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You Found Me... [Livre II - Terminé]
MessageSujet: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Jeu 27 Juin - 23:19




You Found Me...


​J​e ne sais pas depuis combien de temps j'étais là, agenouillée sur le sol, en état de choc. Le froid avait commencé à m'engourdir et c'est la sensation du sang coulant le long de mon cou pour venir imbiber mes vêtements qui me fit temporairement reprendre mes esprits. Il me semblait entendre des bruits partout autour de moi et je sentais la panique affluer par vagues. Mon agresseur était peut-être encore dans le coin, il fallait que je bouge de là...
J'essayai de me relever mais la morsure, à vif, lancinante, me cloua au sol, m'arrachant un gémissement de douleur. Je n'arrivais pas à croire qu'une telle chose ait pu m'arriver. J'avais envie de pleurer, j'avais envie de crier, de me rouler en boule et de me laisser mourir ici, mais je n'en fis rien.

Tremblante, je cherchais fébrilement mon portable dans la poche de mon jean et je dû m'y reprendre à trois fois pour réussir à appeler le numéro de la seule personne à laquelle j'étais capable de penser. En attendant qu'il décroche, je me répétais mentalement ce que je devais lui dire. Je devais lui expliquer calmement où j'étais et lui dire que j'avais besoin qu'il vienne me chercher. Il n'y avait pas de raisons d'être alarmiste, j'étais vivante. Mon agresseur avait pris la fuite après seulement quelques gorgées de sang. J'allais bien, tout allait bien, j'avais juste besoin qu'on vienne me chercher, c'était tout, rien d'autre, tout allait bien. Je me répétais cela en boucle comme un leitmotiv. Peut-être que si je le répétais suffisamment  je finirais par y croire. Tout allait bien, tout irait bien, j'avais juste besoin qu'on vienne me chercher...

​Mais soudain, j'entendis sa voix à l'autre bout du combiné et toutes mes résolutions s'évanouirent. J'avais failli ne jamais le revoir, j'avais failli mourir. Ma main libre monta machinalement jusqu'à ma gorge meurtrie et je retirai mes doigts pleins d'un épais liquide poisseux. La vue du sang, mon sang, me retourna l'estomac et l 'horreur de ce que je venais de vivre me frappa soudain de plein fouet. Les larmes me montèrent aux yeux et ma gorge se serra. D'une voix faible, je murmurai :

- Camille, je...je...

​J'éclatais en sanglot, incapable de parler, recroquevillée sur moi-même.
La voix alarmée de Camille résonna à mes oreilles et j'essayais de me sortir de ma torpeur pour lui répondre mais je n'arrivais plus à m'arrêter de pleurer. Je me sentais de plus en plus faible, j'avais du mal à respirer et la panique n'arrangeait rien.
Il me demanda plusieurs fois où j'étais tandis que je l'entendais s'activer à l'autre bout de la ligne et je finis par réussir à articuler difficilement:

- Sur.. sur les quais...

Je sursautai en croyant entendre du bruit autour de moi et le portable m'échappa.  Mes pleurs redoublèrent tandis que je tâtonnais le sol pour le retrouver, sans succès. J'enfouis mon visage dans mes mains en sanglotant, chaque soubresaut empirant la douleur de ma blessure. Jamais il n'allait me trouver... Je ne voulais pas mourir ici toute seule.

- Camille... je t'en supplie, dépêche-toi...


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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Sam 29 Juin - 0:42




You found me

L’encre de la nuit recouvrait le toit du Monde, j’en appréciais l’entendue depuis ma position, assis sur l’appui de fenêtre, cette dernière étant grand ouverte. L’animal grondait en moi, en quête du vent, du ciel mais l’humain apaisa automatiquement ces cris internes. Je rentrais à peine du boulot et j’avais eu tendance à un peu trop tirer sur mes réserves ces derniers temps. Je n’étais pas vraiment épuisé mais je pourrais facilement l’être si je continuais sur cette voie. J’essayais de me ménager physiquement. C’est pour ça qu’à la place d’une transformation et d’un long vol, je me dirigeais à regret vers ma salle de bain pour me déshabiller et enfiler un vieux pantalon de survêt ainsi qu’un t-shirt blanc un peu difforme. Je gagnais alors ma cuisine, passais par le frigo afin de prendre tout ce qu’il me fallait pour faire un sandwich et revins avec l’ensemble dans le salon pour poser le tout sur la table basse. Il était deux heures du matin et je n’avais rien avalé depuis 14h00. Je comptais partager ce repas avec mon téléviseur que j’allumais. Je zappais les chaînes de façon nonchalante et finis par tomber sur une émission un peu stupide qui à défaut de m’intéresser m’occuper passivement l’esprit pour le moment. Ça m’évitait de trop me concentrer et encore plus de réfléchir. J’avais besoin de décompresser, je m’accordais cette soirée. Je commençais à me préparer mon encas quand mon téléphone se mit à vibrer dans un coin de la pièce. J’haussais un sourcil. Une urgence ? Instinctivement, je me tournais sur mon deuxième portable destiné aux miens et à la communauté. Mais non, ça provenait bien de l’autre cellulaire, le personnel. Mon estomac se contracta douloureusement. Là, c’était sûrement grave. Qui m’appellerait à une heure pareille ? Je lâchais mon couteau et mon pain pour aller décrocher. Becky ? Je restais relativement perplexe alors que je prenais l’appel. Je n’avais eu aucunes nouvelles d’elle. Enfin je l’avais appelé deux fois, laissé un message vocal auquel elle m’avait répondu par un texto. Sa façon de justifier son silence m’avait bien fait comprendre qu’elle ne désirait pas me parler pour le moment. De plus, elle n’avait pas eu besoin de mes services pour son déménagement, j’étais donc convaincu qu’elle voulait qu’on prenne du recul. Elle avait raison, je devais aussi prendre de la distance avec elle. Bon ok, cette histoire m’avait vexé. Mais je n’avais pas le droit de l’être. Elle avait pris une bonne décision pour elle comme pour moi. Je commençais déjà à me réhabituer à sa présence – ce qui était une mauvaise chose. Qu’elle me passe un coup de fil comme ça à deux heures du mat’ m’inquiéta directement. Mon « allô » incertain émergea et j’attendis une réaction de sa part.

Sa voix m’apparut faible, pas ses sanglots. Ils me retournèrent le cœur, je m’agrippais plus férocement à mon téléphone. « Rebecca, tu es où ? Il se passe quoi ? » Elle ne me répondait pas, elle pleurait, encore et encore. Sortait-elle d’un cauchemar à nouveau? « Becky, tu es chez toi ? » Et si c’était autre chose ? Quelque chose de bien plus grave que quelques mauvais rêves ? « Becky qu’est-ce qu’il se passe ? »  Je commençais à m’activer, je bondis sur une paire de baskets trainantes dans mon entrée et tenter de les enfiler en gardant mon portable calé entre mon épaule et ma joue. « Dis-moi où tu es ? » Je sautillais sur un pied puis sur l’autre. Je manquais de m’affaler à terre mais mes réflexes surhumains me sauvèrent la mise. J’évitais le sol pas le meuble et me cognais le genou. Je retins un grognement. Les quais ? Merde, qu’est-ce qu’elle fichait à un endroit aussi dangereux à cette heure-ci ? Mon angoisse redoubla, elle arrivait à peine à articuler. Elle s’était fait agressée, volée ? Était-elle blessée ? En danger ? Menacée ? Par qui ? Quoi ? Comment ? Ce tourbillon de questions me donnait presque le vertige. Et avant que je comprenne comment je m’y étais pris, j’étais en bas des escaliers, mes clés dans une main, mon cellulaire toujours dans l’autre. L’été avait beau être au rendez-vous, la nuit était fraiche. Je n’avais même pas pris le temps d’emporter une veste, ni de lacer mes chaussures. « Ne bouge pas, j’arrive. » Son téléphone était tombé, j’avais retenu mon souffle, elle l’avait repris. Ses mots me percèrent la poitrine. « J’arrive. » Je mis le son sur hautparleur et posais mon portable sur le siège passager avant de démarrer ma voiture en quatrième vitesse et de filer sur l’asphalte. « Becky, j’arrive. »  Je ne savais pas comment la rassurer et encore moins comment me rassurer. Qu’est-ce qui se passait ? Je m’imaginais plusieurs scénarios complétement dingues, complétement effrayant.

Heureusement pour moi, à cette heure-ci, je ne croisais aucune voiture. Je brûlais plusieurs feux rouges et débarquais en catastrophe sur le lieu où elle devait se trouver. Je repris mon portable et sortais en trombe de mon véhicule. J’essayais d’étendre mes sens sur l’endroit pour la localiser plus facilement. Je misais tout sur l’animal. Je me mis à courir en respirant de grandes bouffées d’air afin de capter une piste olfactive. Je courrais le long des quais comme un dément en prêtant peu attention à notre communication téléphonique faites de ses pleurs et de mes questions sans réponses. Au bout de plusieurs minutes, je réalisais qu’il pleuvait. Mais ça tombait bien, la pluie accentuait mon odorat et c’est une brise qui me donna la direction. L’odeur métallique que je perçus, me glaça littéralement le sang. Je redoublai la cadence, m’imaginant déjà le pire avant de trouver enfin une silhouette recroquevillée au sol. Je fondis sur elle en rangeant rageusement mon portable dans la poche de mon survêt’. Je m’accroupis devant elle et la pris par les épaules. « Rebecca ! » Son hémoglobine coulait le long de sa nuque, deux trous avaient percés son cou. Non. NON. « Qui t’as fait ça ? » Krystel ? Un de ses larbins ? Une piqûre de rappel de sa part ? Merde, merde, merde. Je tremblais de rage et la ramassais aussi vite. « Je suis là. Tu es en sécurité maintenant. » Je la soulevais en la prenant dans mes bras. Je ne devais pas réfléchir. Je devais d’abord la mettre en sûreté. Je me remis à courir tandis que l’averse nous inondait. J’évitais de trop la regarder, préférant d’abord l’écarter de tout danger potentiel avant d’analyser les dégâts. Là, je laissais encore ma partie animale gérer. C’est pour ça que je me taisais.

Nous atteignîmes mon véhicule, je la posais côté passager et pris le temps d’analyser ses plaies. Ce salaud avait bien visé la veine et avec la pluie, son sang s’était bien écoulé. J’étais paniqué et terrifié mais paradoxalement, je réagis avec froideur et pragmatisme. Je fonçais jusqu’au coffre de la voiture pour en extirper un vieux t-shirt ( j'avais toujours une réserve de vêtements là dedans pour des raisons pratiques de changeur) et revins jusqu’à elle pour l’appuyer sur l’hémorragie afin de la contenir. Je caressais ses cheveux. « Ça va aller. Ça va aller. » J’essayais de reproduire tous les gestes que j’avais pu avoir après les passages de la Reine quand j’étais encore sa pomme de sang officieuse. Pour l’instant, vu la nécessité du moment, mes neurones s’étaient figées sur ce simple fait, il fallait sauver et protéger Becky. Après, on verrait sur les circonstances, les causes et les conséquences.  

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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Sam 29 Juin - 22:02




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Il me sembla attendre des heures, il me sembla n'attendre qu'une minute. J'étais complètement déconnectée, sous le choc, terrorisée et je n'avais même pas remarqué qu'il s'était mis à pleuvoir.
Je sursautai violemment lorsqu'on me prit par les épaules mais ma frayeur fut vite dissipée quand je reconnu Camille. Il était là… il m'avait trouvée... je n'allais pas mourir toute seule. Je voulu murmurer son prénom mais il s'étrangla dans ma gorge et je le dévisageai alors que les larmes ne semblaient plus pouvoir s'arrêter de rouler sur mes joues.

Je le sentis me regarder et fronçai les sourcils, perdue, quand il me demanda qui m'avait fait ça. Je secouai doucement la tête, les yeux fixant le vide. Qui ? J'essayai de me souvenir, mais je ne voyais que le néant. Je n'avais pas vu mon agresseur, ou plutôt si, mais je n'avais vu que son regard. Ses yeux et sa voix qui m'avait ordonné de ne pas crier, voilà tout ce que j'avais capté de mon agresseur, pourtant j'aurais été incapable de le décrire d'une quelconque façon que ce soit. Était-ce un homme, une femme ? De quelle couleur étaient ses yeux ? Quelle intonation avait sa voix ? Aucune idée, je ne me souvenais de rien, rien à part la brusque douleur dans mon cou et cela m'angoissa encore davantage.

Je ne réagis même pas lorsque Camille me prit dans ses bras et me souleva. Je me laissai glisser contre lui, entourant son cou de mes bras tremblants. Il avait raison, j'étais en sécurité maintenant. Il était là, avec moi, il n'allait pas me laisser tomber, n'est-ce pas ? J'avais mal, je me sentais faible et misérable. Je ne voulais pas qu'il me lâche, je ne voulais pas avoir à affronter ce qu'il venait d'arriver. Je n'avais plus aucune notion du temps ou de ce qu'il se passait et la seule chose dont j'avais encore vaguement conscience était la présence de Camille.

Il me déposa sur le siège passager de sa voiture et examina ma blessure me faisant gémir de douleur. Puis il disparu un instant et je sentis le froid me dévorer. Non ! Il ne pouvait pas s'en aller, il ne pouvait pas me laisser… mes yeux s'agrandirent d'effroi alors que les mots refusaient toujours de quitter ma gorge mais déjà Camille était de retour et appuyait sur ma plaie avec un bout de tissu.
Il me caressa les cheveux et la douceur de ce geste m'arracha de nouveaux sanglots alors qu'il me répétait que tout irait bien. Ma tête tournait et je me sentais nauséeuse. Avais-je perdu beaucoup de sang ? Combien de temps étais-je restée étendue dehors avant d'avoir la force d'appeler Camille ? Combien de temps avant qu'il n'arrive ? Heureusement que la plaie n'était pas trop profonde. Pour une raison inconnue, mon agresseur m'avait repoussée brusquement après seulement quelques gorgées, cela m'avait sûrement sauvé la vie.

Je ne me rendis même pas compte qu'il avait démarré et c'est à peine si je réalisais qu'il me serrait la main et me parlait. Tout ce que je comprenais c'est qu'il était là et cela me donnait au moins quelque chose auquel m'accrocher. Je me sentais à deux doigts de défaillir. Les larmes se tarirent pendant le trajet, mais je n'arrivais pas à réfléchir, encore moins à parler. Je respirais toujours péniblement et je me sentais faible… tellement faible…    

Avant que je comprenne ce qu'il m'arrivait, nous nous étions arrêtés et il me portait à nouveau. Est-ce qu'il courait ? J'avais l'impression que ses mouvements étaient saccadés, alarmés. Je voulais lui dire que j'allais bien, pour ne pas qu'il s'inquiète, mais même cela, je n'en avais pas la force. Et, n'était-ce pas un mensonge au fond ? Est-ce que j'allais vraiment bien…?

Il me déposa sur le canapé et je reconnu enfin son appartement. Je n'arrivais toujours pas à organiser mes pensées de façon cohérente.
Il fit mine de me lâcher mais je m'agrippai à lui avec un regard désespéré. Je ne voulais pas qu'il s'en aille, je ne voulais pas de nouveau être toute seule dans les ténèbres, j'avais besoin qu'il reste là avec moi, près de moi. J'avais besoin de sa présence, c'était la seule chose dont j'étais certaine, la seule chose dont j'avais conscience. Je me serrai dans ses bras mais il finit tout de même par s'écarter avec douceur en me promettant qu'il revenait tout de suite. La légère pression de ses lèvres sur les miennes parvint à me distraire suffisamment pour le laisser s'en aller. J'étais à bout… je voulais dormir, je voulais oublier. Je fermai doucement les yeux et sentit ma tête tomber en arrière contre le dossier du divan.    


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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Sam 29 Juin - 23:11




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Plus les minutes passaient, plus je me détachais de mon humanité, de mes pensées, de cette réalité que je ne pouvais pas supporter. Je me focalisais sur les faits. Elle était livide, elle avait perdu trop de sang et je devais la mettre à l’abri au cas où son agresseur voudrait revenir pour finir le boulot. Cette pensée réveilla un peu plus l’animal qui, hostile, voulait traquer ce prédateur pour le déchiqueter. Il avait l’habitude de traiter de cette façon avec les nocturnes. Il avait vécu assez de batailles pour ça. Il pourrait le pister à l’odorat, retrouver sa trace en ratissant les alentours. Oui, mon essence même, ma personnalité devait chuter au sol pour que je parvienne à gérer cette situation. Je refrénais les pulsions meurtrières de la bête jouant avec sa culpabilité ultérieure et bien que le spectacle lui fût insoutenable, elle se contenta de me guider derrière le volant. Rebecca avait besoin de moi. Je liais mes doigts aux siens, me contentant de garder l’autre paume pour diriger le véhicule. Tout était décomposé pour moi, c’était très clair. Renter, la soigner, la protéger. Mes émotions restaient coupées par la créature qui logeait en moi et qui me dictait ma conduite à l’heure actuelle. Je roulais vite, trop vite. « On rentre Rebecca, à l’abri. Ça va aller. Je suis là. Tu n’es pas seule. »  Je lui répétais ces mots inlassablement en y mettant aucun sentiment, j’étais une carcasse qui se mouvait grâce à son cerveau et non plus son cœur. Ma conduite un peu sauvage nous amena rapidement devant mon immeuble. Je sortis de l’habitacle, la repris dans mes bras, referma d’un coup de talon sec la portière avant de monter les escaliers pour atteindre mon palier. J’ouvrais la porte en me contorsionnant et nous fis entrer avant de la déposer sur le canapé le plus prudemment possible. L’oiseau la regarda et m’intima l’ordre de nettoyer sa plaie, d’atténuer les saignements avec des compresses ainsi que de sécher le corps tremblant de la jolie brune. Je l’écoutais bien évidemment, lui il savait mieux que moi ce que je devais faire.  Mais elle m’arrêta, sa détresse ranima furtivement l’humain qui hurlait à l’intérieur de mon crâne. L’animal le fit taire. « Je reviens. »  Mes lèvres passèrent rapidement sur les siennes et je gagnais tout de même la salle de bain.

Toujours aussi méthodiquement, je m’emparais d’une serviette, d’un gant de toilette que j’humidifiais, du désinfectant et de compresse. Je les portis jusqu’à la pièce principale et envoya valser mon repas encore présent sur la table basse directement à terre d’un coup sec du bras pour tout poser. Le volatile s’en fichait du désordre ou du gâchis et encore plus de cette nourriture qui ne comblerait pas de toute façon un appétit disparu. Le sandwich partit donc côtoyé très calmement, très naturellement le parquet. Ses yeux étaient fermés, l’humain s’étrangla et la bête l’interpella trop calmement « Rebecca ? »  Ses paupières s’ouvrirent. Tous deux soufflèrent alors que je l’enveloppais d’une couverture que je venais d’arracher de mon lit pour ne pas qu’elle prenne trop froid. J’écartais les cheveux de sa nuque pour mieux discerner les deux trous qui traversaient son épiderme. Je passais une serviette sur ses cheveux en veillant à ne pas effleurer ses lésions pour les sécher un peu mieux afin qu’ils répandent plus de gouttelettes sur sa peau. J’essuyais ensuite très lentement le sang séché et le sang frais avec le gant de toilette. « Je vais d’abord nettoyer ça, ok ? Après, je vais désinfecter et puis, je te mettrais les compresses pour que ça cicatrise plus rapidement. »  Je m’adressais à elle comme à une gamine de cinq ans qui venait de s’écorcher les genoux. Je fis comme je lui avais indiqué. Une fois que ses blessures furent nettoyées, j’appliquais sur du coton du désinfectant. « Ça risque de brûler, serre ma main si ça te fait trop mal. »  Je lui offris ma main droite tandis que de la gauche j’appuyais le plus délicatement là où le vampire l’avait mordue. Après ça, je préparais les compresses et les plaçais sur la morsure. Je venais de gérer tout ça comme si j’avais passé ma vie à voir et à soigner des gens - sereinement et de façon détachée. La vérité était bien que l’oiseau avait dirigé tout mon centre nerveux et avait renvoyé mes émotions chez elles, au fin fond de mes entrailles. C’est pour ça que je ne me posais pas de questions, que je ne cherchais pas encore de réponses. Que j’avais presque fait comme si tout ça était normal. Je passais doucement ma paume dans sa chevelure. « Je vais t’apporter à boire d’accord ? Après, il faudra que tu changes de vêtements, tu risques d’attraper froid. »  Je n’avais même pas conscience que mes propres fringues me collaient à la peau et qu’ils étaient trempés.

Je me relevais en prenant le t-shirt et les cotons souillés afin de les jeter. J’allais devoir laver le plaid que je lui avais passé autour des épaules aussi vu que je n’avais effacé que les souillures de sa nuque. Je portais donc l’ensemble des objets et j’ouvrais la poubelle, balancer tout ça. Je regardais mes doigts eux-mêmes imbibés de son hémoglobine et mon regard se noya dans tout ce rouge. La couleur vermeil percuta ma rétine, attins ma cervelle et j’eus l’impression de recevoir un coup de poing droit dans l’estomac. C’était le sang de Rebecca que j’avais sur les mains littéralement. Mon pouls finit enfin par s’affoler et à délirer. Qu’est-ce que j’avais fait ? Bordel qu’est-ce que j’avais foutu ? Ça devait finir par arriver. Je m’attendais à quoi ? A ce que Krystel Raybrandt ne cherche qu’à m’atteindre ? A ce que Becky soit hors de sa portée indéfiniment ? Je n’avais aucune preuve ? C’était trop gros pour être une coïncidence. Elle me recontactait et je retrouvais mon amante dans un état lamentable. Je me retournais vers cette dernière. Livide, tellement traumatisée qu’elle ne parvenait plus à parler, tellement faible qu’elle semblait pouvoir me glisser entre les doigts d’un moment à l’autre. Putain mais à quoi je pensais en m’accrochant à notre insouciance ? J’avais collé mes démons aux  talons de mon amie. Et ce soir, ils étaient venus la dévorer. Ca me prenait à la poitrine, je n’arrivais presque pas à respirer. Ma crise de panique était tellement violente que je crus un instant que j’allais suffoquer. Une rage sans nom, une rage que je ne maîtrisais pas surplomba mes angoisses ou ma culpabilité écrasante. Je n’étais pas habitué à être animé par autant de colère, je n’arrivais pas à gérer ça. Je ne supportais plus la vue de mes paumes, ni le visage trop pâle de la – de ma victime. Je devais faire quelque chose. Quelque chose. Sans réfléchir, j’abattis brutalement mes deux poings sur la table de la salle de manger. L’impuissance me fondit dessus juste après cet accès de folie. Rebecca allait devoir s’éloigner de moi. J’allais devoir la rejeter. L’évidence s’imposait. J’avais envie de vomir rien qu’à y penser. Je me ressaisissais comme je pouvais et ouvris sèchement le frigo pour en sortir la bouteille d’eau. Je pris un verre, y déposa le liquide et puis l’apportais.

Je n’osais pas attarder mes yeux sur elle désormais, trop conscient de tout ce qui se passait là. Je savais dans quel état elle se trouvait du moins au niveau de sa santé physique. J’avais déjà été anémique par le passé à cause de mon ancienne maîtresse.  C’est pour ça que je lui déclarais avec certitude « Il faudra que tu manges plus tard quand tes nausées seront moins importantes.» Je portais le récipient jusqu’à ses lèvres pour l’aider à boire, la craignant trop faible pour exécuter le mouvement. J’avais le visage fermé, les traits froncés. Si j’étais énervé, c’était contre moi. Contre elle aussi un peu. Pourquoi était-elle sortie cette nuit ? Pourquoi était-elle revenue ? Pourquoi ne m’avait-elle pas écoutée et ne m’avait plus revu ?  Pourquoi ne comprenait-elle pas que je ne devais pas, je n’étais pas, je ne pouvais pas être ce qu’elle souhaitait là maintenant ?

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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 0:34




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La voix de Camille me fit rouvrir les yeux, mais même ce simple geste était difficile. J'étais un automate. Je me laissais faire tandis qu'il m'enveloppait dans une couverture, me séchait les cheveux avant de se mettre à nettoyer ma plaie. Il m'expliquait, d'une voix calme, tout ce qu'il faisait, mais j'étais toujours incapable de réagir. Parfois, ses mots atteignaient mon cerveau et j'acquiesçai légèrement pour lui faire comprendre que je l'entendais mais je ne pouvais rien dire ou faire. La brûlure du désinfectant me fit tressailli mais je n'eu même pas la force de m'écarter ou de serrer sa main comme il me le proposait. Je n'étais que souffrance mais mon corps n'avait même plus la force de réagir à la douleur. Ses doigts dans mes cheveux me firent reprendre pied temporairement et j'acquiesçai alors qu'il disait qu'il allait m'apporter de l'eau et qu'il faudrait que je me change. Mon cerveau était vide. Mes neurones ne semblaient plus capables de faire la moindre connexion. Que m'avait fait ce vampire? C'était comme s'il avait aspiré une partie de moi en me mordant. Et si je n'étais plus jamais moi-même ?  Cette pensée m'horrifia assez pour que je reprenne légèrement mes esprits et je tressaillis lorsque Camille frappa ses poings sur la table. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait et les mots refusaient toujours de franchir mes lèvres. Il revint et m'aida à boire. Le liquide apaisa ma bouche sèche et ma gorge en feu et pourtant cela me retourna l'estomac.
Je devrai manger plus tard, disait-il. J'acquiesçai machinalement. Plus tard ? Quand ? Et comment savait-il que j'avais envie de vomir ?  Je bus pourtant une seconde gorgée et repoussais le verre, incapable de plus.
Il me retira mes vêtements trempés et me glissa dans un tee-shirt et un pull. J'avais l'impression d'être une poupée de chiffon. Je me mis à grelotter et me laissai porter jusqu'au lit où il se glissa contre moi. Je me blottie contre lui, profitant de sa chaleur alors que j'étais toujours frigorifiée de l'intérieur. Mes os me semblaient de glace, j'avais l'impression que mon être tout entier ne pourrait plus jamais avoir chaud. Et s'il m'avait définitivement abimée, brisée ? Non… non, ce n'était pas moi ça… tout allait bien, j'étais en vie, Camille était avec moi… tout irait bien… j'avais juste besoin de dormir, de fermer les yeux et d'oublier.
La voix de Camille résonna une ultime fois à mon oreille et je sombrai, n'ayant plus la force de lutter.

*****

Quand j'ouvris les yeux, je mis quelques instants à savoir où j'étais. Je me redressais dans le lit, que je reconnu comme était celui de Camille, et portai immédiatement ma main à ma tête en grimaçant. J'avais une terrible migraine. Que s'était-il passé ? Avais-je pris une mauvaise cuite ? Je fronçais les sourcils et glissai ma main sur mon cou tandis que les souvenirs de la veille me revenaient brutalement. J'avais été attaqué par un vampire ! Non… ce n'était pas possible, c'était juste un mauvais cauchemar d'un nouveau genre. Je me levai et arrachai mon pansement d'un geste sec en cherchant mon sac à main du regard. Je fouillai dedans et ressorti mon miroir de poche pour constater les dégâts. Mon sang se glaça à la vue des deux blessures irrégulières dans mon cou et je posais prudemment mes doigts sur l'une d'entre elle. La plaie avait déjà formé une petite croute et la douleur que je me souvenais avoir ressentie la veille avait pratiquement disparue. Je me sentais vidée, raide et courbaturée, mais j'allais bien. Et j'avais retrouvé l'usage de mon cerveau, ce qui était plutôt une bonne nouvelle. J'essayai de me remémorer tout ce qu'il s'était passé et je tournais les yeux machinalement vers la salle de bain en entendant la voix de Camille.
Camille ! Heureusement qu'il avait été là… Je m'approchai de la porte entrouverte. Son ton réveilla mes inquiétudes et je poussai la porte au moment même où il disait :  

Camille a écrit:
" On doit réagir au plus vite. Rebecca a été blessée par ma faute. "

Quoi…? Qu'est-ce que cela voulait dire ? A qui parlait-il ? Il se croyait responsable ?! Mais ça n'avait aucun sens !  Il m'avait sauvé la vie hier soir !
Mon regard croisa le sien dans le miroir de la salle de bain et il se tut.

- De quoi est-ce que tu parles ? Parvins-je à dire, rassurée que ma voix fonctionne alors que j'avais crains l'avoir perdue à jamais. Ça n'avait rien à voir avec toi, Camille.

C'était un simple concours de circonstances. J'avais été au mauvais endroit au mauvais moment, personne n'aurait pu le prévoir. C'était entièrement ma faute, je n'aurais jamais dû traîner si tard dehors. Je ne sais pas d'où j'avais retrouvé force et aplomb. Mon reflet était encore pâle mais j'avais perdue la lueur effrayée et perdue de mon regard. Pourtant je sentais que quelque chose n'allait pas, quelque chose de grave.

- A qui est-ce que tu parles ?

J'avais un horrible pressentiment et une boule d'angoisse avait élue domicile dans mon estomac. Je sentais que je n'allais pas aimer la suite et la douleur qui vrillait mes tempes ne m'aidait pas à me concentrer…



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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 1:34




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Inerte, inanimée, Rebecca ne réussissait même pas à remuer. Je la maniais avec précautions comme une poupée de chiffon. J’eus une horrible pensée qui me contracta l’estomac douloureusement alors que je m’activais à la déshabiller pour lui faire enfiler des vêtements secs, c’était sûrement la dernière fois que j’aurais l’occasion de faire ça même si là ce n’était que pour le côté pratique. J’en eus un haut le cœur. Je posais ses fringues humides sur une chaise et l’aidais à enfiler t-shirt puis pull avant me glisser sous les couvertures avec elle. Je la serrais contre moi, notre dernière étreinte peut-être. Sûrement. « Je reste là, ça va aller. » Juste pour cette nuit. Je lui avais dit, je n’avais rien à lui promettre. Je m’étais juré de partir au premier dérapage et le voilà, servi sur un plateau d’argent. Je caressais ses cheveux doucement, j’humais son odeur et chaque détail de sa fragrance m’entaillait la poitrine. J’avais trop retardé ce départ, c’est pour ça que ça me semblait si dur. Heureusement, nous n’avions jamais été trop loin dans cette histoire – vraiment ? J’avais feint d’être un humain qui menait une vie paisible en négligeant tout ce passé qui n’en finissait pas de revenir me hanter. J’avais construit une dimension parallèle avec Rebecca dans laquelle j’avais retrouvé une certaine insouciance, un certain bonheur aussi autant se l’avouer et une certaine … stabilité. Quand je n’étais plus Camille le métamorphe, quand je n’étais que Camille le voisin, tout semblait tellement … facile. Mais le changeur revenait toujours, c’était ma nature, mon essence. Je l’avais toujours su que ça finirait comme ça peu importe jusqu’où cette relation charnelle nous menait. J’avais cru qu’elle avait pris une décision pour nous deux mais non, elle était revenue et lui dire au revoir après ça… C’était tellement plus difficile. Mais j’allais faire les bons choix cette fois-ci. Fini de jouer avec le feu, fini de la projeter dans mes problèmes. Le surnaturelle ne devait pas avoir d’emprise sur son existence, je le refusais. Elle avait souffert aujourd'hui par ma faute. La scène sous la pluie et son expression, le choc qu'elle avait subi. Je la collais un peu plus contre moi et ferma les yeux. Elle allait me manquer. Sa respiration enfin apaisée m’indiqua qu’elle avait rejoint Morphée. Moi, je ne comptais pas m‘endormir, j’en étais incapable. Trop de choses se bousculaient dans mon crâne. Si Rebecca avait été en danger, Alan et Kate l’étaient peut-être aussi. Enola également. Ils pourraient contrer des vampires, je l’espérais. Et puis connaissant la Reine, elle avait bien su choisir sa première cible. Elle allait la jouer tordu. Bon sang mais vraiment comment ai-je pu être aussi peu prudent, aussi peu réfléchi … Aussi égoïste ? Tu vois Becky à quel point je ne te mérite pas ? Non, elle ne le voyait pas. Parce qu’elle ne savait pas que tout ça, c’était ma faute. Je n’en pouvais plus, je me décollais d’elle et sortis du lit afin de ranger silencieusement le bordel que j’avais créé. Je remettais chaque chose à sa place, ranger m’occupait l’esprit et les mains. Le lendemain matin, j’allais devoir lui expliquer qu’il ne fallait plus qu’on se revoit. Pourquoi avais-je l’impression que j’allais vivre une rupture alors que nous n’étions même pas en couple ?

Je finis ma nuit assis sur le canapé la tête entre les mains. Je devais parler à Alan de tout ça, il fallait qu’il soit sur ses gardes lui aussi bien que l’angoisser n’était pas une bonne idée. Je ne voulais pas lui cacher ça et j’avais vraiment besoin de confier ça à quelqu’un. Et s’il ne pouvait pas le supporter… ? Il ne supporterait pas du tout que je ne lui dise pas et qu’il l’apprenne autrement était prohibé. Non, je devais l’appeler. J’attendis une heure décente pour le faire, passant le reste de mon temps à ressasser mes erreurs. Ce qu’elle n’aurait jamais connu en me côtoyant, ce qu’elle aurait pu vivre avec un autre type, ce qu’elle avait loupé en choisissant de revenir. Et si elle l’a torturé et si ça n’était qu’un aperçu ? Et si … Je pris mon portable finalement une fois la matinée plus avancée et gagna la salle de bain. Avant qu’il ne décroche, je me regardais dans le miroir. Je n’avais même pas changé de vêtements j’avais du sang séché sur mon t-shirt. Je me sentis soudainement si abattu que lorsque finalement je tombais sur la boite vocale de mon conseiller, je déclarais simplement « Désolé de t’appeler si tôt. La situation a évolué au niveau de… Elle. Elle a mis à exécution ses menaces. On doit réagir. Rebecca a été blessée par ma faute. » La porte s’ouvrit, je sursautais. Le peu de couleurs qui s’étalait sur mes joues s’effaça. Non… Non, je ne voulais pas avoir à justifier ça. Merde. Merde. Merde. Non, c’était un cauchemar. D’une voix un peu cassée, je déclarais à l’autre bout du fil « Je te rappelle. » Je fixais ensuite mon amie sans rien dire, cherchant quelque chose à lui dire, quelque chose qui pourrait l’éloigner sans qu’elle se doute. Mais je n’arrivais plus à réfléchir, ma cage thoracique était tellement oppressé par mon angoisse et mon… chagrin, oui. J’aurais dû la renvoyer plus tôt, couper les ponts juste après notre premier raté ou bien maintenir la bonne distance quand elle est revenue. Tous les chemins nous menaient à ça. A cet instant. Je me noyais dans les teintes de ses yeux avant de m‘en détourner et d’avancer. Je n’allais même pas faire l’effort de répondre à ça, moins elle en savait mieux ça valait. « Tu dois manger quelque chose. » Elle ne m’écoutait pas évidemment. Elle avait meilleure mine, elle semblait être plus… Bon, j’allais devoir faire face. « Viens. » Je la forçais à bouger en passant à côté d’elle et en gagnant la pièce principale.

Là je l’invitais à s’asseoir avec moi autour de la table de la salle à manger. Je ne voulais pas trainer ça plus longtemps, ça me détruisait. Putain comment j’étais censé gérer ça ? On ne sortait pas ensemble. Et moi je n’avais jamais « largué » personne. Tous ces mots étaient tellement … anormaux, illogiques à employer pour ce qu’on vivait et pourtant, je ne leur trouvais pas de synonymes. Les termes ne m’importaient plus. Seule la situation était importante. J’endossais mon masque habituel, celui de l’impassible et pris la voix la plus ferme que je possédais. « Rebecca, on ne doit plus se voir. » Je posais mes mains sur mes genoux et plantais mon regard dans le sien pour qu’elle y lise la détermination. « On ne… Je ne peux pas continuer comme ça. » Avant qu’elle ne me pose quoique ce soit comme questions, je déglutis douloureusement et ajoutais d’un ton peu amène. « Ecoute, je t’avais prévenu, je ne peux rien te promettre. C’est tout. J’ai pris ma décision et les raisons ne changent rien au résultat. On … C’est fini. Et c’est sans appel. » Je pouvais sentir chaque parcelle de ma poitrine se décomposer pour devenir un tas de cendre qui alourdissait le poids de mon cœur, le poids de mon existence. C’était une séparation en quelque sorte, à défaut de briser une histoire d’amour, je brisais au moins une amitié de longue date. Becky… ma Becky. Je me relevais soudainement incapable de soutenir ses yeux plus longtemps et allais me poster face à la vitre trouvant un certain réconfort dans le ciel et les quelques volatiles qui le partageaient. C’était mieux comme ça. Oui, je savais que j’avais raison de faire ça et malgré tout, ça n’empêchait pas la douleur.
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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 2:44




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Il m'ignora, ne prenant même pas la peine de me répondre et mon estomac se crispa davantage. Au lieu de répondre à ma question, il me disait que je devais manger quelque chose. Comme si j'en avais envie, comme si j'en étais capable ! Il me força à le suivre dans la pièce principale et il s'installa à table, s'attendant visiblement à ce que je l'imite. Mon agacement fut de courte durée devant son air impassible et l'angoisse revint au galop. Non quelque chose n'allait définitivement pas.  Je m'assis, inquiète et lui lançai un regard interrogateur:

- Camille, qu'est-ce qu'il se passe ?


Camille a écrit:
« Rebecca, on ne doit plus se voir. »

J'en eu le souffle coupé. Je ne m'étais pas attendu à ça.

- Qu… quoi ?

Je lui jetai un regard incrédule tandis que le peu de couleurs que j'avais récupéré pendant la nuit quittait mon visage. Je n'arrivais pas à croire ce qu'il était en train de me dire, je ne voulais pas le croire. Ca n'avait aucun sens ! Il ne pouvait pas être en train de rompre avec moi alors qu'il n'avait jamais admis qu'on était autre chose que des amis. Ce n'était pas juste, il ne pouvait pas prendre cette décision pour nous deux ! J'avais forcément mon mot à dire !

Camille a écrit:
« On ne… Je ne peux pas continuer comme ça. »

Et pourquoi pas ? Quel était le problème ? On avait peut-être une histoire ambiguë, chaotique et ravageuse, mais cela fonctionnait, cela avait toujours fonctionné. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?  Je voulu poser la question à voix haute mais déjà il continuait, d'un ton dur, sans appel.

Camille a écrit:
« Ecoute, je t’avais prévenu, je ne peux rien te promettre. C’est tout. J’ai pris ma décision et les raisons ne changent rien au résultat. On … C’est fini. Et c’est sans appel.»

Mon visage se décomposa et je secouai la tête :

- Non… attends, tu ne peux pas prendre une décision pareille sans m'expliquer pourquoi !

La panique m'envahissait à l'idée que tout ça soit terminé. Ce n'était pas possible, je ne pouvais pas l'accepter. Quelque chose n'allait pas et je m'inquiétais pour lui, pour ce qu'il me cachait et qui le faisait arriver à de telles extrémités.

- Camille, qu'est-ce qu'il se passe ? Parle-moi…

Quelque chose m'échappait totalement. Comment avions-nous pu passer de nos ébats passionnés, enflammés, à cette discussion ?  Pourquoi voulait-t-il que l'on arrête de se voir ? Cela avait-il vraiment un rapport avec ce que j'avais entendu, un rapport avec ma morsure ?

- Je ne comprends pas… c'est à cause d'hier soir ?

Je le dévisageai, cherchant dans ses yeux un quelconque début d'explications mais il se leva et se détourna pour aller se poster devant la fenêtre.
Alors c'était tout ? Il me congédiait et tout était fini ? Comme ça ? J'avais l'impression de sentir mon cœur se briser et si je laissais la douleur m'envahir je ne pourrais plus jamais me relever. Alors je m'accrochai à la seule autre émotion que cette nouvelle provoquait en moi : la colère.

- Ne me tourne pas le dos !

J'avais envie de pleurer, j'avais envie de partir en courant. N'avait-il pas raison au fond ? Ne prenait-il pas la décision que j'aurais dû prendre moi-même il y avait de cela des mois ? Mais là n'était pas la question. J'avais le droit à une explication et j'allais l'exiger ! Je refusais que ça se finisse comme ça.

- Alors c'est tout ? "Merci c'était sympa, au revoir" ? Tu me mets à la porte ?

J'étais horrifiée, j'étais offusquée. J'étais complètement perdue mais ça n'avait pas d'importance. Les mots sortaient tous seuls, comme pour compenser tous ceux que je n'avais pas réussi à dire la veille.
Je le rejoignis et le pris par le bras pour l'obliger à me faire face.

- C'est quoi ton problème ?

Je pointai mon doigt sur sa poitrine d'un air accusateur, le regard flamboyant.

- Si tu crois que tu vas t'en tirer comme ça, tu te trompes grossièrement, Fontayn ! Je ne vais pas te laisser me dicter ce que je dois faire sans une bonne raison ! Et ne t'avise pas d'essayer de me mentir !

Je devenais incontrôlable. La peur de le perdre ajouté à ma migraine et aux derniers traumatismes rendait tout beaucoup trop intense. Je n'étais qu'à quelques centimètres de lui, près, bien trop près, haletante.
Mes yeux glissèrent jusqu'à ses lèvres et mue par une pulsion inconnue, je pris son visage entre mes mains et me mis sur la pointe des pieds pour l'embrasser ardemment, mon corps collé contre le sien.

- Ose me dire que tu ne ressens rien pour moi… le défiais-je dans un murmure contre ses lèvres. Ose prétendre que ce ne que nous avons ne compte pas…

Il pouvait nier, cela n'avait pas d'importance. Je connaissais la vérité. Je savais comment son corps réagissait au mien, comment son regard accrochait le mien… je l'aimais et je n'étais pas prête à le laisser partir. Pas quand je savais qu'il le faisait pour les mauvaises raisons, quelles qu'elles soient.

- Je ne te laisserai pas fuir, cette fois…

Je plongeai mon regard embué, mais déterminé dans le sien et exigeai:

- Si tu veux rompre avec moi, fais-le correctement. Dis-moi la vérité.


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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 11:54




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Ses questions semblaient légitimes mais je ne pouvais rien lui répondre. Chaque information lui ferait faire un pas dans la mauvaise direction et moi, je devais la sauvegarder. Mon silence et mon éloignement provoquèrent sa colère. Il fallait que je reste droit, que je reste lucide, clair avec elle. Je devais suivre mes directives et ne pas flancher peu importe son argumentation. Je m’étais pas tout à fait préparé à une réaction virulente de sa part et je réalisais à quel point tout ça était bien trop inédit pour moi. Personne ne …s’était battu comme ça pour moi. Enfin si on omettait Alan, bien entendu. Jamais une femme n’avait cherché à me retenir, jamais avant Rebecca. Ce constat me fractionna un peu plus intérieurement. Peut-être que… Si j’avais eu une vie différente… Peut-être que j’aurais pu envisager de… Mais avec des peut-être et des si… Je regardais toujours droit devant moi alors qu’elle me disait de ne pas lui tourner le dos. Je me raidis afin d’encaisser sa hargne. Chacune de ses phrases me murait dans ma propre culpabilité. Je n’aurais jamais dû la laisser m’approcher, lier cette amitié, coucher avec elle. Je le regrettais et en même temps, j’étais content que ça soit déroulé comme ça. Ne pas l’avoir connu aurait été quelque part pire même si là nous nous déchirions douloureusement. Je n’aimais pas avoir ce type de prise de conscience dans des moments aussi critiques car ils me rendaient vulnérables alors que je devais lui tenir tête. Maintenant plus que jamais. Elle vint me trouver et me prit par le bras. Lui refaire face fût tellement difficile que garder mon masque d’impassibilité devenait laborieux. Mon problème c’est que je n’aurais jamais dû te laisser m’approcher. Comment faisait-elle pour puiser cette force, j’avais misé sur son abattement après la journée d’hier pas sur cette lutte insensée que je ne méritais pas. Son comportement justifiait ma fuite. Face à mon mutisme, elle finit par poser des actes et ses lèvres terminèrent brutales sur les miennes. Ce baiser me fit terriblement souffrir, cette attirance et tout ce qui en découlait – ce que je ne voulais toujours pas analyser, me tuait littéralement. Je dû réprimer un gémissement, une plainte quand elle s’écarta. Le vide creusa un fossé encore plus profond dans ma poitrine, j’avais l’impression que des mains m’arrachaient chaque couche de peau à vif pour atteindre mon organe vitale.

Elle me pressait de parler mais je ne pouvais pas lui mentir même si je devais le faire. Non, je ne ressens rien et non, tout ça n’avait pas d’importance. Même si je m’évitais beaucoup de remise en question sur ce que je vivais, je ne pouvais pas répondre ça parce que oui, elle ne me laissait, laisserait jamais indifférente et oui, ce que nous avions partagé avait bien sûr compté… Et pas que d’un point de vue sexuel. Notre amitié, nos discussions, son rire, ses yeux, sa personnalité, ses réactions, son attitude, elle entièrement. C’est justement parce qu’elle comptait que je devais l’éloigner. Elle m’acheva quand elle parla de rupture et de vérité. Rompre avec quelqu’un avec qui je n’étais même pas en couple, quelle ironie. Mon expression faussement indifférente se contracta pour laisser entrevoir ma peine. « Becky… Je t’en supplie. Ne rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà. » Je passais une main sur mon visage pour me reprendre. Même si je maîtrisais mieux mes traits, mon pouls lui ne savait plus comment coordonner ses battements en rythme. « La vérité c’est que j’ai une vie compliquée et qu’on ne peut pas continuer comme ça. On doit arrêter de jouer et de faire comme si tout allait bien, rien de tout ça n’est normal et ne fonctionne. Tu ne m’as pas écouté, je t’avais prévenu. Je ne peux rien t’apporter de bon. Je ne peux rien t’apporter du tout. Rebecca, tu dois partir, te trouver… » Les succubes qui grignotaient ma cage thoracique atteignait enfin mon palpitant. Nous n'avions jamais été ensemble. Je ne pouvais pas lui dire d'aller voir quelqu'un d'autre, non? Pourquoi tout raisonnait comme ça? Je ne savais même pas pourquoi elle se battait, elle avait, devait avoir d'autres amants. Non? Mon expression redevint douloureuse, ma voix se brisa vers la fin de ce que j’ajoutais. «…  Et m’oublier. » Je me détournais, me défaisais de son emprise. Je ne pouvais plus la fixer, plus sentir sa proximité car je commençais à en mourir très sérieusement. Tout avait la saveur de ce que j’avais perdu, de dernières fois qui entraînait mon mal être. J’étais habitué aux émotions fortes mais pas à celles-là. Elles me détruisaient. Je rassemblais toutes ses fringues que j’avais posées sur la chaise et les lui déposais près d’elle sur le canapé. Je devais agir, je me sentais me décomposer de plus en plus. Et la voir dans cet état, contempler la morsure, les dégâts, sa tristesse, la mienne. J’avais l’impression que je pouvais m’effondrer d’un instant à l’autre. Mon instabilité n’avait jamais été aussi violente. Ce que je ressentais ne l’avait jamais été non plus autant. Je restais au milieu de la pièce à contempler un point imaginaire alors que je lui déclarais d’une voix lointaine « Je peux t’appeler un taxi. » Pourquoi cette séparation était tellement insupportable ? J’avais érigé toutes mes barrières entre nous, non ? J’avais joué la sécurité autant que possible. Alors pourquoi ? Était-ce trop tard ? Non, ça ne pouvait l’être. Non. Non. Non.

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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 12:57




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Son silence était édifiant. Il ne pouvait pas me dire que tout ça ne comptait pas parce que c'était faux. Je vis son masque d'impassibilité se craqueler à mesure que je le criais dessus et quand il finit par parler, il ne fit que confirmer indirectement ce que je savais déjà. C'était difficile parce qu'il ne désirait pas que ça s'arrête, pas plus que moi. Il prenait cette décision pour une raison qui m'échappait et il refusait de m'expliquer. Cela me mettait hors de moi, cela me brisait. Et bien si, j'allais lui rendre les choses plus difficiles, je n'allais pas le laisser mettre fin à notre histoire sans rien dire. Si cela devait être notre dernier tête-à-tête, j'allais lutter jusqu'au bout pour lui faire entendre raison. J'étais assez forte pour ça, c'était même la seule chose pour laquelle je me sentais vraiment capable de me dépasser.

- Si tu crois que je vais te faciliter les choses en me taisant et en partant sans me battre pour toi, tu n'es vraiment qu'un idiot !

Sa vie était compliquée, disait-il. J'eu presque envie de rire. Et la mienne ? Bien sûr j'avais moi aussi envisagé de le quitter, de partir loin de lui pour sa sécurité, mais je n'avais pas pu m'y résoudre. J'avais cru que c'était de la lâcheté, mais je ne savais plus. Au fond, n'était-ce pas du courage ? De la folie sûrement, mais aussi du courage, de miser sur lui alors que tout était contre nous et que l'avenir était tellement incertain?
Chaque mot suivant me fit plus mal que le précédent. Si rien de tout ça n'était normal, si rien de tout ça ne fonctionnait, pourquoi était-ce si dur d'y mettre fin ? Oui, il m'avait prévenu et je ne l'avais pas écouté, parce que je croyais en lui alors qu'il était incapable de le faire. Il voulait que je parte, que je trouve quelqu'un d'autre, que je l'oublie…?

Il s'éloigna de moi alors que je secouai la tête, secouée par cette dernière injonction. Je ne pouvais pas l'oublier. Six mois de cavale n'avaient pas réussi à me le faire oublier, n'avaient pas réussi à me faire renoncer à lui. Je l'aimais. Je ne pouvais pas l'oublier, je ne pouvais pas faire comme si de rien n'était. Je me sentais au bord de l'implosion, mon cœur affolé se débattait contre l'étau qui se resserrait autour lui.
Je ne sais pas comment je trouvai la force de garder un air déterminé alors que je ressentais tellement l'envie d'éclater en sanglots. Je n'avais pas encore dit mon dernier mot.

- Tu crois vraiment que je joue ? Tu crois que tout ça n'est qu'une blague pour moi ? Tu n'as rien compris. Je ne te laisserai pas tout gâcher pour les mauvaises raisons. Si tu veux que ça s'arrête entre nous, il va falloir être plus convaincant que ça.

Sans même avoir le cran de me regarder, il proposa de m'appeler un taxi et je suffoquai presque devant son culot. J'avais envie de l'insulter. J'étais tellement furieuse et tellement confuse. Le fait qu'il me cache quelque chose était évident et me rendait presque paranoïaque, je me sentais à deux doigts de l'hystérie la plus complète. Il était hors de question que je parte tant que je n'avais pas eu la réponse que je voulais !

- Je ne partirai pas d'ici tant que tu ne m'auras pas donné la réponse que j'attends. Alors quoi ? Dis-le ! Dis-le que je suis un tel poids pour toi !  Tu aurais préféré que je meure, toute seule, là-bas ? Si j'étais morte au moins tu n'aurais plus à te torturer pour savoir quoi faire de moi !

Je posais ma main sur ma bouche dans un hoquet de surprise, horrifiée par mes propres mots. Il fallait que je me calme, il fallait que je me reprenne. Ces accusations étaient injustes, je savais bien que ce n'était pas vrai, mais je voulais le faire réagir, de n'importe qu'elle façon.

- Je ne te comprends pas… si c'est cette histoire de vampire, je n'ai jamais entendu quelque chose d'aussi grotesque ! Je ne serais pas moins en danger en étant loin de toi ! Il pourrait m'arriver n'importe quoi ! Je pourrais me faire renverser par une voiture ou me rompre le cou dans les escaliers, est-ce que tu crois que tu te sentirais mieux parce que tu as coupé les ponts avec moi ? Est-ce que tu crois sincèrement que ce serait plus facile sous prétexte que je serai loin de toi ?

Je comblai à nouveau la distance entre nous, l'obligeant à me regarder en glissant ma main sur sa joue. Je n'étais que contradiction. J'étais violence, j'étais terreur, je voulais hurler, je voulais pleurer, je voulais l'embrasser, je voulais le frapper. Je ne pouvais pas m'empêcher de le toucher, j'avais besoin de ce contact pour me rassurer pour m'ancrer dans mes convictions.

- Alors, c'est ça que tu veux ? Tu veux vraiment que cette dispute soit notre dernière conversation? C'est comme ça que tu veux te souvenir de moi ?

Il ne comprenait pas que j'aurais pu appeler n'importe qui la veille au soir. Les secours, Maka, ou même Mc Borough, n'importe qui, mais je l'avais appelé lui. Parce que j'avais eu peur de mourir et que si cela avait du arriver, j'aurais voulu le voir, lui, une dernière fois… c'était peut-être stupide, c'était sûrement insensé, mais c'était comme ça. Et pourtant, si j'avais imaginé à quelles extrémités cela le conduirait, je ne l'aurais jamais appelé.
Ma gorge se serra. Je ne pouvais pas le laisser partir, il était tout ce à quoi je me raccrochai, sans lui j'allais sombrer. J'étais au bord du précipice et il allait m'y jeter définitivement s'il continuait. Je m'agrippai à son tee-shirt sans détourner mes yeux humides de ses deux océans perturbés. J'étais paniquée et pourtant, j'essayais de continuer à garder la tête hors de l'eau. Si je cessai de me débattre, j'allais me noyer.

-Ma vie aussi est compliquée, mais elle l'est moins quand je suis avec toi... tout me parait plus supportable quand je suis dans tes bras...

Je sentais mon assurance se fendiller pour laisser entrevoir ma vulnérabilité et mes faiblesses et cela me rendait malade. Je ne pouvais pas encore craquer. Je le sentais perdu et je devais être forte pour nous deux. Je ne voulais pas perdre cette bataille, je ne pouvais pas la perdre.  Je lui jetai un regard suppliant et ma voix se brisa malgré moi:

- Ne fais pas ça, Camille... ne me repousse-pas... je t'en prie, ne me laisse pas...

Je savais que ce n'était pas ce qu'il voulait. Je savais que rien de tout ça n'était raisonnable, mais je ne voulais plus être raisonnable, je me foutais des conséquences. Frôler la mort de si près me l'avait fait réaliser. Peu importait le temps qu'il me restait, je voulais le passer avec Camille, et il avait beau lutter et protester, mentir et me repousser, je savais qu'il le désirait aussi.


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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 13:56




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J’attendais qu’elle comprenne, j’attendais qu’elle me quitte, j’attendais de me retrouver seul, comme toujours. Mais elle reprit la parole et balança des mots qui m’étranglèrent. J’en eus le souffle coupé. J’avais envie de bondir sur elle pour la secouer violemment afin qu’elle reprenne ses esprits. Ce qu’elle venait de me dire me choquait à un point impensable, j’étais… écoeuré. J’écarquillais les yeux et la regardais ensuite furieusement. « Putain ! Becky ! Tu crois que je me donne tout ce mal pourquoi ? Comment peux-tu penser que je souhaite ta mort ! Comment est-ce que tu peux me foutre ça en plein visage ? » Ma colère me fit serrer mes poings et je dû être vigilant. Les frissons familiers qui roulaient doucement sur ma peau me disaient de me calmer avant que l’animal ne reprenne le contrôle. Ça serait la dernière chose qu’il faudrait là, que je me transforme. La hargne dominait, j’avais envie de prendre toutes ses affaires, de lui fourrer dans ses bras, d’appeler quelqu’un pour qu’elle parte et vite. Qu’on en finisse une bonne fois pour toute. Bordel pourquoi je l’avais laissé entrer dans mon quotidien ? Pourquoi j’avais refait cette erreur ? Je nous mettais en danger. Elle revint à la charge et mon énervement demeurait. C’était mon dernier rempart après ça, je savais que je n’allais plus savoir gérer la distance. Il fallait qu’elle s’en aille avant que ça arrive. Honnêtement, je le savais que si je l’éloignais c’était aussi pour moi. Je savais que c’était aussi égoïste de la souhaiter proche que lointaine. Toute cette histoire était dysfonctionnelle, ne pouvait-elle pas le voir. Elle était un caprice, elle était un détour sur le chemin que je m’étais fixé. Elle était un imprévu. Un imprévu que je croyais pouvoir maîtriser. Mais nous y étions. Au moment où tout ça allait voler en éclats. Couple ou pas, nous arrivions à la fin de ce que nous partagions. Quand elle abolit la distance, qu’elle me toucha, je sentis l’adrénaline remonter d’un seul coup. Je ne pouvais pas la laisser se faire détruire par ce que j’étais et ce que j’avais fait. Je m’emportais et ma voix monta d’un ton. Je lui balançais tout ça très vite. « Oui, je le crois. Rebecca, tu ne sais pas ce qu’il se passe. Tu ne peux pas comprendre, ça te dépasse. Les choses vont empirer et je suis incapable de te protéger. C’est que je veux, c’est que tu t’en ailles et que tu ne m’approches plus. Je veux que tu sois en sécurité. Ce que je veux c’est que tu sois heureuse, bon sang pourquoi tu ne veux pas comprendre. » Elle s’agrippa alors à mon t-shirt et ses intonations brisées firent tomber une bonne partie de ma rage. Je voulais avancer mes mains pour la faire se décrocher mais je n’y arrivais pas. Je la regardais en réalisant que je devais laisser filer ce qui avait été la relation la plus passionnée et la plus poussée que j’avais eu de mon existence. Sa supplique finit par complétement rompre tout ce que je contenais, tout ce que j’avais toujours contenu. J’avais à peine la force de tenir debout.

Tout ça était trop douloureux, je me reculais et m’assis sur le bord de mon matelas juste derrière. Je pris les mains de Becky dans les miennes et plantais mes yeux dans les siens. Ma voix se cassait à chaque fin de phrase mais ça n’avait plus d’importance. Je ne réfléchissais plus, je ne me préservais plus. Pour la première fois depuis que je l’avais rencontré, j’étais honnête avec elle et avec moi. « Je n’aurais jamais dû te laisser entrer dans ma vie. Je n’aurais jamais dû croire que ça irait. Je suis tellement désolé. Rebecca… Je ne suis pas celui que tu crois. C’est pour ça qu’il faut que tu partes. J’aurais vraiment voulu pouvoir être à la hauteur. Mais je ne le suis pas. Je ne peux plus être avec toi pas parce que j’en ai plus envie. Parce que je le dois. Je ne peux rien t’expliquer. Je ne peux pas me justifier. Tu… comptes déjà bien trop pour moi et je ne veux plus rien risquer. C’est parce que tu es importante que je dois te lâcher. » Je ne sais pas pourquoi les mots continuaient de couler comme ça. Dans l’urgence de la situation, j’avais besoin de les dire au moins une fois. Avant qu’on se quitte définitivement. C’est comme si ces mots, je les lui devais. « Merci. Merci pour tout ce que tu m’as apporté. Tu es une femme extraordinaire, Rebecca. Je ne regrette rien même si je n’aurais pas dû nous laisser continuer dans cette folie. Tout ça, c'est ma faute.» Je serrais un peu plus ses paumes dans les miennes et fermais les paupières. J’avais l’impression que je pouvais d’un moment à l’autre basculer et lui dire de ne plus partir. Je supportais à peine l’air qui entrait et sortait dans mes poumons. Ma gorge était tellement serrée que j’eus l’impression d’être aphone pendant quelques instants. « Je t’en supplie, laisse-moi. C’est pour ton bien que je fais ça. » Ca ne pouvait plus être pour le mien, je souffrais déjà tellement. Ça me faisait peur ce néant qui m’engloutissait et ça me faisait peur de la voir se battre pour tout ça. J’aurais voulu pouvoir l’embrasser, pouvoir la serrer contre moi encore une fois. Mais maintenant, tout ça était fini. J’étais et je resterais définitivement seul. C’était ça le prix de mon passé, c’était ça que j’allais trainer jusque dans la tombe. Mon crime, mon châtiment.

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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 15:48




You Found Me...


J'avais enfin réussi à le faire réagir et sa colère valait mieux que sa fuite ou son indifférence. Sa voix monta crescendo tandis qu'il m'assénait que je ne savais rien, que je ne pouvais pas comprendre, que tout ça me dépassait et que cela allait encore empirer. Il ne pouvait pas me protéger, répétait-il. Et il voulait que je m'en aille et que je ne l'approche plus jamais.
Comment pouvait-il me dire ça et ensuite dire qu'il me voulait heureuse ? Qu'il me voulait en sécurité ? Il avait raison, je refusais de comprendre. Tout ça n'avait aucun sens.

- Pourquoi tu continues à dire que je ne peux pas comprendre ? Explique-moi au moins ! Laisse-moi une chance d'essayer ! Quoi que ce soit, je peux l'entendre ! Je n'ai pas besoin que tu me protèges !

On pouvait gérer ça tous les deux si seulement il me laissait comprendre l'étendue du problème. Mais déjà il m'échappait, reculait pour s'asseoir sur le bord du matelas derrière lui. Il prit mes mains dans les siennes et ce contact me fit frissonner. J'étais en train de le perdre, j'étais en train de perdre la bataille, la guerre toute entière et son regard me confirmait qu'il pensait tout ce qu'il disait, que cela était aussi douloureux pour lui que pour moi, mais qu'il faisait ce qu'il pensait devoir faire. Sa voix était rauque tandis qu'il m'en disait plus qu'il ne l'avait jamais fait, sans pour autant tout me dévoiler. Ses mots tournèrent dans mon esprit. Il ne pouvait pas m'expliquer, il ne pouvait pas se justifier. Donc en résumé, tout ce qu'il faisait c'était me repousser, en m'avouant à demi-mots que je comptais trop pour qu'il prenne le risque de me perdre. Il préférait m'obliger à partir plutôt que de subir ma perte. Ce qu'il disait, je l'avais pensé mille fois moi-même et je commençais seulement à comprendre que son secret pouvait avoir des proportions aussi gigantesques que le mien. Ce mystère qui l'entourait, était en train de nous séparer. Ses excuses me tuaient, chaque mot était une torture. Il fallait que je proteste, il fallait que je dise quelque chose et les phrases sortirent sans que je n'ais pu d'abord les contrôler, chaotiques, s'entrechoquant, tremblantes :

- Moi non plus, je ne suis pas celle que tu crois, moi aussi j'ai lutté contre nous et pour quel résultat ? Regarde-nous ! Je souffre mille fois plus aujourd'hui de tout ce que tu me dis que je ne l'aurais jamais imaginé. Tu ne comprends pas ?  C'est trop tard ! Tu ne peux pas me préserver et je n'ai pas su me protéger moi-même. Si tu me lâches aujourd'hui, tu vas m'achever….


Et je le pensais. J'en étais persuadée. Nous étions allés trop loin, arrêter les choses maintenant ne ferait que les empirer. J'allais me perdre moi-même… Je serrais sa main avec affolement.

- Je sais ce que ça fait d'avoir un secret si lourd que tu n'oses le confier à personne… crois-moi, Camille, je le sais ! J'ai eu tellement mal quand j'ai du partir et te laisser, mais je n'avais pas le choix ! Ne m'abandonne pas alors que toi tu l'as…

Ses remerciements me brisèrent définitivement le cœur et je le dévisageai en secouant la tête alors qu'il disait que toute cette folie était de sa faute. Mais il avait tort. J'étais aussi fautive que lui. Je ne pouvais pas lui laisser porter seul la responsabilité de notre chaos.

- Camille…

Camille a écrit:
« Je t’en supplie, laisse-moi. C’est pour ton bien que je fais ça. »

Mon bien était le dernier de mes soucis, je savais que je ne serai plus jamais bien sans lui. Mon futur m'importait peu s'il devait ne pas en faire partie. Je tombais à genoux devant lui et prit son visage entre mes mains tremblantes pour poser mon front brûlant contre le sien:

- Je ne peux pas, sanglotai-je. Je n'y arriverai pas. Ne me demande pas ça…

Et désespérée, je soudai mes lèvres aux siennes dans un baiser passionné, comme si cela devait être le dernier. Et c'était peut-être bien le cas…


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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 20:06




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Non… Non ça ne pouvait pas être trop tard. Elle ne pouvait pas dire ça. Mes sourcils s’arquèrent laissant toute ma vulnérabilité s’étaler sur mon visage quand elle dit que si ça se terminait ça l’achèverait. Comment en étions-nous arrivés à ça ? Je ne comprenais plus rien. Chaque parole me montrait son attachement envers moi, ça me soignait, ça me blessait et ça en continu. A quel point nous étions nous enfoncés dans cette histoire ? Je n’avais pas de recul, je n’avais pas un bon angle de vue. Mais jamais personne ne s’était mis dans un état pareil pour moi. Personne. Et celle qui le faisait n’était pas n’importe qui en plus. Pourquoi fallait-il que tout soit si compliqué ? Je savais qu’entre nous de lourds secrets s’alignaient. J’ignorais les siens mais ceux que je possédais était suffisant pour qu’on maintienne une certaine distance l’un avec l’autre. C’est pour ça qu’il fallait que je sois le plus fort des deux-là. Les causes de son départ toujours aussi incertaines revinrent danser entre nous, mystérieuses, incompréhensibles, inaccessibles pour moi. Je ne voulais pas en démordre mais je ne savais plus quoi lui dire. Je ne savais plus rien du tout et quand elle tomba à genoux devant moi, tout ce qu’il me restait de détermination sombra dans ses sanglots. Ma voix tremblait alors que je murmurais son prénom juste avant qu’elle ne vienne m’embrasser. Ce baiser avait quelque chose d’empressé, quelque chose qui dépassait le désespoir. Je ne savais plus où j’en étais. J’étais brisé. J’étais angoissé. J’étais perdu. Et ses lèvres avaient le goût de la vérité. Mes bras l’entourèrent, je la pris par la taille pour la soulever, calais ses jambes de part et d’autre des miennes, l’assis face à moi sur mes genoux en continuant à l’embrasser comme si nous allions mourir dans la minute qui suivrait. C’était peut-être vrai. Je ne savais plus si ce que je devais faire écrasais encore ce je souhaitais vraiment. J’étais complétement paumé. Je finis par me décoller pour caler ma tête sur son épaule. « On ne devrait pas Becky… »

De ma position, j’avais une vue aisée sur la morsure qui consumait toujours sa chair. Apparemment mes soins de la veille avaient bien fonctionnés, ça me consola sommairement. Mes vieilles habitudes avaient portées leur fruit au moins. Dire que c’était sûrement moi qui lui avais causé ça. Je venais poser  ma bouche sur sa cicatrice. «  Je suis tellement désolé. » Pour tout. Tout. Je me redressais pour la serrer contre moi. Je ne savais plus quoi faire. J’étais lessivé émotionnellement et physiquement par ma nuit blanche à remuer tout ça. Je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle s’accroche à moi autant. Je ne comprenais pas pourquoi elle le faisait en fait. « On ne peut pas continuer comme ça. Je vais te détruire, Rebecca. Regarde dans quel état tu es… » Je pris son visage dans mes paumes et effaça ses pleures de mes pouces. « Tout ça, c’est trop intense pour moi et pour toi aussi. On ne maîtrise plus rien. On ne peut pas continuer, non. » Je lui offris un sourire triste. « Tu sauras passer au-dessus de ça. Je sais que tu en es capable. Tu mérites mieux que ça et tu le sais. » Je me détestais et pourtant, je continuais en passant ma paume dans ses cheveux. « Je ne peux pas te mettre en danger. Je ne peux pas être avec toi de la façon qu’il faudrait. » J’avais la communauté à gérer. J’avais déjà tellement de vie à protéger. Rebecca n’aurait pas toute mon attention et je ne voulais pas ça pour elle. Je cherchais à me convaincre. Je la regardais, la détaillais et en pleine contradiction, je l’embrassais à nouveau en la collant férocement à moi. Je ne pouvais pas faire ça, je ne pouvais pas l’obliger à partir. Ca allait me détruire. Non, ça ne le pouvait pas. Je devais rester focaliser mais… Je souffrais quoique je fasse, quoique je décidais. Parce que c’était Rebecca, mon amie, mon ancienne voisine celle qui avait traversé trois années avec moi. Ce n’était pas une amante de passage. C’était bien plus que ça mais je ne définissais pas sa signification par choix, par lâcheté. A bout de souffle, je venais poser mon front sur le sien et la supplia « Je n’ai plus la force de te repousser… Alors je t’en prie… Aide moi et laisse-moi. Je ne veux pas… Je ne peux pas … Rebecca…  » Je fermais les yeux et laissais ma peine me mutiler la poitrine. « Ne me laisse pas te détruire. Je ne pourrais jamais me le pardonner. »
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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 23:33




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Ses bras m'entourèrent et il me souleva pour m'installer sur ses genoux, me rendant mes baisers comme si la fin du monde était proche. Et c'était peut-être le cas, au fond. J'avais l'impression que l'univers s'écroulait sous mes pieds et que j'étais impuissante à le sauver, à nous sauver. Tant qu'il m'embrassait, je pouvais tenir, je pouvais continuer à respirer. C'est comme s'il était devenu l'oxygène dont mon corps avait tant besoin pour avancer. Je ne voulais pas qu'il arrête de m'embrasser, jamais. Pourtant, il se détacha et je sentais à quel point cela lui était difficile.

Camille a écrit:
« On ne devrait pas Becky… »

Qui avait décidé ça ? Pas moi. Alors je me foutais de ce qu'on devrait ou ne devrait pas faire. Je m'accrochai à lui, refusant qu'il parte, qu'il me laisse, qu'il abandonne. Il posa doucement ses lèvres sur ma plaie et ses excuses me firent le serrer plus fort contre moi, mon cœur mutilé continuant à se serrer devant les accès de culpabilité et de douleur que je percevais dans sa voix. Il était la seule chose à laquelle je pouvais me raccrocher. Si je perdais pied, je le perdais. Je devais absolument garder le peu de contrôle qu'il me restait sur les évènements. Si l'on se séparait maintenant, si je m'éloignais de lui, si je quittai cet appartement, c'en était fini de nous, de moi, de lui. Je ne pouvais pas supporter cette idée.  Il me caressa le visage pour effacer mes larmes mais ses mots en apportèrent de nouvelles.

- Non… soufflais-je en secouant la tête, l'embrassant entre chaque mot comme pour contrer les siens. Non, arrête… tais-toi…tais-toi… Camille, je t'en supplie, tais-toi !

Je ne voulais pas entendre ça, je ne voulais pas l'écouter, je ne voulais pas le croire. Oui tout ça était trop fort pour nous, ça nous dépassait complètement mais c'était aussi l'une des raisons pour lesquelles on ne pouvait pas tout arrêter. Je n'avais jamais vécu ça avec personne. Ce qu'il y avait entre nous était unique. Démesuré, effrayant, inhumain peut-être, mais unique. Notre lien ne pouvait pas être défait, quoi qu'il en pense, quoi qu'il tente. Je ne voulais pas avoir à surmonter son absence, je ne voulais pas en être capable. Il glissa sa main dans mes cheveux et me regarda avant de se remettre à m'embrasser en me serrant plus fort contre lui. Je me sentais déboussolée alors que lui-même n'arrivait pas à savoir ce qu'il voulait. Haletant, il vint poser son front contre le mien et ses suppliques m'anéantirent.

Camille a écrit:
Je n’ai plus force de te repousser…

- Alors ne le fais pas…  

Camille a écrit:
Je t’en prie… Aide moi et laisse-moi. Je ne veux pas… Je ne peux pas … Rebecca…  

Un trou béant gisait dans ma poitrine. Je secouai la tête, non, il ne pouvait pas me demander ça, je ne pouvais pas, j'en étais incapable. Il ne pouvait pas tout remettre entre mes mains. J'étais faible, j'étais paumée, j'étais ridiculement fragile et si je prétendais tout savoir, je savais surtout que je ne savais rien. La seule chose dont j'étais certaine c'était que je l'aimais et que le quitter était au-dessus de mes forces.
J'étais perdue, nous l'étions tous les deux. Je ne voulais pas qu'il me repousse, je ne voulais pas qu'il me force à le faire à sa place. Son état me bouleversait et je me sentais terriblement coupable, totalement déstabilisée, ébranlée. C'était ma faute. Je le faisais souffrir. Je le torturais en refusant d'accepter la fin de notre histoire. Je m'accrochai à lui en dépit du bon sens, en dépit de ce qu'il me conjurait de faire.  Mes sentiments occultaient tout le reste, je ne voulais plus en faire abstraction, je ne voulais plus les ignorer, je ne voulais plus les subir, je voulais les vivre, profondément, intensément, ardemment. Il était ma faiblesse. Mon corps tout entier était irrémédiablement attiré par lui, avait irrépressiblement besoin de lui et mon cœur semblait avoir décidé qu'il ne battrait plus jamais si ce n'était pour lui. Toute cette histoire, tout ce désir nous consumaient déjà, il était trop tard, bien trop tard pour tout arrêter. Nous avions cru nous protéger suffisamment, nous avions cru faire ce qu'il fallait pour ne pas souffrir, mais nous avions tort. Nous étions aveugles, nous étions stupides, et rien ne pouvait nous faire revenir en arrière à présent.  

Camille a écrit:
« Ne me laisse pas te détruire. Je ne pourrais jamais me le pardonner. »

Mes sanglots moururent dans ma gorge alors que je prenais son visage entre mes mains. Je voulais tellement le rassurer, l'apaiser, faire taire la peur et disparaître la tristesse de ses traits.
Je voulais l'aider, je le désirais plus que tout, mais je ne pouvais pas partir et le laisser. Ce n'était pas l'aider que de fuir, nous devions affronter ça, tous les deux.

- Ça n'arrivera pas… ça n'arrivera pas, Camille, je te le promets…

Il fallait qu'il me croie, il fallait qu'il me fasse confiance. Il n'y avait qu'une façon pour qu'il me détruise et c'était de m'obliger à tout arrêter. Et je n'allais pas le laisser faire, ça non.
Je l'embrassai à nouveau, lui insufflant toute l'assurance, tout l'espoir et toute la conviction dont j'étais capable.

- Je te laisserai pas faire… chuchotai-je contre ses lèvres, tremblante. Tu ne me détruiras pas… je te laisserai pas me détruire… je te laisserai pas me laisser…

Mon désespoir s'était mué en fougue et mes baisers se firent plus pressants. Mes mains agrippèrent son tee-shirt et le tirèrent au dessus de sa tête tandis que mes lèvres dévoraient les siennes et que mes mains tenaient toujours son visage de peur qu'il tente encore de s'éloigner. Mais c'était terminé. J'avais gagné cette bataille… le reste pouvait bien attendre.  J'avais besoin de le sentir contre moi, j'avais besoin que nos corps communient de la façon qui leur était la plus naturelle, je voulais effacer tout ce qu'il venait de se passer et qu'il ne reste que la promesse qu'il ne me quitterait pas. Je voulais qu'il oublie cette idée que je ne supportais pas. Je voulais qu'il se perde en moi comme je me perdais en lui et en notre relation, je voulais qu'il cesse de se torturer, qu'il ne pense qu'à moi, à mon corps, à mes baisers. Je le voulais lui, il était tout ce que je voulais et, à présent, cela ne me faisait plus peur...


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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Lun 1 Juil - 0:50




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Elle continuait. Elle s’agrippait de plus en plus férocement à ce que nous étions alors que je me concentrais sur ce que nous n’étions pas - exempt de passé, de démons, de dangers et de secrets. Rien de tout ceci n’avait une raison valable de subsister. Elle allait mourir par ma faute et ça, sur ma conscience, je ne pourrais pas le tolérer. La perdre serait invivable, je ne pourrais pas me remettre de ça. Elle était ma limite. C’est pour ça que je devais la dépasser en l’éloignant. Mes pas incertains ne  parvenaient pas à franchir cette ligne fictive parce qu’elle me retenait de toutes ses forces, parce qu’elle était là et que de l’autre côté, j’allais être seul. Pas seulement seul, seul sans elle. J’aurais pu tirer sur les bras qu’elle nouait autour de moi pour foncer mais à la place, je lui demandais de relâcher la prise.  Ce qu’elle ne fit pas du tout. Comment pouvait-elle jurer qu’il n’arriverait rien ? Elle ne savait même pas ce qu’il se passait réellement. Pourquoi plaçait-elle une confiance aussi aveugle en moi, en elle et en… « nous » ? Elle n’allait jamais réussir à survivre, elle était suicidaire mais apparemment, elle n’en avait pas conscience. Et moi, moi je ne savais plus avancer. Je savais à peine respirer. Elle combla mes phases d’apnée en reprenant ma bouche et je m’accrochais à ses baisers avec autant de férocité qu’elle. Elle brisait toute ma volonté, elle étouffait toutes mes tentatives de fuite,  elle me démantelait un peu plus.  Je n’avais plus la force de rien, juste de la contempler et de l’écouter. Je grimaçais douloureusement quand je compris qu’elle venait de gagner. J’ajoutais inutilement « Non… Ne dis pas ça. » Elle n’en était pas capable. Nous n’étions pas capables de nous préserver. Et ça, c’était sans doute ma plus grosse erreur mais oui, c’était trop tard. Trop tard pour encore envisager la course sans regrets, sans regard en arrière.  Ses lèvres me firent taire et ses mains retiraient mon t-shirt comme si symboliquement, elle faisait tomber mon dernier rempart. Je n’allais plus la repousser. Je n’allais plus aller à l’encontre de ce que nous vivions. Plus aujourd’hui en tout cas. Maintenant que cette évidence et ce fait étaient établis, chacun de ses contacts ne devenait plus coup ou ecchymoses sur ma peau mais bien pansement. Notre chagrin animait encore nos gestes. Les miens en tout cas. Je voulais la sentir contre moi. Je voulais qu’elle chasse mes doutes, la somme de mes délits, les succubes qui grattaient encore ma poitrine. Je voulais qu’elle me redonne vie, qu’elle me comble de sa chaleur, de son affection, de tout ce qui la composait.



Mon pouls ne parvenait plus à se calmer et je n’attribuais pas ce fait uniquement à ce qu’il venait de se passer mais surtout à ce qu’il allait se passer. Et maintenant ? Après tous les ravages que nous venions d’essuyer, comment allait-on gérer la suite ? Ou plutôt comment allions-nous ne pas la gérer dans mon cas ? J’essayais de reprendre mon souffle alors que Rebecca était toujours allongée sur moi. Mon bras barrait son dos pour se finir sur ma  main posée sur sa hanche. Je glissais mon nez dans ses cheveux. Nous n’avions rien résolu. J’avais juste réalisé que partir n’était plus l’option la plus aisée et ma porte de sortie. Mais là, je ne voulais plus revenir là-dessus, je ne voulais plus penser. La vue de sa morsure me rappela autre chose et après un bon quart d’heure de silence où nous ne profitions tous deux que des bras de l’autre, j’articulais avec mes intonations toujours aussi enrouées «  Tu n’as rien mangé et tu as perdu pas mal de sang hier. » Elle allait finir inconsciente si elle continuait comme ça. C’était encore ma faute, j’aurais dû la ménager plutôt qu’engendrer cette démence. Je me redressais, lui pris le menton et l’embrassais le plus langoureusement possible avant de déclarer « Il faut que tu avales quelque chose. J’ai des céréales et du pain. Peut-être qu’il me reste des pâtes aussi. » Je n’avais pas envie de me lever et de ne plus être du tout en contact avec son corps mais je ne voulais pas qu’elle me fasse un malaise. Je passais le dos de ma main sur sa joue. « Dis-moi ce que tu veux. »
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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Lun 1 Juil - 15:40




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Ses dernières résistances finirent par céder, mais je savais que sa rédition n'était que temporaire. La tempête était derrière nous, même si ses échos voilaient encore nos regards, mais elle reviendrait. Je n'avais pas fini de me battre avec Camille, pour Camille. La crise avait été si violente, j'avais été si près de le perdre, que je réalisais seulement à présent avec quelle férocité j'avais lutté malgré mon propre état. Ce qu'il me restait de culpabilité face à sa détresse était en train de disparaître, car c'est ce que j'avais perçu, bien dissimulé sous la surface de sa carapace, qui m'avait poussé à ne pas abandonner.

Si notre histoire n'avait pas eu d'importance à ses yeux, je n'aurais jamais tant insisté. J'aurais souffert, bien sûr, mais j'aurais été la seule à blamer et je me serais retirée avec dignité. Si je n'étais pas partie, si je ne l'avais pas laissé comme il m'avait supplié de le faire, c'éait parce que j'avais soudainement réalisé que Camille partageait mes sentiments, même s'il était incapable de le comprendre ou de l'accepter pour le moment. Je ne m'étais pas égoistement battue que pour moi, je m'étais battue pour nous, pour ce qu'il m'avait avoué au beau milieu de notre dispute sans même s'en rendre compte.  Je n'aurais jamais pu le faire changer d'avis s'il n'avait rien ressenti pour moi, si je n'avais pas compté pour lui. Je m'étais faufilée dans les brèches secrètes de son coeur, celles dont il n'avait même pas conscience.

Je n'avais jamais ressenti ce que je ressentai pour lui. Je ne m'étais jamais accroché à quelqu'un avec tant de force. Cela me donnait le vertige, mais je n'avais plus peur. J'avais pris la bonne décision, la première de ma vie peut-être, la seule que je ne regretterai pas quoi qu'il arrive. La prochaine crise pouvait bien arriver, je l'attendais. Je la surmonterai comme j'avais surmonté celle-là, même si j'en ressortais épuisée et déchirée. Camille était mien et j'étais sienne. Tant que je serais persuadée que nous étions fait l'un pour l'autre, je ne le laisserai pas flêchir, je ne le laisserai pas abandonner, je ne le laisserai pas me quitter. Je l'aimais et j'allais attendre qu'il s'en rende compte et qu'il réalise que c'était réciproque. Je serais patiente, j'avais tout mon temps, je n'allais aller nulle part.

C'était ironique quand on y pensait. Moi qui étais si faible, si fragile,  j'étais pourtant assez forte pour tenir le coup, assez forte pour me battre contre lui, contre moi, et tout ça seulement pour nous. Je misais gros sur cet avenir pourtant si flou et si dangereux. Mais à quoi bon souffrir de son absence, de son manque, si je devais mourir demain ? Je voulais profiter de chaque seconde, de chaque instant dans ses bras, parce qu'il avait raison sur un point, cela risquait bien ne pas durer toujours. Mais il avait tort de penser que ce serait plus facile si nous étions séparés. La distance n'amoindirait pas ce que nous ressentions et n'apaiserait pas notre chagrin s'il devait arriver quelque chose. Je préferais vivre les choses à fond. Mieux valait des remords que des regrets.

Je n'avais jamais fait preuve de tant de détermination pour quoi que ce soit. Je ne me souvenais pas avoir jamais ressenti une telle confiance, une telle conviction et celle-ci ne fit que se confirmer lorsqu'il me plaqua contre lui, retirant sauvagement mes vêtements pour me caresser et m'entraîner avec lui sur le lit. Voilà où était ma place. Telle une tigresse, je protégeais les miens, je garantissais la sécurité de ma famille. Et Camille était ma famille désormais. Je l'avais blessé dans notre lutte - mon propre coeur était encore en lambaux- et à présent avec chaque baiser, chaque caresse, je voulais le soigner, l'apaiser, le réconforter. J'allais chasser ses doutes et ses peurs loin de nous, de nos ébats, de ce cocon que je voulais préserver.

La détresse guidait encore nos gestes mais était peu à peu remplacée par la passion et l'abandon. Oui c'était exactement ça, notre lutte acharnée nous avait broyés, mutilés, et il n'y avait qu'en s'abandonnant l'un à l'autre que nous nous sentirions à nouveau complet. Ses baisers étaient brûlants, empressés, rageurs, et je ne pouvais, ne voulais surtout, pas résister. Nos corps s'épousèrent parfaitement, comme ils le faisaient toujours, retrouvant leurs marques avec un naturel déconcertant, comme si nous ne venions pas de traverser une crise monumentale. J'avais eu tellement peur de le perdre que mon corps luttait toujours alors que ma tête avait rendue les armes. Nos deux corps semblaient avoir compris ce dont nous avions besoin et s'employait à réparer les blessures que nos mots avaient provoqués. Je ne voulais plus jamais qu'il me lâche et il semblait l'avoir inconsciemment compris tant ses bras me serraient avec force. C'était brutal, sauvage, incontrolable et ce désir oppresant était bon, tellement bon... La jouissance nous prit tous deux par surprise, incroyablement violente, bruyante, électrisante. Pendant un instant de pure harmonie, nous avions fusionnée, nous n'avions plus fait qu'un. Je m'effondrai sur lui, haletante tandis qu'il posait sa main au creux de mes reins.  Aucun de nous ne voulait briser ce moment, alors nous nous contentâmes de profiter de l'étreinte de l'autre dans un silence presque religieux, uniquement bercés par nos souffles et le rythme de nos deux coeurs qui battaient à l'unisson.

Complètement épuisée, je me serais sûrement endormie dans cette position si sa voix n'avait pas fini par briser ce moment. Je répondis par un "Hmm" un peu endormi. Ha oui,  la morsure. Ce n'était rien, j'allais bien, je ne voulais pas bouger, je ne voulais pas réfléchir, je ne voulais pas reprendre pieds avec la dure réalité qui avait été si proche de nous séparer. Il bougea et je fus pourtant obligée de rouvrir les yeux. Il m'embrassa délicatement et un petit sourire se dessina sur mes lèvres lorsqu'il me parla de nourriture. Il n'avait pas tort, finalement. Je devais reprendre des forces et prendre soin de moi si je voulais être en forme et capable de résister aux futurs embuches qui ne tarderaient pas à se dresser sur notre chemin. Mais avant, je voulais le rassurer, et c'est moi qui l'embrassai cette fois, me redressant pour glisser ma main dans ses cheveux noir corbeau.

- Je vais bien... assurais-je contre ses lèvres avant de sourire un peu plus franchement.

Il me demanda ce que je voulais en me caressant la joue et je me blottis plus fort contre lui, posant à nouveau mes lèvres sur les siennes tel un baume, espérant que cela l'empêcherait de se torturer pour quelques instants encore.

- Toi... c'est toi que je veux... Mais je ne dirais pas non à un bol de céréales... ou même à toute la boîte !

En réalité, je me sentais capable d'avaler un éléphant. J'étais cassée, épuisée et pourtant parfaitement lucide. Je mourrais de faim après mon anémie et nos ébats.

Je me redressai finalement pour lui rendre la libert de ses mouvements et basculait sur le côté pour me rouler dans le drap avant de venir le rejoindre à la cuisine. Je le regardai préparer le petit-déjeuner et m'assit à table dans mon habit improvisé. Je profitai qu'il était occupé pour l'observer à la dérobée et mon coeur abimé se gonfla de tendresse. J'avais fait ce qu'il fallait, j'en étais persuadée. Le combat avait été rude, pour tous les deux, et j'espérais simplement qu'il me laisserait un peu de répit avant le prochain round.  

J'attrapai sa main lorsqu'il vint déposer le bol devant moi et je plongeai mon regard, à présent serein, dans le sien:

- Ca va ?

J'avais été horriblement dure avec lui et je m'en voulais même si je savais que cela avait été nécessaire. J'embrassai ses doigts et lui offrit un sourire doux et rassurant.

Lui aussi avait besoin de reprendre des forces, alors je lançai, l'air de rien:

- Tu sais bien que je déteste manger toute seule...

Bon sang, je n'avais aucune idée de ce qu'il allait nous arriver maintenant... mais j'étais préparée, j'étais prête....



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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Lun 1 Juil - 21:54




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La tempête ravageait sûrement d’autres contrées en ce moment mais elle n’était plus en train de nous détruire nous. Je ne misais pas sur la direction des vents lunatiques mais pour l’instant, nous profitions de cette accalmie pour nous apaiser mutuellement. Elle m’assurait aller bien, je n’en restais pas convaincu mais n’en dis rien. Après un épisode aussi traumatisant et après la scène que je lui avais jouée, comment pouvait-elle rester aussi positive ? Je l’admirais tellement et je la détestais en même temps d’être aussi butée. Je ne voulais pas causer sa perte, elle était vraiment trop bien pour moi. Je la détaillais silencieusement et me laissa submerger par une foule d’émotions qui m’étreignait rudement. Je lui cachais ça en lui tournant le dos histoire de sortir du lit alors qu’elle me libérait. Je n’avais répliqué que d’un sourire un peu bancal à sa réplique. Elle me voulait moi mais à tort et pas à raison. Même si je m’étais refusé à partir, même si nous nous étions retrouvés sous les draps, même si sa chaleur m’avait percuté, je restais passablement instable. Il me faudrait le temps de digérer ce que nous venions de vivre, tout ça avait été trop loin et m’avais fait réalisé que je n’étais pas aussi détaché que je l’aurais pensé de cette relation. J’attrapais mes sous-vêtements à la volée pour les enfiler avant de me diriger vers la cuisine. Je comptais lui apporter ça au lit mais apparemment, elle ne me laisserait pas faire vu qu’elle me suivit jusque-là pour s’attabler. J’attrapais un bol dans l’armoire, le lait dans le frigo et la boîte de céréales posée sur ce dernier. Je mélangeais le tout dans le récipient et le posa juste devant elle.

Ses doigts agrippèrent ma main, mon regard le sien. Sa question me fit baisser les yeux mais je revins bien vite les poser dans les siens afin qu’elle ne s’inquiète pas trop. Est-ce que ça allait ? Je n’en savais rien. J’étais tellement ravagé à l’intérieur et tellement confus. Je fis glisser mon pouce sur sa paume et lui répondis simplement « Ça va. Et toi ? Ta nuque ne te brûle pas ? » Je remontais ma main jusqu’à son cou pour effleurer la zone proche de la morsure. « D’ici quelques jours, ça devrait être moins visible. » Ca mettrait un mois avant de disparaître cela dit, en tout cas, c’était souvent le cas pour moi à l’époque. Après ça dépendait du temps que le vampire avait passé à prendre son sang. L’image me dégoutait littéralement. C’est pour ça que je ne voulais pas lui demander des détails. Je ne voulais pas la forcer à se souvenir de ça et moi, je n’étais pas capable de gérer les sensations que ça provoquait. L’animal voulait tellement la mort du nocturne qu’il me lacérait les entrailles et le crâne à coup de bec.  

Je replaçais doucement ses cheveux devant sa blessure, posais mes lèvres sur son front et me dirigeais à nouveau vers le plan de travail vu qu’elle m’avait fait comprendre que je devais aussi manger. Je n’avais rien avalé depuis 14h la veille et malgré ça, je n’éprouvais même pas le besoin de me nourrir. Enfin c’était faux, j’avais des crampes d’estomac mais je n’avais pas d’appétit à proprement parlé. J’optais pour la même chose qu’elle et revins avec les condiments à table avant de m‘installer face à elle. J’enfonçais ensuite la cuillère dans le contenant et tenta d’avaler un peu de son contenu sans grande conviction. Une mélodie me coupa dans l’élan. Ah oui merde, Alan. Il devait se faire un sang d’encre. Je me relevais et allais jusqu’à la salle de bain mais le temps de l’atteindre, la sonnerie s’était stoppée. D’un côté, c’était mieux comme ça. Sa panique allait renforcer la mienne et dans l’immédiat, personne n’avait besoin de ça. Surtout pas Rebecca. Je rédigeais à la va-vite un texto en lui disant que je le rappellerais plus tard et que tout allait bien puis je mettais mon téléphone en silencieux et le posais sur la table de chevet quand je revins dans la pièce principale. Je me rassis sans un mot et repris la dégustation de mon petit déjeuner là où je l’avais laissé. J’avalais quelques cuillères puis déclarais forfait. Je tentais d’esquiver le problème en articulant enfin  « Il faudra qu’on aille récupérer ta voiture aussi. Enfin, je suppose que tu as atteint le port avec… » Qu’est-ce qu’elle fichait là-bas à cette heure-là d’ailleurs ? Elle voulait vraiment se faire attaquer pour aller dans un coin aussi paumé à un moment indécent de la journée. Respecter ses secrets. Respecter sa vie privée. Respecter son silence. Je me mordis l’intérieur de la joue et embrayais bien vite « Et ton déménagement au fait ? Tout s’est bien passé ? » Voilà un sujet neutre, relativement positif bien que j’avais été vexé qu’elle ne m’ait pas inclus dans le processus – ce que je trouvais ridicule dans l’immédiat compte tenu de ce qu’elle et moi venions de traverser.

Je prenais mon bol à moitié vide et vidais le lait dans l’évier avant d’ouvrir la poubelle pour jeter le reste. Mes yeux retombèrent sur le t-shirt ensanglanté et les compresses souillées, ce qui amplifia ma nausée. Je refermais vite ça et posa la vaisselle dans l’évier avant de refaire face à Rebecca. J’allais  devoir sortir les poubelles plus tôt que prévu. Dès qu’elle serait partie, je virerais ça de mon appartement. Mais ça me faisait penser à autre chose… Je m’avançais jusqu’à ses vêtements que j’avais posé un plus tôt sur le canapé quand je voulais qu’elle s’en aille et réalisais à quel point ils étaient poisseux enfin principalement son dessus. Je revins vers elle et passais ma main dans ses cheveux quand je fus à sa hauteur. « Je te prêterais un t-shirt pour repartir. » J’essayais d’avoir la voix et l’attitude la plus calme possible, surtout que maintenant je me souvenais encore plus nettement dans quel état je l’avais réceptionnée la veille. Pas étonnant que j’en ai perdu la tête.

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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Mar 2 Juil - 0:25




You Found Me...


J'avais été un peu trop optimiste en pensant que ma question impliquerait une vraie réponse de la part de Camille. Mais il faisait des efforts, je ne pouvais pas lui en demander plus. Déjà, il me retournait la question et me parlait de ma blessure, caressant mon cou.

- Ca va, lui répondis-je en souriant. Je ne sens presque plus rien.

Ca tiraillait encore légèrement, mais c'était largement supportable, rien à voir avec ce que j'avais ressenti la veille. Je l'invitai à me rejoindre pour déjeuner et il se força à avaler quelques cuillères. Je vidai mon propre bol tandis qu'il allait répondre au téléphone. Quand il revint s'installer près de moi, je voulu lui demander qui avait appelé mais n'en fis rien. Ce que j'avais surpris tout à l'heure était encore trop frais et m'obligeait à me poser trop de questions. Ce n'était pas ce que je voulais, je ne pouvais pas gérer ça pour l'instant. J'avais épuisé ma volonté pour la journée.
 
Camille a écrit:
« Il faudra qu’on aille récupérer ta voiture aussi. Enfin, je suppose que tu as atteint le port avec… »

Je me raidis et grimaçai. Je ne voulais pas qu'il m'accompagne. J'avais eu suffisemment de mal à le calmer, à me calmer, aller là-bas ensemble était une mauvaise idée. Et je devais moi-même surmonter ma peur en y retournant par mes propres moyens sinon j'allais vivre dans la terreur et je ne voulais pas ça.

- Ce n'est pas loin, protestai-je, l'air de rien en me servant un nouveau bol de céréales. J'irai à pied. Je ne risque pas de me faire attaquer en plein jour... et puis... c'est ma faute, j'ai été imprudente, je n'arrivais pas à dormir et...

Je haussai les épaules comme pour signifier que c'était de l'histoire ancienne:

- Ca ne se reproduira plus.

J'avais vraiment eu la poisse. J'avais discuté avec un vampire ce soir-là, un vampire  civilisé, depressif presque suicidaire, mais il ne m'avait pas menacé et nous nous étions quitté en bon terme. Après ça, je n'avais pas imaginé une seconde que ça pourrait m'arriver. Si je ne me souvenais pas de tout, j'étais en tout cas convaincue qu'il ne s'agissait pas de Leslie. Et même si j'avais connu l'identité de mon agresseur, j'aurais évité de la donner à Camille que je sentais capable de partir en vendetta pour me venger. Cette idée me plaisait autant qu'elle me dérangeait. Je l'avais vraiment secoué.
Il changea de sujet et j'embrayais sur cette diversion bienvenue.

Camille a écrit:
« Et ton déménagement au fait ? Tout s’est bien passé ? »


- Ca m'a pris au moins une bonne heure, le temps de faire l'aller-retour ! Répondis-je amusée. Le plus long a été de contacter le proprio et de décider de ce que l'on allait faire de mes affaires. Du coup, je lui loue le garde meuble le temps que j'ai mon propre appart, je ne pouvais pas tout ramener chez mon amie, c'est temporaire. Et puis, Livingston...

Je fis la grimace pour lui faire comprendre que je ne me voyais pas y vivre définitivement. Cela plaisait apparemment à Makayla, mais j'avais d'autres besoin. Comme celui d'être au plus près d'un beau brun envoûtant.

- Je t'embaucherai pour le vrai déménagement... promis-je avec un clin d'oeil.

Camille débarassa la table et revint vers moi, glissant sa main dans mes cheveux, un air perturbé sur le visage. Ho non pas déjà, je ne voulais pas revoir si vite l'inquiétude sur ses traits.

Camille a écrit:
« Je te prêterais un t-shirt pour repartir. »

Je compris alors. Le sang. J'avais été couverte de sang la veille. Je n'aurais jamais dû appeler Camille. Maka aurait pu gérer tout ça, la police, les pompiers, peu importe, je n'aurais jamais dû inquiéter Camille avec ça, mais j'étais sous le choc et je n'avais pensé qu'à lui. Il ne fallait pas que j'y pense.
J'acquiesçai et vint me glisser dans ses bras pour l'embrasser, câline.

- De toute façon, tes fringues me vont mieux qu'à toi...

J'enroulai mes bras autour de son cou et le drap qui me couvrait tomba à terre. Oui, je savais comment le distraire et non, je n'avais pas honte d'user et d'abuser de mes charmes. Tout pourvu que le nuage au-dessus de sa tête se dissipe. Je n'aimais pas le voir comme ça, encore moins quand je me savais responsable de son état.

- J'ai besoin d'une douche... tu ne connaîtrais pas un volontaire pour venir me frotter le dos ?

L'eau chaude nous ferait du bien à tous les deux.


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MessageSujet: Re: You Found Me... [Livre II - Terminé]   Mar 2 Juil - 2:07




You found me

Je n’avais pas répliqué concernant son entêtement pour retrouver sa voiture mais il était évident que je ne comptais pas en démordre. Je n’allais même pas lui faire plaisir de mener cette discussion et d’argumenter. Je n’allais pas lui laisser le choix tout simplement. Ma seule consolation fût qu’au moins, pour son vrai déménagement, elle ferait appel à moi. Et oui, cette pensée n’aurait pas dû m’apporter une forme de réconfort alors qu’un peu plus tôt, je faisais tout pour qu’elle sorte définitivement de ma vie. J’étais une vraie catastrophe et j’en avais bien conscience. J’ignorais comment j’avais fait pour qu’une femme aussi belle et aussi intelligente s’accroche à moi malgré tous mes travers mais je commençais à me demander si nos prouesses sexuelles n’étaient finalement pas la réponse à cette interrogation. Bien sûr, je savais que je devenais douteux là. Mais il fallait avouer que quand tout nous échappait, ça finissait toujours de cette façon. La preuve en était à cet instant quand mes songes divaguaient à nouveau sur les choses déplaisantes, son corps dénudé vint m’en distraire. C’était sûrement volontaire de sa part et je ne voulais pas l’en détromper. Au moins, nous avions toujours une issue face à la douleur et l’incompréhension. C’était une mauvaise manie, sûrement un mauvais fonctionnement mais c’était le nôtre. Je glissais ma paume sur son épaule et lui offris l’ébauche d’un pâle sourire qui n’atteignait pas mes yeux. « Je veux bien me dévouer, oui. » Ma contrariété ne passerait pas facilement. Je l’accompagnais sous la douche où pour une fois, nous nous contentions de quelques baisers au milieu des effluves de savon. Je n’avais plus le cœur à rien si ce n’est à m’écrouler quelque part et à attendre que cette horrible nuit/matinée passe, ne devienne qu’un vieux cauchemar qu’on ne ressort que pour se rappeler qu’il y a toujours pire. Finalement, ce qu’il s’était produit, c’était tout ce que j’avais toujours craint si Krystel Raybrandt revenait plonger mon existence dans le chaos le plus absolu. Je la jugeais apte à tout. Même à transformer Rebecca pour me l’arracher définitivement. Cette simple pensée suffit à me rendre un peu plus maussade. Une fois propres, nous nous blottissions l’un contre l’autre sur le canapé pour regarder de vieux DVDS que je possédais. Nos lèvres se retrouvaient par moment, nos regards et nos mains aussi mais plus nos corps. Après l’intensité de ce que nous venions de vivre, je ne croyais pas que mon organisme puisse supporter plus d’émotions fortes alors je veillais à maintenir une certaine distance par rapport à ça.

Paradoxalement, je la gardais toujours contre moi cette journée, abusais de bienveillance à son égard veillant à la rassurer silencieusement sur ce qu’il s’était passé. Plus les heures défilaient, plus je craignais de voir la nuit s’étaler. J’avais peur de partir, de la laisser. J’imaginais le pire sans arrêt, en boucle. Je ne disais pas un mot sur ce qu’il allait se passer quand l’heure de rejoindre la Lune Bleue sonnerait et que je devrais la laisser rentrer. Je me contentais de la serrer plus fort contre moi quand ça m’effleurait l’esprit. Finalement, quelques minutes avant mon service, je me forçais à me détacher d’elle pour appeler le bar et leur signaler que je ne pourrais pas travailler. Je prétextais une situation urgente à gérer en espérant que ma position de leader me permettait cet écart. De toute manière, si j’y allais, j’aurais enchaîné les pires conneries possibles. Je manquais de lucidité, de sang-froid et de sommeil. Je revins près de Becky sans justifier la conversation que je venais d’avoir, sans lui expliquer ce qui me poussait à rester près d’elle. Elle allait comprendre par elle-même et interpréter ça comme ça lui chantait. Les ténèbres s’imposèrent et je restais avec elle quand ils engloutirent le ciel. Ici, nous étions à l’abri. Aucun vampire ne pouvait passer le seuil sans être invité. Et pourtant, chaque bruit mettait mes sens en alerte. J’aurais pu me transformer dans la seconde qui allait suivre si quelque chose d’anormal se produisait. Cette histoire m’avait vraiment transformé en cerbère et je voulais la protéger à n'importe quel prix de toute menace. Même de moi et de ce que je représentais bien qu’elle ne me laissait pas faire dans ce cas. Jusqu’à quand ? Je ne possédais pas la réponse. Pour l’instant, nous nous contentions d’aller nous coucher. J’attendis qu’elle s’endorme au creux de mes bras pour sombrer également dans le coma le plus total. Mes rêves furent sanglants et cette nuit-là, je revivais une bataille. Sauf qu’au lieu de voir débarquer des vampires qui m’étaient inconnus, c’est la Reine en personne qui se présenta. Elle enfonça bien vite ses crocs dans ma chair et ce n’est pas un cri d’agonie qui sortait de ma bouche mais le plaisir de mourir sous ses quenottes. Quand j’ouvris les yeux, je resserrais ma prise sur la jolie brune qui partageait mon lit. Elle ne se réveilla pas heureusement. J’avais tellement honte de ce que j’avais fait, tellement honte que ça ait eu autant de répercussions sur celle qui était allongée là. J’étais effrayé à l’idée d’être encore celui que j’avais été. Que se passerait-il quand je devrais faire face à la nocturne ? Parce que ça arriverait, je le savais. Je glissais ma tête dans le creux de la nuque de Rebecca et fermais les paupières. Je laissais son odeur réparer les dégâts que mon cauchemar venait de causer et parvins à me rendormir.

Le lendemain matin, les choses m’apparaissaient moins noires, moins sombres bien que toujours relativement incertaines. Je l’amenais jusqu’au lieu de son agression et lui tins la main jusqu’à ce qu’elle soit derrière le volant. Je l’embrassais  tendrement et nous nous quittions sur la promesse de nous revoir prochainement. Je ne voulais plus la mettre en péril et m’exposer avec elle risquait d’amplifier ma paranoïa mais après, c’était déjà trop tard pour ça. Autant que je sois là pour m’assurer que tout se déroulerait bien. Je l’observais quitter le Port avec amertume. Je ne savais pas où nous allions, ni même qui de nous deux souffrirait finalement. Mais si j’avais su plusieurs mois auparavant ce qu’il se passerait entre nous, je n’aurais jamais enchaîné les verres cette nuit-là et nous n’aurions jamais su alors à quel point nous étions un désastre ensemble, un beau et somptueux désastre.

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