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Tell me how you feel [Livre II - Terminé]
MessageSujet: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Jeu 11 Avr - 22:59




Tell me how you feel

Depuis le début des Années Sanglantes, je me suis mis à croire que la nuit est éternelle. Cette absence de lumière que ça soit dans le regard des gens terrorisés, dans les sourires feints, ces ténèbres engloutissant et masquant les ennemis prêts à bondir, les ombres dessinant sur nos épidermes des promesses de nouveaux combats plus sanguinaires que les précédents. Le danger était permanent, l’aube ne pointait jamais. Et quand par miracle, l’aurore se dévoilait enfin, elle était teintée de vermeille pleurant les batailles, laissant des cicatrices au plus profond de notre chair mais surtout de notre âme. Je confondais les heures, les mois et les années. La lune, le soleil, je confondais leurs éclats. Je m’adaptais aux journées, à ce que je devais retirer d’elles et finalement, j’en étais parvenu à penser  que j’échappais au temps à ma manière. Bien sûr, c’est un gros mensonge qui voile cette vérité accablante. Le poids de cent ans croulait sur mes épaules et malgré cette oppression, les semaines se succédaient sans que je parvienne à les retenir, sans que je comprenne la vitesse avec laquelle elles s’échappaient. Je n’avais jamais assez de secondes pour mener à bien ce que je voulais, jamais assez de minutes pour parvenir à mes objectifs. Ca me frustrait. Donc, s’il faisait jour ou nuit ? Je crois pouvoir affirmer que les étoiles me dévisagent. Il est plus facile de combler les vides offert par le climat nocturne, de devenir transparent au milieu de l’obscurité que d’être traqué par les rayons du soleil. Il fût un temps où le crépuscule m’enivrait. C’était le moment que je préférais parce qu’il me permettait de redevenir l’idéaliste que je désirais être, il me promettait la liberté totale, c’était le moment où je pouvais exister pour moi et cesser d’être aux yeux du Monde ce qui ne me correspondait pas. Maintenant que je ne peux plus clairement le percevoir, j’en ai oublié la saveur. Les miens sont peut-être libres mais moi, je ne le serais plus jamais. Je serais prisonnier de ce rôle, prisonnier de cette responsabilité. C’est mon châtiment et je n’ai pas à m’en plaindre. Je ne suis pas seul - plus seul, devrais-je même dire et ça vaut bien ce sacrifice.

Ce lieu n’était pas le plus recommandé du coin mais je n’avais pas peur. Cette notion s’était relativement déformée dans mon esprit depuis que la guerre avait débutée. La mort ne me faisait plus aussi peur qu’autrefois. Je la craignais comme un être au cœur palpitant bien sûr mais je m’inquiétais davantage de ceux qui l’affronteraient à ma place. Si je perdais Alan, par exemple, je sais qu’une partie de moi serait morte avec lui. Tous les gens sur qui je veille, toutes ses personnes que je chéris, si elles venaient à disparaître, j’agoniserais lentement de l’intérieur. Et ça, c’est un châtiment pire que la fin définitive. Je n’étais pas du tout croyant, je pensais qu’une fois qu’on débranchait l’appareil, le spectacle était juste fini. Ça avait quelque chose de dramatique, d’angoissant mais aussi de rassurant. Je ne sais pas si c’est ma place en tant que leader qui m’avait fait réaliser à quel point nous autres, être humain ou non, nous dépendions des autres pour aller bien ou si c’était juste là sous mes yeux mais que je m’étais refusé à le voir parce qu’au final, j’étais un loup solitaire  - mauvais choix concernant ce terme. D’ailleurs, c’était de ça qu’il s’agissait, nos cousins, le thème de la soirée. J’espérais que la discussion serait constructive, nous en avions besoin pour y voir plus clair. Etais-je prédisposé à la mener ? Je le pensais, oui. Je me forçais à dormir raisonnablement dans ce but, y voir plus clair. C’était un peu simplet comme raisonnement, comme si il suffisait d’être reposé pour parvenir à déchiffrer chaque situation, chaque intention. J’essayais juste de me donner tous les moyens. Pour les résultats, c’était une autre histoire.  

Le silence me serait toujours insupportable. Il n’évoque rien, n’annonce rien si ce n’est la fausse plénitude. Celle qui endort votre attention pour mieux cogner. L’agitation pouvait être analysé, l’absence de bruits, c’était comparable à la cécité. Je me sentais aveugle alors je me mettais à guetter le plus petit vibrement, tentait d’en comprendre les nuances pour interpréter ce que je ne pouvais peut-être pas ressentir avec mes autres sens. L’air était frais, je ne portais qu’un vieux sweat, un jean rapiécé et des baskets un peu limées. Ma mère en frôlerait la crise cardiaque si elle me voyait dans cet accoutrement. Vêtements pas chers, de moindre qualité que je pouvais abandonner sur place sans trop de difficultés ou regret si je devais me métamorphoser à grande vitesse, dans l’urgence.  Ca faisait plus de cinq ans que je procédais comme ça. Ma garde-robe me remercierait plus tard. J’avais conservé toutes les fringues de luxe que je possédais et ne les sortait qu’aux occasions choisies. Le reste du temps, c’était ça. Et ça, j’avais appris à l’aimer.

L’endroit était sordide mais surtout loin de toute oreille trainante. Nous n’avions totalement confiance que l’un en l’autre et ces réunions secrètes étaient importantes. Nous faisions le point tous les deux sans craindre les mots, les conséquences. Nous envisagions la situation à cœur ouvert à l’abri. Drôle de lieu pour le qualifier de refuge. Mon dos est en contact avec un vieux hangar à bateaux douteux. Même avec un bon coup de peinture, je doute qu’il puisse retrouver l’éclat qu’il devait posséder jadis. Mais je n’ai pas l’occasion de me le visualiser dans sa gloire passée car des pas familiers approchent et m’oblige à me redresser un peu. Sa silhouette se découpe de l’horizon et j’ai piètre allure tout d’un coup en voyant sa dégaine. On aurait du mal de savoir qui des deux a été élevé dans le luxe. Cette pensée me fait sourire et je lui renvoie même si il ne doit pas comprendre mon amusement passager.

« La voie semble libre, ça fait vingt minutes que je suis là. J’ai analysé l’endroit. Si quelqu’un tente d’interférer, il se postera là-bas ou alors c’est qu’il est vraiment stupide. »

Je lui désignais un petit morceau d’ombre que nous ne pouvions discerner.  Nous changions toujours les emplacements pour ces petites sauteries. Sécurité avant tout.




Dernière édition par Camille Fontayn le Mar 25 Juin - 22:16, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Ven 12 Avr - 14:22

    Je n’aimais pas cette sensation. Je ne m’y faisais pas et il était certain, tout à fait certain, que je ne m’y ferai jamais. Être suivi. Epié. Suspecté. C’était désagréable au possible, tant pour moi que pour le berger allemand qui vivait en moi. Je me penchai sur la table, observant le schéma que mon élève venait de faire, et pointant certains organites qu’il avait mal placé dans la cellule. De quelques coups de gomme j’effaçai l’horreur qu’il appelait appareil de Golgi, et me plaçant devant le tableau noir, je réexpliquai pour la quinzième fois de l’heure la différence entre le noyau, le réticulum endoplasmique granuleux et l’appareil de Golgi, avec toute la patience que je pouvais avoir. En parlant de ça, je laissai mes pensées dériver sur ma soirée qui se profilait à l’horizon. Je pouvais faire un cours de biologie de licence sans réfléchir réellement à ce que je racontais, aussi parler en pensant à autre chose m’était relativement aisé. J’avais rendez vous avec Camille ce soir, et je savais aussi que le soir tout particulièrement la surveillance dont j’étais l’objet se durcissait davantage. La paix… ce mot, ce simple mot me laissait un goût amer tant il me semblait… faux. La paix, pour l’Homo Sapiens assurément, mais pas pour les Homo Verspellis que les lycans et les métas étaient. Cam et moi avions donc une réunion ce soir. Une réunion « au sommet ». Un fin sourire s’étira sur mes lèvres et je m’interrompis dans mon explication, perdant le cours de ce que je disais.

    Je regardai ma montre, un peu perdu. Il était l’heure de laisser filer mes élèves, ils étaient trois, et je le leur indiquai d’un signe de tête et d’un sourire. Nous avions une autre séance de soutien le lendemain, et je comptais terminer les révisions que nous avions commencées. Quelques minutes plus tard, je sortais du bâtiment où je donnais mes cours, et je cherchais du regard, comme mon petit rituel me l’imposait depuis que j’étais fiché comme loup, les anges gardiens qui passaient peut être dans le coin pour avoir un œil sur moi. J’en captai un, auquel je concédai un sourire que l’on pouvait qualifier de complice, avant de prendre le chemin de l’arrêt de bus. Visiblement, il n’avait pas que ça à faire que de m’observer puisqu’il ne m’emboita pas le pas, à mon plus grand plaisir. La tension qui reposait sur mes épaules s’échappa soudain, tandis que je montais dans le bus qui devait me mener chez moi… en apparence. Arrivé devant mon appartement, je déposai mon sac pour faire immédiatement demi-tour sous forme canine, après m’être assuré d’être seul. J’avais près de 70 kilomètres à faire, mieux valait que je parte directement. En prévision de nos rencontres à Glasgow, il valait mieux que je conserve des habits propres là bas, pour ne pas avoir à faire le trajet sous forme humaine, ni me promener nu toute la soirée. J’avais choisi soigneusement des planques que j’avais aménagées de sorte que mes habits ne soient ni détériorés, ni sales. J’avais beau avoir frôlé, voire vécu dans la misère, j’avais certains goûts vestimentaires et je n’appréciais que peu me promener en tee-shirt et jogging. Aussi étrange que cela pouvait paraître, j’étais totalement à mon aise dans des pantalons de lin, chemise en coton, contrairement aux vêtements plus… moins… classes. Une heure et demi plus tard, je n’avais pas pressé le pas, j’arrivai en vue du port et je m’arrêtai dans un coin reculé, pour redevenir humain et revêtir les habits que je venais de sortir de leur cachette. J’époussetai un peu ma veste, pour en chasser la poussière, et je me mis en quête de Cam qui devait m’attendre. J’avais plusieurs minutes de retard, ce que je considérais comme très malpoli de ma part. Je préférais être en avance pour prendre de court d’éventuels espions si certains nous avaient devancés, qu’en retard. Quoiqu’un retard pouvait toujours leur faire croire que la réunion n’avait pas lieu, ce qui n’était pas forcément mauvais non plus.

    Je me contraignis au calme, essayant pendant quelques secondes de refouler ma paranoïa. Elle était devenue assez… envahissante ces dernières années, et même si je me sentais étrangement plus en sécurité la nuit lorsque l’éclat de la Lune m’offrait plus de cachettes, la peur m’habitait chaque jour un peu plus. J’aperçus vite la silhouette de Camille se découper dans l’ombre, appuyé comme il l’était à une paroi si sale que je craignais même de l’effleurer de peur qu’elle ne salisse ma veste. Maniaque, moi ? Si peu.

      « La voie semble libre, ça fait vingt minutes que je suis là. J’ai analysé l’endroit. Si quelqu’un tente d’interférer, il se postera là-bas ou alors c’est qu’il est vraiment stupide. »


    J’arquai un sourcil, observa avec l’attention d’un rapace, d’une buse peut être ?, les alentours et tout particulièrement l’ombre que mon ami venait de désigner.

      « La voie te semble libre ou elle l’est réellement ? Il n’y a pas de risque zéro, Cam, mais j’aimerai qu’on tente de s’en approcher le plus possible…, je me sentis un peu brusque dans mes mots, et je voulus m’excuser en me recoiffant d’un geste nerveux, tout en humant l’air pour me rassurer. Désolé, dure journée… quoi de neuf ? Comment vas-tu ? »


    Bravo Alan, vas-y. Essaye de faire la conversation, essaye de faire comme si tu n’étais pas un gros parano qui tremble devant son ombre, qui doute d’à peu près tout le monde, qui se défie même de ses plus proches alliés. Même de sa femme. Me défiais-je de Cam ? Non, non bien sûr. Il avait prouvé à maintes et maintes reprises qu’il était la personne en qui je pouvais avoir le plus confiance. Il était… si… charismatique, mais en même temps il comprenait ce que je voulais pour les métamorphes. Le futur des métas, voilà d’ailleurs ce dont nous allions parler ce soir. Cette nuit. Je fis un signe en direction des quais.

      « Bougeons, veux-tu ? Je me sens plus à mon aise lorsque nous sommes en déplacements, je lui fis un petit sourire contrit, cherchant quelque chose à dire. Finalement je rendis les armes. Bon, où en sommes nous vis-à-vis de nos… cousins. Je n’aime pas leur organisation. Je n’aime pas l’idée d’obéissance, à ce point élevée chez eux… nous ne sommes pas des chiens en laisse. »


    Je n’avais personnellement rien contre les Homo Versipellis Versipellis, mais leur organisation si rigide allait en l’encontre de mes convictions personnelles quant à la profonde liberté que je souhaitais pour moi et pour les métas. Je n’avais pas voulu les rassembler pour qu’ils sont enchaînés ou fichés comme je l’étais, et j’étais certain que Camille pensait comme moi. Même si j’étais prêt à accepter ses choix, je ne pouvais pas m’empêcher de croire qu’il pensait comme moi. Je me posais soudain la question de ce que je ferai si un jour Camille rejetait mes conseils. Je me savais horriblement susceptible, mais j’avais confiance aussi en Camille. Mais… et s’il me trahissait ? La trahison. J’en avais si peur. Avais-je peur de tout ? J’entendais la mer clapoter contre les quais, me concentrant brièvement dessus.
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Dim 14 Avr - 0:08




Tell me how you feel


J'aurais pu démarrer notre entrevue par un bonjour ... Enfin plutôt bonsoir – voici encore une preuve supplémentaire de mon décalage temporel permanent, une forme polie invitant à une discussion entre amis. Seulement, je connaissais bien mon comparse. Ça me semblait plus adapté de démarrer par là c'est à dire, en le rassurant. Je croyais être du genre parano-excessif, ma méfiance pouvait atteindre des sommets et puis, j'avais rencontré Alan. Depuis je relativisais vachement sur mes défauts les plus évidents. Dire qu'il m'avait donné un faux prénom lors de notre première rencontre. Et encore ça, j'aurais pu le comprendre. Il ne me connaissait pas, je débarquais de nulle part et honnêtement, disons le franchement, je faisais peur à voir. En y repensant, je ne crois pas avoir été aussi paniqué depuis. Bien sûr, j'avais vécu pire mais je n'étais déjà plus seul pour affronter les épreuves qui s'imposaient à moi. Je n'avais pas mis un mois pour placer toute ma confiance en Alan. Peut-être étais-je trop désespéré pour envisager une possible trahison ? Allez savoir. Toujours est-il que si j'étais prompt à m'ouvrir à cet homme, lui m'avait caché sa vraie identité durant plusieurs mois. Quand il m'avait avoué ne pas s'appeler James, j'avoue avoir été profondément vexé mais j'étais jeune à l'époque. Je ne savais pas me détacher de ce que je vivais, tout ce qui se déroulait dans ma vie m'échappait, je n'avais aucun recul. Maintenant, je pouvais comprendre le point de vue de mon allié. Bien que je continue de penser qu'il a tendance à être trop sur la défensive. A moins que je ne sois moi-même devenu plus laxiste à ce propos ? J'avais l'art de me poser des questions sans queue, ni tête plutôt. Ça c'était une de mes spécialités qui sans aucuns doutes ne me quitterait jamais. Je suis du genre à trop réfléchir. On peut appeler ça de la prudence. On peut appeler ça de l'indécision. J'ai appris à accepter ces conflits internes. De la même manière que j'ai appris à côtoyer le métamorphe qui préfére penser être en danger constant. Je savais qu'il avait raison et que c'est ce genre de précautions qui pourrait nous maintenir en vie. Je crois que le fait de ne plus être seul à couvrir mes arrières, d'être soutenu, épaulé avait endormi un peu de ma vigilance antérieure. Et à la fois, j'avais l'impression d'être moins négligent. Je suis un paradoxe. Ça doit être lié à ma nature ça. L'animal et l'humain.

J'eus droit au regard inquisiteur de mon complice qui s'était déjà tourné brusquement vers la parcelle non éclairée que je lui avais indiqué. Je dû faire preuve d'une grande maîtrise de moi-même pour ne pas sourire ironiquement à sa remarque ou ne pas tout simplement rouler des yeux. Évidemment, rassurer Alan d'une simple phrase aurait été trop facile. A quoi pensais-je seulement ? Parfois, j'avais l'impression qu'il me grondait comme un père pourrait le faire. Ça m'amusait bien souvent et à d'autres moments, cela m'agaçait vraiment. Je n'avais pas envie de développer cet aspect particulier de notre relation car elle impliquait de traiter du domaine « paternel » de la chose, un sujet que je préférais oublier depuis un moment. Mais nous aurons le temps d'y revenir, assurément. « Il n'y a pas de risque zéro. » Cette phrase revenait tellement dans mon esprit à cause – grâce à ? J'ignore encore de quel côté je dois ranger ça – de lui que j'aurais pu en faire une chanson. Avant, il arrivait à me faire stresser plus – enfin ça arrivait encore, maintenant, je parvenais à rationaliser ses angoisses. Les miennes étaient déjà difficiles à gérer comme ça. Mon ami embraya alors d'un ton plus doux, moins accusateur. Je sentais fondre sur moi un sentiment de profonde compassion. On le pistait partout où il allait, je n'osais imaginer à quel point cela devait être douloureux au quotidien. Il n'avait pas mérité ça. Même si je n'approuvais pas cette décision – même infligée à nos cousins, je la jugeais encore moins adaptée à ceux de notre espèce – bien sûr, la nôtre n'était pas encore révélée. Nous n'étions pas aussi bestiaux, aussi prompt à la violence. Il ne méritait pas ça, surtout pas lui qui n'avait jamais lever la main sur quelqu'un – pas devant moi en tout cas. Je me jugeais comme relativement pacifique dans mes rapports aux autres mais ça ne m'avait pas empêché de me battre contre mes ennemis. J'avais aidé les lycans, j'avais participé aux meurtres. Ca me hantait et je vivais mal avec ça. Je tentais de me voiler la face à ce propos. Mais ça n'était pas dans ma nature de tuer, de blesser. Moi j'esquivais, je fuyais, j'inventais mais je n'agissais pas, je ne massacrais pas. Je secouais la tête. Non, ça c'était avant. Maintenant, je devais être ce qu'on attendait de moi. Je coulais un regard un peu désolé à mon interlocuteur, j'aurais aimé pouvoir l'aider réellement...

A ses deux interrogations, je ne répondis que par des mots courts, détachés et surtout je détournais l'histoire pour revenir à lui. Comment j'allais ? Je l'ignorais. Je ne voulais pas me pencher sur la question parce que je sais que la réponse ne me plairait pas et qu'elle ne m'aiderait pas. Ca faisait des années que je n'essayais pas de savoir comment je me sentais. J'avais cessé de penser à moi, je faisais passer les autres avant. Je m'étais sacrifié. Nous en revenions toujours au même point. Mon crime, ma quête de rédemption. Et cette dernière m'amenait à en commettre d'autres toujours plus horrible. J'étais arrivé à un stade où la remise en question me tuerait. Littéralement. Alors je l'évitais.

« Pas de soucis. Rien grand chose à dire sur cette journée, tout s'est bien déroulé. Et toi alors ? Tu tiens le coup ? »

Je calais mon pas sur le sien, convaincu comme lui qu'une cible mouvante est toujours moins sujette à des désagréments. Les quais semblaient déserts et comme toujours, l'absence d'êtres m'inquiétait plus que l'inverse. Mes yeux scrutaient l'horizon, mes sens à l'affût mais mon esprit toujours focalisé sur la conversation que nous menions. Alan voulait en finir vite, je le comprenais. Il mettait les deux pieds dans le plat sans autre forme de procès. Nous devions nous dépêcher, oui, c'était vrai. Alan encaissait plus l'alliance qu'il ne l'appréciait et à nouveau, nous étions sur la même longueur d'onde. Néanmoins, c'était un gros plus pour les nôtres. Il était évident que l'entente entre eux et nous restait parfois un peu ... spéciale. Pour nous qui étions une communauté inédite, nouvelle, le fonctionnement de la meute nous dépassait. En fait, ça me glaçait carrément le sang. Je ne comprenais pas un centième de cet assujettissement que subissait les loups. J'avoue c'est ironique venant de quelqu'un qui s'était fait mené aisément en bateau par les charmes d'une nocturne. Mais je le répète, ce quelqu'un est mort. Ou du moins voudrais-je croire à son décès. J'étais d'accord avec mon comparse. Mais il fallait maintenir notre pacte, pour notre bien. J'allais partir sur quelque chose de rassurant et finalement tout ce qui sorti fut désastreux. Mes angoisses, ma rancœur accumulée et contenue, je dévoilais tout à mon ami.

« Moi ce qui m’inquiète davantage c'est la pression qu'ils exercent sur les nôtres, sur nous. Mary semble penser que nos métas sont les siens. Et ça ne me plaît pas. Si j'ai bien compris, elle a demandé à Isadora de garder un œil sur Enola. Elle s'est permise d'envoyer Stella en Suède. Je ne veux pas qu'elle prenne la tête de notre communauté. L'union fait la force mais si elle nous sépare, nous serons faibles à nouveau. Nous n'avons pas décidé de nous battre pour sortir des griffes des vampires afin de retomber dans celles des lycans. »

Mary, c'était elle qui me préoccupait. Après j'avais fait des rencontres intéressantes voir carrément sympathiques au sein de la meute. Nous avions combattu avec férocité d'un seul et même bras. Je les respectais vraiment.

« Mais sans eux, on a aucune chance. On doit trouver un équilibre entre notre façon de fonctionner et la leur, c'est là le problème. Je vais devoir doubler ma vigilance à l'égard de Mary. »

Et avoir une discussion sérieuse avec elle.


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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Dim 14 Avr - 18:18

      « Pas de soucis. Rien grand chose à dire sur cette journée, tout s'est bien déroulé. Et toi alors ? Tu tiens le coup ? »


    J’haussai les épaules, peu convaincu autant par les réponses de Cam que par ses questions. J’avais l’impression que dans nos têtes, nous étions toujours en guerre. Ces dernières années, nous nous étions beaucoup appuyés l’un sur l’autre, autant lors des batailles ouvertes contre les vampires, même si je n’y participais pas en tant que soldat, que lors des heures interminables avant et après ces batailles, à récupérer les nôtres, blessés ou morts, les soigner pour ceux qui avaient la chance de survivre, tenter de garder notre anonymat et ne pas trop laisser de traces concernant l’existence de notre espèce en ce bas monde. D’après nos sources, nous étions toujours aussi inconnus aux humains, ils nous confondaient avec les lycanthropes ce qui nous arrangeait bien. La paix. Je n’y croyais pas encore maintenant. Je craignais toujours de voir un vampire débarquer face à nous, puisque, marchant de nuit le long des quais, nous pénétrions dans leurs territoires dans un sens. Je ne reconnaissais pas les heures nocturnes comme étant la propriété exclusive des vampires, loin de là, surtout que c’était les heures que je préférais généralement, mais il fallait reconnaître que c’était leur royaume, plus que le jour dans tous les cas. Je m’embrouillais, comme toujours. Je me mordillais les lèvres, aussi.

      « Je tiens le coup, que veux tu. Je n’ai pas vraiment le choix non plus ! Mais ne t’inquiète pas, Cam, je tiens le coup. Mes anges gardiens ont autre à faire que me pister à longueur de journée. Mais merci… pour avoir posé la question. »


    Nous nous mîmes en mouvement, le long des quais, en continuant de parler. Je réfléchissais à ce que nous avait apporté l’alliance avec les loups garous. C’était un coup de maître de la part de Camille, je l’avouais sans la moindre hésitation. Un coup de maître… que je n’aurais pas risqué. Je n’étais pas aussi… imprudent, non ce n’était pas le terme. Je n’étais pas… c’était Camille le leader de notre espèce, et ce n’était pas pour rien. Je ne prenais jamais, voire rarement, le moindre risque. C’était l’une de mes qualités et, je le reconnaissais, mon plus grand défaut. Pas de folie, pas de risque. Atteindre le risque zéro même si c’était impossible. J’étais trop, beaucoup trop timoré pour gérer un groupe d’une espèce aussi… d’une espèce comme les métamorphes. Bref, tout cela pour penser que s’allier avec les lycans avait été un coup de maître. Mais même si nous avions gagné une couverture, et des alliés de notre famille, même si grâce à cette alliance, nous avions une structure sur laquelle s’appuyer pour nous rassembler, malgré tout cela… je commençais à me demander si la perte même de notre indépendance n’était pas un prix trop cher pour cela. Et visiblement, Cam pensait la même chose.

      « Moi ce qui m’inquiète davantage c'est la pression qu'ils exercent sur les nôtres, sur nous. Mary semble penser que nos métas sont les siens. Et ça ne me plaît pas. Si j'ai bien compris, elle a demandé à Isadora de garder un œil sur Enola. Elle s'est permise d'envoyer Stella en Suède. Je ne veux pas qu'elle prenne la tête de notre communauté. L'union fait la force mais si elle nous sépare, nous serons faibles à nouveau. Nous n'avons pas décidé de nous battre pour sortir des griffes des vampires afin de retomber dans celles des lycans. Mais sans eux, on a aucune chance. On doit trouver un équilibre entre notre façon de fonctionner et la leur, c'est là le problème. Je vais devoir doubler ma vigilance à l'égard de Mary. »


    J’étais bien sûr d’accord avec Camille. « Bien sûr », dans le sens où ça ne m’étonnait que très peu. Nous avions la même longueur d’onde sur tous les sujets ou presque. Je ne m’en étonnais plus. Enfin si, mais j’en étais aussi content. Je me pinçai l’arête du nez et j’arrêtai un instant de marcher pour me tourner face au fleuve, laissant mon regard se perdre dans les vagues qui se brisaient à nos pieds dans de doux clapotis. J’étais tendu, tous mes sens aux aguets, mais je devais aussi reconnaître qu’étant pleinement en confiance avec mon leader, j’étais plus détendu qu’à l’habitude, et je me demandai dans une pensée fugace si Cam en était conscient. Il devait me prendre pour un fou. Un paranoïaque compulsif. Je m’humectai les lèvres avant de répondre au résumé qu’avait brièvement fait l’autre métamorphe.

      « Il faut que nous affirmions notre indépendance. Pour moi, c’est quelque chose de clair. Mais… que veux tu, toi ? En fait, quelle est notre façon de fonctionner. Nous sommes profondément, intrinsèquement, indépendants. Je pense. Même si on peut donner l’impression d’être enchaîné à d’autres êtres par des contrats sociaux, ou des obligations… nous sommes indépendants. Quel métamorphe n’a jamais senti le besoin d’envoyer paître ceux qui lui donnaient des ordres ? »


    Je fixai Camille dans les yeux, laissant pour l’occasion mon attention pour ce qui nous entourer, s’affaiblir très légèrement. Chose suffisamment notable pour que je le remarque. J’étais réellement trop inquiet et sur les nerfs. Je parlais d’indépendance, j’avais perdu une part de la mienne. C’était frustrant, c’était crispant, c’était éreintant, c’était. Je me tendis d’un seul coup, humant l’air, me concentrant sur ce que j’entendais. Un frottement. Un claquement. Ce n’était rien, juste un chat. Même pas un métamorphe, je n’avais pas senti notre odeur… caractéristique.

      « Ce que je veux dire c’est que… tu es notre… leader, le terme est le plus approprié. Parce que tu es celui qui sait le mieux ce qui est le mieux pour nous. Je sais que tu feras le mieux. Comment comptes tu t’y prendre pour faire comprendre à… Mary, que nous ne sommes à ses loups ? Parce que c’est ce dont elle a l’impression à mon avis. Elle nous prend pour des loups de sa meute, elle nous prend pour ses sujets, pour ses sous-fifres, pour… »


    Je m’emportai légèrement. Avais-je été déçu par l’attitude de Mary Wellesley ? Oui. J’avais pensé à nos cousins très rapidement, Camille avait proposé une alliance tout aussi vite, je l’avais soutenu sans arrière pensée, quelques que furent mes appréhensions internes de paranoïaque. Je l’avais soutenu au point de fragiliser mon mariage avec Kate. Ce n’était pas la peine d’y penser.

      « Il faut que tu t’affirmes. Elle n’a pas le droit de penser qu’elle t’a à sa botte. Je ne le permettrais pas. On n’a pas fait tout ce chemin pour se retrouver… oui, comme tu as dit, dans les griffes des Homo Versipellis Versipellis. Tu es notre chef, Camille, pas Mary. Tu es un métamorphe, pas Mary. Alors alliés, oui, soumis, non. »


    Je me tus un instant et me tournai vers le fleuve, inspirant et expirant profondément.

      « Enfin… c’est ce que je pense. »

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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Lun 15 Avr - 0:03




Tell me how you feel

Sa nervosité devenait déjà mienne si je n’y faisais pas gaffe. J’avais tendance à absorber les émotions des autres depuis quelques temps, essentiellement le stress à vrai dire. J’essayais de ne pas devenir une boule d’énergie sur pattes. J’avais tendance à me renfermer pour ça, je bouillonnais souvent de l’intérieur sans rien montrer ou presque à l’extérieur. Je me défoulais en suite en allant voler. Me transformer restait mon exutoire, ma seule porte de sortie pour ne pas crouler sous la foule de sentiments que je passais sous sceller. Si je me changeais en oiseau, ça n’était pas une coïncidence. Pour moi, le concept de liberté se réfugiait derrière ce choix ou cette évidence plutôt. J’avais toujours cherché à fuir les contraintes – ou plutôt les attentes, depuis que j’étais môme. On voulait que je sois intelligent, que j’aille loin dans mes études et surtout que je reprenne l’entreprise florissante de mon père. Enfin, « mon père ». Je voulais tellement échapper à cette normalité, à cette banalité, à ce qui ne me ressemblait pas. Etre métamorphe m’avait aidé à me défaire de cette oppression. Même si j’étais choyé, qu’on faisait tous mes caprices, je savais très bien derrière ce qu’ils attendaient de moi. Ils ne s’en cachaient pas. Mais après tout, je n’étais pas le fils qu’il devait avoir déjà à la base. Etais-je adopté ? Etais-je le fils d’un des deux ? Ça m’empêchait de dormir parfois, inutile que ça m’empêche maintenant de rester bien éveillé et concentré sur notre discussion. Je chassais tout cet empilement de songes en secouant la tête de gauche à droite. Je compatissais tellement pour lui mais je n’osais pas trop le montrer de peur de le vexer ou d’aggraver ce qu’il ressentait. Je ne lui offris que l’ébauche d’un sourire quand il m’affirma qu’il tenait le coup. Il l’avait répété plusieurs fois – ce qui prouvait qu’il cherchait encore à s’en convaincre lui-même. Et dire que j’étais impuissant face à ça. Je trouvais ça bizarre qu’il me remercie de lui avoir posé la question mais après, il s’agissait d’Alan. Il se perdait lui aussi dans ses propres cheminements internes. On était tous les deux des êtres extrêmement torturés. Ou tordus – au choix. Nous nous posions toujours beaucoup de questions. J’espérais simplement que ça soient les bonnes.

Mes mots avaient déclenchés une réaction chez lui, il se pinça le nez comme exaspéré arrêtant notre marche là. Dire que j’avais voulu un peu calmer le début de cette discussion. Au final, je lui avais offert le moyen de s’épancher un peu plus dans notre rancœur commune. Mais la vérité, c’est que comme je l’avais énoncé plus tôt, ces séances servaient à voir les choses comme elles étaient, à parler sans tabou, librement. Pourquoi cherchais-je toujours à aplanir les affaires ? Voulais-je juste apaiser mon ami déjà bien soucieux ? Voulais-je gober mes propres histoires ? A moins que ça soit ma propre incompétence qui m’inquiète et que l’énoncer la rendait réelle ? Je plantais mes paumes dans les poches de mon sweat, mon regard allait et venait des traits de mon interlocuteur à l’étendue saline proche. Je le savais toujours aux aguets, du coup, je commençais à baisser mes propres barrières. Le ressac de l’eau ne m’apaisait pas contrairement au reste du monde. Moi ça me donnait toujours la nausée, ce son lancinant, répétitif. Je devais l’associer à un souvenir négatif mais j’ignorais complétement sa provenance. La voix de mon comparse me tira de cette réflexion absurde. J’acquiesçais d’abord à ses paroles et embraya sur sa question.

« Ce que je veux ? Hé bien que nous soyons libre d’aller où bon nous semble, d’être librement ce que nous sommes. Je suis d’accord avec toi, tu le sais à propos de notre indépendance. Nous sommes à égalité avec la meute, je n’ai pas autorité sur eux, ils n’ont pas autorité sur nous, c’est comme ça que c’est censé se passer. J’ai l’impression que le fait que nous soyons justement si autonomes les dérange. Ils voient ça peut-être comme une faiblesse à laquelle il faut remédier ? Je ne le vois pas comme ça mais… »

Je soupirais. Nous étions si proche et si éloignés de ce que nos cousins étaient. J’avais été impressionné par leur organisation, presque émerveillé devant cette communauté « soudée ». J’avais vite désenchanté quand j’avais réellement compris ce mode de vie. Je ne souhaiterais jamais ça pour notre groupe, jamais. C’était davantage une malédiction qu’une façon saine de se retrouver avec les siens. Alan se tendit d’un seul coup et d’un même sursaut, je relevais les yeux, étendait tous mes sens. Un chat passa à proximité. Je ne l’avais même pas remarqué. Il me tuerait si il savait que je suis en train d’endormir ma vigilance parce qu’il est là. Je n’y pouvais rien, il me rassurait comme un frère ou un père pourrait le faire. C’était un peu dingue et surtout inquiétant venant de quelqu’un étant à la tête d’un mouvement. Mais c’était comme ça. Mon conseiller ne releva pas ce moment de courte panique et continua sur notre lancée.

Ça me dérangeait. Ce terme. Même si il avait raison de l’employer. Ce qui me dérangeait encore plus au-delà du mot c’était tout ce qui en découlait et ce qu’il amena très vite. Des attentes, une oppression. Je ne me sentais pas à la hauteur soyons très clair sur le sujet. L'opinion que j'avais de moi-même, oscillait entre passable et horrible. Je pensais avoir fait de mon mieux et je continuerais à faire de mon mieux mais était-ce suffisant ? Je n’étais pas le chef idéal qu’Alan semblait projeter. J’avais fait des conneries, ces conneries m’avaient amenés où nous étions aujourd’hui. Je me rachetais une conscience en quelque sorte. Ce n’était vraiment pas louable. Mes décisions et les choix que j’avais pris, je ne les remettais pas en question. Mais pour moi, j’étais arrivé – nous étions arrivés jusque-là grâce à lui. Pour autant, je me sentais mal à l’aise avec ce qu’il disait. Je ne méritais pas des phrases aussi belles. Je détournais aussi automatiquement mes prunelles des siennes, me taisant durant de longues secondes le temps de maîtriser ces émotions-là. Et puis je repartis plus froidement.

« Je sais, Alan. Mary est… complexe. Je ne sais pas comment lui parler. On dirait qu’elle se vexe pour un rien. Elle me snobe vraiment. Je n’ai pas envie de tuer quelqu’un sous ses yeux pour me faire respecter et c’est comme ça qu’ils marchent, tu l’as bien remarqué. Pour avoir leur respect, il faut en arriver là à celui qui se montre le plus fort. Et encore, si j’ai rejoint les batailles, c’était avant tout dans ce but. Je me suis sali les mains pour ça et finalement... »

Le goût de l’hémoglobine semblait encore hanter mes papilles, je n’arriverais sans doutes jamais à m’en défaire. Je me reprenais aussitôt, me giflant intérieurement. Mon pragmatisme contrebalançait tout le poids de la culpabilité grâce au devoir.

« Enfin, j’ai fait ce que je devais faire. Mais ça n’a pas suffi de toute évidence. Je ne veux pas qu’on soit en guerre ouverte avec eux. Pour autant, je n’ai jamais rien laissé paraître ou dit qui suggérerait qu’on soit sous sa coupe. Je vais devoir tirer ça au clair, tu as raison et je le sais. La manière douce ne fonctionne pas avec elle. Je suppose que je vais devoir me montrer plus malin que ça. Ce n’est pas en la provoquant qu’on ira bien loin. Mais oui, il faut qu’elle comprenne. Nous sommes à égalité. Et ça ne sera pas négociable. En nous plaçant sous sa protection, j’ai accepté qu’on lui rende des services. Mais avant toute décision, elle devrait me consulter et avoir mon accord. Ils sont sous ma protection avant la sienne. »

Comment j’allais m’y prendre ? Ah mais je n’avais pas vraiment répondu à ça parce que je l’ignorais. Ca faisait un paquet d’années que je tentais de communiquer sainement avec elle. On ne peut pas dire que ça soit optimal jusqu’ici. Je me passais une main sur le visage.

« Dire que nous sommes attaqués de tous les fronts – ou que nous le serons à nouveau prochainement et que même avec nos alliés, la situation est bancale alors que nous devrions être plus que solidaire que jamais. C’est censé rester une bonne chose pour nous. »

Et ça l’était, vraiment j’y croyais sinon je ne me battrais pas autant pour que ça marche.




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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Lun 15 Avr - 22:46

    Je sentais que mon utilisation du terme leader ne convenait pas à Camille. Non, ce n’était pas qu’il ne convenait pas, c’était juste que… le mot en lui-même concrétisait des attentes, des responsabilités, que Camille avait embrassés sous, d’une certaine manière, mon impulsion et dont il n’avait peut être pas envie. Non. Encore une fois, je me fourvoyais. En sept ans, j’avais totalement perdu ma manière de penser si scientifique : méthodique, clair, net, précis. Je me reprenais en pensée, je trompais de vois, je retournais en arrière, tournais et retournais les faits et les possibilités sans parvenir à voir de schémas clairs. De plus en plus, j’avais besoin de tout poser sur le papier. En sept ans, à épauler Cam, observer les positions des vampires et déduire sur quel front nous étions, nous les métamorphes, les plus utiles, j’avais trouvé sur le support écrit un tremplin pour mes idées et mes élucubrations tandis que je perdais en maniabilité dans mon propre esprit. Ou alors devenait il trop maniable, trop fluide, et je perdais en rigueur et en clarté. Oui, c’était cela. Je partais dans tous les sens en pensée, voyageant parmi les associations d’idées, les ponts, les bassins attracteurs, avec une habileté que je ne me connaissais pas lorsque je menais les recherches sur les échantillons sanguins que les services secrets avaient trouvé. Cela me semblait si… lointain. Tout comme le point de départ de mes pensées d’ailleurs, il fallait que je me concentre sur ce qu’il se passait. Je n’avais pas le droit d’affaiblir ma vigilance sous prétexte que j’étais en présence de mon meilleur ami, soutien, confident ?, peut être. Je n’avais pas le droit de me croire en sécurité, parce qu’il n’y avait pas de risque zéro, quels qu’étaient nos efforts. Camille, donc, avait tiqué sur l’emploi du terme leader, mais contrairement à moi, ne s’était pas arrêté là et avait écouté ce que je disais. Il disait qu’il voulait la même chose que moi, et cela me confirmait ce que je pensais (encore penser… diantre) de lui, de nous, des métamorphes en général. Nous étions tous si différents, mais je restais convaincu que nous avions le même motif de pensée et d’analyse par élimination. Ceux qui ne comprenaient pas notre volonté de rassembler, de mettre un nom sur les métas, notre volonté de se connaître, de savoir que nous n’étions pas seuls, pas si isolés, et que si nous avions des problèmes, nous étions plusieurs pour les résoudre, ceux là… et bien ceux là ne s’écoutaient pas. Ou se leurraient. Ou se fourvoyaient sur nos intentions, j’en étais fermement convaincu. Il y avait des sujets comme ceux là, où ma conviction dépassait ma pensée et ma raison et tout ce qu’il y avait de rationnel en moi. Le fait que les métas avaient intrinsèquement plus en commun qu’ils ne pouvaient le croire en faisait partie. Que Camille était fait pour nous représenter, prendre les décisions qui s’imposaient au nom des métamorphes, en était un autre de ces sujets sur lesquels il était inutile de discuter avec moi. Et même Camille n’en avait pas le droit.

      « Je sais, Alan. Mary est… complexe. Je ne sais pas comment lui parler. On dirait qu’elle se vexe pour un rien. Elle me snobe vraiment. Je n’ai pas envie de tuer quelqu’un sous ses yeux pour me faire respecter et c’est comme ça qu’ils marchent, tu l’as bien remarqué. Pour avoir leur respect, il faut en arriver là à celui qui se montre le plus fort. Et encore, si j’ai rejoint les batailles, c’était avant tout dans ce but. Je me suis sali les mains pour ça et finalement... »


    Je me tournai vers Camille et je posai une main sur son épaule, la serrant un peu au passage, le regardant fixement, devant lever les yeux pour le coup. C’était ridicule, j’étais ridicule, mais je n’en avais rien à faire pour le moment. Camille était juste un peu plus grand que moi, de quelques centimètres, mais c’était suffisant pour que pendant quelques centièmes de secondes, je me sente ridicule. Quoi qu’il en soit, je chassais très rapidement les pensées stupides, inutiles, ridicules, qui pouvaient bien m’habiter. Pour une fois, il fallait que j’arrive à ne pas être si centré sur ma survie, mon intérêt, et ce que je pensais être le mieux pour moi. Je voulais penser à Cam en priorité. C’était… il fallait que je pense à son bien être en priorité. Oui, son bien être. C’était ce qui comptait le plus pour moi après le mien et celui de Kate. Ou avant ? Je n’en avais aucune idée. Lorsque j’avais rencontré Cam pour la première fois il m’avait semblé au bord du gouffre, et peut être l’avait il été. Maintenant, il allait… mieux n’était pas le terme. Différemment, plutôt. Il avait autre chose à quoi penser, de nombreux sujets à garder à l’esprit, des gens qui comptaient sur lui. J’étais convaincu que c’était le mieux pour lui. Je commençai à dire dans un soupir :

      « Cam, écoute, tu… »

      « Enfin, j’ai fait ce que je devais faire. Mais ça n’a pas suffi de toute évidence. Je ne veux pas qu’on soit en guerre ouverte avec eux. Pour autant, je n’ai jamais rien laissé paraître ou dit qui suggérerait qu’on soit sous sa coupe. Je vais devoir tirer ça au clair, tu as raison et je le sais. La manière douce ne fonctionne pas avec elle. Je suppose que je vais devoir me montrer plus malin que ça. Ce n’est pas en la provoquant qu’on ira bien loin. Mais oui, il faut qu’elle comprenne. Nous sommes à égalité. Et ça ne sera pas négociable. En nous plaçant sous sa protection, j’ai accepté qu’on lui rende des services. Mais avant toute décision, elle devrait me consulter et avoir mon accord. Ils sont sous ma protection avant la sienne. Dire que nous sommes attaqués de tous les fronts – ou que nous le serons à nouveau prochainement et que même avec nos alliés, la situation est bancale alors que nous devrions être plus que solidaire que jamais. C’est censé rester une bonne chose pour nous. »


    J’hochai la tête, convaincu moi aussi, et d’une torsion de poignet, je forçai Camille à se mettre face à moi. Mes yeux noirs se fixèrent dans les prunelles de l’autre métamorphe, avec cette attention que l’on trouvait chez les rapaces et les buses, je le savais. En songeant à cela, je me fis rapidement la remarque que je ne lui avais toujours pas parlé de mes multiples échecs. Pourtant, je savais qu’il se transformait sans peine en plusieurs animaux différents, en volatiles. J’étais un foutu d’handicapé au sein des métamorphes. Et je digressais encore.

      « Ecoute, tu n’as rien à te reprocher, que l’on soit bien clair. Cette… Mary, on est d’accord, elle nous prend pour ses loups. Ne te laisse pas marcher sur les pieds. Et surtout, ne doute pas de toi et de ta place en notre sein. A notre tête. Tu l’as bien dit, chez eux, c’est la force brute qui compte parce qu’ils ne comprennent que cela. Nous, on est plus… fin. Des siècles et des siècles d’anonymat jouent, certainement. Ce n’est pas parce que ce ne sont que des… loups bardés de muscles que l’on doit s’abaisser à ça. Tu n’as pas à renier ce que tu crois, et je veux que ce soit bien clair : tu n’es pas seul, je serai toujours là, à tes côtés. Quitte à ce que je sois le bulldozer qui leur montre que nous ne sommes pas des jouets soumis. »


    Encore une fois je me lançais dans une envolée lyrique qui ne faisait avancer ni le schmilblick, ni la réflexion. Je lâchai Camille, mettant les mains dans les poches, considérant avec une ombre de sourire nos deux allures si dissemblables et observant les chapes d’ombre et les reflets lunaires.

      « Je ne t’aide pas beaucoup… Tu parlais des combats… penses tu que le fait que je n’ai pas combattu joue en notre défaveur ? Je… tu parlais de Stella. Je pense qu’il faudrait que nous ayons, que tu aies plutôt, une discussion avec les métamorphes, pour leur faire comprendre, pour leur assurer, hum… je ne sais pas quel terme est le meilleur, qu’ils ne doivent pas se sentir obligés d’obéir à Mary. Et que leur allégeance, même si le mot ne me plait pas, doit d’abord aller vers ceux de leur race, avant leurs cousins. Sommes nous si complexe que même au bout de cinq ans, il nous est difficile de communiquer entre nous ? Car c’est de cela dont on parle… un manque de communication. Quelque chose dans le genre… »


    Ce devait être habitude chez moi. Réfléchir à haute voix me permettait d’éclaircir mes pensées et je raisonnais plus facilement. Les idées se suivaient plus logiquement sans les parasites du flux de pensée qui m’embêtaient lorsque je réfléchissais en silence. J’avais abordé pour l’esquiver tout aussi rapidement ce qui me taraudait de plus en plus depuis le début de la « paix ». Je n’avais pris part à aucune bataille. J’étais incapable de me transformer en autre chose qu’un berger allemand et même si certains étaient assez stupides pour confondre l’animal avec un loup, ce ne pouvait être le cas des vampires et autres combattants adverses. J’étais resté, bien sûr, toujours avec Camille dans mon champ de vision, pour venir à son secours si à un moment ou à un autre, les loups chargés par Mary de le protéger avaient failli à leur tache. J’étais resté aux aguets toutes les nuits des Années Sanglantes, mais le fait était que je n’avais pas pris la forme d’un loup, je n’avais pas combattu aux côtés de nos cousins. Ils devaient me prendre pour un faible et un lâche, même si les techniques de combat qu’ils nous avaient apprises n’avaient eu qu’à réveiller chez moi des réflexes endormis depuis mon arrivée en Ecosse. Si mon recul et ma mise à l’écart avait servi d’une certaine manière pour affirmer Camille dans sa place de leader aux yeux des loups, je culpabilisais de ne pas avoir contribué à intégrer les métas aux loups dans le cadre de l’alliance, tout en me sachant suffisamment peureux pour être soulagé de ne jamais avoir trop risqué ma vie outre mesure. J’avais les yeux dans le vague à présent, et je me frappai mentalement de m’être à ce point déconnecté de la réalité. Abaisser ma vigilance à ce point… étais-je fou, stupide ou tout simplement inconscient ? Un mélange des trois assurément. La fatigue de la journée, et la confiance ne faisaient pas bon ménage.

      « Même si la louve n’en fait qu’à sa tête, je pense, je trouve, que nous nous en sortons bien pour le moment. Notre anonymat est conservé, les loups sont notre bouclier par rapport à la Couronne et à la Brigade PES. Et même si quelqu’un vend la mèche, nous avons couvert nos arrières, ils n’ont aucune preuve de notre existence, et nous sommes chaque jour, chaque mois, chaque année, un peu plus forts. Voyons le bon côté des choses »


    Et ne pensons pas au mauvais, qui était imposant. Un peu trop imposant.
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Mar 16 Avr - 0:05




Tell me how you feel


Je gardais mon sang froid d’une façon très simple depuis peu. Je me détachais de ce que j’étais, j’analysais les faits et je mettais chaque sentiment personnel à la trappe. C’était fastidieux au début, désormais j’arrivais à plus ou moins gérer cet exercice. Je savais me reprendre, transformer ma nervosité pour qu’elle devienne une énergie un peu plus positive. Mais j’étais plus instable que ce que je voulais bien laisser croire. Je restais fondamentalement anxieux et nerveux, je tentais juste d’éradiquer ou à défaut de diminuer cet aspect néfaste de ma personnalité et ça pour le bien de notre cause en premier lieu. J’essayais d’atteindre l’idéal qu’Alan avait mentionné un peu plus tôt. Je voulais le frôler en sachant pertinemment que je ne pourrais pas l’atteindre. Parce que je n’avais pas pris la tête du mouvement pour les bonnes raisons. Je voulais fuir l’image insoutenable que me renvoyait quotidiennement mon miroir. Je voulais fuir les conséquences en créant par-dessus de nouvelles fondations. Est-ce que ça pourrait tenir comme ça avec de vieux démons hantant le sous-sol ? Cette action, ce rassemblement… Mon implication n’était pas désintéressée, ni altruiste. Enfin… Je n’en savais rien. J’étais jeune à l’époque, j’allais complétement de travers pour des raisons justifiables mais ça ne suffisait pas. Ça ne suffirait jamais comme excuses. Je cherchais à changer, j’y avais mis tout mon temps, toute ma patience et tout mon cœur. Mais pouvait-on vraiment … changer ? A quelle lutte m’attelais-je réellement ? Celle qui avait pour but de me transformer pour que je puisse me supporter ou celle qui devait amener les miens vers l’indépendance ? Les deux s’étaient sûrement enchevêtrés à mi-chemin. Ca ne faisait pas de moi un sain mais ça ne faisait pas pour autant de moi un monstre… Je crois. Je ne voulais pas laisser entrevoir trop de ma faiblesse, de mes remords. J’avais de la volonté mais elle s’effrita quand la paume d’Alan rencontra trop soudainement mon épaule. Je ne voulais pas qu’il compatisse, je ne le méritais pas. Et au-delà de ça, ça me faisait physiquement souffrir, là maintenant d’être soutenu. J’étais accablé et je voyais cette main non pas comme un secours mais comme une pression supplémentaire. Je dû faire preuve de beaucoup de calme pour ne rien laisser paraître. Je crois que j’ai vraiment besoin d’une pause en ce moment mais je ne vois même pas comment me l’accorder. Ce que je faisais, je devais l’assumer 24h/24. C’était comme ça.

Quand il m’obligea à soutenir son regard – plutôt SON regard inquisiteur, ce fameux regard de rapace, je cru un instant que j’allais le rejeter. C’était … violent comme sentiment. Je ne comprenais pas moi-même ce qui m’arrivait. Je ne pensais pas être à bout de nerfs pourtant. Parler de Mary m’avait peut-être trop replongé dans l’abysse de mes soucis persistants ? Je n’en voyais pas le bout, ni le fond. A force de me couper de ma propre enveloppe, j’avais fini par ne plus savoir ce que je ressentais. Alors quand on me remettait brutalement en marche, j’essayais de compiler au mieux. Pour autant, les mots d’Alan rendirent petit à petit supportable ce contact et j’en vins même à le trouver réconfortant au final. Moi qui me battais constamment avec ma nature imparfaite, j’avais l’impression d’être autorisé à jouer le jeu à ma façon. Ça me rassurait, vraiment. Il me lâcha ensuite et je revins poser automatiquement mes yeux sur le rivage. Je ne parvenais pas à répondre pour l’instant encore un peu perdu dans toute cette absence de paix intérieure. Heureusement, Alan reprit. Sa culpabilité faisait étrangement échos à la mienne. Nous étions si semblables parfois. A croire qu’on n’était passé par les mêmes épreuves. De ce que j’en savais, ça n’était pas tout à fait vrai mais… Toujours est-il que nous nous comprenions bien. C’est pour ça qu’on fonctionnait bien en tant qu’équipe. Ce soudain revirement vers ses propres succubes me permit de lâcher un peu mon égocentrisme passager. Je me focalisais sur sa peine à lui et trouva le courage de revenir lui faire face.

« Comment pourrait-on être capable de communiquer ? On a tellement eu l’habitude de conserver nos secrets, esquiver pour ne pas que les autres découvrent la vérité. On sait tous mieux mentir que parler franchement et oui, je crois que c’est ça le problème. La meute est très refermée sur elle-même et nous restons des étrangers d’une certaine manière. Ils doivent nous juger inférieures. Enfin pas tous. J’en sais rien. C’est une solution temporaire mais envisageable. Ca ne résoudra pas tout mais on peut essayer. Mary est tellement… persuasive pour ne pas dire manipulatrice. Elle doit sûrement en effrayer plus d’un. »

Je soupirais, fixait mes yeux ailleurs puis revint les planter dans ceux de mon comparse.

« Et crois-moi, Alan, tu m’aides. Ça me soulage vraiment que tu dises que je n’ai pas à m’abaisser à leur niveau. Cette idée me ronge depuis un moment. Pour les combats, ça n’aurait rien changé. Tu étais là. Même si tu n’as pas participé au … massacre même. Tu étais là de toute manière. Tu nous as aidés et protégé d’une autre façon mais tu l’as fait. »

Et sans toi, j’aurais perdu la tête. Mais ça, je ne l’ajoutais pas. Je n’arrivais toujours pas à me débloquer complétement dans mes relations avec autrui. Même si avec Alan, ça passait encore généralement bien, j’exprimais rarement voir jamais ce que je ressentais. Parce que je jugeais ça non nécessaire, futile. Je ne voulais pas avoir l’air de pleurnicher. Pourtant ce que j’avais pensé mais pas dit était vrai. J’avais manqué à plusieurs reprises de faire une crise de nerfs impressionnante. La première fois que j’étais rentré, le sang recouvrant mes paumes, j’ai perdu pieds. S’il n’avait pas été là pour me ramasser au milieu de mon délire et me calmer, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Honnêtement. N’importe quoi comme d’habitude. Je me rappelais encore de cette nuit juste avant les Années Sanglantes. J’avais bu plus qu’il n’aurait fallu pour oublier et j’avais fini avec un trou noir de plusieurs heures. J’avais bien fini la nuit pour finir mais… J’étais tellement insouciant à l’époque. Mon ami boucla sur une note plus optimiste, nous en avions besoin finalement. Quel piètre meneur je faisais, je nous avais tous deux enfoncés dans le négatif. Allez, je devais me ressaisir.

« Tu as raison pour la millième fois ce soir. (Il fallait vraiment que j’arrête de radoter) Puis, en dehors de Mary, nous pouvons compter des amis au sein de la meute. Certains ne sont pas du tout réfractaires à notre présence. »

Une envie de nicotine me chatouillait toujours le palais et je devais la gérer. Après cet accès de stress, pas étonnant. Mais à nouveau, je ne dis rien à mon interlocuteur préférant me mordiller la lèvre à défaut d’un potentiel filtre qui me délivrerait de la pire dépendance qui soit.

« Nous ne pouvons pas tout contrôler et je pense qu’on va devoir apprendre à accepter ça. Heureusement, tous ceux qui ont décidés de ne pas se joindre à nous… »

Le visage de Tanwen passa furtivement dans mes pensées - c'était bien le moment tiens de me la rappeler.

« … sont bien décidés à rester anonyme. J’espère sincèrement que nous pourrons maintenir cette position un moment. Comme tu dis, plus le temps passe, plus nous sommes fort. Et on le doit en bonne partie aux loups d’ailleurs. Il faut qu’on retire le meilleur de cette alliance.»

Oui, c’était comme ça qu’il fallait envisager l’Avenir. On avait fait une bonne partie du chemin. Il restait sûrement beaucoup à faire mais ça faisait du bien de se retourner pour observer ce qu’on avait accompli. Je pense qu'on l'avait bien mérité.



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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Mer 17 Avr - 23:18

    J’étais tellement stressé par ce que je ne devais pas quitter de vue, par les ombres mouvantes, par les années qui s’étaient écoulées et avaient laissé des traces dans toute l’Ecosse ; j’étais tellement torturé, complexé par ce que je faisais, ce que j’avais fait, ce que je ne pouvais plus faire et ce que je ne pouvais pas faire ; mes journées étaient tellement éreintantes, usantes, fatigantes ; ma confiance en moi ne tenait qu’à un petit fil et était toujours sur le point de se rompre, menaçant d’emporter toutes les perles d’amitié qui étaient passées sur ce fil, que lorsque Camille m’assura que je l’avais aidé, pendant les années sanglantes, que ma présence n’avais pas été si… inutile, que je n’étais pas un poids mort à ses côtés, lui portant plus préjudice qu’autre chose, lorsque mon meilleur ami, mon frère, mon fils ?, mon leader, mon confident (si on pouvait dire que j’étais capable de me confier, le secret faisant partie de mon être à un tel niveau que même Kate n’avait pas le droit au fin fond de mes pensées, à mon histoire, mon passé), lorsque Cam me dit que je l’avais aidé, au bon moment (c’était ainsi que je le comprenais tout du moins), que je l’aidais encore (c’était ainsi que je comprenais son emploi du présent), je sentis une chape de plomb s’ôter de mes épaules, j’eus l’impression de respirer plus facilement comme si un poids s’était dégagé de ma poitrine. « Tu nous as aidés et protégé d’une autre façon mais tu l’as fait. ». Ainsi, il savait que je l’avais couvé du regard, comme un père aurait couvé son fils, comme un frère aurait couvé son benjamin, lorsqu’il combattait. Que j'avais gardé un oeil sur tous les métamorphes, inquiet, prêt à intervenir. J’étais un infirme parmi les métamorphes, et plus j’en rencontrais, plus je m’en rendais compte. Parfois, un goût amer venait s’ajouter à d’autre dans ma bouche, le goût amer de l’incapacité d’agir. J’avais plus l’impression de tenir du lycanthrope, à ne pouvoir me transformer qu’en un seul animal, que du métamorphe, qui était aussi libre que pouvait l’être un oiseau. Ou un corbeau. Comme Cam. Se rendait il compte qu’il était parfois bien plus libre que moi je ne pouvais l’espérais l’être un seul jour, une seule heure, voire minute, dans ma vie ? Mes années de liberté, je les avais dilapidées à Londres, alors que j’étais le bras droit d’un gang. Même là, étais-je pleinement libre ? Mon regard se perdit dans les étoiles que l’on pouvait percevoir entre des nuages épars.

      « Tu as raison pour la millième fois ce soir. Puis, en dehors de Mary, nous pouvons compter des amis au sein de la meute. Certains ne sont pas du tout réfractaires à notre présence. Nous ne pouvons pas tout contrôler et je pense qu’on va devoir apprendre à accepter ça. Heureusement, tous ceux qui ont décidés de ne pas se joindre à nous… sont bien décidés à rester anonyme. J’espère sincèrement que nous pourrons maintenir cette position un moment. Comme tu dis, plus le temps passe, plus nous sommes fort. Et on le doit en bonne partie aux loups d’ailleurs. Il faut qu’on retire le meilleur de cette alliance.»


    Pour la première fois de la soirée, j’avais l’impression de ne pas avoir dit quelque chose de déprimant, en pointant du doigt de manière abstraite ce qu’il y avait de positif dans notre situation, aussi précaire qu’elle puisse être. Camille avait bien évidemment raison, lorsqu’il diagnostiquait pourquoi nous avions un réel problème de communication avec nos cousins. Ils étaient tellement primitifs dans leur mode de fonctionnement. Si… basé sur la violence. Je m’y connaissais en violence, du moins j’y avais eu à faire des années et des années plus tôt. J’avais des souvenirs très vifs de la violence que j’avais vu commise, et dont j’avais du faire preuve. Si j’étais à présent plus le conseiller de Cam qu’un quelconque exécuteur, ça n’avait pas été le cas dans mes jeunes années. C’était moi qui m’assurais que les autres suivaient, et les coups de poing et de pied étaient gratuits. Maintenant, j’avais remisé cette violence dans un placard, la laissant ou souhaitant la laisser au cœur de Londres, lorsque j’avais voulu changer de vie. Pourquoi penser à Londres, maintenant ? Pourquoi donc, alors que j’avais passé des années avec Kate, à enseigner la génétique à l’université, que je cherchais des pistes sur mes origines génétiques, que je vivais tout simplement, sans évoquer le passé même en pensées. J’acquiesçais aux paroles de Camille toutefois, ayant tout de même écouté ce qu’il disait même si j’étais plongé dans mes pensées. Il avait raison lorsqu’il disait que nous ne pouvions pas tout contrôler et qu’il allait bien falloir nous y faire ; j’avais tort de vouloir tout contrôler. Mais je n’aimais pas courir de risque inutile, et ne pas contrôler notre devenir en était un. Mais j’acquiesçais. Parce qu’il y avait une différence notable entre ne pas aimer un fait et le contester. Le fait que le contrôle absolu était inatteignable dans les circonstances actuelles était incontestable, et je n’avais pas le droit d’être de mauvaise foi sur ce sujet. Je soupirai.

      « Tu as raison, c’est toi qui as bien raison. Le contrôle absolu, c’est comme le risque zéro… j’avais l’impression d’être un vieux grognon borné dans ses principes et répétant sans cesse les mêmes proverbes et dictons, … mais bon. Comme tu le dis, nous allons devoir nous y faire. D’ailleurs, puisque tu en parles… tu as des nouvelles de ceux qui ont dit non ? Je veux dire… tu as des nou… »


    Je me figeai. Une brise, légère, avait porté à mes narines l’odeur détestable, ou pas, dans tous les cas, quelle qu’elle fusse, une odeur autre que celles de Camille et de moi n’était pas la bienvenue pendant de telles soirées, et je l’analysai rapidement. Chien mouillé. Une odeur plus… sauvage. Pas celle d’un métamorphe, qui ressemblait plus à une effluve déjà passée d’herbe mouillée (c’était ainsi que je me la représentais), mais une odeur plus… bestiale. Sauvage. Animale. Violente. Lycanthrope. Ma voix devint plus glaciale et coupante, lorsque je pris Camille par le bras.

      « On a de la compagnie, un Versipellis Versipellis. L’un de tes anges gardiens je présume. Il t’a suivi ou retrouvé ? Nous sommes hors de portée de ses oreilles et de son nez, et de ses sales pattes, donc on a le choix entre le faire poireauter là ou lui donner une source d’amusement en s’esquivant et en lui donnant l’opportunité de nous pister. »


    Je ne savais pas si Cam avait perçu l’odeur, je l’espérai vraiment, mais j’avais voulu lui signaler de vive voix la raison de mon écoute soudainement attentive. Parfois, Kate me disait que je ressemblais à un vrai chien de garde lorsque je me concentrais sur mon odorat et mon ouïe, me tendant et retroussant le nez. Elle complétait aussi en disant que j’étais ridicule, bien sûr, mais cela ne me gênait pas, puisque je l’admettais sans honte. Dans tous les cas, vu la position du vent et nos voix particulièrement basses, l’Homo Versipellis Versipellis ne pouvait rien entendre, seulement nous voir, aussi je ne bougeai pas exagérément vite pour sortir de son champ de vision. C’était aussi pour cela que je laissai le choix à Cam. Un lycanthrope, ce n’était pas un humain, pas un vampire, pas un démon, ni même la moitié d’un, et c’était théoriquement un allié. Donc nous n’étions pas forcément en danger, et la fuite n’était pas l’option la plus raisonnable. Un petit sourire s’était formé sur mes lèvres sur mes derniers mots. J’étais peut être paranoïaque, j’étais peut être fatigué, stressé, sur les nerfs, éreintés, et bien souvent très loin d’être un comique, je conservais des traces de mon animal favori, et son côté joueur ressortait lorsque j’étais en confiance et dans un bon jour. Je n’étais pas dans un bon jour, ou une bonne nuit au choix, mais j’étais en confiance avec Camille. Mais il y avait un autre sujet à aborder, qui coulait de source au vue de la dérive que nous avions faite, avant de faire quoique ce soit.

      « Je vois Collins demain d’ailleurs, il en a trouvé d’autres. Nous sommes nombreux. Ca m’étonne à chaque fois qu’il me contacte. Comme quoi… on peut toujours être étonné lorsqu’on croit être hors d’atteinte des surprises. Bref, tu voudras t’en occuper seul, que je t’accompagne,… ? »


    J’étais bête de proposer de l’accompagner. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher, pour garder un œil sur Camille. Je me rendais compte à chaque fois que je le voyais que je tenais autant à lui que j’aurai pu tenir à un petit frère qui aurait grandi trop vite. J’étais bête de lui proposer cela, parce que j’étais pas à l’aise lorsque nous devions recruter, ma patience et ma compréhension devant un possible, voire probable, « non », étant très limités. J’étais bête, parce que j’étais fiché comme un loup garou, et que l’on me voit parler à des personnes en compagnie de Cam, qui travaillait à la Lune Bleue… c’était le fichage collectif assuré, et je ne souhaitais cela à personne.
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Sam 20 Avr - 22:10




Tell me how you feel


Nous atterrissions sur un sujet que je n’affectionnais pas trop mais je l’avais un peu amené à le mentionner sans le vouloir, ceux qui nous avez gentiment dit que ça ne les intéressait pas et avait décliné notre offre. Je veillais à maintenir le contact avec eux bien entendu. Certain me rejetait en masse mais j’essayais comme je pouvais de garder un œil sur eux et me représenter quand ils en éprouveraient le besoin. J’avais un peu l’impression de faire du marketing parfois, enfoncer mon pied dans les portes entrouvertes. Avions-nous le choix ? Je mettais la bonne limite, bien sûr, je n’harcelais personne. Mon comparse fût néanmoins coupé dans son élan, aussitôt je perçus ce qu’il venait de le distraire. J’avais vraiment abaissé mes défenses, moi. Si je ne l’avais pas vu devenir alerte, j’aurais pu mettre un moment avant de ressentir cette odeur. J’avais franchement honte d’être si peu attentif ce soir. Je me laissais emporter par mon allié sans grand mal, je venais à peine de percuter la nature de ce visiteur qu’il me trainait déjà. Merde. J’avais pas rêvé alors, c’était pas la première fois que je pensais qu’on me suivait. Mary m’envoyait-elle une garde ou alors un « espion » pour nous surveiller ? J’étais deux fois plus tendu et ma colère antérieure sifflait déjà. Je grognais à moitié malgré moi. Ça me mettait hors de moi d’être suivi. Lors des combats, ok, mon inexpérience jouait contre moi. Je n’avais pas du tout bronché mais là. C’est bon je n’étais pas à elle non plus et je pensais avoir prouvé que je savais me défendre… Alan cherchait à tourner ça à la rigolade, moi ça ne m’amusait pas du tout.

« Verp… ? Quoi ? Ange gardien ? Ils me surveillent sûrement, oui. Il a dû me retrouver. J’aurais dû venir en volant c’est ma faute. Je suis pas d’humeur à jouer avec lui, désolé. Je ne comprends pas pourquoi je nécessite une surveillance constante. Cette femme est vraiment… »

Je roulais des yeux et tenta de me calmer. Il n’y avait peut-être aucun lien entre les deux. Peut-être était-ce juste un lycan en chasse ou que sais-je ? Oui, normalement ils ne pouvaient pas mais bon… Je ne savais pas mais ça ne me plaisait pas. Je me sentais déjà tellement prisonnier de ce rôle, autant ne pas en rajouter avec une pression supplémentaire. Cette louve cherchait trop à me diriger. Mais qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter ce boulot à la Lune blueue ? Je commençais à regretter amèrement. Nous avions donc repris notre marche et je fulminais toujours. Mes yeux allaient et venaient sur le décor qui s’offrait à nous.

« La prochaine fois, on se donne rendez-vous chez toi et je viendrais en volant. Les loups ne peuvent pas me pister longtemps quand je suis dans les airs. »

Ca restait mon domaine et les seuls moments où je pouvais être libéré de mes contraintes. Comme avant en fait. J’enrageais vraiment mais je me rendis bien vite à l’évidence que ça ne menait à rien de s’emporter. Surtout pas maintenant. Je n’étais pas du type à aimer les surprises et encore plus CE genre de surprises. Mon coéquipier n’avait pas à subir ça pour autant, surtout que lui était surveillé bien plus que moi et par des gens plus … radicaux que la meute. Je n’avais pas le droit de me plaindre, ni d’être sur les nerfs. Non, je devais me maîtriser, je le devais vraiment. Je respirais un grand coup et me tournais vers mon interlocuteur.

« Excuse-moi. Je ne sais pas ce qui me prend ce soir. Pour le recrutement, ça dépend un peu du personnage mais oui, je veux bien que tu viennes mais alors à la condition que ça ne te mette pas dans une position fâcheuse, que ça ne te mette pas trop danger. Un vieil ami à moi m’a toujours dit qu’il n’y avait pas de risque zéro, alors, tu comprends… »

Je souriais, tentant de me détendre et de détendre l’atmosphère dans la foulée. J’étais trop préoccupé 24h/24, c’était pour ça que je disjonctais parfois. Arrêter de fumer n’aidait pas dans ce sens et il y avait des périodes où la rechute était plus prévisible qu’à d’autres.

« On est nombreux, c’est vrai. La preuve qu’on a toujours su conservé notre secret… »

Enfin, moi je l’avais légèrement vendu à la Reine des Vampires. Ce sujet m’empêchait encore de dormir certaines nuits. Car elle connaissait notre existence mais elle avait conservé ça secret. Jusqu’à quand ? Ça m’angoissait tellement… Et je n’osais jamais vraiment aborder le thème parce que j’avais vraiment peur et que je ne pouvais rien y faire. J’allais payer cette connerie toute ma vie. Je promettais la sécurité aux métamorphes qui nous rejoignaient parce que je leur avais inconsciemment offert le danger. Ça me boufferait jusqu’à la fin des temps très certainement. Mais cette erreur m’avait appris l’humilité, la réflexion et aussi que je devais arrêter de me laisser charmer. Mes relations avec la gente féminine étaient toujours catastrophiques. Je m’éloignais carrément du sujet et je réalisais bien que c’était pour me protéger. Je me mordis la lèvre un peu plus fort et continuait à avancer. Je n’avais finalement rien proposé à mon ami.

« Bon, on fait quoi pour le lycan ? Je suis garé pas loin. On peut peut-être prendre la voiture et rouler en discutant, je sais pas. Une autre idée ? »

Gaspiller du carburant – une idée un peu bancale mais honnêtement, à moins de se transformer ou bien de s’amuser comme le disait si bien le professeur… Je devrais vraiment discuter avec la lupa et lui demander si elle me fait suivre ou non. Si ce n’était pas le cas, je risquais sûrement d’entamer un débat ouvert. En fait même si c’était le cas, ça arriverait. Note à moi-même, prendre une aspirine avant d’aller voir Mary et de préférence, que la date soit éloignée de la prochaine pleine lune… J’avais tendance à péter les plombs plus facilement. Comme tous les animorphes d’ailleurs.



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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Lun 22 Avr - 13:04

      « Verp… ? Quoi ? Ange gardien ? Ils me surveillent sûrement, oui. Il a dû me retrouver. J’aurais dû venir en volant c’est ma faute. Je ne suis pas d’humeur à jouer avec lui, désolé. Je ne comprends pas pourquoi je nécessite une surveillance constante. Cette femme est vraiment… La prochaine fois, on se donne rendez-vous chez toi et je viendrais en volant. Les loups ne peuvent pas me pister longtemps quand je suis dans les airs. »


    Je m’excusai à demi mots à propos du Versipellis, mais ma voix n’étant qu’un murmure, il ne me paraissait que peu probable que Camille comprenne mes mots, même les perçoive simplement. J’avais cette fâcheuse manie, un peu pompeuse bien sûr, peut être même arrogante, d’utiliser les noms scientifiques des animaux et des espèces pour les désigner lorsque j’en parlais. En soit, ce n’était pas pour appuyer le fait que je connaissais le terme « compliqué », c’était juste par souci du détail. Nous nous étions donc remis à marcher, continuant de longer les quais. Si je me considérais comme parano, Camille n’était pas de reste dans ce domaine, étant cependant bien plus raisonnable que moi lorsqu’il s’agissait d’assurer sa propre sécurité. « Cette femme »… il n’était pas utile d’être Chiva pour savoir qu’il parlait de Wellesley. Après tout… qui d’autre pouvait donner ordre aux loups garous de nous suivre, de le suivre plutôt ? Ce n’était pas au goût de mon ami métamorphe, ni au mien d’ailleurs.

      « Excuse-moi. Je ne sais pas ce qui me prend ce soir. Pour le recrutement, ça dépend un peu du personnage mais oui, je veux bien que tu viennes mais alors à la condition que ça ne te mette pas dans une position fâcheuse, que ça ne te mette pas trop danger. Un vieil ami à moi m’a toujours dit qu’il n’y avait pas de risque zéro, alors, tu comprends… On est nombreux, c’est vrai. La preuve qu’on a toujours su conservé notre secret… »


    J’esquissai un sourire, devant son allusion à ma phrase fétiche que je ne pouvais pas m’empêcher de sortir cinq à six fois par jour, et plus souvent encore lorsque je discutais avec lui. Le recrutement… parfois, j’avais l’impression que nous nous prenions un peu trop au sérieux dans nos propos, nos attitudes, notre vocabulaire. Parfois, seulement, mais quand même. Nous procédions la plupart du temps selon une sorte de rituel simple. Duncan nous trouvait des métamorphes, je me renseignais sur eux, leur histoire, ou du moins ce que j’en trouvais (nous étions tous si secrets que c’en était amusant lorsqu’on considérait ce fait), et Camille allait voir la personne pour l’inviter à rejoindre notre communauté. Notre réseau plutôt. J’étais coincé par les propos de Camille. « je veux bien que tu viennes ». Cela sonnait comme une permission, alors que je n’en avais pas vraiment envie. Etait-ce une volonté de sa part, ou était-ce par égard pour moi, pour que je puisse venir, croyant que j’en avais la moindre envie ? Je n’arrivais pas à me décider, c’était assez étrange. Après quelques secondes de réflexion, j’en vins à la conclusion que mon envie ou pas, mon intérêt, ne devait pas intervenir. Et aussi, j’avais envie de garder un œil sur le leader des changelins. Après tout, Duncan ne m’avait il pas dit que sa dernière trouvaille traînait dans la police, ou pour être plus exact, était carrément policier.

      « Tu devrais écouter ce vieil ami, il me semble qu’il a de bons principes, dis-je avec un petit sourire en coin, Okay alors, je serai là. Ne t’inquiète pas pour moi, je me débrouillerai pour que l’on risque le moins possible. Je te tiendrai au courant. Hôtel, à Glasgow, histoire que mes anges gardiens personnels ne viennent pas fourrer leur nez dans le coin, fenêtre sur rue si tu veux venir par les airs… je n’ai pas encore tous les détails, mais Collins m’a dit de me méfier. Il est dans la police… »


    Je gardai un œil, ou plutôt une narine puisque je fonctionnais grâce à mon flair, sur le lycan qui nous suivait tranquillement. Soit il était jeune, soit il était trop confiant, mais il ne me donnait pas l’impression d’être au courant qu’on l’avait repéré, voire le suspecter tout simplement.

      « Bon, on fait quoi pour le lycan ? Je suis garé pas loin. On peut peut-être prendre la voiture et rouler en discutant, je sais pas. Une autre idée ? »


    Je ne pris pas un long temps de réflexion avant de répondre, puisque j’étais déjà en train d’y réfléchir avant que Camille n’aborde la question du lycanthrope. La voiture ? c’était une idée, un peu bruyante, mais une idée quand même.

      « Vu l’orientation du vent, il nous suit à la vue, et non à l’ouïe et au flair. Je propose que l’on garde un œil attentif sur ses déplacements, sans s’inquiéter davantage. Après, si tu serais plus tranquille loin de lui, bonne idée pour la voiture ! »


    Sans s’inquiéter davantage. Cette partie de ma phrase sonnait incroyablement faux. Sans s’inquiéter davantage, mais bien sûr. J’étais un homme très facilement stressé, j’étais si facilement inquiet que je me faisais rire. Lorsque j’en avais le goût. Je lâchai un soupir. Ce soir, j’oscillai entre un état de fatigue me permettant de rire de tout, et un état de stress qui me faisait sursauter à la moindre fluctuation de mon ombre. Bon, il fallait être honnête, ce n’était pas que ce soir. C’était ces sept dernières années. Voire les années d’avant. Etais-je trop sur les nerfs ? Je l’étais, oui, mais pouvait-on appliquer le « trop » ? J’estimais, en général, qu’il n’y avait pas de trop lorsqu’on parlait de sécurité. Mais, là, j’avais un léger, très léger doute. Très léger mais bon.

      « Je change partiellement de sujet, mais tu penses que je suis trop… trop… inquiet ou paranoïaque ? Je veux dire… est ce que je suis… « trop », trop ? »


    Je me frottai le menton, songeur. J’étais stupide de faire venir ça sur le tapis. D’abord les années sanglantes et ma non-participation, maintenant ça… je donnais bien l’impression d’être totalement déprimé et stressé. Je secouai la tête :

      « Oublie, oublie, c’est la fatigue. Dis, tout à l’heure, en parlant de notre ange gardien, c’est Mary qui te fait suivre, on est d’accord… il faudrait que tu rajoutes ça à la liste des choses dont vous avez à parler… Si je récapitule, faut mettre les points sur les i concernant notre indépendance vis-à-vis d’eux, la différence d’organisation, et ta protection rapprochée. Qu’elle te demande ton avis. »


    Spoiler:
     
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Jeu 25 Avr - 23:57




Tell me how you feel

Si son sourire à ma petite plaisanterie passagère entraina automatiquement le mien, la suite de la conversation m’obligea à l’effacer. La police ? Instinctivement, je me raidis à ce seul simple mot. Mes antécédents de voleur jouaient partiellement un rôle dans cette nervosité – soyons honnête. Qui disait flics disait… Elle. C’était franchement stupide, vraiment. Je ne trouvais pas une façon rationnelle d’expliquer mon comportement. Nous nous étions à peine connus, cette … aventure (si quelqu’un trouve un meilleur terme qui me le communique) avait démarrée chaotiquement et s’était fini sur la même note. Nous avions été un désastre et j’en avais souffert. Je refusais de l’avouer, je refusais de le reconnaître parfois mais c’était le cas. Elle aurait pu tout raconter, me faire enfermer. Mais pourtant… C’était il y a longtemps maintenant, je ne devrais même plus me souvenir de ça. Je ne me comprenais pas. Ca n’était tellement pas mon genre d’être… comme ça. Je hochais de la tête d’un air entendu vers mon comparse. Bon sang, j’étais plutôt content qu’il vienne. Je ne pensais pas bien entendu qu’il s’agisse de l’inspectrice vu que de toute évidence, il parlait d’un homme. Néanmoins, ça ne me mettait pas tout à fait en confiance. L’idée de devoir fixer un « représentant des forces de l’ordre » ne me plairait sans doute jamais que la celte soit impliquée ou non. Avais-je réellement des préjugés ? Je n’en savais rien mais j’avais très certainement assez de choses sur la conscience pour me sentir un peu coupable peut-être ? Bref. Je commençais à remuer, à faire du surplace et je me détestais d’être toujours trahi par mon corps dans des moments comme ça. Il fallait dire que là je n’essayais pas vraiment de me maîtriser non plus. En temps normal, je canalisais une bonne partie de mon énergie pour masquer tout semblant d’émotions néfastes ainsi que mes réactions habituelles face au stress. Là, il n’était pas question de paraître mais d’être. Voilà donc le résultat.

Je n’avais pas encore relevé concernant cette révélation sur l’identité de notre prochaine « cible ». Je cherchais les mots dirons-nous. De plus, Alan, à la suite, reprit la parole et apaisa mes craintes – enfin plutôt mon agacement, momentanées sur notre ami qui n’avait pas été invité à cette petite sauterie. Bon, il avait peut-être raison après. Je lui faisais aveuglément confiance. Si nous ne devions pas nous inquiéter outre mesure… Mais est-ce que ces mots étaient réellement sortis de sa bouche ? J’avais presque du mal à y croire. Nous perdions tous les deux un peu la tête ce soir, peut-être ? A moins qu’il ne cherche simplement à modérer ma contrariété ? Je m’en voulais de devoir lui faire subir ça alors que lui devait digéré cette position peu évidente et peu enviable. Je décidais de me reprendre et arrêter instantanément de gigoter sur place d’un pied à l’autre. J’allais lui répondre cette fois-ci quand il me prit de court avec une interrogation qui m’amusa et qui étrangement me fit culpabiliser. J’avais souvent la sensation que s’il allait si loin dans ses raisonnements, c’était ma faute. Honnêtement, j’entretenais aussi une certaine parano qui avait du se combiner à la sienne. Et puis surtout, je n’étais pas assez … fort ? Compétent ? pour qu’il puisse se sentir assez en confiance que ça soit dans la situation que nous vivions voir dans les décisions que je prenais. Je voyais dans ces réactions démesurées, mes propres failles et lacunes qu’il cherchait à palier. Ca me mettait vraiment mal. Il me disait d’oublier mais j’avais gardé le silence depuis bien trop longtemps.

« Je pense que ton extrême vigilance nous a permis d’esquiver beaucoup de soucis et nous permettra de rester en vie également. Après, ça serait mieux pour ta tension que tu sois peut-être un peu moins sur le qui-vive mais bon. »

J’haussais les épaules. Après tout qu’est-ce que j’en savais ? J’étais anxieux et je réfléchissais toujours trop. Ca n’était pas spécialement bon non plus nerveusement. A nouveau, je ne me jugeais pas être le mieux placé pour débattre de ça. J’aurais dû pouvoir parvenir à désangoisser mon conseiller. Afin de ne pas m’attarder sur cette conclusion, je passais en revue tout ce qu’il m’avait dit.

« Ok pour l’hôtel, pour la fenêtre et pour donc… le policier. Tu n’en sais pas encore beaucoup plus sur lui alors ? Tu sais si … enfin, il l’est sûrement…. En contact avec … l’inspectrice. Parce que si c’est le cas, tu penses que ça vaut quand même la peine d’essayer ? Enfin oui ça vaut la peine. Juste, il faudra s’attendre à ce qu’elle lui ait peut-être bourré le crâne de ses idées. J’ignore ce qu’elle a pu lui raconter à notre sujet… »

Je ne voulais pas dire son prénom, c’était stupide. Notre dispute datait d’il y a sept ans ! Etais-je du genre rancunier ? Je ne le pensais pas mais ce cas-ci était plutôt peu conventionnel selon moi. Enfin, je le pensais. Et ça me frustrait pour diverses raisons tout aussi débiles. Pourquoi je pensais qu’elle avait dû lui dire des choses sur nous ? Parce qu’elle ne m’avait pas contacté, ni rejoint jusqu’à preuve du contraire. Je jugeais donc qu’elle n’avait pas changé d’avis. D’autant plus que son père nous avait rejoints. Je ne lui avais parlé que deux fois et j’évitais de trop rentrer contact avec lui. Cependant, je gardais un œil sur lui par égard pour elle. Je veillais à ce qu’il ne manque de rien, qu’il ne soit pas en mauvaise posture. C’était encore plus bête, non ? Lui ne savait pas que j’avais partagé une drôle de relation avec sa fille – heureusement. Elle n’avait pas dû parler de moi. C’était mieux comme ça. Oui.

« Pour Mary, ne t’en fais pas. Je connais par cœur les objectifs de la prochaine conversation. Ça risque d’être amusant. »

Je soupirais puis me remit à marcher invitant mon comparse à faire de même. Je lui jetais un coup d’œil furtif. Il prenait trop soin de moi à mon goût et je ne lui renvoyais pas assez la pareille.

« T’es sûr que ça va toi ? Pourquoi tu t’inquiètes d’être trop parano soudainement ? Il s’est passé quelque chose ? »

Il y avait quelques sujets que nous n’abordions jamais lui et moi. Nos histoires sentimentales et la famille. Deux thèmes assez… particuliers dans mon cas et je ne doutais pas que ça soit la même chose pour lui. J’ignorais complétement comment ça se passait entre Kate et lui après leur période houleuse – que j’avais d’ailleurs engendrée en partie. Je ne me mêlais pas de tout ça bien entendu. J’espérais que si un jour, il voulait se confier, il n’hésiterait pas. Mais si il pensait comme moi, je doute qu’il en arrive là.


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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Lun 29 Avr - 0:37

      « Je pense que ton extrême vigilance nous a permis d’esquiver beaucoup de soucis et nous permettra de rester en vie également. Après, ça serait mieux pour ta tension que tu sois peut-être un peu moins sur le qui-vive mais bon. »


    J’avais eu tort de poser cette question. Ca avait été stupide, et je me doutais bien, en toute modestie, je n’étais pas prétentieux au point de me croire particulièrement important pour Cam, du moins j’ignorais si son attachement pour moi avait la même profondeur fraternelle que la mienne. Je n’y avais pas réfléchi d’ailleurs. Qui étais je pour l’autre métamorphe ? De mon côté, la situation était claire. Il était pour moi le petit frère que je n’avais jamais eu, ou du moins que je n’avais pas connu. Je pensais à ma famille adoptive, et ma famille biologique. Je n’en avais aucunes nouvelles depuis mes huit alors, lorsque j’avais fugué en catastrophe, juste après ma première transformation. Je n’avais jamais cherché à les contacter, à les connaître, à me faire connaître. Je n’avais jamais cherché à les revoir. Quant à mes parents biologiques… rien ou presque rien ne pouvait me permettre de remonter leur trace, en dehors de la génétique bien sûr, et je n’en avais même pas la curiosité. Je préférais chercher mes pairs que mon père. Je préférais enquêter sur des maires métamorphes que ma mère métamorphe. Le peur d’être confronté à mes anciens démons, assurément. La peur de regarder en face ceux qui m’avaient donné le jour et qui m’avaient abandonné pour une quelconque raison, s’ils n’étaient pas morts d’ailleurs !, une autre possibilité qu’il me fallait envisager. Camille, donc, était le petit frère que je m’étais juré de protéger sept ans auparavant. Mais qui étais-je pour Camille ? un ami ? Peut être. Un bras droit, oui, bien sûr. Un conseiller, certainement. Camille m’assurait que ma prudence, peut être excessive, nous avait à de nombreuses reprises sauvé la vie, et même si je ne pouvais le nier, je continuais de croire que, peut être, était elle… ‘trop’. D’ailleurs, Camille ne le niait pas. C’était… j’essayai de chasser mon interrogation de mon esprit en souriant à Camille pour qu’il cesse de s’inquiéter. D’ailleurs, il avait déjà enchaîné sur mon changement de sujet :

      « Ok pour l’hôtel, pour la fenêtre et pour donc… le policier. Tu n’en sais pas encore beaucoup plus sur lui alors ? Tu sais si … enfin, il l’est sûrement…. En contact avec … l’inspectrice. Parce que si c’est le cas, tu penses que ça vaut quand même la peine d’essayer ? Enfin oui ça vaut la peine. Juste, il faudra s’attendre à ce qu’elle lui ait peut-être bourré le crâne de ses idées. J’ignore ce qu’elle a pu lui raconter à notre sujet… Pour Mary, ne t’en fais pas. Je connais par cœur les objectifs de la prochaine conversation. Ça risque d’être amusant. »


    Nous recommençâmes à marcher, sur l’invitation de Camille. Longer les quais était une solution éphémère à notre besoin de déplacement, les cibles mouvantes étant, comme tout un chacun le savait, bien plus difficile à surveiller et attaquer qu’une deux personnes, face à la mer et dos à la route. J’acquiesçais silencieusement à chaque phrase prononcée par l’autre métamorphe. Je me crispai cependant, lorsqu’il parla de l’inspectrice. Bien évidemment, il y avait pensé. Forcément. Si j’y avais pensé, alors Camille y avait pensé lui aussi. Plus rapidement que moi si c’était possible. Tanwen, pour lui, Manawyddan pour moi. Je ne pouvais pas la supporter. Pourtant, au départ, nous n’étions pas en si grande inimitié. Pourtant, au départ, je ne voyais en elle qu’une autre métamorphe, qui avait été seule, qui était seule, et qui pouvait être ravie de rejoindre notre communauté grandissante. Elle avait refusé, elle avait rejeté l’offre. J’aurai pu l’accepter, puisqu’après tout j’étais pour le libre arbitre de chaque métamorphe, et la liberté qui m’était si chère, mais je n’avais pas du tout apprécié ses sous entendus, comme quoi je manipulais Camille, comme quoi je voulais la place de leader. Jamais, au grand jamais je n’aurai, et ne voudrai de la place de leader qu’il occupait. Je préférais, de loin, rester dans l’ombre. C’était ce que je voulais. Je n’arrivais pas à retenir un rictus de colère à la pensée de Manawyddan. Non, vraiment, j’espérais que le flic qu’avait trouvé Collins n’était pas un ami de l’inspectrice. J’espérais qu’elle ne lui avait pas farcis la tête d’idioties, qu’elle ne lui, comme l’avait si bien dit Camille, bourré le crâne de ses idées. Je restais pourtant silencieux, inspirant longuement.

      « T’es sûr que ça va toi ? Pourquoi tu t’inquiètes d’être trop parano soudainement ? Il s’est passé quelque chose ? »


    Je sursautai à cette question.

      « Pardon ? , j’évitais de regarder Camille, Je t’ai dit d’oublier, Cam, ce n’était qu’une question. Juste comme ça. Ne te fais pas de souci pour moi, je te le répète… »


    Pourquoi cet acharnement à lui répéter qu’il ne devait pas se faire de souci pour moi ? Excellente question qui avait raison d’être posée. J’avais toujours été très discret sur moi, sur ma vie, sur mes pensées. Je n’avais parlé à personne de mes années qui avaient précédé mon arrivée en l’Ecosse, je ne parlais à personne de mon passé. Ils connaissaient ce qu’ils avaient vécu avec moi, lorsqu’ils me connaissaient déjà et peu de plus. A dire vrai, celle qui en savait le plus sur moi, c’était Kate, et elle-même ne connaissait rien qui ne précédât notre rencontre… Cette culture du secret, je me l’étais imposé volontairement autant pour protéger les autres que me protéger moi-même. J’estimais aussi que… Camille n’avait pas à s’inquiéter pour moi. C’était à moi de veiller sur lui, pas le contraire. Un soupçon de fierté mal placée ? Peut être. Les marques d’une vie faite d’indépendance et de remords ? Assurément. Un malaise lorsque l’on parlait de ce que je pouvais ressentir ? Oui. J’haussai les épaules dans un mouvement que l’on pouvait qualifier de gamin, alors que j’évitais toujours de poser les yeux sur mon ami.

      « Tu as bien d’autres soucis en tête, ne t’en rajoute pas, je sais veiller sur moi. C’est juste que… la fatigue, la nervosité. Tous mes sens sont en alerte assez naturellement lorsque je me sens observé, alors lorsque c’est fréquent… C’est juste mes nerfs. Sincèrement, ne te fais pas de souci, je pensais tout haut. »


    J’avais la désagréable impression de m’enfoncer davantage en insistant pour qu’il ne s’inquiète pas plus. Je sautai sur la première pensée qui me vint à l’esprit pour changer de sujet, et repartir sur un terrain où je me sentais bien plus à l’aise.

      « Revenons à l’important. Je vois Duncan demain pour qu’il me donne plus de détails, comme le numéro pour le joindre, bref, tout ce qu’il aura pu récolter. Au téléphone, ce n’est pas le plus sécurisé pour ce genre d’informations. Je te transmettrai tout demain, nom, prénom, en même temps que l’hôtel et tout. Tu n’as pas à te soucier de ça. Repose-toi, plutôt, tu as l’air fatigué. »


    Je regardai mon poignet, machinalement, avant de m’apercevoir qu’étant venu sous forme animal, je n’avais ni papiers, ni montre, ni portable.

      « Je ne sais pas quelle heure il est. Es tu fatigué ? Ne veux-tu pas aller dormir ? Si tu as besoin de repos, ce n’était pas très malin de ma part de te proposer de nous retrouver aussi… tard. je fis une petite pause, comme pour atténuer mon changement brusque de sujet, une nouvelle fois Penses-tu que la trêve va durer ? Il est certain que tout va exploser à nouveau, mais j’ai peur que ce soit notre existence qui en soit le déclencheur. La révélation de notre existence. »

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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Mar 30 Avr - 22:46




Tell me how you feel

Je perçus aisément son malaise, je le connaissais bien maintenant. Sept années, une multitude de difficultés et une tâche commune nous avaient rapprochés. Ce que nous avions traversé ensemble, ce que nous bâtissions aujourd’hui, nous avions quantité de sujets et de situations à partager. Je le considérais réellement comme un membre de ma famille et à juste titre, je savais discerner ses changements d’attitude. Au-delà de notre amitié, tout indiquait cette tension. Il me fuyait du regard, il esquivait allégrement ma question. Ce qui n’annonçait rien de bon. Après, Alan était comme moi, nous n’étions pas forcément expansif sur ce que nous ressentions vraiment. C’était assez délirant notre façon de fonctionner. Nous évitions les sujets dérangeants, trop profonds, trop personnels. Parfois j’évaluais ces choix comme ridicules. Il avait déjà assisté pour ma part à mes pires moments de doute et de délire. Il était sûrement l’une des personnes à avoir vu autant mes plus mauvais côtés. Alors pourquoi conservais-je encore quelques parcelles de mystère, de secret et de pudeur ? Je voulais garder un peu de ma dignité ? De ma fierté ? Ou bien, était-ce parce que lui aussi ne se dévoilait pas sur ces thèmes que je n’en voyais pas l’utilité à mon tour ? Peut-être n’avais-je tout simplement pas besoin de me confier. Il n’y avait pas grand-chose à dire ou à ajouter. C’était secondaire, voilà la vraie raison. Nos vies privées étaient entre parenthèses quand nous devions nous rencontrer. Le reste des responsabilités écrasait les autres aspects de notre existence. Je l’observais attentivement alors qu’il me servit l’excuse que j’avais déjà trouvée par moi-même. Son haussement d’épaule m’arracha une grimace à mi-chemin entre l’esquisse d’un sourire et une désapprobation. J’aurai sûrement exécuté le même genre de geste si j’avais été à sa place. Je devais respecter ça. Son silence, son esquive. Il tolérait les miennes après tout. Ça me frustrait de lâcher l’histoire mais je conservais dans un coin de ma tête ça et pris soin d’ajouter tout de même.

« Comme tu veux. Enfin… Alan, si quelque chose te tracasse, tu sais que tu peux m’en parler. »

Je n’en rajoutais pas plus et le laissais continuer notre entrevue. Sa façon de me materner me dérangeait, vraiment. Mon orgueil intervenait sûrement là-dedans mais pas que. Parfois, ce lien parent/enfant ou du moins grand frère/petit frère, sous-jacent à nos échanges m’apparaissait et je ne le vivais pas toujours avec le détachement que je lui montrais. Il est vrai que j’étais perdu quand il m’a trouvé mais depuis j’avais retrouvé ma route, je savais où j’allais, qui j’étais. Je n’avais pas à être sous sa protection ou alors il était tout autant sous la mienne. Je me sentais un peu rabaissé. Un autre aspect aussi m’incommodait, comme si j’étais plus important que lui et donc moins sacrifiable que sa personne.

« C’est bon, ne t’en fais pas pour moi. Je sais ce que je fais. »

J’avais été un peu ferme pour le coup mais ça m’offensait, c’était plus fort que moi. Surtout que je mettais vraiment repris en main ces dernières années. Je veillais à ce que ma santé se porte au mieux. Sinon, je continuerais sûrement à fumer, à dormir peu et tout un tas d’autres choses qui me plaisait à vrai dire. En fait, ce qui me prenait la tête, c’était l’impression que malgré tous mes efforts, je n’étais pas assez fort à ses yeux. Ni assez lucide, responsable. Mais je pense que je renvoyais juste mon propre jugement que j’avais de moi-même sur ses mots. Moi aussi, j’étais à cran ces derniers temps. Il faut dire que cette « paix » factice laissait place à l’incertitude constamment. Elle promettait une fausse quiétude à l’image du silence. Nous traquions l’absence d’hostilités, prêt à bondir au moindre bruissement. Plus que jamais, nous essayions de réunir les nôtres avant que la prochaine tempête n’importe dans son sillage toutes nos possibilités, tout notre énergie, notre temps.

« C’est vraiment du gaspillage que Duncan reste en retrait comme ça alors qu’il contribue autant à la communauté. Enfin, on ne va pas relancer ce débat. »

Je souris quand je surpris les yeux de mon comparse erré sur son poignet à l’endroit où sa montre aurait dû se trouver. Il insista ensuite sur ma possible fatigue et cette fois-ci plutôt que de prendre un peu la mouche, je ne pus retenir un éclat de rire.

« J’ai une mine si horrible que ça dis-moi ? Ça va, sérieusement. Je crois que t’as eu une journée bien plus éprouvante que la mienne. »

Il repassa du coq à l’âne aussi rapidement à mon plus grand soulagement – enfin c’était relatif. Le sujet plus sérieux m’obligea à ôter toute forme d’amusement de mon visage. Je le rejoignais sur ce fait, j’avais déjà songé à ça. Le jour où nous serions révélé – car ce jour finirait bien par arriver malgré toutes nos précautions, nous déclencherions une nouvelle vague de panique, de haine et nous serions cette toute petite étincelle qu’il manquait pour tout refaire redémarrer. Nous n’avions aucune maîtrise là-dessus. J’avais vendu notre secret à la monarque vampirique. Si elle avait conservé cette information jusqu’ici, c’est qu’il y avait une raison. Elle n’avait pas cherché à remettre la main sur moi et ça, ça me faisait carrément flipper. Elle avait un plan, j’en étais convaincu. Qu’elle nous juge inférieur, d’accord mais elle ne nous oublierait pas aussi facilement. C’était mon, notre épée de Damoclès. Il m’arrivait ponctuellement de rêver d’elle, mes rêves teintés par sa voix, son contact et surtout par sa violence, son sadisme. Ces cauchemars ne me lâchaient pas tout autant que ces scènes atroces de guerre que je revivais chaque nuit. Je soupirais lourdement et jetait mes prunelles vers l’horizon, fixant ainsi un point imaginaire.

« Ouais… Je sais. Je me demande ce que Krystel Raybrandt attend pour nous débusquer ou pour nous pointer du doigt. »

J’évitais de l’appeler la Reine maintenant. Ça me rappelait trop notre relation antérieure.

« Cette paix n’est qu’une trêve éphémère. Je ne sais pas d’où, ni quand le prochain coup va partir mais ça finira par arriver plus tôt que tard. Tout le monde est bien trop sur les nerfs que ça soit les loups ou les vampires avec toutes les mesures prises par les humains. Sans parler des démons qui sont pourchassés de toute part. Si on finit à découvert… Enfin, je pense que ça va créer à nouveau un vent de panique. Les humains ont dû encaisser beaucoup d’un seul coup niveau surnaturel. On sera logé à la même enseigne que les lycans – peut-être même pire. Nous sommes plus imprévisibles qu’eux vu que nous ne sommes pas liés qu’à une forme… On aura intérêt à être prêt lorsque ce jour viendra. Que ça soit notre anonymat qui volera en éclat ou le début d’une nouvelle guerre, on doit pouvoir faire front. »

Je revenais à la fin de ma phrase poser mon attention sur mon interlocuteur. Nous ne serions jamais vraiment préparés, j’en avais conscience. Mais je tentais de m’en convaincre. Nous étions plus forts qu’au début des Années Sanglantes, entraînés aux pires épreuves. Advienne que pourra.



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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Ven 3 Mai - 21:19

      « C’est bon, ne t’en fais pas pour moi. Je sais ce que je fais. »


    Je sentis que je l’avais blessé, mais je ne savais pas pourquoi. N’avais-je pas le droit de me soucier de sa santé ? Bon, d’accord, j’étais de mauvaise foi. Je l’interrogeais sans cesse sur comment il allait, je le fustigeais lorsqu’il faisait un pas dans une mauvaise direction, il n’y avait qu’à voir mon entêtement concernant sa consommation de cigarettes à laquelle j’avais rapidement voulu mettre fin, je m’enquérais régulièrement de son moral, de son sommeil et de mon côté, je me braquais dès qu’il commençait à me demander comment, moi, j’allais. J’étais de mauvaise foi, mais j’étais aussi entêté, et persuadé pour le coup d’avoir raison. Il n’y avait qu’à voir, sept ans plus tard, la transformation qui s’était opérée sur Cam. Il n’était plus ce zombie que j’avais rencontré, même si j’étais un peu excessif dans cette appellation, dans les rues d’Edimbourg. Ou de Glasgow. Les sept années, les batailles, ses transformations régulières en loup de ce fait, son apprentissage du combat, les cicatrices… c’était indéniablement un autre Camille, plus fort, plus résistant, mais je ne pouvais pas ne pas voir celui que j’avais… aidé ? sauvé ? Non, sauvé, c’était bien trop grandiloquent. J’avais juste tendu une main secourable à un métamorphe qui en avait besoin et qui m’avait aidé en retour. Parce que je ne pouvais pas le nier, le mouvement d’aide n’avait pas été que dans un sens. Si j’avais Kate comme raison de vivre, il m’avait donné le coup de pied nécessaire à me sortir de ma léthargie. Faire quelque chose de concret pour les métamorphes, faire quelque chose d’utile. Me sentir, concrètement utile, tout en continuant de ne rien risquer. J’étais un lâche, un trouillard, un pleutre, et Camille était celui qui m’évitait d’avoir honte de moi-même. Il me redonnait de l’estime, il me redonnait des raisons de ne pas fuir, de ne pas me terrer, de ne pas chercher le risque zéro dans l’inactivité. Je souris de concert lorsqu’il éclata de rire, heureux de le voir ainsi, même si je ramenais rapidement et brutalement la discussion sur un terrain moins… moins… fertile pour le rire et les sourires.

      « Ouais… Je sais. Je me demande ce que Krystel Raybrandt attend pour nous débusquer ou pour nous pointer du doigt. Cette paix n’est qu’une trêve éphémère. Je ne sais pas d’où, ni quand le prochain coup va partir mais ça finira par arriver plus tôt que tard. Tout le monde est bien trop sur les nerfs que ça soit les loups ou les vampires avec toutes les mesures prises par les humains. Sans parler des démons qui sont pourchassés de toute part. Si on finit à découvert… Enfin, je pense que ça va créer à nouveau un vent de panique. Les humains ont dû encaisser beaucoup d’un seul coup niveau surnaturel. On sera logé à la même enseigne que les lycans – peut-être même pire. Nous sommes plus imprévisibles qu’eux vu que nous ne sommes pas liés qu’à une forme… On aura intérêt à être prêt lorsque ce jour viendra. Que ça soit notre anonymat qui volera en éclat ou le début d’une nouvelle guerre, on doit pouvoir faire front. »


    J’acquiesçais. Ne savais-je faire que cela ?

      « Tu as tout à fait raison… Nous sommes dans un merdier jusqu’au coup, et cela ne risque pas de changer. Le monde est sur les nerfs, et ça se comprend… parfois, je me demande s’il ne serait pas judicieux de… faire en sorte que les humains… »


    J’avais un problème avec le terme humain, parce que dans un sens, j’avais l’impression d’en être un. Je n’avais pas l’impression d’être particulièrement différents des autres, comme les vampires ou les démons pouvaient l’être. Après tout… nous n’étions pas morts, comme les premiers, ou venus d’un autre monde, comme les seconds. Nous étions juste une autre branche de l’évolution de l’espèce Homo Erectus, rien de plus. Les Homo Sapiens et les Homo Versipellis n’étaient que des lointains cousins, la distance entre nous et eux n’était pas excessives… visuellement. Bon, niveau génétique, il était amusant de voir que nous étions aussi éloignés d’eux que les carpes, par exemple. Mais bon, je n’étais pas là pour faire un cours de phylogénétique. Humains donc… ainsi étaient les… autres. On se demandait, après, pourquoi je préférais utiliser les noms scientifiques des espèces. Il m’était moins difficile de différencier les Homo Sapiens et les Homo Versipellis que de ségréger les métamorphes du reste de l’espèce humaine, question d’impact psychologique. Etait-ce parce que je voulais continuer d’avoir l’air… normal (enfin, depuis que j’étais fiché comme loup, je n’avais plus l’air normal mais bon…), auprès des autres que l’anonymat des métamorphes m’importait tant ? Peut être… mais ce n’était pas le moment, bon sang, d’y songer. Camille attendait la fin de ma phrase, et que je reste songeur avec le regard portant au loin n’était pas pour le mieux.

      « faire en sorte que les humains, disais-je, désolé, j’étais dans mes pensées, découvrent petit à pe… »


    Dans mes pensées ? Et mon attention, alors, où était elle passée ? J’étais vraiment fatigué pour partir ainsi dans mes pensées… d’ailleurs voilà que ça me reprenait, je n’avais plus du tout ma tête, ce soir ! Je toussais, pour masquer ma gêne.

      « petit à petit donc, notre existence histoire que le choc ne soit pas aussi… brutal que pour les vampires, ou les loups garous. Sans parler des démons… en soit, notre avantage c’est que nous sommes inoffensifs. Le fait que nous n’ayons pas de structures aussi rigide et ancienne que les autres… espèces, est notre faiblesse, ou plutôt était, et notre force. Nous ne représentons pas une menace, parce que nous sommes aussi… insaisissable que l’eau. Essaye d’attaquer quelqu’un avec un verre d’eau, c’est le verre qui fait mal, pas l’eau. Sauf si elle est chauffée, ou si ses molécules se soudent les unes aux autres instantanément comme nous sommes capables de le faire. En fait… voilà. Nous sommes de l’eau. Inoffensive en apparence, nous sommes partout, mais pas forcément visibles, et nous pouvons faire des dégâts si nous nous regroupons autour d’un idéal commun. Mais isolés… nous sommes aussi faibles que fétus de pailles un jour de grand vent… »


    Bravo Alan, tu viens de démontrer que tu pouvais être assommant et inintéressant, même tard le soir. Surtout que tu as divergé sur un sujet de discussion qui n’avait pas été abordé, en était-ce réellement un d’ailleurs ? Je lâchai un soupir contrit.

      « Désolé, je m’emporte sur un sujet… qui n’en est pas vraiment un. Je disais donc, si un jour notre existence risque d’être révélée, ne vaudrait il pas mieux de gérer cette révélation, avec un peu plus de finesse que les nocturnes, mais… je veux dire… d’en garder la maîtrise ? L’idéal serait, bien sûr, que l’on reste caché, mais bon… il ne faut pas se leurrer, nous n’avons pas l’éternité devant nous. Les vampires ont lancé un engrenage d’évènements, et nous sommes déjà pris dans la roue. L’idéal serait de nous faire passer pour… je ne sais pas… des cousins des loups, qui ne se transforment qu’en une espèce, par exemple les ornithorynx. »


    Voilà, j’étais… fatigué. Un ornithorynx, où étais-je allé le pêcher celui là ? Et surtout, surtout, quel métamorphe aurait envie de se transformer en… ça.
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Jeu 9 Mai - 19:14




Tell me how you feel

Nous divaguions ensemble à présent. Sa phrase resta en suspens et durant ce laps de temps, je dérivais intérieurement à son instar. Les humains… Makayla… Je restais songeur quant à notre dernière rencontre en date. Je n’avais pas osé aborder cet incident avec mon comparse pour des raisons évidentes. L’inquiéter sur un événement passé, clos et résolu ne mènerait à rien, pas plus que s’attirer ses foudres à ce propos d’ailleurs. Si je l’écoutais, je suis certain que je ne devrais plus mettre le moindre orteil dehors seul. Autant ne pas l’encourager sur cette voie. Il avait déjà ses propres problèmes et à nouveau, je n’avais pas du tout pour objectif d’alourdir ce poids. Je taisais donc l’accident. Ça m’aurait fait du bien d’en discuter avec quelqu’un, mettre un peu les choses à plat concernant la situation et celle que je croyais être une amie. Cet événement m’avait terriblement marqué et remis en question. Jusqu’où avions nous été durant cette fichue guerre ? Plus important, jusqu’où irions-nous plus tard quand tout échapperait à un semblant de contrôle ? Si nous ne pouvions plus nous cacher derrière notre anonymat… Nous en perdrions au niveau tactique, au niveau de notre sécurité. Les gens qui étaient sous ma protection finiraient par devoir subir les conséquences. Je leur avais promis la liberté mais lorsque nous serions dos au mur, nous seraient-ils toujours fidèles ? Et si nous finissions par nous désolidariser ? Est-ce que j’arriverais à gérer un nouvel état de crise ? Je commençais à picorer ma lèvre de mes dents – un sale réflexe. Je jetais un œil à Alan qui semblait encore plus perdu que moi dans ses pensées. Mouais, j’étais pas sûr que ça aille si bien que ça pour lui vu la difficulté qu’il avait à se concentrer… Je souris quand il s’excusa à ce propos tout en continuant intérieurement à m’inquiéter pour lui. J’essayerais d’en savoir plus sur son état mental à un moment où il serait plus prompt peut-être à m’en parler.

Les propos qu’il tint à la suite justifiaient à eux seuls le pourquoi nous avions réussi à mener à bien notre projet de communauté. Alan visait toujours juste, il avait un point de vue toujours défini, particulier et intéressant sur ce qui se passait, sur ce que nous étions. De plus, avec ses connaissances en génétique, il était inutile de préciser que sans lui, tout ça aurait été impossible. Le mérite lui revenait selon moi et j’avais encore du mal à comprendre comment j’avais pu passer en tête du groupe alors qu’il était plus brillant que moi dans bien des domaines. J’avais énormément d’estime pour lui. J’acquiesçais à ses paroles. Sa métaphore ne pouvait pas être plus… juste que ça. Après, nous révéler aux humains petit à petit ? Comment faire ça ? Était-ce judicieux ? Maintenant ? C’était une piste qui méritait d’être réfléchie mais j’avais encore du mal de percevoir les détails et les implications d’une telle manœuvre. Ne risquions nous pas de faire fuir les nôtres en agissant comme ça ? De ne plus parvenir à les atteindre ? De les mettre en colère ? Beaucoup nous avait rejoints dans l’unique but de conserver le secret. Machinalement, ma main droite vint se poser sous mon menton et mon regard partit se perdre sur un autre point imaginaire. J’écoutais attentivement la suite de ses explications et cheminements.

« Je comprends où tu veux en venir et je trouve que tu as touché un point qui mérite notre attention. Je suis d’accord avec toi sur ce fait, nous devons aussi aborder notre révélation avec finesse. Mais avant de vraiment creuser ça… Il faut tenir en compte ce qu’en pensent les nôtres. Tu sais comme moi que certains partiront sans l’ombre d’une hésitation si nous commencions à amorcer cette démarche. On risque de se faire des ennemis parmi les nôtres. Sans parler du fait que ceux que nous n’avons pas encore abordés, recruté, ceux qui sont indécis également vont sûrement être encore plus introuvables et plus réfractaires à notre cause. Est-ce que ça vaut la peine de créer des discordes en notre sein dans ce but ? Il faut qu’on y réfléchisse vraiment bien. Et qu’on en parle aussi avec eux. Il ne faut pas oublier qu’on n’est pas les seuls concernés. Non ? Je pense qu'il va d'abord faire un long travail concernant ça pour qu'ils s'adaptent à l'idée... »

Afin d’apaiser la soudaine tension issue de nos réflexions, j’ajoutais en souriant à moitié.

« J’aime ta métaphore de l’eau et du verre. Je la trouve très parlante, garde la en réserve, elle pourrait bien resservir. »

Je m’étirais un peu en posant mes paumes sur mon crâne et relâchais la pression qui nouait les muscles de mon dos.

« Les loups sont en bon point d’appui en soi. Après tout, nous sommes vraiment leur cousin, pas vrai ? On pourrait partir de là... de quelque chose de connu et donc de plus rassurant. De toute façon, je me demande qui va nous traquer en premier les humains ou bien… les vampires ? Peut-être que c’est déjà le cas. »

Ah non, j’étais en train de lui donner une raison supplémentaire de s’angoisser. Parfois, je ne savais vraiment plus comment compiler entre ce que je ressentais, ce que je devais lui dire et ce qu’il ne fallait pas que je lui dise. Bon. Tranquille.

« Enfin, je pense que si elle m’avait fait traquer, nous l’aurions su d’une façon ou d’une autre. Je pense que ça me préoccupe juste que nous n’ayons jamais vraiment eu de retour. Mais c’est vrai qu’ils ont eu d’autres chats à fouetter avec les Années Sanglantes. »

Ce que je disais me semblait juste. Maintenant, il ne restait plus qu’à espérer qu’elle ne reprenne pas les choses là où nous les avions laissés d’une certaine façon. Je levais les yeux vers le ciel.

« L’un dans l’autre, la priorité c’est de rester souder d’abord avec les nôtres et puis avec nos cousins. On doit solidifier cette alliance, on n’a pas le choix. »

Et oui, aussi dur que soit cette situation avec Mary… ainsi que l’Ulfric, nous devions endurer ces aspects pour notre bien. Tant que je parviendrais à garder un équilibre entre notre mission, nos alliés et la cohésion de notre groupe, ça irait sûrement.


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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Mar 14 Mai - 23:18

    Je me recoiffai nerveusement, plus pour occuper mes mains que pour un réel besoin de mettre de l’ordre dans mes cheveux coupés ras, tout en écoutant Camille qui acquiesçait à mes propos, tout en mettant un petit point en avant, que j’avais oublié de considérer. Le libre arbitre. Dit ainsi, ou plutôt pensé ainsi, je me donnais l’impression d’avoir été aveugle, sourd et un petit dictateur dans mes propos. Je n’avais pas l’impression que c’était le cas, mais bon… j’avais oublié que tout le monde ne penserait peut être pas comme moi. J’allais loin dans mes réflexions, en oubliant le fait que d’autres ne penseraient pas comme moi. Et que si ma logique me paraissait indiscutable, c’était parce que je ne l’avais pas encore heurtée à d’autres. Il fallait que je garde ça à l’esprit, et pourtant je l’avais totalement oublié. Je poussai un soupir de soulagement en songeant à ce que les métamorphes avaient évité en ne m’ayant pas comme chef. Franchement, à chaque fois que je parlais avec… mon protégé ? Mon ami ? Mon petit frère d’adoption ? Non, c’était trop… familial, comme appellation, cette dernière dénomination, même si c’était celle qui se rapprochait le plus de la réalité. Je n’avais pas peur de la famille, mais je gardais scellé à double tour tout ce qui me concernait un peu trop personnellement. En fait, même Kate, à qui je disais tout, avant les années sanglantes, même si elle était celle qui avait le plus de cartes en mains pour nous comprendre, moi et mes sentiments, elle ne les avait pas toutes. Je me demandai parfois, ce qui serait advenu de nous, de Kate et de moi, si j’avais laissé filer Camille sans rien dire et si nous avions continué notre petite vie tranquille, loin des loups, loin des autres changelins, et loin des autres vampires. Mais… aurions nous pu continuer notre vie dans l’ombre, à trembler que l’on nous découvre, à éviter nos pairs ? A dire vrai… maintenant, ça me semblait stupide de vivre ainsi. Il nous fallait assumer qui nous étions, et s’il aurait été imprudent de le faire devant tout le monde, les humains n’étaient pas prêts, et notre espèce encore moins, discuter librement de… nous, avec d’autres métamorphes lorsque nous les rencontrions avait quelque chose de… bien. Infiniment bien, et… je ne savais pas comment décrire ce que je ressentais lorsque je parlais librement, sans stress (enfin… façon de parler…) avec Enola, Camille, même Stella ou Tanwen. Passer de l’état d’esprit « ciel, une odeur cousine, déguerpissons vite » à « allons faire connaissance, nous ne sommes pas seuls ! » avait peut être été rapide, pour moi, puisqu’il n’avait suffit que d’une soirée en compagnie de Camille pour que je comprenne que j’en avais assez de me terrer seul dans mon coin, mais j’en percevais toujours avec un certain étonnement le contre coup. Et une fois encore, je m’étais perdu dans mes pensées, et ce fut un mouvement d’étirement de la part de Cam qui me fit revenir à la réalité.

    « Et qu’on en parle aussi avec eux. Il ne faut pas oublier qu’on n’est pas les seuls concernés. Non ? Je pense qu'il va d'abord faire un long travail concernant ça pour qu'ils s'adaptent à l'idée... Les loups sont en bon point d’appui en soi. Après tout, nous sommes vraiment leur cousin, pas vrai ? On pourrait partir de là... de quelque chose de connu et donc de plus rassurant. De toute façon, je me demande qui va nous traquer en premier les humains ou bien… les vampires ? Peut-être que c’est déjà le cas. »

    Je déglutis péniblement. Comment pouvais-je oublier les vampires… Qui étaient au courant… Par la faute de… non. Ce n’était pas forcément sa faute, ils auraient été au courant dans tous les cas. J’avais l’impression que Camille n’en avait pas fini, aussi ne l’interrompis-je pas. Mais je continuai de penser. Si la Couronne avait peut être en mémoire qu’il y avait une espèce cousine des métamorphes, c’était de ma faute, alors comment pouvais-je me permettre de blâmer Camille de nous avoir vendu, offert plutôt, même, aux vampires ? Je me dégoûtais, dans un sens, même s’il était ‘raisonnable’, dans le sens que c’était la raison qui me le dictait et non une quelconque rancœur ou autre, de penser que les vampires connaissaient notre existence, à ce point, par la faute de Camille. Nous traquaient-ils ? Je ne le savais pas. En quoi notre espèce pouvait être intéressante ? Nous n’étions guère différents des loups garous, dans un sens. Pourquoi nous traquer ? En fait… j’allais même jusqu’à me demander, pourquoi je me posais de telles questions sans m’inquiéter davantage. Peut être avais-je atteint un niveau de nervosité tel, qu’il m’était humainement, ou plutôt métamorphiquement impossible d’augmenter le tout d’un cran encore. Ou encore, étais-je tout simplement fatigué pour m’en faire davantage. D’ailleurs, j’avais encore perdu le fil de ce que disait Camille…

    « ... On doit solidifier cette alliance, on n’a pas le choix. »

    « Tu disais ? »


    Bravo. Félicitation Alan, tu viens de gagner le prix du bras droit le plus pathétique au monde. Même pas capable de ne pas décrocher d’une conversation qui commençait à durer un peu. Je me pinçai l’arête du nez pour me faire ouvrir les yeux, et je m’humectai les lèvres.

    « Oui, solidifier l’alliance avec les lycans… tu as raison. Après tout, c’est toi qui la connais le mieux de nous tous. Quant à ce dont je t’ai parlé hum… tu as tout à fait raison, j’oublie parfois que nous ne sommes pas que tous les deux, que nous sommes plusieurs maintenant. L’idée de lancer la rumeur, allons nous dire, de l’existence de « ornit.. » prenons un animal moins ridicule… « renard-garou » par exemple, permettrait de cibler une population restreinte, tout en masquant nos réelles capacités. Mais il est vrai que prendre des décisions qui mettraient en jeu tout la population méta est… difficile. Je ne sais pas trop… Dans tous les cas, nous en revenons aux mêmes points. Restez dans l’ombre des loups pour protéger notre anonymat, continuer à répandre parmi les métamorphes l’idée d’un regroupement, d’une voix, de décisions à prendre pour notre avenir, affirmer notre indépendance vis-à-vis des autres espèces… lourd programme… »

    Avions-nous tout dit ? je ne savais pas. Nous parlions… boulot, en quelque sorte, depuis un petit bout de temps maintenant, et j’avais un peu envie de relâcher la pression. Sentiment étrange, provenant de la part de quelqu’un qui affirmait constamment que le risque zéro n’existait pas ! Ce devait être l’heure, tardive, et la fatigue. Avec un sourire, je proposais à Camille de passer à autre chose.

    « Tu as faim ? Ca te tente de me raconteur ta semaine autour d’un verre, voire d’une assiette, j’invite…”

    Kate et moi, avec nos deux boulots, vivions depuis des années assez bien, dans le sens où nous savions parfaitement gérer nos entrées et nos sorties d’argent, et même si mon nouveau travail était loin, très loin, de payer aussi bien que l’ancien, je savais que je pouvais me permettre d’inviter Camille grignoter quelque chose dans un bar, chose que le corbeau ne pouvait peut être pas faire. Je savais que de son côté, il avait du faire face à un retournement de situation niveau finance, et qu’il s’était adapté à un nouveau train de vie, non pas avec grosses difficultés, mais avec patience et volonté. Je le respectais beaucoup pour cela, mais je ne pouvais pas m’empêcher, non pas de faire étalage d’une opulence qui, de toute manière, n’était pas mienne, mais de me comporter comme un parent, de la famille proche, avec lui. Il me semblait normal d’inviter Camille à manger quelque chose, tout comme il me semblait normal, aussi, de… de quoi donc ? Me soucier de sa santé ? De sa vie privée ? Non, quand même pas, je ne m’immisçais pas là, quand même.

    « Enola va bien ? »

    Je songeais soudain que... c'était bien beau de vouloir inviter mais.... je n'avais rien sur moi. Ni dollars, ni carte de crédit. Ni papier. Alan, très doué. J'avais encore oublié que je n'avais rien pris sur moi, et je ne roulais pas assez sur l'or pour disséminer dans les costumes que je disséminais un peu partout dans Glasgow des centaines de dollars... Déjà, les costumes, même bon marché, étaient un bon budget, je n'allais pas m'amuser à y glisser des billets... Je tâtai mes poches par réflexe, et je sentis, assez surpris, un billet de 20 dollars... Apparemment si, mon inconscient me croyait richissime. Et bon même si, avec 20 dollars, on ne pouvait pas aller loin niveau gastronomique, c'était déjà ça.
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Dim 19 Mai - 12:05




Tell me how you feel

A nouveau, j’avais perdu à mi-chemin mon interlocuteur. Je parlais trop, nous élucubrions trop de façon générale ce soir. Nous mettions les choses à plat mais plus important encore, nous étions là pour vider notre sac. J’avoue que pouvoir se décharger d’un certain poids en parlant ne me faisait pas de tort. Vu ma position, je devais maîtriser les mots avec pertinence, ils étaient en soi une arme redoutable. Je ne pouvais pas ouvertement provoquer mes alliés quand bien même je n’étais pas d’accord avec eux. C’était de la médiation à longueur de temps, une manipulation de termes, un jeu de sourires. Parfois, tout ça me tapait franchement sur les nerfs et me rappelait pourquoi j’avais fui la France en hâte. Depuis que j’étais môme, pour rentrer dans la société, j’avais dû observer étiquette et contrôler paraître, être et avoir. Mes géniteurs avaient toujours tout fait pour que nous renvoyions une image parfaite surtout quand les associés de mon père ou les clients potentiels se trouvaient dans les parages. Ils avaient beaucoup misés sur moi enfant pour décrocher des contrats avec la pitié, l’attendrissement. Ma mère vous dirait que c’est moi qui invente ces idées, qu’ils étaient juste « fiers » de leur bambin… Ils ont été de suite moins heureux lorsqu’un soir de pleine lune, j’ai pété les plombs en plein milieu du salon. Mais ça c’est une autre histoire. Je revins poser mon regard sur mon compagnon d’infortune alors qu’à son tour, il reprit une tirade. Je ponctuais son discours d’un hochement de tête ou d’un rictus. Lourd programme, en effet mais nous savions dans quoi nous nous lancions en débutant cette entreprise. Ça ne me faisait pas, plus peur désormais. Je ne me dirais pas confiant, disons juste qu’être avec les miens, tout ce pourquoi nous nous battions avait du sens. J’y trouvais une raison de me lever le matin, de me battre et d’avancer en vers et contre tout ce que j’avais pu engendrer et être par le passé. Ça me suffisait.

J’observais l’étendue saline d’un air songeur quand Alan me tira de mes cheminements. Il avait raison, nous avions assez trituré nos méninges pour aujourd’hui. Avant qu’il le mentionne, je ne faisais pas trop attention à ça mais en effet, je mourrais de faim. J’avais sauté le repas de midi sans m’en rendre compte. Un autre de mes problèmes, j’étais tellement absorbé par ce que je faisais que j’en oubliais mes besoins primaires. Bien évidemment, je n’allais pas divulguer cette information à mon conseiller qui s’empresserait de me sermonner. Le jour où nous nous sommes rencontrés, où je l’ai traqué pour être honnête, je ne me serais jamais douté qu’il deviendrait un ami et un grand frère aussi dans la foulée. A l’époque, c’est sûrement moi qui aurais parlé d’inviter. Les choses avaient bien évolués. Je n’avais pas donné de détails à mon bras droit concernant mon revirement financier. Il savait que j’étais issu d’une famille bourgeoise de France, peut-être en avait-il déduit tout seul que mes parents m’avaient coupé les vivres ? Aucune idée. Toujours est-il que désormais, nos rôles s’étaient inversés. Pour autant, ça ne me plaisait pas qu’on ne me fasse pas payer – question de fierté déplacée sûrement. Je verrais ça avec lui au moment de l’addition. C’est vrai que mon salaire n’était pas exorbitant, après ça allait quand même, je m’en sortais plutôt bien. Je le vis fouiller ses poches et je ne pus contenir mon sourire. Ça allait peut-être finir en invitation contraire finalement. J’avais de quoi nous payer assiettes et boissons sur moi. Bon après pas dans un restau’ de grande renommée…

« Ça marche. Peut-être plus sur Edimbourg ? Comme ça, on économise le trajet et je te ramène chez toi juste après. »

De quoi allions nous discuter ? Oh nous allions bien trouver. Etre dans un lieu public nous forcerait au moins à cesser de nous apitoyer ou nous emporter pour la communauté. On avait tous les deux besoin de décompresser. Manger, boire et parler tranquillement semblaient tout indiqué. Il orienta la conversation sur ma protégée aussi naturellement. Mon sourire s’élargit à cette mention sans que je ne puisse chercher à le contenir, c’était automatique. La voir s’épanouir de jour en jour malgré l’épreuve terrible et traumatisante qu’elle avait vécu, me confortait de ma tâche et me réconfortait tout court.

« Elle va bien, ses études semblent toujours la passionner. »

Aussi vite que j’avais prononcé ses mots, j’eus le réflexe de vérifier sur mon portable si je n’avais rien reçu provenant de la jolie brune. Ah, un appel manqué, numéro inconnu et/ou masqué. Hum.

« Excuse-moi. »

Je reculais un peu, la distance étant plus symbolique que significative. Je longeais lentement le bord du quai en composant le numéro de ma boîte vocale. Serait-ce la jeune femme que nous venions de mentionner ? J’aurais préféré. J’active le message. Les deux premiers mots me glacent le sang, je m’arrête d’avancer. Je suis complétement tétanisé et heureusement dos à mon comparse. La suite de la phrase ôte toutes les couleurs de mon visage, je me sens pâlir. Merde. Merde. Mes doigts tremblants répètent le message trois fois pour être sûr de bien emmagasiner le contenu. Mes démons reviennent couvrir mon esprit, mon cou semble endolori à l’endroit où ses morsures jonchaient mon épiderme. Sa voix suave me brise et en même temps … Non, je ne suis plus ce Camille-là, je n’ai plus 21 ans. Je déglutis difficilement. Bon. Je dois rester calme, Alan est juste derrière. J’essaie d’atténuer mes frémissements avant de lui faire face. Quand mes yeux percutent les siens, je sais qu’il a compris que quelque chose cloche. Je le vois s’approcher. Je ne sais plus ce que je fais parce que la voix de la Reine raisonne encore dans mon crâne. Non, Non. C’est fini, je ne lui appartiens pas, plus. C’est fini. Je veux mettre de la distance entre mes souvenirs et moi avant que le métamorphe ne m’atteigne. Mes doigts serrent toujours ce qui m’a délivré la menace de mort. Ma main balance loin le téléphone d’un seul coup, il sombre dans l’eau. Et je reste là comme un abruti avec le bras légèrement relevé. J’ai le souffle coupé. Je suis complétement paniqué et j’ai besoin de bouger. J’ai conscience que l’homme qui me dévisage commence lui aussi à angoisser.

« C’est rien. C’est rien. »

Je ne sais pas si je tente de le convaincre ou de me convaincre. Je me mets à me balancer d’un pied à l’autre puis un vertige me surprend, je dois avoir trois de tension. Je suis ridicule et j’ai besoin de m’asseoir ce que je fais comme ça à terre d’un seul coup dos contre un petit poteau de 40 centimètres. Je sais que mon ami sait que c’est tout sauf rien.

« J’ai besoin d’une minute. »

Oui, je dois reprendre le contrôle de mon sang froid sinon je crois que je risque d’hurler en voulant lui parler. A quoi m’attendais-je ? Elle ne m’a jamais oublié et encore moins pardonné pour ma traîtrise. Elle sait, elle sait que nous sommes avec les loups. Elle doit surement aussi savoir où je me situe. Elle va vouloir m’attraper. Elle va m’attraper. Non, je ne suis plus seul. Mais et les autres justement ? Comment les protéger de la menace que j’ai fait planer sur eux ? Calme Camille. Calme. Si tu as bâti ce groupe et conclu cette alliance c’est précisément pour ça. Ça ira. Ça ira… Ça doit forcément aller…




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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Ven 24 Mai - 22:21

    « Ça marche. Peut-être plus sur Edimbourg ? Comme ça, on économise le trajet et je te ramène chez toi juste après. Elle va bien, ses études semblent toujours la passionner. »

    J’esquissai un sourire en le voyant s’illuminer lorsque j’abordais le sujet d’Enola. C’était marrant comme les deux s’étaient trouvés, comme nous nous étions trouvés tous les deux dans un sens. Même si parfois, je me demandais si ce que ressentait Camille pour la jeune métamorphe restait bien dans le domaine du simple lien fraternel. Dans tous les cas, ça me fit sourire de savoir qu’elle se portait bien, et que Camille était heureux que ce soit le cas. Edimbourg ? Qu’il me ramène ? C’était une bonne idée, puisque là, je n’avais pas vraiment envie de refaire la route à quatre pattes, même si je pouvais m’avérer bien plus endurant que ce qu’on pouvait croire de prime abord.

    « Oui, pourquoi pas, écoute ! Mais ça ira pour rentrer après ? Tu veux dormir à l’appart ? La chambre d’ami est dispo, et je suis sûr que Kate ne sera pas contre. »

    « Excuse-moi. »

    Lorsque nous avions parlé d’Enola, par réflexe très certainement, Cam avait consulté ses messages. Ca ne me gênait pas, puisque je savais parfois parler pour ne rien dire. Tant qu’il restait attentif à ce qui nous entourait, pour réagir au moindre danger… Ca m’allait. Et j’étais là, aussi, pour être attentif. J’acquiesçai en le regardant s’éloigner pour un peu d’intimité symbolique, même si mon ouïe plus fine que les humains aurait pu entendre quelque chose. Mais je respectais trop l’intimité des gens, de Camille tout particulièrement, pour me concentrer sur le son qu’aurait pu émettre le téléphone. Je me contentai d’attendre, observant les alentours, jouant avec un caillou du bout de ma chaussure, replaçant correctement les bords des manches de ma veste. Tout était calme, sur le port, les bruits de la nuit avaient pris depuis longtemps le pas sur ceux de la vie active diurne, et je me surpris à prendre plaisir à écouter, au loin, le ronronnement des voitures, et plus proche, l’eau qui clapotait contre le rebord. Un peu détendu par le silence, je sursautai devant la réaction de Camille que je n’avais pas vue venir. Le portable quitta les mains du métamorphe pour finir dans l’eau, sous mes yeux éberlués. Estomaqués. Trop surpris pour réagir vivement. Je m’aperçus combien Camille était pâle. Il devança mon interrogation :

    « C’est rien. C’est rien. »

    Ce fut comme une claque pour moi. Je fixai le métamorphe, comme si je venais de le voir. Si j’étais détendu quelques secondes auparavant, ce n’était qu’un vieux souvenir. Peu soucieux, d’un coup, de notre discrétion, je me laissai aller à l’inquiétude, qui était à cette instant sous la forme d’un colère glaciale :

    « QUOI ? Ce n’est RIEN ? Mais tu me prends pour qui ? Qu’est ce… Qui est ce que c’était ? Qu’est ce que tu as FAIT ? »

    Mon regard oscillait entre la mer qui recueillait à présent le téléphone de Camille, d’ailleurs comment allait il pouvoir me joindre s’il avait un problème maintenant ?, à la silhouette de mon petit frère qui s’était laissé glissé le long d’un de ces petits poteaux qui ponctuaient le quai de leur courte hauteur.

    « J’ai besoin d’une minute. »

    « Une minute ? UNE MINUTE ? Oui, bien sûr, prends ta minute ! Pendant ce temps là, je plonge chercher ton portable, histoire de savoir ce qu’il se passe ? Hein ?! »

    J’étais injuste avec lui. J’étais vraiment injuste avec Camille mais c’était l’inquiétude brûlante qui parcourait mes veines qui me faisait parler. Crier. La silhouette qui nous suivait et nous surveillait s’était d’ailleurs approchée d’un pas, mais mon regard assassin l’avait arrêté dans son mouvement. Ce n’était clairement pas le moment de m’embêter. Je gesticulais en parlant, en criant, parce que je ne pouvais pas rester calmer. Camille était amorphe, moi j’étais hyperactif, pour le coup. Parce que j’étais bien trop… stressé. Ce n’était pas que j’étais en colère contre lui, c’était que là, pour le coup, je n’avais pas d’autres moyens à ma disposition pour réagir. Au moins, je me retenais de secouer Camille comme un prunier alors que je mourrais d’envie de le faire. On pouvait presque m’entendre grogner, réflexe stupide que j’avais lorsque j’étais animé de forts sentiments.

    « Rien… tu me prends pour un idiot ? Pour te faire perdre d’un coup tous tes moyens, ce n’est pas rien, ou alors moi je suis le roi des vampires ! Mais m#rde quoi ! Explique ! Explique toi ! »

    Je m’arrêtai pour reprendre mon souffle, et j’en avais bien besoin. Je ne savais pas où poser mon regard. Sur Camille ? Sur l’eau ? Sur les ondes qui avaient avalé le portable que j’avais un instant songé à aller chercher avant de me souvenir que l’eau, ça mouillait, et que je n’avais pas très envie de me retrouver trempé dans mon costume. Je me pris la tête entre les mains, faisant les cent pas devant Camille, attendant qu’il me dise quelque chose. M’excuser parce que j’avais crié ? Non, certainement pas, j’en étais pour le moment incapable, parce que c’était belle et bien l’inquiétude qui me faisait parler, là. J’avais peur parce que je ne comprenais pas. J’étais voué à faire des hypothèses, à subodorer, à faire des élucubrations sans queues ni têtes, à monter des complots,… en bref, j’étais lâché dans la jungle de mes démons, associés à ceux de Camille dont je ne connaissais que les silhouettes, même si elles seules suffisaient à me faire paniquer. Je n’arrivais pas à arrêter de bouger. Les secondes me semblaient s’égrener avec une lenteur infinie, comme si elles prenaient un malin plaisir à partir aux Bahamas avant de laisser la suivante prendre place. Je craquai finalement, reprenant, certes plus modérément au niveau de la voix, mais toujours aussi… agressivement inquiète. Brusque, en un mot :

    « Alors ? Qu’est ce que c’est ? Enola ? Manawyddan ? Mary ? La rr… Alors ? Camille ? »

    Je balançais toutes mes hypothèses, même si pour la dernière, je m’étais arrêté avant de prononcer l’appellation complète. C’était elle ?
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Sam 25 Mai - 11:59




Tell me how you feel

Ça serait tellement simple, tellement facile. Je jetterais mes fringues à l’eau, le courant les emporterait comme mon maudit portable. Je me transformerais alors et je partirais, loin, loin de ce pays qui abrite la pire créature qu’il puisse exister. Je mettrais le plus de distance possible entre moi et mes démons. Peut-être que je rentrerais chez moi, en France. J’irais me prélasser dans le jardin hors norme de la demeure familiale à Cannes. Je cesserais d’être mis sous pression, je cesserais d’être celui qui doit réparer toutes ses erreurs. Ça serait simple ça ? Que dire à Alan si je prenais soudainement la poudre d’escampette comme ça sans un mot ? Il ne pourrait pas me suivre si je vole et que je décide de traverser la mer. Je ne sais pas si j’envisageais ça réellement, sérieusement. Mais l’espace d’un instant, cette envie de tout lâcher fut tellement violente que déjà des frissons familiers m’annonçaient que mon corps était prêt à s’enfuir sous forme animal. Parce que la bête craignait, la bête savait mieux que l’humain que nous étions vulnérables face à Elle, qu’elle allait nous traquer, nous briser et dans le meilleur des cas nous tuer. On aurait pu croire que ma lâcheté avait déserté après tout ce que j’avais enduré et fait endurer aux miens. Cependant, ce n’était pas le cas. J’avais peur. Peur comme jamais. Plus peur encore que des combats. Krystel Raybrandt et sa perversité, Krystel Raybrandt et sa beauté. Oui, j’avais la frousse d’être à nouveau captif de ses charmes. Je ne voulais plus me sentir aussi minable, me détester autant et être voué à une destruction certaine à tout point de vue.

Je relevais les yeux vers mon comparse qui s’agitait de plus en plus, je percevais vaguement les mots qu’il prononçait. J’étais tétanisé. Plus Alan pétait les plombs devant moi, plus je m’enfonçais dans mes propres abysses internes. Il avait deviné à quel point c’était sérieux et il m’en voulait apparemment d’avoir balancé mon téléphone. Ce n’était pas si grave que ça, si ? Comparé à l’information que je détenais, non, c’était un détail. Oui, ça serait tellement aisé de m’en aller comme ça. Mes parents me reprendraient avec joie. Mon père m’apprendrait ce qu’il faut pour lui succéder à la tête d’un Empire et… Je cesserais d’exister. Non, je ne voulais pas de ça. J’avais trouvé ma place ici, près des autres métamorphes, à lutter contre une oppression, domination injustifiée. Et puis, abandonner mes amis, mon presque frère. Je ne le pouvais pas. Surtout que c’était moi qui avait dirigé le danger sur eux. Quand il prononça d’ailleurs la liste des potentielles menaces, des potentielles causes de mon état, je me réveillais de ma léthargie. Enola… Ce prénom suffisait à ce que je me gifle intérieurement. Mon allié également avait besoin de moi. J’étais le leader, c’était à moi à relayer mon angoisse au second plan. Je ne pouvais pas être égoïste. Je ne devais pas non plus le stresser plus, je devais prendre sur moi, calmer la situation car ses enjeux en dépendaient. Je respirais deux, trois grands coups. J’avais bien pensé à lui dire, si c’est bien ça, c’est elle, la Reine. Mais non, je devais préparer le terrain. Presque calmement, je me relevais et fixais l’horizon pour y puiser un peu de fausse sérénité. Je réalisais bien que j’allais finir par être secoué si je me taisais encore longtemps. Mon interlocuteur était au bord de la crise de nerfs.

« Apparemment... »

Ma voix était anormalement douce, calme comme si je parlais à un enfant apeuré que je cherchais à consoler. Bien, j’avais au moins réussi cet exploit.

« Krystel Raybrandt sait que nous nous sommes alliés aux loups. »

J’employais son nom pour la démystifier, pour lui ôter ce titre, pour arrêter de faire rouler dans ma bouche les termes royaux. La Reine… ma Reine. Ça n’avait plus aucun sens.

« Et elle veut, de toute évidence, me mettre en garde sur la suite des événements. Ce n’est rien qu’une menace. Et ça n’a rien de surprenant. Nous nous doutions bien qu’elle n’allait pas en rester là éternellement. »

Je semblais assuré, rassuré et je voulais être rassurant. La vérité, c’est qu’intérieurement, j’étais gelé, terrorisé et extrêmement mal. Mon professionnalisme en quelque sorte avait repris le dessus. Mon conseiller devait être apaisé. Surtout que je commençais seulement à percuter ce qu’il avait énoncé, juste un peu plus tôt. Sauter à l’eau ? Il avait vraiment perdu la tête. Comme je ne pouvais pas trop calculer ses réactions pour le moment, j’ajoutais…

« Je me rachèterais un autre portable demain. C’est sans importance. »

Toujours aussi sereinement, je me déplaçais sur la droite. Je comptais continuer sur ma lancée de comédien et faire comme si tout ceci était parfaitement normal.

« Allez viens, on a un repas qui nous attend. »

Je n’avais plus du tout faim, j’avais complétement perdu l’appétit mais je ferais semblant. Par contre, je n’étais pas contre un bon petit remontant. Je pressais le pas alors pour atteindre ma voiture, lui laissant peu la possibilité de me rattraper. Je me mordais l’intérieur de la joue jusqu’au moment où un goût métallique me rappela que j’y allais un peu fort sur ma propre chair. Ma protégée… elle était directement une cible potentielle pour la vampire. Et je n’avais plus les moyens d’être joignable. Si elle était chez elle, elle ne risquait. Il suffisait qu’elle respecte le couvre-feu. Je tremblais à l’idée qu’elle soit attaquée à nouveau par un nocturne. Une cabine téléphonique un peu plus loin que mon véhicule attira mon attention et sans rien dire à l’homme qui me suivait, je fonçais dessus. J’insérais la monnaie qu’il me restait et composais machinalement le numéro de mon amie. Je lui laissais un message sur sa messagerie vocale en tentant de rester plus ou moins neutre puis je raccrochais et fixais le combiné. Avant, je n’avais rien à perdre. Maintenant, j’avais tout à perdre. Je me retournais vers Alan et allait vers lui. Je plantais mes yeux dans les siens.

« Elle ne gagnera pas. »

Je parlais peut-être plus à moi qu’à lui cela dit.




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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Jeu 30 Mai - 18:57

    Je le vis prendre son inspiration et respirer calmement. Tant mieux. Au moins, lui, il pouvait respirer, parce que moi j’en étais incapable. Je ne pouvais pas, je ne savais pas à cet instant rester immobile et laisser mes poumons remplir calmement leur office. J’avais l’impression que j’étais en train d’étouffer. J’avais envie de crier. Je stressais. Non. En fait, ce n’était pas compliquer, j’étais en train de faire une crise d’angoisse. Et chaque seconde la faisait enfler un peu plus. Il fallait que je me calme. Il fallait que je me calme. Mais j’en étais incapable, parce que je ne savais pas. Certes, Camille et moi étions des spécimens rares d’une catégorie de personnes stressants pour un rien, certes nous étions aussi paranoïaques l’un que l’autre, et d’ailleurs j’entretenais volontairement cette paranoïa pour être toujours prêt au pire, certes, donc, nous n’étions pas les plus zen des métamorphes. Mais ce n’était pas un rien qui pouvait faire perdre ses moyens à Camille de cette manière. Et c’était ça qui m’angoissait. Parce que tant que je n’étais pas au courant, tant que je ne savais pas qui était menacé, parce que c’était indéniable qu’il y avait une menace, directe ou indirecte, parce que tant que Camille ne parlait pas, j’étais dans le flou total, et je détestais ça.

    « Apparemment... »

    Je me retins de hurler à nouveau. Apparemment QUOI ? Pourquoi ne terminait il pas ses phrases bon sang ? Il n’avait pas appris à parler ? Sujet, verbe complément ; Ce n’était pas obligé de faire de la prose et de la poésie, mince ! Ce n’était… Il fallait que je me calme. Ce n’était pas bon pour mon cœur, pour mes nerfs, pour Camille que je sois aussi énervé et stressé. Je l’étais déjà un peu trop habituellement, là, ma tension devait côtoyer les extrêmes. Je sentais mon cœur battre à toute allure dans ma poitrine et à mes oreilles. Il fallait que je me détende. Mais c’était impossible. J’étais toujours en train de faire les cent pas devant Camille, dont la voix calme ne me détendait absolument pas.

    « Krystel Raybrandt sait que nous nous sommes alliés aux loups. Et elle veut, de toute évidence, me mettre en garde sur la suite des événements. Ce n’est rien qu’une menace. Et ça n’a rien de surprenant. Nous nous doutions bien qu’elle n’allait pas en rester là éternellement. Je me rachèterais un autre portable demain. C’est sans importance. »

    J’accusai le coup. Rivalisant avec mon petit frère au niveau de la pâleur du visage, je me sentis partir. Mes jambes flageolèrent et je me demandai un court instant s’il n’aurait pas mieux valu pour moi ne rien savoir et faire confiance à Camille pour gérer le problème. Krystel Raybrandt. Elle avait donc retrouvé la trace de Camille, malgré toutes nos précautions. Pire, elle savait pour notre alliance avec les loups. Je n’étais pas convaincu par le « ce n’est rien qu’une menace » de Camille mais… j’avais appris la leçon. Je m’aperçus soudain que j’avais cessé de marcher au moment même où Camile avait repris. Je ne bougeais plus. J’avais cessé mes cent pas. Peut être parce que, justement, elles avaient manqué de me faire défaut lorsque j’avais entendu le nom complet de la reine des vampires. La Reine de la Nuit. Dans un sens. Même si le titre, elle ne le méritait pas. Enfin… puisque le monde des vampires était séparé du nôtre, sa monarchie était légale dans un sens, et elle avait besoin d’une couronne à sa tête. Mais… lui octroyer ce titre, c’était lui conférer une légitimité dans sa puissance, et même simplement lui conférer une aura de puissance, un charisme, que je ne voulais pas lui admettre. Camille s’était décalé sur la droite, et était calme, plus que moi. En apparence. Je n’étais pas dupe, mais étrangement, ça commençait à fonctionner. J’étais incapable de parler. Mes yeux papillonnaient d’un endroit à un autre sans parvenir à se fixer quelque part, calquant leurs mouvements erratiques sur mes pensées qui tentaient de tout comprendre les implications de ça. Je bégayais dans ma barbe quelques mots qui se perdirent avant d’être formulés et je fixai sans un mouvement Camille se dirigeant vers sa voiture.

    « Allez viens, on a un repas qui nous attend. »

    Manger ? Comment pouvait-il songer à manger ? Il n’était pas en sécurité. Il n’était pas du tout en sécurité. Nulle part. Surtout pas ici. Surtout pas à Edimbourg. Comment… ? Je me giflai mentalement. Il essayait de faire en sorte que ça ne l’atteigne pas plus que cela. Parce que la r… Krystel n’avait pas à atteindre autant les gens. Camille avait eu la réaction la plus mature qu’il soit, alors que moi, j’avais cédé à la panique. Il avait choisi de faire comme si ça ne le touchait pas. Pour amoindrir l’influence de Krystel, l’influence que Krystel avait pu avoir sur lui, sur moi, sur les métamorphes en général. Je suivais Camille du regard, je n’avais toujours pas fait un pas. Sa silhouette se détacha un instant sur un mur, à la lumière d’un lampadaire, avant qu’il n’entre dans une cabine téléphonique. Je me mis en marche pour le rejoindre, toujours dans mes pensées. Lorsqu’il sortit de la cabine, je supposais qu’il avait tenté d’avertir Enola. C’était normal. J’avais besoin, pour ma part, de voir Kate. De m’assurer qu’elle était en sécurité. Non pas que je considérai qu’Enola était pour Camille ce que Kate était pour moi, non, mais je comprenais son besoin de savoir qu’elle était et qu’elle allait rester en sécurité. Si je considérais Camille comme un fils, voire un petit frère, il voyait la jeune métamorphe comme sa protégée. C’était normal, je ne pouvais pas lui refuser ça. Je sursautai lorsqu’il s’adresse à moi.

    « Elle ne gagnera pas. »

    « Je m’excuse. Ta réaction brutale a entraîné chez moi une réaction toute aussi brutale, alors que j’aurai du être là pour t’épauler. Je n’aurai pas du crier. »

    Ma voix me semblait irréelle. Le seul fait de savoir m’avait calmé. Le seul fait de lever le voile sur le pourquoi de la pâleur de Camille, et de sa réaction avec son portable, avant douché le brasier de ma panique, me sidérant et me ramenant brutalement, et même plus que cela, sur Terre. Nous entrâmes dans la voiture, en silence, et tandis que Camille démarrait le véhicule, lui faisait quitter la place de parking, et atteignait les grandes voies de circulation pour se diriger vers Edimbourg, je réfléchissais. Ce ne fut que lorsque nous sortîmes de Glasgow que je repris la parole :

    « Il fallait s’y attendre. La manière, le moment, tout cela nous était inconnu, mais il fallait s’attendre à ce qu’elle te… à ce qu’elle retrouve les métamorphes. Il faut te mettre hors de danger, Cam. Il faut que tu cesses d’être intéressant à ses yeux. Il faut... »

    Ce qu’il fallait faire m’échappait. Il fallait réfléchir de tout ça à tête reposée. Et se vider l’esprit, pour le moment. Je tentai de me rassurer, et de rassurer Camille même si mes propres mots sonnaient faux, en posant une main sur son épaule :

    « Dans tous les cas, on savait que ça allait arriver. On était dans la même situation, il y a sept ans, tu t’en souviens ? Les Années Sanglantes et notre alliance avec les loups nous ont peut être fait oublier ça, mais la première menace qui planait sur nos têtes était les vampires. C’est pour ça que nous avons rassemblés les métas. Nous avons juste à… affermir nos positions. »

    Je m’humectai les lèvres que je mordillai au passage.

    « Il faut qu’on passe à la vitesse au dessus. Qu’on devienne autonome. Et qu’on détourne son attention de toi. On a besoin de toi, Cam, c’est certain. Les métas ont besoin de toi. Donc on doit lancer des leurres, pour qu’elle cesse de s’intéresser à toi. Elle… je pourrais même le mettre au pluriel. Mary. Et Krystel. Qu’elles cessent de croire ou savoir que tu es celui qui nous maintient liés. Et ce n’est pas discutable, Cam, je suis très sérieux. »

    Sérieux, je l’étais comme jamais. Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine, j’essayais d’envisager tous les possibles. La crise de panique s’était muée en hyperactivité mentale. Je n’arrivais pas à focaliser mes pensées sur un seul point. Quelques grands principes majeurs se distinguaient dans la nuée de pensées qui m’assaillaient, et parmi eux, en première position, la sécurité de Camille. Si les métas communiquaient, apprenaient à se connaître et à se faire confiance c’était parce qu’il était là et inspirait la confiance. Mettez moi dans une pièce avec des métas, la méfiance entre nous allait grandir d’un cran toutes les minutes. Camille, par sa simplicité et ses talents de médiateurs, était le lien qui nous unissait. Plus souplement que les carcans sociétaires dans lesquels évoluaient nos cousins les loups, et les vampires, mais plus résistants dans un sens. Et je m’étais encore perdu dans mes pensées…
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Jeu 6 Juin - 17:08




Tell me how you feel

J’hochais négativement de la tête à ce que mon comparse me répondit. Alan n’avait pas à rattraper toutes mes conneries et encore moins à prendre sur lui dans des situations que j’avais moi-même engrangé. Il avait tous les droits d’être sur les nerfs ou même de m’en vouloir. Au-delà de ma fausse sérénité, malgré mon assurance fictive concernant la Reine, j’étais complétement tétanisé, engourdi même. Je devais être en mouvement pour ne pas perdre pieds, ça me donnerait l’illusion d’être hors d’atteinte. Une simulation de fuite en quelque sorte. Le volant fût donc rassurant aux creux de mes paumes alors que je prenais place dans mon véhicule côté conducteur. Je mis la radio aussi instinctivement, conscient que mon passager à mon instar ne désirait pas engager une quelconque discussion dans l’immédiat. Ma gorge était trop serrée pour ça de toute manière et j’avais déjà épuisé tout mon sang froid. Il m’en restait juste assez pour continuer à feindre une indifférence faciale. Je calais mon coud sur l’encadrement de la vitre, collait ma main contre ma bouche pour m’empêcher symboliquement d’hurler, l’autre s’occupant de garder le bon cap. Finalement, tout se résumait à ça. Une partie de mon être se renfermait face à mes démons antérieurs tandis que l’autre continuait d’observer l’horizon et de chercher à le conquérir. Tant que ma plus mauvaise moitié ne le remportait pas, je pourrais tout gérer ou presque. Mes yeux restaient calées sur l’asphalte, je fis abstraction du chemin cependant ainsi que d’Alan, laissant les souvenirs braquer mon présent pour l’assécher de réalisme.

Je revenais en arrière dans le but de constater le chemin parcouru, de me rassurer en somme. Ma dernière rencontre avec la vampire me laissait un sentiment de culpabilité qui n’en finissait pas de m’écraser. Les premiers cadavres que je voyais, les premiers meurtres auxquels j’assistais. Et ces innocents avaient été tués par ma faute. La guerre justifiait mieux l’empilement de corps que ça. Là j’étais directement lié au sort de ces civils, de ces mortels. Krystel Raybrandt n’avait pas non plus fait les choses à moitié et j’en avais gardé longtemps des lésions corporelles, des ecchymoses. Face à cette créature ancestrale, nous ne valions rien. J’aurais pu me transformer, c’est vrai, lui faire face. Mais non, j’étais resté passif acceptant ce châtiment sans broncher parce que j’avais peur. Parce que j’étais lâche et parce que je me jugeais coupable. J’en étais bien revenu de ce constat mais ça avait seulement amplifié et contribué au dégoût que je nourrissais envers ma personne. Toutes ces scènes, elles restaient incroyablement claires, nettes. Je pouvais en décrire le moindre détail que ça soit les actes, les paroles ou les traits de mon ancienne maîtresse. C’était facile de se replonger à cette époque, trop facile.

Alan me ramena brutalement en 2017 et je manquais de faire un mauvais écart sur la route en sursautant. J’avais pensé qu’il risquait de ruminer dans son coin mais apparemment, ça ne serait pas le cas. Tant mieux. Enfin tant mieux… La tournure de ses pensées ne me plaisait pas pour autant. Pourquoi ne cessait-il pas de juger que ma survie était plus importante que la sienne ? Ça me vexait et ça m’énervait pour plusieurs raisons. Je ne disais pas un mot même durant ses silences et ses pauses au milieu de son discours. Je tentais d’abord de me calmer. Tout ce que je ressentais s’accentuait quand j’étais dans un état de panique pareil. Je concentrais tellement mon énergie dans mon attitude que la moindre contrariété devenait insurmontable. Une fois qu’il eut fini, je respirais un coup et reprit la parole à mon tour. Ma voix fût un peu trop sèche à mon goût mais je parvins au moins à maîtriser la hauteur de mes intonnations.

« Alan, il n’est pas question que tu mettes ta vie en danger pour me sauver la mise ou m'épargner quelques instants de stress. Tu as Kate, tu as pensé à elle ? Tu es marié. Moi, je n’ai rien à perdre comparé à toi. Je savais à quoi je m’engageais en participant à cette entreprise. Mary n’est pas dupe et je ne te parle même pas de Krystel. Qu’elle sache ou non que je suis à la tête de notre groupe importe peu. Je l’ai trahi, elle veut ma peau et ça ne changera rien. Ton idée te fera tuer, c’est tout et ça ne résoudra rien. »

Je continuais de fixer le bitume et la lueur de mes phares. Edimbourg se profilait à l’horizon et je pris le chemin qui nous mènerait au centre-ville.

« Et pour moi, ce n’est pas discutable non plus. On n’a pas de temps ou d’énergie à perdre dans un jeu d’acteurs. C’est trop tard pour le mettre en place de toute façon. Tous les métas et tous les loups savent quel rôle nous jouons. »

Je déglutis et me mordit la lèvre inférieure.

« Si le pire était à venir, tu aurais l’appui des nôtres. Tu les as aidés aussi et ils te respectent, Alan. Ta mort serait un enjeu aussi gros que la mienne, tu n’en as pas conscience. »

Nous étions bien en train de discuter de notre décès probable. Avec les Années Sanglantes, j’avais eu le loisir de faire le point là-dessus et je savais jusqu’où j’étais capable d’aller. Je réalisais que mes mots sonneraient creux dans l’esprit de mon ami. Avant de poursuivre ma tirade, je repérais un emplacement de parking libre. Je m’y garais assez brusquement et me tournais aussi soudainement vers mon conseiller. Je n’aurais pas gérer tout ça de cette façon en temps normal mais là, je gérais ce qui m'arrivait au mieux. Du moins comme je le pouvais.

« Nous sommes une équipe. Et je refuse que tu te mettes dans cette position. Je ne veux plus avoir d’autres morts sur la conscience et encore moins la tienne. Je m’en fiche si tu juges ou que d’autres jugent ça lâche de ma part, c’est comme ça. Si tu venais à être exposer au danger par ma faute, si il t’arrivait quelque chose, si tu … je ne pourrais pas … »

Je fermais mes paupières quelques instants pour me contrôler. Parler de ce que je ressentais était toujours une épreuve en soi. Il faisait partie de ma famille pour moi, il avait été là à chaque fois que j’en avais eu besoin. C’était le seul ami, le seul frère que je possédais. Il ne pouvait pas comprendre ça ?

« Ecoute ce n’est pas discutable pour moi non plus. Je nous ai mis dans la merde. J’assumerais ça et jusqu’au bout. C’est comme ça, un point c’est tout. »

Sans lui laisser le temps de réagir, je sortais de la voiture et claquais la portière derrière moi. Je refusais que nous continuions à envisager ce qui n’était pas pour moi une alternative ou même une possibilité.



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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Sam 8 Juin - 18:16

    J’étais convaincu de ce que je disais et de ce que je pensais. Non. Plus que cela. C’était la vérité. Pour moi, du moins, mais j’étais aussi certain que c’était la vérité tout court. Dans tous les cas, voilà. Ma logique me disait que je n’étais pas dans le faux. Je voulais, j’espérais, que Camille qui était resté jusque là silencieux, allait acquiescer, mais j’en doutais aussi. Je coupai la radio lorsqu’il commença à parler, d’une voix sèche que je pris très mal.

    « Alan, il n’est pas question que tu mettes ta vie en danger pour me sauver la mise ou m'épargner quelques instants de stress. Tu as Kate, tu as pensé à elle ? Tu es marié. Moi, je n’ai rien à perdre comparé à toi. Je savais à quoi je m’engageais en participant à cette entreprise. Mary n’est pas dupe et je ne te parle même pas de Krystel. Qu’elle sache ou non que je suis à la tête de notre groupe importe peu. Je l’ai trahi, elle veut ma peau et ça ne changera rien. Ton idée te fera tuer, c’est tout et ça ne résoudra rien. »

    Comment ça ? Comment ça, il n’est pas question que tu mettes ta vie en danger ? Il rigolait, là, non ? Je fronçai les sourcils, refusant de regarder l’autre métamorphe et essayant de scruter la campagne environnante pour y chercher… y chercher quoi ? des traces animales ? Dans tous les cas, j’y cherchais aussi la fuit, parce que j’attendais que Camille ait fini de parler pour réagir. Parce que je n’étais pas d’accord avec lui, et aussi parce que la tension accumulée ses derniers jours, celle du coup de fil de la vampire, ma colère, mon stress et tout cela, me rendait réactif au possible et pas patient le moins du monde. Je n’étais pas naturellement très… calme. J’étais du genre réactif, lorsque ce j’étais tendu. Et je me répétais. Mais ce n’était pas pour rien. En fait… je ne comprenais pas Camille, et dans un même temps sa réaction me semblait logique. Le tout était, à mes yeux, un simple problème de rationalité. De stratégie. De logique. Je n’étais pas un éminent tacticien, et je ne me targuerai jamais de l’être, mais il y avait de nombreuses choses que je pensais adéquates pour la survie des métamorphes, d’autres que je jugeais stupides et dangereuses. Et là, voilà. D’autant plus qu’il faisait intervenir Kate dans la discussion. J’étais marié ? Première nouvelle. Kate et moi étions des adultes, des adultes posés, sensés. Elle comprendrait ma décision et la logique de mon raisonnement ; Et si ça n’était pas moi, ce pouvait être quelqu’un d’autre. Le tout, c’était que Camille soit en sécurité, qu’il ne soit plus une cible prioritaire, comme il pouvait l’être actuellement. D’ailleurs… comment le fait que ce puisse être moi le leurre était venu dans la discussion ? Je n’en avais pas pipé mot. Nous nous connaissions trop bien visiblement.

    Il commença à parler de notre possible mort. Je fronçais les sourcils. Comment avait il dérivé de « nous devons te mettre en sécurité, Camille » à, « Nous allons peut être, sûrement, crever dans les années à venir et il faut prévoir le coup que cela fera à notre construction méta » ? J’exagérai légèrement, mais je n’avais pas l’impression d’exagérer trop non plus. Car nous étions bien en train de parler, enfin, seul Cam parlait, là, puisque je ne comptais pas m’interrompre dans ma réponse que je suspectais déjà être assez virulente, nous parlions, donc de notre mort. C’était étrange. La possibilité du décès avait été omniprésente pendant les Années Sanglantes, et ce devait être l’une des seules choses que la paix avait changées chez moi. Une des rares choses que j’avais mises du côté à la fin des conflits ouverts.
    « Nous sommes une équipe. Et je refuse que tu te mettes dans cette position. Je ne veux plus avoir d’autres morts sur la conscience et encore moins la tienne. Je m’en fiche si tu juges ou que d’autres jugent ça lâche de ma part, c’est comme ça. Si tu venais à être exposer au danger par ma faute, si il t’arrivait quelque chose, si tu … je ne pourrais pas … Ecoute ce n’est pas discutable pour moi non plus. Je nous ai mis dans la merde. J’assumerais ça et jusqu’au bout. C’est comme ça, un point c’est tout. »

    « Comment ça, un point c’est tout ? Ce n’est pas… »

    Il était sorti de la voiture en claquant la portière. Je me coupai dans ma phrase, surpris. Je ne m’étais, pour ma part, même pas aperçu que nous étions arrivés à Edimbourg, qu’il avait trouvé un parking et s’y était garé. Quel bien piètre métamorphe je faisais… Je le rejoignis dehors dans un claquement de portière rivalisant avec le sien, et je m’appuyai sur le toit de la voiture. Il avait parlé, c’était à présent à moi de m’exprimer. Et il avait intérêt à me laisser parler. Je frappai sur la carrosserie :

    « Bon Camille tu ouvres tes oreilles, et tu m’écoutes. Je ne parle pas de toi, de moi, ou d’une personne fixe, compris ? Je parle de nous. De notre groupe. Point. Si on coupe le nœud qui retient toutes les ficelles, on repart au point de départ, voire avant. On recule. On régresse. Si on coupe le lien qui nous unie, c’est fini, c’est mort. Et je refuse que ça arrive. Tu les surestimes toutes les deux. Tu me surestimes. Et plus que tout, tu te sous-estimes. Et c’est ça le plus grave. Si jamais tu meurs, tout explose, je le sais. C’est clair et net. Je ne peux pas te remplacer, parce que je suis loin d’être aussi diplomate que toi. Et je risquerais de me transformer en tyran. »

    Ma voix commençait à trembler un peu. Ce n’était pas bon signe, pas du tout. Je me reculais, poussant pour ce faire sur la carrosserie de la voiture, et je me passais les mains sur le visage pour rester calme. Je m’emportais beaucoup trop facilement, surtout lorsque j’avais l’impression qu’on ne me comprenait pas. J’étais un bien piètre professeur, vous pouviez le dire. Et là, j’avais l’impression d’être un bien piètre… protecteur.

    « Et s’il te plait, ne mêle pas Kate à la discussion. J’ai parlé de leurres, un point c’est tout. Pas de moi. Bon d’accord, s’il fallait un volontaire, ce serait moi. Mais écoute moi, et range tes… reste objectif. »

    « Range tes sentiments au placard »… N’allais-je pas trop loin dans mes suppositions ? Je m’étais repris juste à temps. Camille était un frère, et un leader à mes yeux. Il était celui que j’avais choisi d’épauler, et que ma lâcheté avait choisi d’épargner dans le sens où si un jour il fallait que quelqu’un se sacrifiât pour lui, je me porterai volontaire. C’était certain. Tout comme je me savais capable du sacrifice pour Kate. C’était un fait, simple et évident. Il n’y avait que deux, trois me chuchota mon subconscient, personnes que je me savais capable de vouloir sauver au péril de ma propre vie. Dis comme ça, mes pensées étaient grandiloquentes et preux. Mais la vérité c’était que j’avais cette capacité de… d’abnégation ?, seulement pour quelques personnes. Pour le reste, j’étais conscient d’être infiniment lâche. Me taire et me terrer lorsque le danger était à ma porte… c’était quelque chose que je savais un peu trop bien faire. Mais là n’était pas le sujet de conversation. Je me tournai vers Camille, la voiture nous séparant toujours :

    « Reste objectif, donc. S’il te plait. Imagine un instant. Si tu disparais, les conséquences que ça aura. Si je disparais. Si… tu es notre chef, quoique tu en dises. Peu importe de savoir si tu en es capable, si tu es indispensable. Tu es notre chef, et si tu n’es plus, il n’y a plus de groupe. Point. Je brasserais du vent à essayer de remonter tout ça, parce que tu le sais bien, je ne suis pas aussi… avenant que toi. Et NON, ne le nie pas. J’ai des qualités, mais j’ai aussi des défauts. Ecoute, tu… tu as fait une erreur, il y a plus de sept ans maintenant. Okay. Mais cesse d’être stupide et héroïque, b#rdel. Pense à d’autres personnes qu’à toi-même ! Refuser de reconnaître que tu es important pour nous, pour moi, c’est de l’égoïsme. »

    Je m’énervais. Vraiment. Mais étrangement je gardais le contrôle sur ma colère. Voulais-je jouer le rôle de l’adulte qui essaye d’expliquer quelque chose de simple au plus jeune ? Non, ce n’était pas un rôle. En fait, c’était tout simplement ça. Je contournai la voiture pour me poser devant Camille.

    « Ecoute. Je ne suis pas suicidaire ou autre, et je ne compte pas mourir. Mais il n’y a pas de risque zéro, et, sérieusement, je veux éviter le pire pour les mé… je veux éviter le pire pour nous. Tout ça nous dépasse. Tout ça va bien plus loin que nos petites considérations ! »

    Je devais avoir du sang italien. Parce que seul ça pouvait expliquer mon besoin de m’exprimer par des gestes. J’avais peur que Camille refuse de comprendre ce que je voulais dire. Je ne voulais pas qu’il accepte tout de go, en fait si, je le voulais, mais je pouvais comprendre qu’il le refuse, mais je refusais, justement, qu’il rejette l’idée sous prétexte qu’il s’inquiétait pour moi. D’ailleurs. Il l’avait dit ? Il l’avait vraiment dit ? Je posai mes mains sur les épaules de Camille, pour le forcer à me regarder dans les yeux.

    « Ecoute. Réfléchis-y. Mais arrête de penser avec ton cœur ou autre, réfléchis en tacticien. Il n’y a pas de honte à se savoir primordial. Pas du tout. Allons boire ce verre. Moi aussi, je ne le supporterais pas s’il t’arrivait quelque chose, ou s’il arrivait quelque chose à Kate. Mais plus que cela, nous n’y survivrions pas. Parce que, je sais que je me répète, c’est toi qui nous maintiens soudés. Pas moi. Toi. Comprends le. On s’est engagé dans quelque chose qui nous dépasse, mais c’est trop tard pour reculer. On ne prend pas des responsabilités pour les cacher sous le paillasson dès qu’elles deviennent gênantes. »

    Je fis un pas en arrière, et un geste de la tête en direction d’une enseigne clignotante. J’avais pris soin de ne pas lâcher les termes de méta, ou autre ici, mais je savais qu’on pouvait toujours faire un faux pas dans notre discussion, et il valait mieux contrôler qui pouvait nous entendre que rester là où les ombres pouvaient masquer d’éventuels… importuns.
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Sam 15 Juin - 14:19




Tell me how you feel

Je devais vraiment me faire violence pour ne pas partir - non, il fallait que j’emploie le terme correct - pour ne pas m’enfuir. Je ne supportais pas les conflits. Enfin c’était surtout lorsque j’étais concerné directement et que ça me prenait trop à cœur. Alan était bien la dernière personne sur cette planète avec laquelle je voulais me disputer. Je me pinçais l’arête du nez en essayant de recentrer mes pensées et de canaliser mon sang froid. Krystel Raybrandt et maintenant ça. J’avais vraiment envie de mettre de la distance entre moi et cette somme d’ennuis. Sauf que j’aurais beau m’exiler aux îles Canari – sans mauvais jeu de mots -, ça ne changerait rien. Je devais encaisser comme d’habitude, je le devais. Je faisais du surplace en attendant tout de même mon comparse bien que mes pieds me démangeaient dangereusement. Il sortit de la voiture et j’évitais soigneusement son regard. Je respirais un grand coup quand il commença sa tirade en frappant la carrosserie de ma vieille bagnole. Je fus rapidement enseveli par sa colère et ses mots qui n’en finissaient pas de me marteler le cerveau et l’estime. Je ne sais pas ce qui était le pire dans ce qu’il me balançait. Il pointait du doigt mes défauts, le poids de notre – ma mission. Tout ce que je n’avais pas envie d’entendre, il me le balançait dans la figure. J’étais à cran, je croulais sous ces attentes… sous SES attentes plus précisément à un moment où j’avais besoin d’être compris, entendu. Je me refermais complétement. Je n’avais même plus envie de parler ou de débattre. Je savais que j’allais m’énerver pour de bon si je l’ouvrais et je ne voulais pas de ça. Je n’étais pas dans de bonnes dispositions pour m’emmener ce type de discussion, prendre ce genre de décisions. Alan essayait de concilier les choses et s’approcha pour nous lier visuellement. J’en étais incapable pour le moment de rester calme, confiant. J’avais l’impression que je pouvais craquer d’un instant à un autre. J’étais bien plus instable que ce qu’il pensait et ce que je laissais paraître. Je ne répondis à rien, me dégageais prudemment de son emprise et je me mis à marcher directement vers le lieu où nous allions « manger ». Un monde fou se pressait là où nous entrions, nous n’eûmes pas le choix de l’emplacement. Je tirais ma chaise et m’y assis, toujours aussi fermé. J’essayais vraiment de me tempérer et d’apaiser toutes les angoisses nées de ces dernières heures. La seule personne sur laquelle je pouvais compter était en désaccord totale avec moi. Ce n’était pas le moment pour se prendre la tête, ne pouvait-il pas comprendre ça ? Je faisais déjà tellement d’efforts pour ne pas tout simplement paniquer. Il m’en demandait trop là maintenant. Je lui avais déjà dit, il ne m’écoutait jamais. Je n’étais pas ce qu’il pensait, je n’étais pas à la hauteur. Je me dégoutais.

Je m’emparais du menu et y trouva le plat le plus léger à la carte. Une salade, parfait. Je détestais ça cela dit mais le reste me semblait bien indigeste pour mon manque d’appétit. Non, finalement, je ne ferais que boire mon estomac était trop noué. Je reposais le bout de papier sur la table et plongeais mon regard directement vers la vitre la plus proche. Je ne pouvais pas décemment rester muet. Et je ne pouvais pas non plus incendier mon comparse. J’allais agir en adulte responsable. M’écraser. Encore, perpétuellement. Je pris encore quelques minutes pour laisser le temps à ma panique de s’amoindrir. Inutile de préciser que ça ne servit à rien. J’étais complétement et définitivement flippé à la simple idée qu’elle me fasse suivre peut-être, qu’elle me retrouve, qu’elle s’en prenne à l’un des nôtres, à Enola ou même à … Je relevais les yeux. C’était stupide, ce n’était pas le moment de me prendre le bec avec mon conseiller, mon meilleur ami, mon seul véritable ami. Je dénouais mes bras jusque-là croisés sur ma poitrine en signe évident de refus de discussion, calais mes coudes sur la surface qui s’étendait entre nous et posais mes mains sous mon menton. «  Ecoute Alan… Je ne suis pas … On reprendra cette discussion une autre fois. » Ca m’en avait coûté de tout encaisser et je savais très bien qu’après ça, j’aurais besoin d’une séance de vol pour parvenir au bout de ma crise de nerfs interne. J’ajoutais très vite « Tu vas prendre quoi ? » Je n’étais toujours pas en état de mener une vraie conversation. Si Alan continuait et persistait sur le même chemin, je partirais. Tout plutôt qu’une dispute. Je ne voulais pas me montrer à ce point vulnérable, affecté j’en avais assez fait pour ce soir. Pour toute mon existence d’ailleurs. Le nombre de fois où il m'avait ramassé après les combats. Je n'étais pas aussi fort psychologiquement qu'il le faudrait. J’avais fait beaucoup de progrès mais je restais en quelque sorte humain malgré les dons que nous possédions. Et ça, il fallait que mon coéquipier le réalise.

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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Mer 19 Juin - 22:09

    Camille restait silencieux, et ça avait tendance non pas à me calmer mais plus à me pousser à m’énerver davantage. Je savais que ça n’allait avoir aucun effet sur celui que je voyais actuellement comme un petit frère buté qui refusait de comprendre. Je me contraignis au silence alors que nous nous dirigions vers l’enseigne clignotante que j’avais désignée un peu plus tôt. Ce n’était pas vraiment luxueux, de toute manière, nous n’avions, je n’avais actuellement pas les moyens de manger du caviar, et une foule se pressait devant l’entrée, me faisant hausser un sourcil. Je n’étais pas agoraphobe, heureusement d’ailleurs, mais je développais par intermittence une tendance à la claustrophobie, surtout lorsque j’avais fait une rechute… busautique. Je serrai les dents et je me concentrai pour me détendre, ce qui détourna un instant mes pensées erratiques sur la sécurité de Camille, le retour de la Reine, et ma colère. Je fermai les yeux en suivant Camille à l’oreille, pour ne pas me sentir oppressé par la foule. Je détestais ça. Inconsciemment, même, je m’étais mis à gémir comme un chiot apeuré, et dès que je m’en aperçus, je me frappais mentalement pour cesser de suite cette attitude ridicule. Je toussai pour me reprendre, même, une fausse toux comme pour cacher les sons que j’avais pu émettre. Le berger allemand avait bien trop déteint sur moi, c’était amusant de le voir. Enfin… amusant… ça dépendait pour qui… Kate riait bien lorsque je me mettais à grogner si quelque chose m’énervait ou quand je me heurtais à une difficulté. Lorsqu’elle m’engueulait en revanche, il m’était parfois arrivé de gémir comme ce que je venais de faire… Elle en riait, moi je mourrais de honte. Heureusement que mon ouïe et mon flair affinés compensaient… Ma vue quand à elle, s’était améliorée après ma première transformation en buse, tout comme mon sens de l’équilibre et ma tendance à aimer les endroits en hauteur et à céder à l’appel du vide… Nous atteignîmes une table assez rapidement, et je m’y assis la tête ailleurs. Au moins, la foule avait eu le mérite de détourner un instant ma panique colérique… qui retrouvait d’ailleurs lentement mais sûrement son chemin… Je regardai le reste de la pièce alors que Camille regardait la carte et je cherchais mes mots. Le ton était monté très vite, et je n’avais pas envie qu’il remonte à nouveau dans les hauteurs. Je me connaissais, si Camille recommençait à se sous estimer, ou quoique ce soit, j’allais à nouveau m’énerver. Je repensais à notre première discussion, sept ans auparavant. J’étais le confiant, il était le paniqué. Maintenant les rôles avaient été plus ou moins échangés, puisque… nous étions tous les deux stressés mais j’étais celui qui remportait la palme du métamorphe le plus paranoïaque. Les minutes s’écoulèrent et j’essayais de ne pas me montrer trop impatient et pressant. Je repensais à mes mots durs criés sur le parking, et même si je ne les regrettais pas, j’avais peur qu’il se soit braqué. Je commençai un « Camille, je… » lorsqu’il choisit lui aussi de reprendre la conversation…

    « Ecoute Alan… Je ne suis pas … On reprendra cette discussion une autre fois. Tu vas prendre quoi ? »

    J’haussai un sourcil, fatigué. J’avais l’impression d’avoir parlé pour rien. Pourquoi ne m’écoutait il pas ? Je ne le comprenais pas. Je n’étais pas ce qu’il lui fallait, comme soutien… j’étais bon à l’engueuler sans que ça ne serve à quoique ce soit, à le braquer, à l’attrister, sans l’aider pour autant. J’haussai les épaules à présent, en secouant la tête, désabusé. Buse. Non Alan n’y pense pas. Contre coup habituel, après les cris, la panique, la colère, de nouveau les cris, venait la fatigue. Si fréquente.

    « Tu n'es pas quoi ? ... Bon, si tu veux, on clôt la discussion pour ce soir, mais… on en reparlera, c'est inévitable, j'espère que tu en es conscient. Faut que tu t'y attendes. Il va bien falloir qu’on en reparle. Tu le sais non ? Je fis une pause, essayant de me détendre... Qu’est ce que tu as pris, toi ? »

    Mon regard ne mentait pas quand je disais qu’il allait falloir que l’on en reparle. Il n’allait pas pouvoir esquiver le sujet indéfiniment, et moi, je savais que si nous n’en parlions pas, je risquais de faire les choses de moi-même, et il risquait, lui, de ne pas apprécier. Il n’y avait jamais de risque zéro, toujours cette histoire de risque, comme si je ne pouvais pas concevoir que c’était inévitable, mais je voulais m’en approcher. Je voulais protéger Kate, et Camille. Et les métamorphes, bien sûr. Jusqu’où pourrais-je aller pour cela ? Je l’ignorais pour le moment. Et j’avais peur de le savoir. Jusqu’où pourrais-je aller ? L’extrême ? Aurais-je le cran de le faire ? Je l’ignorais. Et je me répétais, accessoirement. Je m’humectai les lèvres, attrapant la carte sans la lire. Je n’avais pas faim. Et même si j’avais eu faim, je me doutais bien que je n’aurai pas pu avaler quoique ce soit. Je jetai un regard par la fenêtre, ne sachant pas trop ce que je pouvais dire. J’avais envie de relancer le sujet. J’avais peur qu’il lui arrive quelque chose. J’avais peur de ne pas pouvoir l’aider, le protéger, et d’être inutile. Non, je n’étais pas inutile, il fallait que je m’ôte cette pensée négative de la tête. Elle était pourtant bien là… Je me concentrai sur ma respiration.

    « Je… Non. Je… je n’ai pas très faim finalement… j’imagine que toi non plus… Remarque, il est tard, ce n’est plus vraiment l’heure de se faire un petit repas… »

    Je m’étonnais moi-même. Moi, qui faisais de l’humour ? Ce n’était pas… la tension qui régnait en Ecosse avait effacé cette part de ma personnalité, il fallait le croire, pour que j’oublie que je pouvais être blagueur lorsque je voulais. Après tout, quelques vingtaines de minutes plus tôt, nous parlions de nos morts potentielles, froidement… Ce n’était pas des sujets qui prêtaient au rire et au fou-rire… Et je ne me sentais vraiment pas le cran de tout porter en dérision comme certains pouvaient trouver amusant de le faire. Oui, je n’étais plus vraiment cet Alan jovial et rieur qui était bel et bien présent avant les années sanglantes. Sauf avec Kate. Et encore… il y avait une fêlure entre nous, par ma faute, que je n’avais pas le courage de colmater. Il ne fallait pas qu’il y ait un jour une telle fêlure entre Camille et moi. C’était la seule confiance que je n’avais pas brisée… Je ravalai ma colère une nouvelle fois, en jouant avec le cendrier posé sur la table, pour occuper mes doigts.

    « Ton boulot se passe bien sinon ? Les… il n’y a rien qui ait pu faire penser à … je jetai un regard autour de nous, mais personne n’était là pour nous écouter. Je baissai néanmoins le ton, pour que seules les oreilles d’un méta ou d’un loup puisse entendre : la PES que tu puisses être un loup ? Si, en soirée, j’arrive à semer ceux qui me filent, si on était tous les deux surveiller, ce ne serait plus prudent de nous voir j’imagine… Je m’interrompis, avant de me rendre compte que j’étais revenu sur un sujet possible. Je me passai une main sur le visage en m’excusant Je suis désolé, je semble monomaniaque… Hum… je t’ai raconté la dernière du garçon qui ne peut pas s’empêcher de faire des remarques en cours, concernant mes gênes lycans ? »
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MessageSujet: Re: Tell me how you feel [Livre II - Terminé]   Mar 25 Juin - 21:54




Tell me how you feel

J’avais essayé de passer ma tête hors du gouffre dans lequel je m’étais immergé pour parvenir à lutter contre la violence de ce que je ressentais. Mais à peine passais-je mes yeux hors de ma tranchée qu’Alan m’assenait un nouveau coup sur la tête. Ça aurait pu être pire mais ça n’était déjà pas si mal que ça. J’accusais à nouveau ses remarques sans broncher, serrant juste ma mâchoire. Il ne réalisait pas à quel point ça m’en coûtait de rester assis là. J’avais envie de partir et de voler pendant des heures jusqu’à être épuisé. J’étais terrorisé et relativement instable. Mon ami ne devait pas se sentir obligé d’en rajouter avec une nouvelle somme d’inquiétudes et de problèmes. Je marmonnais « Un whisky. » Et j’attendais déjà sa remarque concernant la conduite et l’alcool. Je posais mon front sur le bout de mes doigts et me massais les tempes pour me calme. Parfois j’avais l’impression de revivre le cauchemar des discussions bien moralisantes de mon père. Alors tu étais où à cette heure-là ? Pas que je ne te fasse pas confiance mais tu sais… Avoir beaucoup d’argent, c’est avoir beaucoup de responsabilités. Prend acte de ce que je te dis et tu feras fortune. Tu n’as pas encore assez vécu pour savoir ce qu’est la liberté et ce qu’il convient de faire pour l’obtenir. Je le revoyais avec cet air pincé, le nez légèrement relevé. Mon interlocuteur l’imitait drôlement bien sans le savoir. Bon sang pourquoi pensaient-ils tous que j’étais aussi inapte à prendre les décisions ? Je n’avais plus cinq ans à ma connaissance et je pensais m’en être relativement bien tiré compte tenu mes erreurs passées. Mais fallait croire que ça ne suffisait pas, un ne m’adressait plus la parole et l’autre, eh bien, il était en train de m’expliquer clairement à quel point j’étais un égoïste irréfléchi. Génial. Oui,  je confondais un peu tout ce soir. Je me sentais au-dessous de tout et me refermais définitivement afin de préserver le restant des apparences. Aussi quand mon comparse se remit à engager la discussion – en voulant détendre notre tension mais en l’amplifiant à nouveau en mentionnant la PES, je ne fis qu’hocher de la tête sans jamais articuler un seul mot, le reste de la conversation fût animée de cette façon. J’accueillis donc mon verre avec joie et le but bien rapidement. Je n’essayais plus de faire des efforts pour communiquer. Je restais quasiment impassible à tout ce qu’il se passait, complétement replié derrière des murs fictifs que j’avais érigé entre nous. Ça ne me plaisait pas d’agir de façon aussi détachée avec mon meilleur ami mais c’était ça ou la dispute, il ne m’avait pas laissé d’autres options.

Une fois qu’il eut terminé, nous payons nos consommations et sortîmes bien vite. Je me remis derrière le volant toujours sans un mot et démarrais le moteur. C’est dans ce climat toujours électrique et tendu que je le ramenais chez lui. Je me demandais comment je devais réagir par rapport au coup de fil que m’avait donné mon ancienne maîtresse. Devais-je en toucher un mot à la Lupa ? Ça me ferait mal de le faire et d’avouer quelque part que ça m’affectait mais ne devait-elle pas être au courant que la Reine connaisse cette alliance, notre alliance ? A moins qu’elle le sache et n’ait pas jugé utile de me le signaler. Elle en était bien capable. Je me mordis l’intérieur de la joue en essayant de relativiser tant bien que mal. Ce n’était qu’une menace, ça n’avait rien d’inédit qu’elle veuille me tuer, nous tuer et qu’elle sache pour l’alliance. Ils avaient bien dû se douter qu’autant de loups ne pouvaient pas apparaître comme ça d’un seul coup. Krystel avait pu affecter certains de ces hommes à mes trousses et donc, ça c’était déjà plus inquiétant. J’allais devoir redoubler de vigilance, de prudence et de discrétion – ce qui atteignait déjà des sommets en temps normal… Enfin cette existence, je l’avais choisie et elle m’avait choisie aussi. Je ne devais pas me plaindre. Cette pression, je l’avais cherchée en me comportant comme un imbécile. Il est vrai que mon passager n’avait pas à souffrir de mes faux pas mais je ne parvenais pas à m’apaiser. Quand ça irait mieux, j’irais m’excuser.

Nous arrivions devant son immeuble et je me garais sur le côté. Je rassemblai alors tout ce qu’il me restait de patiente et de bienveillance pour lui dire.  « On s’appelle de toute façon. Passe mon bonsoir à Kate. Et fais attention. »  Je lui adressais un petit signe de tête à la suite pour lui dire au revoir et le laissa retrouver son hall d’entrée avant de partir. Joan Jett passait à la radio alors je mis le volume quasiment à fond et laissais les hauts parleurs grésiller. Je trouvais un certain réconfort dans ce vieux tube alors que cette soirée m’avait complétement chamboulé. L’espace d’un instant, je me donnais toutes les opportunités, tous les choix possibles. J’avais 20 ans et aucuns soucis à l’horizon. Toutes les routes s’offraient à moi, toutes les universités aussi. J’aurais pu défier mon géniteur et finir par prendre des cours de droit. Je n’aurais jamais mis les pieds en Ecosse, j’aurais continué à vivre ma petite vie bancale loin du surnaturel, conservant mon secret jusqu’à ma mort. Je n’aurais pas connu toutes ces batailles. Seulement, j’avais 28 ans et j’avais trouvé ma place. J’aurais pu encore m’inventer une vie, oui mais je le savais au plus profond de moi alors même que la peur me rongeait, que j’étais celui que j’aurais voulu devenir. Bon il y avait encore des améliorations à opérer mais j’avais trouvé ma place. Ou elle m’avait trouvé mais ça ne changeait plus rien maintenant.

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