trop voir en avant pour l’instant. D’une certaine façon en s’agitant autant autour de moi, elle me maintenait en mouvement. Je songeais juste qu’elle n’avait pas à s’occuper de moi de cette façon. Mais je ne l’exprimais pas parce que je n’avais plus envie de parler tant que je n’aurais pas retrouver totalement ma respiration.

Ses lèvres effleurèrent furtivement mon front, je grimaçais. Puis elle s’éloigna et moi, je restais là, complétement groggy. Je calais ma nuque sur le dossier du fauteuil et je fermais les paupières. J’aurais aimé pouvoir dormir mais je savais très bien que je n’y parviendrais pas. Ces quelques minutes de répit me permirent simplement de constater que je ne maitrisais définitivement plus mon sang froid, ni ma situation et que je venais juste de prouver en quoi je ne ferais jamais un bon leader. J’étais d’une faiblesse aberrante et malgré tous les champs de bataille que j’avais affronté, malgré avoir plusieurs fois frôlé la mort, malgré toutes les difficultés que j’avais surmonté, il avait suffi d’un mot, d’un parfum pour consumer sept ans d’effort. Krystel Raybrandt savait très bien comment je fonctionnais et ça, c’était un problème important. Elle savait jouer avec ma culpabilité et me manipuler mieux que personne. Est-ce que j’allais docilement retourner à ses côtés ? Bien sûr que non. J’étais désespéré et sûrement détruit mais pas encore stupide. Je devais m’assurer de placer les meilleures protections possibles autour des miens, de Becky, d’Alan et d’Enola vu que c’étaient ses premières cibles. Mais je n’arrivais pas encore bien à trouver une vraie solution dans l’immédiat. J’étais trop crevé pour penser correctement alors j’abandonnais cette anticipation.

D’autant plus qu’une odeur de brûlé attira mon attention et je me tournais légèrement pour observer Rebecca brûler la fameuse lettre. J’ouvrais la bouche. Je la refermais aussi vite. C’était mieux comme ça de toute façon. Je l’aurais fait moi-même si j’avais en état. Pour autant, la consumer ne signifiait pas que j’allais oublier ça ou encore que ça n’avait jamais existé. Je ne voulais pas fuir devant la réalité. Je me passais une main sur le visage. Le feu exacerba durant d’infimes secondes son parfum et l’odeur du souffre derrière galvanisa un peu plus mes souvenirs. Je me rappelais avec une clarté aberrante ses crocs dans ma chair, mon hémoglobine filant droit dans sa bouche. Le timbre de sa voix, les nuances de son arôme. C’était drôle parce que si avant elle me fascinait maintenant quand tous ces détails me revenaient en mémoire, je n’éprouvais plus qu’une nausée dérangeante. J’avais subi une cure. Nous avions subi une cure moi et l’oiseau. Etais-je guéri ? Il fallait l’espérer. Quand Rebecca revint près de moi, j’étais déjà à peu près plus censé et plus apaisé. Je ne parlais pas de son accès de pyromanie et ne la remerciais pas pour ça parce qu’évoquer la bombe qui avait causé mon chaos m’était insupportable.

Ses paumes trouvèrent mon visage, chaque contact de sa part, chaque manifestation de tendresse contractait mon cœur horriblement. Je ne pouvais pas les accepter et pourtant, je ne l’empêchais pas. Elle se mit à me bercer de mensonges en prétextant que tout allait bien aller, que nous allions trouver une solution à deux. Sauf que moi, je refusais qu’elle m’aide et qu’elle s’implique d’une façon ou d’une autre dans cette histoire. Elle me donnait une raison supplémentaire de la faire sortir au plus vite de ma vie. Ses bras m’attirèrent. Et durant quelques instants, je profitais de sa chaleur et de sa sollicitude. On pouvait en rester là et revenir là-dessus bien plus tard. Oui, on aurait pu mais. Mais moi, je n’étais pas d’accord. J’étais toujours fracassé, épuisé et troublé aussi. Je devais faire quelque chose pour m’opposer à ce qu’avait planifié la Reine. Je le devais où j’allais encore plus me briser. Je me reculais doucement et parvins à lever mon bras jusqu’à elle afin de prendre au creux de ma main sa joue. « Non, c’est elle qui va t’enlever à moi. Tu ne sais pas de quoi elle est capable. » Ma paume redescendit sur sa nuque, j’ôtais ses cheveux pour dévoiler la morsure encore visible. « Ça, ça n’était qu’un avertissement. Elle va faire pire, je le sais. » Je crispais mes traits à nouveau sur la douleur que ça m’infligeait d’anticiper le pire, toujours le pire. Je la revoyais sous l’ondée, complétement perdue, tétanisée, apeurée. Sa voix me suppliant de venir la chercher, son regard vide – je n’oublierais jamais ça, ce que je lui avais fait subir. Je pris les doigts de mon amie pour les porter à mes lèvres. Je n’aurais pas dû continuer à m’exprimer alors que je n’étais clairement pas dans un état normal. « Je ne peux pas. Je ne peux pas être responsable de ce qu’il se passera à l’avenir. Je ne peux pas la laisser avoir de l’emprise sur toi et sur moi par ce biais. Il faut qu’on arrête de se voir. Plus tu seras loin de moi, plus tu seras en sécurité. » Je fixais mes yeux dans les siens. « Ça me tuerait qu’il t’arrive quelque chose de plus grave. Et la seule chose que je puisse faire de raisonnable, c’est mettre un terme à ce … que nous faisons. » Je ne savais même plus comment la convaincre et je ne savais pas pourquoi j’avais à le faire d’ailleurs. Tout ça me semblait tellement évident. Je détournais les yeux et articulais un peu plus énervé. « Comment arrives-tu encore à me toucher et à rester là avec moi calmement ? Bon sang, Rebecca… Tu as quand même compris ce que j’avais fait. » C’était la pire part de moi et encore elle ne savait pas tous les détails. Je déglutis. « Je te l’avais déjà dit… Je ne suis pas celui que tu crois. Tu t’accroches à l’illusion que tu t’es inventée. Tu n’as vu que ce que j’ai bien voulu te montrer. Tu ne peux pas… » être avec moi. C’est tout. Tout ce que tu as besoin de savoir.


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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Dim 7 Juil - 23:37




Don't lose yourself in the depths of your mind...



J'espérais que notre étreinte lui ferait du bien, nous ferait du bien à tous les deux, et pendant quelques instants, trop brefs, ce fut le cas. Puis il se recula et glissa sa main sur ma joue

Camille a écrit:
« Non, c’est elle qui va t’enlever à moi. Tu ne sais pas de quoi elle est capable. »

Peut-être avait-il raison. Dans l'absolu, je l'ignorais, mais je n'avais aucun mal à imaginer les horreurs qu'elle pouvait commettre. Elle avait détruit quelque chose chez Camille, quelque chose que je me sentais impuissante à jamais réparer, et elle avait pu et pouvait sûrement faire bien pire. Que pouvais-je répondre à ça ? Elle avait le pouvoir de m'enlever à lui, je le savais. Mais alors quoi ? Devait-on arrêter de vivre parce que tel était son bon plaisir ? Alors, là, hors de question !  
La paume de mon amant glissa jusqu'à ma nuque, là où se trouvait encore ma blessure et je vis dans ses yeux tout ce que cette situation avait déclenché en lui.  J'avais trouvé sa réaction excessive, mais je comprenais mieux maintenant. J'avais l'impression que toutes les pièces du puzzle que formaient les secrets de Camille étaient en train de trouver leur place, beaucoup trop vite pour que j'arrive à tout appréhender d'un seul regard.

Camille a écrit:
« Ça, ça n’était qu’un avertissement. Elle va faire pire, je le sais. »

Sûrement avait-il raison. Oui, mais et alors ? Pire qu'une morsure ? Qu'allait-elle faire ? Me tuer, bon et bien… ce n'était pas une pensée très réjouissante, plutôt flippante même, mais je n'allais pas me laisser abattre par ça. J'allais rejoindre le groupe de Maryana. Même si cela ne me plaisait pas de l'envisager, j'allais être leur alliée. Je n'allais plus être seule et j'imaginais que la reine des vampires n'avait pas forcément envie de se mettre la chef des semi-démons à dos. Voilà qui était un argument en la faveur de Lysander… il allait peut-être falloir que j'accélère mon recrutement…
Mais la vérité, c'est que je comprenais surtout ce qu'il y avait derrière les menaces de la reine:

- Le pire qu'elle puisse faire c'est nous séparer… c'est ce qu'elle veut, elle veut t'isoler des gens que tu aimes, elle veut que tu sois seul et vulnérable, ne la laisse pas faire ça, Camille.


Oui, elle voulait le remettre dans sa cage, en faire son animal de compagnie, le torturer, boire son sang et lui faire… non je ne voulais surtout pas imaginer Camille et cette sangsue… c'était….non, je ne pouvais pas gérer cette vision maintenant…
Il embrassa mes doigts mais continua à clamer qu'il fallait qu'on arrête de se voir et que je serai en sécurité en étant loin de lui. Encore cette vieille rengaine ? Je n'allais jamais en voir la fin. Heureusement, je commençais à avoir l'habitude.  Et puis, je lui avais dit la vérité, à chaque fois qu'il essayait de me convaincre de partir, cela renforçait ma détermination à rester. Sûrement y avait-il un moyen de me convaincre de partir, mais ni lui ni moi ne le connaissions, et c'était pour le mieux. Je ne voulais pas que ça arrive. Je ne voulais pas qu'il trouve la faiblesse qui me ferait renoncer à lui.

- Elle sait qui je suis, Camille… elle doit connaître mon nom, il ne lui faudra pas longtemps pour savoir où j'habite…  tu te trompes si tu crois que m'éloigner de toi m'épargnera.

Je ne voulais pas l'effrayer, mais c'était la vérité. Il se berçait d'illusions. Elle voulait récupérer Camille, même loin de lui je resterais un obstacle, j'en étais persuadée. Ma vie était définitivement en danger, et pourtant, la seule chose qui m'inquiétait c'était Camille et son idée ridicule de me quitter. Ca le tuerait, disait-il, qu'il m'arrive quelque chose. Pourquoi ne comprenait-il pas que la réciproque était vraie ? Et que c'était pour ça qu'on ne devait surtout pas se séparer. J'avais presque l'impression de voir l'ombre de la reine planer sur lui, au dessus de sa tête comme un spectre maléfique qui empoisonnait ses pensées.

- Elle n'a que l'emprise que tu lui laisses prendre, plus tu lui donnes de crédit, plus elle a de pouvoir sur toi. Elle n'est pas omnisciente, elle n'est pas invincible, il doit bien y avoir un moyen de la contrer !

Sa question suivante m'arracha un regard incrédule. Oui, j'avais compris ce qu'il avait fait. Il avait été le jouet d'une vampire psychopathe, il avait été… sa pomme de sang, elle s'était nourrie de lui, il avait été son esclave, son esclave… à tous les points de vue. Mais ce n'était pas du dégoût que j'éprouvais pour lui, c'était de la peine, de la fierté. Parce qu'il s'en était sorti. J'ignorais comment il lui avait échappé, mais j'imaginais que cela n'avait pas du se faire sans sacrifice.
Je pris son visage entre mes mains pour le rassurer, pour lui montrer que le peu d'estime qu'il avait de lui-même n'était pas mérité, et je déposai mes lèvres sur les siennes, longuement, profondément:

- Tu es parti… tu as réussi à t'enfuir… Camille, peu importe les erreurs que tu as faites, tu as changé ! Tu ne peux pas passer ta vie à te faire des reproches sur des choses que tu ne peux plus modifier… je te l'ai déjà dit, celui que tu étais m'importe peu… c'est celui que tu es aujourd'hui, qui compte. Tu n'es plus ce Camille-là.

Il n'était pas le lâche pitoyable qu'il croyait. Si seulement il pouvait se voir à travers mes yeux ! Je ne le mettais pas sur un piédestal, je savais qu'il avait ses défauts, ses faiblesses, et que je ne connaissais pas tout de lui, mais plus j'en découvrais à son sujet, plus je voulais en savoir davantage. Je secouai la tête alors qu'il me disait que je ne connaissais que ce qu'il avait bien voulu me montrer. A qui la faute ?

- Alors montre-moi le reste ! Pourquoi tu as si peur, Camille… ? Rien de ce que tu ne me diras ne me fera changer d'avis… je le sais ! J'en suis certaine !  

A nouveau je me penchai pour l'embrasser tendrement:

- Je peux pas te laisser, Camille… aujourd'hui encore moins qu'hier… je ne veux pas qu'elle te récupère, je ne veux pas qu'elle te fasse du mal… il va falloir lui résister, et tu n'y arriveras pas seul… ne me laisse pas mourir d'inquiétude pour toi à l'autre bout du pays… je sais les risques, je comprends pourquoi tu as peur, et j'ai peur moi aussi, mais je ne peux pas partir. Et tu ne peux pas me forcer.

Et je l'embrassai encore avant de le serrer à nouveau dans mes bras. Lui-même n'avait pas encore compris que ma détermination était plus solide qu'une montagne. Il s'efforçait de l'ébranler, encore et encore, mais il n'y parviendrait pas. Pas comme ça…


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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Lun 8 Juil - 0:48




Don't lose yourself in the depths of your mind...

Rebecca luttait contre et pour moi avec une force que je ne lui avais jamais vraiment soupçonné. Je ne comprenais pas comment cette femme, celle-là dont la fragilité m’apparaissait toujours si évidente, parvienne à nous faire tenir comme ça. Parce que oui, c’est ce qu’elle faisait. J’avais voulu arrêter ça plus tôt, avant que le stade charnelle ne … Pourquoi menais-je une conversation aussi honnête à un moment où je partais déjà en vrille pour d’autres histoires. Oui, elle devait sûrement savoir pour elle vu qu’elle savait tout – ce qui m’arracha un gémissement à peine audible quand elle l’énonça. Je voyais déjà la silhouette de Krystel sur le bas de sa porte, attendant que sa proie sorte pour… Je tremblais. Oui, ça ne l’empêcherait pas de s’en prendre à elle. C’était vrai mais… Mais… Un moyen de la contrer ? Eh bien, j’avais la meute, les miens, j’étais entouré mais est-ce que ça suffirait ? Je ne savais plus trop comment je pourrais la convaincre que je ne lui apporterais décidemment rien de bon. Je détournais le regard, ne pouvant plus soutenir le sien croulant sous ma honte, sous mon crime avant qu’elle ne me force à refixer mon attention sur elle en prenant mes pommettes dans ses mains. Ses arguments me désarçonnèrent un à un. Je restais bloqué sur une expression mitigée. Oui, c’est vrai, je savais que je n’étais plus le même. Cependant, peut-être qu’il restait encore un peu de ce que j’avais été en moi parce qu’on aurait beau évolué au fond nous restions les mêmes non ? J’avais peur, tellement peur de moi-même plus presque que de la Reine en elle-même mais je n’osais pas l’avouer à Becky, bien entendu. Qu’est-ce que je craignais ? Pourquoi je ne lui en avais pas dit plus ? Les raisons étaient si évidentes. Parce que j’avais une espèce à projeter. Je me mentais, oui. J’étais effrayé à l’idée de m’ouvrir et d’être rejeté, de devenir inintéressant, de souffrir comme j’avais déjà souffert, de devenir dans ses yeux une personne horrible, qui ne mériterait pas son amitié. La confiance et la foi qu’elle me portait me dépassait. Ça me brisait de la voir si sûre d’elle me concernant alors que moi, je ne m’accordais pas la moitié du crédit qu’elle m’accordait. Finalement, elle continua sa tirade encore plus persuasive, encore plus convaincue et convaincante. Je me noyais dans son flux de raisonnements et ne trouvais plus sur quel plan rationnel, je pouvais l’attaquer. J’étais épuisé, apeuré et cassé. Je la repoussais sans être capable de moi passer à l’acte et elle, elle s’agrippait tellement fort à moi.  Au-delà de ça, j’éprouvais pour elle une foule de choses qui me disait de l’écouter et de ne pas réfléchir. Cette foule de choses devrait avoir une sérieuse discussion avec ma conscience et ma trouille habituelle.

Pour l’heure, j’abdiquais, incapable de mener plus longuement cette échange nerveusement. Elle remportait à nouveau une bataille mais la guerre était loin d’être finie et je savais que je finirais par l’épuiser. Je comptais là-dessus ? Oui, non, peut-être. Je n’en savais rien. Quand je su qu’elle avait à nouveau réussi sa manœuvre, je sombrais dans mon propre désespoir et me jugeais être sa malédiction. Dans un souffle rauque, je murmurais son prénom. « Rebecca… » Puis je finis par déclarer toujours étreint par cette émotion, portée par elle et par tout ce que nous venions encore de franchir « Tu es trop bien pour moi et tu ne t’en rends même pas compte. » Ne pouvant pas supporter mes propres aveux, je finis par réussir à me relever moi-même bien que je me sentais toujours relativement cotonneux et vaseux. « Je crois que j’ai besoin de dormir. » Pour passer au-dessus de ça, pour retrouver de la cohérence, pour récupérer. Je vacillais jusqu’au lit où je m’affalais. Elle me rejoint alors et je la laissais faire. Ses bras m’entourèrent tandis qu’elle se calait contre moi dans mon dos. Je posais  mes bras sur les siens machinalement. Je ne voulais pas m’avouer à quel point sa présence m’avait sauvé aujourd’hui et à quel point, ce qu’elle m’avait dit, ce qu’elle avait fait m’avait réparé en partie. Suffisamment pour que je puisse envisager de fermer les yeux et de rester blotti contre elle. Rebecca pourrait peut-être me sauver après tout. Mais la question demeurait. Est-ce que moi j’allais parvenir à la préserver et à la protéger de mes démons et de mon Monde ? Pour une fois, je n’avais pas envie de m’excuser j’avais envie de lui dire « Merci. » de rester là avec moi malgré toute l’horreur que je t’ai apporté. Merci pour tout.

Je sombrais trop rapidement. Cette crise ne m’avait rien épargné, j’étais complétement K.O. Je m’assoupis deux bonnes heures quand un rêve intense et violent me surpris. J’étais avec Alan qui me répétait d’être vigilant et de voler toujours plus haut, toujours plus loin. Je l’écoutais, je m’envolais, je le laissais en arrière. Le décor sous moi défilait Edimbourg, mes ailes étaient déployées. La ville devenait lugubre à mesure que je prenais de la hauteur. Puis je finis par descendre pour contempler les rues abandonnées, les bâtiments en ruine. Je me retournais alors pour voir un alignement de corps à terre. Kate. Non. Enola. Non. Alan. NON. Tous avaient le corps désarticulés. Et puis face à moi Krystel qui jubilait avec Rebecca dans ses mains, elle m’offrit un sourire odieux avant de la croquer et boire de son sang jusqu’à la dernière goutte. J’hurlais mais aucun son ne sortait de ma gorge. Elle rejeta son cadavre à mes pieds et je restais figé tandis qu’elle s’avançait vers moi. Elle me murmura sensuellement à l’oreille «  je t’avais prévenu mon oiseau. » avant d’enfoncer ses crocs plusieurs fois à plusieurs endroits de ma nuque pour marquer son territoire, pour marquer mon retour dans sa cage. Je m’éveillais dans un sursaut, les sens en alerte. Mes mains s’étaient déjà posés sur mon cou en quête des plaies qu’elle m’avait occasionné. Puis je réalisais que je n’avais rien. Mon regard dévia alors vers la jolie brune proche de moi. Je la détaillais comme si c’était la première fois que je la voyais avant de me jeter sur sa bouche et de l’embrasser avec bien trop de désespoir. Puis je laissais ma tête retomber sur sa poitrine à l’endroit exact où son cœur battait. Son pouls m’apaisa, me confirma qu’elle était toujours bien en vie là contre moi. Je restais là un long moment sans parler, sans rien dire, je fermais les paupières et retrouvais doucement pieds dans cette réalité.
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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Lun 8 Juil - 11:38




Don't lose yourself in the depths of your mind...



Je le sentais si fragile dans mes bras que je me demandais comment il avait encore la force de me résister, la force d'essayer de me repousser. J'étais en train de l'épuiser alors qu'il se battait en vain. ​
​Et puis finalement, j'eus l'impression que mes mots prenaient enfin du sens, que mes arguments venaient à bout de ses résistances, temporairement du moins.

Mon prénom dans sa bouche résonna comme une supplique et je le serrai plus fort contre moi alors qu'il prétendait que j'étais trop bien pour lui. Il n'en savait rien. J'avais plus appris aujourd'hui sur Camille qu'au cours de ces trois dernières années. J'avais ébranlé par mal de ses secrets, de ses mystères, mis des noms et des actes sur ses blessures et sa culpabilité. Mais lui, que savait-il de moi ? Ce n'était pas juste pour lui car mes secrets, eux,  étaient toujours bien à l’abri mais je ne pouvais me résoudre à ajouter un nouveau fardeau sur celui déjà bien lourd qu'il portait sur les épaules. La seule chose qu'il avait peut-être fini par comprendre, si ce n'était pas encore fait depuis qu'on se connaissait, c'était que j'étais plus têtue qu'une mule et qu'il lui faudrait bien plus d’énergie et de ruse pour se débarrasser de moi.

Non, je n'étais pas trop bien pour lui, je n'étais même pas sûre de l'être assez, même. Il s'inquiétait pour moi, sincèrement, profondément, il voulait me préserver et cela parvenait presque à compenser tout le reste. Je savais qu'il m'aimait, même si lui ne l'avait pas encore compris. Et c'est pour ça que je me battais si ardemment. Parce que je voulais que cet amour puisse grandir, vivre, s'épanouir et parce que s'il devait mourir un jour, au moins nous aurions profité de chaque instant. Je ne voulais perdre aucune seconde, je voulais être avec lui et l'aimer silencieusement, comme un énième secret, en attendant qu'il comprenne, en attendant qu'il réalise.  Je voulais son bonheur et pourtant je n'étais pas pour autant convaincue que je méritais ses efforts pour me protéger. Mais je n'allais pas lui dire, je n'allais pas ajouter à ses peines. Je voulais qu'il aille mieux, c'est tout ce que je voulais après la frayeur qu'avait provoqué en moi sa crise d'angoisse.

Je ne répondis rien et il parvint à se détacher de moi, se levant péniblement en me disant qu'il avait besoin de dormir. J'acquiesçai. Cela ne pouvait que lui faire du bien. Le sommeil l'aiderait à aller mieux, à oublier un peu,  à récupérer, et dieu sait qu'il en avait besoin. J'acquiesçai tandis qu'il allait s'affaler sur le lit.
Doucement, je vins le rejoindre, me glissant contre son dos et passant mes bras autour de lui dans une attitude protectrice.
Il me remercia dans un murmure et je déposai un baiser sur sa nuque, émue, fermant les yeux contre son dos en attendant que sa respiration s'apaise.

Quand je fus certaine qu'il était endormi, je me relevai doucement, prenant bien soin de ne pas le réveiller et allai récupérer son pc portable pour regarder mes mails et faire quelques recherches sur ce que Camille venait de traverser. Les explications sur les crises de paniques (ou crise d'angoisses) n'avaient rien de rassurant et aiguisèrent ma culpabilité. Je ne l'avais pas aidé en lui criant dessus et en pleurant... et vu ce que j'avais sous les yeux, les choses auraient pu être encore bien pires. J’espérai que cela resterait un incident isolé mais cela m'inquiétait surtout pour sa santé. Il était à bout, je l'avais senti, je l'avais vu aussi, dans ses traits, dans ses yeux. Cette crise lui serait peut-être bénéfique, si elle pouvait l'aider à surmonter tout ça, mais s'il se laissait entraîner par ses peurs, il finirait par sombrer et se perdre dans les profondeurs de son esprit torturé. Je ne pouvais pas laisser faire ça. Je ne le laisserai pas faire.

Je remis un peu d'ordre dans l'appartement, comme si cela allait m'aider à mettre de l'ordre dans ma vie, mes pensées et mes sentiments. Je triais ce qu'il restait de courrier pour m'assurer qu'aucune autre lettre ne s'y était glissée, rangeai les vestiges de notre petit-déjeuner avorté, puis récupérai nos fringues trempées ainsi que les serviettes et je mis le tout à laver. Je rangeai la salle de bain, le salon, fis la poussière et quand il n'y eut vraiment plus rien à faire (à part réorganiser ses placards et son frigo), je retournai m'étendre près de lui, essayant à mon tour de me détendre et de me reposer.
Je dû m'assoupir un peu mais ses gémissements me réveillèrent. J’ouvris brusquement les yeux et restai immobile quelques instants, aux aguets, pour m'assurer que je n'avais pas rêvé. Mais Camille sursauta en se redressant dans le lit, se palpant le cou dans un geste qui ne me rappela que trop le mien lorsque je m'étais faite mordre.

- Shhh... ce n'est rien, ce n'était qu'un rêve...

Ma main trouva son dos que je caressai doucement et il tourna les yeux vers moi. Il me contempla un instant avant de fondre sur moi et de coller sa bouche à la mienne avec désespoir. Je répondis à son baiser de la même façon, avec le plus de force possible, espérant ainsi lui communiquer un peu de l’énergie qui semblait encore lui faire défaut.  Puis il laissa sa tête retomber entre mes seins et je lui caressai tendrement les cheveux, y déposant parfois un baiser.

- Comment tu te sens ? Demandai-je finalement d'une voix douce sans arrêter de toucher sa tignasse.

Je ne savais pas s'il était judicieux de reparler de tout ça maintenant alors qu'il venait à peine de retrouver un peu de sérénité et que cette dernière me semblait être encore instable.  Il y avait beaucoup de choses à dire sur le sujet. Il ne voudrait probablement pas, mais peut-être en avait-il besoin. Je ne savais pas mais je voulais juste lui laisser le choix. J'hésitai et posai un baiser sur sa tempe avant de lui demander, d'une voix dans laquelle j’espérais que mes doutes ne perçaient pas :

- Tu veux qu'on en parle ?


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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Mar 9 Juil - 13:11




Don't lose yourself in the depths of your mind...

Comment je me sentais ? Je n’en avais pas la moindre idée. J’étais confus, relativement stressé et surtout terriblement désorienté. Je ne réalisais toujours pas ce qu’il s’était passé. La lettre, le spectre de Krystel hantant mon entrée, cette crise incompréhensible, ce cauchemar et… Rebecca découvrant la pire part de mon passé sans que j’y consente, dans des circonstances abominables, de la main du Démon. Au milieu de ma panique, je n’avais pas réellement percuté qu’elle avait donc assimilé ce pan de mon existence. Mais le fait commençait doucement à s’étendre dans mon esprit. Elle était restée malgré tout. J’avais du mal réellement d’être en phase avec tout ça, j’avais besoin de temps pour assimiler tout ce que j’avais vécu. Et encore plus pour le digérer. Comment j’allais ? Sûrement très mal. Mais elle était là. Ses gestes ne me faisaient pas souffrir, pour le moment. J’avais besoin qu’elle soit là, elle me ramenait à celui que j’étais actuellement, à ma vie actuelle. Elle m’évitait tout retour en arrière, elle s’agrippait à moi et je m’accrochais donc à notre présent. Je me redressais un peu désormais convaincu de sa survie et glissais ma paume sur sa joue. « Ça va. » Ça n’allait pas vraiment mais ça finirait par aller, je le savais. J’allais passer au-dessus de ça. Je n’avais pas le choix de toute manière. Mes doigts glissèrent dans ses cheveux, j’osais à peine soutenir son regard. « Et toi ? » Après tout, elle avait essuyé le même ouragan. Je l’obligeais à subir mes erreurs, c’était tellement injuste. Non, je ne comptais plus revenir là-dessus pour l’instant. Je n’avais toujours pas retrouvé assez de bon sens pour m’y pencher, alors je laissais ça dans un coin de ma tête. Ses lèvres frôlèrent ma tempe et elle articula ce qui commença déjà doucement à s’oppresser dans les recoins de ma conscience. Non, je n’avais pas envie d’en parler. J’aurais voulu mettre le plus de distance entre moi et la Reine et entre elle et Becky davantage. Seulement, si j’avais bien appris quelque chose ces dernières années c’est que fuir n’était jamais une solution viable. Ce qu’elle avait découvert accidentellement ou non méritait un approfondissement. Pire, ce qu’elle venait de traverser à mes côtés justifiait au moins quelques mots de ma part. Je me crispais à cette pensée. M’ouvrir à elle sur quelque chose d’aussi noir… Ca allait être très difficile pour moi mais… A nouveau, je n’avais pas d’options. Et je lui devais bien ça. « Envie, non. Mais je pense que je te dois quelques explications. »

Je me détachais d’elle et m’assis au bord du lit. Je respirais un grand coup avant de me lever et de me diriger avec une lenteur terrifiante jusqu’à la cuisine. Il fallait que je rassemble un peu de ma cohérence avant de lui raconter comment le crétin que j’étais avait fini par se prendre de mauvais trip avec une buveuse de sang - couronnée de surcroît. Et pour réaliser cet exploit, non ce miracle, la caféine devenait indispensable. Je commençais donc à préparer le café tranquillement – enfin aussi tranquillement que possible. Mon cerveau ressemblait à un vieux système rouillé dont les rouages refusaient de s’emboiter. Je m’emmêlais les pinceaux quand j’essayais de réfléchir correctement, tout ça s’était bien trop vite bousculé. J’étais passé d’une matinée normale à ça, à faire des aveux sur mes relations tordues avec une vampire. Je n’étais pas préparé à lui révéler ça, je ne l’avais jamais été et je n’avais jamais envisagé l’être. Une bonne partie de mon crime s’était dévoilé en l’espace de quelques minutes. Je ne savais même pas comment je parvenais encore à exécuter le moindre mouvement et à paraître si serein. Rien de cette situation ne devrait me permettre de rester aussi calme. J’avais l’impression que tout mon être s’était anesthésié pour m’éviter de repartir dans les profondeurs d’une nouvelle noyade fictive. Le goût de mes abimes roulait encore assez dans mes muscles pour que je l’aie oublié. Je ne parlais pas le temps que la cafetière faisait son job, je me contentais de sortir deux tasses de l’armoire et d’attendre. Je nous servis et posa les breuvages sur la table avant de tirer une chaise et de m’y installer. J’en bus deux longues gorgées et garda mes mains jointes sur le récipient brûlant. J’allais devoir couvrir le secret des métamorphes. J’allais devoir dire l’essentiel en omettant ma nature. C’était encore plus dur pour moi d’envisager ce demi-récit. Car toute la partie surnaturelle de ce que j’étais avait un rôle primordial dans ce qui s’était passé entre moi et la nocturne. Je craignais déjà qu’elle n’ait su lire entre les lignes. N’avait-elle pas mentionné l’oiseau plusieurs fois, si. Quand je me rappelais de l’objet, de sa calligraphie, c’est marrant mais c’est sa voix qui me venait en tête comme si elle m’avait lu ses propres termes. Je passais une main sur mon front. Par où commencer ? Qu’est-ce que je voulais lui dire et conserver ? Si j’arrivais à formuler déjà de vraies phrases mentalement, ça serait déjà bien… Tant pis. Toutes mes défenses avaient déjà subi trop de dégâts pour demeurer intactes aujourd’hui. Tant pis. Je voulais être honnête avec elle, autant que possible. Après tout, elle était restée…

Mes intonations se firent solennelles et terriblement grave quand je débutais ma tirade. « Ça a débuté quand je suis venu m’installer en Ecosse… Un concours de circonstances ont fait que je suis tombée sur Elle. Je n’avais jamais vu de vampires avant et … » Je posais mes mains sur ma bouche quelques instants, fermais les paupières. Bordel, j’étais vraiment entrain de lui raconter ce truc. Ça n’était pas la première fois que je l’expliquais. J’avais dû en parler aux miens, les premiers changeurs qui nous avaient rejoint pour fonder la communauté. Mais là, il s’agissait de Rebecca qui ignorait à quel point j’étais immergé dans le surnaturelle. Et puis… J’aurais préféré qu’elle ne connaisse pas ça. Mais nous n’étions plus là. Je devais m’en sortir sans évoquer ce que j’étais et de toute manière avec ou sans ça, cette histoire était horrible à raconter. Ça n’allégeait pas le poids de ma culpabilité. Je ne voulais pas non plus lui parler de mon ambition de voleur – autant arrêter les frais à un certain stade. Je ne voulais pas qu’elle comprenne que je me sois introduit de moi-même dans le manoir par curiosité et pour tenter le challenge de cambrioler la royauté vampirique en bon arrogant que j’étais à l’époque. Je me perdais dans mes cheminements, j’étais tellement incohérent et tellement en conflit avec moi-même. « … J’étais un véritable con, je ne vois pas comment résumer ça autrement. Je suppose que flirter avec le danger me plaisait. Quand j’ai réalisé dans quoi je m’étais embarqué, c’était déjà trop tard. » Des gens morts sous mes yeux, des menaces, du chantage, la mission suicide avec Maryana. « J’ai rencontré Alan à cette période. Il m’a aidé à sortir de là et à lui échapper. » Je parlais comme un drogué alors que je ne consommais pas son sang comme d’autres « humains ». Disons que le sexe avec elle, c’était une autre forme de dépendance mais ça en restait une. J’achevais les ébauches de la vérité par « Ça faisait six ans que je n’en avais plus entendu parler. » D’où le choc. Bien que c’était sa seconde menace. Je n’avais pas posé un seul instant mes yeux dans les siens durant mon discours. Je rebus à la suite. Comment je me sentais là ? Encore plus mal qu’au réveil, assurément.
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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Mar 9 Juil - 18:54




Don't lose yourself in the depths of your mind...



​​
Camille a écrit:
« Ça va. »

Je retins un soupir tandis qu'il se redressait pour me caresser la joue et les cheveux. ​
Il me retourna la question et je me contentai d’acquiescer. J'étais en train de me dire qu'il ne se livrerait pas plus, que les choses que j'avais devinées, au beau milieu de sa crise de panique, ne seraient jamais confirmées et qu'il me faudrait me débrouiller avec ces morceaux d'explications épars. Je savais qu'il n'avait aucune envie d'évoquer cela à nouveau. Et pourtant, je lui posai la question et sa réponse me fit grimacer. Je ne voulais pas qu'il se sente obligé de me dire quoi que ce soit. Je voulais qu'il se sente libre de le faire, que ce soit un choix, une preuve de confiance et pas une épreuve.

- Camille, tu n'es pas obligé... protestai-je alors qu'il se levait et s'éloignait de moi.

Cette conversation me rappelait étrangement celle de mon retour, où finalement, rien n'avait vraiment été dit. J'étais venue lui offrir des explications, des excuses, et rien ne s'était déroulé comme je l'avais imaginé...

Non, il ne me devait rien. Même si je voulais en savoir plus, même si je voulais comprendre comment il avait pu en arriver là... ce n'était pas ça l'important. Ce n'était pas primordial. Ce qui était important c'était le présent, c'était lui, moi, tous les deux ici. J'étais trop bien placée pour savoir qu'on ne pouvait pas juger quelqu'un uniquement sur son passé et sur les erreurs qu'il a commise. Car si on le faisait, si je m'autorisais une chose pareille, je serais incapable de me regarder moi-même dans un miroir. J'essayais de mettre une réelle distance entre mon passé et moi, entre ce que j'avais fait et ce que j'aurais dû faire, et je ne voulais pas que quiconque puisse me juger sur ces évènements-là. Alors jamais je ne jugerai Camille sur ce qu'il avait fait autrefois.

Il n'était plus le même, je n'étais plus la même. Nous avions le droit à une seconde chance, à un nouveau départ, et peut-être qu'inconsciemment, c'est ce que nous étions l'un pour l'autre. L'idéal de ce qu'aurait pu être notre vie si elle avait été différente. L'illusion, la chance peut-être, de recommencer à zéro. Je m'étais souvent dit à l'époque, ces jours où l'attraction était si forte entre nous que je devais l'éviter pour ne pas succomber, que tout serait plus simple si je n'étais qu'une humaine. Je le pensais toujours, mais cela m'effleurait moins souvent. Souhaiter être humaine ne changerait pas le fait que j'étais un monstre... l'enfant d'un monstre en tout cas, et pendant des années, j'avais cru que cela me définissait, que cela me condamnait et je m'étais interdite d'être heureuse. J'avais été persuadée que je n'avais pas le droit au bonheur, que je ne le méritais pas, et que tout ce qui était bon dans ma vie finirait obligatoirement par m'être enlevé... J'avais mis longtemps à me défaire de cette peur irrationnelle. Ma cavale m'y avait sûrement aidé, au fond. A ce moment-là, j'avais eu le sentiment d'avoir tout perdu. Et je m'étais battue pour retrouver ceux qui comptaient pour moi et surtout.. celui qui comptait le plus. J'étais revenue pour lui et il m'avait fallu beaucoup de courage pour ça...

Chassant ces pensées parasites, je me redressai à mon tour dans le lit, calant mon dos contre le mur, et l'observai, lui, celui pour qui j'avais tant désiré retrouver ma vie. Avec des gestes lents, méthodiques, presque comme un automate, il  préparait du café.
Il resta silencieux un long moment pendant que le café coulait et je respectai cela. Je n'avais pas bougé, de peur de le brusquer. Je n'arrivais pas à savoir ce dont il avait besoin, si c'était que je sois proche ou que je sois loin, mais je n'étais pas sûre qu'il le sache vraiment lui-même. Je le vis poser deux tasses sur la table et pris cela pour une invitation implicite à le rejoindre. Je me rapprochai de lui mais n'osai pas m'asseoir. Je restai un peu en retrait, les bras croisés pour essayer de me réchauffer du froid imaginaire que suscitait mon appréhension de cette discussion.  J'attrapai la tasse de café et en bus une gorgée avant de la reposer. Trop fort. Mais c'était sûrement ce dont Camille avait besoin. L'air perturbé, il passa une main sur son front
​ et après quelques instants, il se mit à parler. Je voyais bien à quel point il lui était difficile de me raconter tout ça et même si je voulais le lui épargner, ce n'était pas une solution. Maintenant qu'il avait commencé, je n'allais pas l'arrêter. ​Il s'interrompit de lui-même après quelques mots, au beau milieu d'une phrase, se couvrant la bouche des deux mains en fermant les yeux, comme pour essayer d'échapper à la réalité de ce passé qu'il avait tant de mal à assumer​. ​


​J'écoutai chacune de ses phrases avec attention, osant à peine respirer de peur d'interrompre l'exercice difficile de ses confessions. Je haussai les sourcils, surprise, quand il m'avoua avoir  rencontré Alan à cette période et mon estime pour ce dernier n'en fut que plus grande. J'avais soupçonné que le lien qui les unissait n'était pas banal, mais je n'avais pas imaginé qu'il puisse être lié à un tel secret.

Je ne savais pas exactement ce que tout ça m'inspirait. Il avait été jeune et inconscient, comme tant de jeunes, à la recherche de sensations fortes, sans peurs et sans reproches, se croyant invincible,  et les choses avaient mal tourné pour lui... on ne pouvait pas l'en blâmer. Et il avait l'air d'avoir tellement souffert... rien que  cette idée me révoltait et tout mon corps était tendu à l’extrême alors que je me faisais violence pour ne pas me rapprocher davantage. Je ne voulais pas que mon contact le distrait de ses révélations.
Pourtant, c'est moi, mon propre esprit qui s'emballa. Je m'étais promis de ne pas les imaginer tous les deux et pourtant déjà me hantait la vision de leurs corps nus enlacés, de la peau de mon amant ravagé par ses crocs, de son sang, son âme, s'évaporant dans sa gorge à elle... tout ça me donnait des crampes et l'envie de hurler, de pleure. Mon Camille... personne n'avait le droit de lui faire du mal sans en répondre devant moi... Du mal ou du bien d'ailleurs... bon sang, comment pouvais-je me sentir jalouse dans un moment pareil ? J'étais totalement ridicule !

Camille conclu qu'il n'avait pas eu de nouvelles de la reine depuis plus de six ans. Camille n'avait pas une fois croisé mon regard et je sentais sa honte, sa culpabilité et son mal-être irradier autour de lui. Ma jalousie s'évapora illico pour laisser place à une profonde tristesse. Doucement, je fis le tour de la table pour passer derrière lui et l'entourait de mes bras, posant ma tête sur son épaule. Je frottai doucement ma joue contre la sienne et fermai les yeux en le serrant plus fort. J'avais tellement mal pour lui et je ne désirais qu'une chose : qu'il aille mieux.

​- Je n'arrive pas à imaginer ce que tu as du endurer...​ mais tu t'en es sorti... Tu es plus fort que tu ne le crois, Camille, et tu n'es pas seul.

Il m'avait moi, il avait Alan et je suis sûre qu'il y avait beaucoup d'autres personnes qui tenaient Camille en haute estime et seraient prêt à lui venir en aide.

- Tu n'étais qu'un gamin... tu as changé, tu ne referas plus les mêmes erreurs. Cesse de t'en vouloir pour ce que tu as fait, c'est du passé. Tu ne mérites pas de t'empoisonner l'existence avec des évènements que tu ne peux plus changer.

Je lui avais déjà dit tout ça la veille, mais je tenais à lui répéter, à ancrer ces mots dans son esprit maintenant qu'il n'était plus au beau milieu d'une crise de panique.
Ma voix était douce, chaude, rassurante, tout comme je voulais que le soit mon étreinte.

- Tout ce qui importe c'est qui tu es aujourd'hui... et tu es un homme bien. Tu ne retomberas pas entre ses griffes, tu m'entends ?

Je posai mes lèvres sur les siennes un instant. Non il n'allait pas retourner dans sa cage. Parce que je n'allais pas laisser faire une chose pareille. Cette perspective me terrifiait, aussi m’abaissais-je près de lui pour prendre son visage entre mes mains et le forcer à me regarder. J'imaginais tant de choses qu'il ne me disait pas, tant de blessures, de douleurs, de souffrances engendrées par la reine et ses sévices que j’avais l'impression que mon cœur se broyait dans ma poitrine. Mon air détaché se craquela mais je tenais bon. Je ne voulais pas qu'il voit ma peur et il ne la verrait pas. Au contraire, je pris un air ton plus déterminé pour répéter :

- Tu ne retomberas pas entre ses griffes, d'accord ? Promets-le moi, promets-moi que tu ne la laisseras pas te reprendre, que tu ne la laisseras pas te détruire une nouvelle fois.

Je soupirai et posai mon front contre le sien:

 -  Il y a quelque chose que je ne comprends pas... pourquoi est-ce qu'elle fait ça ? Pourquoi est-ce qu'elle revient te hanter maintenant ? La guerre avec les loups-garous est terminée alors elle s'ennuie ? Elle veut un nouveau jouet à torturer ?

J'étais énervée, peut-être bien bouleversée même, par l'idée d'un tel sadisme. La vie de Camille, la vie des "êtres humains" en général ne devait avoir aucune valeur aux yeux de la reine des vampires. Restait-il quoi que ce soit d'humain chez elle de toute façon ?
Je poussai un soupir et me laissai glisser à genou sur le sol. Mes doigts entrelacèrent aux siens et mon front vint se poser contre sa cuisse.

- Que veux-t-elle exactement ? Elle croit que tu vas la retrouver et retrouver tes chaînes sans rien dire ? Redevenir son....

Esclave ? Amant ? Sa pomme de sang ? Non, non, non, non. Je ne pouvais pas le dire, je ne pouvais pas l'imaginer.

- Il faut qu'on fasse quelque chose.



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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Mar 9 Juil - 20:12




Don't lose yourself in the depths of your mind...

J’attendais une question, un mouvement, quelque chose de sa part et c’est ses pas qui retentirent en premier alors qu’elle me rejoignait. Ses bras m’entourèrent, sa joue trouva la mienne et je fermais automatiquement les paupières. Tous ses gestes que je ne méritais pas, toute cette affection que je ne devrais pas accepter, tout ce qu’elle m’offrait et qui commençait à devenir - ou était déjà devenu je ne savais pas, une dépendance. La place qu’elle commençait à occuper de mon existence devenait vraiment inquiétante. Nous en étions arrivé à un stade où je devais lui parler de mes pêchés, où elle arrivait à me convaincre de continuer dans notre je-ne-sais-pas-quoi. Cette histoire devenait de plus en plus sérieuse, je le réalisais doucement. Mais ça n’était pas le moment pour le constater, pas vrai ? Nous n’avions pas besoin de ça, nous ne saurions pas comment supporter une nouvelle vague de panique. Je méditerais sur ce que nous étions plus tard. Quand j’aurais assez de force et de volonté pour affronter mon lot de difficultés. Etais-je entrain de dire que je me servais d’elle en attendant ? Bien sûr que non mais je devais vraiment commencer à penser à ce que je voulais vraiment. A ce qui risquait d’arriver si nous continuions à avancer sur ce chemin. Il y avait plus que le sexe, je ne pouvais plus le nier. Ce qu’il y avait exactement, pour le moment, je ne le définissais pas. C’était difficile de faire la part des choses avec elle – surtout que nous avions été amis durant un certain temps. Rebecca me répétait que j’étais plus fort – je l’espérais. Plus seul, ce qui était vrai aussi mais justement, j’avais bien plus à perdre qu’à l’époque ce qui rendait le poids de ce crime et de ma culpabilité six fois plus lourde. Elle faisait tout raisonner comme si j’avais été une victime. Mais j’avais été consentant à la base. Pire, j’avais provoqué moi-même cette rencontre. Je me mordis la lèvre inférieure tandis qu’elle reprit la parole à nouveau. Elle n’avait pas tort mais je ne pouvais pas non plus nier ce qui s’était passé parce que ça avait des répercussions sur le présent. Je ne voulais pas oublier la douleur non plus ou la surmonter, c’est ça qui me ferait ne jamais retomber dans ce piège. Car oui, si elle plaçait toute sa confiance en moi, moi … Je ne savais pas quoi penser de mes propres capacités à résister.

J’étais un homme bien ? Je n’en savais rien ça. Et elle non plus d’ailleurs. Je déglutis douloureusement avant que ses lèvres ne viennent se poser sur les miennes. Comment pouvait-elle être si déterminée et si confiante ? Comment parvenait-elle à être aussi douce et rassurante avec moi après tout ça ? Confiante ? Alors pourquoi me demandait-elle de promettre ? Est-ce que je pouvais jurer ça ? Oui, enfin, je ne comptais pas revoir Krystel ou redevenir son objet sexuel. Bien sûr que je ne voulais plus jamais revivre ça. Je n’allais pas être offensé qu’elle me fasse articuler ses mots, ça me semblait légitime de sa part. C’était même sûrement la réaction la plus censée qu’elle avait eu depuis un moment. J’ouvrais les yeux, tournais la tête pour les fixer dans les siens. «  Bien sûr que non, je ne compte pas retourner auprès d’Elle et refaire les mêmes erreurs. » Je préférais encore … crever, oui. A voir  avec ma lâcheté mais… La simple idée de la recroiser me filait facilement la nausée donc. Entre le souvenir et la réalité après. Et si je ne parvenais pas à ne pas succomber ? Je me rappelais l’attraction qu’elle exerçait sur moi. Ca dépassait le cadre de la logique, de la science. C’est comme si tous les éléments de la Terre m’avait attiré vers elle. Mais j’avais réussi à m’échapper. C’est la preuve que ça n’était pas une fatalité, pas vrai ? Puis j’avais les miens, Alan, Rebecca, Enola. Ca devrait aller, ça devait aller. Pourquoi elle faisait ça ? Simplement parce que je lui ai échappé, parce que mon sang de métamorphe la rend plus forte et qu’en plus, j’ai le groupe sanguin parfait, voilà pourquoi. Et que je pense qu’à un autre niveau, je ne devais pas lui déplaire non plus… Cette conversation me rendait vraiment malade. Ce qu’elle voulait ? Me récupérer, oui. Ce qui déclencherait une nouvelle guerre vu qu’elle kidnapperait le leader des changelins. Peut-être cherchait-elle un prétexte pour redémarrer les hostilités ? Que j’étais son excuse trouvée ? Ça ne devait pas lui plaire que j’avais échappé à son contrôle pour finir allié à la meute.

« Je suppose qu’avec la paix, oui… La rancune, aussi. Et je ne sais pas ce qu’elle pense mais ça n’arrivera pas. » Mon ton semblait résigné, je l’étais d’ailleurs. Qu’on fasse quelque chose. Alors là non, « je », oui. « On », pas question. Becky ne devait pas se mêler de ça, je refusais catégoriquement. Elle ne devrait même pas être en train de me réconforter là… Je devais la détourner de ça. Je ne sais pas comment mais…  « Dans l’immédiat, on ne peut rien faire. » S’il avait décidé de vraiment me revoir, elle y arriverait, je le savais. Mais elle s’attaquerait à mon espèce entière ainsi qu’aux loups, ce qui serait assez fâcheux pour elle. Je posais mes paumes sur les bras de la jolie brune.  « je… J’aimerais que tu fasses attention, d’accord ? »  Je me levais pour venir me placer face à elle et l’enlaçais.  « S’il te plaît, ne sors plus la nuit pour le moment. Je ne pourrais pas … s’il t’arrivait quelque chose à nouveau… Je… Rebecca… » Je crispais mes traits sur une expression douloureuse – décidément, je n’étais vraiment plus bon pour masquer mes émotions aujourd’hui. Je l’embrassais pour compléter la phrase que je n’arrivais même pas à formuler d’effroi. Puis je me décollais d’elle, prenais ma tasse vide et la posais près de l’évier. Quelques cendres étaient restées à l’intérieur. Est-ce que je devais en parler à Alan ? Non, il était encore plus instable que moi en ce moment. Je ne pouvais pas l’accabler de ça … pour le moment. Bon sang, c’était tellement le bazar dans ma tête. Tout ça m’avait complétement bouleversé – et dire ça était un euphémisme. Je jetais un œil à l’horloge. Avec tout ça, nous étions dans l’après-midi et je bossais début soirée. Bordel, j’allais devoir me concentrer. Ça allait être épique.  « Mon service débute à 19h00… » Je regardais mon amie avec gravité. Dur de se dire que le Monde continue de tourner quand il s’écroule sous vos pieds. Je pris la main de Becky dans la mienne.  « … Je pense que j’ai besoin d’une bonne douche. » Je l’emportais avec moi dans la salle de bain sans lui laisser le choix. J’avais du mal de supporter cette pièce pour le moment, le souvenir de ma crise circulait encore trop ici. Ça me rassurait qu’elle soit là avec moi. L’eau brûlante me fit énormément de bien, détendant partiellement mes muscles bien trop raidis. J’attirais mon amante contre moi afin de l’étreindre. Sa peau contre la mienne me calmait encore plus que le reste. Je lui murmurais alors doucement. « Merci d’être restée. » Même si elle n’aurait pas dû.


Dernière édition par Camille Fontayn le Mer 18 Sep - 1:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Don't lose yourself in the depths of your mind... [Livre II - Terminé]   Mar 9 Juil - 23:18




Don't lose yourself in the depths of your mind...



​​Camille ne m'avait rien promis. Il s'était habilement sortie de là en me disant ce que j'avais envie d'entendre, et ce qu'il avait envie de croire, sûrement. Malgré tout, sa garantie qu'il ne désirait pas retourner auprès d'elle apaisa mon imagination galopante. Je devrais me contenter de ça, pour l'instant.
Il fallait que l'on fasse quelque chose, qu'on se protège, qu'on prévienne ses proches. Plus on serait préparé, moins elle aurait de chance de nous atteindre. Camille assurait qu'on ne pouvait rien faire mais je n'étais pas d'accord, aussi ouvrais-je la bouche pour argumenter :

- On peut au moins essayer de se préparer… si…

Mais il ne m'écoutait pas et m'interrompit en posant ses mains sur mes bras et en me demandant d'être prudente. Je lui souris, attendrie, et acquiesçai tandis qu'il se levait pour m'enlacer.

Camille a écrit:
« S’il te plaît, ne sors plus la nuit pour le moment. Je ne pourrais pas … s’il t’arrivait quelque chose à nouveau… Je… Rebecca… »


Son expression me brisa et je secouai la tête en assurant:

- Je ne le ferai plus. Je serai prudente. Il ne va rien m'arriver.

Il m'embrassa, réveillant de la manière la plus douce qui soit ma blessure à la lèvre. Mais ça m'était égal. J'aurai voulu que cela dur plus longtemps, mais il s'arracha à notre étreinte et alla poser sa tasse dans l'évier. Je le vis lever les yeux vers l'horloge et l'imitai. Je grimaçai intérieurement. Bon sang, comment le  temps pouvait-il nous filer si vite entre les doigts ? Et pourtant, j'étais fatiguée comme si je n'avais pas dormi depuis des siècles, les muscles raidis par la fatigue et le contrecoup de mon agression de la veille.  

Camille a écrit:
. « Mon service débute à 19h00… »

J'acquiesçai machinalement à son air grave. Il n'avait pas plus envie de partir que moi, mais malheureusement, la réalité nous heurtait à nouveau de plein fouet. Après le concert gâché, la Reine des Vampires, le Repère des loups-garous… ca commençait à faire beaucoup pour une seule soirée… Je sentais que j'allais devenir maussade si je commençais à ressasser les évènements des dernières semaines. Depuis mon retour, tout allait de travers… enfin tout sauf… Camille et moi. Quoi que…
Il m'attira avec lui dans la douche et je ne protestai pas. Il me serra tout contre lui, laissant la pluie brûlante nous laver de cette éreintante journée. Je ne voyais pas comment Camille allait faire pour aller travailler. J'étais physiquement et mentalement extenuée, et ce n'était pas moi qui avait fait une crise de panique.

Camille a écrit:
« Merci d’être restée. »

Mon front contre son torse, enveloppée dans ses bras, je chuchotai:

- Merci de m'avoir laissée faire…

Blottis l'un contre l'autre, il me sembla que l'on resta là une éternité, puis mon cerveau reprit ses droits et notre conversation avortée de tout à l'heure me revint, et je repris, sans le lâcher, pour qu'il ne puisse pas s'enfuir cette fois. Je parlais à haute voix, mais presque plus pour moi, comme une liste de choses que l'on savait déjà tous les deux mais que j'avais besoin de répéter pour me rassurer.

- Elle ne peut pas nous atteindre en plein jour…si elle envoie quelqu'un après nous, ca sera forcément un humain alors ce sera plus facile de se défendre… et puis la nuit, elle ne peut pas rentrer chez toi… ni à la lune bleue…

J'hésitai, soudainement prise d'un doute : "Elle n'est jamais venue ici, pas vrai ?" Puis je continuai: "Il y a des moyens de se protéger… il faudrait avertir ceux qu'elle menace, plus on sera prévenu, plus on sera prudent, et on prendra moins de risques si on est sur nos gardes… et puis…"

Mais ses baisers me firent taire et j'abdiquai en me collant davantage à lui, glissant mes mains sur ses fesses et souriant contre ses lèvres:

- Hmmm tu as les fesses les plus merveilleuses que je connaisse…. Tu ne veux pas me les laisser pendant que tu vas au travail ? Je veillerai bien sur elles….

Après un long moment complice sous la douche, qui me laissa sur ma faim faute de temps,  je le laissai se préparer et nous concoctai rapidement de quoi satisfaire un autre appétit, plus conventionnel. On ne mangeait pas très équilibré ces temps-ci, mais bon, on avait d'autres choses plus importantes à penser !
Il me raccompagna à ma voiture et je l'embrassais encore, le serrant contre moi une dernière fois. J'avais mal au cœur et à l'estomac de le laisser et je sentais à quel point la séparation était difficile pour lui aussi. Après ce qu'on avait vécu au cours des dernières 24h, c'était on ne peut plus légitime.

- Sois prudent.

Je ne voulais pas me détacher de lui, mais l'heure tournait et il allait finir par être en retard. Je l'embrassai une dernière fois, essayant de me montrer forte:

- Tout va bien se passer.

Je lui souri et fini par me détacher pour rentrer dans la voiture. Si je restais une seconde de plus, j'allais m'accrocher à lui et ne plus jamais vouloir le lâcher. Holala, pourquoi je me sentais si mal ?

Je réussi finalement à partir malgré la boule douloureuse dans ma gorge, essayant de me raisonner. La reine n'allait pas l'attaquer, c'est ses proches qu'elle avait menacé, pas lui directement. J'avais plus de risque de la voir se jeter sur ma voiture que de faire du mal à Camille. Il fallait que je me résonne.

Et pourtant… alors que je roulais pour prendre la direction de l'appartement de Makayla, je n'arrêtais pas de penser à Camille, à sa vulnérabilité, à ses peurs, à cette solitude qu'il s'imposait. Je ne voulais pas qu'il soit seul… je ne voulais pas qu'il ait peur tout seul dans le noir…
Je dû m'arrêter sur le bas côté alors que les émotions de la journée m'étreignaient brutalement la poitrine. Cette fois c'est moi qui cherchai mon souffle et mes yeux se remplirent de larmes sans me demander mon avis. Bon sang, je ne pouvais pas être loin de lui, maintenant… mais je ne pouvais pas le rejoindre à la lune bleue… je ne pouvais pas aller l'attendre là-bas pendant des heures, c'était totalement ridicule.  
Puis mes yeux se posèrent sur mon trousseau de clé dans la portière passager. Je me penchai pour l'attraper et je me mis presque à rire en en reconnaissant une. J'avais toujours le double des clés de Camille.

Je n'hésitai que quelques instants avant de redémarrer et de faire demi-tour. J'allais rentrer chez lui et l'attendre, pour qu'aucun de nous ne soit seul, pour que l'on ai moins peur du noir, pour que dans les bras l'un de l'autre, on puisse tout oublier, jusqu'au lever du soleil…


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