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One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]
MessageSujet: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Mer 12 Juin - 15:44




One foot in sea, one on shore

L’aube se dévoilait progressivement, les ténèbres commençaient déjà à se confondre en un jeu de teintes rosées. Le Soleil se levait. J’étais assis sur mon lit, le visage tourné vers ma baie vitrée. Je n’aimais pas particulièrement cette phase de la journée et bien souvent, je la loupais d’ailleurs. Seulement, voilà, cela faisait plus d’une heure que je ne parvenais plus à dormir et ça sans raison précise. J’avais bien tout tenté pour retomber dans les bras de Morphée mais rien n’y faisait. J’étais déjà trop réveillé malgré que ma nuit n’ait durée que quelques heures. J’avais cessé toute lutte avec ma cervelle qui s’était bien remis en marche. Plus je traînais là, plus je pensais et plus je me rendais malade sur des sujets inutiles. Je commençais à trouver de plus en plus de problèmes là où il n’y en avait pas initialement. Je devais me lever et trouver de quoi m’occuper, vite. Je vis dans cette absence de sommeil une opportunité, celle que j’avais déjà repoussée la veille. Le temps de me décider, j’optais pour une douche rapide qui me remettrait peut-être les idées en place. Je gagnais donc la salle de bain, songeur. Une fois sous le jet d’eau, mes souvenirs refirent sans grand mal surface et je ne pus m’empêcher d’esquisser un sourire. Rebecca n’avait de cesse de revenir me hanter ces derniers jours – surtout depuis son coup de téléphone. J’avais reporté plusieurs fois cette envie oppressante de la contacter, me forçant ainsi à me mettre certaines limites pour elle, pour moi. Mais ce matin, ce fût comme une évidence. Je voulais, je devais et j’allais me diriger vers le BlueSky Hôtel. Ne m’avait-elle pas réclamé un petit déjeuner ?  L’idée de la revoir chassa ma somme d’angoisses irrationnelles que j’avais engendré par ennui un peu plus tôt. Je me lavais rapidement avant de piocher dans ma commode un jean et la chemise qu’elle avait elle-même portée lors de notre dernière rencontre. Une fois prêt, je pris mon blouson – il était encore tôt, il faisait donc frais – et mes clés. Je descendis deux par deux les marches et arrivais bien vite au pied de mon immeuble. Il n’était que 7h30 et je me demandais si je parviendrais à trouver une boulangerie ouverte à cette heure-ci. Je  pris ma voiture et fis le tour de Glasgow plusieurs fois jusqu’à trouver mon bonheur. J’achetais plusieurs viennoiseries différentes encore tièdes et j’embarquais un peu plus loin deux gobelets en carton de cafés avant de me précipiter jusqu’au lieu où mon amie séjournait.

J’avais eu largement le temps de m’interroger sur la raison qui l’avait poussé à abandonner son appartement et se retrouver à loger dans un hôtel. Le trou des six mois ne m’aidait pas à y voir plus clair. Avait-elle été expulsée ? Avait-elle erré d’un lieu à un autre comme ça ? Que s’était-il passé pour que sa vie si stable ne devienne aussi chaotique ? En quoi les Années Sanglantes avaient joué sur sa situation ? Et dans quelles mesures ? Pour moi, Rebecca avait tout d’une humaine normale qui menait sa vie simplement. Il me manquait des paramètres et j’étais bien placé pour savoir que les apparences étaient trop souvent trompeuses. Je ne me livrais pas, elle ne l’avait pas fait, logique. Je ne devrais pas vouloir savoir mais en même temps… C’était tellement frustrant. J’avais l’impression qu’elle était dans le besoin et qu’elle ne m’en disait rien. J’aurais tellement voulu l’aider. Mais non, ça ne me concernait pas. Je tentais d’effacer tous ces songes en augmentant le son de la radio ce qui me fila plus la migraine qu’autre chose. Heureusement, le GPS m’annonçait que j’étais bien arrivé à destination. L’hôtel me fit directement mauvaise impression, mon estomac se contracta douloureusement. Becky… Que s’était-il passé ? Je me sentais tout à coup nerveux et je décidais d’apaiser une nouvelle vague de stress avec un peu de nicotine. Je comptais vite la fumer avant que nos boissons ne soient refroidies. Je l’allumais, tirais de longues bouffées et puis l’écraser à moitié fumée dans le cendrier avant d’embarquer mes paquets et de me diriger vers l’entrée. 8h15 et les couloirs vides. Je réussis à trouver un employé qui m’indiqua la chambre de la jolie brune.

Plus je voyais l’état de l’endroit plus mon inquiétude décollait. Je me mordais frénétiquement la lèvre inférieure, conscient que je devrais cacher tout ça à ma comparse. C’était forcément provisoire. Elle avait dû déménager brusquement et puis, là elle était revenue et en attendant de trouver… Bon sang, je m’inventais des scénarios maintenant. Bon allez, c’est moi qui noircissait le tableau. Il fallait rester zen, détendu, détaché – tout ce que je ne suis jamais quoi. C’est dans cet état de nervosité que j’atteignis la porte de sa chambre. Je décidais de me calmer et de jouer l’insouciance fictive d’entrée de jeu. Je toquais trois petits coups, me pinçais le nez et changeais ma voix   « Service d’étage. Veuillez ouvrir je vous prie. » Ma plaisanterie ne me fit même pas rire à vrai dire. Le temps qu’elle m’ouvre, j’avais réussi à passer de «  Rebecca a besoin d’aide » à «  et si elle était accompagnée ? » Je débarquais par surprise – une idée peu judicieuse de ma part, et c’était possible qu’elle n’ait pas passé la nuit seule. J’avais le cœur au bord des lèvres rien qu’à imaginer la scène. Si c’était un mec qui m’ouvrait, j’allais être mal et bien plus qu’embarrassé. Comment j’allais devoir réagir ? J’avais vraiment le don de compliquer ma vie. Comme si entre tous les événements surnaturels et les obligations, j’avais encore du temps pour me prendre la tête.



Dernière édition par Camille Fontayn le Dim 23 Juin - 0:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Ven 14 Juin - 7:32




One foot in sea, one on shore


​Enroulée dans une serviette, j'étouffai un bâillement en relevant mes cheveux devant le miroir délabré de la petite salle de bain du Bluesky hôtel.​
​J'avais l'impression de ne pas avoir fermé l'oeil de la nuit. En réalité, j'avais dormi, mais seulement pour mieux me réveiller en sursaut à plusieurs reprises, mon sommeil ayant été peuplé de cauchemars. ​
​J'avais fini par allumer la télévision vers 4h du matin et avait péniblement somnolé jusqu'à ce que les rayons du soleil à travers la fenêtre me poussent à me lever quelques heures plus tard. J'avais pris une douche glacée pour essayer de me donner un peu d’énergie mais je n'avais réussi qu'à me frigorifier. La journée commençait bien...
J'ignorai quel serait mon programme, à part traîner en ville à la recherche d'un emploi, mais j'avais surtout hâte de quitter cette chambre sordide. Après avoir enroulé mes cheveux en un chignon lâche, je me brossai les dents et me maquillai légèrement puis j'enfilai un jean et un tee-shirt aux manches évasées.
J'étais en train de mettre mes boucles d'oreilles quand on frappa à la porte.
Je fronçai les sourcils. Service d'étage ? Je n'avais même pas de téléphone dans la chambre, de l'eau chaude une fois sur deux, et je ne captai que 3 chaînes... comment diable pouvait-il y avoir un service d'étage ?
Je me dirigeai vers la porte et eu une seconde d'hésitation. Mc Borough ne me recherchait plus mais si quelqu'un d'autre avait découvert ma nature de semi-démon ? Et si on me tendait un piège ridicule dans lequel j'allais tomber comme une idiote ?
Non, c'était moi qui était ridicule, personne ne savait que j'étais ici, à part...
Mes inquiétudes s'envolèrent et j'ouvris la porte pour découvrir Camille.
Je senti mon visage s'illuminer et je lui souri, amusée.

​-Service d’étage, hein ? Comme tu peux voir, ce n’est pas vraiment le genre de la maison ! Lui dis-je sur l'air de la confidence avant de m'écarter. Entre.

Je le laissai rentrer et m'adossai à la porte pour le regarder, un petit sourire aux lèvres.

​A en juger par le looping dans mon estomac, celui-ci était ravi de revoir le barman. A moins que ce soit l'odeur alléchante de petits pains et de café qui lui rappelait qu'il n'avait rien avalé depuis la veille. C'était plus facile de mettre ça sur le compte de mon ventre que d'admettre que le revoir me faisait un bien fou.​
​Je n'arrivai pas à croire qu'il était là. ​
Je n'avais pas arrêté de penser à lui depuis que j'avais quitté son appartement quelques jours auparavant.​
​Je n'avais pas osé lui proposer de se revoir après l'intensité de ce que nous avions vécu ce soir là. J'en avais encore le vertige rien que d'y penser​ et j'étais perdue. Je lui avais donc laissé la responsabilité de se revoir, même si j'avais sérieusement douté qu'il ​en prendrait l'initiative. Et pourtant il était là et je mourrai d'envie de me glisser dans ses bras. Mais je ne savais pas comment le saluer, devais-je lui faire la bise, l’enlacer, l'embrasser ? Je ne savais plus et je me sentis idiote. Par chance, ses bras occupés étaient une parfaite excuse.


​​- Tu m'as apporté le petit-déjeuner...

Ce n'était pas une question. Mais j'avais du mal à ne pas montre à quel point cela me faisait plaisir. C'était adorable et inattendu, j'avais eu d'autres idées en tête quand je lui avais demandé un petit-déjeuner.

​Je m'approchai pour le débarrasser et posai ses paquets sur la commode pour en découvrir le contenu.

- Hum, excellent choix, je meurs de faim en plus !

Puis je me retournai et me retrouvai si proche de lui qu'en levant la tête, nos visages ne furent plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Alors j'arrêtai de trop réfléchir et je me mis sur la pointe des pieds pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres. Il était temps de le saluer un peu mieux que ça.

- Bonjour...lui dis-je avec un petit sourire, glissant mes bras autour de sa taille, l'air de rien, en levant la tête pour le regarder.

Je guettait sa réaction en essayant de masquer mon appréhension. J'avais l'impression de retourner plusieurs mois en arrière, après notre première nuit ensemble. J'avais essayé de prétendre que ce n'était qu'un accident de parcours, et les jours suivants avaient été un peu teinté de gêne. Nous nous étions même plutôt évité. Et puis quand nous nous étions revu et que nous avions été brutalement jeté face à nos contradictions, nous avions évité d'en parler et avions recommencé. A partir de ce moment là, j'avais décidé de mettre mes interrogations et mes doutes de côté quand j'étais avec lui. Cela marchait plutôt bien, même si cela ne résolvait rien et avait tendance à me rendre paranoïaque quand il était loin de moi. Qui voyait-il, que faisait-il, pensait-il à moi ? Et quand mon cerveau s'emballait, je me demandais s'il n'avait pas rencontré une louve-garou qui le faisait monter au septième ciel derrière le comptoir après la fermeture sans même qu'il ne se souvienne mon nom. En général, je finissais ce genre d'introspection avec un moral au trente-sixième dessous. Cela me tuait de ne pas savoir. Et pourtant, je me complaisais dans cette situation qui me permettait de l'avoir rien qu'à moi, même si ce n'était que pour quelques heures. Face à la perspective de le perdre définitivement, je préférais ça et j'étais prête à fermer les yeux sur tout ce qui me dérangeait et me faisait peur.  

- Tu es bien matinal, tu ne travaillais pas cette nuit ?



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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Ven 14 Juin - 12:09




One foot in sea, one on shore

Les longues secondes d’attente furent très pénibles pour mes nerfs, j’avais eu l’occasion de m’inventer six scénarios différents dans lesquels je finissais par être tout bonnement ridicule. J’en venais à douter que ma présence ici soit adaptée. Le paradoxe dans ma façon de fréquenter la gente féminine était que je jouais l’insouciance voir l’indifférence alors que finalement, je ne suis pas aussi insolent que je semble l’être. Après, les aventures d’un soir… Eh bien, elles ne sont pas compliquées pour moi. Rebecca… Sur du plus long terme, comment agencer tout ça ? Comment baliser nos sentiments, la distance ? Je m’emmêlais complétement les pensées. Je ne savais plus ce que je faisais ici comme un abruti devant cette porte. Et finalement, elle l'ouvrit et toutes mes craintes, tous mes doutes tombèrent d’un bloc à ses pieds. J’accrochais ses yeux et ne pus m’empêcher de sourire face à sa surprise. J’étais content d’avoir pris cette décision. Elle confirma bien ce que je pensais avant de faire cette petite plaisanterie. Bien sûr, un service d’étage dans un hôtel pareil… Mon estomac se recontracta. Allez, ça irait. Rebecca finirait bien par partir d’ici un jour. « Justement, c’est pour ça que je viens te proposer mes services. » Je lui fis un petit clin d’œil tout en entrant dans sa chambre. Je passais devant elle. L’envie de glisser furtivement mes lèvres contre les siennes me titilla mais je ne sais pas, je la sentais sur la réserve. J’étais moi-même un peu tendu. Je brisais un peu tous mes codes de conduite avec elle. Débarquer comme ça, me mettre dans une situation évidente de faiblesse encore une fois. Je prenais des risques avec elle, de gros risques. Alors qu’elle avait déjà une fois disparue. Mais n’était-ce justement pas pour ça que je tentais cette fois-ci de ne rien regretter ? Oui, non, peut-être. J’avais réussi à me convaincre que son départ était une bonne chose. Que nous avions juste été dans une relation charnelle, des amis avec bénéfices en quelque sorte. Et pourtant… Elle était revenue et j’avais tout fait – dans la limite de mes capacités émotionnelles – pour ne pas perdre le contact. Je savais que tout ça craignait pour moi. Pour elle aussi. Mais c’était plus difficile de marcher en sens inverse que de venir ici m’exposer à tous les risques. Cette simple conclusion suffit à me couper le souffle et à me faire paniquer. Je masquais mon trouble derrière un nouveau rictus.

Je savais qu’elle était étonnée de me voir ici et ça ne me surprenait pas. Je n’avais jamais pris vraiment les devants. Enfin, quand nous nous étions embrassés et que nous avions fini dans mes draps la première fois. Disons que le mouvement était venu des deux. Les fois suivantes… Nous habitions le même immeuble, on se croisait souvent. Je ne devais pas traverser la ville pour la retrouver. Ce n’était pas la même intention, ça ne relevait pas de la même signification. Il fallait que j’arrête de soulever toutes ces évidences qui me mettait de plus en plus mal à l’aise. Je n’allais pas regretter d’être ici à cause de mon trop plein d’appréhensions, c’était vraiment stupide. On verrait plus tard, bien plus tard. Je n’étais pas prêt à assumer ça, elle non plus je crois. Elle se remit à parler, dieu merci. « On m’ordonne, j’exécute mademoiselle. » Je lui fis une petite courbette pour appuyer mes paroles. « J’ai pris un peu de tout ne sachant pas trop de quoi tu aurais envie. Et comme je sais que toi et ton appétit vous défiez les lois physiques de ce Monde. » Je jouais toujours la nonchalance. C’étaient mes seules défenses contre ce que nous vivions et son intensité aberrante. Celle-là même qui avait pris des proportions surréalistes lors de nos retrouvailles. Elle me débarrassa des paquets, je la laissais faire en la suivant de quelques pas tout de même de sorte que quand elle se retourna vers moi, nous soyons proches.

Si j’étais moi-même nerveux, je la sentais également un peu perdue. Mon apparition soudaine ne devait pas être étrangère à cet état. Je l’espérais. L’idée de la troubler me plaisait bien trop. Elle vint cueillir fugacement mes lèvres et entoura ma taille de ses bras. Je glissais un bras autour de ses épaules et répondit à sa salutation tardive de la voix la plus séduisante possible. « Bonjour...»  Je me refis sérieux et ajoutais. « J’espère que je ne te dérange pas… »  Débarquer à l’improviste sans rien savoir sur la vie de l’autre était un pari risqué. Et puis peut-être avait-elle d’autres plans que celui de me recevoir ici. Ne nous mentons pas, je lui avais dit ça aussi pour vérifier que ma présence ne l’incommodait pas. Bien que connaissant Becky, elle était bien trop gentille pour me l’avouer si c’était le cas. Quand elle me questionna, j’haussais les épaules. « Si mais je n’ai pas eu fini trop tard. » Si on jugeait qu’une heure trente du matin n’était pas trop tard, bien sûr. « Et toi tu as passé une bonne nuit ? On ne dirait pas que je te tire du lit, quel dommage. » Je lui souris. Je ne comptais pas lui expliquer que j’avais des difficultés à dormir. Surtout depuis que Krystel Raybrandt m’avait contacté. Mes rêves s’alternaient entre les combats auxquels j’avais participé et la voix de la Reine des vampires qui me jure de me torturer. Mes nuits étaient très intéressantes d’un certain point de vue, je n’avais pas le temps de m’ennuyer. J’oubliais tout ça en caressant d’une main la nuque de Rebecca. Elle avait attaché ses cheveux, je pouvais me délecter à loisir de son cou. L’envie d’y poser ma bouche me hantais mais je devais me recentrer. « On ferait mieux de manger et de boire avant que ça soit froid. On s’installe où ? » Mon regard balaya la pièce sordide, je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils. Si je m’écoutais, je lui dirais de prendre toutes ses affaires et de venir chez moi mais… L’autre partie de mon être, la plus fragile, celle qui croyait être la plus indépendante me traitait déjà de tous les noms rien qu’à l’évoquer mentalement. Face à cette angoisse, je décidais de m’en détourner en me penchant vers mon interlocutrice et l’embrassa tendrement. Pas plus d’une minute, pour notre bien commun. Je me décrochais de la jolie brune pour me diriger vers le petit déjeuner. De toute évidence, le lit était la meilleure option pour commencer ce petit déjeuner. Pas la plus sage mais… C’était vraiment idiot, vu ce qui s’était passé dans mon appart’. Pourquoi avais-je l’impression de marcher sur un fil ? Je pris l’ensemble de ce que j’avais amené et le posais sur les couvertures. Je tendis un des deux gobelets en carton de café à mon amie avant d’ôter mon blouson et de le poser. Je m’assis sur le lit et ouvris les paquets. Le français reprit le dessus de la discussion. « Je t’en prie. »  en désignant des mains l’ensemble des victuailles à la manière d’un marchant proposant ses fruits et légumes. « Prends ce qu’il te fait envie. »  Je me comptais dans le lot ? Carrément, oui.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Sam 15 Juin - 15:01




Tu ne te plains pas toujours de mon appétit...


Citation :
​« On m’ordonne, j’exécute mademoiselle. »

Je lui jetai un regard intéressé et mon sourire s'agrandit :

- Je m'en souviendrai..

Citation :
« J’ai pris un peu de tout ne sachant pas trop de quoi tu aurais envie. Et comme je sais que toi et ton appétit vous défiez les lois physiques de ce Monde. »

​En temps normal, j'aurais pris un air offusqué et lui aurai frappé légèrement l'épaule, mais pas aujourd'hui. Je me mis à rire et lui lançai un regard équivoque.

- Il me semble que tu ne te plains pas toujours de mon appétit....


Holala, qu'est-ce qui me prenait de dire ça ? J'avais vraiment un problème ! Je m'étais promise d'être sage, d'essayer de garder mes mains dans mes poches et je faisais des allusions à nos ébats torrides à la première occasion.
Je rougis légèrement et profitai de le débarrasser des paquets pour essayer de reprendre contenance, mais quand je me retournai il était si près de moi que je ne cherchai pas à résister plus longtemps. Je l'enlaçai après un petit baiser.  Je ne savais pas quoi penser et je me torturai à essayer de trouver un sens à tout ça. Je voulais croire que les choses n'avaient pas changé mais c'était faux. Tout était différent. Camille était différent, son comportement même était différent. Et j'avais peur de comprendre pourquoi. J'avais peur d'espérer quelque chose de sa part qu'il ne pouvait pas m'offrir et dès que je me laissai bercer par ces pensées interdites, je m’efforçai de m'en détourner avec force. J'allais souffrir, forcément. J'avais souffert déjà, de nos non-dits d'abord, puis de son absence quand j'étais partie, et je souffrais toujours au fond. Mais cela ne me dérangeait pas. Car j'étais prête à souffrir si c'était pour lui, et cette conclusion me faisait totalement paniquer. J'avais d'autres soucis en ce moment que de me demander ce que Camille ressentait pour moi. Ça ne pouvait pas être que pour le sexe, même si effectivement, c'était génial de ce côté-là car on était totalement sur la même longueur d'onde. Je n'arrivais pas à croire que ça puisse être juste pour ça. Nous partagions quelque chose de plus fort, nous étions amis, nous étions complices, on pouvait parler de tout et de rien pendant des heures... du moins on avait pu le faire et j'étais persuadée que c'était encore le cas. Mais mon retour était trop frais, j'étais bouleversée et je sentais que la légèreté de Camille n'était, elle aussi, que feinte. Tout était réuni pour me faire douter et poser mille questions. Et étrangement, il avait ce pouvoir incroyable qui faisait que lorsqu'il me touchait, tout ça s'envolait. Je passai d'un extrême à l'autre constamment, et c'était la raison pour laquelle il était si bon et si dangereux d'être près de lui.

Citation :
J’espère que je ne te dérange pas…  

Je relevai les yeux vers lui et secouai la tête avec un sourire malicieux:

- Jamais...

J'avais voulu le dire sur un ton léger, mais cela sonnait terriblement sérieux et sincère à mes oreilles. J'étais complètement à côté de la plaque.

Citation :
Et toi tu as passé une bonne nuit ? On ne dirait pas que je te tire du lit, quel dommage.

​Il me sourit, et cela calma temporairement mes angoisses. Finalement, je n'étais pas la seule à faire des allusions coquines... ce qui n'était pas si étonnant. Nous n'étions pas rassasiés l'un de l'autre. Chaque effleurement était électrique et nous étions attirés l'un par l'autre comme des aimants. ​

​- Pour ça, il aurait fallu que tu sois là bien plus tôt ! Je n'ai pas très bien dormi... confessai-je.​

​Sa main glissa sur ma nuque et il n'en fallu pas plus pour me distraire de ma mauvaise nuit. J'avais envie de ses lèvres sur les miennes, mais il en décida autrement en proposant de petit-déjeuner tant que tout était encore chaud. Il avait raison et mon estomac gargouillant me le rappela. Je le laissai observer la chambre en fronçant les sourcils. Oui c'était tout sauf le grand luxe, mais j'avais privilégié une chambre bon marché pour avoir quelques jours de plus afin de trouver une autre solution. ​La nuit, il me semblait entendre gratter dans les murs, quand ce n'était pas les ronflements ou les ébats de mes voisins qui m'empêchaient de trouver le sommeil. Mais c'était temporaire.

Il se tourna vers moi et m'embrassa. Un vrai baiser, cette fois, que j'avais l'impression d'avoir attendu une éternité. Mais il se détacha de moi trop vite et je le laissai s'installer, prenant le gobelet qu'il me tendait pour y tremper mes lèvres avec délectation. Je n'aimais pas cette gêne entre nous, cette impression de ne pas savoir où poser les pieds et d'avoir peur de dire ou faire quelque chose qu'il ne fallait pas.
Je ne voulais pas de ça entre nous, je voulais retrouver le naturel et la simplicité qui nous caractérisait. Mais je ne savais pas comment faire.

Je fini de me détendre lorsqu'il se mit à parler en français. J'aimais ce petit truc rien qu'à nous. Il me proposa de prendre ce qui me faisait envie. Il ne pouvait pas deviner à quel point c'était une proposition dangereuse. J'avais envie de lui. C'était LUI que je voulais.
Repoussant ces pulsions, je m'agenouillai sagement sur le lit et prit un Muffin aux myrtilles, mes préférés. Tandis que je mordais dedans avec appétit, j'essayai d'oublier l'endroit où nous étions, mais cela m'était impossible. J'étais tout sauf fière de devoir loger ici. J'avais donné le nom à Camille pour qu'il ne s'inquiète pas, pour qu'il n'ait pas l'impression que je l'abandonnai à nouveau, mais la vérité c'était que je n'avais pas pensé une seconde qu'il viendrait me voir, aussi, je me senti obligée de me justifier.

- C'est gentil d'être passé. J'aurais préféré que tu ne vois pas ça, cela dit... grimaçai-je en regardant piteusement autour de nous. Je ne peux pas me permettre autre chose tant que je n'ai pas retrouvé de boulot.

Mais le voir me faisait du bien, et j'enfournai une deuxième viennoiserie en lui jetant un regard faussement bravache. Il n'avait pas intérêt à faire de réflexion où ça allait être la guerre !
​J'avais gardé une certaine distance de sécurité et je me rendais compte à quel point c'était idiot. Ce n'était pas parce que nous ne nous touchions pas que tout le reste s'envolait, loin de la. Le problème c'est que malgré toutes Mes envies, l'endroit n'était pas propice à la frivolité. Même avec toute la bonne volonté du monde, je ne me voyais pas faire quoi que ce soit avec Camille ici et maintenant. Je voulais juste profiter de lui, mais si possible, ailleurs.

- Je me préparais à sortir quand tu es arrivé, tu veux qu'on aille faire un tour quand on aura fini ? On pourrait aller marcher un peu sur les quais ? Je n'en peux plus de rester ici. L'air frais me fera du bien !


J'avais dit ça avec légèreté pour ne pas qu'il voit à quel point la situation me pesait. Puis, pour détourner son attention, je me penchai vers lui, lascive:

- Tu as quelque chose là, ne bouge pas...

Je glissai ma main sous son menton pour l'attirer près de moi et l'embrassai langoureusement. Puis je me reculai innocemment en me léchant les lèvres et me relevai l'air de rien. Je m'éloignai, tentatrice, toujours souriante :

- On y va ?


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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Sam 15 Juin - 18:17




One foot in sea, one on shore

Tout ce qu’elle me disait me retournait et à différents niveaux. Je savais pertinemment désormais que Rebecca ne me laisserait jamais indifférent. Sa situation m’interpellait de plus en plus et elle venait de m’offrir deux bonnes raisons de répliquer à ce qu’elle avait bien voulu m’avouer. Je prenais le temps avant d’agripper les perches, réfléchissant à ce que je pouvais avancer, ce que je pouvais savoir. Pouvoir. Quel drôle choix de verbe n’est-ce pas ? Je ne m’autorisais pas beaucoup de choses sur un plan affectif. Parce que je savais que j’allais finir par tout gâcher d’une façon ou d’une autre. Je n’étais pas fait pour ça, pour les relations amicales et surtout pour les autres. Les autres ? Ne me demandez pas de qualifier ce que nous vivions, ça entrainerait trop de conséquences. Toujours est-il que si je cherchais à me protéger avant tout, je voulais aussi la préserver de moi, de tout ce que je ne pourrais jamais lui apporter. Vouloir et pouvoir, deux notions bien étranges, surtout conjugués ensemble, rarement compatibles. Est-ce que nous l’étions elle et moi ? J’évitais de me poser ce type de question. Je voulais vivre les choses comme elles venaient avec elle. Je voulais que ça soit simple entre nous. Quand on veut, on peut ? Encore une connerie destinée à consoler les incertains, une illusion engendrant un réconfort fugace. Moi j’étais réaliste. Rebecca n’avait pas besoin d’un mec avec une vie aussi compliquée, avec un esprit aussi indécis dans sa vie. Ce que je fichais là ? Je profitais du temps qu’on m’accordait. C’était égoïste. J’étais ici par pure égoïsme. Un jour, ça m’exploserait en plein visage. Combien de temps pourrait-elle se contenter de ça ? Combien de temps avant qu’elle se lasse ? Combien de temps avant qu’elle réalise que je n’étais qu’un crétin ? Si ses allusions à nos retrouvailles m’avaient sommairement distrait, son « jamais » m’avait fait littéralement mal à la poitrine. Et puis elle avait enchaîné sur une confession qui m’avait bien ramené sur terre. J’avais revu mes priorités dès qu’elle avait parlé de son sommeil. Je n’avais rien dit sur le moment, je m’étais contenté de continuer à caresser la courbe de sa nuque. Ensuite, nous nous étions mis « à table » au lit. Etrange expression qui sortit du contexte…

Oui, j’avais énormément du mal à garder une certaine concentration. Entre les confidences de mon amie que j’avais réclamé silencieusement, notre jeu implicite de séduction et ma fatigue, je jonglais mal. C’est la raison première pour laquelle, j’avais gardé le silence jusque-là. Je pris directement une gorgée de caféine pour remettre tout ça en place tandis qu’elle s’emparait d’un muffin. Mes yeux s’attardaient sur ses traits, s’interrogeaient toujours sur les événements qui l’avaient poussé à prendre une chambre dans un hôtel aussi miteux et puis elle délivra une partie de réponse ainsi qu’un nouveau mystère. Je me mordis l’intérieur de la joue pour ne rien laisser passer sur mon visage alors que je me penchais pour saisir un croissant. Je lui déclarais sur un ton que je voulais détaché et rassurant.  « T’en fais donc pas. Ce n’est pas la chambre que je viens voir, c’est toi. » Je lui souris. Je ne voulais pas qu’elle soit mal à l’aise pour ça. Je m’en fichais tant qu’elle allait bien. Mais était-ce le cas ? Je me re-mordis l’intérieur de la joue. « Tu n’as plus… » Ferme-la Fontayn, tu as juré de ne pas poser trop de questions. Respecte ça, respecte ça.  « Tu cherches toujours dans le même domaine ? Le mannequinat ? » La seule chose que je pouvais faire là, maintenant c’est de l’aider à aller de l’avant, peu importe les raisons passées. Avait-elle juste perdu son job ? Ça me semblait bien léger pour déménager subitement. Enfin non, surtout, pourquoi ne m’aurait-elle rien dit ? Casse-tête.

Nous avions gardé une certaine distance l’un avec l’autre que je m’efforçais de ne pas franchir. Était-ce le lieu qui m’incitait à rester placidement là, à manger ? Allez savoir. L’attitude de mon interlocutrice m’y poussait, ça c’était certain. Je savais, j’avais compris qu’elle était gênée. C’est pour ça qu’à sa demande de fuite, de passer notre temps loin de cet endroit, je saisis l’opportunité en acquiesçant. Peu importe où nous échouerions, le but c’était bien d’être avec elle. Est-ce que je m’écoutais penser ? Depuis le temps, vous devriez savoir que je faisais la sourde oreille quand ça m’arrangeait. Elle détourna bien vite mon attention en se penchant vers moi, abolissant nos règles de sécurité complétement absurdes. Je gobais sa phrase et crus vraiment que... Puis elle s’empara de ma bouche. Sa langue avait un goût sucré – merci aux viennoiseries que j’avais apportée. Je perdis un peu – beaucoup, le fil de mes pensées alors qu’elle se releva d’un seul coup me laissant légèrement hébété. Je levais un sourcil et elle m’invita à sortir de là. D’accord, d’accord. Je finis d’une traite mon café et repris mon blouson. Je vins alors me poser à côté d’elle, passais un bras autour de ses épaules avant de me pencher sur son oreille, je murmurais alors dans notre langue maternelle «  Vos désirs sont des ordres. » mes lèvres chutèrent sur son cou – c’était indécent qu’elle me l’expose comme ça et que je ne puisse guère y toucher. J’ouvrais d’un même mouvement la porte et puis lui désignais la sortie. « Après vous. » Je ne dis pas un mot durant le trajet, trop occupé à analyser l’endroit, qui nous mena à ma voiture garée juste en face de cette horrible « hôtel ».

Je lui ouvris la portière puis pris place derrière le volant. C’était un de ces jours où je regrettais de ne plus avoir ma Porsche. Je l’avais bien maudit par le passé, c’était vrai. Ostentatoire, trop nerveuse pour un conducteur comme moi, consommant bientôt trop mais il fallait avouer que niveau confort, je n’avais rien à dire. Ce véhicule était pratique, il ne m’avait pas coûté grand-chose d’occasion mais il fallait avouer que passer le côté pragmatique de la chose, le côté esthétique. Enfin bref. Je pouvais déjà m’estimer heureux de ne pas devoir emprunter les transports en commun tous les jours. Ça c’était l’enfer. Quand je mis le contact, le son de la radio se mit à hurler dans l’habitacle. Ah oui juste, je l’avais augmenté dans le but de me vider l’esprit. Je ne pus m’empêcher de rire après avoir sursauté. Je baissais le volume et articulais  «  Désolé. J’avais besoin de rester éveillé ce matin. » Toujours mieux que d’avouer que je pensais trop à ce que j’étais en train de faire.  «  Direction les quais, donc ? »Je démarrais bien vite à la suite le moteur et fis la manœuvre nous extirpant de l’emplacement de parking. Je fis exprès de frôler un maximum sa jambe en changeant les vitesses. J’avais envie de lui demander ce qui perturbait son sommeil mais je ne parvenais pas à poser la question d’une façon neutre. Vu que je faisais demi-tour devant le SkyBlue, je déclarais simplement.  « Ça ne doit pas être facile je suppose de dormir dans un hôtel comme ça ? Les cloisons ne laissent pas trop la place à l’imagination. » Je n’avais rien trouvé de mieux et je me disais que j'avais été peu subtil sur ce coup. Plus on mettrait de la distance entre ce bâtiment et nous, mieux ça vaudrait.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Sam 15 Juin - 23:50




Tu n'étais pas obligé de venir si tôt...


Il venait me voir moi, et c'était vraiment adorable. Il ne devait sûrement pas se rendre compte de l'effet que ses paroles avaient sur moi. Dès que nous sortions du cadre du flirt et qu'il se montrait doux et prévenant avec moi, j'étais perturbée.  J'étais habituée à sa gentillesse, son humour, sa façon de me taquiner constamment, mais depuis que j'étais revenue, il y avait une sollicitude, une inquiétude dans sa gentillesse qui déteignait sur moi. Je savais ce qu'il ne disait pas. Cet endroit était affreux et il se demandait pourquoi j'étais là. Mais je n'avais aucune explication satisfaisante à lui donner, alors mieux valait-il que je me taise. Quand j'évoquai ma recherche d'emploi, il eu l'air surpris et me demanda si je cherchais toujours dans ce que je faisais avant. Je secouai la tête avec un sourire triste:

- Non, je pense que c'est fini pour moi dans le milieu…

Je n'allais pas lui faire de détails sur le fait que ma fuite m'avait fait rater un important contrat et que ne pas donner signe de vie avait fini d'achever ma carrière. Cela ne l'aurait fait que se poser davantage de question, c'est pourquoi je continuai, l'air de rien :

- Je cherche quelque chose de plus classique. Secrétariat, assistance, je ne sais pas… à vrai dire, je ferais n'importe quoi du moment que je trouve quelque chose, même si ça doit être serveuse ou femme de ménage, ça ne me dérange pas.

C'était vrai, j'étais travailleuse et j'avais besoin d'argent, je n'allais pas faire la difficile, aussi peu glamour que ce soit.
Je commençais à étouffer entre ces murs et je proposai à Camille de sortir d'ici, ce à quoi il ne protesta pas. Tant mieux. Je me sentais oppressée ici et je ressentais l'étrange besoin de grands espaces. Je l'embrassai juste assez pour échauffer son esprit et l'attendit près de la porte. Je le regardai finir son café d'une traite, amusée par son empressement et le laissai poser un bras autour de mes épaules alors que sa bouche venait effleurer mon oreille.

Camille a écrit:

«  Vos désirs sont des ordres. »

Il ne put sûrement pas se rendre compte à quel point ces quelques mots en français m'avaient chamboulés. Mon bas-ventre venait de se réveiller et faisait des cabrioles douloureuses tant j'imaginais ces mots dans un autre contexte. Il était littéralement en train de me torturer. Heureusement qu'il ne pouvait pas deviner mon état en me regardant, car je me sentais déjà assez embarrassée toute seule. Je senti mes poils se dresser sur mes bras et frissonnais alors qu'il m'ouvrait la porte pour me laisser sortir. Aussitôt dehors, je senti un poids s'envoler de mes épaules et tandis que l'on rejoignait sa voiture, je me détendais, évoluant avec plus de légèreté.
Il m'ouvrit la portière, gentleman et prit place derrière le volant. Je sursautai de concert avec lui lorsque l'autoradio se mit à hurler et je ris moi aussi lorsqu'il baissa le son pour m'expliquer qu'il avait eu du mal à rester éveillé. Je lui souris tendrement :

- Tu n'étais pas obligé de venir si tôt, tu sais…

Puis ma voix se fit plus caressante et ma main se posa sur son genou:

- Mais je connais des méthodes plus efficaces pour rester éveillé…

Ma libido ne semblait pas avoir dit son dernier mot et j'avais du mal à la tenir en laisse. Mais il fallait dire qu'il ne m'aidait pas, même son air fatigué lui allait à ravir. Il me plaisait trop pour mon propre bien.. Je tournai les yeux vers le paysage, essayant d'ignorer les frissons qui parcouraient mon corps à chaque fois que la main de Camille m'effleurait. Le faisait-il exprès ? Ce n'était pas impossible… cette tension entre nous n'avait pas disparue et j'avais l'impression que nous étions capable de nous sauter dessus à n'importe quel moment. Cela m'effrayait et m'excitait à la fois et j'en avais la tête sans dessus-dessous.

Je retirai ma main un peu rapidement quand il fit allusion à la qualité de mon sommeil. Ho… il voulait parler de ça ? Je n'aurais peut-être pas du lui dire que j'avais mal dormi… au moins, me donnait-il une excuse parfaite. Je n'avais pas à lui dire que je cauchemardai et pourtant j'en avais envie. Je ne comprenais pas pourquoi je réfléchissais à la signification du moindre mot que je prononçais. Je n'avais jamais fait ça avec Camille, même avant ma disparition. Pourquoi tout me semblait-il si compliqué aujourd'hui ? J'étais une fille honnête et il m'était toujours pénible de devoir dissimuler des choses aux gens, surtout aux personnes à qui je tenais. Et je tenais beaucoup à Camille, c'était indéniable. Beaucoup trop, je le savais. C'est cela qui me faisait tellement peur. Alors comment me confier alors que lui-même ne le faisait pas ? Bon sang, Becky, cesse de faire ta crétine, réponds quelque chose maintenant !
Je haussai les épaules d'un air faussement détaché:

- Oui, c'est sûr, mais j'ai un toit au-dessus de ma tête, je ne vais pas me plaindre.


Personne ne faisait attention à moi ici et c'était pour le mieux. Je gardai le silence jusqu'à ce que nous arrivions aux quais. Il ne fallu pas longtemps à Camille pour se garer et je sortis de la voiture avec soulagement. Je ne supportais pas d'être enfermée ces temps-ci… Je levai le visage vers le ciel, profitant du soleil qui jouait à cache-cache entre les gros nuages gris et me sentit tout à coup plus sereine.

- J'adore cet endroit…


Le quartier m'avait manqué, et pas seulement parce que j'étais loin de Camille. Si notre immeuble situé à quelques pâté de maisons de là, était loin d'être le grand luxe, il était bien placé et nous avions une jolie vue. Encore une fois la nostalgie m'envahit. Tout m'avait manqué et je n'arrivais plus à me rassasier de rien. J'avais l'impression de passer à côté de ma vie, de ne plus avoir de repère, d'avoir tout perdu.

Je jetais un regard à Camille, plongeant mon regard amande dans ses océans imperturbables. Je n'avais peut-être pas tout perdu… aussi perdu était-il lui-même, peut-être pouvait-il tout de même être mon repère dans le chaos ambiant ? J'avais envie de le croire, j'avais besoin de cet espoir-là. A vrai dire, j'avais besoin de lui… et cela me coupait le souffle, j'en avais mal tellement cela m'effrayait. Combien de temps serait-il encore là avant de se lasser de moi ? Combien de baisers avant qu'il ne parte à son tour ?  Combien de jours avant qu'il ne trouve quelqu'un d'autre ?  De nuits, avant qu'il ne découvre ce que je suis et me ferme à tout jamais sa porte ?
Nous étions en sursis. Tout ceci, toute cette "relation", n'était-ce pas finalement dans ma tête ? N'avais-je pas tout imaginé, dévorée par la solitude ? N'étais-je pas encore dans une de mes illusions, perdue sans plus savoir quel était le vrai du faux.
J'eu quelques instants de panique à cette idée. Mon pouvoir m'inquiétait énormément ces temps-ci et je n'avais personne à qui en parler. Je passais mes mains sur mes yeux pour essayer de me calmer et de me convaincre que tout ceci était réel. Camille était là, avec moi, il venait de m'apporter le petit-déjeuner… non c'était trop bizarre pour que ça vienne de mon propre esprit ! L'idée m'amusa et j'aurais presque ris de ma bêtise.
Au lieu de ça, je lui souris, lui tendant la main, d'un air qui disait "tu viens?". L'endroit était encore quasiment désert à cette heure-ci et j'avais besoin de le sentir près de moi. Je continuai à ne pas savoir sur quel pied danser et à passer d'un extrême à l'autre mais je commençais à m'habituer à ce maelstrom émotionnel.
Naturellement, je m'accrochais au bras de mon barman préféré et posait ma tête sur son épaule en l'entraînant avec moi le long du port. Bon sang qu'il m'avait manqué…
Je voulu dire quelque chose, mais les mots ne sortirent pas. J'étais complètement déboussolée. Je voulais qu'il m'embrasse, je voulais oublier, je voulais… je ne savais pas ce que je voulais en réalité. Et encore moins ce que lui voulait… Angoissée, je raffermie ma prise sur son bras, légèrement tremblante. Je n'avais pas froid pourtant, j'avais seulement peur qu'il disparaisse. Et j'avais beau savoir que cette peur était totalement irrationnelle, elle ne me quittait pas.
Je clignai des yeux lorsqu'une goutte de pluie vint interrompre mes sombres pensées, suivie très vite d'une multitude d'autre. Ce n'était pas possible, nous étions maudits !

- Vite, retournons à la voiture !

Je me mis à rire tandis que nous courrions nous mettre à l'abri. Nous étions pourtant déjà bien mouillés quand on claqua les portières derrière nous et je le regardai, toujours le rire au bord des lèvres. Retour à la case départ.    


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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Dim 16 Juin - 1:18




One foot in sea, one on shore

Me titiller à des moments incongrus ? Un art que Rebecca maîtrisait à la perfection. Quand elle vint poser sa paume sur mon genou, je ne pus m’empêcher de sourire. Quant à sa petite allusion à la suite, elle me faisait terriblement regretter cette chambre d’hôtel tout à coup. Elle avait vraiment le don de me rendre fou. Mais je n’arrêtais pas là les hostilités bien au contraire en continuant d’effleurer sa jambe alors que je changeais les vitesses. Si nous avions un accident, ça serait uniquement de sa faute. Elle était bien trop dissipée là et moi, je ne faisais que réagir à ses provocations. Nous étions de vrais gamins – autant se l’avouer. Cette légèreté me détendit grandement alors que nous évoluions sans mal dans les rues de Glasgow. Quand elle ôta sa paume, je fus un peu déçu bien que ma concentration lui en fut reconnaissante. Ne pas être distrait et garder un œil attentif sur la route relevait de l’exploit avec elle pour passagère. Ma question l’avait-elle dérangée à ce point ? Je tournais la tête quelques instants dans sa direction pour la jauger. J’avais été trop loin ? Je me crispais instantanément sur mon volant. Je ne me trompais pas quand je disais que cette fois-ci, tout semblait bien plus tendu entre nous. J’hochais de la tête à sa réponse bien bancale, ce n’était pas du tout ça que je voulais savoir. Je me tus le reste du trajet à son instar. Heureusement pour nous, il fut court. Pour nous ? Surtout pour moi, l’avoir à proximité et être rongé par son potentiel état de détresse m'avaient gravement stressé. Je commençais à grossir les défauts de la réalité par angoisse, il était temps qu’on arrive. Je me garais dans un coin tranquille, il n’y avait déjà plus personne à cette heure-ci ou alors encore personne ça dépendait. Ma comparse sortit très vite de la voiture, j’interprétais presque cette sortie comme une fuite. Je l’avais incommodé avec cette question, je ne comptais pas réitérer ça dans les heures à venir. Je la suivis, verrouillant mon véhicule derrière moi. J’étais encore un peu en retrait quand elle leva le nez vers le ciel. Il suffisait que je la suive dans ce mouvement pour être happé par mon envie de voler tout simplement. Je repoussais cette sortie à plus tard mentalement. Les nuages quelque peu menaçants me firent un peu soupirer. L’Ecosse, imprévisible, impitoyable. Le vent pouvait tourner, ça ne serait qu’un souvenir.

Rebecca se retourna, je laissais son regard me noyer et sa phrase m’arrachait un nouveau rictus. La voir plus apaisée me réconfortait. Une expression troublée traversa alors soudainement ses traits et je restais là, perturbé par ce qu’elle taisait. J’ouvris la bouche, la refermais – un véritable problème chez moi avec elle et puis finalement me rapprochais. Elle me tendit la main, je l’acceptais. Mon bras fut réquisitionné par ses soins, je ne bronchais pas. Pas plus qu’en sa tête vint se poser sur mon épaule. Durant quelques instants, je trouvais une certaine sérénité à tout ça. Puis, la scène obligea mon pouls à s’accélérer, paniqué. Si ça ne ressemblait pas à une promenade typique de couple, le long du port, bras dessus, bras dessous alors j’étais le Roi des Vampires. Bon sang, je m’embarquais dans un « je ne sais pas trop quoi » avec elle. Mon corps commençait à m’alerter que tout ça échappait doucement mais surement à mon contrôle. Je me sentais tellement nerveux que ma démarche se fit moins nonchalante malgré moi. Allez regarde-toi à promener une fille – non pas une fille, Rebecca, ton amie – d’une façon totalement rom… Non. Chut. Le mot m’était insupportable. Je n’étais pas fait pour ça. Pourquoi avais-je accepté ça ? Pourquoi continuais-je même à faire perdurer ce manège ? Puis je la sentis trembler contre moi, je jetais un œil prudent sur sa silhouette agrippant des yeux au passage mon bracelet, ma piqûre de rappel. Je ne savais vraiment plus où j’en étais. Et encore moins où elle-même en était dans sa tête là. Pourquoi frémissait-elle ? Elle avait froid ? J’allais l’interroger à ce sujet quand des gouttes vinrent nous surprendre. La pluie, génial, il manquait que ça pour compléter le tableau. On se mit à courir tous les deux. Son rire déclencha bien trop vite le mien. Je sentais la gravité s’amoindrir alors qu’on atteignait ma vieille bagnole. J’ouvris le plus rapidement possible les portières et on se précipitait tous deux à l’intérieur.

Je rigolais encore quand je retrouvais ma place derrière le volant. Nous avions été trempés en si peu de temps. Je regardais la violence de l’ondée percuter le pare-brise, une mélodie faite de tapotement berçait notre espace. Il faisait bien sombre dehors et à l’intérieur, les choses se compliquèrent pour moi. L’électricité qui me liait inexorablement à Rebecca venait de décupler en peu de temps dans cet espace confiné, elle me fit perdre instantanément mon rictus. Je ne sais pas ce qui était le plus terrible là de suite. Le fait que ses fringues lui collent à la peau, que sa fragilité aperçue fugacement me hantait encore l'esprit ou bien que son odeur enhardie par l’averse envahissait déjà bien trop mes poumons. A moins que ça ne soit ce regard, son regard qui m’engloutit complétement. Ici, tous mes sens semblaient s’être étendu de façon incompréhensible, tous galvanisés par la pluie, je percevais jusqu’à la moindre gouttelette sur son épiderme et je rêvais d’être à la place de chacune d’entre elles. J’eus envie de fuir tellement mes émotions étaient brutales... presque animales. Le déluge me faisait moins peur que ça. J’avais l’impression que le moindre froissement allait me faire perdre le contrôle. Déjà que son rythme cardiaque perceptible et sa respiration me faisaient presque frémir. La chair de poule me désarçonna et ça n’avait rien à voir avec l’humidité présente ici. Rebecca, Qu’est-ce que tu m’as fait ? « Pas de chance... Pour l’averse. » Ma voix raisonnait rauque, lointaine. Il fallait me distraire vite n’importe comment. Me libérer de cette attraction. Je voulus mettre la radio, redémarrer le moteur, faire quelque chose n’importe quoi mais mes doigts nerveux lâchèrent mon trousseau de clés quelque part entre le tableau de bord et mes pieds. Je sus que c’était fichu à l’instant où elles heurtèrent le tapis car mes prunelles furent capturées par les siens. La main qui venait de les lâcher attrapa assez sèchement la nuque de Becky alors que je me penchais dans sa direction. J’écrasais ma bouche sur la sienne et l’embrassais comme si ma vie en dépendait. J’effaçais tout. Tout du début à la fin de cette matinée. L’hôtel, mes peurs, ses soucis, nos doutes. Mes mains se perdaient sur son cou, ses bras, sa taille. A bout de souffle je m’arrêtais entre deux baisers. « Rebecca… » Je la regardais, complétement perdu par ce que je vivais, ça me dépassait déjà tellement puis je revins très vite sceller ses lèvres des miennes, incapable de déjà devoir supporter cette distance. Je voulais être plus près encore d’elle mais l’habitacle étroit et la disposition de l’ensemble ne me permettaient pas de faire mieux pour le moment. Je perdais pieds tandis que sans difficultés mes paumes parvenaient à sentir sa peau réagir à mon contact sous ses habits humidifiés. Je voulus articuler quelque chose, qu’elle m’arrête, qu’on arrête de se laisser submerger mais mes mots moururent contre sa gorge alors que je déviais la course de mes baisers. D’un geste rageur, je reculais mon siège le plus possible vers l’arrière afin de laisser plus d’espace entre moi et le tableau de bord. Je lui laissais désormais le choix d’enjamber la boite à vitesse, de me suivre dans cette folie complétement insensée ou bien à calmer le jeu, à me freiner. Mes doigts jouaient déjà sur sa clavicule, elle allait devoir se décider rapidement.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Dim 16 Juin - 6:51




Pardonne-moi...


Nos rires moururent dans notre gorge aussi vite qu'ils y étaient arrivés tandis que l'on se dévorait du regard, envahis par le doute et pourtant toujours irrémédiablement attiré l'un par l'autre. J'étais incapable de prononcer le moindre mot et je fus presque soulagé quand je le vis s'apprêter à mettre le contact. Mais les clés tombèrent à ses pieds et il plongea ses yeux dans les miens. Sans que je ne cherche à résister, il me prit brusquement par la nuque pour m'attirer vers lui et m'embrasser avec force. Aussitôt, mon corps tout entier réagit comme s'il n'attendait que ce signal –ce qui était sûrement vrai au fond-, et je me perdis dans ses baisers et ses caresses. La pluie tournait à l'orage à l'extérieur, mais c'était dedans qu'avait lieu la véritable tempête, entre nous, en nous. Je ne voulais plus penser à rien et seulement assouvir ce désir brut, primitif, incontrôlable…  Il s'arrêta soudain, nous laissant tout deux haletants et il murmura mon prénom, complètement perdu. Perdue je l'étais moi aussi, perdue dans l'imbroglio de mes sentiments, perdue à essayer de comprendre les siens. Qu'étions-nous, que faisions-nous ? Ce qui se passait entre nous, étions-nous capable de l'arrêter ? Je n'en savais rien, mais je ne voulais de toute façon pas que ça s'arrête. Je voulais le rassurer, dire quelque chose, mais déjà il réduisait la distance entre nous et reprenait ses baisers fiévreux. Ses doigts sur ma peau humide et froide me faisaient frissonner et envoyaient des vagues de chaleur dans tout mon corps. Le désir était si fort que j'aurais été incapable de m'arrêter même si ma vie avait été en jeu, aussi, lorsqu'il recula violemment son siège, je ne réfléchis pas et acceptait l'invitation implicite. En une poignée de secondes, j'avais comblé l'espace entre nous et j'étais à califourchon sur lui, son visage enter mes mains, l'embrassant avec l'énergie du désespoir.
Il ne me fallu pas longtemps pour me débarrasser de mon jean et mes mains descendirent fébrilement jusqu'à sa ceinture puis, l'obstacle franchi, jusqu'au bouton de son pantalon.
Je me perdais dans les bruits intenses de notre respiration, nos grognements et nos gémissements. Je n'avais pas oublié le doute dans ses yeux, je savais qu'il avait aussi peur que moi de ce qu'il se passait entre nous, et cela réveillait une autre peur en moi, terrible, celle qu'il m'abandonne. Tout ça était trop fort entre nous et il allait prendre la fuite, à cause de moi. Mon cœur se brisait à cette pensée et j'avais envie de sangloter contre lui en le suppliant de ne pas me laisser. Mais au lieu de ça, entre deux baisers enflammés, je soufflais:

- Pardonne-moi… je t'en supplie, Camille…pardonne-moi…

Il fallait qu'il me pardonne. Qu'il pardonne mes peurs, mes doutes, mon désir mais aussi et surtout mon départ. Celui qui était responsable de tout ça. Car je m'en voulais, je m'en voulais terriblement, plus que je ne pouvais lui dire ou l'expliquer. Cette impression d'avoir tout gâché et que tout ça n'était que du sursis, du bonus qui ne durerait pas, ce sentiment horrible me collait à la peau.
Je ne voulais surtout pas que ce moment s'arrête, car j'avais peur que tout s'arrête avec lui.
Je tâtonnai sur le côté du siège jusqu'à trouver la manette et le siège bascula brusquement en arrière, nous entraînant avec lui. Pour l'instant, il était hors de question que je le laisse s'en aller…



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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Dim 16 Juin - 13:04




One foot in sea, one on shore

La pluie raisonnait toujours sur la carrosserie, créatrice d’atmosphère à l’instar de toute cette buée qui commençait doucement à recouvrir les vitres. Mon invitation à la démence fut très vite, trop vite acceptée par ma passagère.

Sa bouche se pressait contre moi avec une force quasi désespérée tandis je venais mordiller sa nuque. Sa voix brisa notre silence fait de grognements et de plaintes. Avec toutes mes émotions exacerbées par le désir, le plaisir, les sensations qu’elle me procurait, cette confidence me percuta en pleine poitrine, elle me brisa littéralement le cœur sans que je comprenne la raison de ses excuses. Je stoppais net nos mouvements bien que tout mon corps grondait encore. Mes mains passèrent sur son visage, je n’arrivais pas à retrouver assez de souffle pour lui articuler quoique ce soit. J’allais m’arrêter là et l’obligeais à se dégager pour comprendre ce qu’il se passait quand elle fit basculer mon siège entrainant ma confusion avec.



Je la dévorais des yeux, fiévreux et terriblement fébrile. Je me redressais péniblement sur un coude et la forçais à plonger son regard dans le mien. J’avais beau être à dix milles lieux de cette réalité, je n’oubliais pas ses paroles. Je posais ma paume sur sa joue et la caressais de mon pouce, l’angoisse revenant doucement. Ma voix était toujours très rauque, presque dématérialisée. Je m’en fichais à présent de ne pas poser les bonnes questions, j’étais bien trop centrer sur elle pour ça. « Becky, est-ce que ça va ? » Je voulais, devais le savoir. Tout ce que nous venions de vivre nous avez de loin écrasé et surpassé. Je ne m’expliquais pas la force avec laquelle nous étions attirés l’un par l’autre, la force de ce qu’il se passait entre nous. Cette passion était incompréhensible, absurde. Avais-je gaffé comme à mon habitude ? Venais-je de la propulser dans une situation qu’elle ne désirait pas ? Qu’avais-je encore commis ? Je ne m’expliquais rien de ce qui se passait, si ce n’est ma propre faiblesse. J’avais cédé, complétement, totalement et je l’avais emmené dans ma folie. Elle s’était excusée de quoi exactement ? J’avais peur de ce qu’elle éprouvait, de ce qu’elle pensait. Oui, j’avais vraiment l’impression d’avoir tout gâché, de lui avoir volé ce moment. Mon esprit se tordait et se perdait encore plus que quand j’étais vraiment lucide. Tout ce que je ressentais était vraiment plus violent. J’étais secoué, déstabilisé, instable. J’essayais de remettre certaines de mes barrières en marche pour ne pas être trop vulnérable face à elle. Pas dans un moment où il fallait que je sois fort pour nous deux, je devais me ressaisir après tout c’était ma faute si on avait fini par se laisser dominer par nos pulsions. J’observais l’habitacle – comme si échappé d’un rêve, je tentais de retrouver, de comprendre le décor qui m’accueillait. La condensation avait recouvert l’entièreté des vitres, tant mieux. En même temps, c’était assez grillant si quelqu’un passait dans le coin. Il y avait peu de passage ici mais tout de même. Et puis on allait attraper un rhume, froid/chaud en si peu de temps et avec toute cette humidité. C’était plus facile pour moi de redevenir pragmatique pour me protéger de ce que je ne m’expliquais pas. Mes bras toujours tremblants la relevèrent alors que moi-même j’essayais de m’assoir.  Le plus calmement possible, je déclarais. « On ferait mieux de se rhabiller. » Je ne pouvais pas bouger tant qu’elle ne le ferait pas alors j’attendis une réaction de sa part.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Dim 16 Juin - 16:48




Je ne sais plus où j'en suis...



​​
Je fermai les yeux et restai ainsi un long moment, essayant de reprendre mon souffle et mes esprits. Je n'avais pas envie de bouger, je ne voulais pas briser le contact. Lentement, je me laissai glisser sur le côté, mais restai quelques instants encore contre lui. Il me dévisageait mais je n'osais pas le regarder. Qu'allait-il penser de moi ? Je ne voulais pas voir l'incompréhension dans ses yeux, l'inquiétude ou le doute. Je ne voulais pas qu'il soit encore plus mal à cause de moi. J'étais faible et lâche. Je gâchais tout, comme  toujours.  Il se redressa sur un coude et me força à le regarder. Sa caresse sur ma joue m'apaisa légèrement mais ça voix, rauque et incertaine me demandait si j'allais bien.
Oui. Non. Je ne savais pas. ​J​e ne savais plus. Mes yeux s'embuèrent et je secouai la tête, la gorge trop serrée pour parler. J'allais incroyablement bien et incroyablement mal à la fois mais je ne me voyais pas lui expliquer cette sensation que je ne comprenais pas.​
​Ses bras m​'entourèrent et je compris qu'il voulait se redresser.​ J'acquiesçai gauchement quand il proposa de se rhabiller.

- Oui... oui, tu as raison...

Je ne reconnaissais pas ma voix, éraillée, tremblante, faible. Bouleversée, je me glissais sur le siège passager, enfilant rapidement mon jean et remettant en place mon tee-shirt mouillé, puis sans réfléchir je sortis de la voiture. La pluie tombait toujours mais cela m'était égale, elle arriverait peut-être à me remettre les idées en place, puisque rien d'autre ne semblait fonctionner. Je me pris la tête entre les mains et entendit la portière claquer. Je ne pouvais pas le regarder où j'allais me mettre à pleurer et je luttais désespérément pour ne pas que ça arrive.

-   ​​Je ne sais plus où j'en suis... ​

J'avais envie de partir, de fuir très loin, de le laisser sortir de ma vie comme il était le plus raisonnable qu'il le fasse mais j'en étais incapable.

- Je n'arrive pas à réfléchir quand tu es près de moi...


Cet aveu-là me coutait, mais il fallait que je lui dise pour qu'il comprenne ma réaction de tout à l'heure. Tout se mélangeait dans ma tête, tout était trop intense, tout me dépassait.
Quand je relevai la tête il était en face de moi et je posai ma main sur son bras, m'agrippant à sa chemise, encore paniquée:

- Je ne voulais pas partir... je ne voulais pas te laisser, je n'avais pas prévu tout ça... je... j'ai...


J'avais passé les six mois les plus longs, les plus douloureux et les plus solitaires de ma vie, mais je ne pouvais pas lui dire ça. Les mots s'entrechoquaient et j'avais du mal à mettre de l'ordre dans mes pensées.

- Je ne sais pas ce qu'il y a entre nous et je m'en moque... murmurais-je même si ce n'était qu'à moitié vrai. Mais je ne veux pas te perdre... je ne peux pas... je ne supporte pas l'idée que tu m'en veuilles, ou que je t'ai fait du mal ou que...

"...tu m'abandonnes..." mais je n'arrivais pas à finir ma phrase.
Encore une fois mes pensées s'emmêlaient et je me mordis la lèvre pour ne pas éclater en sanglots.  Je ne supporterais pas qu'il s'en aille, je ne supporterais pas de le perdre, pas maintenant, pas quand il était tout ce qui m'empêchait de craquer. J'oubliais tout quand il m'embrassait et j'avais tellement besoin de tout oublier... mais je ne voulais rien lui imposer, surtout pas ma présence. Je devais lui laisser une porte de sortie, maintenant, avant qu'il ne soit trop tard pour nous deux. Je pouvais lui laisser le choix, lui dire que s'il voulait fuir, c'était le moment ou jamais, qu'il suffisait qu'il remonte dans sa voiture et qu'il s'en aille et que plus jamais il ne me reverrait. Peut-être cela serait-il mieux ainsi, pour tous les deux ? Mais j'avais tellement peur qu'il parte vraiment, tellement peur que ce soit la dernière fois que je voyais son visage, que les mots ne franchirent pas mes lèvres. Quelques larmes s'échappèrent finalement des mes yeux, se mêlant aux gouttes de pluies sur mes joues.

- Je ne veux pas être.. un fardeau pour toi, Camille... et regarde-moi... ​

Ma main remonta de son bras à son épaule pour venir caresser sa joue:

- Je suis complètement paumée...


Et la seule pensée cohérente que j'arrivais à avoir après ça, c'était que je voulais qu'il m'embrasse, qu'il me pardonne, et que l'on continue à faire semblant de ne rien voir et de ne rien savoir, comme avant...



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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Dim 16 Juin - 21:26




One foot in sea, one on shore

Son silence en dit plus long que n'importe quel mot ou mensonge. Je venais d'invoquer un cataclysme, il se déchaînait dans sa poitrine et ne tarderait pas à gagner la mienne. Qu'est-ce que je venais de provoquer ? Plusieurs signaux m'avaient indiqués que je devais rester sur la défensive avec elle aujourd'hui et pourtant, je venais de lui sauter dessus à la première occasion. Je m'en voulais tellement. Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il se passait là. Ni ce qui s'était passé. Elle prenait conscience enfin que tout ça n'avait aucun sens ? Que cette relation était vouée à un échec certain ? Pourquoi m’avait-elle demandé pardon ? Je ne saisissais rien, rien du tout. Mais je savais que tout ça était forcément ma faute. Je voulus la retenir quand elle se décolla mais je ne le fis pas pour la simple et bonne raison que je ne savais pas ce qu’elle voulait, elle. Était-elle désolée de ce qui venait de se produire ? le regrettait-elle ? Ou bien, elle n’arrivait pas non plus à gérer cette intensité. Ça me foutait la trouille à moi aussi après tout. Mais cette peur n’était rien comparé à celle qu’elle venait de faire naître en moi.  Il suffisait que je fixe l’expression qui roulait sur ses traits pour être déchiré. L’incertitude ? La tristesse ? Coucher avec elle ici, comme ça, semblait avoir amplifié son trouble. Quel crétin… Je me mordais à nouveau l’intérieur de la joue. Sa voix sortit aussi fracassée que la mienne, ça me flanqua de nouveaux frissons. Plus le temps s’effilochait, plus je redescendais sur Terre. Je tombais carrément au sol quand une fois habillée, elle se précipita hors de l’habitacle. Pour me fuir ? Pour partir ? Merde, je l’avais poussé à bout avec mes conneries. Je me rhabillais aussi vite que possible et sortit en trombe de la voiture. Je me cognais la tête en m’extirpant trop rapidement du véhicule. Je fis de grandes enjambées pour la rejoindre, histoire d’être sûr de bien la retenir. J’étais déjà prêt à courir. Mais non, elle était juste là sous l’ondée, la tête entre les mains. Cette vision me fit mal à la poitrine. Je m’avançais prudemment jusqu’à elle. Je n’osais même pas la toucher de peur de commettre un nouvel impair. Je ne disais pas non plus un seul mot ne voulant pas la brusquer, j’attendais juste qu’elle m’explique. Ce qu’elle fit plus rapidement que ce que je pensais. Ses paroles faisaient échos aux miennes, celles que je gardais bien à l’abri dans mon crane. J’eus à peine le temps d’encaisser sa seconde phrase que sa main trouva appui sur mon bras. Instinctivement ma paume vint se poser sur son coude. Je la fixais sans sourciller.

Alors je crus comprendre la raison de ses excuses. Comme une vieille discussion qu’on aurait repoussée à plus tard, elle avait besoin de se défaire de ça. Mais elle ne me le devait pas, nous n’étions pas un couple. Pourquoi… Elle attaquait maintenant le problème de plein fouet. Elle commençait à vouloir mettre des mots sur les blancs que nous laissions volontairement. Je sentis la couleur désertée mes joues tandis que mon cœur fit plusieurs embardées. Je me crispais aussitôt pour accuser le coup. On était allé bien trop loin dans cette histoire finalement. A un point où elle ne voulait pas me perdre, où qu’elle craignait m’avoir blessé. Comme si… elle avait des comptes à me rendre, comme si elle pensait que son départ était un problème, comme si… Je ne la suivais pas dans tout ce qu’elle m’offrait comme révélations. Je pouvais par contre bien faire la différence entre ses larmes et la pluie ce qui acheva mon semblant de sang-froid. J’allais la briser. Non, je la brisais. Je devais m’éloigner et la laisser tranquille. Je n’étais pas fait pour ça, pour aimer une femme, être digne d’elle. Ma vie était trop compliquée, je ne savais rien assumer, je fuyais tout ce qui me ferait souffrir. Mais n’était-ce pas trop tard ?  Elle venait de dire qu’elle ne voulait pas me perdre ? Je ne savais plus rien, juste que je venais de provoquer son chagrin. Un fardeau ? Non, Becky, c’est moi ton fardeau. J’avais envie de partir, j’avais envie de rester. Je voulais lui dire que je ne lui ferais que du mal. Je voulais lui promettre que je serais toujours là mais ça, je ne le pouvais pas. J’en étais incapable parce que je n’étais pas l’homme qu’il lui fallait. Elle m’avoua finalement être complétement perdue. Comme moi. Je ne comprenais rien si ce n’est que nous nous étions trop approchés du feu, on venait de se brûler. Je détournais les yeux bien qu’elle m’ait ordonné de la regarder.

Je frémissais légèrement alors qu’aucun de nous ne bougeait, ni ne parlait désormais. J’étais sonné par tout ça, accablé par cette situation et notre relation que nous ne contrôlions plus… pas. Nous n’avions jamais réussi à maîtriser ça. J’avais passé plus de deux ans à l’éviter, à me focaliser sur le rôle du voisin-ami et finalement… l’ivresse m’avait vendu. Elle me plaisait. Non c’était pire que ça. Je la désirais constamment. Sa présence me réanimait, je ne m’étais pas senti aussi vivant que depuis son retour. Et c’est de ça que j’avais peur. J’avais peur parce que j’aimais ça, parce que je me sentais bien avec elle. J’allais la perdre, j’allais foirer, elle allait me laisser, elle. Il suffisait de regarder la scène, je ne parvenais même pas à la réconforter. Je ne savais pas la rassurer. L’averse s’acharnait sur nos corps, nous étions définitivement trempés jusqu’aux os. Complétement retourné par tout ça, j’eus besoin d’entendre le tonnerre plus loin pour me secouer intérieurement. « Rebecca, tu n’es pas un fardeau. Je … je suis…  » Je reculais légèrement, me défaisant de sa main qui s’était accolée à ma joue, je n’étais pas parvenu à trouver les mots. « Je suis désolé. C’est ma faute depuis le début. Becky… » Je me pinçais l’arête du nez pour essayer de retrouver un semblant de… De je ne sais pas contrôle ?

Je vins à la suite placer mes prunelles dans les siennes et alors refis les pas que je venais de défaire pour la retrouver. Je pris sa nuque dans mes mains, effaça ses pleurs de mes pouces et rassembla le peu de courage qu’il me restait afin de prononcer ce qui m’arracha le cœur. J’étais très sérieux quand je lui demandai d’une voix un peu cassée. « … Est-ce que tu veux qu’on arrête tout ça ? Je ne veux pas que ça te détruise.» Je ne veux pas te détruire plus précisément. J’essayais de rester calme bien que mon pouls s’affolait. L’orage illuminait le ciel encore une fois, plus proche cette fois-ci. Je n’attendis pas la réponse à cette question pour l’emmener à l’abri dans ma bagnole. Avant de reprendre place à l’intérieur, je fis un détour par le coffre pour en sortir une seconde veste. Une fois assis dans l’habitacle, je la passais autour de ses épaules sans m’attarder sur ses prunelles, ou sur sa silhouette. Je ne voulais pas qu’elle me réponde. Si elle me disait qu’elle voulait qu’on continue, je flipperais. Si elle me disait qu’on devait arrêter, je serais… Je fixais mon volant, anéanti à cette pensée. Puis soudainement, j’éternuais. C'était bien le moment. Je me penchais pour rattraper mes clés à mes pieds et mis le contact en route afin que la magie du chauffage opère. Il fonctionnait une fois sur deux et aujourd’hui il avait intérêt à faire son boulot. J’avais froid, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Je redressais le siège puis le rapprochais du tableau de bord. J’étais encore sans dessus-dessous et ma passagère arborait la même expression. Nous provoquions chez l’autre quelque chose d’innommable, d’incompréhensible. J’avais beau lutté contre ça, il finissait toujours par m’engloutir. Toujours. C'est pour ça que même si elle mettait un terme à cette histoire de sexe, nous ne pourrions plus être amis. Elle le savait comme je le savais. Je venais de la retrouver pour la perdre. Je fermais les paupières attendant son verdict.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Lun 17 Juin - 21:59




Avais-je le choix ?



​Camille ne disait rien, me laissant m'enfoncer plus profondément à chacune de mes pathétiques tentatives d'explications. J'avais tout foiré, j'allais le perdre, je l'avais déjà perdu peut-être… Le tonnerre raisonna au loin, comme un avertissement entre nous et Camille recula légèrement, rompant le contact, me laissant orpheline de sa chaleur. Je sentis les abîmes s'ouvrirent sous mes pieds tandis que ses actes contredisaient ses paroles. Bien sûr que si j'étais un fardeau, et il ne pouvait plus le supporter. Il ne pouvait même plus me toucher ou me regarder… On y était, tout était fini, il allait tirer un trait sur moi, sur nous, sur ce lien étrange et inexplicable qui nous reliait. Mes larmes avaient du sens à présent. Mon cœur en morceaux criait sa douleur mais je ne pouvais m'en prendre qu'à moi. J'en avais trop dit et il ne pouvait pas assumer tout ça. Je m'attendais déjà à le voir repartir, mais au lieu de cela, il s'excusa. Je fronçais les sourcils, sans comprendre. Comment tout cela pouvait-il être de sa faute ? Non définitivement je ne comprenais pas. C'était moi qui étais partie, moi qui étais revenue chambouler sa vie, moi qui étais incapable de rester près de lui sans le toucher. Qu'avait-il à se reprocher là-dedans ? Il se pinça le nez, comme il le faisait souvent lorsqu'il avait besoin de se concentrer ou de réfléchir. Je le sentais aussi perdu que moi et cela ne m'aidait pas à analyser calmement la situation. A quel point mes confessions l'avaient-elles perturbé ? Qu'avait-il compris au-delà de mes mots qui le faisaient se sentir responsable ?

J'étais une loque, je restais plantée là, sans osé dire ou faire quoi que soit, quand il revint vers moi aussi soudainement qu'il avait reculé. Ses yeux plongés dans les miens, ses mains glissèrent derrière ma nuque et il essuya inutilement mes larmes à travers la pluie.

Camille a écrit:
« … Est-ce que tu veux qu’on arrête tout ça ? Je ne veux pas que ça te détruise.»

Mon cœur rata un battement et je le dévisageais, incrédule. Il me demandait mon avis, à moi ? Alors il n'avait rien compris de ce que je venais de lui dire… ce n'était pas notre relation qui allait me détruire, c'était son absence, la perspective de le perdre. Oui,​ ​je​ ​pouvais vivre avec cette relation chaotique, mais je n'étais pas certaine de survivre sans. Je ne m'étais jamais sentie aussi vulnérable alors qu'il remettait tout entre mes mains. Je ne réalisais pas qu'il me donnait le choix. J'étais persuadée qu'il allait fuir et au lieu de le faire, il me demandait de choisir ? Mais avais-je réellement le choix ? J'avais ignoré ma dépendance, cette addiction secrète pour lui, pendant des mois, peut-être même des années, et maintenant elle me revenait en pleine figure. Pourquoi me laissait-il cette responsabilité ? Qu'est-ce que cela signifiait ? Que voulait-il, lui ?  Un éclair au loin me fit sursauter et​ ​​Camille m'entraîna à l'abri dans la voiture ​avant de venir​ déposer une veste autour de mes épaules. Je grelottais, transie de froid. Il évitait de me frôler ou de me regarder et c'était peut-être aussi bien si je voulais pouvoir répondre un jour à sa question. J'étais perdue dans mes pensées, perdue tout court d'ailleurs et c'est à peine si je l'entendis éternuer et mettre le contact pour allumer le chauffage. J'étais frigorifiée et encore totalement chamboulée par tout ce qu'il venait de se passer. Est-ce que je voulais arrêter tout ça ? Mon dieu, non… je me damnerai pour lui s'il le fallait et l'ironie de la situation ne m'échappait pas. Camille me faisait revoir l'ordre de mes priorités d'une façon que je n'aurais jamais imaginée. Il me poussait à me poser de vraies questions sur ce que je voulais, sur ce que j'étais prête à faire pour l'obtenir. Et là, dans cette voiture, à la fois si proche et si loin de lui, il n'y avait qu'une chose que je désirais : lui. C'était lui que je voulais. Et les conséquences m'importaient peu. Je serrai la veste contre moi pour essayer de me réchauffer, mais je savais que c'était inutile. J'avais froid jusque dans mes os, jusque dans mon âme, et l'importance de ce qui se jouait ici n'y était pas étrangère. Je devais décider d'une partie de notre avenir. Que ce soit pour une nuit, pour trois jours ou pour dix mois, mes mots allaient sceller une partie de notre histoire. Il avait fermé les yeux, aussi posais-je ma main glacée sur la sienne et la serrait légèrement jusqu'à ce qu'il me regarde. Mon regard se perdit dans l'océan tumultueux de ses yeux. Si je devais mourir maintenant, je voulais me noyer dans ces yeux. Mais mon heure n'était pas encore arrivé, alors je secouai la tête, la gorgée serrée. Non… non je ne voulais pas qu'on arrête, non je ne pouvais pas supporter l'idée de le perdre. Notre amitié n'avait été qu'une façade face à ce désir brûlant que nous avions si longtemps voulu ignorer.. Non, définitivement non, je ne voulais pas que ça s'arrête.  Si je devais être détruite, alors j'aimais autant que ce soit par lui, par nous. Réalisant que mes gestes n'étaient peut-être pas assez clair, je réussi à articuler:

-          Non, Camille… je ne veux pas qu'on arrête… quoi que ce soit…

Je me foutais des conséquences, je me foutais de ce que cela me coûterait.

​Je sentais mon ventre se tordre douloureusement alors que j'essayais de deviner ce que lui désirait, ce qu'il attendait de moi. Avais-je donné la bonne réponse ? Y avait-il une bonne réponse à cette question ? Je l'ignorai et je n'étais pas certaine qu'il le sache non plus.

A regret, ma main quitta ​​la sienne et je m'enfonçai dans le siège en mettant ma ceinture. Nous étions au cœur de l'orage, au sens propre comme au sens figuré, mais je savais que cela ne durerait pas, du moins pour le temps. Le climat changeant et capricieux de l'Ecosse était parfois déstabilisant. Il y avait beau à parier que le soleil serait revenu d'ici une heure. Quant à ma relation avec Camille, je ne savais pas... Il avait redémarré et nous nous dirigions vers​ ​chez lui.​ ​Le trajet jusque là-bas​​ ​se fit en silence. Blottie dans sa veste, je tentais de comprendre ce qu'il venait de se passer. Je ne savais pas ce qui avait provoqué ma crise de panique , je ne l'expliquais pas, mais visiblement j'avais contaminé Camille avec mes angoisses. Il étai​​t distant. Pas froid, mais distant, seulement perdu dans ses doutes comme je l'étais dans les miens. Une fois dans son appartement, ​je déposais sa veste sur une chaise et me frottais les bras, claquant des dents tant j'étais frigorifiée.​ ​Nous allions attraper la mort si nous restions comme ça. Tout ce que je voulais maintenant c'était une douche brûlante et une serviette moelleuse. Je croisais son regard et m'en voulu immédiatement. Je lui avais fait peur, il ne savait plus comment réagir.

Hésitante, je m'approchais de lui et lui prit la main. Ce simple contact ​me fit frisonner, me réchauffant légèrement même si ce n'était pas encore suffisant.

- Viens...   ​murmurais-je en le tirant vers la salle de bain.

J'allumai le jet de la douche et sans un mot commençais à déboutonner sa chemise trempée.​ Mon tee-shirt la rejoignit sur le sol et après avoir retiré le reste de nos vêtements, je l'attirai doucement avec moi sous la douche brûlante. Je me serrai contre lui pour profiter de sa chaleur, frictionnant son dos dans un geste qui se voulait apaisant et rassurant. Puis je relevai la tête vers lui, plongeant mes yeux dans les siens où se reflétait mon trouble. J'écartais quelque mèches trempées de son visage et demandais, incertaine :

- Qu'est-ce que toi, tu veux, Camille... ?

​Car j'avais beau lui avoir donné ma réponse, et m'en sentir soulagée, il fallait être deux pour continuer... ​



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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Mar 18 Juin - 0:11




One foot in sea, one on shore

A mi-chemin entre le vide et le rebord du gouffre que je venais de creuser sous nos pieds, je m’interrogeais sur les raisons qui nous avaient amené en si peu de temps de nos ébats à ça. Je ne comprenais pas et je regrettais de lui avoir posé cette ultime question. Celle qui nous éloignerait, celle qui nous éloignait déjà. Je connaissais presque la distance qui me séparait de la chute mais j’ignorais la hauteur de celle-ci. Mais rester sur cette parcelle de terre, c’était resté exposé à tous les vents. La main de Rebecca me trouva au milieu de cette confusion. J’ouvrais automatiquement les prunelles et retins mon souffle jusqu’à ce que la sentence tombe. Je flippais pour l’une comme pour l’autre et je paniquais encore plus de me voir déjà si dépendant de sa réponse. Je n’étais qu’une boule d’émotions ajustée dans un corps bien trop calme compte tenu de la situation. Je la fixais, je tentais de déchiffrer ce qu’elle allait m’annoncé dans ses prunelles. Au final, je ne réussis qu’à m’y enliser, à me rendre davantage captif de son mutisme. J’avais l’impression de manquer d’oxygène un peu plus chaque seconde, j’étais suspendu dans les airs, j’attendais le verdict. Ses lèvres remuèrent enfin, ma cage thoracique se remit en route. Le soulagement me détendit de façon fugace avant que ma peur ne refasse surface. Je voulus lui répondre, quelque chose n’importe quoi mais ma bouche restait impitoyablement close. Alors j’hochais de la tête pour lui faire comprendre que le message était bien passé. Ma gorge s’était tellement serrée que j’avais mal quand je déglutissais. Bon sang, elle ne réalisait pas dans quoi elle fourrait les pieds. Elle ne réalisait pas que tout ce que nous venions de vivre risquait de se reproduire, encore et encore. Parce que je venais bien de comprendre en quoi nous devenions si dysfonctionnels. Elle avait besoin de sécurité, ce que je ne pouvais pas lui procurer – et elle savait c’est pour ça qu’elle s’était enfuie. Bon sang, je ne savais même pas si je me réveillerais vivant le lendemain matin. J’exagérais ? A peine. Krystel Raybrandt était à mes trousses. Je m’étais fait sûrement un paquet d’autres ennemis que les nocturnes rien qu’en passant à la tête des métamorphes. Au-delà de cet aspect dramatique, je ne pouvais rien lui promettre. Je n’étais pas préparé à ça, je n’étais pas en état de… Je ne le serais jamais. Ses doigts désertèrent les miens, mes yeux les siens. Elle mit sa ceinture, je mis la mienne avant de démarrer.

Je regardais attentivement la route déjà bien inondée par cette averse insensée en essayant de garder un rythme de respiration cohérent bien que j’étais complétement flippé par ce que nous venions de traverser. Tout cela allait tellement vite depuis qu’elle était revenue. Était-ce déjà le cas avant ? Est-ce que son absence m’avait fait réaliser ça ? A quel point j’étais plus impliqué que je ne le croyais ? C’était probable. Mais là, j’en avais le vertige. Si j’étais raisonnable, je l’aurais déjà éloigné. Je ne l’aurais pas embrassé, je ne l’aurais pas amené dans mes draps et plus récemment, je ne l’aurais pas invitée à coucher avec moi en plein milieu de … De je ne sais pas, une prise de conscience ? Je crevais tellement de froid malgré le chauffage, je commençais à me dire que ça venait vraiment de moi et pas des circonstances climatiques. Je ne lui disais même pas où je la conduisais, je ne parvenais pas à parler. Elle avait dû le déduire ne fusse que par le chemin que j’empruntais ou alors elle s’en fichait. On était juste à côté de mon appart’ et on ne pouvait pas rester aussi trempés. Je ne voulais pas la ramener. Pas dans cet état.  Je voulais réparer ce que j’avais créé même si pour l’instant, je mettais le plus de distance entre elle et moi. J’avais besoin de prendre du recul. J’avais besoin de… fuir, oui. Ce que nous étions m’effrayait tellement. Ce que je provoquais chez elle me clouait littéralement au sol.  Ce n’était pas normal. Rien de tout ça ne l’était. Je restais cloitré dans mes pensées, dans mes – nos ratés le temps que nous atteignîmes mon immeuble. Là je sortis de la voiture, verrouillais les portières et puis la suivais dans la cage d’escalier toujours sans un mot. Je ne posais mon regard sur elle qu’une fois entré à l’intérieur de mon deux-pièces. J’observais ses gestes, m’inquiétais de sa santé quand je la vis grelotter mais je restais là, toujours aussi silencieux, toujours aussi paumé. Encore plus quand nos regards s’entrechoquèrent.

Je comptais lui dire qu’elle pouvait filer se laver, je ferais du café pendant ce temps-là. Mais avant d’avoir trouvé la force d’articuler cette simple phrase, elle me guida en me prenant la main. Et je la suivis sans réfléchir. Je me sentais comme vidé de toutes mes forces, un pantin qui parvenait tout juste à atteindre la salle de bain. Elle déboutonna ma chemise, je la laissais toujours faire. Quand elle s’occupait de ses propres fringues, je virais mon jean et mes sous-vêtements. Nous entrions sous la douche et je laissais le jet d’eau apaiser mes frémissements dû à l’humidité. Rebecca se colla contre moi en exécutant des gestes visant à m’apaiser. J’étais tellement sans vie que ça en devenait inquiétant. C’est là qu’elle abolit notre aphasie d’une question que j’avais craint inconsciemment, d’une question que je ne pouvais pas supporter, assumer là dans l’immédiat. J’avais l’impression que si je ne faisais pas gaffe j’allais complétement faire tomber toutes ces limite que j’étais parvenu à nous imposer durant toutes ces années. J’étais tellement chamboulé, tellement perdu. Je plongeais mes prunelles dans les siennes y puisant de nouvelles craintes. Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais pouvoir être l'homme qui mériterait un tel regard. Mais je ne l’étais pas. Je voulais qu’elle reste, que nous continuions ce que nous faisions. Et je voulais aussi courir dans le sens inverse, arrêter de ressentir quoique ce soit. Je ne savais pas gérer mes émotions et je ne pouvais pas me permettre d’être distrait. En choisissant de  rassembler les miens, j’avais décidé de faire passer cette cause avant tout le reste, avant mes désirs, avant ma vie privée, avant tout. Je n’existais que pour me racheter de mes erreurs. Becky ne devait pas avoir à subir ça. J’avais envie de me cogner la tête contre les parois nous entourant. Je ne savais pas. Je ne savais rien.

J’avais encore mal à la gorge quand je me remettais en route. Mes intonations sortirent détériorées de ce fait, je détournais les yeux, incapable, trop lâche pour supporter les siens. « Je veux que tu sois heureuse… » Et en sécurité. Loin de moi et de mes problèmes. Loin de moi et de mon incapacité à aimer. « … Becky… » Ma main frôla sa joue, mon faux détachement se volatilisa tandis que mon visage se contractait déjà sur une expression mitigée. « … Bien sûr, je ne veux pas non plus que ça s’arrête. » Mon cœur se contracta tellement douloureusement dans ma poitrine que je dû me raidir entièrement pour l’accuser.  « Mais… » Je ne suis pas l’homme qu’il te faut, allez vas-y, dis-le. Dis-lui que tu ne peux rien lui promettre de plus, dis-lui que vous devez arrêter. Plus je l’observais, plus je me sentais mal et bien à la fois. Elle me soignait, elle me blessait. C’était une boucle sans fin. Non, non, c’était bien trop difficile pour moi. Et tout ce que je ressentais était bien trop fort, j’étais happé. Je ne supportais plus ni sa proximité et tout ce qu’elle suscitait chez moi, ni cette chaleur qui ne me réchauffait pas. « Je… Excuse-moi. » Finalement, je fis comme toujours face à ce que je ne pouvais pas gérer, je m’enfuis. Je sortis de la douche précipitamment et tirais une serviette afin de m’enrouler la taille. Je marchais gauchement jusqu’à la pièce principale, refermant la salle de bain derrière moi. J’allais m’effondrer sur mon lit, me pris la tête entre les mains et essayais de relativiser à toute vitesse pour me calmer. Qu’est-ce qu’il ne tournait pas rond chez moi ? A peu près tout. Je venais de nous projeter droit dans le mur que j’avais déjà mentionné. Nous avions encore le temps pour ça non normalement ? J’avais juste envie qu’elle vienne me trouver là. J’avais envie de tout oublier. De revenir en arrière au moment où j’aurais encore pu l’embrasser et la serrer contre moi en feignant la nonchalance. Je me sentais horriblement seul alors qu’elle se trouvait toujours de l’autre côté de la porte. Ce qui m’empêchait d’y retourner ? Tout ce qu’il venait de se produire. Je me relevais et me dirigeais vers la cuisine laissant l’empreinte de mes pieds humides se faire absorber par le parquet. J’activais la cafetière et voulus me noyer dans l’évier – ce que je ne fis pas bien sûr. Je gâchais toujours tout et je ne savais prendre aucune décision. Rebecca aurait tous les droits de me gifler et de partir en claquant la porte. J'avais mérité cette solitude.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Mar 18 Juin - 23:25




Laisse-nous essayer...



Camille a écrit:
​« Je veux que tu sois heureuse… »

Sa réponse me coupa le souffle. Personne ne m’avait jamais dit quelque chose d’aussi beau. Je voyais bien, je sentais même, qu’il était sincère et j’en étais complètement chamboulée. Pourtant il y avait quelque chose dans sa voix et son attitude qui n’allait pas. Ses mots avaient des allures de sentences et je ne comprenais pas pourquoi. Il frôla ma joue et dû y lire ma perplexité parce qu’il ajouta qu’il ne voulait pas non plus que ça s’arrête. Mais je ne ressentis aucun soulagement. Au contraire, une vague de panique déferla dans mon être comme si j’avais pressentie qu’il n’avait pas fini. Je me raidis toute entière lorsqu’il confirma mes craintes.

« Mais » ? Mais quoi ? Non, non, non, pas de « mais », pas après ce qu’il venait de me dire. Je n’étais pas prête à encaisser un autre ascenseur émotionnel.

-         Camille ?  

J’écarquillais les yeux alors qu’il reculait et prenait la fuite, loin de moi, loin de nous, loin de ce qui semblait lui faire si peur. Je posais mes deux mains sur ma bouche, horrifiée, incapable de savoir quoi faire ou comment réagir. Je ne savais pas si je devais lui courir après où m’effondrer dans la douche et pleurer. Je retournais ses mots dans ma tête, encore et encore à toute vitesse. Il n’y avait qu’une explication logique à tout ça : il ne pensait pas pouvoir me rendre heureuse. Mon cœur se serra d’émotion alors que tout mon être se révoltait face à cette conclusion. C’était ridicule, ça n’avait aucun sens, il fallait que je lui parle, il fallait que je le détrompe. C’était tout le contraire… je finis par quitter la douche à mon tour, me séchais rapidement et attrapais un tee-shirt un peu long dans la commode.  Puis j’ouvris la porte de la salle de bain et stoppais net dans mon élan en voyant Camille sur son lit, la tête entre les mains. Je me sentais affreusement mal, consciente que j’étais coupable de l’état dans lequel il était et je ne désirais qu’une chose : pouvoir le soulager, le consoler, même si je doutais en être capable. N’étais-je pas la seule responsable de son mal-être ? C’était à cause de moi qu’il était dans cet état… je commençais à me dire que j’avais tort de lui imposer ça, tort d’essayer même de le retenir. Il avait peur que ça me détruise, mais n’étais-je pas, moi, en train de le détruire ?

Je ne bougeais pas tandis qu’il se relevait pour aller dans la cuisine et lancer la cafetière. Il avait les mains appuyées sur l’évier, la tête baissée. J’aurais pu partir à cet instant, je ne savais pas s'il l'aurait remarqué ou s'il aurait essayé de m'arrêter. Mais quelque chose me retenait… Je ne voulais pas l’abandonner. Je n’en étais pas capable. Alors, il ne me restait qu’une chose à faire…

Je le rejoignis et posant ma tête contre son dos, enserrais sa taille de mes bras. Je n’avais pas prévu ce que j’allais lui dire et je gardais le silence un moment, le temps de faire le tri dans mes pensées et mes émotions. Ses mots résonnaient toujours en boucle dans ma tête et je finis par murmurer :

-         Tu me rends heureuse… et moi aussi ça me fait peur…

J’essayais de garder une voix douce et calme, mais je la sentais trembler légèrement malgré mes efforts. Il ne m’avait jamais été aussi difficile de parler de mes sentiments, surtout en sachant qu’il était encore plus en proie au doute que moi.

-        Je ne sais pas comment on va gérer tout ça… mais..


Je serrai plus fort mes bras autour de lui, essayant de puiser un peu d’assurance et de courage dans cette étreinte.

-        …laisse-nous essayer, Camille…

Ma voix s’était faite suppliante malgré moi et je fermai les yeux, la gorge serrée :

-        Laisse-moi être encore un peu heureuse avec toi…

Je ne lui demandais rien, aucune promesse d’avenir, aucune garantie… juste nous laisser une chance d’essayer. Pour l’instant, j’avais trop peur qu’il n’y ait pas de lendemain pour me soucier de ce qu'il se passerait après. J'étais prête à prendre les choses au jour le jour s'il le fallait, pas à pas, à notre rythme,  à son rythme même, s'il était différent du mien. Tout ce que je voulais c'était qu'il me laisse le convaincre que tout ça n'était pas une erreur. Même si moi-même je n'en étais pas certaine...



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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Mer 19 Juin - 1:13




One foot in sea, one on shore

Le bruit de la cafetière me détourna juste un instant de mon mal être et l’arôme qui commençait à se dégager me réconfortait juste assez pour que je ne cherche pas à me noyer. Mes mains étaient posées à plat sur l’évier, la nuque baissée permettant à l’eau s’échappant de mes mèches de cheveux encore trempées d’y couler allégrement. Je discernais sans aucun mal ses petits pas qui tapotaient le plancher juste derrière moi, elle venait à ma rencontre et je n’avais toujours pas encore réussi à me reprendre totalement. Je me contractais tellement que j’allais finir par attraper des courbatures. Je voulais me retourner afin de lui faire face mais je ne parvins même pas à réaliser cet exploit. Toute ma bravoure s’était volatilisée à l’instant où ses larmes avaient amèrement côtoyés ses pommettes. Comment étais-je censé réagir face à cette détresse ? Elle fractura un peu plus mon restant de sang froid en se rapprochant seulement de moi, sans rien dire, sans un mot. Je n’arrivais même pas à réfléchir sur ce que je devais faire ou dire, toutes mes facultés cognitives s’étaient tues d’une seule et même voix. Je n’existais pour le moment qu’au travers de toutes ces émotions contradictoires et de cette violente réalité. Celle qu’elle étreignit en venant m’enlacer. Je me sentais m’effriter sous ses doigts, c’était ridicule. Je savais gérer la pression, les situations compliquées, difficiles mais je ne parvenais pas à supporter mes propres sentiments. Quant à les exprimer… Je ne savais pas les assumer mentalement alors parvenir à mettre un son là-dessus, il ne fallait pas y compter. Je ne la comprenais pas. Pourquoi s’accrochait-elle comme ça à moi ? Après tout ce que nous venions de traverser,  pourquoi ? Et après ces six mois de silence, pourquoi m’être revenue ? J’avais peur de comprendre. Je m’attendais à tout sauf à ça. A sa sollicitude, à sa gentillesse, sa douceur alors que je venais de la planter sous la douche, sous la pluie. Je ne faisais que l’abandonner quand elle avait besoin de moi et pourtant, elle revenait toujours. Je me redressais un peu, laissant malgré moi ma paume venir caresser un des bras qui m’entourait. J’avais honte, assez pour ne pas me retourner. Quelques minutes s’écoulèrent de la sorte et elle prouva ce que je savais déjà. Rebecca était la plus forte de nous deux – pour cette histoire en tout cas, la plus courageuse. Elle se mit à apposer des termes là où les failles se dessinaient. Ma poitrine l’implorait de cesser ça pour son bien, chaque syllabe appuyait aux endroits les plus vulnérables. Elle voulait détruire ce mur que j’avais sciemment érigé depuis si longtemps, celui que j’avais même renforcé avec les années et l’expérience. Elle commençait à s’infiltrer par les brèches et j’avais l’impression que j’allais complétement péter les plombs si elle parvenait à atteindre son but.

Sa vérité, notre vérité s’étalait grâce à – non à cause de, sa bouche. Je perçus les tremblements, son propre trouble dans sa voix ce qui me laminait encore plus la cage thoracique. Finalement, tout s’écroula. Essayer. Non, Becky, ne me demande pas ça. Ne dis pas que tu es heureuse avec moi, ce n’est pas le cas. Comme je ne devrais pas être heureux d’être avec toi – même si c’est le cas. Tu ne dois pas t’attacher à moi. Plus on s’attache, plus je m’enfuis. Je ne voulais pas en arriver là. Je ne voulais plus en parler. Je voulais juste qu’on redevienne léger, qu’on évite tout type de discussion qui impliquerait des choix que je n’étais pas en état de prendre. Mais écoutez-moi seulement, c’est pour ça qu’il fallait qu’elle ne me revoit plus. J’étais un lâche. Un abruti qui avait peur de mettre tout ce qu’il avait en jeu parce qu’il avait déjà souffert. Je ne voulais plus prendre de risque. J’avais tellement de raisons de le faire, tellement. Je ne voulais pas me les énoncer, je ne voulais pas m’éloigner d’elle. J’étais pris au piège entre ma façade, ses coups de marteau et le vide. Ce qui devait arriver se produit finalement. Je me défis de sa prise sur moi et reculais en la fixant enfin. Mes méninges toujours aux abonnés absents par contre ma langue était bien présente, bien décidée à évacuer ce que je contenais depuis si, trop longtemps. Toute la pression que j'avais ingéré avec Krystel, Alan, Mary, tout ça se mettait là ici entre elle et moi. Elle amplifiait tout. Dans la démence du moment, je venais de passer au français. «  Rebecca, tu ne comprends pas. » Mes intonations étaient étonnamment fermes. « Je ne vais rien t’apporter de bon. Je ne suis pas… » Celui que tu crois. Mes inflexions montèrent d’un cran. Je lui désignais l’endroit, me comprenant dedans en ouvrant mes bras. « Enfin, tu dois bien réaliser que tu mérites mieux que ça. » Mieux que moi. Je me calmais aussi vite et posais mon regard sur le plan de travail. « Je n’aurais pas dû… » Nous laisser nous lancer dans tout ça. Je posais mon poing sur mes lèvres, fermais les yeux et déglutis douloureusement. Quand je les rouvris, j’articulais enfin.  « Je suis un vrai …» Désastre. «Et toi, tu es… » Trop bien pour moi.  C’est pour ça que j’avais pensé que son départ était lié à ma présence. Mais apparemment non. Elle s’arrêtait sur les aspects positifs, refusait de réaliser que je n’étais pas celui qu’elle devait s’inventer en pensées, elle m’idéalisait.

Je serrais la mâchoire pour canaliser toute cette énergie destructrice, je savais que dans des moments pareils où je perdais le contrôle, je risquais de recevoir les frissons familiers qui m’annonçaient une transformation impulsive. Je maîtrisais ça de façon optimale depuis un certain nombre d’années mais on n’était jamais vraiment à l’abri. L’animal reprenait bien trop le dessus quand l’humain se sentait largué. C’était sûrement lui qui m’avait bousculé d’ailleurs. J’en avais dit bien plus durant ces cinq dernières minutes qu’en trois années d’amitié. J’en avais conscience et ça me bouffait déjà de m’exposer comme ça bien trop. J’allais vraiment mal là de suite, je me sentais complétement et définitivement perdu au milieu de cette existence incohérente. Je laissais mes yeux chercher machinalement ceux de mon interlocutrice et finalement, dans un spasme, je m’avançais et posa mes mains sur ses épaules. « Je… Becky... » Je posais mon front sur le sien alors que je murmurais déjà. « Je ne peux rien te promettre. »  Elle avait déjà assez souffert comme ça, je ne devais pas mêler une innocente humaine à mes problèmes surnaturels. Et puis, je ne saurais jamais être la personne qu’il fallait pour être avec elle. Je savais qu’elle risquait vraiment de partir là. Je venais vraiment de… Dans un sursaut de conscience, je la serrais contre moi, une dernière, une ultime fois. Je fourrageais mes paumes dans sa chevelure, je la respirais à outrance. Je m’autorisais tout, n’importe quoi, je savais que je venais de la perdre après tout. Je relevais son menton et l’embrassais avec ferveur attendant le moment où elle allait m’envoyer promener comme je le méritais.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Mer 19 Juin - 8:51




Qu'est-ce que tu racontes ?


Je m'étais mise à nue, métaphoriquement cette fois, mais seul le silence me répondait. J'avais l'impression de m'être livrée plus que je ne l'aurais dû, mais j'étais incapable de m'arrêter maintenant alors que j'étais clairement en train de le perdre. Il m'échappait. Je sentais presque les rouages torturés de son esprit lui souffler que nous faisions une erreur, faisant vaciller ses croyances, ravivant ses craintes et créant un fossé entre nous. J'allais sombrer dans ce trou sans fin et ne jamais en revenir si je lâchais maintenant. Je me serrais contre lui avec l’énergie du désespoir, attendant une réaction, un geste, un mot, n'importe quoi. Finalement, il se détacha de moi et se retourna.

«  Rebecca, tu ne comprends pas. »

Je le dévisageais avec tout le sang froid dont j'étais capable malgré la fermeté de sa voix. Non, il avait raison, je ne comprenais pas, mais le reste de ses explications ne m'apporta pas beaucoup plus d'informations. Il ne se rendait pas compte de tout ce qu'il m'apportait déjà. Je voulu l'interrompre, mais il haussa la voix en me montrant son appartement.

« Enfin, tu dois bien réaliser que tu mérites mieux que ça. »

Et par "ça", je sentais qu'il voulait dire "moi" et je restai abasourdie quelques instants. Alors c'était ça le nœud du problème ? Qu'avait-il vécu pour avoir une si piètre opinion de lui-même ? Ou une image si déformée de ma propre valeur ? Je ne pouvais pas mériter mieux, je ne méritais déjà pas le peu qu'il se laissait à m'offrir. C'était moi, la semi-démone, qui n'avait pas le droit au bonheur. Nous avions une image si différente l'un de l'autre... je savais qu'il n'était pas aussi sûr de lui qu'il pouvait le laisser croire et notre histoire avait mis ses nerfs à rude épreuve plus d'une fois. Mais il remettait tout en cause, pour quoi ? Une question de "mérite", comme si les sentiments se contrôlaient, comme si on pouvait choisir qui s'emparait de notre cœur en fonction de ses capacités à nous rendre heureux ? Il se posait les mauvaises questions. Peu importait que nous ayons l'impression de ne pas mériter l'autre, peu importait si c'était vrai ou non, la seule chose qui importait c'était de savoir si on était prêt à prendre le risque. Moi je l'étais. Il fallait seulement que je le convainc lui aussi. Je ne savais pas comment j'allais m'y prendre, je ne savais même pas s'il était possible de lui faire voir les choses autrement, mais il était hors de question que je baisse les bras. J'avais trop à perdre. Lui, la seule chose positive dans ma vie c'était lui. Je ne supporterais pas de le perdre sans rien faire.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Je n'ai jamais..

"...pensé  ça une seule seconde".Mais il n'avait pas fini et je sentais sa détresse alors qu'il n'arrivait pas à finir ses phrases, me laissant essayer de deviner ce qu'il voulait dire.  Il n'aurait pas dû... me laisser revenir dans sa vie ? Il était un vrai...idiot ? Et moi j'étais... responsable de tout ça ? Il ne pouvait pas penser que j'étais trop bien pour lui c'était complètement absurde ! Je vivais dans un hôtel miteux, je n'avais ni travail ni argent ni famille, j'étais encore plus paumée que lorsque nous nous étions rencontrés il y a trois ans. Ne voyait-il pas tout ça ? Et surtout, comment ne pouvait-il pas voir qu'il me rendait tout ça plus tolérable grâce à sa simple présence ? Ce n'était pas que des mots vains. J'avais été si seule, si triste et désemparée pendant si longtemps, il m'avait fait revivre une première fois, et depuis mon retour, je tenais bon grâce à lui.  
Le voir souffrir autant m'était intolérable mais je n'osais même pas le toucher de peur d'empirer les choses.  Son regard chercha le mien et il me prit soudain par les épaules, posant son front contre le mien.

Camille a écrit:
« Je ne peux rien te promettre. »  

Un sourire triste se dessina sur mes lèvres et je voulu lui répondre que ce n'était rien, mais déjà il m'avait enlacé, caressait mes cheveux et respirait mon odeur.

- Camille...

J'eu l'horrible pressentiment que tout ça sonnait comme un adieu, comme une dernière folie avant qu'il ne me laisse m'en aller pour de bon cette fois. Son baiser me prit par surprise et je me laissais faire, désorientée. Sa ferveur me donna des frissons et je glissais mes mains sur ses joues, lui rendant son baiser avec autant de force que j'en étais capable. Je comprenais mieux ses baisers que ses mots. Celui-ci ne voulait pas me laisser partir, il ne voulait pas que je m'en aille, il ne voulait pas que je l'abandonne, même s'il était aussi désespéré que s'il devait être le dernier. Mais je n'allais pas laisser faire ça. Tout ça avait prit un tournant bien trop dramatique et aucun de nous ne réagissait très bien à tant d'intensité.

- Je sais que tu ne peux rien promettre, et je m'en moque. Je m'en fou complètement...

Ce fut à mon tour de poser mon front contre le sien et de fermer les yeux quelques secondes. Je devais être forte. Si je voulais que ça marche entre nous, je devais prendre les choses en mains et ne pas laisser nos angoisses respectives prendre le dessus. Et si ce rôle m'effrayait, je savais au fond que j'en étais capable... et que cela valait la peine de se battre pour ça, pour lui, pour nous. Je n'avais pas besoin de le convaincre en fait, j'avais juste besoin qu'il me laisse faire. Si j'étais déterminée et sûre de moi, il finirait par se laisser convaincre.

- Tu n'es qu'un crétin... soufflais-je contre ses lèvres. Et si tu crois que je vais laisser un crétin
décider pour moi, c'est que tu as oublié à quel point je peux être butée...


Je lui souris, malicieuse, et reprit d'un ton plus léger en lui tapotant gentiment la joue:

- Il faut que tu arrêtes de réfléchir, Cam, ça ne te réussi vraiment pas.

Je caressais ses cheveux humides en arrière et plongeais mon regard dans le sien, essayant d'y insuffler toute l'assurance, la tendresse et la sincérité dont j'étais capable:

- Je suis là, avec toi, ici et maintenant, c'est tout ce qui compte.  

Je prenais l'entière responsabilité de ce qu'il nous arriverait par la suite. Quelle que soit la direction que prendrait notre relation, je l'assumerais. Je voulais qu'il se détende, qu'il arrête de se torturer et d'être aussi sérieux. Je voulais le voir sourire et redevenir insouciant comme nous prétendions l'être au début. Cela avait beau être un mensonge, il était facile de vivre avec celui-ci.
Je me mis sur la pointe des pieds pour l'embrasser avec douceur, mes mains entourant toujours délicatement son visage pour qu'il ne puisse plus me fuir. Je ne le laisserais plus fuir. Nous allions affronter ça ensemble et tout irait bien. Car il ne se rendait véritablement pas compte de tout ce qu'il m'apportait. Outre le petit-déjeuner et les conso gratuites que je comptais bien aller lui réclamer à la lune bleue un jour ou l'autre, nous partagions tant de conversations sans fin, d'éclats de rire, et de complicité... et le sexe ! Ho oui, le sexe était incroyable avec Camille. Je n'avais jamais été autant en phase avec un homme. Nous étions deux âmes perdues, mais ensemble tout cela semblait avoir du sens. Je n'allais pas le laisser gâcher ça. Je n'allais pas laisser la peur nous dominer comme elle dominait tous les autres aspects de ma vie. Avec Camille ce serait différent. Je ferais en sorte que ce soit différent.

- Laisse-moi gérer ce qu'il se passe entre nous, d'accord ? Je ne suis pas prête à laisser tomber tout ça...




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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Mer 19 Juin - 12:39




One foot in sea, one on shore

Elle devait, elle devrait repousser mes lèvres qui se faisaient pressantes, oppressantes. Mais à la place, elle répondit avec la même ardeur à mes baisers. Comment pouvait-elle encore être aussi tendre avec moi après ce que je venais de lui déclarer ? Je ne venais de lui faire comprendre que je ne pensais pas être capable d’assumer quoique ce soit avec elle. Ca ne faisait pas de moi un salaud ? Ça aurait dû. C’est comme si je profitais de son lit, de son corps et qu’elle était d’accord avec ça. C’était injuste pour elle. Pourquoi ne pouvait-elle pas ouvrir les yeux ? Plus elle s’agrippait à moi, plus ma culpabilité me lacérait. Elle ignorait tellement dans quoi elle s’engageait. Elle ne pouvait pas s’en moquer de ça, elle ne pouvait pas s’en foutre pour reprendre ses mots. Je ne voulais pas qu’elle gâche sa vie en se focalisant sur moi. Le sexe, c’était facile – surtout entre nous mais là, je n’étais pas fou, elle voulait bien plus que cette relation charnelle. Je savais pertinemment que je ne pourrais jamais lui offrir ce qu’elle désirait ou désirerait. Son front rencontra le mien, j’étais toujours autant sur la défensive et autant peu convaincu. Elle n’avait pas tous les paramètres, elle ne pouvait pas comprendre la portée de ce qu’il se passait là, en moi, entre nous. La jolie brune finit tout de même par énoncer une vérité. Oui, j’étais un crétin. Et oui, elle était butée. Je ne méritais pas ça, pas cette lutte qu’elle était en train de mener seule. Elle me tapota la joue et chercha, je le savais, à calmer la tension qui nous nouait depuis « l’incident » de la voiture. C’est vrai, me prendre la tête était un de mes passe-temps préférés, elle ignorait à quel point elle avait raison sur ce fait. Plus je cogitais, pire c’était. Mais comment effacer tout ce que nous venions d’établir les faits, les conséquences. Nous avions brisé beaucoup de tabous entre nous. Je ne savais pas si nous arriverions à vraiment dépasser ça. Ses doigts passèrent dans mes cheveux, je réalisais à quel point j’avais complétement disjoncté. J’étais encore trempé de la douche, je ne m’étais même pas essuyer correctement. Mais je passais vite outre ce détail quand elle força mes yeux à se faire dévorer par les siens. Comment parvenait-elle encore à galvaniser son espoir en me regardant ? Ça me dépassait. Ses paroles me débusquèrent derrière toutes les excuses qui m’isolaient de sa réalité. J’avais tellement envie de la croire. J’avais tellement envie de croire en moi, moi aussi, en elle et à un possible nous. Je n’en avais pas encore la force pour l’instant. Je pouvais juste accepter sa bouche, sa chaleur. Je caressais sa crinière alors qu’elle m’embrassait doucement.

Elle faisait tellement d’efforts, elle le voulait tellement. J’étais terrorisé par ça. Mais l’idée qu’elle parte m’effrayait tout autant dans l’immédiat. Alors au final, j’étais pris entre mes deux règnes de terreur. Elle voulait donc faire en sorte que tout s’arrange pour moi. Mais pourquoi ? Pourquoi ? Je fronçais les sourcils, sentant ma détermination flancher sous sa persévérance. Ces montagnes russes émotionnelles m’avaient épuisé. Je n’étais définitivement pas fait pour ça, ni habitué. Je n’en pouvais plus de me battre comme ça contre elle pour qu’elle saisisse que je n’étais pas bon pour elle. Alors je clôturais tout ce débat avec ceci. « Rebecca, tu finiras par le regretter… » Je glissais mes mains sur sa nuque puis dans son dos, je la rapprochais de moi. Je plantais mon regard dans le sien. « Promets-moi que si jamais ça devient trop dur à supporter pour toi… tu me laisseras. » J’étais très sérieux là-dessus. Je plantais ensuite un baiser sur son front, la respirais encore une fois et puis, je me détachais pour me tourner vers le café déjà prêt depuis quelques instants. Je sortis deux tasses, les posais sur le plan de travail avant de les remplir. On avait tous les deux besoin de distraction là – j’en avais besoin moi en tout cas. J’avais l’impression que ma tête allait vraiment finir par exploser sinon, j’avais déjà la migraine. J’allais chercher le lait dans le frigo et le sucre dans l’armoire puis je posais le tout sur la table. J’étais frigorifié, il fallait que je me débarrasse de cet accoutrement, de cette absence d’accoutrement plus précisément. Je glissais ma paume sur sa tempe gauche. « Bois tant que c’est chaud. Je vais m’habiller, je reviens. »

Je filais à ces mots jusqu’à la salle de bain pour enfiler sous-vêtements, jean et pull – histoire de bien me réchauffer. Je revins très vite dans la pièce principale et m’installais à côté d’elle. Je bus une très longue gorgée de caféine, un bon remède contre les maux de tête. La tiédeur du breuvage me fit énormément de bien, je gardais bien mes mains sur la tasse afin d’en profiter un maximum. Mes yeux revinrent bien vite papillonner du côté de mon amie et amante. Je voulais me faire pardonner pour tout ça, je voulais alléger cette atmosphère. J’avais tellement honte de mon comportement et de toutes les faiblesses que j’avais dévoilées aujourd’hui. Mon orgueil en prenait un méchant coup. C’est alors que je réalisais seulement quelle tenue elle portait. Avec le mélodrame que j’avais causé, je n’avais pas eu vraiment l’occasion de l’analyser. Je tentais de me dérider un peu, hissant un rictus encore un peu raide sur mes lèvres. Je me penchais vers elle et replaçais une mèche de ses cheveux derrière son oreille. « Mes fringues te vont définitivement bien mieux qu’à moi. » Finalement, je glissais sa main dans la mienne. « Désolé pour tout ça. » Je posais mes lèvres sur les siennes puis articulais. « Tu n’as pas trop froid comme ça ? J’ai des pulls, tu sais. Non pas que ça me déplaise que tu ne portes que ça mais… » Je lui offris un sourire déjà un peu plus convaincant. Cette journée était aussi insensée que la dernière que nous ayons passée ensemble. Quoiqu’elle devait même la surpasser niveau folie. Après tout, on avait réussi à flirter, coucher ensemble dans ma voiture, pleurer – pour sa part, s’énerver, s’inquiéter, débattre. Les premiers stades avaient été prometteurs pourtant. Il fallait croire que nous ne pouvions plus continuer nos petits jeux sans avoir au moins une conversation. Où allions-nous exactement ? C’était à Rebecca de me le dire. Moi je ne faisais que suivre en bon couard que j’étais.


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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Mer 19 Juin - 23:22




Shhh... tais-toi.




Je sentais qu'il ne me croyait pas, mais il battait pourtant en retraite. Quand il me prédit que je finirais pas le regretter, je ne répondis rien. Il n'en savait rien. C'était à moi de lui prouver qu'il avait tort.
Je savais que Camille ne me ferait jamais de mal volontairement. Même si les choses devaient se terminer de façon brutales entre nous, je n'aurai pas de regrets, parce que j'aurais tout tenté. Il glissa ses mains derrière ma nuque puis mon dos et m'attira contre lui. J'avais gagné pour cette fois et j'en ressentis un véritable soulagement.  Pourtant, il ajouta encore quelque chose et j'eu du mal à garder un air neutre. Il était tellement certain que c'était moi qui allais souffrir à cause de lui... mais si c'était l'inverse ? Si c'était moi qui gâchais tout ? Je voulais qu'il arrête de penser ça. Je voulais qu'il croit en moi, qu'il réalise que j'étais assez forte pour nous deux.

-Shhh... murmurais-je en l'embrassant. Tais-toi. Je suis une grande fille. Laisse-moi le soin de juger ce que je peux supporter ou pas... Je suis sûre que tu serais étonné...

Il est vrai que je n'avais pas montré mon côté le plus brave à Camille depuis mon retour, ou même avant quand j'y repensais. Mais je n'avais pas eu de vraie raison de me battre jusque là. Maintenant j'en avais une.  

- Tout ira bien. Lui dis-je d'une voix étonnamment assurée assortie d'un petit sourire.

Et pour une fois, je le pensais. Je ne sais pas ce qui motivait ce changement d'humeur, mais je me sentais optimiste tout à coup. Peut-être parce qu'il n'avait pas réussi à me décourager, peut-être parce qu'il était toujours là, avec moi, et que je sentais au plus profond de moi qu'il n'avait aucune envie que tout ça s'arrête. Cela me suffisait pour l'instant. Je me contenterai de cette petite victoire jusqu'à ce qu'il soit prêt à aller plus loin. Nous avions tout de même beaucoup avancé ce matin. Un peu malgré nous, beaucoup à cause de ma crise de panique inconsidérée. J'avais failli le perdre à cause d'un moment d'angoisse. Il était sidérant de voir à quel point nous pouvions être à la fois tendus, inquiets et pourtant légers et passionnés. Tout cela nous dépassait c'était certain, mais cela ne me faisait plus si peur. Je m'étais efforcée, toute ma vie, de ne jamais trop me laisser approcher, de ne jamais trop m'engager pour ne pas souffrir. Avec Camille, pour la première fois, je prenais le risque. Et oui, c'était un risque considérable compte tenu de notre propension à la sur-réflexion, mais j'avais confiance en lui. Car oui, de la même façon que je me sentais en sécurité quand j'étais avec lui, je lui faisais confiance. Et peu de personnes pouvaient se vanter d'une chose pareille. Elles se comptaient sur les doigts d'une main.
Camille me sortit de mes pensées en déposant un baiser sur mon front avant de se détacher pour nous servir le café. Puis il caressa doucement ma joue et me conseilla de boire tout de suite en attendant qu'il aille s'habiller. Je le regardai disparaître derrière la porte de la salle de bain, songeuse tandis que je portais la tasse à mes lèvres. Je grimaçais au goût amer du café et y ajoutais lait et sucre avant de reprendre ma dégustation. La chaleur et la douceur du breuvage me firent du bien et finirent de faire disparaître la dérangeante sensation de froid qui me collait à la peau. Camille ne fut pas long et il revint s'installer près de moi et profiter à son tour de sa boisson. Je sentis son regard sur moi et levai un sourcils intrigué tandis qu'il replaçait une mèche de cheveux derrière mon oreille. Son compliment me fit sourire et je lui fis un petit clin d’œil coquin en posant ma main sur ma hanche, façon top modèle :

- Je sais... je crois que je vais définitivement adopter ta garde-robe !

Sa main trouva le chemin jusqu'à la mienne et nos doigts s'entrelacèrent tandis qu'il me prenait par surprise et s'excusait. C'était plutôt à moi de me faire pardonner, mais il ne me laissa pas répliquer et m'embrassa, ce qui, il faut le dire, était le plus sûr moyen pour me faire taire. Puis il me demanda si j'avais froid et son sourire me réchauffa bien plus que tous les cafés ou tous les pulls du monde. Comme j'aimais le voir sourire.

- Si, encore un peu... mais j'ai une autre idée en tête pour un peu de chaleur...

Je déposais nos tasses sur le plan de travail et l'entraînait vers le lit.

- Tu n'auras pas besoin de ça, souris-je en lui enlevant le pull qu'il venait d'enfiler. Allonge-toi sur le côté, et ferme les yeux.

Je me glissai tout contre lui quand il eu obtempéré et doucement, mes mains vinrent masser son cuir chevelu. Avec toute la tension que nous avions accumulé, un petit massage lui ferait le plus grand bien. Mes mains descendirent sur sa nuque et je m'arrêtai un instant pour me concentrer sur les raideurs de son cou. Puis  je descendis jusqu'à ses épaules pour le masser longuement en profondeur, essayant de dénouer les noeuds de stress de ses muscles, mes lèvres déposant de légers baisers sur sa peau. Le simple fait de le toucher m'apaisait moi aussi et je sentais que mes yeux commençaient à se fermer.
Il se tourna pour me faire face et je lui souris tandis que l'une de mes mains revenait caresser ses cheveux et que l'autre enserrait sa taille pour que nos visages se touchent presque. Je lui souris et l'embrassai luttant pour ne pas fermer les yeux. Dans un ultime effort de conscience, je marmonnai, la voix déjà totalement engourdie de sommeil malgré l'intonation amusée qu'on y perçevait:

- Ne t'avises plus jamais de fuir loin de moi, Fontayn... tu es à moi... mets-toi ça dans le crâne, c'est clair...?  


Je me blottis tout contre son torse et sombrai dans les bras de Morphée.


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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Jeu 20 Juin - 0:43




One foot in sea, one on shore

Je me perdais dans les détails qui la composaient alors que nous buvions chacun notre café. Je fixais ses doigts qui enserraient la tasse, ses bras allant et venant pour lui permettre de la porter à ses lèvres. Sa bouche qui silencieusement réceptionnait le breuvage, son nez qui disparaissait derrière le récipient, ses yeux qui se relevaient pour se perdre dans les miens. Rebecca était vraiment magnifique, je l’avais taquinée à propos de mon t-shirt mais j’étais certain que n’importe quel accoutrement serait splendide sur elle. Elle avait ce don de rendre ce qui l’entourait plus intéressant, plus beau. Oui, elle était superbe et ça ne tenait pas qu’à son physique, j’avais été témoin d’une force que je ne soupçonnais pas forcément. Ainsi que d’une faiblesse qui m’avait interpellée - l’épisode sous la pluie n’était pas effacé de ma mémoire, loin de là. Ses larmes restaient ancrées dans mon esprit.  Becky était quelqu’un de droit, de franc, de généreux. Son seul défaut serait sûrement de ne pas comprendre à quel moment elle se mettait en danger. Je bus une nouvelle gorgée de caféine pour passer ce goût amer. Elle ne m’avait pas promis de partir si jamais ça devenait trop dur pour elle de le supporter mais moi, je comptais bien me retirer de la partie si je m’estimais être un problème. Je me gardais bien de le souligner. J’avais voulu clore cette discussion avant que nous soyons vraiment forcés d’être complétement bloqués dans l’impasse. C’est pour ça que je n’avais pas cherché à polémiquer. J’en avais assez dit pour aujourd’hui. Je ne savais pas très bien ce que ça avait fini par déclencher concrètement mais j’avais l’impression d’avoir fait un pas dans une direction inconnue. Pas la mauvaise, il fallait l’espérer. J’avais été honnête avec elle, je ne pouvais pas faire mieux pour l’heure. Inutile de s’attarder là-dessus. De toute façon, elle venait de me distraire en parlant de se réchauffer d’une autre façon… Je lui offris une moue dubitative. Qu’avait-elle encore en tête ? Elle m’obligea à me séparer de ma boisson et puis à la suite, me força à abandonner mon pull. Et j’étais censé ne plus avoir froid ? Je marmonnais faussement vexé, surtout très amusé. « Quel despotisme. » Je me doutais qu’il ne s’agirait pas de sexe. Nous étions tous deux très certainement à des kilomètres de ça, là pour l’instant. Nous souffrions encore des cicatrices laissés par l’intensité de nos ébats d’un peu plus tôt.  Je la laissais mener la danse décidemment intrigué par son nouveau plan visant à nous détendre et apparemment nous dégeler.

Je m’installais dans mon lit comme elle le réclamait et obéit à ses ordres sans trop grogner. Ses paumes vinrent se fixer sur ma tête et je fermais automatiquement mes yeux tandis qu’elle me massait. Ma migraine allait passer un sale quart d’heure. J’essayais de relâcher la tension que j’exerçais encore sur mon dos pour ne pas trop l’inquiéter et surtout pour participer à la mission qu’elle semblait s’imposer.  Le résultat ne fut pas terrible bien que ses doigts sur moi et sa façon de me cajoler me permettaient de retrouver un peu de sérénité perdue. Elle déposa des baisers sur ma peau et je ne rêvais déjà plus que de ses lèvres. Je me retournais pour l’embrasser mais avant ça, je cueillis son sourire pour le replacer sur mon visage. Je vis sa fatigue grignoter ses traits à l’instar de la mienne. Rien que la vue des oreillers suffisait à me faire bailler alors être allonger là, au chaud sous la couette. Elle se cala dans mes bras, je la respirais à grande bouffée. Sa voix ensommeillée hanta quelques instants notre somnolence, suffisamment pour que mon cœur remonte dans ma gorge. Ça me faisait plaisir, ça me faisait du mal aussi. Toute ma lutte interne ne pouvait pas vraiment se rejouer cependant, j’étais trop éreinté pour ça. C’est ça qui me permit de répliquer sans trop savoir si elle finirait par m’entendre « Je ne vois pas de quoi tu parles. Dans l’histoire, ça me semble évident que c’est toi qui m’appartiens. »  J’étais léger, j’étais un peu sérieux, je ne savais plus ce que je voulais et ça n’avait plus d’importance parce que je me sentais bien blotti contre elle avec sa fragrance pour unique oxygène et aussi parce que je sombrais aussi sec dans les limbes.

Mes rêves furent confus, il pleuvait ça c’est certain, quelqu’un criait mais je ne saisissais pas le message. Il y avait des silhouettes incertaines aussi. Je crus apercevoir un loup au milieu du tas mais rien n’était moins sûr. Je dormais toujours profondément quand une mélodie puissante m’extirpa brutalement de mes songes décousus. Mon ouïe restait souvent bien attentive lorsque je dormais remplaçant ma vue obstruer de mes paupières et mes autres sens forcés de se mettre en veille. J’étais toujours sur le qui vive quelque part. Quand j’ouvris les yeux, je voulus me redresser d’un bond mais quelque chose obstrua le mouvement. Un corps pour être exact. Mon pouls s’affolait alors que je tentais d’émerger de cette sieste plutôt longue. Mmmh, l’odeur de Rebecca était partout mais ça n’était pas le moment de l’apprécier. La sonnerie de mon portable personnelle me réclamait. Prudemment, je me décollais à regret de mon amante et roulais silencieusement sur le côté sans savoir si mon sursaut l’avait réveillée elle aussi. Mes pas furent de velours – merci à mes gênes de métamorphe, merci à mes capacités de voleur - tandis que je gagnais la salle de bain, lieu où se trouvait mon téléphone toujours perdu dans la poche de mon autre jean – celui qui avait été trempé. La porte se trouvait juste à côté du lit et elle était grande ouverte. Je fonçais directement sur la commode pour m’emparer de mon cellulaire.

Avant de refermer derrière moi pour que ma belle au bois dormant ne soit pas trop dérangée par le son de ma voix, je lu le numéro et resta quelques secondes un peu hébété devant lui. Je devins livide. Ma mère ? Vraiment ? Je fis quelques pas en décrochant et en refermant derrière moi. Mon allô fût un peu incertain, un peu enroué – j’étais encore à moitié endormi. Les intonations de ma génitrice me parvinrent alors, je restais interdit devant le son de sa voix. Cela faisait quoi ? 4 ans que je ne l’avais plus entendu. Je m’assis à terre complétement troublé. Elle ne m’avait plus appelé de vive-voix, juste envoyé de l’argent. Je l’avais appelé moi mais mes appels n’avaient pas eu de retour. Tous les mois, depuis qu’ils m’avaient coupés les vivres, je leur envoyais un message pour les rassurer malgré tout. Avec la guerre, j’avais bien imaginé qu’avoir de mes nouvelles de façon régulière les avaient au moins préservé du pire. Finalement, elle voulait reprendre contact ? Elle s’excusa et prétexta s’être trompé de numéro – ce dont je doutais. Cela me faisait tellement bizarre de l’entendre, j’avais l’impression d’être transposé dans une autre réalité. Ça me fit l’effet d’être un enfant qui retrouvait le chemin de la maison après une longue fugue. Je lui répliquais «  Ah… Ce n’est pas grave. »  ne sachant pas trop quoi lui dire, complétement surpris à vrai dire. Elle ne me laissa pas le temps de placer une remarque, elle me dit simplement à bientôt et puis raccrocha. Pas un mot de plus ou de moins. Je restais là comme un idiot à sourire bêtement. Les choses allaient finir par s’améliorer avec eux, elle en tout cas. On avait échangé trois mots, c’était déjà un grand progrès. Je préférais voir ça d’une façon positive surtout que sa phrase de clôture était prometteuse. Ah ça, la fierté de mes parents tout un chapitre… Je pouffais de rire silencieusement. Mais c’était quoi cette journée franchement ? Je me relevais toujours aussi confus et me frottais encore les yeux en baillant quand je regagnais la pièce principale.

Je déposais mon portable sur ma table de chevet et revins me coller à mon amie. J’essayais d’oublier ce coup de fil trop perturbant en enfonçant ma tête dans la nuque de la jolie brune qui avait échoué dans mes draps. Je glissais doucement mes lèvres de sa mâchoire à son épaule en tirant pour se faire un peu sur le t-shirt qu’elle m’avait emprunté. « Je ne sais pas comment vous avez atterri ici Mademoiselle mais vous pouvez rester aussi longtemps qu’il vous plaira. »  Je souris contre sa gorge avant de passer un bras autour de sa taille et de la serrer contre moi. Ma bouche continuait à se faire baladeuse, mes mains commençaient à suivre leur exemple en passant sur son ventre et son dos. J’étais de meilleure humeur maintenant que j’avais plus d’heures de sommeil au compteur et puis la petite surprise du jour m’avait réchauffé le cœur. Il ne me fallait pas grand-chose au final.

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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Ven 21 Juin - 21:55




Fais-moi l'amour, Fontayn...



J'avais incroyablement bien dormi. Si cela n'avait dû durer que quelques heures, elles avaient en tout cas été bien plus reposantes que mes longues nuits agitées au Bluesky depuis que j'étais revenue à Glasgow. A croire que blottie dans les bras de Camille j'étais à l'abri du monde, comme s'il chassait les mauvais rêves rien que par sa présence. Il fallait que je vienne dormir ici plus souvent...
Toutes ces pensées traversèrent mon esprit alors que je n'étais pas encore tout à fait éveillée. Je sentis le corps chaud de mon Camille se coller au mien -j'avais bien perçu de façon lointaine qu'il s'était éloigné- et soupirai d'aise alors que ses lèvres glissaient sur ma peau.  

Camille a écrit:
« Je ne sais pas comment vous avez atterri ici Mademoiselle mais vous pouvez rester aussi longtemps qu’il vous plaira. »

Je souris et levai un sourcil appréciateur :

- Ha oui ?

Je me laissai couler dans ses bras lorsqu'il me serra contre lui et je m'étendis tel un chat, avant de venir enlacer son cou. Il souriait et je ne me pouvais m'empêcher de constater à que point cela lui allait bien. J'aurais voulu qu'il sourisse tout le temps. J'étais rassurée que ce qui c'était passé plus tôt soit derrière nous. Il semblait de très bonne humeur et ses câlins étaient contagieux. Je brûlais déjà d'envie de me prélasser avec lui entre les draps. Rien d'autre ne comptait à cet instant.

- Ça tombe bien, je ne pense pas que je pourrais quitter ce lit même si je le voulais...

Et je ne le voulais définitivement pas. Pas alors que sa bouche et ses mains parcouraient mon corps et l'enflammaient chaque seconde un peu plus.

-Hmmmm... tu sais, je crois que je pourrais prendre goût très vite à me faire réveiller comme ça tous les matins.

J'émis un petit gémissement quand ses mains glissèrent sous mon tee-shirt et ma bouche se souda à la sienne. Il n'avait pas intérêt à me planter là comme il l'avait fait la dernière fois. J'enroulais mes jambes autour de lui pour l'attirer plus près et l'empêcher de m'abandonner alors que tout mon être le désirait déjà si ardemment. Ho oui, j'adorais être réveillée comme ça...
Mes propres mains se réveillèrent à leur tour et il ne fallu pas longtemps pour qu'elles le débarrasse de son tee-shirt. Bon sang, qu'il était beau, j'en avais mal au ventre tellement je le désirais du plus profond de mes entrailles. C'était viscéral, incontrôlable. Je voulais qu'il ne cesse jamais de m'embrasser. Et surtout je le voulais en moi, je voulais ne faire qu'un avec lui, je voulais me fondre en lui et qu'il se fonde en moi et que plus rien n'ai la moindre importance à part nous. Alors je lui ordonnai, d'une voix qui ressemblait pourtant plus à une supplique:

- Fais-moi l'amour, Fontayn...

Et il ne fallu pas longtemps pour qu'il s’exécute et m'entraîne avec lui dans un délice de sensations. Le monde pouvait bien s'arrêter de tourner, nous fusionnions au point que je ne pensais plus qu'à lui et à notre plaisir partagé... Oui l'un dans l'autre, nous étions parfait l'un pour l'autre...

****

Sa tête reposant sur ma poitrine, je jouais avec les cheveux de Camille, tandis que mon autre main caressait son dos. Nos ébats nous laissaient toujours dans un état brumeux d'extase et il nous fallait ces petits moments de tendresse pour revenir doucement à la réalité.
J'aimais autant ces instants-là que ceux qui les précédaient.
Je déposais mes lèvres sur le sommet de la chevelure de mon amant et repris notre conversation comme si nous ne venions pas de faire passionnément l'amour deux fois:

- Bien dormi ? Quelqu'un t'a appelé tout à l'heure ?

Je n'étais pas certaine mais il me semblait avoir vaguement entendu le bruit de sa voix au loin. J'avais tout aussi bien pu le rêver.
Je me sentais si bien que je n'avais aucune idée de l'heure qu'il était et aucune envie de le savoir... pourtant, j'attrapais son portable sur la table de chevet et gémit en voyant l'heure. J'enfouis mon visage dans son épaule, boudeuse:

- Dis-moi que je suis pas obligée de partir tout de suite...

Je n'avais aucune envie de bouger, aucune envie de m'en aller loin de lui.

- J'étais supposée chercher du travail aujourd'hui... fis-je, amusée en l'embrassant doucement sur l'épaule, consciente qu'il me faudrait remettre cela au lendemain. Mais j'ai été distraite...

Taquine, je l'embrassai à nouveau puis soupirai en glissant mon nez dans son cou.

- Il va falloir que j'y aille... dis-je à contrecœur.

J'en avais pour un moment à pied et je ne voulais pas le déranger en lui demandant de me raccompagner. Il irait travailler bientôt et je ne voulais pas lui saper le morale en l'obligeant à retourner à mon sordide hôtel. La simple idée d'y retourner me démoralisait moi-même et pourtant je venais de faire le plein d'endorphine.


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MessageSujet: Re: One foot in sea, one on shore [Livre II - Terminé]   Sam 22 Juin - 11:00




One foot in sea, one on shore

Mes doigts filaient doucement dans ses cheveux, dans son dos, sur ses hanches. Sa petite mine endormie me faisait complétement craquer et me donnait seulement envie de la couvrir de baisers. Je me sentais vraiment bien, là. J’avais occulté toute notre réalité d’un peu plus tôt. Aussi quand elle parla de durée ou plutôt qu’elle mentionna le fait de s’habituer à ce genre de réveil, je n’en éprouvais aucune angoisse. Nous avions enfin retrouvé notre légèreté, nous avions semé les problèmes qui pourtant nous talonnaient encore. Mais moi j’avais encore assez de souffle pour courir et les dépasser. Je ne voulais que profiter de ce moment.  Je ne me rappelais déjà plus comment j’avais fait pour vivre six mois sans qu’elle ne hante mon quotidien. Cette pensée ne m’arracha même pas un petit pincement au cœur, j’étais tellement détendu que c’en était miraculeux à ce stade. Vu qu’elle m’invitait ouvertement à poursuivre mes caresses, je glissais lentement mes mains sous son t-shirt et cueillit son gémissement avec un nouveau sourire. Elle m’entoura de ses jambes et commença aussi à se faire suggestive. Allait-on un jour finir par se lasser l’un de l’autre ? Je me le demandais bien. Je n’avais jamais vécu une relation aussi passionnée à ce niveau avec quelqu’un si on omettait… Allez la ferme, on s’en fout. Sur le plus long terme, je n’avais jamais connu ça. Rebecca était tellement inédite, elle ne le savait juste pas parce que je n’en avais jamais parlé avec elle. Elle m’ordonna alors de lui faire l’amour. Je ne pus m’empêcher de lui couler un regard très provocateur, je ne voulais rien ajouter, ça gâcherait trop ce moment. J’obéis donc à mon despote préféré et nous laissons tous deux retomber dans ce pan de notre relation qui à défaut d’être vraiment maîtrisé de notre part, était sans doute celui dans lequel nous excellions.

Je flottais encore sur mon petit nuage quand elle reprit la parole. J’avais élu domicile sur sa poitrine depuis un petit moment et je respirais allégrement son odeur. Devoir retrouver un semblant de concentration me demandait de fournir un gros effort mais pour elle, je pouvais bien faire ça. D’autant qu’écouter sa voix était loin d’être un châtiment. Parler me demandait trop d’émerger alors je n’articulais même pas en répondant un vague « Mmmoui » répondant aux deux questions d’un seul coup. Elle me força à revoir ma position quand elle voulut attraper mon portable. Je me redressais un peu en soupirant avant qu’elle ne me revienne, je l’enlaçais à nouveau en lui déclarant le plus sérieusement du monde. « Bien sûr que non, d’ailleurs j’ai déjà décidé que tu ne sortirais plus jamais d’ici.» Quand je vous le disais que j’étais à des kilomètres de mes pensées – il n’y avait qu’elle qui arrivait à me faire cet effet-là. Je m’en voulais un peu (très peu à vrai dire) d’avoir bousculer tous ces plans de la journée. Surtout qu’ils étaient importants. Je comptais toucher quelques mots de sa situation à Alan, il pourrait peut-être l’aider après tout. Moi je me voyais mal lui décrocher un job à la Lune Bleue… Plus elle s’éloignait de cet Univers, de mon Univers, mieux ça vaudrait. « J'espère que la distraction valait le coup...» Je l’embrassais en retour. Elle allait devoir y aller ? Ah bon ? Quelle heure était-il ? Je m’assis en la gardant contre moi et m’empara de mon téléphone. C’est là que ça me revint. J’avais – il me semblait du moins – rendez-vous avec un des miens au sujet d’une histoire de conflit avec un autre métamorphe - les grandes joies de la communauté. A moins que je confonde avec la semaine prochaine ? Je devrais noter ce genre de trucs aussi. Pourtant, j’étais super organisé. Depuis qu’elle était réapparue, Becky s’occupait bien de me chambouler l’esprit. Et heureusement pour nous, je fis cette constatation à un moment où les conséquences ne m’effleuraient pas trop.

Je jurais dans notre langue maternelle puis soupirais. « Je vais devoir me bouger aussi… » Je glissais ma bouche dans la chevelure de la jolie brune avant de me relever et de ramasser mes fringues échouées. Je pris l’ensemble dans mes bras et fila à la salle de bain histoire de me rafraichir en quatrième vitesse. Je sortis habillé avec les vêtements désormais secs de ma belle amante, je les lui tendis en ajoutant. « Ça me dérangerais quand même que tu sortes aussi peu vêtue. » Je glissais ma main sur sa nuque et la dévorais des yeux une ultime fois avant de poser mes lèvres sur les siennes. Je la laissais enfiler ses affaires et profita de ce laps de temps pour mettre mes chaussures, chercher mes clés. Je pris innocemment mon paquet de cigarettes posé sur la commode pour le placer dans ma veste – en essayant d’être le plus discret possible. Une fois que nous fûmes prêts, nous sortîmes de l’appartement. Je refermais derrière nous et nous descendîmes les escaliers jusqu’à arriver à ma voiture. Je ne lui laissais même pas le choix, j’ouvris la portière et la forçais à s’installer dans l’habitacle. « Je vais dans ce coin-là et on ne discute pas. » C’était complétement faux mais ce n’était pas un détour énorme. Et puis je l’avais bien détournée de ces projets sans la prévenir, la ramener c’était le moins que je puisse faire. Une fois face à son hôtel, que je m’efforçais de ne pas trop contempler, je me penchais vers elle pour l’embrasser une dernière fois le plus tendrement possible – histoire qu’elle se souvienne de moi d’ici notre prochaine rencontre. Si vous vous posiez la question, non, je ne m’écoutais plus penser. « A bientôt, Scott. Prends soin de toi. » Je lui fis un clin d’œil quand elle se retourna sur moi après être sortie et puis, je repris la route. Encore une fois, j’étais dans un état second. Rebecca me détruisait et me reconstruisait sans arrêt – ça en devenait complétement insensé.

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