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Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Jeu 20 Juin - 21:49

Bien sûr que je ne m'avouais pas l'importance de la révélation de Julien sur le sort réservé au prince déchu. William avait été enfermé dans un cercueil dont l'intérieur en argent massif le brûlait pour l'éternité.

*Combien de temps vivra-t-il ainsi ? *

Puis, le dit cercueil fut jeté à l'eau, plus précisément quelque part dans la fosse des Mariannes...

Assis là, sur ce banc solitaire, faisant face aux eaux sombres et mouvantes où la lune jouait à se refléter, je regardais dans le vague la Clyde et l'imaginais se jeter dans la mer, puis la mer connectée à l'Atlantique, et lui, relié au Pacifique. Cette eau irait peut-être rencontrer mon prince ? Peut-être qu'il pouvait m'envoyer un message par elle ? si j'écoutais bien ? mais j'avais beau tendre l'oreille, rien ne me parvenait que le clapotis de l'eau contre les digues de béton du port. J'avais tant désiré le retrouver ! William... mais à présent, je savais où il était, sans pouvoir l'approcher. Mes yeux s'arrêtèrent sur la brûlure laissée par le bracelet d'argent apposé une minute entière en guise de punition pour avoir évoqué le prince devant une humaine, son ancienne pomme, Hannah, la maudite. Chaque fois que je la croisais, il m'arrivait malheur. D'abord le rejet du prince, et maintenant cette cicatrice qui criait au monde ma faute -sans qu'il la connaisse, heureusement-. Cette garce de Bardenov avait sans doute couru tout raconter à la reine de notre entretien. Je la haïssais. Cela avait dû lui rapporter le pardon de Krystel, et une vie tranquille, alors que moi... La brûlure me faisait mal, n'ayant que deux nuits...

*Encore cinq à souffrir... après, ça ira mieux...*

Je ne doutais jamais des paroles de Guillemeaud et ne lui en voulait pas d'avoir appliqué la sentence : c'était pour mon bien. Et pour le sien. Mon inconséquence aurait pu lui coûter très cher. Je souris de mon idée d'appâter les Français avec des histoires de trésors -eux seuls étaient capables d'aller au fond des Mariannes avec leur super sous marin. C'était une idée saugrenue, mais l'idée de la souffrance continue de William me maintenant éveillé depuis deux jours. Deux jours sans dormir... je fatiguais. Je portais toujours le même jean bleached, les mêmes bottines de cuir noir et le même tee-shirt que la nuit de ma punition. Je tentais de dormir avec ces vêtements, en vain, et ensuite, errais dans les rues ainsi vêtu, sans but, avec toujours l'image d'un William souffrant le martyre au fond de son cercueil d'argent, dans l'eau noire et glacée, avec 1 100 atmosphères de pression, par plus de 11 000 mètres de fond. J'avais regardé sur un globe où elle se trouvait, à 11° 21′ N 142° 12′ E, près de l'île de Guam. Désormais, le prince n'avait pour seuls compagnons des piézophiles qui grouillaient autour de son cercueil. Je croisais mes jambes, et serrais mon blouson de cuir noir contre moi. Comment pouvait-on survivre à 1 100 atmosphères de pression ? Mes yeux se fermèrent un instant et quand ils se rouvrirent, ce fut pour découvrir une jeune femme se tenant devant moi. J'étais tellement absorbé par mes pensées qu'elle aurait pu s'asseoir sur mes genoux, me tuer, me gifler, me couvrir les yeux et crier "qui c'est ?!!!", sans que je ne me doute un instant de sa présence. Enfin, jusqu'à ce que je la vois. Je levais la tête vers elle, offrant un regard interrogateur :


- Salut !

Je devais avoir l'air d'un idiot, parce que là, franchement, la jeune femme avait l'air complètement bouleversée :

- Cà va pas ?
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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Dim 23 Juin - 22:14




Comme profondes sont les Mariannes


Le sommeil me fuyait. Depuis la nuit chez Camille où j'avais eu tant de mal à m'extirper de mes cauchemars, je n'osais plus fermer l'œil. L'idée de rester à nouveau coincé dans un de ces horribles songes, m'angoissait plus que les conséquences du manque de sommeil. Je somnolais dans la journée, rendant toute activité particulièrement pénible, mais la nuit venue, je n'arrivais plus à dormir. Si j'avais si peur c'était surtout parce que mon cauchemar aurait tout aussi bien pu être prémonitoire. Tout ce dont j'avais rêvé était possible. Camille pouvait mourir par ma faute, mes semblables, les semi-démons, pouvaient arriver à leurs fins et me plonger avec eux dans la damnation. Quoi que je fasse, où que je regarde, l'avenir me semblait à nouveau sombre et incertains. J'avais passé les années sanglantes à éviter de prendre part au conflit, et tout ça pour quoi ? Pour me retrouver en première ligne alors que mon espèce devenait l'ennemi public numéro 1 ? Mon accord avec le commandant de la PES ne me protègerait pas indéfiniment. Même si Makayla veillait aussi sur moi, je me sentais vulnérable et exposée, surtout alors que je devais éviter d'utiliser mon pouvoir pour ne pas me laisser submerger par mon côté démoniaque. Bref, je pensais trop et le manque de sommeil n'aidait en rien. Pour éviter de me tourner et de me retourner dans mes draps, j'avais décidé d'aller faire un tour. La nuit et sa fraîcheur ne m'avaient pas apaisé comme je l'avais espéré et mes pas m'avaient mené jusqu'au port. J'avais longé les quais, longuement, les yeux fixés sur l'océan, essayant de ne pas trop penser à la dernière fois que j'avais été à ce même endroit. Le souvenir de ma crise de panique pendant mes ébats avec Camille était encore trop frais. J'avais l'impression que cela nous avait aidé, et en même temps, que cela nous avait été préjudiciable. Nous n'en avions pas reparlé, mais je sentais que le sujet finirait par revenir sur le tapis tôt ou tard, surtout que mes cauchemars avaient intensifiés mes inquiétudes et les siennes. Je n'avais pas recontacté Camille depuis et cela faisait presque une semaine… je m'en voulais mais j'avais besoin d'un peu de temps pour réfléchir. Ma peur reprenait ses droits malgré ma détermination à ne pas la laisser faire.
Alors que je m'apprêtai à faire une pause sur un des bancs longeant le port, j'eu la surprise d'y voir quelqu'un déjà installé. Les yeux fermés, raide et pâle, l'homme ne bougeait pas et j'eu un instant de panique en me demandant s'il n'était pas mort.

- Monsieur ? Tout va bien ?

Je m'approchai prudemment, inquiète.

- Monsieur !

Il rouvrit soudainement les yeux me faisant sursauter alors qu'il me saluait comme si de rien n'était, quoi que peut-être légèrement intrigué par ma présence. Il me demanda si ça n'allait pas et je laissai échapper un petit rire nerveux alors que ma main glissait dans mes cheveux avant de venir frotter mon bras comme pour me rassurer de la frousse que je venais d'avoir.

- C'est plutôt moi qui devrais vous demander ça… vous m'avez fait peur, j'ai cru que vous étiez mort !


Bon ce n'était peut-être pas très diplomate, mais mon cœur battait encore la chamade dans ma poitrine et j'avais besoin de m'assurer que ce n'était pas une invention de mon esprit épuisé.


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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Lun 24 Juin - 11:08

Visiblement, la jeune femme était bouleversée, mais à cause de moi ?!!! Elle riait, visiblement nerveuse de la situation, et il y avait de quoi : absolument personne sur les quais, que nous deux, dans cette nuit froide et sans lune, aux étoiles scintillantes troublées par l'air pollué. Je me levais pour lui faire face et lui répondre :

- Désolé de vous avoir effrayée...

Je souris, pour tenter de détendre l'atmosphère. Ma voix blanche était celle d'un cadavre, j'avais intérêt à y mettre un peu plus de vie, si je ne voulais pas la faire tomber dans les pommes...

-ah... non... je ne suis pas mort. Pas vraiment en tout cas.


Mais psychologiquement, si ! tous mes espoirs de revoir William venaient de mourir, car l'idée d'aller chercher un batyscaphe, même en prétendant connaître l'existence d'un trésor. Et puis, mes illusions aussi, sur le prince déchu, se disloquaient comme la brume aux rayons du soleil. Raybrandt m'avait maintenu dans l'ignorance, me préférant sa Pomme, la croyant sur parole alors que moi, il me rabrouait vertement devant cette garce. Un triste sourire étira mes lèvres trop minces -peut-être à cause de ma faim ?-.

- Disons que mes croyances sont mortes. Et que je rêve de les noyer dans les eaux sombres du port.

assénais-je finalement. Je baissais un instant la tête, avant de replonger le regard sur la promeneuse solitaire :

- Et vous ? que faites-vous dans le coin ?

Déjà, ce n'était pas un rendez-vous galant, l'endroit étant glauque, et bien que normalement interdit aux vampires, les humains étaient suffisamment dangereux pour leur propre espèce que cela suffisait. Que venait fait cette fille dans un endroit pareil ? Nous étions donc face à face, tous les deux, sur ce quai désert seulement éclairé d'un lampadaire qui menaçait de s'éteindre en clignotant. Le clapotis de l'eau contre le béton semblait vouloir donner vie à la scène, comme la lumière tremblotante, et aussi le coeur de l'inconnue, qui battait à tout rompre. Comme un idiot, je me demandais :

* Elle craque pour moi ou elle est fondue de trouille ? *

Bah... peut-être un peu des deux... Ma tête se pencha légèrement à droite en attendant sa réponse, comme pour l'inciter à le faire, lui dire que je n'avais rien du grand méchant loup. Sans jeu de mots. La femme n'avait pas l'air d'une professionnelle non plus. Elle était jeune, les cheveux très noirs et le teint très blanc, des yeux clairs semblant tirer sur le vert très pâle, le genre étudiante, mais bien loin de l'université !
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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Jeu 27 Juin - 21:31




Comme profondes sont les Mariannes


​L'étranger s'excusa de m'avoir effrayée et je fis un vague geste de la main pour lui signifier que ce n'était rien. Après tout, j'étais très douée pour me faire des films et m'inquiéter de tout et de rien. Il se leva et me sourit. J'étais encore un peu mal à l'aise d'avoir pris peur et sa phrase suivante ne me rassura pas. Pas vraiment mort? Je fronçai les sourcils et réprimai un mouvement de recul, sentant mon cœur s'affoler.

- Vous... vous êtes un vampire ?

​Je n'en avais pratiquement jamais rencontré et les avais même soigneusement évité ces dernières années. C'était incroyable d'en croiser un ici, complètement par hasard. ​Il n'avait pas l'air en forme, ni vraiment dangereux -même si c'était loin d'être un critère fiable- aussi, je ne pris pas la fuite, intriguée par ses propos.

- Excusez-moi si je me trompe mais... vous ne pouvez pas  vous noyez, n'est-ce pas ? Vous n'allez pas m'obliger à sauter pour vous secourir dans ces eaux glacées au milieu de la nuit j'espère ?

J'avais essayé d'alléger l'ambiance mais ce n'était pas brillant. Je lui souri d'un air penaud pour excuser ma plaisanterie douteuse et ajoutai, sincère :

- Je suis désolée pour vous...

Je ne savais pas qui il était, ni de quel genre de croyances il parlait, mais j'étais prête à parier que les moments difficiles devaient l'être encore plus quand on avait l'éternité pour les ruminer.

Il me demanda ce que je faisais dans le coin et je me sentis idiote. Il n'était pas vraiment raisonnable de discuter avec un inconnu, vampire de surcroît, sur le port au milieu de la nuit, sous un lampadaire clignotant qui donnait à l'ensemble un air vraiment peu avenant. ​ Pas étonnant que je sois si stressée...

- Je flânais.. j'avais besoin de me changer les idées, je n'arrive pas à dormir.

Je ne savais pas pourquoi je lui disais ça. Je ferais mieux de partir sans me retourner, de rejoindre ma voiture et de rentrer chez Makyala. Mais quelque chose m'intriguait chez ce Vampire, j'étais curieuse et en même temps j'avais trop bon cœur pour le laisser là tout seul alors qu'il semblait vraiment aller mal.
Malgré moi, je demandai:

-Vous voulez en parler ?

Franchement, j'avais parfois du mal à croire que j'étais semi-démon...



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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Ven 28 Juin - 12:57

J'adore entendre le coeur s'emballer chez les humains... le sang pulsait alors dans les veines, les gonflant légèrement, donnant une petite teinte rosée imperceptible pour les non non-morts. Je lui faisais de l'effet... sauf que là, c'était plutôt une vague inquiétude : ainsi, elle avait peur que je lui saute dessus pour la boire comme une cannette à pattes qu'elle était ? C'était jouissif... et lassant. Quoi que je fasse, le résultat était le même.

- Vous... vous êtes un vampire ?

*Et voilà... *

Maintenant, j'allais avoir le droit à deux types de réaction : soit elle me sautait au cou, histoire d'avoir quelques histoires à raconter aux copines, se vanter auprès des autres humains, ou chercher des sensations fortes, soit elle criait au loup, alertait la PES parce que je n'étais pas dans mon quartier réservé. Je répondis simplement :


- Oui.

La jeune femme n'avait rien à craindre depuis la fin des Années Sanglantes, les vampires se conduisaient bien, et ceux qui dérapaient étaient rapidement rattrapés, soit par nous, soit par la PES. Donc, voilà s'offrir quelques sensations forte à peu de frais. Allait-elle s'enfuir ? hurler ? ou rester là comme une biche attirée par un prédateur ? Elle resta :

vous ne pouvez pas vous noyez, n'est-ce pas ?

Je plongeais mon regard dans le sien, histoire de voir si elle ne se payait pas ma tête, si elle ne lisait pas dans mes pensées et répondit sobrement :

- Non. Je suis déjà mort.

En quelque sorte.

- J'ai l'air si désespéré ?

Je devais en faire une tête, pour que cette humaine me sorte un truc pareil. Voilà qu'elle se prenait pour un sauveteur ! Honnêtement, je voyais mal comment la pauvre fille pourrait faire pour me remonter si je sautais. En plus, elle s'hydrocuterait, et c'est moi qui la remonterait, finalement. Je songeais à William, au fond de l'eau... était-il brûlé par l'argent, gelé par la température ou écrasé par la pression ? ou tout à la fois ? Je devais faire une drôle de tête en poursuivant :

- De toute manière, ce n'est pas très profond...

d'une voix blanche et absente. Visiblement, j'étais très loin de là. Au point que si la nana avait sorti un pieu de chêne, elle aurait eu tout le temps de me le planter sans que je parvienne à reprendre pied dans la réalité pour l'en empêcher. Combien y avait-il dans le bassin ? trois ou cinq mètres ? à tout casser... Je frémis en imaginant le froid et la pression et l'argent qui tourmentaient William. Si la reine l'avait fait jeter là-bas, c'est qu'elle ne comptait pas le remonter. Jamais ! Cette révélation me fit l'effet d'un électrochoc et mes pupilles se dilatèrent démesurément, comme si j'avais pris un coup en pleine poitrine, par surprise. La fille se sentit idiote sans doute, car elle me dit qu'elle était désolée pour moi... je revins à elle, scrutant un instant son visage pour deviner si elle se moquait de moi : non... rien de tout cela, ni calcul, ni rien. Finalement, elle me dit :

- Je flânais.. j'avais besoin de me changer les idées, je n'arrive pas à dormir.

et je répondis :

- Idem.

C'était amusant, finalement. De ne pas être le seul à être paumé dans cette vie, dans cette ville. Sauf que sa vie à elle était courte, et qu'il était idiot de la dépenser comme ça. Moi, j'avais l'éternité pour errer et regretter. J'en étais là de mes considérations quand elle me demanda d'une petite voix douce :

-Vous voulez en parler ?

Je m'imaginais lui répondre rudement, du style : "pourquoi ? z'êtes psy ?" ou "ça vous regarde pas" ou encore "va t'fair' fout'", mais elle avait l'air sincère, genre bonne fille, comme Sookie dans True Blood, quoiqu'à mon avis, elle aurait pas aimé lui être comparée.... je sais pas pourquoi. Je regardais les vaguelettes affluer vers la digue de béton refléter la pâle clarté du réverbère en répondant :

- Bof... à quoi bon...

Puis en faisant un pas vers elle et en regardant ses cheveux -qu'ils avaient l'air doux... seigneur ! et qu'ils attiraient ma main ! mais je savais ne pas avoir le droit de la toucher et ma main, qui avait fait mine de monter retomba immédiatement- :

- Nous avons chacun nos soucis, non... regardez-vous... n'avez-vous pas dit être ici pour la même raison que moi ?

Je souris (sans montrer les dents, bien que mes crocs ne soient pas de sortie) en me moquant gentiment -enfin, je voulais être gentil, j'espérais qu'elle comprendrait-. Que j'avais envie de toucher ses cheveux !!! presque une obsession...

- Moi, c'est Leslie... et vous ?

Dès qu'elle avait dit son prénom, j'avais ajouté :

- Dites moi ce qui vous rend si triste... en désignant le banc, tout prêt. On serait mieux assis, non ?

J'ignore pourquoi, mais je la voyais bien avec un nom comme Ellen ou Terry... c'était idiot de présager du prénom des gens...



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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Dim 30 Juin - 20:17




Comme profondes sont les Mariannes


C'était un vampire. La logique aurait voulu que je prenne mes jambes à mon cou. J'aurais pu prendre congé, poliment, et retourner à ma voiture sans demander mon reste. Mais quelque chose chez cet inconnu, me poussa à rester un peu plus longtemps. Il me demanda s'il avait l'air si désespéré et je lui souri d'un air embarrassé:

- Pire que ça, en fait…

Je ne pouvais pas être plus honnête. Il avait tout l'air du type suicidaire de base. Et j'avais beau ne ressentir aucune affinité avec les vampires –je n'avais pas non plus cherché à en connaître- je ne souhaitais la mort de personne… enfin… pas de l'étranger en tout cas.
Mal à l'aise, je finis par lui témoigner un peu de sympathie et à lui expliquer vaguement ma présence ici. Quand il répliqua qu'il en était de même pour lui, je me forçai à sourire:

- Je croyais que les vampires dormaient le jour ?

Bon, ce n'était définitivement pas ma soirée pour faire de l'humour. Mais le manque de sommeil de ces derniers jours devait y être pour beaucoup. Mon cerveau semblait avoir du mal à fonctionner correctement.  Je me sentais gauche d'être là, à côté de cet inconnu mal en point, et je me sentis encore plus stupide en lui demandant s'il voulait en parler, d'autant qu'après une hésitation, sa réponse fut négative. Il fit un pas incertain vers moi et je me forçai à ne pas bouger. Cela aurait été vraiment déplacé et vexant de ma part si j'avais reculé. J'avais peur oui, un peu, mais moins que je ne l'aurai cru ou ne l'aurait dû…
Il reprit la parole, comparant nos situations respective d'un air moqueur et me sourit. Cela lui donnait déjà un air moins inquiétant et lorsqu'il se présenta, je répondis naturellement :

- Rebecca.

Il proposa qu'on s'asseye et j'acquiesçai machinalement en le suivant. C'était la raison pour laquelle je m'étais approchée de ce banc en premier lieu. Mais je n'avais pas vraiment envie de me confier à un inconnu.

- Je vous raconte si vous me racontez. Proposai-je finalement avec un petit sourire. Et puisque, contrairement à vous, je n'ai pas l'éternité devant moi… je vous laisse commencer.

S'il se dévoilait, je pourrais probablement le faire également. Après tout, s'il avait voulu m'attaquer, il n'avait pas besoin d'endormir ma vigilance. Il était de toute façon trop rapide pour moi et il lui suffirait de m'hypnotiser pour que je sois à sa merci. C'était l'un des rares conseils de la campagne anti-vampire dont je me souvenais et pour l'instant, j'évitais sans trop de difficulté son regard. Le mien était tourné vers l'océan d'encre qui nous faisait face. J'étais venue me perdre dans ces eaux noirs, au sens figuré, et j'avais rencontré une autre âme en peine, oui la vie avait parfois un drôle de sens de l'humour…


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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Sam 6 Juil - 22:10

Le clapotis m'apaisais et je me laissais porter par lui et aussi par la voix de... Rebecca. L'épouse d'Isaac dans la Bible, la mère d'Esau et de Jacob... Elle rêvait du grand amour, et refusait tous ses prétendants... au grand désespoir de son père, riche propriétaire terrien. Elle avait mené sa vie comme elle l'entendait à une époque où les femmes n'avaient aucun droit. Je me demandais si la jeune femme près de moi était ainsi ? Maintenant, assise près de moi, je pouvais sentir son parfum léger, et aussi entendre les battements de son coeur. Le mien était lourd. Là, devant l'eau, je songeais à mon prince déchu qui gisait par plus de 11 000 mètres de fond... alors, lui raconter mon histoire...

- Mon ami... commençais-je, mon ami a péri en mer... on n'a pas retrouvé son corps...

Prudemment, je ne croisais son regard que quelques secondes, afin que l'humaine ne se sente pas en danger en ma compagnie. Curieusement, je songeais que nous avions besoin l'un de l'autre, assis, là, sur ce banc, et que nos chemins se sépareraient et jamais plus ne se recroiseraient... Elle avait cette candeur que je recherchais tant, cette douceur admirable confinant à la fragilité parfaite à mes yeux pour une femme. Ma voix blanche n'était pas jouée, je pensais vraiment ce que je disais... on ne retrouverait jamais son corps... je me redressais un peu en regardant Rebecca :

- C'est idiot, n'est-ce-pas, de s'attacher à ce point à la vision de la dépouille d'un disparu. Je... je sais qu'il est mort, qu'il n'y a plus rien à faire pour lui... mais...

Je regardais les vaguelettes dans la rade portuaire, loin, très loin devant moi, je devinais la mer par delà les digues. Cette mer aux odeurs salées, mêlées d'algues et d'autres choses... la mer des Mariannes avait elle la même odeur ? Je frissonnais, juste quelques secondes, ressentant le froid et la pression énorme qui devaient nimber à tout jamais William. Etrangement, me confiant à cette inconnue, j'eus moins de mal à le croire mort, définitivement, pour moi. Je ne le reverrais jamais, aucun doute là-dessus. Et puis, à bien y réfléchir, il avait gâché les premières années de ma non-vie, me laissant dans l'ignorance la plus crasse, celle qui avait bien failli me coûter la vie, d'ailleurs. Les nuages s'écartèrent et l'on pu deviner les étoiles dans le ciel sans lune. Cela ne durait jamais très longtemps, au gré des caprices du vent, qui déchirait le voile, puis le reconstituait selon un modèle connu de lui seul. Ma main serra l'assise du banc, comme si j'allais me redresser, et mon buste se pencha légèrement en avant, pourtant, je demeurais assis. On pouvait deviner que le chagrin me rongeait malgré mes prétentions à prétendre avoir le dessus.

* Oh... William ! moi aussi j'ai été abandonné de tous. Je connais ça. *

Puis je le revis me rejeter, à cause d'Hannah, sa Pomme, et j'eus de la peine. Celui qui était sensé s'occuper de moi me méprisais, m'abaissait devant son humaine, et même devant les clients du bar. Jamais Julien n'avait agit ainsi avec moi, non... à chaque fois, il reprenait la leçon, pour que je l'apprenne, la retienne, et le serve de mon mieux, et à travers lui, nos Souverains. Je commençais à avoir une vague conscience de leur importance, et de leur prééminence dans nos non-vies. Et cela m'effrayais, je l'avouais... Ils étaient semblables à des despotes ou à ces rois absolus ayant tous les droits sur leurs sujets : pour moi, habitué à une démocratie où chacun avait une voix, c'était dur à avaler, comme un brutal retour en arrière. Mais d'un autre côté, c'était rassurant, de savoir que quelqu'un pouvait tout. Absolument tout. Même tuer son propre fils...


- C'est pourquoi je viens ici, face à la mer, pour penser à lui... Que pense-t-il au fond de l'eau ? Son âme est-elle remontée à la surface ? Que se passe-t-il vraiment quand on n'a pas de tombe, qu'on est parti sans un dernier adieu de ses proches, peut-être même haït d'eux ?

Car William Raybrandt avait été renié par sa famille, jugé traitre et condamné !
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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Mar 16 Juil - 10:10




Comme profondes sont les Mariannes


Lorsque Leslie m'expliqua que son ami avait péri en mer, je posai ma main sur ma bouche, me sentant encore idiote de mes plaisanterie​s douteuse.

- Je suis vraiment désolée... répétai-je, sincère.

Je savais à quel point il était difficile de perdre un être cher sans savoir précisément ce qu'il était devenu. Même si mon cas était différent, je n'avais plus eu de nouvelles de ma famille depuis 8 ans et je me demandais souvent s'ils avaient survécus aux années sanglantes. Ne pas savoir était souvent pire. Camille m'avait proposé d'en parler à un ami détective alors peut-être finirais-je par avoir des réponses. Je les espérais autant que je les redoutais.

- Mais... si votre ami est *un vampire*​ comme vous, peut-être n'est-il pas...

*mort ?*​ Je ne finis pas ma phrase, je me sentais toujours mal à l'aise. C'était rétrograde d'imaginer que son ami était forcément un vampire. Mais ceux de son espèce nouaient-ils réellement des amitiés avec de pauvres humains? Quand on avait l'éternité devant soi, pourquoi s’embarrasser de relations qui ne survivraient que quelques décennies ? ​
​Je ne connaissais pas de vampire, j'ignorais ce qu'ils ressentaient. Ils avaient besoin des humains, c'était évident, mais les aimaient-ils ? Avaient-ils de la considération pour eux? En tout cas, mon vampire inconnu -enfin plus si inconnu que ça, je connaissais son prénom- semblait sincèrement peiné, presque désespéré, c'était indéniable.
Son regard croisa le mien juste quelques secondes et je baissais les yeux. Je ne savais pas ce que je faisais là, à parler avec un vampire, à essayer de... quoi d'abord ? Le consoler ? Et pourtant, il me faisait de la peine et mon bon cœur m'interdisait de partir maintenant. Mon bon cœur et une petite dose de peur, il faut l'avouer.     ​
​La voix de Leslie continua de raisonner dans le silence environnant, seulement bercé par le clapotis de l'eau.

-​ Non, ce n'est pas idiot. ​C'est normal... votre esprit est incapable de se résoudre à la mort de votre ami puisque vous n'avez pas vu son corps, vous n'avez pas pu lui dire au revoir.... ​vous doutez toujours, malgré vous.

​Du moins, c'est ce que j'imaginais. J'espérais n'avoir jamais à vivre une chose pareille. ​
Il termina son explication. Voilà pourquoi il venait ici, comme un hommage ou peut-être comme un châtiment qu'il s'infligeait.

- C'est horrible de ne pas savoir avec certitude... on espère toujours, au fond, un miracle. On ne peut pas s'en empêcher...​

Il avait l'air de beaucoup se torturer. Ses interrogations réveillaient les miennes. La croyance populaire voulait que les vampires n'aient pas d'âmes. Leslie semblait penser le contraire. Quant à moi... je ne savais plus quoi penser.  Je m'étais longtemps considérée comme athée mais en apprenant que j'étais la fille d'un démon, j'avais dû revoir mon point de vue sur la question. Je devais bien avoir une âme, puisqu'elle semblait déchiré entre mon côté humain et mon côté démoniaque. Chaque utilisation de mon pouvoir la noircissait, l'entachait, et si je n'y prenais garde, j'allais détruire tout ce qui faisait de moi celle que j'étais.  Alors oui, sûrement les vampires avaient-ils une âme quant à savoir ce qu'elle devenait quand ils mourraient...

- J'imagine que tout dépend de ce en quoi vous croyez... enfer, paradis, réincarnation ? Une tombe n'est qu'un morceau de granit, elle ne définit pas ce qu'on était avant de mourir ou ce qu'on sera, après. Seule nos actions sont importantes, l'empreinte qu'on laisse derrière soit... enfin, je pense. Si votre ami vous manque, si vous le pleurez, c'est qu'il a compté... et ce n'est pas si mal...

Je lui offris un petit sourire compatissant et me laisser aller contre le dossier du banc en soupirant de fatigue. J'étais épuisée et pourtant, j'étais là, au beau milieu de la nuit, à papoter avec un vampire. Si seulement je parvenais à dormir sans faire ces affreux cauchemars...
Je passais mes mains sur mon visage. Je lui avais promis ma propre histoire en retour, alors je m’exécutai:

- Je fais des cauchemars... où je perds tout. Ma vie, les gens que j'aime, où je me perds moi-même, sans espoir de retour... et je sais que ça pourrait arriver alors ça me terrorise... et ces cauchemars sont si... réels, c'est à peine si j'ose fermer les yeux..



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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Mar 16 Juil - 13:48

- Mais... si votre ami est *un vampire*​ comme vous, peut-être n'est-il pas...

*Mort. Ben oui ! *

Je venais de terminer sa phrase et de me prendre au piège tout seul. Pourtant, quelques minutes auparavant, j'avais contemplé la brûlure du bracelet d'argent, ma punition pour la conversation à propos de William avec Hannah. Et je recommençais ! enfin... je risquais de recommencer ! et si cette fille était envoyée par Julien pour me tester ?

* Non... *

Non, elle n'avait pas l'air de quelqu'un payé par Julien ou mandaté par lui. Comment j'allais me sortir de là ? La famille royale l'avait renié, il n'était plus rien. Comme perdu dans mes souvenirs, quelques mots m'échappèrent :


- Il n'est pas vampire...

Je lui déniais ainsi la qualité d'immortel, comme sa mère lui avait ôté celle de prince. William n'était plus rien et j'eus l'impression d'un grand vide en moi. Comme si le passé se rattachant à lui disparaissait au fond des Mariannes, avec son cercueil d'argent.

* Il n'est PLUS vampire * aurais-je dû dire. *D'ailleurs, il n'est plus rien. *


(...) votre esprit est incapable de se résoudre à la mort de votre ami puisque vous n'avez pas vu son corps, vous n'avez pas pu lui dire au revoir.... ​vous doutez toujours, malgré vous.

Je regardais la jeune femme : si jeune et déjà si... compréhensive. Elle comprenait ce dont je parlais et cette proximité m'étonnait. Bien sûr, ce que Julien était vrai, je ne le remettais pas en cause. Et je savais qu'il avait raison, qu'il ne m'avait pas menti, tout ça... Lui dire au-revoir ? J'imaginais les circonstances, William, engeôlé, et moi qui passais le voir : pour lui dire quoi ? ou alors, au moment de sa mise en bière, hurlant de souffrance au contact de l'argent -j'en frémis malgré moi, seul signe extérieur de ce qui se passait en moi-, incapable de me porter à son secours, c'était où ? un lieu imprécis, une sorte d'entrepôt minable, rien de bien royal... douter de l'endroit où il se trouvait ? non. Hélas, non. Je me torturais à voir ainsi William... et à un moment, je tournais la tête pour regarder un peu autour de moi, c'était des mannequins de supermarchés, blancs, nus, asexués, et celui qui déposait le prince déchus dans le cercueil était... Torben Bardenov ! le frère d'Hannah ! et elle riait, riait !!!! J'allais devenir fou et saisis ma tête entre mes mains, la pressant au niveau des oreilles pour ne plus rien entendre de la souffrance de bon boss et du rire dément de sa Pomme. Puis, je refis surface dans la réalité, comme un bouchon de liège retenu au fond de l'eau qu'on laisserait s'échapper d'un coup. Elle parlait de miracle, cette jeune femme, là, en pleine nuit... mais pour moi, tout était définitivement noir. Un velours noir recouvrit le cercueil d'argent de William, le prince déchu : c'était fini. Je ne ressentis plus rien. Comme si le fait de ne plus voir cette "dernière demeure", gommait aussi l'existence du fils de Krystel. Soulagé de ce poids, étonné, je me tournais vers ma rencontre du soir, et avant que je n'ai pu me retenir, passais le dos d'un index léger sur sa joue, avant de me reprendre et d'enlever brutalement ma main de son visage :

- Pardon. Excusez-moi, je ne sais pas ce qui m'a prit.

avec un tel mouvement de recul qu'on aurait dit un électrocuté. Pas de tombe pour William, mais le souvenir de ses actions : ce n'était pas grand chose. Surtout qu'à présent, j'ouvrais un oeil plutôt critique sur son comportement avec moi. Il ne souffrait pas la comparaison avec le Général. Je bredouillais, au début, ma voix ne s'affirmant qu'au fur et à mesure de la phrase :

- C'est étrange... en parler avec vous m'a comme... exorcisé... ça m'a fait du bien.

Je la regardais s'écraser contre le dossier du banc, épuisée... Je souris doucement, n'osant pourtant pas m'approcher d'elle. Repensant aux conseils avisés de Guillemaud : ne pas me laisser avoir par la fragilité, la douceur, la pureté, non plus que par la compassion envers un humain. En observant ses yeux doux, c'était difficile. Je regardais alors les eaux noires du bassin.

- Merci...

J'écoutais maintenant sa confession, comme elle avait écouté la mienne. C'était un cauchemar qui l'empêchait de dormir, la peur de tout perdre. Moi, la nuit de ma transformation, j'avais tout perdu. Pas le temps de réfléchir mais beaucoup de souffrances, de rejets, de mises au banc de la société humaine, et même vampirique -ma Créatrice m'ayant fait par haine et dépit, avant de disparaître dans la nature !-. J'étais une sorte de rebus chez les immortels. Une création dont personne n'avait voulu, et n'avait dû sa survie qu'aux adoptions successives de shérifs. Alors, je comprenais ses cauchemars.

- Voulez-vous dormir maintenant, là, dans mes bras ? quelques minutes ? je veillerais sur vous, vous protégerais, ne vous ferais aucun mal, vous avez ma parole. Et si vous faîtes ce méchant rêve, je vous serrerais dans mes bras, pour que vous puissiez dormir un peu.

Ma voix était douce, et je ne la regardais pas dans les yeux, afin qu'elle ne craignit pas d'être hypnotisée. J'osais même plaisanter un peu, en ajoutant :

- C'est un proposition un peu indécente, hein...

William s'éloignait, ma brûlure au poignet me faisait cruellement souffrir et j'aurai bien plongé mes mains dans l'eau noire jusqu'aux coudes pour la soulager, mais l'eau salée, sur une brûlure... pas génial. J'ouvris grands mes bras, proposant un endroit où se recroqueviller à la petite Rebecca, si douce, si fragile.
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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Mar 23 Juil - 11:21




Comme profondes sont les Mariannes


Mon compagnon d’infortune temporaire avait vraiment un comportement étrange, un peu désaxé. Je n’étais pas vraiment rassurée.  Il m’avoua que son ami n’était pas vampire et sembla se perdre dans ses pensées.  Il finit par se prendre la tête entre les mains.

- Leslie ? M’inquiétai-je d’une voix tendue.

Il se tourna vers moi et ses doigts effleurèrent ma joue. Qu’était-il en train de faire ?!  Je me figeais. Quelque chose dans son regard m’inquiétait. Il était vraiment temps que je m’en aille. Il dû voir que cela ne m’avait pas plu car il retira brusquement sa main en s’excusant.
J’essayai de reprendre contenance, mais j’étais perturbée. Je m’en voulais d’être restée, d’être sortie même, alors que toute prudence aurait dû me faire fuir et me laisser faire les cents pas chez Maka. J’aurais dû, oui mais c’était trop tard.  

Mes réflexions à hautes voix sur la disparition de son ami semblèrent apaiser le vampire et il m’en remercia d’une voix un peu bredouillante.  Il sourit mais je n’osai pas lui rendre la pareille. A la place, je lui racontai la raison de ma présence ici, comme je lui avais promis. Car je tenais toujours mes promesses.  Et après, je m’en irai. Car c’était ce qu’il y avait de plus raisonnable à faire.

Sa proposition me laissa quelques instants sans voix. Vraiment ? Est-ce que j’avais l’air aussi stupide ? Aussi désespérée ? Je ne comprenais pas son comportement et il me mettait on ne peut plus mal à l’aise. Cette fois c’est lui qui essaya de plaisanter, et je me levai, m’éloignant de lui de quelques pas alors qu’il ouvrait les bras pour me proposer son étreinte :

- Oui, c’est indécent. Déplacé, même : je ne vous connais même pas ! Vous êtes un vampire, vous n’avez rien à faire ici, et moi non plus d’ailleurs.  

Je pensais à Camille, au fait qu’il n’y avait que dans ses bras que je voulais me reposer, qu’il n’y avait que blottie contre lui que je me sentais en sécurité.

- Et puis je… je ne suis pas libre.

Enfin, techniquement, je l’étais, mais il n’était pas censé le savoir. Et même si je l’étais vraiment, jamais je ne flirterai avec un inconnu ! Encore moins un vampire ! Quel bien pouvait apporter ce genre de relations ? Jamais je ne serais une pomme de sang, ça non !

- Je suis contente si notre discussion vous a fait du bien, mais je vais m’en aller maintenant. Vous devriez rentrer chez vous, vous aussi…

Même si c’était fort improbable, il aurait des ennuis si la PES débarquait. Pas que cela me regarde mais tout de même… j’avais eu de la peine et de la pitié pour cet inconnu. Même si je ne souhaitais pas poursuivre notre échange, je ne souhaitais pas pour autant qu’il lui arrive quelque chose.

- Soyez prudent, bon courage pour la suite. Au revoir, Leslie.



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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Mar 23 Juil - 12:28

J'avais tellement besoin... d'un contact. Avec presque n'importe qui d'ailleurs. Et cette petite paumée suffirait bien largement à me réchauffer, à me convaincre que je n'étais pas seul. D'ailleurs, Rebecca aussi souffrait, je le voyais, je le sentais... on était des écorchés vifs, tous les deux. Je ne voyais pas de mal à nous faire du bien, à tous les deux... Elle m'avait écouté, patiemment, et rassuré... Je trouvais près de cette jeune femme une oreille attentive, et même du soutient. Pas un instant je ne me vis comme pathétique, non... j'avais besoin d'amour. NON ! pas de l'acte sexuel ! (pervers !) mais de chaleur, de contact, de soutien, d'une oreille à laquelle se confier, relâcher la pression qui me pesait dessus au-moins autant que celle qui maintenait William au fond de l'eau. L'idée qu'étant vampire, je pouvais effrayer la promeneuse solitaire ne m'effleurait pas davantage : jusqu'à présent, elle avait semblé se faire à ma présence, et je ne me montrais pas menaçant envers elle. Je la devinais douce et craintive, alors, je faisais attention, conservant une voix douce, baissant les yeux pour ne pas l'inquiéter. Je voulais juste qu'elle reste. Et si au passage je pouvais l'aider un peu...

* Aider... venant d'un vampire, c'est surprenant ! *

Non, pas tant que ça ! il n'y avait qu'à voir mon comportement en ce moment même. J'avais besoin de douceur et était tout prêt à en donner en échange. Non, je n'étais pas le monstre ténébreux qu'on voulait voir en moi. Malgré les Années Sanglantes et mes actions lors de ces sept longues années, mes tueries, mes attaques éclairs, tout ça... mon humanité, le peu qui m'en restait, reprenait le dessus avec cette paix qui semblait vouloir tous nous assommer. Les cauchemars, les élans de tendresse, la recherche de l'amour, le sentiment de solitude et aussi celui de danger, me prenaient beaucoup de temps et de réflexion. Cela ne voulait pas dire que je bossais mal -je travaillais à fond pour Julien, et tout ce temps, je me sentais bien, investit d'une sorte de mission que je menais avec conscience et diligence. Mais en dehors de mon boulot... tout allait à vau-l'eau.

Bien sûr que Rébecca avait reculé lorsque j'avais voulu toucher son visage. Pourtant, je persistais en lui ouvrant les bras. Elle semblait si fragile, et tellement seule. Je connaissais tellement bien la réalité des cauchemars... et ces sentiments qui demeuraient après le réveil, ce vide, cette peur... et la réponse arriva, cinglante, malgré les pincettes utilisées :


- Oui, c’est indécent. Déplacé, même : je ne vous connais même pas ! Vous êtes un vampire, vous n’avez rien à faire ici, et moi non plus d’ailleurs.

J'aurai pu m'énerver, lui sortir un truc méchant qui lui aurait cloué le bec, ou l'obliger à finir dans mes bras, mais je n'en fis rien. Lentement, mes mains se croisèrent sur mes jambes, et je me recroquevillais sous les mots durs. Julien aurait bien rit en me voyant ainsi, pauvre petite chose pathétique... Cette prise de conscience m'acheva littéralement. Mais je savais que seule la peur gouvernait désormais Rebecca, et je ne me sentis pas le courage de contrer tout ce qu'elle déversait sur moi. D'ailleurs, si elle me dénonçait à la PES, je n'étais effectivement pas dans le bon quartier, et j'aurai de graves ennuis. J'en provoquerai aussi pour Guillemaud.

* La poisse ! *

Comme si cela ne suffisait pas, Becky avait ajouté qu'elle n'était pas libre : quel était donc ce salaud qui la faisait ainsi souffrir ? Mes yeux étaient toujours rivés à deux mètres devant moi. La jeune fille s'était dressée d'un bon. Le moindre de mes gestes l'aurait alarmé plus encore, alors, je demeurais figé.  Et quand elle m'annonça qu'elle partait, je haussais juste les épaules, vaincu, me demandant pourquoi je l'avais prise comme confidente ? peut-être parce qu'après la Bérésina vécue avec Hannah, j'avais besoin de quelqu'un d'autre... La seule évocation de ce prénom relança la douleur de mon poignet, que je massais lentement de la main droite. Je murmurais en observant ce mouvement doux :


- Oui, vous avez raison. Je vais rentrer, moi aussi...

Et les quelques mots de réconfort suivirent, tellement inattendu que j'en fus vraiment surpris :

- Soyez prudent, bon courage pour la suite. Au revoir, Leslie.

Je redressais la tête, regardais le visage doux de mon interlocutrice, charmé par tant d'attentions...

- Voulez-vous que je vous raccompagne jusqu'à une rue plus animée ?

L'idée de la laisser seule au milieu de ce lieu écarté et désert ne me plaisait pas, mais d'un autre côté, je ne discernais aucune présence... je me levais donc lentement, pour ne pas l'affoler, et d'ailleurs, aucune envie de me presser ne me poussait à faire plus vite. Si elle refusait, et bien, je prendrait un chemin différent et me ferait oublier. Si elle acceptait... je serai le plus heureux des vampires.
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MessageSujet: Re: Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]   Mar 23 Juil - 18:47




Comme profondes sont les Mariannes



Leslie a écrit:
- Voulez-vous que je vous raccompagne jusqu'à une rue plus animée ?
Je dévisageai le vampire avec surprise. Je venais de l’envoyer balader et pourtant il restait prévenant et… gentil ? Pour un peu qu’un inconnu puisse être gentil sans arrières pensées.... Oui j’étais plutôt maussade et pessimiste ces temps-ci, cela ne me ressemblait pourtant pas. J’appréciais sa proposition mais je secouai la tête en souriant légèrement :
- C’est gentil, mais je ne suis pas garée loin, ça va aller.
Et puis l’endroit était désert à l’exception de lui et moi. J’allais tranquillement retourner à ma voiture et reprendre le chemin de Levingstone. Voilà une rencontre dont je ne raconterai rien ni à Makayla ni à Camille qui allaient me traiter d’insouciante. J’avais passé l’âge de me faire enguirlander. Et puis, on était en paix, il n’y avait aucune raison que je cours le moindre risque.  
- Bonne nuit !
Je m’éloignai après un ultime petit geste de la main. Nous avions beau être fin juin, la fraîcheur de la nuit m’était tombée sur les épaules. Le ciel commençait à se faire menaçant et il était vraiment temps que je rentre. Je me dirigeai d’un pas un peu rapide vers ma voiture. Je ne m’étais pas rendue compte que je m’étais autant avancé sur les quais. Un bruit, semblable à un bruissement me fit me retourner. Bon sang, voilà que mon imagination galopante me jouait des tours. Je repris la direction de ma voiture en accélérant mais cette fois c’est une ombre dans l’obscurité qui attira mon attention :
- Leslie ? Appelai-je, peu rassurée.
Mais ce n’était pas lui… je reculai de quelques pas, trébuchant et mon cœur s’affola, consciente d’un danger que je ne percevais pas clairement. Je me mis à courir mais c’était déjà trop tard. Une main m’agrippa par les cheveux, m’attirant en arrière. Deux yeux rencontrèrent les miens. Une voix, hypnotisante, ordonna sèchement « ne bouge pas, ne crie pas » et d’horribles crocs transpercèrent la peau fine de ma nuque. Je voulu hurler mais aucun son de dépassa mes lèvres.  La poigne de mon agresseur sur mon cou me faisait suffoquer mais alors que la panique suppliait mon cerveau de faire quelque chose, de se débattre, j’étais incapable de bouger. Mon propre corps ne m’obéissait plus. Mes yeux s’embuèrent de frayeur alors que je me voyais déjà mourir sur ces quais sordides, assassinée à cause de ma bêtise par un vampire hors-la-loi. Et je pensai à Camille, Camille que j'allais abandonner une nouvelle fois... Les sanglots m’étouffaient mais refusaient de sortir. Mais soudain, mon agresseur –j’aurais bien été incapable de dire s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme- me repoussa brusquement en toussant et en crachant, jurant des mots que je ne parvenais pas à comprendre. Je m’effondrai sur le sol comme une poupée de chiffon.   Et soudain, il n’y avait plus personne, je me retrouvai seule avec moi-même, le cou en sang, totalement sous le choc…

La suite dans You Found Me…




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Comme profondes sont les Mariannes [Livre II - Terminé]
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