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Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]
MessageSujet: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Sam 28 Avr - 17:56

Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS

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    La cathédrale avait changé. A moins que ce ne soit qu’une impression. Les murs avaient l’air plus haut que d’habitude. Marion la regarda comme si c’était la première fois. Pourtant, combien de fois était-elle venue ici quand elle était petite ! Avec toute sa famille. A présent, les choses étaient claires : elle était sa seule famille. C’était peut-être pour cette raison que les lieux lui semblaient aussi grands brusquement, aussi inconnus. Et puis, elle n’était plus tout à fait la même à présent. Elle avait certainement plein de choses à aller expliquer au curé. Elle n’allait pas le faire. Elle ne voulait pas s’entendre rentrer dans une cellule minuscule, sentir la prison de ces grilles et s’entendre dire « Mon père j’ai péché. » Elle avait trop peur qu’il répète. Pourtant, à quoi bon craindre quelque chose comme ça ? Il n’avait pas le droit de répéter. Mais elle avait peur quand même. C’était comme si, brusquement, elle ne faisait plus confiance à personne. Et s’il la prenait pour un vampire, pour une créature démoniaque ? Elle n’avait aucune idée de ce qui les décidait à tuer les innocents comme ils le faisaient. Oui, ils étaient tous des assassins, et rien ne la ferait changer d’avis. Elle revoyait encore des corps humains tomber sous les coups des bras de Dieu. Quelle blague ! Ces gens-là attribuaient à Dieu leurs propres meurtres. C’était un blasphème, rien de plus. Et c’était aussi pour cela que Marion avait décidé de partir. C’était pour cette raison que, au lieu d’aller voir un prêtre, elle se mit à genoux devant un banc et commença à prier, seule, pour elle-même. Elle portait toujours son crucifix autour du cou. Qui sait ? Cela pourrait certainement la sauver. Mais elle était plus digne du Paradis que tous les autres de cette Eglise, même si elle avait commis un péché qu’elle-même n’arrivait pas à réaliser et à admettre.

    Avait-elle tué quelqu’un, elle aussi, en quelque sorte ? C’était un être humain aussi et elle n’avait aucune raison d’être traitée de façon plus douce que les meurtrier de l’Eglise. Cependant, elle, elle avait l’audace et le courage d’assumer ce crime et de demander pardon. Alors qu’eux, ils croyaient avoir raison. Elle avait quand même la désagréable impression que les murs se refermaient sur elle et qu’ils allaient bientôt l’empêcher de sortir. Depuis qu’elle était sortie de son lit de malade, elle n’était pas revenue. Elle n’avait jamais osé, ou alors elle avait eu trop à faire pour pouvoir payer son loyer. Elle avait fini par réussir en vendant du sang de vampire à des habitués. Elle pensait qu’elle pouvait en tirer un meilleur prix. Cependant, elle avait agi dans l’urgence et n’avait pas pris le temps de marchander. Tant de pensées qui n’avaient rien à faire entre ces bancs, dans cette situation… mais qu’elle ne pouvait se sortir de la tête. Après un certain temps, Marion releva la tête et regarda autour d’elle. Elle aurait voulu être invisible. Parmi ceux qui se trouvaient là, il y en avait sûrement qui l’avaient vu quitter les rangs de l’Eglise HCV, en colère. Et comme on le lui avait longuement appris durant son enfance, la colère était diabolique. Aux yeux de tous, elle s’était montrée diabolique dans ce lieu saint. Voilà le seul souvenir qui lui restait de son ancienne vie. En observant plus attentivement les visages, elle vit même certaines personnes qui étaient de sa famille. Pourvu qu’ils ne l’aient pas vue ! Si elle était arrivée encapuchonnée, il fallait bien qu’elle découvre son visage à l’intérieur de la cathédrale. Maintenant, il fallait sortir sans se faire repérer. Marion se leva et avança dans l’allée centrale, vers la sortie. C’était fou le monde qu’il pouvait y avoir. C’était à cause des vampires. Ils espéraient tous être protégés.

    La sortie était proche, mais elle s’arrêta. Elle regarda derrière elle avec un élan de nostalgie. Tout ça, elle l’avait quitté quand elle avait décidé de gagner sa vie dans la plus grande illégalité et perversité. Pourtant, elle était plus croyante que la moitié de ceux qui étaient là. La plupart d’entre eux, elle en était sûre et certaine, ne venaient que dans l’espoir qu’il y eut vraiment une protection que l’on pourrait leur donner, sans vraiment y croire. Voilà ce qu’était devenu la Foi. Marion secoua la tête, se détourna de ce pitoyable spectacle et, déterminée à partir, s’éloigna. Alors qu’elle n’était qu’à quelques mètres de l’entrée, elle vit Alaina entrer. Ce n’était pas étonnant… Tandis que son ancienne camarade ne l’avait pas encore vue, elle se demanda s’il fallait l’aborder ou faire comme si elle n’était pas là. Certes, elles ne s’étaient pas parlé depuis des mois, mais Marion avait été coupée du monde pendant ces mêmes mois. Peut-être ne l’aurait-elle pas ignoré, si elle avait été plus présente. Peut-être aussi quand la voyant ici, elle comprendrait qu’elle était toujours la même fille, à la seule différence qu’elle avait officiellement quitté le mouvement de lutte contre les vampires. Au fond, elle avait toujours le même espoir de la convaincre d’en faire de même. Si elle n’était pas trop bornée pour croire que les hommes d’Eglise étaient tous profondément bons et humains. Ainsi, elle se décida pour un signe discret : passant à ses côtés, elle lui adressa un sourire et murmura : ♫ Bonjour, Alaina. Je ne pensais pas que je te verrai aujourd’hui. ♫ Sinon je ne serais pas venue ? Sinon je me serais arrangée pour être plus présentable ? Libre à elle d’interpréter comme elle le voulait ces paroles tout à fait innocentes.
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Dim 29 Avr - 22:38

Encore des nuages et toujours plus menaçant qui plus est. Brooke me fit un dernier signe avant d’entrer dans l’habitacle de sa voiture. Ses cheveux ondulèrent une dernière fois avant qu’elle ne referme sa portière. Je l’observais manœuvrer et quitter le parking dans un fracas assourdissant - son véhicule rutilant avait besoin d’un entretien urgent. Une fois qu’elle fût hors de mon champ de vision, je ne pus qu’étreindre à nouveau ce sentiment sournois de solitude. Quand elle rejoignait sa famille, moi, je regagnais mon vide habituel. Enfin, j’exagérais. J’avais un nouveau foyer, une nouvelle famille. Elle m’attendait d’ailleurs. Une chance que mon université se trouvait être du même quartier, je pouvais m’y rendre à pieds aisément. Je calais mon sac adroitement sur mon épaule avant de me mettre en route. Le vent se levait lentement, me forçant à réajuster le col de mon manteau. Il finirait par pleuvoir d’ici peu. Quelques mèches s’échappèrent en hâte de mon chignon après avoir été au prise avec une bourrasque peu respectueuse. Le temps se couvrait indéniablement. Les rues se succédèrent et je remarquais que peu de passants s’y pressaient, ce qui ne fut pas pour me déplaire. Je n’aime pas être ralentie par des barrages humains. Certaines personnes ne savaient tout simplement pas s’écarter des trottoirs, à tel point que c’en était aberrant. Tout ce que je parvenais à faire dans c’est cas là c’est à me faire remarquer en poussant des pardons qui sortent sur les mêmes intonations que des jurons de ma bouche. La politesse devient une denrée rare de notre siècle ce que je déplore. Mais nous ne sommes pas là pour m’écouter jacasser sur des choses futiles. J’étais fatiguée ce qui explique ce brouillon de pensées plaintives. La période des examens approchait dangereusement et je passais mes nuits à réviser pour être au point. Ce n’est pas du perfectionnisme, détrompez-vous. En fait, j’adore juste m’investir au maximum dans mes études, dépasser mes limites. Le docteur que j’avais consulté par le passé, m’a une fois dit que je cherchais sûrement à me prouver quelque chose mais quoi ? C’est la question. De toute façon, cette histoire de psychologie, ce n’est encore qu’un ramassis de conneries destinés à apaiser la conscience hommes, à étouffer leurs pêchés. Je venais de dépasser la petite boulangerie sur le coin, je ne tarderais pas à atteindre mon objectif. Quelques pigeons picoraient des restants de vieux pain rassis en émettant des roucoulements rauques et imprécis. A force de m’immerger dans la musique, le moindre son devenait sujet d’attention. J’allais virer folle à cette allure.

C’est alors qu’elle apparut. La cathédrale. Je pressais le pas, consciente que je n’avais que quelques heures devant moi. J’étais bien trop occupée pour m’y rendre aussi souvent que je l’aurai voulu. D’ailleurs, je n’étais même pas repassé par mon studio afin d’y déposer mes bouquins. Ils s’entassaient de manière désordonnée au fond de ma lourde sacoche en cuir vieilli. La lanière me lacérait douloureusement l’épaule mais cela importait peu. J’avais toujours le sentiment de rentrer chez moi, de retrouver enfin le chemin de la maison après une longue errance. Ma culpabilité ne se fit que plus oppressante à cette pensée. Je devrais trouver davantage de temps pour y prier, davantage de temps à consacrer à ma communauté. Je ne pouvais que m’en prendre à moi-même, j’avais voulu travailler et continuer mes études. Mais j’assumais mes choix. Avant d’y entrer, je pris le temps de couver des yeux chaque détail qui rendait cette construction grandiose. La puissance du Seigneur habitait ce lieu, je pouvais le sentir depuis ma position, en bas des marches. Un sourire se dessina sur mes lèvres sans que je n’y prenne garde. Oui, je rentrais à la maison. Tout en faisant des petits pas mesurés, j’atteignis la porte principale. Je me glissais par l’ouverture tandis que mon regard fouillait déjà les entrailles de la bâtisse. Je respirais plus profondément, cherchant à m’imprégner le plus rapidement possible de cette atmosphère. Ce drôle de calme Olympien engourdissait déjà mes membres, ça me faisait toujours cet effet quand j’entrais dans un lieu Saint. Au moment où j’allais m’avancer dans l’allée centrale, je la vis. Pendant une fraction de seconde, j’envisageais la fuite. La seconde qui s’écoula me convint de ne rien faire. La suivante m’intima l’ignorance. Oui, si elle ne venait pas me parler, je ne le ferais pas non plus. Mon cœur réprima un de ses pincements indésirables. Impensable que j’en éprouvais encore du regret. Elle avait renié l’HCV et son église par extension. Je ne pouvais pas le tolérer. Elle parlait comme les conspirateurs, comme les adorateurs des vampires, elle avait perdu toute confiance dans notre communauté. Ça, je ne pourrais pas lui pardonner de sitôt. Je restais donc plantée là attendant SA décision. Elle opta pour un sourire et je ne pus m’empêcher pourtant de croiser mes bras sur ma poitrine. Communication non verbale claire et franche – j’étais désolée de ne pouvoir me contrôler surtout qu’une part de moi voulait lui parler, prendre de ses nouvelles et sûrement la convaincre. Son timbre de voix fit osciller ma détermination muette et je finis par décrisper mes traits. Je ne lui offrais pas un semblant de rictus pour autant, tout juste une expression neutre.

« Bonjour Marion. Je ne pensais pas te revoir ici un jour. »

Non, ça n’était pas une accusation ou une menace voilée, je croyais vraiment qu’elle avait cessé toute relation proche ou lointaine avec Dieu. Combien de mois s’était écoulé depuis notre dernière discussion ? Je n’aurai su le dire. Longtemps, trop longtemps. Je détaillais silencieusement son visage, y cherchant des indices. Mais à quoi m’attendais-je vraiment ? Ce n’était pas en la fixant bêtement que je parviendrais à en apprendre plus sur elle. Même s’il m’en coûtait de lui poser cette question, je ne pouvais pas me mentir à moi-même et ignorer mon envie dévorante de savoir.

« Alors, comment vas-tu ? »

Était-ce le lieu pour en débattre ? Très certainement pas. J’ignorais si il était plus indiqué de sortir. & surtout si je devais délaisser mes plans pour elle. Comme d’habitude, je ne me prononçais pas d’emblée sur mes hésitations. J’attendrais que le choix s’impose de lui même ou qu’elle finisse par trancher.
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Lun 30 Avr - 12:11

Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS

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    Marion n’avait jamais vraiment réussi à savoir si le fait d’avoir si brutalement coupé les ponts avec Alaina l’avait blessée ou non. C’était dommage, de perdre des camarades si vieux, qu’elle connaissait depuis toujours, et quand elles s’étaient disputées elle avait eu l’impression de tout quitter une seconde fois. Et encore, si ce n’était que la seconde. Sa sœur lui avait échappée, elle avait perdu sa mère, puis elle avait quitté son père, puis l’Eglise HCV, et en dernier la seule trace qui restait de son enfance. Elle avait même quitté l’innocence et la fidélité, la bonté, la douceur, tout ce par quoi on aurait pu la qualifier avant. Mais la vie était tellement plus simple quand c’était nous qui maîtrisions le monde. Même s’il fallait faire des sacrifices. Parfois, elle se demandait si c’était vraiment elle qui maîtrisait tout, quand elle voyait que tout lui échappait de cette façon. Cependant, il lui suffisait de réfléchir un moment, et elle se disait que ce n’était que le début, rien de plus, il lui fallait un peu de temps pour reprendre en main tout ce qui l’avait abandonnée – ou ce qu’elle avait elle-même laissé tomber, parfois. Se retrouver en face d’Alaina alors qu’elle ne l’avait pas vue depuis une éternité, évidemment, c’était un choc. A son visage crispé, Marion comprit que celle-ci n’était pas ravie de la voir. Si elle l’avait remarqué avant, elle aurait même préféré faire comme si elle ne l’avait pas vue et s’en aller. D’ailleurs, ce n’était pas trop tard pour le faire. Si elle ne répondait pas, elle n’allait pas ensuite la poursuivre dehors pour parler avec elle.

    Malheureusement, elle s’était trompée : Alaina se décida bel et bien à répondre et son visage devint plus doux. Plus tolérant, peut-être. En fait, Marion se demandait si elle ne la détestait pas. Ses pensées étaient devenues bien floues depuis quelques temps, elle ne savait plus rien. Ce qui était sûr, c’était que la réponse d’Alaina ne lui fit pas plaisir du tout et la laissa de glace. Sans doute sa réplique était-elle dénuée de sous-entendu. Marion comprit très clairement : elle n’avait plus rien à faire là depuis qu’elle avait quitté l’Eglise. Et même si elle ne voulait pas se mettre en colère, elle prépara soigneusement la réponse la plus tranchante possible : ♫ Je me demande bien qui de nous deux a le plus de raison d’être là. Celle qui veut obéir au commandement de Dieu de respecter son prochain, ou celle qui lui attribue ses propres fautes, trop lâche pour les avouer. ♫ Ce n’était certainement pas le meilleur moyen de reprendre une conversation laissée en suspens depuis des mois. Ce n’était pas non plus le lieu où on pouvait se laisser être entraîné par ses émotions. La colère était un péché diabolique, se souvint-elle encore. Et jamais il ne lui passa par la tête que cette façon de lui avoir fait entrer ces principes dans le crâne à coup de marteau aurait tout aussi bien pu être diabolique. Mais quoi ! Parler de diabolisme dans un lieu saint, c’était absolument défendu. Marion continua : ♫ Sinon, je vais bien. Je travaille toujours comme chanteuse, je suis bien payée et je me bats contre les vampires sans sacrifier des hommes. Je pense que je n’ai pas de raison de me plaindre. ♫

    Certes, ce qu’elle disait là n’allait pas du tout plaire à son ancienne amie. Bientôt, elle s’en irait prier sur un banc et l’abandonnerait là, comme elle s’y attendait. Mais pourquoi avait-il fallu qu’une dispute les conduise là où elles en étaient ? Marion soupira. Elle n’avait jamais voulu perdre la compagnie d’Alaina. C’était une jeune femme pieuse, fidèle et sympathique, quelqu’un avec qui elle avait aimé discuter toute son enfance et aller à la messe. Soudain prise d’un élan de regret, Marion essaya de rattraper le coup qui était bien mal parti : ♫ A vrai dire, je me demandais ce que tu devenais. J’étais justement en train de penser à toi. J’aurais aimé te revoir avant, sans doute… Malheureusement, le sort est contre nous. ♫ Allait-elle la croire ? Encore quelque chose qui n’était pas gagné. Et pourtant, se retrouver ici, c’était peut-être le moyen de se réconcilier. Elles étaient là, comme quand elles étaient toutes les deux petites filles, souriantes, entre quatre murs protecteurs et bien connus. Marion ne se sentait plus appartenir à la cathédrale autant qu’autrefois, mais cette appartenance lui manquait tout de même. Et ses amis aussi. On ne pouvait pas dire qu’Alaina et elle aient vraiment été amies, du moins n’était-ce pas le nom qu’elles se seraient donné, mais il y eut, un jour, quelque chose de fort quand même entre elle. Quelque chose qui venait du ciel.
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Mar 1 Mai - 13:00

Le sort était contre nous ? Je pensais plutôt que le sort nous avait accompagnés en nous empêchant de perpétuer cette discussion. Voyez seulement sa façon de m’accoster ! Elle venait déjà de rouvrir le débat et de manière offensive qui plus est. Je ne devrais même pas rétorquer après cela. Pourquoi me justifier ? Je n’avais pas à le faire à ce que je sache. Je la toisais froidement tandis qu’elle faisait couler sur moi ses mots acerbes. Si elle voulait se prendre la tête avec quelqu’un, qu’elle aille voir ailleurs. J’en avais soupé de ses inepties personnellement. Je détournais mon regard du sien afin d’observer l’assistance. Diversion censée me calmer, je ne voulais pas lui répondre impulsivement. Ce n’était vraiment pas le lieu pour mener cette conversation. Avais-je seulement envie de la mener ? Je n’en savais rien, je n’avais même pas envie de savoir. Je reportais mon attention sur Marion tout en remontant la lanière de mon sac sur mon épaule. J’avais du mal de contenir ma hargne tant elle me dévorait. Ce sujet devenait quasiment tabou, elle aurait pu être plus subtile et délicate que ça. Surtout en ces lieux. Soit elle adorait être insolente, soit elle ne réalisait vraiment pas ce qu’elle était entrain d’avancer. Après tout, nous avions dans notre dos une bonne partie de la congrégation. Moi, je n’avais rien à me reprocher. Elle ne bougeait pas d’un pouce, moi non plus.

« Je vois que nous en sommes toujours au même point. Je prenais tes nouvelles, je ne te demandais pas un règlement de compte. »

Je soupirais lourdement à la suite pour marquer mon agacement. Je ne savais pas lequel de ses deux sentiments me dominait l’énervement ou la lassitude. J’étais également triste et déçue. Marion avait été pour moi quelqu’un de confiance, quelqu’un qui me comprenait mieux que quiconque. Nous avions les mêmes valeurs, partagions la Foi. Je croyais que cela transcendait d’une certaine façon le concept d’amitié. Il fallait croire que ce type de relation ne lui convenait plus. Même si elle prétendait mieux servir notre Seigneur que moi ou les autres partisans de cette communauté, je possédais toujours cette sensation – elle avait abandonné les siens. J’irais sûrement prier pour elle après, pour qu’elle retrouve la raison. Je ne comptais pas m’obstiner un Siècle durant pour la ramener vers nous mais je pouvais au moins m’y essayer un peu… Dieu pourrait peut-être bien entendre mes appels. En parlant d’appels, elle se prélassait dans l’hypocrisie. Elle avait vraiment envie d’avoir des nouvelles ? Alors pourquoi ne pas m’avoir appelé. Il est vrai que j’avais changé d’adresse mais à ce que je sache, je n’ai jamais changé de numéro de téléphone… Qu’elle ait au moins la décence d’être sincère à défaut d’être polie.

« Tu avais mon numéro de portable, je crois. Enfin peu importe. »

Est-ce que je devais à mon tour lui décrire ma vie actuelle ? Elle n’avait pas vraiment posé la question, tout juste avait-elle feint un intérêt antérieur. Rien de réellement construit en soi donc… Mais j’avais envie de me défendre, défendre ce que j’étais devenue. C’était franchement puéril et stupide comme réaction et pourtant. Elle avait tergiversé seule, à mon tour.
« Et sinon, pour ma part, j’ai repris mes études en musique et je bosse comme serveuse. »
Je n’ajoutais pas de passages cloutés pour ses prises de bec. Je ne voulais pas reparler de ça. Ça ne nous mènerait nulle part. Elle m’avait fait décemment comprendre que je ne parviendrais pas à lui faire changer d’avis. Alors soit. Essayons au moins de sauver les meubles… Je passais d’une humeur à une autre, entre ma tristesse et mon énervement.

« Je trouve ça bien que tu aies continué le chant. »

Même si cela se déroulait dans un bar, bien moins glorieux que lorsqu’elle participait à la chorale mais passons... On avait tous besoin d’argent de toute manière et ce n’est pas moi qui lui jetterait cette pierre-là.

« J’aimerais bien t’écouter à l’occasion... Tu as une voix magnifique et ça me manque de ne plus l’entendre. »

Et je le pensais sincèrement. Je ne mentirais jamais sur ce domaine. En tant que mélomane récidiviste, je ne pouvais qu’apprécier le don de Marion pour le chant. J’ai toujours été admirative de son talent et un peu jalouse aussi, certainement…

« Enfin à moins que ça te dérange que je me présente là où tu bosses ? »

Autant qu’elle soit franche. Je ne voudrais pas me reprendre ses réflexions acides en plein visage et devant public. Actuellement, j’avais au moins le mérite d’avoir cherché à nous détourner du sujet fâcheux.
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Jeu 3 Mai - 10:42

Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS

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    Ce n’était pas son genre de ne pas croire ce qu’on lui disait. Surtout ce que lui disait Alaina, car elle savait qu’en fait ce n’était qu’une enfant qui avait la tête farcies d’idées implantés par les dirigeants indignes de l’Eglise, et Marion ne saurait lui en vouloir pour cela. Simplement, le croyant est comme le lierre à l’arbre. Coupez l’arbre, vous tuerez le lierre… coupez la croyance et vous blessez profondément celui qui y croit. Alors, c’était vrai, elle aurait pu être plus douce, et elle ne mit pas longtemps à le regretter. Non, elles n’en étaient pas au même point, elles ne pouvaient en être au même point et rester ainsi sans rien faire. Marion était peut-être une vraie crapule manipulatrice, elle avait un cœur humain et était blessée elle aussi à son tour, quand on attaquait sa croyance que les disputes trouvaient toujours un terme. Aussi s’excusa-t-elle quand Alaina lui fit remarquer que ce n’était pas un règlement de compte. Peut-être, en fait, avait-elle mal interprété. ♫ Pardon. J’ai cru que ta remarque était assez cynique. Après tout, j’avais des raisons de le croire puisque, comme tu sembles le dire, « nous en sommes toujours au même point. » Cela me désole d’ailleurs, parce qu’on a su être bonnes amies autrefois. Si mes souvenirs sont bons, car cette époque remonte à loin et peut-être que je me trompe. Je n’ai pas eu la vie très facile ces derniers temps. ♫ C’était le moins que l’on puisse dire ! Mais ce n’était pas non plus ce qu’elle allait crier sur tous les toits, et encore moins sous celui d’une cathédrale. Si l’autre ne se gênait pas pour soupirer, elle n’allait pas tomber aussi bas et rester digne.

    Mais pourquoi diable avaient-elles besoin de se taper dessus ainsi ? C’était horrible d’entendre un tel soupir dans une bouche qui n’avait parlé que d’amour et de Foi. Maintenant, elle l’accusait même d’hypocrisie, en lui rappelant qu’elle avait son numéro. Oui, d’hypocrisie. Si Marion avait été innocente, elle aurait sans doute répliqué. Si elle avait été parfaitement blanche et pure. Malheureusement, c’était un défaut qu’elle était bien obligée de mettre en action de temps en temps, si elle voulait s’en sortir dans ce monde injuste et répugnant. ♫ J’avais ton numéro, en effet. Est-ce que je peux quand même te demander quelle aurait été ta réaction si je t’avais écrit pour te demander des nouvelles comme si de rien n’était ? Je pense avoir le droit d’avoir été vaincue par l’inquiétude. ♫ Peut-être aurait-elle songé que c’était de l’hypocrisie, puisqu’apparemment cela avait toujours été un vice à la mode. Ou alors qu’elle était soudainement doucereuse parce qu’elle avait besoin de quelque chose. Qui sait ? Ce n’était pas par pure méchanceté qu’elle n’avait rien n’écrit. Marion n’en aurait pas été capable avec elle. D’ailleurs, même si cela ne se voyait certainement pas actuellement dans son attitude, elle était contente de la revoir. Alors, quand elle lui donna des nouvelles et lui dit ce qu’elle faisait actuellement, Marion ne put s’empêcher de sourire. ♫ C’est super pour la musique, tu sais. C’est quelque chose qui a toujours eu le don de calmer les nerfs et de nous faire oublier… les problèmes… quand on en a besoin. Je ne doute pas que tu te sentes à l’aise quand tu joues d’un instrument. Par simple curiosité sinon, tu travailles où comme serveuse ? ♫

    Cela aurait certainement été drôle qu’elles se retrouvent toutes les deux au même endroit. Enfin, drôle… Tout dépendait le sens que l’on donnait à ce terme. Ce ne serait certainement pas très drôle qu’elles se voient tous les jours avec ce même regard noir. Après tout, si elles n’avaient pas été séparées depuis des mois, elles n’auraient certainement jamais pris le temps de se parler aujourd’hui. C’était une chance, finalement, que cette rencontre. Une chance d’avoir été séparées. Il fallait croire, en fait, que tous les mauvais moments avaient un résultat positif en dernier lieu. Et si c’était la même chose avec les vampires ? Leur guerre contre eux ne se terminera qu’en victoire et cela aura rendu les hommes plus forts. Marion avait beaucoup gagné ces derniers temps, si l’on oubliait tout ce qu’elle avait également perdu. Elle était indépendante, courageuse et vive. Et elle savait faire des sacrifices pour en ressortir plus résistant. ♫ Oui, le chant a toujours été une passion. Et… je ne sais pas si tu es au courant, mais les derniers mots de ma mère étaient qu’elle regrettait de ne pas avoir été chanteuse. J’ai saisi ma chance. ♫ Marion revit le visage de sa mère folle sur son lit de mort. C’était un bien lointain souvenir.

    Pourtant, il était toujours là, toujours présent. Pourtant, elle revoyait ce visage, elle réentendait cette voix, et elle sentait encore au fond d’elle-même la promesse qu’elle se jurait en silence de servir cette demande. A vrai dire, elle ne le regrettait pas. Chanter était vraiment ce qui la sauvait quand les choses n’allaient pas bien. En ce moment par exemple, elle pensait à l’heure à laquelle il lui faudrait retourner travailler avec impatience. Comme si les murs de la cathédrale en devenaient oppressants. Qu’Alaina s’intéresse à son travail lui fit également le plus grand plaisir. ♫ Oui, ce serait avec plaisir. Je n’ai pas le droit de t’interdire l’accès à Adam’s Dancing, de toute façon, du peux venir. ♫ Cependant, disant cela, elle pensa à sa candidature pour la Pomme du Diable. Si elle était prise là-dedans, et si elle espérait qu’un jour Alaina lui parle de nouveau, comme avant, il ne valait mieux pas que la nouvelle s’ébruite, ni qu’elle vienne la voir. Bon, elle n’était pas encore prise, mais elle pensait sincèrement avoir toutes ses chances. ♫ Enfin… Il y a des petits soucis en ce moment, alors fais vite avant que je ne me retrouve à la rue. Je risque de ne plus garder ce poste très longtemps… C’est en négociation, je ne sais pas encore. J’ai juste un peu peur. ♫ Comme quoi, parfois, on était bien obligé de mentir. Si elle revoyait Alaina plus tard, et qu’elle avait changé de lieu de travail, il faudrait voir pendant combien de temps elle arriverait à lui faire croire qu’elle n’avait plus de travail. Surtout qu’elle avait toujours un appartement à payer. Même si ce n’était plus vraiment le chant qui lui permettait de vivre.
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Ven 4 Mai - 22:12

Les murmures grouillaient derrière mon dos. Apparemment, le fait que notre conversation perdurait de la sorte ne plaisait pas à grand monde. Loin de moi l’idée d’importuner les miens en discutant avec une « traître » mais on m’avait toujours appris à tendre l’autre joue. De plus, à part plaquer l’HCV et peut être Dieu pendant un certain temps, elle n’avait pas vécu dans d’autres pêchés – enfin je le croyais. Si elle était revenue ici, ça n’était pas pour nous hanter tous ou nous faire avaler sa haine. Elle commençait à retrouver le chemin vers notre Seigneur et je comptais bien l’y encourager tiens. Notre façon de nous exprimer trahissait toujours cette instabilité et cette tension. Cependant, ça n’avait rien de réellement anormale. Cette dispute avait laissé des marques plutôt profondes dans notre orgueil. Entaillée, notre amitié restait bancale à défaut d’avoir été totalement dissolue. J’avais cru qu’elle serait perdue à jamais et pourtant, regardez nous. Il ne fallait jamais dire jamais, voilà tout. La suite demeurait quelque peu incertaine néanmoins. Déjà, je n’aimais pas sa façon de présenter les choses. Elle pensait être la seule à avoir traversé certaines épreuves durant ses derniers mois ? Elle l’avait peut-être oublié ou peut-être jamais su mais j’avais perdu chacun de mes proches. Alors question difficultés, je savais de quoi elle parlait. Moi je n’avais pas de frangine de l’autre côté de l’Océan. Plus personne ne partageait mon ADN désormais et ça, elle n’avait pas idées de ce que ça créait comme sentiment de solitude et de vulnérabilité. Mais passons, je n’allais pas lui faire étalage de mes peines. Je ne voulais pas passer pour une égocentrique de service, ça ne nous mènerait nulle part. J’allais tout simplement ignorer ses derniers mots pour notre bien commun. Par contre, par rapport, au numéro de téléphone, d’accord, sur ce point, elle n’avait peut-être pas tort. Je l’aurais sûrement laissée sans réponses. Pour ne pas perdre la face, je ne relevais pas non plus concernant cela. Elle aborda donc le sujet de mes études. Il faut avouer que je n’avais jamais vraiment parlé de ça avec elle. Je pensais d’ailleurs qu’elle ignorait tout de mon éducation musicale avec Rosie. Je ne déclamais pas à tort et à travers mon engouement pour ce domaine et je n’avais jamais eu de réelles occasions pour en débattre avec elle bien qu’elle soit bien placée pour en parler. C’était un point commun finalement que nous avons. Il n’avait jamais été exploité pour autant. Je ne lui expliquais pas que je comptais devenir chef d’orchestre, tenant ce détail pour moi tant que je n’étais pas sûre de vouloir qu’elle en sache davantage sur ma personne. Pour le boulot, en revanche, ça ne me posait pas de soucis.

« Je bosse au Highland's Pub. Généralement le soir ou les week-ends. »

Les cours et l’église se disputant le reste de ma plage horaire. Il m’arrivait de poser comme modèle à l’occasion. J’étais rattachée à une agence en fait. Au vu de mon emploi du temps, ils ne m’appelaient que si l’affaire valait vraiment le détour. Je n’avais pas fait des trucs exceptionnels jusqu’ici, apparu dans quelques magazines tout au plus. J’avais surtout participé à des défilés pour des couturiers un peu à la mode mais pas encore vraiment connu. Du coup, le fait que je sois mannequin ne s’était pas ébruité et j’appréciais plutôt ça. Bref, revenons-en à l’instant présent. Quand elle me parlait de sa mère, ça me faisait toujours froid dans le dos. Cette pauvre femme, si gentille et si pieuse, avait fini ses jours dans un asile. Je trouvais ça tellement triste, j’avais toujours plains Marion. Vivre avec ça avait dû être pénible. Cela pouvait sembler rustre comme raisonnement mais je croyais vraiment que sa mère était plus en paix là où elle était qu’en vie et enfermé dans un endroit détestable. Que Dieu la protège.

« Je m’en souviens, oui... Elle serait fière de toi. Tu as toujours ébloui tout le monde de ta voix. Sans toi, la chorale faisait bien pâle figure. »


Je lui offris un sourire un peu plus franc que les précédents. Partager ces souvenirs ravivait tellement de bons sentiments que je finissais vraiment par apprécier cette entrevue. Elle bifurqua alors sur d’autres de ses soucis. Elle ignorait ma condition comme je méconnaissais la sienne et pourtant, nous vivions des situations quasi similaires. Moi aussi, je devais me débrouiller pour ne pas finir à la porte. J’avais dû vendre la maison familiale pour subvenir à mes besoins et heureusement, il m’était resté un petit capital. Sans ça, je n’aurais jamais pu m’en sortir les premiers mois. Avec mes revenues fixes, je ne devais plus m’inquiéter de ça. Ce qu’il me restait de la vente, était placé en banque.

« Des petits soucis ? Si jamais tu te retrouves sans emploi, je peux toujours essayer d’en toucher un mot à mon patron. »

Peut-être que je n’avais pas vraiment envie de la côtoyer de façon régulière et professionnelle. Mais je ne pourrais pas décemment la regarder finir dans le caniveau. Mon boss recrutait assez souvent des personnes pour de courtes durées mais bon, si ça se passait bien peut être qu’il l’embaucherait.

« Tu vis seule alors ? »

Sait-on jamais qu’elle se soit mise en ménage ? Mariée ? Ou que sais-je en colocation ? Je savais si peu de choses sur elle finalement. N’avait-elle personne sur qui compter qu’elle parlait de finir à la rue ? Cela me semblait inconcevable.

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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Dim 6 Mai - 12:12

Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS

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    Des voix commençaient à s’élever. C’était vrai que ce n’était pas le meilleur endroit pour discuter, surtout avec un ton aussi peu agréable. Mais Marion n’avait pas l’intention de bouger de là. Du moins, pas pour le moment. La conversation n’était pas terminée. Voulait-elle d’ailleurs qu’elle se termine ? Les discussions avec Alaina lui manquaient. Au point qu’elle préférait presque une dispute plutôt que rien. Cependant, qu’est-ce qui les dérangeait vraiment ? Elle regarda les visages. Il y en avait beaucoup qu’elle connaissait très bien, ils étaient là quand elle était brutalement partie de la réunion HCV. C’était sa présence qui dérangeait plus qu’autre chose. Si deux petites fidèles stupides et naïves s’étaient mises à discuter dans la cathédrale, qui aurait fait les gros yeux ou se serait mis à chuchoter dans leur dos ? Cela, au passage, n’allait pas faire une très bonne réputation à sa camarade. Celle-ci avait l’air de s’en rendre compte. Marion ne savait pas vraiment. A tout hasard, elle proposa : ♫ Je devrais peut-être m’en aller et te laisser, maintenant. Je crois que tout le monde n’apprécie pas ma présence ici. J’ai essayé de venir à une heure où il n’y aurait pas beaucoup de monde, si je m’attarde un peu plus longtemps il va y avoir foule. Je n’aimerais pas qu’on me mette dehors à coup de bâtons. ♫ Pourtant, malgré le bruit, les murmures et leurs oreilles qui sifflaient sérieusement, Alaina lui répondit et lui dit qu’elle travaillait au Highland’s Pub. Eneffet, c’était autre chose que la Pomme du Diable, où elle entrerait peut-être bientôt. A moins qu’elle ait un autre endroit où aller. Ou même qu’elle reste à Adam’s Dancing. Après tout, ce n’était pas si mal, il n’y avait juste pas assez de vampires à son goût. Enfin, pas assez de vampire pour lui assurer sa sécurité financière. Mais bon ! Elle n’avait pas de raison de se plaindre non plus, elle n’était pas sous-payée. Elle avait juste raté plusieurs semaines de travail et maintenant il fallait rattraper tout ça. ♫ Super. Comme ça maintenant je sais où te trouver, si j’ai envie de te voir. Enfin, quand tu finis, si tu travailles le soir, tu as peut-être plus envie de courir chez toi que de recevoir de la visite… Je pourrai te téléphoner, à la place, puisque je sais que tu n’y verras pas d’inconvénient. ♫ C’était certainement la meilleure nouvelle qu’elle avait eue aujourd’hui. Ce n’était pas grand-chose, pourtant, et cela n’allait rien arranger. Et encore, on ne sait jamais !

    Au moins, elle était contente de voir qu’Alaina s’intéressait encore à ce qu’elle faisait et qu’elle lui rappelait même leurs bons souvenirs. La chorale… A cette époque, il n’y avait pas de vampires. Pas d’Eglise meurtrière. Sa mère était encore vivante et son père était heureux. Sa sœur allait bientôt se marier, mais elle n’en savait rien. Et toutes deux étaient assise sur le même banc de l’Eglise, joyeuses. Marion soupira en entendant parler de cette époque. ♫ La chorale me manque, c’est vrai, ♫ annonça-t-elle. Ce n’était pas la chorale en elle-même, bien sûr. Par-là, elle entendait que l’innocence de leurs premières années et leur vie d’autrefois lui manquaient terriblement. Malheureusement, elle ne trouva rien de plus à dire à ce sujet, à part un sourire et un faible ♫ Merci ♫ gêné. Elle dut faire face à un autre problème très embêtant également, celui d’Alaina qui lui proposait de travailler avec elle en cas de problème. Evidemment, cela lui aurait fait très plaisir. Mais elle ne pouvait pas. Premièrement, malgré ce qu’elle voulait, elle ne pouvait pas se permettre d’être trop proche de son ancienne amie, ou celle-ci risquait de découvrir ce qu’elle faisait dans l’ombre. Deuxièmement, ce n’était pas du tout le genre d’endroit dans lequel elle voulait travailler. Quitte à partir d’Adam’s Dancing, où tout se passait bien, ce serait avant tout pour aller dans un endroit où il y avait plus de vampire, pas un café perdu au milieu de nulle part avec que des humains bornés. Qu’allait-elle lui dire, si jamais elle ne travaillait plus là-bas et qu’Alaina proposait d’aller la voir ? Si elle avait un autre emploi dans East End ? Elle ne pourrait pas la faire venir là-bas. Et si elle lui disait qu’elle ne travaillait plus, elle voudrait immédiatement se rendre utile. Visiblement, elle n’en avait pas fini d’avoir des problèmes. Pour le moment, cependant, elle avait juste à répondre : ♫ C’est très gentil à toi, merci. J’y penserai. ♫ Et heureusement, elles changèrent de sujet. Alaina, plus précisément, changea de sujet, car Marion était assez intimidée pour ne pas savoir quoi dire, ni engager une conversation. Elle se contentait de répondre. ♫ Oui, je vis seule, toujours dans le même studio depuis trois ans. ♫ Elle évita de lui rappeler que sa seule amie qui aurait pu l’héberger dans n’importe quelle circonstance était morte sous la main de l’Eglise. Ce n’était vraiment pas le moment. Un jour, pourtant, il faudrait bien lui mettre la réalité en face des yeux. Ce n’était plus possible de se faire manipuler comme cela. ♫ Et toi ? Comment ça se passe ? J’aimerais beaucoup que tu me parles de tes études de musique, je suis sûre que tu t’en sortiras très bien dans ce domaine. ♫

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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Jeu 10 Mai - 20:03

Il aurait mieux valu pour nous deux de se quitter là, tant qu’aucun incident majeur ne soient commis. J’avais beau accorder une confiance aveugle à mes pairs, je ne pouvais parier sur leur retenue et leur patience dans ce cas précis. Marion restait une traître, une parjure aux yeux de notre communauté. Que Dieu me pardonne, je ne voulais pas la côtoyer pour les mauvaises raisons. Elle avait ses torts et de toute évidence, elle ne semblait pas les mesurer. Elle était dans le déni rien de plus, cela lui passerait. Elle allait finir par nous revenir. J’ignore comment réagiraient les membres de l’Eglise si un tel jour finissait par arriver. Moi, je continuerais de penser qu’il faut l’accueillir. Il arrive de s’égarer. Accordons à nos frères le droit de l’abandon tant qu’ils finissent par se repentir de leur pêchés. Mais nous n’en étions pas encore là cependant, j’en avais pleinement conscience. Je préférais naïvement espérer pour l’heure. Aussi, je gardais quelques distances tout de même entre elle et moi. Le futile ne serait pas mentionné, je ne pourrais pas non plus agir comme si tout était réparé définitivement. Dans l’immédiat, il n’y avait toujours rien de résolu… Prendre de ses nouvelles me ferait sûrement passer pour une conspiratrice. Enfin, comme je ne leur cachais pas cette entrevue, ils devraient bien la digérer. Je leur expliquerais plus tard ma volonté de la ramener à nous, ils pourraient au moins entendre ça non ? De toute manière, ils ne risqueraient pas de perdre l’une de leur fidèle pour une divergence d’opinion. Mon amie avait beau avoir rejeté l’HCV, à ce que je sache elle ne menait pas une vie de débauche, elle ne s’était pas frotté aux démons. La rédemption devait toujours être possible pour son âme. Je prierais ce soir même pour elle avant de dormir. D’un autre sourire, un peu contenu, j’acquiesçai à ses paroles. Je ne savais toujours pas si je voulais ou non reprendre totalement contact avec elle. Je ne désirais pas couper les ponts mais en même temps, je ne pouvais pas renouer nos liens aussi facilement. Nous étions dans une sorte de statut quo pour l’instant, dans un équilibre bancal. Restait à savoir de quel côté nous finirions par pencher. Pour l’heure, je ne fis que continuer cette discussion sur le ton adopté antérieurement. Rien ne servait de précipiter les choses à ce stade.

« Ça va. Je m’en sors grâce à mon job. Mes études me passionnent heureusement ! C’est une bouffée d’air pour moi d’aller en cours, aussi étrange que cela puisse paraître. »

Je souris à nouveau. C’était toujours un peu stupide à dire. Les gens généralement, ne comprenaient que je sois si enthousiaste à l’idée d’étudier mais je m’étais tellement battue pour parvenir à poursuivre mes études en compilant avec un job que chaque seconde passée à l’intérieure de la fac me semblait précieuse et inestimable. Je mesurais ma chance d’être rattachée à cette université, ce qui n’était pas le cas de tout le monde. Mais peu importait. L’essentiel était que j’avais trouvé un certain réconfort dans ce domaine-là. Allié à ma fréquentation et mon appartenance à l’HCV, ces deux activités me maintenaient en vie. Ils me permettaient de garder le bon cap et de ne pas finir par dériver dans je ne sais quel gouffre. Ca n’était pas toujours facile et je demeurais fragile mais je m’accrochais.

« Jusqu’ici, ça se passe bien. Je me suis perfectionnée au piano et les cours de composition me font rêver. »

Quand on parlait de musique, je partais souvent sur mon petit nuage. Ce que je ne voulais pas forcément pour le moment. Après tout, je ne voulais pas non plus qu’elle en sache de trop. Le nécessaire. C’était dur quand on engageait une discussion sur ce sujet. D’autant plus que Marion partageait certainement mon goût pour la musique, aussi il devenait encore plus agréable d’en parler.

« Je passerais certainement te voir. Il faut juste que tu me précises quand tu bosses. »

Mon regard bifurqua vers le groupe de fidèles derrière nous n’ayant que trop ressenti l’intensité de leur attention pesé sur mes épaules. Est-ce qu’ils allaient continuer à nous dévisager longtemps ? Non, je ne devais pas penser ça. Je ne pouvais pas les blâmer. A vrai dire, j’étais la seule à blâmer, en prenant partie à cette conversation, je reniais la gravité de la situation. J’irais m’excuser, après.

« Je ne pense pas qu’ils te feront quoique ce soit. Pas ici. »

Nous étions dans un lieu Saint, jamais ils n’oseraient violenter une jeune femme que ce soit morale ou physique, ils ne pouvaient pas lui porter préjudice entre ses murs. Oui, la cathédrale était un sanctuaire. Notre sanctuaire. Nous étions en sécurité, du moins je me hasardais à le croire.

« Mais j’avoue que nous ne sommes pas non plus dans le meilleur endroit pour mener une discussion. Ils risquent de m’en vouloir. Ils ne m’ont pas clairement dit de t’ignorer mais c’était implicite. Ton départ en a choqué plus d’un…»

Nous ne devrions pas revenir là-dessus mais les mots étaient sortis avant que j’y pense. Je le regrettais aussi vite. Je ne voulais pas que l’on relance ce débat. Dieu en était témoin, je ne cherchais rien d’autre que quelques nouvelles d’une vieille amie. Ce n’était pas un crime, non ? Nerveusement, je jetais des coups d’œil aux partisans avant de revenir poser mes yeux sur Marion.
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Sam 12 Mai - 21:44

Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS

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    Après qui en avaient-ils, tous ? Elle ou Alaina ? Elle en premier, c’était sûr. Après, ils n’étaient peut-être pas non plus ravis de voir que l’une d’elle lui parlait. Surtout que leur conversation commençait à s’attarder longuement. Leurs voix résonnaient peut-être un peu trop dans la cathédrale. Et si elles allaient finir de parler dehors ? Non, Marion n’oserait jamais le demander. Alaina n’était plus son amie, c’était par hasard qu’elles s’étaient croisées, elle ne lui proposerait rien du tout. C’était déjà assez de pouvoir prendre des nouvelles, rapidement, avant de vite s’en aller. Enfin, à condition qu’elle ne s’éternise pas. D’ailleurs, elle commençait à se sentir mal à l’aise. Peut-être que c’était elle, finalement, qui allait craquer la premier, et partir d’ici avant que les autres qui la regardaient ne la mettent dehors. Elle n’était pas méchante, après tout, que lui voulaient-ils ? Elle était juste partie. Il n’y avait tout de même pas de mal à cela ! Et Alaina lui parlait, il n’y avait rien de mal à cela non plus. C’était même encore moins grave. En fait, ils montraient de plus en plus leur intolérance envers tout le monde. Ils ne trouveraient pas, pourtant, plus bornée qu’elle. Pourquoi Marion pensait-elle cela ? Alaina n’était pas quelqu’un de complètement stupide. Elle finirait par ouvrir les yeux. Marion les lui ouvriraient, quel que soit le prix à payer. Elle ne voulait pas perdre une amie, ni dans le sens où celle-ci ne lui parlerait plus, ni dans le sens où elle aurait l’esprit tellement pourri par les mensonges de l’Eglise qu’elle ne pourrait plus être elle-même.

    En tout cas, à part ce détail, tout avait l’air de bien se passer pour elle. Marion n’était pas étonnée qu’elle s’en sorte bien dans ses études. Parfois, peut-être qu’elle regrettait de ne pas avoir continué la médecine, comme elle l’aurait voulu. Au moins, ce qu’elle avait appris dans un premier temps lui permettait de savoir beaucoup de choses sur le sang humain, de l’appliquer éventuellement au sang des vampires, et ainsi faire son deuxième métier officieux avec un certain professionnalisme. ♫ Alors, heureusement qu’il y a les cours ! C’est important de pouvoir respirer… Moi je suis contente de travailler, au contraire, c’est ce qui me fait du bien. Dès que je suis chez moi, je me demande comment je vais payer mon loyer. J’ai été assez malade ces derniers temps et j’ai raté plusieurs semaines. Ca a fait un vrai gouffre dans mes revenus…♫ Alaina, elle, n’avait sans doute pas eu ce problème. Tout allait bien, en fait, du moment qu’on travaillait régulièrement. S’il n’y avait pas eu ce problème, Marion s’en serait sortie également, elle en était sûre. Malheureusement, la vie était faite d’imprévus. ♫ Je suis contente que tes cours de musique se passent bien aussi, alors. C’est super pour toi. Tu as toutes tes chances de réussir. Courage ! Bientôt tu composeras des choses fabuleuses, j’en suis sûre. ♫ Elle la voyait s’envoler sur un petit nuage chaque fois qu’elle parlait de musique. C’était vraiment formidable d’être passionné à ce point par ce que l’on faisait. Marion aurait aimé, elle aussi, se sentir vivre quand elle parlait de sa vie et de ce qu’elle étudiait. Mais elle n’étudiait plus rien et son soi-disant travail n’était pas ce qui lui permettait de rester en vie.

    Pourtant, elle aussi pouvait bien être sur un petit nuage quand il était question de chant. Alors pourquoi cela ne lui faisait ni chaud ni froid ? Elle osait espérer que ce n’était qu’un état provisoire et que, bientôt, elle retrouverait toute la joie de vivre qu’elle avait perdue ces derniers temps. ♫ Je serais enchantée que tu viennes me voir. En ce moment, je travaille tous les soirs. Il y a de plus en plus de public, j’en suis ravie, et les gens commencent à me connaître et à s’habituer… ♫ Marion avait encore certainement beaucoup de choses à dire, mais elle vit le regard d’Alaina se diriger vers des fidèles qui n’avaient pas cessé de les fixer. Cette fois, elle vit une sorte de menace briller dans leurs yeux. Non, elle ne devrait pas être ici, et alors ? D’ailleurs, ça, c’était eux qui le disaient. Elle était là si elle le voulait, non ? Alaina lui dit gentiment de ne pas s’inquiéter. Oh, non, ils n’allaient rien lui faire ! De toute façon, ils étaient trop lâches. Ils auraient certainement plus envie de se charger d’elle quand elle serait seule dans une rue sombre… ♫ Ne t’inquiète pas pour moi, ♫ dit-elle à Alaina dans un haussement d’épaule. Peu importe ce qu’ils pourraient me faire, je ne suis plus à ça près. J’ai connu pire.♫ Qu’était-elle en train de dire ? Soudain gênée, elle détourna le regard. Pourvu qu’Alaina ne lise pas la honte et le cauchemar qui se trouvaient dans ses yeux ! Quand elle répéta que ce n’était pas le meilleur endroit pour discuter, Marion aurait voulu pouvoir l’interpréter comme une invitation à s’en aller. ♫ Je sais bien. Mais peut-être qu’en partant ainsi, la première, j’espérais en faire réagir certains, qui sait ? Je n’ai pas envie qu’on t’en veuille à toi, Alaina. Tu n’as rien fait de mal. Du moins, pas encore. Et je doute qu’un jour tu le feras. J’aimerais pouvoir te dire que s’ils t’embêtent, ils auront affaire à moi, mais je n’en saurais rien. Et j’évite de croiser les personnes que je connais ici. Je viens en général aux horaires où il n’y a personne. Le fait de t’avoir croisée m’auras un peu ralentie, malheureusement…♫ Ce n’était pas un reproche. Elle était juste en train de s’embrouiller et essayait désespérément de clore la conversation avant d’en déranger plus encore que ce n’était le cas. Il fallait partis, à présent. ♫ Bon. C’est le moment où je vais m’en aller avant d’être accusée de je ne sais quoi encore. Ça risquerait de me blesser. Ce n’est pas le moment. ♫
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Mer 16 Mai - 22:37

De la tendresse ou de la compassion, j’ignore lequel de ses deux sentiments me maintint le plus captive. J’avais vu défilé plusieurs émotions sur son visage, des ombres dans son regard. J’en vins à me poser cette question, que lui était-il arrivé ses derniers mois ? Mais je n’étais pas bien placée pour oser formuler la question. De toute façon, elle refuserait de m’en parler. Si elle avait voulu se confier, elle l’aurait déjà fait non ? Puis avec toutes ses têtes tournées dans notre direction… Nous captions bien trop l’attention pour mener une conversation solide et importante. J’allais devoir garder cette interrogation pour moi et à défaut de pouvoir en apprendre davantage, je devais me concentrer sur ce qu’elle voulait bien avancer dans ses propos. Je n’aimais pas spécialement la façon dont elle parlait de l’HCV, je n’aimais pas tout court en fait. En plus, elle me disait incapable de mener à bien notre mission. Je me sentis rabaissée malgré moi, insultée presque. Comme si, elle ne reconnaissait pas le combat que je menais jour après jour, la lutte qui avait débuté il y a de ça plusieurs mois. Elle se plaça en position de protectrice, enfin elle n’en fit que l’esquisse. Me croyait-elle si faible ? Je me sentais pour de bon bafouée. Par quoi était-elle passée ? D’accord, ça je l’ignorais. Mais pourquoi j’étais passée alors ? J’avais dû retrouver un but, un sens à cette existence chaotique. Je m'étais relevée quasiment seule et j’appréhendais chaque jour que Dieu fait. Bien sûr, je devais m’endurcir mais elle n’avait pas besoin de balancer tous mes efforts d’un revers de main. J’avais déjà changé depuis l’époque où nos nattes frôlaient les bancs le dimanche matin. Oui, j’avais irrévocablement bougé, évolué. Ne pouvait-elle pas faire preuve d’un peu de décence ? Ou au moins me concéder un peu de bravoure ? Je me sentais ridicule à me tenir là, bien droite face à Marion. Bravant des interdits pour discuter avec quelqu’un qui se jugeait encore supérieur à moi, mes idéaux et à tout le reste d’ailleurs. La rage me brouillait la cervelle et ça n’était pas bon du tout. Si seulement, elle parvenait à se taire aussi. Ne venait-elle pas de m’évoquer comme un obstacle entre elle et la sortie. Franchement, j’avais envie de lui rire au nez. Dire que je m’étais inquiétée pour elle… Finalement, il y a des choses qui parfois ne peuvent pas changer. Merci pour la piqûre de rappel. A la suite de ses mots, je cognais mes talons contre les dalles et bifurquait de sorte qu’elle puisse avancer vers l’issue sans être dérangée par ma présence. Je ne voulais rien ajouter à ça mais c’était plus fort que moi. Il fallait que je place quelque chose. Je la regarda alors droit dans les yeux pour lui montrer à quel point j’étais sérieuse, sincère et forte. Oui, plus forte qu’autrefois.

« Ne t’inquiètes pas. Je n’ai pas besoin de ton aide, je m’en suis bien sortie seule jusqu’ici. Et ils ne me feront rien de toute manière. Je m’excuse d’avoir constitué une étape fâcheuse dans ton périple vers la sortie. Pars si tu veux. »

Ma colère me lacérait presque les côtes tant je contractais mes muscles. C’était ridicule de s’enflammer pour si peu, j’en conviens. Mais depuis le début de cette entrevue, nous n’avions cessé de nous envoyer des compliments et des politesses avec en parallèle des piques, des propos mal placés. On se tenait bien en équilibre sur le fil du rasoir. Je n’aurais jamais été une bonne funambule, j’ai l’art de faire des vagues et de ne pas foncer tout droit. Mes hésitations me feraient toujours pencher d’un côté ou de l’autre. Il faudrait trancher donc. Je continuais de la toiser sévèrement.

« Et personne n’accuse personne. Tu es la première à jeter la pierre aujourd’hui il me semble. Tu as raison, tu ferais mieux d’y aller. Ce n’est pas le moment que qui que ce soit, soit blessé. »

Zut à la fin, elle ne pensait qu’à elle. Ça commençait à me courir sur le haricot. Qu’on se gueule dessus, qu’on se sépare ou bien qu’on soit amie. Je n’en pouvais plus d’osciller entre les trois catégories non-stop. J’avais peut être abusé mais elle venait d’écorcher ma fierté ainsi que toute ma reconnaissance. Le peu qu’il me restait avait suffi à ne pas la planter aussi sec sur place. Et puis d’ailleurs, j’allais donc prendre la décision. On se séparerait. C’était mieux pour le moment.

« Bien, je ne vais pas te retenir plus longtemps. Bonne soirée Marion. »

Je lui tournais le dos et me mettait en route lentement vers les miens. Je regrettais déjà de l’avoir congédier avec aussi peu de tact. Mais mes nerfs ne pouvaient plus rien endurer. Je faisais ce que je pouvais après tout. Elle venait d’insulter ma communauté de manière détournée, me traiter de faible et puis nommer ma présence d’indésirable. On avait assez abusé des temps morts pour la journée non ? Je replaçais à nouveau la lanière de mon sac sur mon épaule, le poids des livres m’obligeait sans arrêt à la réajuster et gagnait les miens, histoire de joindre mes prières aux leurs. Je prierais pour que Marion retrouve la raison et le bon sens. Je prierais pour que le Seigneur lui pardonne. Même si nous n’étions pas en de bons termes, son souvenir avait assez d’importance pour que je lui accorde au moins ce privilège.
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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   Lun 21 Mai - 9:52

Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS

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    Un jour, peut-être, le cauchemar allait finir. Un jour, les choses redeviendrait comme avant, les vampires disparaîtraient, ils cesseraient de se mettre entre les humains amis. N’était-ce pas leur faute, après tout ? N’étaient-ce pas eux qui avaient rendu cette vie insupportable ? La violence était telle qu’elle ne l’avait jamais été auparavant. S’il n’y avait pas eu de vampires… Marion n’en aurait peut-être pas moins vécu au milieu d’hypocrite, mais elle aurait pu ne jamais le savoir. C’était mieux ainsi. L’ignorance était tellement douce, parfois. Elle aurait presque voulue être jouée comme Alaina, croire que tous étaient bons et qu’ils ne faisaient que des choses bien. Elle aurait aimé ne jamais se rendre compte que l’Eglise pouvait être aussi cruelle, aussi barbare. Ne jamais éprouver cette culpabilité à en avoir fait partie, cette culpabilité à l’avoir quittée par la suite. Elle regrettait tout. Elle enviait les naïfs. Et par-dessus tout elle revoyait une amie lui tomber sans vie dans les bras, face à l’agresseur. Non, elle n’avait pas pu se tromper, elle avait bien vu le faux signe de Dieu derrière cet agresseur ignoble. A présent, elle voyait l’Eglise même, en la rendant coupable et impie, se mettre entre deux anciennes amies d’enfance. Quel mal allait-elle faire encore ?

    Pourtant, Alaina avait beau se fâcher, Marion resta calme. Elle ne pensait pas que cette tentative pour lui rappeler leur ancienne amitié allait entraîner pareille réaction. Elle baissa même les yeux, attendant que l’orage passe. Il ne passerait pas. Et aujourd’hui plus que jamais, elle se rendait compte à quel point sa camarade lui manquait. Elle essaya d’ouvrir la bouche, mais aucun son n’en sortit. C’était drôle, difficile à dire et même à penser, mais cela lui avait fait mal, dans le fond. Elle soupira et se décida enfin, d’une toute petite voix, avec un ton de regret : ♫ Je ne disais rien dans le but d’être méchante…♫ Mais elle n’avait plus besoin d’avoir l’air méchante, désormais, dans la cathédrale. Il lui suffisait d’être là pour être vue comme telle. Après tout, c’était elle le monstre ici, le monstre à sortir de force. Même si elle savait que personne ne l’attaquerait. Elle aurait encore voulu répondre que la première pierre avait sans doute été jetée par ces regards mauvais et ces murmures accusateurs, tout autour d’elles… Marion ne dit rien. Le fossé était déjà beaucoup trop profond, beaucoup trop large, elle se sentait s’éloigner dangereusement d’Alaina.

    Alors, si elle avait la moindre chance, même une toute petite, elle voulait encore la sauver. Elle laissa faire. Ce n’était pas son genre, pourtant. La situation lui avait trop échappée jusque là et elle voulait tout tenir dans son contrôle, au creux de sa main. Quand Alaina lui dit au revoir une seconde fois, elle comprit bien que c’était plutôt une invitation à s’en aller. Elle hocha la tête et fit mine de sortir. C’était réussi : Alaina reprit sa route sans se préoccuper d’elle plus longtemps. Marion la regarda une dernière fois, comme prête à lui dire quelque chose. Elle soupira et se retourna. Avant de sortir, elle prit quand même le temps de marmonner : ♫ A bientôt, j’espère…♫ Bientôt ? Ou dans très longtemps ? Elle ne savait même pas ce qu’elle préférait, à vrai dire. Elle ne savait pas si elle voulait s’arrêter là avant que les choses empirent ou tenter encore une fois de la récupérer.

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MessageSujet: Re: Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]   

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Alors je t'en prie entends-moi si je crie SOS [Livre I - Terminé]
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